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31/10/2014

Une marotte, décidément

A chaque fois qu'une élection se profile à l'horizon, le gouvernement revient à la charge sur cette question. Tout comme il avait envisagé de le faire lors des dernières élections européennes (relire ici ou ), l'exécutif aimerait, au scrutin régional et départemental de l'an prochain, se passer d'envoyer la propagande électorale par voie postale. Cela lui ferait économiser quelque 130 millions d’euros, ce qui serait toujours ça de pris dans le contexte budgétaire actuel.

L'autre jour, à l'Assemblée, la droite UMP s'est à nouveau énervée, sur le sujet. Pour les sarkozystes, ce serait «une véritable atteinte à la démocratie, notamment pour les personnes âgées, pour nos concitoyens les plus modestes, ou pour ceux ayant des difficultés à se déplacer». Dans un pays qui est toujours marqué par une double fracture: «fracture numérique et fracture générationnelle»: «plus de 20% des Français n’ont toujours pas accès à Internet». Aux yeux de l'opposition, si l'on veut vraiment «assurer une égalité d’accès à l’information électorale», il faut impérativement que le numérique soit «utilisé en complément du papier, et non en substitution à ce dernier».

 

Interpellé, le ministre de l'Intérieur n'a pas trop fait le fier. Certes, sur le principe, il a défendu la «décision de dématérialiser la propagande électorale, par souci de modernisation et aussi – il faut le dire – d’économies». Et il a rappelé que, «dans la plupart des pays de l’Union européenne, la dématérialisation de la propagande électorale a été réalisée depuis de nombreuses années, sans que, pour autant, l’information et le taux de participation aux élections ne s’en trouvent affectés». Dans les faits, cependant, le ministre n'a pas exclu que, lors de ce scrutin à nouveau, l'on «continue à acheminer la propagande électorale par voie postale, tout en mettant en œuvre concomitamment une communication par internet. Cela permettrait d’engager une expérimentation et de tester cette mesure, en vue de sa généralisation ultérieure».

 

Au total, du coup, cette réforme pourrait bien être une nouvelle fois repoussée à plus tard. Sans que, pour autant, la droite accuse le gouvernement d'être incapable de réformer.

 

Pour une fois que majorité et opposition seraient d'accord sur quelque chose....

30/10/2014

Une humiliation judiciaire

Justice, Transports, Métro, ArtsC'est une gifle judiciaire qui a été assénée à la RATP, hier. Le tribunal correctionnel de Paris a purement et simplement annulé les poursuites que la régie des transports parisiens avait intentées à un artiste de rue avec lequel elle est en conflit. Les juristes de la RATP avaient si mal ficelé le dossier, en termes de procédure, que les magistrats ont carrément décrété la nullité totale de leur citation.

Le justiciable en question était Thoma Vuille, un artiste-graffeur franco-suisse âgé de 37 ans. Alias «M. Chat». Depuis la fin des années 90, il dissémine son gros chat jaune et hilare (inspiré du «grinning cat» d'«Alice au pays des Merveilles») un peu partout dans l'environnement urbain. Il a acquis une notoriété internationale lorsque, en 2004, le grand cinéaste Chris Marker a consacré un «street movie» («Chats perchés») à cet artiste ainsi qu'à son personnage. Depuis, Thoma Vuille expose dans des galeries jusqu'à New York ou Hong Kong. Ce qui lui vaut d'être régulièrement dénigré par nombre de street artists, qui le jugent complètement récupéré par le système (commercial).

Mercredi, il était donc traîné en justice par la RATP. Sur la base de la loi punissant « le fait de tracer des inscriptions, signes ou dessins sans autorisation préalable sur des façades, véhicules, voies publiques ou mobilier urbain». Auparavant, il avait refusé de payer les 1.800 euros d'amende que lui réclamait la RATP. L'objet du délit? Une dizaine de têtes de matous qu'il avait dessinées en mai dernier, sur les murs de la station de métro «Châtelet-Les Halles» en cours de rénovation. «Une blague», pour «faire sourire les usagers du métro». Une intervention éphémère, présentée comme recouvrant avantageusement «des murs gris tristes» qui, de toute façon, étaient sur le point d'être recouverts de carrelage. «Je ne suis pas quelqu'un de malveillant: je respecte les gens et les lieux où je peins», s'était-il justifié. «J'ai juste humanisé un lieu, un couloir de transit complètement gris, juste mis de la couleur. Les gens qui disent que mon graffiti est sale ne prennent jamais le métro».

Justice, Transports, Métro, ArtsLa RATP n'a rien voulu entendre. Comme elle l'a fait – mais là, sans succès – avec «M. Chat», elle dépose systématiquement plainte contre X, pour dégradation, chaque fois qu'elle découvre des interventions de ce type. Plainte «sans appréciation de la qualité artistique des actes concernés». Et que ces interventions plaisent au public, ou non; dans ce dossier, 20.000 personnes ont signé une pétition en ligne de soutien à Thoma Vuille.

La société de transports consacre chaque année un budget de 20 millions d'euros – ce qui n'est tout de même pas rien – à la traque et au nettoyage des tags et autres interventions commis dans son réseau, puis à la remise en état de ses installations.

29/10/2014

Une courtoisie matinale

Moment cocasse des matinales radio-télé, ce mercredi. La précédente ministre de la Culture, Aurélie Filippetti, était invitée à commenter le fait que Fleur Pellerin, qui lui a succédé à ce ministère, n'a jamais lu le moindre livre de Patrick Modiano – on évoquait cela, lundi. «Je n'ai pas à commenter l'action ou les déclarations de mon successeur. Vous comprenez bien que ce ne serait pas courtois de ma part...», a-t-elle lâché, sourire en coin.

Parce que la courtoisie a ses limites, un coup de griffe a tout de même été donné, d'une manière sournoisement – et comiquement – implicite: «Sans les livres, pour paraphraser Nietzsche, la vie serait une erreur», a relevé l'ancienne ministre. Sur un air je-dis-cela-je-dis-rien, qui, en fait, en disait long, a fortiori quand on connaît l'inimitié entre les deux femmes.

Fleur Pellerin, à cette heure en tout cas, n'a pas encore tweeté si elle avait lu ou non, ou simplement si elle connaissait ou pas, l'auteur d'«Ainsi parlait Zarathoustra».

28/10/2014

Un silence, si assourdissant

Personnalités, Gouvernement Environnement, Royal, Police, JusticeOù est passée Ségolène Royal? Elle est habituellement très avide des médias. Mais là, cela fait deux jours qu'elle se tait sur un sujet qui, pourtant, agite tout le pays et est du domaine de ses compétences. La mort d'un jeune manifestant, en marge d'une manifestation écologiste, ce week-end, contre un projet de barrage, dans le Tarn.

A l'heure en tout cas où ces lignes sont écrites, la ministre de l'Ecologie, à moins que cela nous ait échappé, n'en a pas encore dit le moindre mot.

Qu'elle ne s'exprime pas sur l'enquête judiciaire en cours – pour déterminer les circonstances exactes, et donc les responsabilités, de cette mort –, c'est parfaitement légitime, et même très sain: que la Justice fasse son travail, sans intrusion du politique. Mais qu'elle se taise y compris sur un projet d'infrastructure avec lequel elle avait elle-même, jadis, pris (un peu) ses distances, c'est déjà moins normal. De même, hier, elle a laissé s'exprimer seuls les deux experts qu'elle avait mandatés pour évaluer l'intérêt de ce projet («médiocre», selon eux). Enfin, que, deux jours plus tard, la ministre de l'Ecologie n'ait même pas ne serait-ce que publiquement accusé réception des demandes qui lui sont faites de retirer le label d'utilité publique dont bénéficie ce barrage, c'est assez sidérant.

Ce silence traduit probablement l'embarras de Ségolène Royal. Embarras dû notamment au fait que ce sont des élus socialistes, ses propres camarades, qui, dans le Tarn, sont derrière ce projet. Politiquement, donc, l'absence médiatique de l'intéressée sur ce sujet (*) est parfaitement explicable.

Personnalités, Gouvernement Environnement, Royal, Police, JusticeIl n'empêche, ce silence, on le trouve, pour tout dire, un peu lâche.

Il est d'ailleurs si assourdissant qu'il ne pourra probablement pas durer encore très longtemps.

 

(*) Silence sur ce sujet, mais, depuis dimanche, Ségolène Royal a publié au moins une demi-douzaine de communiqués de presse, sur «la préfiguration de l’Agence française pour la biodiversité»,«la Conférence internationale sur le changement climatique», et blabla. Politiquement, évidemment, ce sont des thèmes plus confortables.

27/10/2014

Un aveu, confondant

En matière d'inculture littéraire des hauts dirigeants politiques français, on avait déjà été pas mal servi, ces dernières années (relire , par exemple). On a néanmoins franchi un pas supplémentaire, ce week-end.

Lorsque, sur un plateau de télé, Fleur Pellerin, ministre de la Culture, a confessé n'avoir jamais lu le moindre livre... de Patrick Modiano, dernier Prix Nobel de littérature en date. «J'avoue sans aucun problème que je n'ai pas du tout le temps de lire, depuis deux ans», a-t-elle expliqué, souriante mais un peu embarrassée. «Je lis beaucoup de notes, beaucoup de textes de loi, les nouvelles, les dépêches AFP, mais je lis très peu (de littérature)», a-t-elle concédé.

On peut bien sûr difficilement reprocher aux membres du gouvernement d'être concentrés avant tout sur leur travail. Et l'on peut compatir aux horaires de dingues que celui-ci leur impose, à longueur de journées et de soirées, qui laissent peu de place aux loisirs – aux loisirs culturels, notamment.

Mais là, tout de même, on n'est pas loin de toucher le fond. Ce Prix Nobel a été décerné il y a déjà plus de deux semaines. Entre-temps, cela ne paraissait pas mission impossible, pour une ministre de la Culture, d'avoir trouvé le temps de lire ne serait-ce qu'un seul de ses livres – qui sont rarement extrêmement longs, en plus. Du reste, Patrick Modiano écrit depuis, au moins, les années 80. Autant on comprend que Fleur Pellerin, depuis deux ans, n'a plus une minute à elle, autant il est sidérant de constater que, pendant les plus de trente années ayant précédé son arrivée aux plus hautes fonctions, elle n'a jamais ouvert le moindre des livres de l'intéressé.

On espère au moins qu'elle a déjà écouté du Debussy et/ou admiré des Soulages.

24/10/2014

Un géant, bienvenu?

Gastronomie, Art de vivre, Santé, ParisNe pas achever la semaine sans mentionner ce qui en a sans doute été l'événement majeur, pour tous les ados de Paris. L'ouverture de ce qui fait figure de temple mondial – ou européen, en tout cas – du whopper.

L'enseigne Burger King, en effet, a inauguré en grandes pompes son vaisseau amiral français: un fast food géant (1000 mètres carrés, 250 places assises) situé à Alésia, dans le quatorzième arrondissement. C'est le plus grand Burger King du continent. Il fait suite au retour en fanfare de cette marque en France, il y a bientôt un an (relire ). Retour couronné de succès: les Burger King de la gare Saint-Lazare et de la Villette ne désemplissent pas, paraît-il.

On vous laisse juges si c'est, ou non, une bonne nouvelle. Au moment où, selon la dernière étude nationale en date (), pour la première fois depuis quinze ans, l'obésité progresse un peu moins qu'avant, en France. Entre 1997 et 2000, elle a augmenté de plus de 18 %. Entre 2006 et 2009, ce fut de 10,7 %. Depuis 2009, on serait plutôt dans la zone des 3% de croissance.

Un Français adulte sur trois (32 %) n'en reste pas moins en surpoids, dont 15 % souffrent d'obésité, soit près de 7 millions de personnes. Ce qui n'est tout de même pas rien.

23/10/2014

Un impact sanitaire insoupçonné

C'est une petite info qui, vue depuis l'univers bétonné et bitumisé de Paris, paraît délicieusement campagnarde et bucolique. Mais, à l'échelle du pays, elle n'est tout de même pas si anecdotique. Cela n'a échappé à personne: la France a connu un été particulièrement pluvieux et un mois de septembre très doux. Cette météo atypique a un impact sanitaire particulier, auquel, on l'avoue, on n'aurait pas tout pensé, en tant que citadin 100% urbanisé. Figurez-vous que... «la saison des champignons a commencé plus précocement». Du coup, le nombre d'intoxications et d'hospitalisations qui leur sont dues est en explosion.

Les indicateurs – mais oui, il existe en France des indicateurs pour cela: voir – sont formels. Ils sont basés sur les données qui remontent des centres antipoison et de toxicovigilance, ainsi que des urgences hospitalières. Ces trois derniers mois, 460 cas d’intoxication par des champignons ont été enregistrés. Elles ont donné lieu à 188 passages aux urgences. C'est beaucoup plus que l'an dernier, à la même époque (265 intoxications, 103 interventions hospitalières). Pendant huit semaines consécutives, ces derniers mois, de 35 à 75 intoxications ont été dénombrées chaque semaine. Si les passages aux urgences pour ce motif ont été plus fréquents dans des zones comme Midi-Pyrénées, Pays de la Loire et Rhône-Alpes, «toutes les régions géographiques (du pays) sont concernées» par le phénomène.

Depuis le début de la surveillance saisonnière en la matière, seize cas graves d'intoxication ont été enregistrés. Pour treize de ces cas, «un syndrome phalloïdien» a été constaté. A savoir, un syndrome qui «peut être à risque de complications sévères, voire mortelles, pouvant nécessiter une prise en charge en réanimation, et une greffe hépatique». Et un décès a été déploré.

22/10/2014

Une probable mise au frigo

Architecture, Urbanisme, ParisCela ressemble furieusement à un enterrement de première classe.

Au début de l'été, semblait enfin sortir des limbes le vieux et fameux projet de la Tour Triangle: un immeuble de 42 étages et 180 mètres de haut à construire dans le quinzième arrondissement de Paris – on avait évoqué cela à l'époque: relire . Mais, à présent, ses promoteurs sont sans doute en train de déchanter. En début de semaine, en effet, la maire de Paris, Anne Hidalgo (PS), a tenu des propos qui ne sont pas de nature à leur donner espoir que cette méga-tour sera prochainement construite.

Plus précisément, elle a confirmé qu'elle ne tiendrait pas rigueur à ses alliés Verts de voter contre ce projet, lors du Conseil de Paris de la mi-novembre. A titre personnel, la maire est favorable à la tour. Mais l'accord de majorité qu'elle a signé avec les écologistes avant le second tour des élections municipales avait, dès le départ, acté le différend des deux partenaires, sur le sujet. Depuis, aucun des deux alliés n'a changé d'avis. Bien forcée de le constater («C'est le jeu de la démocratie...»), Anne Hidalgo, du coup, vient de confirmer que le prochain vote en sens contraire des élus parisiens PS et Verts sur la question n'affecterait pas la poursuite de leur alliance de majorité. Le mois prochain, donc, les écolos joindront leurs votes hostiles à ceux des élus de droite et du centre, qui s'opposent eux aussi à cette construction. Dès lors, on voit mal comment le projet ne s'en trouverait pas enterré pour un bon bout de temps.

C'est l'ex-maire, Bertrand Delanoë, qui doit faire la grimace, lui qui était favorable à cette tour. A moins que, à présent, tout ces débats urbanistiques parigo-parisiens lui semblent bien gris et accessoires. Vus depuis son exil balnéaire sur les rivages ensoleillés de Tunisie, à Bizerte – l'heureux homme.

21/10/2014

Un paysage complètement chamboulé

Saisissant enchaînement fortuit de circonstances.

La mort cette nuit – qui plus est dans des circonstances si rocambolesques – de Christophe de Margerie, qui était à la tête de l'empire pétrolier mondial que constitue le groupe Total. Quelques heures plus tôt, l'annonce inopinée de la démission, pour raisons de santé, de Luc Oursel: le grand patron du géant nucléaire français Areva. Il y a quelques jours, l'officialisation que ne serait pas reconduit dans ses fonctions l'électricien Henri Proglio, PDG d'EDF. Et son cousin gazier GDF Suez qui commence à s'agiter à propos de l'âpre succession à venir de son n°1, Gérard Mestrallet.

Subitement, en quelques jours à peine, c'est donc l'ensemble de la haute hiérarchie du paysage énergétique français qui se retrouve complètement bouleversée.

20/10/2014

Un inventaire à la Prévert

Demain mardi, les députés voteront la partie recettes du projet de budget 2015. Parmi toutes les recettes qui, l'an prochain, iront à l'Etat, ne figureront plus quelques impôts supprimés car jugés pas rentables: le coût de leur collecte était plus élevé que ce qu'ils rapportaient à l'Etat.

Ces prélèvements bientôt défunts sont un véritable inventaire à la Prévert. Ainsi, une taxe sur les trottoirs et les pavages. Elle date... de 1845. Et permet aux autorités municipales procédant à des travaux d'aménagement de demander aux riverains d'y participer financièrement. Cet impôt n'est plus appliqué que dans une trentaine des 36.000 communes de France, et ne rapporte que 600.000 euros par an. Autre fiscalité dont les jours sont comptés: une cotisation de solidarité sur les graines oléagineuses. Depuis 1969, elle frappe les producteurs de colza et de tournesol. Ou une taxe sur les appareils automatiques, flippers, bornes d'arcade et machines à sous (une vignette de 5 euros par appareil). Ou encore une taxe pour la gestion des eaux pluviales urbaines, et une redevance prélevée auprès des titulaires de concessions de stockage souterrain d'hydrocarbures.

Au total, la suppression de ces taxes à «rendement nul ou faible» mais à «coûts de gestion élevés», dixit le gouvernement, représentera un manque à gagner de 29 millions d'euros, pour l'Etat. A comparer aux 292 milliards d'euros de recettes qu'il a budgétés pour 2015. Ce n'est donc qu'une goutte d'eau dans la mer des finances publiques. Et la supprimer est considéré comme nécessaire pour «simplifier le droit et rationaliser la législation fiscale».

Il y a encore du pain sur la planche, en la matière. Selon l'Inspection des finances, existent en France 192 taxes inefficaces ou peu rentables. Parmi elles, 179 ont un rendement inférieur à 100 millions d'euros, contre 3 seulement en Allemagne et aucune au Royaume-Uni.

17/10/2014

Une «mise au point», si prévisible

Langue française, Institutions, FemmesTremblez, mortels: les «Immortels» s'en mêlent. Cette semaine, «fidèle à la mission que lui assignent ses statuts depuis 1635», l'Académie française a donc pris position () dans le fameux contentieux lexical sur la question de savoir s'il est correct, ou non, de dire «Mme la présidente» (relire ici). Et cela n'a rien d'étonnant, s'agissant d'une institution ultra-conservatrice, elle s'est rangée dans le camp des opposants.

Sur la forme, «aucun texte ne donne au gouvernement le pouvoir de modifier de sa seule autorité le vocabulaire et la grammaire du français», s'énervent les «Immortels». «La langue n'est pas un outil qui se modèle au gré des désirs et des projets politiques». De son usage, «seule l’Académie française a été instituée la gardienne». Autrement dit, rompez: vils manants.

Sur le fond, «l'usage générique du masculin est une règle simple, à laquelle il ne doit pas être dérogé». Et cela doit valoir aussi bien pour les décrets, les instructions, les arrêtés et avis de concours, que pour les fonctions officielles et leur dénomination, ou les désignations honorifiques exprimant une distinction de rang. Car, «pour que la continuité des fonctions à laquelle renvoient ces appellations soit assurée par-delà la singularité des personnes, il ne faut pas que la terminologie signale l’individu qui occupe ces fonctions». Passe encore que «l’usage féminise aisément les (noms de) métiers». Mais, pour les noms de fonctions officielles et les titres correspondants, «les particularités de la personne ne doivent pas empiéter sur le caractère abstrait de la fonction dont elle est investie, mais au contraire s’effacer derrière lui». Sinon? Féminiser systématiquement, c'est risquer de «nombreuses incohérences linguistiques». «Brusquer et forcer l’usage», cela «revient à porter atteinte au génie même de la langue française et à ouvrir une période d’incertitude linguistique».

Langue française, Institutions, FemmesBigre. On n'avait pas compris que c'était aussi grave. On suppose que, devant un tel argument d'autorité, et s'il est question en plus, carrément, d'un génie qui est menacé, il n'y a plus qu'à s'incliner.

Non sans rappeler au passage, tout de même, que l'institution adressant cette «mise au point» compte, parmi ses quarante honorables membres (voir ), en tout et pour tout six femmes seulement.

16/10/2014

Une cible immuable, si facile

Les autorités européennes: une cible décidément classique, confortable et immuable, pour les responsables politiques français. On l'a encore vu hier. Jour où Paris a remis à Bruxelles son projet de budget 2015, qui risque bien de se prendre quelques réprimandes pour cause de réduction insuffisante des déficits publics.

Ainsi, la députée socialiste Valérie Rabault – pas n'importe qui dans le domaine, puisqu'elle est la rapporteure générale du budget – a évoqué d'une manière un rien dénigrante l'examen comptable européen auquel la France va devoir se soumettre, ces deux prochains mois. «Bruxelles va nous juger sur un indicateur un peu techno, avec des méthodes mathématiques un peu compliquées», a-t-elle ironisé. Cela rappelait furieusement des propos mémorables de Jean-Pierre Raffarin, en 2003. Quand il était Premier ministre (UMP) et quand la France, déjà, ne respectait pas ses engagements budgétaires européens. A l'époque, il avait réduit ces impératifs à «des équations de bureaux comptables».

2003-2014. D'une décennie à l'autre et d'une famille politique à l'autre, donc, pas grand-chose ne change à Paris, dans les discours à propos de Bruxelles.

Et, bien sûr, ni le Parti socialiste aujourd'hui, ni la droite hier ne rappellent que ces fameux engagements budgétaires européens que l'Hexagone critique et viole si fréquemment, c'est lui-même qui les a souscrits, en toute liberté et connaissance de cause.

 

PS:Ce qui n'empêche évidemment que, sur le fond, on peut parfaitement penser ce qu'on veut des politiques menées au niveau européen, et singulièrement de ce dogme de la réduction, à marche forcée, des déficits publics.

15/10/2014

Une gouvernance lymphatique

Gouvernement, Santé, Tabac, PublicitéLe Conseil des ministres de ce matin examine un vaste «Projet de loi relatif à la santé». Avec quelques mois de retard, puisqu'il était annoncé à l'origine pour juin.

Ce texte contient notamment toute une série de mesures relatives au tabac. Ainsi, l'imposition du paquet de cigarettes anonymisé, censé réduire l'attractivité de ces produits. Et des dispositions relatives à la cigarette électronique, comme l'interdiction de son usage dans les lieux publics.

Et la fin de la pub à la télé la concernant? Enfin va-t-on être fixé. Depuis le début de l'année (relire ), le gouvernement est pressé d'agir, sur la question. Depuis le printemps, il sous-entend qu'il a pris sa décision – et, effectivement, dans le sens d'une telle interdiction. Au total, donc, depuis l'apparition des premiers spots de pub pour ce produit à la télévision, il aura fallu près d'un an pour que, par hypothèse, la mesure les visant entre en application.

Curieux mode de gouvernance, décidément.

14/10/2014

Une accélération, pas flagrante

Tambours et trompettes. Jouez hautbois, résonnez musettes. Chez Manuel Valls, hier après-midi.

Quand le Premier ministre a promis monts et merveilles, après un comité interministériel consacré au «Grand Paris». Ce projet, lancé à l'époque de Nicolas Sarkozy, vise à doter la région parisienne d'un échelon de gouvernance supplémentaire: une grande métropole de quelque 8 millions d'habitants, ce qui passerait par la suppression des départements de la petite couronne. A ce stade, ce grand mécano institutionnel paraît encore assez fumeux. Le seul élément qu'en retient probablement le Parisien moyen est la promesse, à très très long terme, d'un vaste réseau de transports publics qui ferait tout le tour de la région. Et, en attendant, la perspective de nouveaux impôts.

Mais hier donc, promis juré, Manuel Valls allait concrétiser, accélérer et dynamiser tout cela. On allait «passer au temps des réalisations». Tambours et trompettes, grâce à l'annonce de «financements sans précédent» mobilisés par l'Etat, les projets allaient «maintenant sortir de terre». On allait voir ce qu'on allait voir, en somme. On n'a pas vu grand-chose, en fait.

Ainsi, en ce qui concerne le projet d'infrastructure emblématique de ce «Grand Paris». A savoir, le fameux train «CDG Express», qui doterait enfin l'aéroport de Roissy-Charles de Gaulle d'une liaison ferroviaire digne de ce nom avec la «Ville lumière». On en parle depuis des décennies. Hier, Manuel Valls a promis sa réalisation pour... 2023.

2023. Encore une dizaine d'années à patienter, du coup. Que serait-ce si ce projet n'avait pas, lundi, été accéléré...

13/10/2014

Un canular (d'un goût douteux)?

Paris, Communication, ActivismeDes jours et des jours que l'on voit son visage, placardé un peu partout dans notre onzième arrondissement. Dans certains quartiers même, son portrait est systématiquement affiché sur tous les feux de signalisation. Pas plus tard que ce matin, d'ailleurs, apercevant une nouvelle fois dans les rues les images de cette bonne bouille rieuse, on s'est pris à compatir à son sort. Mais peut-être s'est-on fait du souci pour rien.

Loïc Demarais. Présenté comme étant âgé de 25 ans et porté disparu depuis début septembre. Sur les avis de recherche qui ont été placardés dans tout Paris le concernant, destinés à retrouver sa trace, figure un numéro de portable. Selon le journal «Le Parisien» de ce matin, le portrait de ce Loïc a été affiché dans d'autres villes que Paris. Pareillement, des avis de recherche pour d'autres jeunes disparus (une Aurélie, une Olivia, une Angélique, un Julien, etc.) sont également apparus dernièrement, un peu partout dans le pays. Tous ces avis de disparition renvoient au même portable mais qui ne répond jamais, et qui serait même un faux numéro. Et pour cause: tout cela, en fait, pourrait n'être... qu'un vaste canular.

Le point commun de tous ces jeunes présumés disparus est qu'ils exercent une profession dans le monde des arts de la scène. Ainsi, l'affichette relative à Loïc Demarais précise qu'il est technicien lumières. Du coup, l'hypothèse qui circule est que ces avis de disparition en cascade émanent, en fait, de la remuante Coordination des intermittents et des précaires – les activistes qui luttent sans relâche (là) contre la dernière réforme en date du régime d'indemnisation du chômage. Les personnes présentées sur ces avis de recherche seraient fictives. La mise en scène de leur prétendue disparition viserait à sensibiliser l'opinion à la menace de disparition que la réforme du statut des intermittents ferait peser sur tous ces métiers du spectacle.

A ce stade, la Coordination dément toute initiative de la sorte. Si d'aventure elle venait à être confirmée – les autorités sont en train d'enquêter –, on serait en droit de la trouver d'assez mauvais goût. Le contexte social et économique du moment est déjà assez anxiogène et déprimant comme cela, pour en plus venir inquiéter les gens pour rien, en propageant de telles fausses nouvelles.

10/10/2014

Un lauréat si parisien

«J'avais marché jusqu'à la fenêtre et je regardais, en contrebas, les rails du funiculaire de Montmartre, les jardins du Sacré-Coeur et plus loin, tout Paris, avec ses lumières, ses toits, ses ombres. Dans ce dédale de rues et de boulevards, nous nous étions rencontrés un jour, Denise et moi. Itinéraires qui se croisent, parmi ceux que suivent des milliers et des milliers de gens à travers Paris, comme mille et mille petites boules d'un gigantesque billard électrique, qui se cognent parfois l'une à l'autre. Et de cela, il ne restait rien, pas même la traînée lumineuse que fait le passage d'une luciole».

Patrick Modiano dixit, dans «Rue des boutiques obscures» (Prix Goncourt 1978). Jamais sans doute un Prix Nobel de littérature n'avait récompensé un écrivain plus parisien. La capitale française, en effet, est omniprésente, dans ses livres. Le Paris de l'Occupation, bien sûr, mais aussi le Paris contemporain et quotidien. Son premier roman déjà, écrit à l'âge de 22 ans, s'intitulait «La Place de l'Etoile».

Au passage, sa désignation a dû faire grimacer le déclinologue Eric Zemmour. En effet, dans son dernier essai – qui se se vend comme des petits pains – , ce triste polémiste, plus passéiste que jamais, soutient peu ou prou que, depuis Balzac ou à peu près, la littérature française n'a plus rien produit d'intéressant ni de reconnu internationalement. Le voilà spectaculairement démenti.

 

PS: Pour ne tout de même pas terminer la semaine sur un personnage aussi rance, quelques lignes encore de Modiano.

«Nous traversâmes l'esplanade du Musée d'art moderne et nous nous assîmes sur les marches. Je voyais passer les voitures, plus bas, le long de l'avenue de New York, seul indice qu'il y eût encore de la vie. Tout était désert et figé autour de nous. Même la tour Eiffel que j'aperçois là-bas, de l'autre côté de la Seine, ressemblait à une masse de ferrailles calcinées».

09/10/2014

Un train de sénateur

Institutions, FemmesPuisque la thématique des femmes au Parlement semble intéresser, en ce moment – voir la grosse polémique qu'évoquait la note d'hier –, cette info que les médias français ont peu traitée, dernièrement. Le Sénat vient de faire un (petit) pas vers le caractère égalitaire hommes-femmes de sa composition.

En effet, les dernières élections sénatoriales, il y a dix jours, ont fait progresser, un peu (3%), le nombre de femmes siégeant dans cette assemblée. La France compte désormais 87 sénatrices, dix de plus qu'avant le scrutin. A comparer aux 261 sénateurs, ce qui donne un taux de 25% de femmes dans cette institution.

A ce train-là, avec une progression de 3% à chaque élection sénatoriale, donc tous les trois ans, la Haute assemblée devrait atteindre la parité... dans un quart de siècle environ: à l'horizon 2040.

C'est merveilleux.

08/10/2014

Une double curiosité

Beaucoup d'agitation dans les médias pendant toute la journée d'hier. A propos de ce député UMP qui s'est vu imposer une pénalité financière pour avoir, lundi soir à l'Assemblée, refusé de donner du «Mme la présidente» à sa collègue socialiste qui présidait la séance (lire et voir ici, si par extraordinaire cela vous avait échappé). Au début de l'année, déjà, ce même élu, donc désormais récidiviste, s'était illustré sur le même thème (relire ). Ce matin encore, soit deux jours après cet incident de séance, l'UMP en particulier et la «France de droite» en général («Le Figaro», etc.) continuent de s'agiter. Ils voient dans le règlement parlementaire ayant fondé la sanction de cet élu l'illustration de la «police de la pensée» et de «la novlangue» d'une gauche qu'ils accusent plus que jamais d'être «politiquement correcte» et «bien pensante».

Sans consacrer plus de temps qu'il n'en mérite à cet individu, remarquons juste une double curiosité, piquante, dans son attitude et celle de son camp.

Curieux, d'abord, pour une famille politique qui à longueur de journées rappelle la nécessité du respect de la règle et de l'autorité, de subitement s'indigner qu'un de ses élus soit sanctionné pour, précisément, avoir récidivé dans l'infraction aux règles s'imposant à lui ainsi qu'à toute la communauté des députés. A savoir, le règlement de l'Assemblée.

Curieux, ensuite, pour une famille politique qui prône en boucle la rupture et la réforme, qui fustige en permanence les conservatismes et le refus de l'adaptation à la modernité, de subitement défendre son député en brandissant les règles si poussiéreuses de l'Académie française. A savoir, l'institution qui, vu le rythme où elle fait évoluer la langue, incarne le sommet d'un certain conservatisme à la française – jusqu'à la caricature, même.

Encore bravo pour la cohérence.

07/10/2014

Une volonté de ne pas se mouiller

International, Gouvernement, Personnalités, FabiusLes choses commencent visiblement à rentrer dans l'ordre, à Hong Kong. Ne pas laisser refermer cette parenthèse, tout de même, sans remarquer combien on a peu entendu la France, tout au long de ces dix jours de «Révolution des parapluies».

Dans une classe politique qui tweete à longueur de journées sur tout et n'importe quoi, et souvent sur n'importe quoi, à peine une poignée de messages de soutien aux jeunes manifestants ont été envoyés, par des personnalités – que ce soit d'ailleurs de la majorité ou de l'opposition. Dans cet Hexagone auto-proclamé «pays des droits de l'homme», on peine à trouver l'une ou l'autre déclaration officielle forte qui aurait été prononcée, sur ce dossier. L'autre jour, d'ailleurs, à un briefing de presse du porte-parole des Affaires étrangères, on a bien pu voir combien Paris n'avait aucun désir de s'en mêler. «Est-ce que vous avez quelque chose à dire sur la situation à Hong Kong?», a-t-il été demandé au communicant du quai d'Orsay. «Comme le ministre (Laurent Fabius) l'a indiqué, "la France et la Chine sont deux pays amis et nous sommes attachés à la stabilité et à la prospérité de Hong Kong"», a-t-il répondu. Avant de conclure: «Nous suivons avec attention la situation, et nous espérons qu'un dialogue constructif et pacifique va permettre un accord qui soit conforme à la loi fondamentale de Hong Kong». Point final.

Profil bas, donc. Plus que jamais. Laurent Fabius n'ayant que les mots «diplomatie économique» à la bouche, ne pas prendre le moindre risque de fâcher Pékin. Ne pas bouger le moindre petit doigt qui pourrait froisser le gigantesque partenaire commercial chinois.

Au choix, on trouvera une telle attitude parfaitement cohérente et responsable. De la vraie real-politik, en somme: pleinement consciente des intérêts et des enjeux. Surtout, ne pas mordre la main qui vous nourrit.

Mais on pourra aussi juger une telle posture cauteleuse et pleutre, bref très peu glorieuse.

06/10/2014

Une heure trente par jour (au moins)

Dans la foulée de la dernière note sur la ponctualité et la régularité des transports publics parisiens, cette étude sortie dernièrement, consacrée aux temps quotidiens de déplacement dans la capitale française et sa banlieue. Elle est basée sur l'analyse de quelque 2 millions de trajets, issus des requêtes effectuées en une semaine sur le moteur de recherche d’itinéraire du site internet de la RATP.

Il en ressort que le «budget temps» moyen des habitants de la région pour leurs déplacements est de 85 minutes par jour. Près d'1h30, donc, chiffre globalement stable au fil des ans. Mais, derrière cette moyenne globale, se cachent de grosses différences de temps de trajet selon qu'il s'agit d'un déplacement effectué dans Paris même ou de banlieue à banlieue. Ainsi, la moyenne d'un parcours dans Paris n'est que de 31 minutes: 5 minutes de marche au départ de son domicile, 5 minutes d'attente du moyen de transport, 15 minutes de trajet, puis 6 dernières minutes de marche jusqu'au lieu de destination. Pour les trajets de banlieue à banlieue, en revanche, le temps de transport et d’attente «peut doubler par rapport à un parcours dans Paris intramuros».

Passé le périphérique, donc, on passe plus de temps dans les transports publics, et on a attendu ceux-ci plus longuement. Et encore, ces données doivent sans doute être revues à la hausse. En effet, le calculateur d'itinéraire d'où elles sont issues indique des temps de trajet et d'attente qui sont optimisés et théoriques, éventuellement pondérés par l'actualité (les stations de métro fermées pour cause de rénovation ou de manifestations, par exemple). En revanche, ils ne prennent bien sûr pas en compte les aléas inopinés, survenant si fréquemment. Qu'il s'agisse d'incidents techniques (pannes de matériel roulant, de signalisation, etc.), d'accidents de voyageurs, ou d'alertes de sécurité (colis suspect, bagage abandonné, etc.). Sans oublier que, le week-end ou en soirée singulièrement, il est fréquent que le temps d'attente réel des usagers soit plus important que celui qui leur avait été annoncé. Dès lors, dans les faits, c'est fréquemment plus d'1h30 que les habitants de la région parisienne passent chaque jour dans les transports publics.

On vous laisse calculer ce que cela fait par semaine, par année, et tout au long d'une vie d'usager.