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30/01/2015

Un mois qui s'achève

A Paris comme ailleurs, la page de ce dramatique mois de janvier s'apprête à être tournée: ce week-end. Ce n'est pas encore le cas place de la République, mais dans notre quartier du onzième arrondissement ensanglanté par les attentats, la vie reprend tout doucement son cours normal. Si l'on excepte la présence, toujours aussi massive, de policiers, de gendarmes et de militaires.

Rue Nicolas Appert notamment, les amoncellements de bouquets de fleurs, de bougies, et de messages ou dessins de sympathie ont cessé de grossir jour après jour. Les foules ne s'agglutinent plus à longueur de journées devant ces lieux de recueillement. On l'a encore constaté ce matin: on n'y croise plus guère que l'une ou l'autre personne – des touristes, notamment – en train de prendre des photos. Malgré tout, chaque soir, a-t-on pu remarquer, brûle toujours, à ces endroits, l'une ou l'autre bougie. Par le hasard des passants venus. Ou, qui sait, des riverains se chargent-ils de cette tâche vespérale quotidienne. Pour que, tout de même, malgré les jours passant, une flamme au moins demeure, dans la nuit.

L'autre jour, ce blog avait évoqué le relâchement des consignes de sécurité, en ce qui concerne l'envoi des écoliers parisiens en classes de neige. De la même manière, il est loin le temps où les piscines municipales du quartier Saint-Sabin étaient désertées par les écoliers, le plan Vigipirate à son degré d'alerte maximal prohibant toute sortie scolaire. Dorénavant, comme auparavant, les groupes scolaires s'y pressent à longueur de journées. Là aussi, donc, le relâchement est notable.

Nul, sans doute, ne fait grief aux directions d'écoles et à la mairie d'arrondissement de cet assouplissement, de facto, des consignes de sécurité. Chacun aspire à ce que la vie recommence comme avant. Mais très différente serait bien sûr la réaction populaire si, par malheur – qui peut promettre le contraire? –, un attentat survenait à nouveau. Là, illico, les autorités se verraient reprocher d'avoir été très inconscientes face au danger.

Cela n'arrivera peut-être jamais. Il n'empêche, en attendant, on ne trouve pas forcément adéquat ce fossé qui existe, dans notre onzième arrondissement – et ailleurs, à Paris –, et qui, de jour en jour, s'y creuse. Le fossé si visible entre, d'une part, un dispositif de vigilance antiterroriste qui est officiellement toujours à son degré maximal d'alerte (avec toutes les contraintes que cela implique, théoriquement), et, d'autre part, la façon, beaucoup plus décontractée, dont ce plan est appliqué, dans la vie de tous les jours.

Vigipirate maintenu au niveau «Alerte Attentat», ou pas? Dans tous ses aspects sans exception, ou pas? Dans les textes seulement, ou sur le terrain également?

A la faveur de ce changement de mois, les autorités pourraient peut-être trancher la question clairement.

29/01/2015

Une flambée, à Paris aussi

Paris, Religions, Racisme, Sécurité, BanlieuesParis et sa banlieue sont concernées au premier chef par la flambée des actes antisémites qui a marqué l'année 2014, à en croire les chiffres que le «Service de protection de la communauté juive» a divulgués mardi. Ainsi, sur les 851 actes anti-juifs perpétrés l'an dernier dans le pays, 154 l'ont été dans la seule capitale. Certes, quantité d'autres grandes agglomérations (Marseille, Lyon, Toulouse, Strasbourg ou Nice, par exemple) ont connu le même fléau. Mais, dans les classements qui ventilent par régions les actes, violences et menaces antisémites, il est frappant de constater combien la capitale et deux départements de sa banlieue (Val-de-Marne et Seine-Saint-Denis) figurent systématiquement en tête.

Cela s'explique doublement – si tant est que l'antisémitisme soit explicable.

D'abord, une des deux grandes flambées d'antisémitisme recensées en 2014 a eu la région parisienne pour cadre. C'était en juillet, lors et en marge de la manifestation pro-palestinienne/anti-israélienne contre la guerre à Gaza. Elle s'est tenue à Sarcelles: ville du Val d'Oise connue notamment pour son importante communauté juive. Dans son sillage, huit lieux de culte et commerces juifs ont été pris pour cible.

Ensuite, 60% de la communauté juive de France réside à Paris et dans sa région. C'est donc là qu'elle est souvent la plus visible, et dès lors constitue une proie aisément identifiable par les racistes.

Paris, Religions, Racisme, Sécurité, BanlieuesCe n'est d'ailleurs pas un hasard si, dans la capitale, les actes antisémites les plus fréquents ont été perpétrés dans les arrondissements comptant une forte communauté juive.

Le seizième, par exemple. Ou le dix-neuvième – voir le quartier des Buttes Chaumont, avec ses tensions fréquentes entre habitants juifs et musulmans. Ou encore, bien sûr, le quatrième arrondissement: tout le quartier autour de la rue des Rosiers, dit le «Marias juif».

28/01/2015

Une citation, bienvenue

Beau discours – ton juste, mots forts – de François Hollande, hier à Paris: au Mémorial de la Shoah. On le salue d'autant plus volontiers qu'on n'a pas l'habitude de faire les louanges de l'hôte de l'Elysée. Cela dit, rater un discours prononcé en une telle occasion, si solennelle (la commémoration de la libération d'Auschwitz), et dans un tel contexte, si dramatique (les récents attentats, notamment antisémites), cela aurait été à pleurer.

Une autre intervention officielle a marqué la journée. Celle du ministre de l'Intérieur, Bernard Cazeneuve, à l'Assemblée. C'est assez rare pour être souligné: à l'issue d'une interpellation d'actualité, il a consacré l'essentiel du temps de réponse qui lui était octroyé à citer un écrivain. Une citation particulièrement bien choisie, en ce jour de commémoration d'une page si sombre de l'Histoire.

Les mots sont de Primo Levi. Ils sont issus de son livre intitulé «La trêve».

«L’heure de la liberté eut une résonance sérieuse et grave, et emplit nos âmes à la fois de joie et d’un douloureux sentiment de pudeur, grâce auquel nous aurions voulu laver nos consciences de la laideur qui y régnait, et de chagrin, car nous sentions que rien ne pouvait arriver d’assez bon et d’assez pur pour effacer notre passé, que les marques de l’offense resteraient en nous pour toujours, dans le souvenir de ceux qui avaient assisté, dans les lieux où cela s’était produit, et dans les récits que nous en ferions, car personne n’a jamais pu, mieux que nous, saisir le caractère indélébile de l’offense qui s’étend comme une épidémie».

27/01/2015

Un certain relâchement

Education, Sécurité, Terrorisme, Gouvernement, Paris, BanlieuesDemain mercredi, cela fera trois semaines, jour pour jour, que débutait la vague terroriste ayant endeuillé la France, y tuant à dix-sept reprises. Ces tueries poussèrent les autorités à relever, en région parisienne, le degré d'alerte du Plan «Vigipirate». Trois semaines plus tard, ce niveau de vigilance maximal (dit «Alerte Attentat») est toujours censé être en vigueur. Dans les faits, cependant, on note un certain relâchement dans l'application des consignes de sécurité.

Ainsi, cet hiver, les écoliers de Paris et de sa banlieue pourront bel et bien... partir en classes de neige. Cela paraît anecdotique, mais cela n'allait pas de soi.

Théoriquement, en effet, Vigipirate à son échelon maximal signifie notamment l'interdiction pure et simple de toute sortie scolaire, dont les voyages de ce genre. Dès lors, si l'on suivait strictement la règle, les écoliers de Paris et de sa région ne devraient être autorisés à participer à de telles classes de neige. Le ministère de l'Education a toutefois décidé de faire une entorse au règlement. Il a permis aux académies de Paris, de Versailles et de Créteil de donner leur feu vert à l'organisation de ces voyages, moyennant l'accord des chefs d'établissements concernés.

«Vigipirate» est coordonné directement à Matignon. Dès lors, ce sont les services du Premier ministre lui-même qui ont dû donner leur aval à une telle dérogation octroyée par l'Education. Sans doute Manuel Valls et son entourage ont-ils jugé peu probable que des attentats terroristes soient commis sur les pistes enneigées tricolores – de Haute-Savoie ou d'ailleurs.

26/01/2015

Un impact, là aussi

Comme toujours en janvier, les grandes institutions culturelles parisiennes font leurs comptes: publient leurs chiffres de fréquentation pour l'année écoulée. Et 2014 fut visiblement une bonne année pour la culture, dans la «Ville lumière».

Ainsi, à la Fondation Cartier pour l'Art contemporain, la rétrospective consacrée au sculpteur Ron Mueck, dont les créations sont spectaculaires, il est vrai (voir ), a attiré plus d'un million de visiteurs. Le Muséum d’Histoire naturelle, lui, affiche carrément «3 618 936 billets vendus». Un succès dû à la réouverture du Zoo de Paris (1,5 million de visiteurs en huit mois), mais aussi à la rénovation de la Grande Galerie de l'Evolution (), en l'honneur de ses vingt ans. Du côté des musées dépendant de la Ville de Paris, ils revendiquent eux aussi (ici) plus de 3 millions de visiteurs. Et, à Beaubourg, l'on s'attend à ce que l'expo Jef Koons connaisse une affluence d'une ampleur historique, dépassant même les succès phénoménaux remportés jadis, à Pompidou, par les rétrospectives Dali (840 000 visiteurs), Matisse (735 000), et Soulages (500 000).

2015 sera-t-elle une aussi bonne année que 2014, en matière de fréquentation des grandes institutions culturelles parisiennes? Pas sûr. En effet, ce secteur, lui aussi, souffre de l'impact de l'actualité terroriste de la première quinzaine de janvier – on n'en sort décidément jamais.

Ainsi, depuis le début du mois, la fréquentation des musées de la Ville de Paris a chuté de 38%, par rapport à la même période de 2014. Un repli «très naturel», selon la directrice de l'établissement public des musées de la capitale: «Les gens n'avaient pas la tête à la culture. Ils essayaient de comprendre (l'actualité), ils étaient en détresse».

A voir si le grand public va revenir dès les prochaines semaines dans les musées de la capitale. Ou si la chute de fréquentation sera plus longue, ce qui se répercuterait sur leurs chiffres pour l'ensemble de l'année 2015.

 

23/01/2015

Une vingtaine d'incidents

Armée, Sécurité, Terrorisme, Paris, Banlieues«Sentinelle;». C'est le nom que le ministre de la Défense a donné hier à l'opération menée par l'armée dans le cadre du Plan Vigipirate, depuis qu'il a été relevé au degré d'alerte maximum. Sur les 10.500 militaires mobilisés sur l'ensemble du territoire national, 6000 – plus de la moitié, donc – opèrent à Paris et dans sa région. Ils y sont déployés sur plus de 300 sites. Leur coordination est assurée par le centre de commandement opérationnel de l'armée situé à Saint-Germain en Laye, dans les Yvelines.

A l'échelle du pays tout entier, depuis le début de l'opération ( il y a deux semaines), l'armée a comptabilisé quelque 150 incidents significatifs, qu'ont essuyés les militaires sur le terrain. A Paris et dans région, on en dénombre une vingtaine.

Le plus sérieux de ces incidents parisiens s'est déroulé devant un établissement scolaire juif du Raincy, près de Clichy-sous-Bois, en Seine-St-Denis. Une nuit, vers 2 heures du matin, les deux militaires de faction ont vu une voiture s'approcher puis s'arrêter devant l'établissement. Les militaires ont fait quelques pas dans sa direction, avec l'intention de signaler à son conducteur que stationner à cet endroit était interdit, et donc l'inviter à circuler. La porte coulissante du véhicule s'est ouverte, découvrant un homme pointant «une arme d'épaule». Il en a tiré la culasse vers l'arrière, comme s'il s'apprêtait à faire feu. Les deux soldats ont immédiatement armé leurs fusils d'assaut Famas. La voiture a alors démarré en trombe, puis a disparu dans la nuit. Depuis, aucune information n'a été donnée ni sur l'identité de ces individus, ni sur leurs motivations (simple intimidation? réelle intention de passer à l'acte?).

Dans le langage officiel, si militairement concis, d'un porte-parole de l'état-major des armées, l'incident a été résumé de la sorte: «De nuit, des hommes cagoulés, armés et dans une posture d'action ont été dissuadés (de passer à l'acte) par la réaction parfaitement appropriée» des soldats.

22/01/2015

Une parenthèse refermée

A un moment, il faut que les affaires reprennent. C'est sans doute ce que vient de se dire le groupe JC Decaux: le géant mondial de l'affichage publicitaire et du mobilier urbain, omniprésent à Paris – comme dans tant d'autres villes et capitales.

Dans le onzième arrondissement, mais pas seulement, dès la semaine qui avait suivi la vague d'attentats, ce groupe avait temporairement suspendu une série de ses contrats d'affichage. A la place des campagnes commerciales qui étaient prévues, il avait fait placarder de grands «Je suis Charlie», sur nombre de ses panneaux publicitaires (aux arrêts de bus ou de tramway, sur les flancs de kiosques à journaux, etc.). En termes d'image, donc, l'entreprise avait jugé important de s'afficher – c'est le cas de le dire – comme étant à l'unisson de l'émotion de la population. Cela a duré une dizaine de jours.

Cette semaine, en effet, dans le onzième en tout cas, on ne voit plus ces grands placards publicitaires noirs aux lettres capitales blanches, en hommage à l'hebdo endeuillé. Sur les panneaux JC Decaux, la routine de la réclame commerciale ordinaire a repris, vantant son habituel cortège de futilités.

11:42 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : paris, publicité

21/01/2015

Un impact saisissant

Paris, Economie, Tourisme, SécuritéRéunion de crise, ce mercredi, des instances en charge du tourisme à Paris. Et pour cause. C'était très prévisible, mais cela n'en reste pas moins saisissant dans son ampleur: les attentats de début janvier ont fait dégringoler la fréquentation touristique internationale, dans la capitale.

Le week-end dernier encore, la fréquentation hôtelière y a été 10% inférieure à celle de la même période de 2014. La chute du chiffre d'affaires du secteur est plus spectaculaire encore, depuis deux semaines. Certains jours, elle dépasse les 25%. La tendance à la baisse ou à l'annulation des réservations a été constatée dès le 8 janvier, au lendemain de l'attentat contre «Charlie Hebdo». Et ce, en dépit de l'avis que l'Office du tourisme de Paris a mis sur son site web, assurant les internautes et les candidats au voyage qu'elle était «mobilisée plus que jamais pour la sécurité des Parisiens et de ses visiteurs».

Selon les observateurs du secteur (ici, par exemple), cette chute «est globalement plus sensible dans l’hôtellerie haut de gamme, fréquentée par une clientèle internationale plus sensible aux événements géopolitiques». Ce créneau pourrait même souffrir plus durablement de la crise. En effet, la clientèle moyen-orientale, très importante dans l'hôtellerie de grand luxe (palaces, etc.) pourrait être sensible notamment au climat anti-français croissant dans le monde arabe, à la suite de la publication par «Charlie» des caricatures du Mahomet.

Paris, Economie, Tourisme, SécuritéLes professionnels du tourisme parisien espèrent toutefois pouvoir garder le moral, à la lumière des enseignements que, dans le passé, à l'étranger, on a pu tirer d'une identique actualité dramatique.

Ainsi, les attentats de masse à Londres et à Madrid avaient, pareillement, fait s'effondrer la fréquentation touristique. Mais le mouvement ne s'était pas non plus éternisé, et les choses étaient rentrées dans l'ordre après quelques mois.

Le problème est que, à Paris pour l'instant, le tourisme n'est pas le seul secteur économique qui est touché de plein fouet par l'impact des attentats. Dans la plupart des boutiques et des grands magasins de la capitale, les quinze premiers jours de la période des soldes ont été catastrophiques. Et même le secteur du divertissement peine, visiblement – la semaine dernière encore, les salles de cinéma de la «Ville lumière» ont pâti d'une fréquentation en baisse de 50%.

20/01/2015

Un refus d'être stigmatisé

C'est une gifle envoyée par des citoyens de base à un des plus grands organes de la presse nationale française. Un droit de réponse adressé au «Figaro» par vidéo interposée – vidéo qui, en quelques jours à peine, a déjà été visionnée à plus de 70.000 reprises.

Jeudi dernier, le quotidien avait consacré un reportage à Grigny, la ville (banlieue de Paris) dont est originaire Amedy Coulibaly: l'assassin de la policière municipale de Montrouge et de quatre clients de l'épicerie casher de Paris. Nombre d'habitants ont été «choqués» par le portrait que le journal a dressé de leur ville, présentée comme particulièrement sujette à la fois au discours complotiste à propos des attentats et à la parole antisémite.

Dans son papier, «Le Figaro» avait notamment utilisé le terme «herbes folles». La réponse fuse, via cette vidéo: «Nous refusons d'être comparés à des herbes folles, condamnées à devenir des mauvaises graines». Plus globalement, les habitants récusent le sempiternel «amalgame: jeune, noir, arabe, musulman = terroriste, antisémite, délinquant inculte, anti-républicain et anti-Français». Ils assurent être «solidaires de toutes les victimes». Et proclament leur désir de «vivre en paix», sans avoir à constamment «se justifier».

Ce mardi, le ministre de la Jeunesse et de la Ville a prévu de rencontrer le collectif de «reporters citoyens» qui est à l'origine de cette vidéo. Le thème des échanges, tel qu'annoncé par son cabinet? «Le rôle de l'Etat, mais aussi des médias, pour donner des quartiers populaires une image plus juste». Vaste programme. Quant au «Figaro», à moins que cela nous ait échappé, il n'a pas encore écrit le moindre mot sur la colère des habitants de Grigny envers son reportage, qu'ils jugent rempli «de préjugés et de clichés».

Si ça tombe, quand le quotidien sarkozyste finira par évoquer la polémique, il se justifiera en invoquant... son droit à la caricature.

19/01/2015

Un afflux ininterrompu

Paris, Médias, Police, SécuritéUn gros crayon brisé en deux. A ses côtés, des petites plaquettes jaunes avec des chiffres noirs, comme on en voit sur les scènes de crime aux endroits où des douilles ou des impacts de balles ont été retrouvés. Le tout, entouré de bandelettes rappelant celles qu'utilise la police pour délimiter les périmètres interdits d'accès.

C'est l'installation qu'a réalisée un artiste, dans le petit passage conduisant à la rue Nicolas Appert, où a été commis l'attentat contre «Charlie Hebdo».

La tuerie a beau dater de dix jours déjà, la foule continue à affluer, pour se recueillir et témoigner de sa solidarité avec les victimes. Pendant tout le week-end, en tant que riverain de la rue Appert, on n'a cessé d'être accosté par des gens avec des bouquets de fleurs à la main, qui demandaient où se trouvait la rédaction de «Charlie». Un identique défilé ininterrompu se déroule, depuis dix jours, place de la République et devant l'épicerie casher de la porte de Vincennes.

Le périmètre de sécurité s'est un peu rétréci, dans notre quartier du onzième arrondissement. Mais la rue Appert est toujours interdite d'accès dans son tronçon où se trouvait la rédaction de l'hebdo. Des policiers lourdement armés continuent de stationner en permanence devant le n°10 de l'artère: le petit hôtel d'entreprises où les journalistes avaient élu domicile.

Paris, Médias, Police, SécuritéSur les murs d'une ruelle perpendiculaire, ont été affichées la fameuse couverture du numéro de «Charlie» sorti mercredi, ainsi que toutes les pages du magazine.

Là aussi, le défilé des gens est ininterrompu. Jusque parfois tard dans la nuit y compris, on aperçoit des quidams – hommes ou femmes, jeunes ou vieux, de toutes origines et de toutes nationalités – qui, à la lumière des réverbères, lisent longuement le journal qu'ont réalisé les survivants.

Qui l'avaient promis: «Charlie» continuerait à «être drôle», et ce dès le premier numéro suivant la tragédie. Pourtant, dans la petite allée où l'hebdo a été placardé, on entend si rarement des éclats de rire, on voit si peu des sourires. Les jours ont beau passer, le temps a beau s'écouler, l'ambiance générale, à Paris, reste à la sidération la plus complète, à l'effarement le plus total. Tant et tant de gens qu'on a croisés ce week-end dans les rues du quartier, qui revenaient de ces lieux d'hommage et de recueillement et qui étaient visiblement écrasés de douleur, anéantis par le chagrin.

16/01/2015

Un souvenir douloureux ravivé

Un moment «fort», «très émouvant», «triste, mais en même temps réconfortant». A en croire les échos de voisins, les habitants de notre quartier Saint-Sabin ont vraiment apprécié la réunion que la mairie a organisée mardi soir, que ce blog avait annoncée (voir plus bas). Réunion à l'attention spéciale des riverains de l'ex-rédaction de «Charlie Hebdo», rue Nicolas Appert. Un moment ensemble, pour notamment avoir la possibilité d'exprimer son ressenti des événements.

 

On n'a pas pu y participer. Car, ce soir-là encore, on a dû rester jusque tard au bureau, et la réunion était finie à l'heure où on en est sorti. Mais plus de 400 voisins, eux, étaient présents. Lors de la minute de silence en hommage aux victimes des attentats, tous avaient un crayon à la main.

 

On a pu le constater ces dix derniers jours, auprès des plus anciens du quartier: cette actualité a ravivé chez eux un douloureux souvenir.

 

Un souvenir vieux de vingt ans: remontant à l'époque où la capitale française avait été ensanglantée par une vague d'attentats perpétrés par les islamistes du GIA algérien. Le 3 septembre 1995, une bouteille de gaz avait explosé dans ce même quartier: Boulevard Richard Lenoir, en plein marché.

 

Cet attentat n'a pas laissé une très grande trace dans la mémoire collective parisienne – assez peu de médias français l'ont d'ailleurs évoqué, ces derniers jours. C'est dû au fait que, ce jour-là, seuls des blessés (mais pas légers) avaient été déplorés. A l'inverse de ce qu'il s'était ensuite passé dans le réseau du RER B. Huit morts à la station «Saint-Michel», le 25 juillet 1995. Puis sept à «Port Royal», le 3 décembre 1996. Il n'empêche, nos voisins les plus âgés du Boulevard Richard Lenoir, eux, n'ont jamais oublié cet attentat contre leur marché. Jamais oublié non plus que les poseurs de bombes avaient placé des clous dans la bouteille. Pour que, quand elle explose, les blessures fassent bien mal, soient encore plus profondes, entraînent des séquelles encore plus durables.

 

1995-2015: la sauvagerie n'attend pas le nombre des années.

15/01/2015

«Un héros», à nouveau

Etrangers, Immigration, Médias, Internet C'est l'homme qui affole le web et les réseaux sociaux, en ce moment. En quelques jours à peine, une pétition en sa faveur a réuni un nombre considérable de signatures – elles étaient près de 280.000, ce matin.

Il s'appelle Lassana Bathily. 24 ans, de nationalité malienne et de confession musulmane. Vendredi, lors de la prise d'otages dans l'hypermarché casher de Paris, il a réussi à sauver plusieurs clients du magasin, qu'il a cachés dans la chambre froide. Pour le collectif d'associations blacks (CRAN) qui a lancé la pétition en sa faveur, c'est «un héros» et «un modèle». Lui, le musulman, a sauvé des juifs. Qui eux-mêmes, auparavant, l'avaient sauvé de la mort sociale, en lui proposant un job dans leur magasin. Le CRAN y voit donc «une formidable leçon sur les bénéfices de l'entraide et de la fraternité, ce qui est le sens profond de toute vraie religion».

Les médias, le web et les réseaux adorent bien sûr ce genre de si belles histoires. D'où le succès rencontré par la pétition demandant à l'Etat de faire un geste envers ce jeune sans-papiers. Les autorités, à moins que cela nous ait échappé, n'ont pas encore réagi.

En juin dernier, déjà, un autre «héros» sans-papiers avait fait parler de lui, et avait affolé les médias.

Etrangers, Immigration, Médias, Internet Mohssen, Tunisien, âgé de 26 ans. Lors d'un très violent incendie qui avait ravagé un immeuble d'habitations à Aubervilliers (Seine-Saint-Denis, banlieue Nord de Paris), n'écoutant que son courage, il avait réussi à sauver plusieurs personnes des flammes. Vu l'intensité du brasier, auraient-elles dû attendre l'arrivée des pompiers qu'elles auraient probablement péri.

Leur bienfaiteur avait été légèrement blessé, dans les secours qu'il avait portés. Le gros écho médiatique donné à son exploit avait conduit les autorités à réagir. Mohssen avait été invité et reçu à la préfecture. Elle lui avait assuré que son dossier de demande de régularisation serait désormais étudié avec la plus grande bienveillance, «en récompense de sa bravoure». Au final, effectivement, le «héros» a obtenu un titre de séjour.

 

Actualisation 15h34 AFP Lassana Bathily sera naturalisé Français mardi 20 janvier, annonce jeudi le ministre de l'Intérieur, Bernard Cazeneuve.

14/01/2015

Une semaine après

Paris, Presse, Journalisme, Arts Rue Nicolas Appert, ce matin. A l'heure précise où, il y a une semaine jour pour jour, a été perpétré l'attentat contre «Charlie Hebdo».

La mairie de Paris et l'ambassade des Etats-Unis en France venaient d'y faire déposer des couronnes de fleurs. Le collègue de CNN enchaînait les directs, dans lesquels, en boucle, il fustigeait la France pour les lacunes «impensables» de ses services de renseignement, dans la surveillance des trois islamistes avant qu'ils passent à l'acte. A deux pas, une jeune fille, Libanaise, précisant être de confession musulmane, posait pour les photographes avec, en main, le numéro spécial de «Charlie» qui est sorti ce matin.

Le petit carrefour donnant sur la rue Appert a été rebaptisé, par des quidams, «Place de la Liberté d'expression». Sur les murs, des touristes du monde entier sont venus apposer des petits mots de sympathie – on en a même lu en japonais. Un artiste de rue a réalisé un collage assez fort: un montage de photos des rues environnantes, maculées de taches de sang écarlates.

Dans la masse des messages, des dessins et des caricatures de soutien qui s'accumulent sur le bitume, on voit notamment un petit mot consacré au dessinateur Cabu (qui a été inhumé, ce matin): «Bon anniversaire 13 janvier 1938-13 janvier 2015. Même pas mort». On lit aussi des extraits du «Chant des partisans». Un «J'écris ton nom, Charlie». Ou un «Aimons-nous les uns les autres».

Dans le quartier, évidemment, comme dans l'ensemble de la capitale et dans le pays tout entier, dès les premières heures de la matinée, plus un «Charlie» n'était disponible en kiosque. Et, à 10 heures, dans cette partie du onzième arrondissement, on ne trouvait même plus le moindre «Libé» ni le moindre «Canard Enchaîné». Les Français, visiblement, se remettent à la lecture de la presse. Sans doute est-ce déjà cela.

Paris, Presse, Journalisme, Arts La tuerie, c'était donc il y a une semaine: le mercredi 7 janvier. Rien à voir, mais, une semaine plus tard, à quelques kilomètres à peine de là, Paris inaugure en grandes pompes, ce 14 janvier, La Philarmonie: l'immense nouvel ensemble culturel de la Porte de la Villette, dédié à la musique classique.

La musique adoucit les moeurs, assure l'adage. Pour le coup, si d'aventure il venait à s'appliquer, cela tomberait plutôt bien.

13/01/2015

Une question délicate, qu'il faudra bien se poser

Paris, Propreté, EnvironnementCela commence à un peu s'agiter, parmi les occupants de l'immeuble du boulevard Richard Lenoir où se trouve le bureau parisien de «La Libre». S'agiter, à propos de ce «mausolée» commémoratif en hommage aux victimes des attentats. On l'a déjà écrit: de jour en jour, il ne cesse de s'agrandir. A longueur de journées, des gens continuent à venir y déposer des bougies, des crayons ou des bouquets de fleurs, continuent à accrocher des mots de soutien et des dessins aux grilles de l'immeuble.

Dans la copropriété, certains commencent à trouver ce défilé continuel de quidams un peu lassant, et ce «mausolée» un peu envahissant. En temps normal, le conseil syndical n'est pas commode. Du genre à faire enlever le moindre vélo cadenassé aux grilles d'entrée de l'immeuble, sous prétexte que celles-ci sont «privées» et donc intouchables (?). Là, visiblement, il hésite sur la conduite à adopter. Délicat de décrocher d'autorité, comme de vulgaires bécanes, tous ces témoignages d'hommage relatifs à l'actualité qui a endeuillé le quartier. Le débat, parmi les co-propriétaires de l'immeuble, ne fait que commencer.

Au-delà, il va se présenter à la mairie de Paris aussi, et concerner cette fois l'ensemble du quartier.

De tous côtés de cette partie du onzième arrondissement, s'amoncellent les bouquets de fleurs. Rue Nicolas Appert ou place de la République, par exemple, ils forment déjà un monticule d'une hauteur impressionnante. Avec la pluie, les affiches en hommage à «Charlie» se décollent des murs. Avec le vent, les dessins et mots de soutien s'envolent un peu partout dans les rues. Il sera intéressant de voir le moment où la mairie va estimer que la période de deuil est terminée. Et envoyer le service de la propreté jeter à la poubelle les milliers de bouquets fanés, de drapeaux tricolores dégradés, de crayons trempés et de bougies brûlées. Quand va-t-on sortir le karsher? Faire place nette? Décider qu'il est temps de redonner au quartier sa physionomie et sa propreté originelles? Politiquement, la décision sera délicate à prendre.

Paris, Propreté, EnvironnementCe matin, en tout cas, boulevard Richard Lenoir, les balayeurs de rue prenaient bien garde de nettoyer les trottoirs et les caniveaux autour de ces «mausolées», oui, mais de ne pas toucher à ceux-ci.

Dans le même registre, le service de la mairie chargé d'effacer les tags et les grafs va bien devoir, un jour, prendre attitude sur le sort à réserver aux innombrables «Je suis Charlie» et assimilés, qui, désormais, dans notre arrondissement plus que dans tout autre, figurent sur les façades – sans parler des pochoirs, sur le bitume. Là aussi, à un moment, la mairie va bien devoir décider de procéder au grand nettoyage. Et ce faisant, si symboliquement, donner le signal qu'il est temps, pour Paris, de passer à autre chose. Quand l'osera-t-elle?

12/01/2015

Une invitation «au recueillement»

Paris, Police, Sécurité, PersonnalitésComme tous les autres habitants du quartier Saint-Sabin, c'est samedi matin qu'on a découvert le courrier, dans la boîte aux lettres. Vendredi soir, déjà – du jamais vu, à Paris –, le document avait été reproduit, agrandi en format A3, et placardé systématiquement sur chacune des portes d'entrée de tous les immeubles des artères jouxtant la rue Nicolas Appert: là où se trouvait la rédaction de «Charlie Hebdo».

Le courrier émane du maire (PS) du onzième arrondissement, François Vauglin (voir ici ou ). «Une terrible tragédie s'est déroulée, dans ces rues qui sont votre cadre familier, lieu de vie, ou de travail», commence-t-il. «Le choc est immense», poursuit le maire. «La vie, dans le quartier, est aujourd'hui bouleversée». «Pour faire face, nous devons trouver le courage et la force de ne pas nous replier sur nous-mêmes. Nous devons nous appuyer sur nos valeurs fondamentales et sur leur instrument, la justice, pour arrêter les terroristes, puis pour retrouver les voies d'une vie ensemble paisible, dans ce quartier que nous aimons».

Le courrier informe les habitants du quartier qu'une cellule de soutien psychologique a été mise en place à l'Hôtel Dieu, le grand hôpital parisien. Il donne le numéro de téléphone des urgences médico-judiciaires, où un rendez-vous avec cette cellule peut être pris.

«J'ai souhaité aussi qu'un temps de rassemblement et de recueillement vous soit tout spécialement destiné», ajoute le maire. Un temps pour «nous retrouver, honorer la mémoire des victimes, témoigner notre solidarité à leurs proches, affirmer la fraternité dans le quartier, et défendre la liberté».

Cela prendra la forme d'une réunion qui aura lieu demain soir, dans un gymnase municipal situé à deux pas de la tuerie. Situé dans l'ensemble même d'immeubles dont un flanc est occupé par l'agence Pôle Emploi dont on a déjà parlé dans ce blog: après avoir été criblée d'impacts de projectiles lors de la fusillade, elle a dû fermer pendant trois jours. Mardi soir, à cette rencontre avec les habitants du quartier Saint-Sabin, seront présents, outre le maire d'arrondissement, la maire de Paris en personne, Anne Hidalgo, et le député de la circonscription, par ailleurs ex-maire du onzième.

Paris, Police, Sécurité, PersonnalitésUn temps pour «le rassemblement» et «le recueillement». Organisé par les autorités, à l'attention spéciale des riverains ayant côtoyé d'aussi près les événements. C'est peut-être la moindre des choses. Il n'empêche, en découvrant ce courrier dans notre boîte aux lettres, l'autre matin, on a trouvé cela plutôt bien: à la fois l'initiative, et le ton de l'invitation.

11/01/2015

Un quartier au centre d'une journée historique

Paris, Police, Sécurité, Journalisme Quelques coulisses de cette journée historique qu'a vécue Paris, ce dimanche. Vus depuis notre quartier du onzième arrondissement, plus que jamais concerné puisqu'il a été le premier endeuillé par la si meurtrière semaine écoulée.

Rue Saint-Sabin ainsi que dans quantité d'autres artères à proximité, il ne fallait vraiment pas être allergique à la couleur bleu marine. Dès les premières heures de la matinée, ces rues étaient entièrement, sur toute leur longueur, réservées aux véhicules de gendarmes, de CRS et de policiers.

Boulevard Richard Lenoir, des policiers lourdement armés et vêtus de gilets pare-balles ont, pendant toute la journée, stationné y compris... dans la cour intérieure de l'immeuble où se trouve le bureau parisien de «La Libre». Non pas, bien sûr, pour protéger ses modestes occupants. Mais parce que la même résidence héberge également un habitant qui, en ces temps, est susceptible de constituer une cible de choix, pour les poseurs de bombes et autres tueurs en puissance. Pour raison de sécurité – même si on doute un peu que les islamistes lisent «Paris Libre»... – , on ne s'étendra pas sur l'identité de l'intéressé.

Le hasard a voulu qu'aux grilles d'entrée de ce même immeuble – tout proche du lieu de l'attentat contre «Charlie» –, les gens du quartier, dès mercredi, aient commencé à déposer des bougies, des fleurs, des mots et des dessins en hommage aux victimes. Jour après jour, ce lieu de recueillement n'a cessé de grandir. A présent, c'est devenu un des plus imposants du quartier. Du coup, on ressent désormais une impression un peu bizarre – celle de pénétrer dans un mausolée – chaque fois que l'on franchit les grilles de l'immeuble, direction le bureau pour aller y travailler.

Sur ce même boulevard Richard Lenoir cet après-midi, sur le coup de 16 heures, la foule amassée était si dense qu'à pied, il fallait compter en moyenne une bonne minute pour chaque mètre parcouru. Avancer plus vite était physiquement impossible. Imaginez la facilité d'aller et venir, de réaliser un reportage sur une manifestation, dans de telles conditions.

Boulevard Voltaire à la même heure, et même dès une heure auparavant, on avait beau être muni de tous les badges et accréditations officiels nécessaires, on avait beau s'armer de son plus grand sourire, on avait beau parlementer longuement, surjouer l'amabilité et/ou jurer d'une indéfectible admiration de toujours pour la corporation des policiers, on n'était plus autorisé à franchir le moindre cordon de sécurité. Là aussi, pas facile de travailler.

On va dire qu'au moins, cela a eu l'avantage et l'intérêt de constituer une mémorable nouveauté, dans les usages journalistiques en République: un pass tout ce qu'il y a de plus officiel (délivré par le palais de l'Elysée) qui permet... de ne passer nulle part.

09/01/2015

Une atmosphère lugubre, qui perdure

Paris, Police, SécuritéRetour du journal «Libération», où s'est tenue ce matin la conférence de rédaction de «Charlie Hebdo»: pour confectionner le numéro spécial de 8 pages qui sortira mercredi, tiré à un million d'exemplaires (contre 60.000, habituellement).

La place de la République étant à deux pas, on a pu y constater que, dorénavant, elle est le cadre de rassemblements qui s'y déroulent pendant toute la journée – et non uniquement en soirée, comme on pourrait le déduire à la vue des reportages télé.

Matin, midi et soir, qu'il pleuve ou qu'il vente, des gens de tous âges ne cessent d'affluer à «Répu», et ils semblent chaque fois plus nombreux à mesure que les jours passent. Aux pieds de l'immense statue qui domine l'esplanade, ils déposent des fleurs, allument des bougies, rédigent des mots ou des dessins de soutien, prennent des photos, se recueillent en silence. L'émotion collective est vraiment palpable. L'effarement se lit sur les visages. Les larmes ne sont pas rares.

Au-delà de la place, c'est d'ailleurs de tous côtés désormais, dans notre onzième arrondissement, que des petits mausolées fleuris et illuminés s'élèvent, commémorant la tragédie de mercredi. Même à des centaines de mètres du lieu où a été perpétré l'attentat, on découvre chaque jour de nouveaux amoncellements de bouquets, de bougies, d'écrits et de dessins.

Dans les rues de Paris, on croise aussi, de plus en plus fréquemment, des gens – des jeunes, surtout – qui arborent un sweat-shirt noir, avec écrit dessus, en lettres capitales blanches, «Je suis Charlie».

Paris, Police, SécuritéLa capitale qui, depuis mercredi, de jour comme de nuit, vit au rythme d'un concert ininterrompu de sirènes de police: les forces de l'ordre sont sur les dents, et c'est particulièrement visible – audible – dans le onzième arrondissement. Cet environnement sonore achève de donner un caractère lugubre à l'atmosphère du moment.

Et cela ne va pas s'apaiser, dans les heures à venir. Puisque, depuis la mi-journée, une prise d'otages est en cours dans l'arrondissement juste à côté: dans une épicerie casher de la Porte de Vincennes.

Pénible semaine, décidément.

08/01/2015

Une vie de quartier à l'arrêt

Paris, Police, Sécurité, TransportsLa rue Nicolas Appert toujours complètement interdite d'accès. Vingt-quatre heures après l'attentat terroriste d'hier matin, les gendarmes et policiers y sont toujours aussi nombreux, de même que la cohorte des journalistes de médias du monde entier.

Pendant la nuit, sur la façade de l'immeuble à l'angle de cette petite artère du onzième arrondissement, de grandes affiches ont été placardées. «On est tous franchement Charlie Hebdo», proclament-elles. On y voit les portraits, souriants, des journalistes de l'hebdomadaire assassinés hier. A côté, un drapeau français a été accroché à l'armature d'une poubelle. «A la liberté», est-il inscrit, sur sa hampe. A ses côtés, un sapin de Noël, des bougies et des bouquets de fleurs

Un peu partout, dans les rues adjacentes, d'identiques chapelles ardentes improvisées ont été aménagées, par les riverains.

Au kiosque à journaux le plus proche de la tuerie, le vendeur a, sur sa caisse, placardé un avis à la clientèle: «Charlie Hebdo tous vendus».

Paris, Police, Sécurité, TransportsA deux pas, l'agence Pôle Emploi a ses rideaux baissés. Un écriteau apposé sur la devanture de l'agence informe les chômeurs qu'elle est «exceptionnellement fermée, jusqu'à vendredi inclus. Réouverture le lundi 12 janvier. Veuillez nous excuser pour la gêne occasionnée». Des impacts de balle, issus de la fusillade, sont visibles sur la façade.

En face, la crèche et son aire de jeux, d'habitude si animés à cette heure, sont complètement déserts. Pas âme qui vive non plus quelques mètres plus loin, à la piscine municipale «Cour des Lions». Et pour cause: le Plan Vigipirate, désormais à son niveau d'alerte maximal en région parisienne, interdit notamment toute sortie scolaire. Cela vaut aussi pour les cours de natation destinés aux écoliers.

Juste à côté, à l'école élémentaire précisément, un avis a été placardé à l'attention des parents d'élèves. Il informe que «les psychologues du rectorat seront présents ce matin à l'école, pour répondre aux questions des élèves sur l'attentat commis hier, dans notre quartier».

Paris, Police, Sécurité, TransportsQuartier où, c'est frappant, l'affluence est nettement moindre qu'à l'habitude. Les rues sont le plus souvent silencieuses, et assez peu fréquentées. Ce matin, une radio de grande écoute a cru bon de parler d'une «psychose collective» qui règnerait dorénavant, dans les rues de Paris.

En tout cas, ce jeudi, les habitants de la capitale française et de sa banlieue pourraient avoir fait preuve de méfiance, et en l'occurrence avoir beaucoup moins utilisé qu'à l'accoutumée les transports publics – théâtre, dans le milieu des années 1990, d'une vague d'attentats terroristes (les islamistes du GIA algérien) ayant tué une dizaine de personnes et fait des dizaines de blessés. Ce matin, en tout cas, sur le réseau routier de l'ensemble de la région parisienne, 340 kilomètres de bouchons ont été comptabilisés. C'est beaucoup plus que les 250 kilomètres de retenue que l'on dénombre habituellement: un tel jour de semaine, et dans des conditions météo similaires.

07/01/2015

Un soir de janvier, dans le quartier

Paris, Police, Sécurité Boulevard Richard-Lenoir, dans le onzième arrondissement de Paris, ce soir.

Des camions-régie TV stationnés en double file. Des envoyés spéciaux transis qui, sous la lumière blafarde des projecteurs, enchaînent les billets les uns après les autres. Dans des langues du monde entier. Un journaliste radio d'une grande chaîne française qui effectue le montage de son reportage assis à même le trottoir. Plus de douze heures après l'attentat, le terre-plein du boulevard est encore entièrement interdit d'accès.

Un peu plus loin, une quinzaine de bougies brûlent, entourées de quelques bouquets. Des gens du quartier aimeraient, à leur tour, déposer des fleurs. Mais, tout autour de ce lieu improvisé d'hommage et de commémoration, des bandelettes de plastique siglées «Police nationale – Franchissement interdit» empêchent d'approcher. Quelques jeunes font silence. Drapeau français à la main, ils reviennent sans doute du grand rassemblement qui a eu lieu en fin de journée, à «Répu»: la place de la République, toute proche. A un moment, l'un d'eux fond en larmes. «'tain, c'est pas possible, ce pays!», gémit-il. Sa copine l'enlace, silencieusement. On s'éloigne, se sentant de trop.

Plus loin, d'autres fleurs encore, toutes blanches. D'autres bougies. D'autres petits mots placardés: mots de compassion, d'affliction ou de colère. Et des silences, lourds.

Dans tout le quartier, des agents en civil, brassard orange «POLICE» au bras. A chaque coin de rue, des gendarmes en faction. Certains très aimables, d'autres pas commodes – visiblement épuisés. Les radios et télés d'info continue répètent en boucle que tout le quartier de l'attentat restera entièrement bouclé «jusqu'à au moins 3 heures du matin»: «La police scientifique est toujours sur place». Les pandores de base eux-mêmes n'en savent rien. «On n'a pas reçu d'instructions. On ignore jusqu'à quelle heure on va rester», dit l'un d'eux. Qui donc, avec son binôme, s'apprête à rester stoïquement à son poste «jusqu'à la relève». Voire toute la nuit, s'il le faut.

Paris, Police, Sécurité D'habitude, chaque soir, été comme hiver, le petit bar situé juste au coin de l'allée menant à la rue Appert (où été perpétré l'attentat) est ouvert. Et il ne désemplit pas. C'est le lieu de rendez-vous favori des étudiants de la grande école de design industriel, quelques immeubles plus loin. Tous les autres soirs, en terrasse, cela rigole et picole jusque tard, dans une humeur potache et légère – si parisienne, en somme. Mais là, aujourd'hui, le bar a fermé. Il n'y a pas âme qui vive.

Sinistre ambiance, en ce soir de janvier. Dans notre cher quartier Saint-Sabin. Théâtre du plus meurtrier attentat jamais perpétré en France depuis plus de cinquante ans, ce matin.

Un carnage, si proche

Douze morts. Quatre blessés dans un état d'«urgence absolue». Et une vingtaine d'autres, moins grièvement atteints. C'est le dernier bilan que vient de dresser le procureur de Paris, François Molins. Le bilan de l'attentat terroriste qui a été commis ce matin à Paris – le plus grave jamais perpétré en France depuis plus de cinquante ans.

Pour l'anecdote – mais c'est si anecdotique, vu la gravité des événements –, cet attentat s'est déroulé à deux pas du bureau parisien de «La Libre». En effet, la rédaction de «Charlie Hebdo», qui a été visée, est située rue Nicolas Appert, dans le onzième arrondissement. Cette petite ruelle se trouve juste aux pieds de la résidence où «La Libre» a établi ses quartiers, depuis maintenant plus de dix ans.

On revient à l'instant du lieu de la tuerie. Le quartier est, bien sûr, complètement sous le choc. C'est même très troublant de voir ainsi si lourdement endeuillé ce qui est notre cadre quotidien de travail et de vie, et qui est d'habitude un environnement si paisible et tranquille.

PLANTU.jpgEn quelques heures, tout a basculé. L'atmosphère y a complètement changé. Plusieurs dizaines de véhicules de police, de gendarmerie, de pompiers et du Samu sont déployés dans toutes les rues environnantes. «Il y a encore des blessés à intuber! Il y a encore des blessés à intuber!», hurlait, tout à l'heure, complètement affolé, un secouriste qu'on a croisé. L'accès à l'ensemble de la zone est interdit. L'agence Pôle Emploi est grillagée: fermée. Les enfants de l'école Saint-Sébastien sont cantonnés à l'intérieur de l'établissement. De même que les journalistes de «Charlie» n'ont pu encore quitter leur rédaction.

«Je ne peux pas rester longtemps au téléphone, là. Je vais bien. Veille sur les enfants. Je te rappelle». C'est ce qu'on a entendu tout à l'heure, rue Appert. Dans la bouche d'une consoeur de «Charlie» qui n'était pas présente au bureau au moment de la fusillade, et qui, accourue sur place, rassurait ses proches. «Je vous en supplie! Laissez-moi passer!», hurlait, peu après, une autre jeune femme, s'adressant aux gendarmes assurant le cordon de sécurité qu'elle voulait franchir. Conjointe d'un journaliste de l'hebdomadaire, sans nouvelles de lui depuis ce matin, et donc morte d'inquiétude, elle voulait à tout prix aller à la rédaction vérifier qu'il était bien indemne. Il fallut de longues tractations avant qu'elle soit autorisée à franchir le cordon de sécurité.

Arrivé sur place dès 12h45, en compagnie de la maire de Paris, François Hollande a qualifié la fusillade contre «Charlie Hebdo» d'«acte d'une exceptionnelle barbarie», et a fait rehausser le plan d'alerte antiterroriste «Vigipirate» à son degré de vigilance maximal.

Après avoir vu et écouté le Président détailler le bilan si effarant de la tuerie, Guillaume, retraité du quartier, ayant longtemps tenu une droguerie très populaire rue Saint-Sabin, n'en revenait pas. Complètement sous le choc, il ne parvenait qu'à répéter, hagard: «Mais quelle société de sauvages! Mais quelle société de sauvages!»

On ne savait trop quoi lui répondre.