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21/10/2014

Un paysage complètement chamboulé

Saisissant enchaînement fortuit de circonstances.

La mort cette nuit – qui plus est dans des circonstances si rocambolesques – de Christophe de Margerie, qui était à la tête de l'empire pétrolier mondial que constitue le groupe Total. Quelques heures plus tôt, l'annonce inopinée de la démission, pour raisons de santé, de Luc Oursel: le grand patron du géant nucléaire français Areva. Il y a quelques jours, l'officialisation que ne serait pas reconduit dans ses fonctions l'électricien Henri Proglio, PDG d'EDF. Et son cousin gazier GDF Suez qui commence à s'agiter à propos de l'âpre succession à venir de son n°1, Gérard Mestrallet.

Subitement, en quelques jours à peine, c'est donc l'ensemble de la haute hiérarchie du paysage énergétique français qui se retrouve complètement bouleversée.

20/10/2014

Un inventaire à la Prévert

Demain mardi, les députés voteront la partie recettes du projet de budget 2015. Parmi toutes les recettes qui, l'an prochain, iront à l'Etat, ne figureront plus quelques impôts supprimés car jugés pas rentables: le coût de leur collecte était plus élevé que ce qu'ils rapportaient à l'Etat.

Ces prélèvements bientôt défunts sont un véritable inventaire à la Prévert. Ainsi, une taxe sur les trottoirs et les pavages. Elle date... de 1845. Et permet aux autorités municipales procédant à des travaux d'aménagement de demander aux riverains d'y participer financièrement. Cet impôt n'est plus appliqué que dans une trentaine des 36.000 communes de France, et ne rapporte que 600.000 euros par an. Autre fiscalité dont les jours sont comptés: une cotisation de solidarité sur les graines oléagineuses. Depuis 1969, elle frappe les producteurs de colza et de tournesol. Ou une taxe sur les appareils automatiques, flippers, bornes d'arcade et machines à sous (une vignette de 5 euros par appareil). Ou encore une taxe pour la gestion des eaux pluviales urbaines, et une redevance prélevée auprès des titulaires de concessions de stockage souterrain d'hydrocarbures.

Au total, la suppression de ces taxes à «rendement nul ou faible» mais à «coûts de gestion élevés», dixit le gouvernement, représentera un manque à gagner de 29 millions d'euros, pour l'Etat. A comparer aux 292 milliards d'euros de recettes qu'il a budgétés pour 2015. Ce n'est donc qu'une goutte d'eau dans la mer des finances publiques. Et la supprimer est considéré comme nécessaire pour «simplifier le droit et rationaliser la législation fiscale».

Il y a encore du pain sur la planche, en la matière. Selon l'Inspection des finances, existent en France 192 taxes inefficaces ou peu rentables. Parmi elles, 179 ont un rendement inférieur à 100 millions d'euros, contre 3 seulement en Allemagne et aucune au Royaume-Uni.

17/10/2014

Une «mise au point», si prévisible

Langue française, Institutions, FemmesTremblez, mortels: les «Immortels» s'en mêlent. Cette semaine, «fidèle à la mission que lui assignent ses statuts depuis 1635», l'Académie française a donc pris position () dans le fameux contentieux lexical sur la question de savoir s'il est correct, ou non, de dire «Mme la présidente» (relire ici). Et cela n'a rien d'étonnant, s'agissant d'une institution ultra-conservatrice, elle s'est rangée dans le camp des opposants.

Sur la forme, «aucun texte ne donne au gouvernement le pouvoir de modifier de sa seule autorité le vocabulaire et la grammaire du français», s'énervent les «Immortels». «La langue n'est pas un outil qui se modèle au gré des désirs et des projets politiques». De son usage, «seule l’Académie française a été instituée la gardienne». Autrement dit, rompez: vils manants.

Sur le fond, «l'usage générique du masculin est une règle simple, à laquelle il ne doit pas être dérogé». Et cela doit valoir aussi bien pour les décrets, les instructions, les arrêtés et avis de concours, que pour les fonctions officielles et leur dénomination, ou les désignations honorifiques exprimant une distinction de rang. Car, «pour que la continuité des fonctions à laquelle renvoient ces appellations soit assurée par-delà la singularité des personnes, il ne faut pas que la terminologie signale l’individu qui occupe ces fonctions». Passe encore que «l’usage féminise aisément les (noms de) métiers». Mais, pour les noms de fonctions officielles et les titres correspondants, «les particularités de la personne ne doivent pas empiéter sur le caractère abstrait de la fonction dont elle est investie, mais au contraire s’effacer derrière lui». Sinon? Féminiser systématiquement, c'est risquer de «nombreuses incohérences linguistiques». «Brusquer et forcer l’usage», cela «revient à porter atteinte au génie même de la langue française et à ouvrir une période d’incertitude linguistique».

Langue française, Institutions, FemmesBigre. On n'avait pas compris que c'était aussi grave. On suppose que, devant un tel argument d'autorité, et s'il est question en plus, carrément, d'un génie qui est menacé, il n'y a plus qu'à s'incliner.

Non sans rappeler au passage, tout de même, que l'institution adressant cette «mise au point» compte, parmi ses quarante honorables membres (voir ), en tout et pour tout six femmes seulement.

16/10/2014

Une cible immuable, si facile

Les autorités européennes: une cible décidément classique, confortable et immuable, pour les responsables politiques français. On l'a encore vu hier. Jour où Paris a remis à Bruxelles son projet de budget 2015, qui risque bien de se prendre quelques réprimandes pour cause de réduction insuffisante des déficits publics.

Ainsi, la députée socialiste Valérie Rabault – pas n'importe qui dans le domaine, puisqu'elle est la rapporteure générale du budget – a évoqué d'une manière un rien dénigrante l'examen comptable européen auquel la France va devoir se soumettre, ces deux prochains mois. «Bruxelles va nous juger sur un indicateur un peu techno, avec des méthodes mathématiques un peu compliquées», a-t-elle ironisé. Cela rappelait furieusement des propos mémorables de Jean-Pierre Raffarin, en 2003. Quand il était Premier ministre (UMP) et quand la France, déjà, ne respectait pas ses engagements budgétaires européens. A l'époque, il avait réduit ces impératifs à «des équations de bureaux comptables».

2003-2014. D'une décennie à l'autre et d'une famille politique à l'autre, donc, pas grand-chose ne change à Paris, dans les discours à propos de Bruxelles.

Et, bien sûr, ni le Parti socialiste aujourd'hui, ni la droite hier ne rappellent que ces fameux engagements budgétaires européens que l'Hexagone critique et viole si fréquemment, c'est lui-même qui les a souscrits, en toute liberté et connaissance de cause.

 

PS:Ce qui n'empêche évidemment que, sur le fond, on peut parfaitement penser ce qu'on veut des politiques menées au niveau européen, et singulièrement de ce dogme de la réduction, à marche forcée, des déficits publics.

15/10/2014

Une gouvernance lymphatique

Gouvernement, Santé, Tabac, PublicitéLe Conseil des ministres de ce matin examine un vaste «Projet de loi relatif à la santé». Avec quelques mois de retard, puisqu'il était annoncé à l'origine pour juin.

Ce texte contient notamment toute une série de mesures relatives au tabac. Ainsi, l'imposition du paquet de cigarettes anonymisé, censé réduire l'attractivité de ces produits. Et des dispositions relatives à la cigarette électronique, comme l'interdiction de son usage dans les lieux publics.

Et la fin de la pub à la télé la concernant? Enfin va-t-on être fixé. Depuis le début de l'année (relire ), le gouvernement est pressé d'agir, sur la question. Depuis le printemps, il sous-entend qu'il a pris sa décision – et, effectivement, dans le sens d'une telle interdiction. Au total, donc, depuis l'apparition des premiers spots de pub pour ce produit à la télévision, il aura fallu près d'un an pour que, par hypothèse, la mesure les visant entre en application.

Curieux mode de gouvernance, décidément.

14/10/2014

Une accélération, pas flagrante

Tambours et trompettes. Jouez hautbois, résonnez musettes. Chez Manuel Valls, hier après-midi.

Quand le Premier ministre a promis monts et merveilles, après un comité interministériel consacré au «Grand Paris». Ce projet, lancé à l'époque de Nicolas Sarkozy, vise à doter la région parisienne d'un échelon de gouvernance supplémentaire: une grande métropole de quelque 8 millions d'habitants, ce qui passerait par la suppression des départements de la petite couronne. A ce stade, ce grand mécano institutionnel paraît encore assez fumeux. Le seul élément qu'en retient probablement le Parisien moyen est la promesse, à très très long terme, d'un vaste réseau de transports publics qui ferait tout le tour de la région. Et, en attendant, la perspective de nouveaux impôts.

Mais hier donc, promis juré, Manuel Valls allait concrétiser, accélérer et dynamiser tout cela. On allait «passer au temps des réalisations». Tambours et trompettes, grâce à l'annonce de «financements sans précédent» mobilisés par l'Etat, les projets allaient «maintenant sortir de terre». On allait voir ce qu'on allait voir, en somme. On n'a pas vu grand-chose, en fait.

Ainsi, en ce qui concerne le projet d'infrastructure emblématique de ce «Grand Paris». A savoir, le fameux train «CDG Express», qui doterait enfin l'aéroport de Roissy-Charles de Gaulle d'une liaison ferroviaire digne de ce nom avec la «Ville lumière». On en parle depuis des décennies. Hier, Manuel Valls a promis sa réalisation pour... 2023.

2023. Encore une dizaine d'années à patienter, du coup. Que serait-ce si ce projet n'avait pas, lundi, été accéléré...

13/10/2014

Un canular (d'un goût douteux)?

Paris, Communication, ActivismeDes jours et des jours que l'on voit son visage, placardé un peu partout dans notre onzième arrondissement. Dans certains quartiers même, son portrait est systématiquement affiché sur tous les feux de signalisation. Pas plus tard que ce matin, d'ailleurs, apercevant une nouvelle fois dans les rues les images de cette bonne bouille rieuse, on s'est pris à compatir à son sort. Mais peut-être s'est-on fait du souci pour rien.

Loïc Demarais. Présenté comme étant âgé de 25 ans et porté disparu depuis début septembre. Sur les avis de recherche qui ont été placardés dans tout Paris le concernant, destinés à retrouver sa trace, figure un numéro de portable. Selon le journal «Le Parisien» de ce matin, le portrait de ce Loïc a été affiché dans d'autres villes que Paris. Pareillement, des avis de recherche pour d'autres jeunes disparus (une Aurélie, une Olivia, une Angélique, un Julien, etc.) sont également apparus dernièrement, un peu partout dans le pays. Tous ces avis de disparition renvoient au même portable mais qui ne répond jamais, et qui serait même un faux numéro. Et pour cause: tout cela, en fait, pourrait n'être... qu'un vaste canular.

Le point commun de tous ces jeunes présumés disparus est qu'ils exercent une profession dans le monde des arts de la scène. Ainsi, l'affichette relative à Loïc Demarais précise qu'il est technicien lumières. Du coup, l'hypothèse qui circule est que ces avis de disparition en cascade émanent, en fait, de la remuante Coordination des intermittents et des précaires – les activistes qui luttent sans relâche (là) contre la dernière réforme en date du régime d'indemnisation du chômage. Les personnes présentées sur ces avis de recherche seraient fictives. La mise en scène de leur prétendue disparition viserait à sensibiliser l'opinion à la menace de disparition que la réforme du statut des intermittents ferait peser sur tous ces métiers du spectacle.

A ce stade, la Coordination dément toute initiative de la sorte. Si d'aventure elle venait à être confirmée – les autorités sont en train d'enquêter –, on serait en droit de la trouver d'assez mauvais goût. Le contexte social et économique du moment est déjà assez anxiogène et déprimant comme cela, pour en plus venir inquiéter les gens pour rien, en propageant de telles fausses nouvelles.

10/10/2014

Un lauréat si parisien

«J'avais marché jusqu'à la fenêtre et je regardais, en contrebas, les rails du funiculaire de Montmartre, les jardins du Sacré-Coeur et plus loin, tout Paris, avec ses lumières, ses toits, ses ombres. Dans ce dédale de rues et de boulevards, nous nous étions rencontrés un jour, Denise et moi. Itinéraires qui se croisent, parmi ceux que suivent des milliers et des milliers de gens à travers Paris, comme mille et mille petites boules d'un gigantesque billard électrique, qui se cognent parfois l'une à l'autre. Et de cela, il ne restait rien, pas même la traînée lumineuse que fait le passage d'une luciole».

Patrick Modiano dixit, dans «Rue des boutiques obscures» (Prix Goncourt 1978). Jamais sans doute un Prix Nobel de littérature n'avait récompensé un écrivain plus parisien. La capitale française, en effet, est omniprésente, dans ses livres. Le Paris de l'Occupation, bien sûr, mais aussi le Paris contemporain et quotidien. Son premier roman déjà, écrit à l'âge de 22 ans, s'intitulait «La Place de l'Etoile».

Au passage, sa désignation a dû faire grimacer le déclinologue Eric Zemmour. En effet, dans son dernier essai – qui se se vend comme des petits pains – , ce triste polémiste, plus passéiste que jamais, soutient peu ou prou que, depuis Balzac ou à peu près, la littérature française n'a plus rien produit d'intéressant ni de reconnu internationalement. Le voilà spectaculairement démenti.

 

PS: Pour ne tout de même pas terminer la semaine sur un personnage aussi rance, quelques lignes encore de Modiano.

«Nous traversâmes l'esplanade du Musée d'art moderne et nous nous assîmes sur les marches. Je voyais passer les voitures, plus bas, le long de l'avenue de New York, seul indice qu'il y eût encore de la vie. Tout était désert et figé autour de nous. Même la tour Eiffel que j'aperçois là-bas, de l'autre côté de la Seine, ressemblait à une masse de ferrailles calcinées».

09/10/2014

Un train de sénateur

Institutions, FemmesPuisque la thématique des femmes au Parlement semble intéresser, en ce moment – voir la grosse polémique qu'évoquait la note d'hier –, cette info que les médias français ont peu traitée, dernièrement. Le Sénat vient de faire un (petit) pas vers le caractère égalitaire hommes-femmes de sa composition.

En effet, les dernières élections sénatoriales, il y a dix jours, ont fait progresser, un peu (3%), le nombre de femmes siégeant dans cette assemblée. La France compte désormais 87 sénatrices, dix de plus qu'avant le scrutin. A comparer aux 261 sénateurs, ce qui donne un taux de 25% de femmes dans cette institution.

A ce train-là, avec une progression de 3% à chaque élection sénatoriale, donc tous les trois ans, la Haute assemblée devrait atteindre la parité... dans un quart de siècle environ: à l'horizon 2040.

C'est merveilleux.

08/10/2014

Une double curiosité

Beaucoup d'agitation dans les médias pendant toute la journée d'hier. A propos de ce député UMP qui s'est vu imposer une pénalité financière pour avoir, lundi soir à l'Assemblée, refusé de donner du «Mme la présidente» à sa collègue socialiste qui présidait la séance (lire et voir ici, si par extraordinaire cela vous avait échappé). Au début de l'année, déjà, ce même élu, donc désormais récidiviste, s'était illustré sur le même thème (relire ). Ce matin encore, soit deux jours après cet incident de séance, l'UMP en particulier et la «France de droite» en général («Le Figaro», etc.) continuent de s'agiter. Ils voient dans le règlement parlementaire ayant fondé la sanction de cet élu l'illustration de la «police de la pensée» et de «la novlangue» d'une gauche qu'ils accusent plus que jamais d'être «politiquement correcte» et «bien pensante».

Sans consacrer plus de temps qu'il n'en mérite à cet individu, remarquons juste une double curiosité, piquante, dans son attitude et celle de son camp.

Curieux, d'abord, pour une famille politique qui à longueur de journées rappelle la nécessité du respect de la règle et de l'autorité, de subitement s'indigner qu'un de ses élus soit sanctionné pour, précisément, avoir récidivé dans l'infraction aux règles s'imposant à lui ainsi qu'à toute la communauté des députés. A savoir, le règlement de l'Assemblée.

Curieux, ensuite, pour une famille politique qui prône en boucle la rupture et la réforme, qui fustige en permanence les conservatismes et le refus de l'adaptation à la modernité, de subitement défendre son député en brandissant les règles si poussiéreuses de l'Académie française. A savoir, l'institution qui, vu le rythme où elle fait évoluer la langue, incarne le sommet d'un certain conservatisme à la française – jusqu'à la caricature, même.

Encore bravo pour la cohérence.

07/10/2014

Une volonté de ne pas se mouiller

International, Gouvernement, Personnalités, FabiusLes choses commencent visiblement à rentrer dans l'ordre, à Hong Kong. Ne pas laisser refermer cette parenthèse, tout de même, sans remarquer combien on a peu entendu la France, tout au long de ces dix jours de «Révolution des parapluies».

Dans une classe politique qui tweete à longueur de journées sur tout et n'importe quoi, et souvent sur n'importe quoi, à peine une poignée de messages de soutien aux jeunes manifestants ont été envoyés, par des personnalités – que ce soit d'ailleurs de la majorité ou de l'opposition. Dans cet Hexagone auto-proclamé «pays des droits de l'homme», on peine à trouver l'une ou l'autre déclaration officielle forte qui aurait été prononcée, sur ce dossier. L'autre jour, d'ailleurs, à un briefing de presse du porte-parole des Affaires étrangères, on a bien pu voir combien Paris n'avait aucun désir de s'en mêler. «Est-ce que vous avez quelque chose à dire sur la situation à Hong Kong?», a-t-il été demandé au communicant du quai d'Orsay. «Comme le ministre (Laurent Fabius) l'a indiqué, "la France et la Chine sont deux pays amis et nous sommes attachés à la stabilité et à la prospérité de Hong Kong"», a-t-il répondu. Avant de conclure: «Nous suivons avec attention la situation, et nous espérons qu'un dialogue constructif et pacifique va permettre un accord qui soit conforme à la loi fondamentale de Hong Kong». Point final.

Profil bas, donc. Plus que jamais. Laurent Fabius n'ayant que les mots «diplomatie économique» à la bouche, ne pas prendre le moindre risque de fâcher Pékin. Ne pas bouger le moindre petit doigt qui pourrait froisser le gigantesque partenaire commercial chinois.

Au choix, on trouvera une telle attitude parfaitement cohérente et responsable. De la vraie real-politik, en somme: pleinement consciente des intérêts et des enjeux. Surtout, ne pas mordre la main qui vous nourrit.

Mais on pourra aussi juger une telle posture cauteleuse et pleutre, bref très peu glorieuse.

06/10/2014

Une heure trente par jour (au moins)

Dans la foulée de la dernière note sur la ponctualité et la régularité des transports publics parisiens, cette étude sortie dernièrement, consacrée aux temps quotidiens de déplacement dans la capitale française et sa banlieue. Elle est basée sur l'analyse de quelque 2 millions de trajets, issus des requêtes effectuées en une semaine sur le moteur de recherche d’itinéraire du site internet de la RATP.

Il en ressort que le «budget temps» moyen des habitants de la région pour leurs déplacements est de 85 minutes par jour. Près d'1h30, donc, chiffre globalement stable au fil des ans. Mais, derrière cette moyenne globale, se cachent de grosses différences de temps de trajet selon qu'il s'agit d'un déplacement effectué dans Paris même ou de banlieue à banlieue. Ainsi, la moyenne d'un parcours dans Paris n'est que de 31 minutes: 5 minutes de marche au départ de son domicile, 5 minutes d'attente du moyen de transport, 15 minutes de trajet, puis 6 dernières minutes de marche jusqu'au lieu de destination. Pour les trajets de banlieue à banlieue, en revanche, le temps de transport et d’attente «peut doubler par rapport à un parcours dans Paris intramuros».

Passé le périphérique, donc, on passe plus de temps dans les transports publics, et on a attendu ceux-ci plus longuement. Et encore, ces données doivent sans doute être revues à la hausse. En effet, le calculateur d'itinéraire d'où elles sont issues indique des temps de trajet et d'attente qui sont optimisés et théoriques, éventuellement pondérés par l'actualité (les stations de métro fermées pour cause de rénovation ou de manifestations, par exemple). En revanche, ils ne prennent bien sûr pas en compte les aléas inopinés, survenant si fréquemment. Qu'il s'agisse d'incidents techniques (pannes de matériel roulant, de signalisation, etc.), d'accidents de voyageurs, ou d'alertes de sécurité (colis suspect, bagage abandonné, etc.). Sans oublier que, le week-end ou en soirée singulièrement, il est fréquent que le temps d'attente réel des usagers soit plus important que celui qui leur avait été annoncé. Dès lors, dans les faits, c'est fréquemment plus d'1h30 que les habitants de la région parisienne passent chaque jour dans les transports publics.

On vous laisse calculer ce que cela fait par semaine, par année, et tout au long d'une vie d'usager.

03/10/2014

Une amélioration, mais pas partout

Paris, Banlieues, Transports, MétroDu très quotidien, pour bien terminer la semaine. Qui a été marquée par une bonne nouvelle, pour la dizaine de millions d'usagers quotidiens du métro parisien: la situation s'y améliore, en termes de ponctualité.

D'après les derniers chiffres semestriels, dix des quatorze lignes de la RATP sont en progrès. Même la pire de tout le réseau – la notoirement calamiteuse ligne 13, bien sûr – commence à afficher des taux de régularité et de ponctualité pas trop mauvais: autour de 95%. Un chiffre qui est toutefois à nuancer. Dans 95% des cas, le métro arrive à l'heure prévue, oui, mais cela ne veut pas forcément dire que tous les usagers peuvent y embarquer (il n'est pas rare de devoir laisser passer un train: trop de monde pour y monter), et cela n'assure aucunement d'y voyager dans le confort (la cohue transformant souvent ces trains en bétaillères).

Mieux loties, trois lignes (la 8, la 9 et la 14) peuvent se targuer de scores supérieurs à leur objectif de 100%. En heures de pointe, en tout cas – c'est moins vrai en heures creuses. Parfois, des améliorations spectaculaires sont enregistrées. C'est le cas par exemple de la ligne 4, et pour cause: depuis quelques mois, du nouveau matériel roulant y a remplacé les vieux trains, dont certains remontaient aux années 70.

Paris, Banlieues, Transports, MétroEn revanche, la situation reste mitigée sur les lignes de banlieue. Là, les taux de régularité et de ponctualité sont plus dans la zone des 80% que des 90%. Le pire demeure le satané RER A. Sur certaines de ses lignes (Nanterre Préfecture/Cergy-Poissy), on ne franchit qu'à peine les 70%, voire la situation s'est encore dégradée par rapport à l'an dernier.

Cela tombe mal: c'est précisément ce RER A qui fait partie des lignes les plus fréquentées de toute la région parisienne...

02/10/2014

Une si magnanime bienveillance

Puisqu'on parlait hier du secteur de la grande distribution, la distinction «Enseigne préférée» des Français vient d'être attribuée, concernant l'année 2014. Pour élaborer ce palmarès des «Enseignes de l'année», 6000 consommateurs ont été interrogés. Ils ont été invités à se prononcer sur l'attractivité d'une centaine d'enseignes, en prenant en compte des critères comme les prix de vente, le service et le choix disponible dans les magasins, etc. Le lauréat pour l'année 2014 est Picard. Le n°1 français du surgelé – plus de 900 magasins dans l'Hexagone – détrône la filiale française du géant américain de la vente en ligne Amazon. En 2010 et en 2011 déjà, Picard avait occupé la première place de ce classement.

On ne ne permettra pas de railler la mémoire courte du consommateur français moyen. Puisqu'il n'a sans doute pas oublié la retentissante affaire des lasagnes supposément de boeuf, mais qui étaient en fait à base de viande de cheval. En 2013, cette vaste fraude alimentaire avait fait grand bruit, en France comme dans nombre de pays européens On remarquera donc juste que ce consommateur est visiblement aussi magnanime que bienveillant. Lui qui, un an après, semble avoir déjà totalement pardonné à une des enseignes qui, à l'époque, avaient été éclaboussées par le scandale – on se souvient bien des écriteaux penauds qui étaient alors affichés dans tous les magasins Picard, se confondant en excuses d'avoir dû retirer des rayons de tels produits alimentaires, aussi improbables mais ayant échappé à tous les contrôles y compris dans une maison se disant pourtant très soucieuse de la qualité de ses produits.

01/10/2014

Un sens de l'à-propos

Santé, Social, Economie, Publicité, TélévisionBien joué, bien vu. Hier, pendant toute la journée, tous les médias ont évoqué la grande journée de protestation des professions réglementées contre le projet de réforme les concernant, et notamment la «Journée portes closes» des pharmaciens, qui s'opposent entre autres à la vente de médicaments (sans ordonnance) en grandes surfaces. Après avoir pris note de cette actualité, les Français sont rentrés chez eux, ont allumé leur poste de télé, et... ont pu assister à la contre-offensive du groupe Leclerc.

Ce géant de la distribution (100.000 salariés et 650 magasins dans l'Hexagone) s'est livré à un véritable matraquage publicitaire. Pendant toute la soirée, sur toutes les chaînes de télé, le même spot a été diffusé. Il met en scène un couple, Madame revenant d'avoir fait les courses chez Leclerc, et Monsieur lui demandant si elle a bien pensé à y acheter ses médicaments (des patchs à la nicotine, notamment). Elle répond que non, parce que l'enseigne n'a toujours pas reçu l'autorisation d'en vendre. Pourtant, ce faisant, le consommateur pourrait «se soigner moins cher», pourtant un docteur en pharmacie ayant fait 6 ans d'études est à la tête de chacune des parapharmacies Leclerc, etc., etc. Slogan final: dans cette France qui persiste à octroyer aux pharmaciens le monopole de la vente des médocs, «on marche sur la tête!»

Il y aurait pas mal de choses à dire sur le fond de ce message publicitaire, qui se décline aussi sous forme de pétition (). Mais, sur la forme, force est de reconnaître qu'il est assez efficace. Et avoir relancé cette campagne hier précisément – et si massivement – , témoigne d'un réel sens de l'à-propos. Ou comment tenter de contrebalancer, dans la tête de dizaines de millions de téléspectateurs, tous les discours en sens inverse qu'ils ont, pendant toute la journée, lus, vus et entendus dans tous les médias, à propos de la journée d'action des pharmaciens.

Santé, Social, Economie, Publicité, TélévisionVu le tarif des spots de pub en soirée, cela dit, cette contre-offensive a dû coûter très cher. On imagine que Leclerc veillera bien à ne pas répercuter le coût de cette campagne sur les prix de vente qu'il pratique dans ses supermarchés. Sinon, pour le coup, avec ses 45 milliards d'euros de chiffre d'affaires, on marcherait vraiment sur la tête.

30/09/2014

Un homme si drôle

Comme quoi, tout arrive. Alain Juppé a beau n'avoir jamais eu la réputation d'être l'homme politique le plus comique de France, hier soir, il a néanmoins remporté le prix Humour & Politique 2014 (*). Grâce à cette répartie, il est vraie pleine de délicieuse autodérision venant de qui eut une carrière parsemée de tant de traversées du désert:«En politique, on n'est jamais fini. Regardez-moi!»

On peut d'ailleurs remarquer un changement d'attitude chez lui, depuis un petit moment. Depuis, précisément, qu'il a fait son coming-out présidentiable, à la fin août. Désormais, il prend soin de ponctuer chacune de ses interventions télévisuelles d'une petite phrase (un peu) rigolote. Histoire de bien montrer que, non, décidément, il n'est pas si austère.

Lui-même, du reste, avait un jour théorisé sur la nécessité qu'il avait de paraître moins techno, sévère, cassant, droit dans ses bottes. «C'est plus facile de sourire que de réformer. Mais puisqu'on me dit qu'il faut être aimable...», avait-il lancé. Avec un sourire un rien crispé.

 

(*) Prix dont plusieurs nominés méritent, trouve-t-on, les félicitations. Le ministre Michel Sapin, pour cette désarmante tentative de minimiser les manques gouvernementaux: «Quand on ne va pas assez loin, c'est déjà qu'on va quelque part». Son ex-collègue Arnaud Montebourg, que rien décidément n'arrête, pour son culot: «Je crois à un retour de Nicolas Sarkozy, mais menotté». Et le député UMP Henri Guaino, groupie sarkozyste, pour le comique involontaire de sa dévotion fayotte: «Si Nicolas Sarkozy n’avait pas été là, il n’y aurait plus de démocratie en France, en Europe et dans le monde».

29/09/2014

Un joli doublé

Tourisme, Social, Paris, LuxeL'info est passée assez largement inaperçue, à Paris à la fin de la semaine dernière. Vu l'abondance et la gravité de l'actualité en France par ailleurs. Il n'empêche, elle fera date, car est elle unique dans les annales du secteur économique concerné (et de son histoire sociale): celui de l'hôtellerie parisienne de grand luxe.

Vendredi, après huit jours de grève, le petit personnel du «Park Hyatt Paris-Madeleine» a obtenu gain de cause. Ces femmes de chambre, gouvernantes, équipiers et autres valets de chambre réclamaient l'alignement de leurs salaires et conditions de travail sur ceux des employés des palaces. Leur direction a fini par céder. Elle leur a octroyé une augmentation de plusieurs centaines d'euros par mois ainsi qu'une prime de fin d'année équivalente à un treizième mois. Quelques jours plus tôt, ce sont leurs collègues du «Park Hyatt Vendôme», à deux pas de la place du même nom, qui avaient eux aussi remporté des avantages similaires, et donc mis fin à leur grève. L'an dernier, déjà, à l'issue également d'un mouvement social (relire ), plusieurs de leurs revendications avaient été rencontrées.

Pour les intéressés, ces acquis sont d'autant moins négligeables que, dans le secteur hôtelier parisien, les salaires et conditions de travail sont rarement mirobolants (relire ici).

A titre d'anecdote, le dénouement de ces deux conflits sociaux.a pu être favorisé par... la «Fashion Week», en cours au même moment à Paris.

Tourisme, Social, Paris, LuxeEn effet, cet événement draine une très importante clientèle dans les hôtels de luxe, et notamment dans les «Park Hyatt». Et, parmi cette clientèle, des représentants de médias du monde entier. Sans doute, dès lors, la direction de ces établissements a-t-elle voulu éviter des situations embarrassantes en termes d'image et de communication. Comme les rencontres fortuites entre ces clients de choix et un petit personnel en train de manifester, de brandir des calicots syndicaux pas trop glamour, et de scander des slogans tout sauf feutrés («L’esclavage est fini», «Hyatt exploiteur», etc.).

26/09/2014

Une tentative d'en rire (jaune)

Les musulmans de France descendent dans la rue (ici), ce vendredi. A Paris en début d'après-midi, ainsi que dans plusieurs villes de province, des appels à manifester ayant également été lancés à Limoges, Bordeaux, Marseille, Valence ou Montpellier. Par ces cortèges, les Français musulmans diront la colère que leur inspirent les crimes perpétrés par les islamistes au Moyen-Orient. Et s'élèveront contre les amalgames et la stigmatisation qui, dernièrement, ont insinué qu'ils seraient complaisants à l'égard de ces horreurs, voire complices avec elles. Alors pourtant qu'ils les ont explicitement et fermement condamnées (, par exemple).

 

Visiblement, on n'est pas le seul à trouver effarante cette pression qui, depuis l'assassinat de mercredi a fortiori, s'exerce sur les musulmans de France. Pression pour qu'ils manifestent ostensiblement leur condamnation de ces crimes. Comme si le fait que ces Français soient musulmans les rendait d'office suspects, comme si cela faisait que, par nature, leur condamnation de cette barbarie n'allait pas forcément de soi. Ainsi, hier, un hashtag a été lancé (voir par exemple ici), sur le thème «On ne leur pas demandé de se désolidariser de».

 

En référence à d'autres faits historiques, cela donne, par exemple: «On n’a pas demandé aux chrétiens de se désolidariser du Ku Klux Klan», ou «On n’a pas demandé aux Basques de se désolidariser des actions terroristes de l’ETA». Sur le mode parodique, pour illustrer le côté débile de ce préjugé et de ce stigmate pesant sur les musulmans de France, cela donne: «On n’a pas demandé aux sandales de se désolidariser des Crocs» ou «On n’a pas demandé aux poupées de se désolidariser de Chucky».

 

Peut-être, en effet, mieux vaut-il en rire (jaune).

25/09/2014

Une macabre liste qui s'allonge

Avec l'assassinat hier soir du touriste niçois qui avait été enlevé par des islamistes en Algérie, elle commence à dramatiquement s'allonger, la macabre liste des Français ayant perdu la vie après avoir été pris en otage par des islamistes. Au mois d'avril, déjà, le groupe jihadiste Mujao avait annoncé la mort du touriste Gilberto Rodriguez Leal, qu'il avait enlevé à la fin 2012 au Mali. Et l'été dernier, c'était l'homme d'affaires Philippe Verdon qui avait été assassiné par Al-Qaeda au Maghreb islamique (Aqmi). Trois ans après la mort en détention, possiblement pour raison de santé, de l'otage Michel Germaneau, que le même Aqmi avait enlevé dans le Nord du Niger au printemps 2010.

A cela, il faut encore ajouter la mort de trois otages tués lors d'opérations manquées de libération. Denis Allex: agent des services secrets, décédé en 2013 à la suite de l'assaut donné aux islamistes somaliens des shebabs qui le détenaient depuis quatre ans. Antoine de Leocur et Vincent Delory: les deux jeunes qui, début 2011, avaient péri lors ou en marge du raid aérien mené par l'armée française contre les islamistes les ayant enlevés à Niamey. Sans oublier – même si les circonstances et le motif exacts de leur mort restent à préciser par la justice française – la jeune photographe de presse qui fut victime d'un guet-apens en République centrafricaine au mois de mai, et les deux journalistes de RFI assassinés au Nord-Mali, peu après leur enlèvement, à la fin 2013.

Mais il y a une différence entre tous ces décès tragiques et celui qui vient d'endeuiller la France. Hier soir, pour la première fois s'agissant d'un Français, cet assassinat a été sciemment mis en scène, des images ont été enregistrées sur une vidéo, et celle-ci a été diffusée dans le monde entier à des fins assumées de propagande. Ces images sont donc visibles en France aussi, et y compris par les proches de l'otage assassiné. Jamais auparavant on n'avait connu cela. Jusqu'à présent, même dans les cas les plus anciens et mémorables d'otages ayant trouvé la mort en détention (Michel Seurat par exemple: au Liban au milieu des années 80), le supplice qui leur avait été infligé n'avait pas donné lieu à la moindre image (hormis de ponctuelles preuves de vie), n'avait en tout cas jamais été mis en scène de la sorte.

D'où l'immensité du choc, à Paris et dans tout le pays.

24/09/2014

Une stigmatisation, odieuse

Immigration, Religion, International, Presse, JournalismeA longueur de journées et depuis des mois, dans tous les médias, les plus hauts responsables de l'organe représentatif du culte musulman en France ne cessent de dire et de répéter combien ils condamnent, et le plus fermement qui soit, les horreurs perpétrées par les islamistes en Irak et en Syrie. Manifestement, cela ne suffit pas.

Pour preuve, cette phrase lue dans l'édito du «Figaro» du jour: «Quand donc verra-t-on des milliers de musulmans manifester dans les rues de nos villes pour dire que l'islamisme est contre l'islam?» Phrase qui suit une autre, évoquant elle la présence en France «d'une cinquième colonne d'égorgeurs en puissance, trop souvent protégés par le silence des communautés dans lesquelles ils vivent».

Et hop, voilà donc, en quelques lignes publiées en Une d'un des quotidiens nationaux les plus lus du pays, une demi-douzaine de millions de Français musulmans peu ou prou soupçonnés de silence coupable envers l'ignominie, voire de complicité et même de sympathie avec elle.

Et cette stigmatisation collective – pas loin d ailleurs de l'incitation à la haine sur base religieuse – , ne provoque même pas plus de réactions que cela. Un vague écho dans l'une ou l'autre revue de presse matinale, puis on passe à autre chose.

Ce pays va vraiment mal.