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30/04/2015

Un grand objectif, et des outils pour l'atteindre

paris,transports,tourisme,gouvernementPas encore trop d'embouteillages en bordure de Paris hier, qui était pourtant le grand jour où a été relancée une expérimentation qui, en 2009, quand elle avait été une première fois tentée (relire ), avait causé pas mal de pagaille dans la circulation.
 
En l'occurrence, la circulation – chroniquement très dense – sur l'autoroute A1, à l'approche de la capitale. Depuis hier, entre 6h et 10h du matin et sur cinq kilomètres entre La Courneuve et le Stade de France, ne sont autorisés à circuler sur la voie de gauche que, outre les bus, les taxis et les cars de navette venant de l'aéroport de Roissy CDG. Le but de cette voie dédiée est de leur faire gagner une petite dizaine de minutes sur leur temps de parcours habituel vers la «Ville lumière». A terme, quand la «période de tolérance» sera passée, tout automobiliste qui s'aventurera sans autorisation sur cette voie de circulation se prendra 135 euros d'amende.
 
Les taxis sont ravis. Les autres usagers de l'A1 grimacent, apeurés à l'idée que, comme il y a six ans, cette expérimentation aggrave encore un peu plus leurs embarras de circulation. Ce ne fut pas le cas dès hier, mais sans doute uniquement grâce au fait que le trafic est réduit en ce moment dans et autour de Paris, en cette période de congé scolaire.
 
paris,transports,tourisme,gouvernementCette initiative fait partie d'un plan plus vaste que le Conseil des ministres a approuvé hier, et qui vise un grand objectif: que la France, à terme, accueille 100 millions de visiteurs annuels (contre 84 millions, aujourd'hui). Outre cette expérimentation sur l'A1, le gouvernement promet «l’amélioration de l’accueil à Roissy et à la Gare du Nord», un «forfait-taxi pour les trajets Paris aéroports», ou «la mise en place du dispositif "Visa en 48h" en Chine (+60% de visas accordés en 2014), Afrique du Sud, Inde et dans les pays du Golfe». Justification de cette mobilisation: «Le tourisme est une priorité et un investissement d'avenir. Il crée des emplois non délocalisables. C'est l’une des premières industries de la France. Chaque euro investi dans la promotion de la destination France et dans les infrastructures touristiques exerce un effet rapide et bénéfique sur l’ensemble des territoires».
 
Autant de sujets passionnants de réflexion pour tous les Parisiens et banlieusards usagers de l'autoroute A1, si, dès la fin du congé scolaire, à cause de cette expérimentation, ils passent encore un peu plus de temps qu'avant dans les embouteillages.

29/04/2015

Un «métier d'avenir» (paraît-il)

Si d'aventure ce blog est lu par des étudiant(e)s en journalisme et en communication, voilà qui va les intéresser. En France, ces secteurs sont officiellement considérés comme des «métiers d'avenir». Puisqu'ils figurent dans le volumineux rapport sur "Les métiers en 2022", qu'a publié hier le très sérieux institut "France Stratégie": le nom un peu moins technocrate qui est désormais celui de l'ex-Bureau du Plan.

Ce document examine les perspectives d’embauches par métier, d'ici à 2022. Il table sur «l’essor des métiers de la communication, de l’information, de l’art et des spectacles», étant donné la croissance attendue de la communication multimédia, des activités audiovisuelles, et de la consommation de services de loisir.

La France compte actuellement 170.000 professionnels de la communication et de l’information. 97.000 emplois supplémentaires devraient être créés dans ces métiers sur la période 2012-2022, «soit une hausse annuelle moyenne de 1,6%, bien supérieure à celle projetée pour l’ensemble des métiers (0,7%)». On n'embauchera pas spécialement dans la presse écrite, secteur «connaissant une crise depuis dix ans, en raison de la chute du nombre de lecteurs et de la mutation du modèle économique consécutive à l’avènement du numérique». En revanche, «les métiers de la communication et de la publicité, qui ont eux réussi à s’adapter au numérique», pourraient connaître des scénarios «de nature à dynamiser encore l’emploi».

Bien entendu, pour faire partie des heureux élus, il faudra avoir des «compétences numériques», qui «seront de plus en plus indispensables». Et habiter Paris plutôt que le Limousin, ces métiers étant «très concentrés géographiquement» («En 2010, l’aire urbaine de Paris regroupe 54% des professionnels de l’information et de la communication»).

Voilà donc les futurs grands communicants de demain prévenus.

 

PS: Juste, on trouve discutable d'amalgamer en une seule catégorie, comme le fait "France Stratégie", les «métiers de la communication, de l’information, de l'art et des spectacles». D'abord, que l'on sache, le journalisme est rarement de l'art. Surtout, l'associer aux spectacles donne l'impression de cautionner le désastreux engouement de la presse pour l'"infotainment" (= l'info divertissement), si misérablement racoleur.

28/04/2015

Une idée fixe, toujours aussi discutée

Musées, Culture, Arts, Economie, GouvernementAvec le printemps et les beaux jours, c'est aussi, à Paris, le retour d'une idée fixe qui, décidément, d'une année à l'autre, ne passe visiblement pas.

A savoir, la décision prise l'an dernier par Le Louvre (relire ici, par exemple) de mettre entre parenthèses, pendant la haute saison touristique, le système en vigueur depuis 1998, qui veut que l'accès aux collections permanentes de tous les musées soit gratuit chaque premier dimanche du mois. En vertu de cette réforme, ce dimanche 3 mai – puisqu'on est désormais en haute saison –, les visiteurs du plus grand musée du monde devront payer. Il faudra attendre début octobre pour retrouver la gratuité dominicale d'accès à ces collections, une fois par mois.

Pour l'association Louvre pour tous, c'est un «symbole fort et quelque part désespérant». Car, «si les conditions de visite sont ce jour-là parfois pénibles pour les visiteurs et pour les personnels, le premier dimanche du mois gratuit au Louvre est une rare réussite de cette démocratisation culturelle tant recherchée et tant vantée par les politiques de tous bords». Dès lors, une pétition () a été lancée, pour réclamer la levée de cette restriction saisonnière de la gratuité d'accès. Elle a déjà recueilli quelques milliers de signatures.

En revanche, on attend toujours de connaître l'avis sur la chose de la ministre de la Culture, Fleur Pellerin. Qui, à moins que cela nous ait échappé, ne s'est pas encore prononcée sur cette réforme si discutable. Sans doute a-t-elle d'autres chats à fouetter, qu'elle juge plus prioritaires.

27/04/2015

Une pingrerie assez misérable

Euro Disney moins généreux que la mairie de Paris. C'est ce qu'on peut déduire de l'annonce faite par la ville, l'autre jour, relative aux militaires qui sont mobilisés dans la capitale et sa région en vertu du plan de vigilance antiterroriste "Vigipirate".

Pendant leur temps libre, ces militaires auront accès gratuitement aux établissements culturels et de loisirs municipaux. Ils seront quelque 4.000 à se voir donc proposer «des laissez-passer pour visiter les expositions temporaires dans les musées de la Ville de Paris, des places pour les matchs du Stade Français, et des invitations pour la Foire de Paris, la Tour Eiffel ou encore le Parc zoologique de Paris».

En revanche, un tel «geste de reconnaissance envers nos soldats» (dixit la maire de Paris, Anne Hidalgo), EuroDisney n'a pas souhaité le faire. Le mois dernier, une centaine de militaires mobilisés dans le cadre de "Vigipirate" avaient sollicité un tarif réduit pour visiter Disneyland Paris, lors d'un jour de permission. La direction du parc d'attractions les a envoyés sur les roses. Non parce que l'attraction touristique la plus fréquentée d'Europe (14 millions de visiteurs annuels) revendiquerait une avarice digne du célèbre Oncle Picsou, mais parce qu'elle n'a «pas d'accords particuliers» avec la Défense, qui permettraient à ses hommes de bénéficier d'un tel geste commercial.

L'armée étant une Grande muette, l'histoire ne dit pas si ce refus cinglant a été apprécié à sa juste valeur par les soldats qui, depuis janvier, renforcent la sécurisation même du site de Marne-la-Vallée. Histoire de ne tout de même pas trop se faire mal voir par la troupe, le parc a assorti son refus de ses «remerciements» pour «l'investissement» des militaires déployés en région parisienne, «dans le cadre de (leur) mission difficile».

Sans doute est-ce déjà cela.

24/04/2015

Une grande première, si tardive

Télévisions, Médias, FemmesComme quoi, il ne faut jamais désespérer de rien: tout arrive (parfois).

C'est donc une femme qui va diriger France Télévisions. A l'issue d'une procédure laborieuse et contestée, le Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA) a fini hier par nommer () Delphine Ernotte à la tête du groupe audiovisuel public. Jusqu'à présent, tout au long de son histoire, France Télévisions avait été dirigé par des hommes. Ce blog le notait, l'autre jour (relire ): le fait qu'une femme accède à sa tête va peut-être, qui sait, l'inciter à enfin donner, sur ses antennes, une juste place aux femmes, quantitativement et qualitativement.

L'intéressée n'a jamais occupé la moindre responsabilité dans le monde de la télé. C'est ce que notaient ce matin, en faisant la moue, nombre de commentateurs – davantage des hommes que des femmes, cela dit. Comme si, pour autant, elle n'avait pas de solides compétences en gestion, elle qui a dirigé un groupe (France Telecom/Orange) d'une taille autrement plus imposante que France Télé. Et comme si les précédents patrons du groupe audiovisuel qui étaient issus de la télé sont tous restés dans les mémoires pour leur parfaite gestion du paquebot français de la télé... Du reste, puisque ces commentateurs réticents semblent l'avoir oublié, rappelons que Bertrand Meheut, pareillement, l'homme qui préside le groupe Canal+ depuis plus de dix ans, était complètement étranger au monde des médias, avant d'accéder à ce poste.

Il n'en demeure pas moins que, en effet, cette désignation de la nouvelle patronne de l'audiovisuel public français a un côté effarant – mais dont l'intéressée n'est nullement responsable. La moindre des choses eut été que les auditions des candidats à ce poste soient publiques. C'est visiblement trop demander au CSA, et c'est bien dommage.

La prochaine fois peut-être, à l'occasion de la nomination de la personne qui succédera à Delphine Ernotte, la France innovera de manière historique sur ce plan-là, cette fois.

Il ne faut jamais désespérer de rien: tout arrive (parfois).

23/04/2015

Un changement de garde

Aucun renforcement notable du dispositif de sécurité autour des églises, dans notre onzième arrondissement en tout cas. C'est ce qu'on a pu constater ce matin. Au lendemain de l'annonce qu'un projet d'attentat a été déjoué dimanche, visant une ou des églises en banlieue de Paris.

En revanche, là où le changement est notable – a fortiori dans notre quartier endeuillé par les attentats de janvier –, c'est dans la manière qu'ont les forces de l'ordre d'opérer. Au fil des semaines, elles en sont arrivées à privilégier autant que possible les gardes mobiles, par rapport aux gardes statiques. Laisser des gendarmes, des policiers ou des militaires stationnés à longueur de journées et en permanence devant des lieux susceptibles d'être visés par un attentat, cela coûte cher, en termes financiers et humains. Dès lors, ces gardes statiques et permanentes sont de plus en fréquemment remplacées par des surveillances ponctuelles et tournantes.

On comprend bien la logique d'un tel changement de garde, mais, visiblement, cela ne contribue pas à détendre le climat.

C'est ce qu'on s'est encore dit cette semaine. En assistant fortuitement au débarquement de militaires affectés à de telles gardes mobiles, devant un grand centre communautaire juif du quartier (que ce blog a déjà évoqué: ). Ils étaient une dizaine. Des paras, en treillis de combat. Armés comme s'ils étaient au Mali. Et qu'on n'avait jamais vus auparavant, dans le quartier. Ils se sont postés à tous les coins de la rue, ont monté la garde pendant une heure, ont toisé du regard quiconque, passant ou riverain, qui osait s'approcher, puis sont repartis. Cette apparition si massive et soudaine a tendu le quartier. On a vu des mamans dont les gosses étaient en train de jouer dans un square voisin regrouper leur progéniture, puis s'en aller vite fait. On a entendu des «Il se passe quelque chose?», dans la bouche de riverains. On a croisé des regards inquiets.

C'était une ambiance qui contrastait vraiment avec celle que l'on vit quotidiennement, depuis janvier, dans les lieux du quartier qui, eux, sont surveillés de manière statique et permanente. A ces endroits, à force de se côtoyer, riverains, gendarmes et policiers en sont venus à se connaître, à échanger, voire à sympathiser. On se salue, on se sourit, on bavarde un peu. Dans un souci commun de rendre le moins désagréable possible pour tout le monde ce dispositif d'alerte sécuritaire maximale, si pesant. Et qui devient si durable – bientôt quatre mois, déjà.

22/04/2015

Une nouvelle offensive

paris,transports,tourisme,economie,environnementUne nouvelle étape, dans l'impitoyable guerre des prix que se livrent les compagnies aériennes traditionnelles et leurs rivales à bas coût. Cette fois, l'escarmouche a lieu sur le champ de bataille parisien. Elle oppose Air France à EasyJet. Et concerne le business très lucratif des navettes entre la capitale française et l'aéroport de Roissy CDG.

Aujourd'hui, seules deux possibilités s'offrent à qui n'est pas motorisé, souhaite se rendre à Roissy, mais ne veut prendre ni le RER (avec la qualité de service qu'on lui connaît), ni le taxi (dont coût, une cinquantaine d'euros). Soit le Roissybus, opéré par la RATP à un tarif analogue à celui du RER (11€). Soit les cars Air France, plus confortables mais plus chers: 17€ voire 17.50€, en fonction du lieu parisien de départ ou d'arrivée. Un gros changement est annoncé, à partir du mois prochain. Si l'on s'y prend un peu à l'avance, on pourra effectuer un tel trajet pour... six à huit fois moins cher.

EasyJet, en effet, a décidé de casser les prix, sur ce marché. Le 15 mai, sa filiale EasyBus inaugurera un service de navettes reliant directement Roissy au quartier Louvre-Palais Royal, pour un tarif de départ de... 2 euros. Ces minibus de 16 places opéreront 80 rotations par jour, à raison de deux par heure. Leur réservation se fera uniquement par internet (). En vertu du principe régissant le low cost, plus l'on réservera à l'avance, plus le tarif sera avantageux. Quelque 26.000 sièges sont d'ores et déjà mis en vente, depuis le 31 mars dernier. Ces minibus seront prioritairement destinés aux passagers voyageant sur EasyJet, mais ils seront accessibles également aux clients d'autres compagnies aériennes. La société opère déjà de telles navettes à bas coût à partir ou vers les aéroports de Genève, Gatwick, Luton et Stansted.

L'histoire ne dit pas (encore) si ces minibus carbureront ou non au diesel. Et donc s'ils contribueront ou pas à gratifier les touristes qu'ils transportent d'une atmosphère parisienne encore un peu plus polluée qu'à son habitude. En tout cas, au moment où la mairie entend interdire le centre-ville aux cars de tourisme, si polluants, les professionnels du secteur semblent avoir déjà trouvé la parade: les minibus.

21/04/2015

Une pratique physique – et ses à-côtés?

Puisque le sport est à la mode en ce moment à Paris – voir le récent accord donné par les élus de la capitale à une candidature aux JO de 2024 –, cette étude () sur l'importance de la filière sportive, pour l'économie parisienne. Les 19.300 clubs sportifs dénombrés dans la région occupent 100.000 emplois, ce qui est loin d'être négligeable. D'après ces données (ici), plus de six Parisiens et banlieusards sur dix (62%) pratiquent régulièrement une activité sportive. C'est le cas également de 54% des plus de 55 ans (bien!) et de 72% des 15-25 ans.

Sans doute est-ce parmi ces quelque 7 millions de sportifs de la région-capitale (dont 2,4 millions de licenciés) que l'on retrouve la majorité des partisans de la tenue des JO de 2024 dans la «Ville lumière». L'engouement populaire pour ce projet, cela dit, n'est ni inconditionnel, ni massif – à cette heure, en tout cas. Selon un récent sondage, 38% des habitants de Paris et de sa région s'opposent à une telle candidature. Sans doute est-ce dû à l'image très perfectible des Jeux, dans l'opinion. Ils sont considérés comme étant souvent «trop coûteux» (pour 84% des sondés), «trop marketing» (70%), voire «associés à des scandales de corruption» (50%).

A cet égard, n'a pas dû améliorer cette image la confidence que Marie-George Buffet a faite à une télé (), la semaine dernière. Un souvenir remontant à 2001, alors qu'elle était ministre des Sports dans le gouvernement Jospin. Paris tentait alors de décrocher les Jeux de 2008. «Il faut mesurer ce que j’ai vécu comme pressions (à ce moment), par rapport à la loi dopage...», a rappelé l'ex-ministre. Et de narrer qu'à l'époque, le CIO lui demanda de s'engager par écrit à ce que sa loi antidopage... ne soit pas appliquée pendant ces Jeux, si Paris obtenait leur organisation. Elle refusa de ce faire, et avertit le chef du gouvernement qu'elle démissionnerait illico, s'il exigeait qu'elle prenne un tel engagement. Il n'en fit rien. Les Jeux furent attribués à Pékin.

Ni le CIO lui-même, ni ses dirigeants de l'époque n'ont contesté cette allégation. Qui, du reste, n'a pas recueilli un très grand écho médiatique. Comme si tout le monde considérait que cette anecdote était sans grand intérêt. De l'histoire ancienne, en somme. Voire une pratique de lobby si habituelle, dans le monde olympique?

20/04/2015

Une deuxième condamnation

paris,social,logement,justiceL'affaire avait fait grand bruit, à l'époque (relire ici). Dans notre onzième arrondissement, où elle se déroulait, mais aussi au-delà: à Paris et même dans l'ensemble du pays. C'était à la fin 2013. Devant le tribunal d’instance du onzième, avait comparu un propriétaire ayant loué un logement d'...1,56 mètre carré. Surface louée 330 euros, ce qui donne le mètre carré à 211,5 euros. C'est bien entendu illégal. En effet, un décret ministériel de 2002 interdit la mise en location d'un logement dépourvu d'«au moins une pièce principale ayant soit une surface habitable au moins égale à 9 mètres carrés et une hauteur sous plafond au moins égale à 2,20 mètres, soit un volume habitable au moins égal à 20 mètres cubes». Ce propriétaire s'était donc fait condamner. Dernièrement, il a de nouveau été jugé, en appel cette fois.

Et, à son tour, la cour d'appel de Paris l'a sanctionné. De même que l'agence immobilière qui gérait le logement – si tant est qu'on puisse appeler de la sorte un tel gourbi. Propriétaire et agent immobilier devront solidairement rembourser au locataire les 18 290 euros de loyer qu'il a payés pendant cinq ans, ainsi que lui verser 1 000 euros de préjudice moral et 816 euros en guise de remboursement de ses frais de réinstallation dans un logement digne.

Ce cas n'est pas unique. L'an dernier (), un autre, du même acabit, s'était produit dans le dix-septième arrondissement. Et, dans «Le Monde» de ce week-end, un responsable de la Fondation Abbé Pierre notait qu'en 2014, dans la seule ville de Paris, cette association avait engagé 56 procédures de ce type, visant des Thénardier des temps modernes.

17/04/2015

Une violence ordinaire

Puisqu'on parlait hier des transports publics parisiens, ne pas achever la semaine sans évoquer ce chiffre effarant qui a été rendu public hier. Un pourcentage. 100%. 100% des utilisatrices des transports en commun en région parisienne y ont déjà été victimes au moins une fois de harcèlement sexiste ou d'agression sexuelle.

Ce chiffre émane d'un rapport que le Haut Conseil à l’Egalité a remis au gouvernement, hier. Il réclame «un plan national d’action, pour dire stop sur toute la ligne» aux violences contre les femmes perpétrées dans les transports. Il donne même des tas d'idées concrètes de mesures qui pourraient être mises en place ou au moins expérimentées, afin de réduire ce fléau. Ainsi, des campagnes d'affichage dans le métro ou sur les bus, rappelant qu'une main baladeuse, ce n'est pas de la drague. Mais une agression, passible d'une peine pouvant aller jusqu'à 75000 euros d’amende et cinq ans de prison. Ou donner la possibilité aux victimes et aux témoins d'alerter en temps réel (par SMS, par exemple), en cas d'agression. Ou faire figurer un numéro d'appel d'urgence sur les tickets et abonnements de transports. Ou, comme cela se fait au Canada, permettre que, tard le soir et la nuit, les bus pratiquent le régime de l'«Entre deux arrêts»: offrent aux femmes la possibilité de descendre entre deux arrêts, pour se rapprocher de leur destination. Ou, bien sûr, veiller à ce que les panneaux d'affichage publicitaire, dans les réseaux de transports, ne diffusent pas de campagnes donnant une image dégradante des femmes.

Hier, le gouvernement a réservé un accueil de principe très favorable à ce rapport, et a pris soin de se montrer volontaire, en la matière.

En tant qu'usager quasi-quotidien des transports publics à Paris, on est curieux de voir si on va effectivement passer des mots aux actes. Et agir enfin contre cette violence ordinaire, si arriérée – à supposer qu'existent des formes de violence évoluées... –, si répandue, et qui fait tant de dégâts à tant de monde: deux utilisateurs des transports publics sur trois sont des femmes.

16/04/2015

Un autre temps

Paris, Transports, Métro, SécuritéPas un mot. Vingt-quatre heures plus tard, toujours pas la moindre explication publique de la RATP. Ni même d'ailleurs la moindre allusion à cet incident, dans sa communication officielle (ici ou ). Juste l'assurance donnée aux médias qu'une enquête interne est en cours. C'est maigre.

Une enquête sur ces images saisissantes (visibles par exemple ici ou ), qui ont déjà été vues des dizaines de milliers de fois depuis que, hier, elles ont été mises en ligne par un usager. Les images d'un métro de la ligne 10, qui circule... les portes grandes ouvertes.

On comprend l'embarras de la société de transports. «A la RATP, nous transportons 11 millions de voyageurs chaque jour. Notre objectif est de vous faire aimer la ville en facilitant votre quotidien», dit sa com' officielle. Oui, mais, en attendant, les rames en service sur la 10 ne sont même pas équipées d'un dispositif d'alerte empêchant le démarrage du train si les portes ne se sont pas fermées. Et pour cause: ces rames datent de... 1967. Elles ont donc près de 50 ans d'âge.

Encore bravo.

15/04/2015

Un retour aux sources

Cette semaine, Harlem Désir, secrétaire d'État aux Affaires européennes, est retourné dans son ancien lycée, à Paris. Dans le cadre du programme européen "Back To School/Retour à l'École", auquel l'Hexagone participe pour la première fois. Ce programme consiste à faire revenir des fonctionnaires européens dans les écoles qu'ils ont eux-mêmes fréquentées, quand ils étaient gamins. Pour, dixit le quai d'Orsay, y «évoquer l'Europe de façon concrète, et raconter, de l'intérieur, l'aventure qu'est la construction européenne».

 

Voilà qui, au passage, nous permet d'apprendre qu'avant de devenir n°1 de SOS-Racisme puis du PS et ensuite ministre, le jeune Harlem fréquenta le Lycée Claude Monet. Cet établissement se situe dans le treizième arrondissement, pas loin de la place d'Italie. Il n'est pas mal classé, dans les palmarès annuels des lycées (voir ici ou ). Ce serait même le meilleur lycée du XIIIème. Et il pointe à la 63ème place, dans le dernier classement en date des quelque 110 établissements parisiens que le magazine "L'Etudiant" a réalisé, sur la base de leurs résultats au bac 2014.

 

Il ne fait pas partie des vingt meilleurs lycées de la capitale? Sa note globale est néanmoins de 16/20, ce qui est très honorable. Juste, cet établissement descend à 14/20 – note correcte, sans plus – sur le critère précis de sa «capacité à faire progresser les élèves», autrement dit sa «valeur ajoutée».

 

L'histoire ne dit pas si le parcours de l'ex-lycéen Désir au gouvernement – où c'est peu dire qu'il peine à cesser d'être transparent – doit être considéré comme, ou non, une confirmation de cette notation assez moyenne.

14/04/2015

Une réapparition, si heureuse

Paris, Terrorisme, PoliceC'est avec un réel plaisir que l'on a retrouvé son visage souriant, ce matin. La bonne bouille d'Ahmed Merabet: ce policier de la brigade cycliste du commissariat du onzième arrondissement, qui, début janvier, avait été assassiné par les frères Kouachi, à leur sortie de "Charlie Hebdo". Abattu à bout portant, boulevard Richard Lenoir.

Ce blog avait évoqué, l'autre jour, la disparition mystérieuse de la grande photo de ce policier qui, depuis sa mort, était accrochée sur le boulevard, non loin du lieu où il a été assassiné. Puis ce portrait retrouvé dans un triste état: dégradé par les inconnus qui l'ont subtilisé. Désormais, c'est donc une nouvelle photo qui trône au même endroit – mais cette fois solidement accrochée aux grilles de l'espace vert où elle est apposée. Il s'agit d'un très beau tirage, en plus.

Sans doute des riverains, des proches du disparu et/ou ses collègues policiers du XIe se sont-ils cotisé, pour réaliser ce nouvel et bel hommage. Afin que, non, le souvenir de l'intéressé et de sa mort, en plus dans des circonstances si épouvantables, ne disparaisse pas, dans le quartier.

Bravo.

13/04/2015

Un essaimage bienvenu

Un peu de culture, pour bien entamer la semaine. Et une nouvelle qui est passée assez inaperçue quand elle est tombée, le mois dernier, or elle confirme pourtant un mouvement de fond qui paraît assez réussi: l'essaimage des grandes institutions culturelles parisiennes en dehors de la «Ville lumière».

On avait déjà, ces dernières années, l'incroyable succès (relire ) remporté par le Louvre Lens – mais l'antenne du Centre Pompidou à Metz, elle, visiblement, peine à marcher aussi bien. Dans quelques mois, on aura l'inauguration du Louvre Abu Dhabi. En attendant, une autre vitrine muséale française a ouvert ses portes à l'étranger, il y a peu.

En Espagne, en l'occurrence. Et à Malaga, plus précisément. Sur le port de la ville andalouse, désormais, un bâtiment futuriste dénommé «El Cubo» (le cube), assez réussi, accueille le premier «Centre Pompidou provisoire». Pendant cinq ans, il proposera une sélection de près d'une centaine de pièces issues des prestigieuses collections de l'institution de la Place Beaubourg. Parmi elles, des Bacon, des Chagall, des Magritte, des Max Ernst, des Brancusi, et, bien sûr, des Picasso. Cette sélection sera renouvelée régulièrement. Elle sera complétée par des expositions temporaires (d'une durée de de trois à six mois), par des spectacles de danse, des représentations de théâtre, des cycles de cinéma, etc. Et, si elle attire les foules, cette expérience sera suivie d'autres du même style, dans d'autres pays voire sur d'autres continents.

Bien.

10/04/2015

Un ministre un brin décalé

Télévision, International, Art de vivre, Gouvernement, Personnalités, Fabius, TerrorismeL'agenda ministériel toujours délicieusement décalé de Laurent Fabius – sujet éternel d'émerveillements, pour ce blog (relire par exemple ici ou ).

Quelques heures à peine avant que TV5 Monde, hier, soit attaquée par les hackers du groupe Etat islamique – qui ont réussi à la paralyser pendant près d'une journée –, le ministre des Affaires étrangères était au siège de cette télé francophone internationale. Il lui rendait une petite visite, pour rehausser de sa présence le lancement, par ce groupe, d'une nouvelle chaîne thématique. Dédiée... à l'art de vivre.

Mais oui. Baptisée «TV5MONDE Style HD», sous-titrée en anglais, en mandarin et en arabe, cette chaîne sera diffusée dans un premier temps au Moyen-Orient/Maghreb et en Asie-Pacifique. «Sa programmation sera consacrée à l'art de vivre français et francophone dans toutes ses dimensions», s'extasie le quai d'Orsay. Pour qui cette télé, «vitrine de nos savoir-faire et de l'excellence de nos créateurs et de nos entreprises, s'inscrit pleinement dans les objectifs du ministère des Affaires étrangères, en termes d'influence, de diplomatie économique et d'attractivité touristique de la France».

C'est merveilleux. Et cela détend assurément l'atmosphère, dans ce contexte d'actualités internationales si délétères.

Sauf que, donc, les égorgeurs d'Irak et de Syrie ont complètement parasité le lancement de ce bijou télévisuel HD, que le monde entier envie certainement à la France.

L'histoire ne dit pas si, du coup, Laurent Fabius va une nouvelle fois se rendre au siège de TV5, pour y faire la promo du bon goût hexagonal. Ou si, non, une fois mais pas deux, il va à présent se consacrer à des matières diplomatiques et internationales plus essentielles.

09/04/2015

Une ambiance assurément glaciale

Le communiqué restera dans les annales de la communication partisane française, pour sa brièveté. Une quinzaine de mots. Diffusé ce matin par le FN, il informe que «la rumeur d'un bureau exécutif (du parti) qui se déroulerait cet après-midi est totalement infondée». Ce ne sera donc pas dès ce jeudi que Marine Le Pen et son paternel, depuis hier officiellement en «rupture», laveront leur linge sale en famille.

L'ambiance doit assurément être glaciale en ce moment, au siège du parti – situé à Nanterre, en banlieue parisienne. Sans doute que chaque camp y compte les siens, et que le moindre cadre ou même simple employé se sent obligé de faire allégeance à l'un ou l'autre duelliste.

Dans tout cela, les communicants du FN essaient de sauver la face. Quitte à devoir jouer les mercenaires. Pour preuve hier, c'est le même directeur de la communication, Alain Vizier (originellement plus proche de Jean-Marie Le Pen que de sa fille), qui a envoyé aux médias les deux communiqués fatidiques de la journée. Celui du matin, dans lequel Marine Le Pen rompt avec un «Jean-Marie Le Pen (qui) semble être entré dans une véritable spirale, entre stratégie de la terre brûlée et suicide politique». Puis, en fin d'après-midi, le communiqué dans lequel le paternel reproche à sa fille et à son clan d'avoir «ouvert au Front National une crise qui pourrait être grave de conséquences». Et annonce à «la Présidente du Front National» qu'il entend bien rester jusqu'au bout «un homme politique responsable, libre, qui a toujours marché tête haute et mains propres».

On ignore si le processus frontiste de validation des communiqués officiels du parti prévoient ou non, avant leur envoi aux médias, leur relecture systématique par la présidente et sa garde rapprochée, y compris lorsqu'il s'agit des communiqués paternels. Si une telle règle existe, son application éventuelle a dû être glaciale, hier. Tant, en l'occurrence ici, «le drame familial rejoint le drame politique. C'est à la fois le Roi Lear et Dallas» – comme l'a assez bien résumé le documentariste Serge Moati, hier.

08/04/2015

Un geste «exceptionnel» et «provisoire»

Paris, Social, Economie, Etrangers, Immigration, Femmes, GouvernementCela ne concerne qu'une poignée de travailleurs, mais évoquons cette nouvelle, puisqu'ils sont à l'origine d'un conflit social d'une durée qu'on n'avait plus vue depuis longtemps à Paris. Et puisque leur sort a révélé des pratiques qu'on croyait d'un autre âge – ou, du moins, cantonnées à des pays qui ne revendiquent pas d'être la cinquième puissance économique mondiale.

Ils, ou plutôt elles. Car il s'agit de femmes. Les employées d'un salon de coiffure "afro" du Bd de Strasbourg, pas loin de la gare de l'Est, dans le 10ème arrondissement. La préfecture de police de Paris et le ministère de l'Intérieur ont décidé, à titre «exceptionnel», de leur octroyer des autorisations de travail provisoires (d'une durée de trois mois).

Depuis l'été 2014 (relire , notamment), une quinzaine de ces femmes occupent leur salon de coiffure, pour dénoncer l'exploitation dont elles ont longtemps été victimes. Elles y travaillaient tout en n'étant pas déclarées par leur employeur. Etaient payées "à la tâche", ce qui est illégal. Gagnaient un salaire de misère (400 euros par mois, environ), pour des semaines de travail de 7 jours sur 7, et des journées de 9 heures à 23 heures. Ces cadences de dingues et ce statut professionnel ultra-précaire ne facilitaient bien sûr pas les démarches en vue de leur régularisation – s'agissant d'étrangères sans-papiers. Après avoir très temporairement obtenu de leur employeur la reconnaissance de leur statut de salariées, elles ont vu leur salon mis en liquidation. La justice est désormais saisie de l'affaire. Plainte a été déposée pour, excusez du peu, traite d'êtres humains, faillite frauduleuse, escroquerie, conditions de travail indignes et abus de vulnérabilité. L'an dernier, le ministre de l’Intérieur lui-même, Bernard Cazeneuve, avait dit l'«indignation» que lui suscitait cette «affaire épouvantable» de «femmes exploitées dans des conditions indignes, par des véritables réseaux de la traite des êtres humains».

Son ministère n'en vient pas moins de préciser que le geste en leur faveur ne constituait nullement une régularisation. Les personnes concernées «devront ensuite trouver un emploi déclaré, pour poursuivre la procédure» en vue de l'obtention d'un titre de séjour. Le syndicat qui défend ces travailleuses – et voit dans leur sort l'illustration d'un «système mafieux» – a décidé () de poursuivre l’occupation du salon. Au moins jusqu'à ce que les récépissés ad hoc aient bel et bien été adressés aux intéressées.

07/04/2015

Un geste «ignoble»

Nul, dans le quartier, n'a compris leur geste. Ni ne l'a admis. Il concerne Ahmed Merabet. Il y a trois mois jour pour jour, le 7 janvier, ce policier de la brigade cycliste du commissariat du onzième arrondissement avait été assassiné, boulevard Richard Lenoir. Abattu comme un chien, par les frères Kouachi. A leur sortie de la rédaction de "Charlie Hebdo", où ils venaient de tuer douze personnes.

Depuis janvier, une photo grand format d'Ahmed Merabet, visage souriant, trônait dans un petit mémorial érigé par des riverains non loin de l'endroit du boulevard où il a été assassiné. Ce week-end, le cliché a disparu: volatilisé. Il a fini par être retrouvé, mais dans un sale état: maculé de taches, souillé, déshonoré. Depuis, il a été replacé à l'endroit où il se trouvait.

Qui donc a pu, par ce geste, manquer de respect à une des victimes des tueries de janvier? Dans quel but? Et pourquoi, en plus, précisément à cette date anniversaire? Nul ne le sait – une enquête est ouverte. Dans le quartier, les habitants sont choqués. L'émotion n'est évidemment pas moindre au commissariat du onzième.

Le syndicat policier Alliance déduit de ce geste que «la lune de miel issue du rassemblement du 11 janvier est malheureusement consommée, entre une frange de la population et la police». Une proche du policier décédé, pour sa part, venue se recueillir au mémorial après que la photo y a été replacée, a eu ces mots, visiblement très affectée: «Je ne comprends pas qu'après son décès, on puisse continuer à faire des choses ignobles comme ça».

03/04/2015

Une page qui se tourne?

Paris, Propreté, Patrimoine, TerrorismeOn n'oserait reléguer cela à un grand nettoyage de printemps, même si cette saison est enfin arrivée, mais cela y ressemble un peu. Alors que, mardi, cela fera trois mois jour pour jour que débutait la vague d'attentats qui, en janvier, ensanglanta la France.

Trois mois plus tard, la mairie de Paris semble avoir enfin pris la décision, politiquement un peu délicate (relire ), de commencer à nettoyer les traces de cette sinistre période.

On avait commencé à le remarquer, il y a dix jours. Quand, dans les rues adjacentes à la rédaction de «Charlie Hebdo», plusieurs "mausolées" de fleurs, de dessins, de crayons et de bougies, en hommage aux victimes, avaient été discrètement évacués: un soir, tout avait disparu, mis dans des sacs poubelle. Tout sauf, tout de même, les dessins et les pages du magazine endeuillé que des quidams avaient placardés sur les murs, et qui y demeurent toujours.

Hier jeudi, nouvelle étape dans ce processus de nettoyage. Les services municipaux de la propreté ont entamé le décrassage de la statue centrale de la place de la République, qui était devenue le plus grand mémorial de la capitale consacré aux tueries.

Paris, Propreté, Patrimoine, TerrorismeTous les témoignages déposés par les citoyens ont été emmenés, pour être temporairement stockés à la mairie du onzième arrondissement, en attendant de savoir ce qu'il en sera fait. Et la fontaine de la statue de Marianne a été nettoyée au karcher. L'initiative a suscité un certain émoi (lire par exemple ) parmi les habitants qui se chargeaient de l'entretien de ce mémorial.

Aux dernières nouvelles (= hier soir), nul n'a encore touché aux milliers de fleurs, dessins et stylos qui, ces trois derniers mois, ont été déposés rue Appert: ce lieu si symbolique, puisque c'était là que se trouvait la rédaction de «Charlie».

02/04/2015

Une «neutralité» très discutée

La régie publicitaire de la RATP, Metrobus, fait reparler d'elle. Parce qu'elle a, une nouvelle fois, imposé une modification dans une campagne de pub destinée au réseau de transports parisien. Un réflexe décidément habituel, de sa part – se souvenir de l'émoi que Metrobus avait déjà suscité, ces dernières années, en refusant une campagne pour le Salon du mariage gay, ou en faisant supprimer toute allusion au tabac dans des affiches représentant Serge Gainsbourg ou Jacques Tati.

Cette fois, il s'agit d'une affiche pour un spectacle du groupe Les Prêtres, à l'Olympia, dont les recettes seront reversées à des actions humanitaires en faveur des chrétiens martyrisés d'Orient. Metrobus a exigé et obtenu que la mention "au bénéfice des chrétiens d'Orient" soit retirée de l'affiche. Au nom de son refus constant de «toute publicité présentant un caractère politique ou confessionnel». Au nom, également, de son obligation de respecter le «principe de neutralité du service public». Selon elle, ce principe interdit à une campagne publicitaire destinée à son réseau de «prendre parti dans un conflit, de quelque nature qu'il soit» – et au-delà du caractère légitime de «l'émotion que suscite la situation dramatique des chrétiens d'Orient»

L'évêque Di Falco Léandri, promoteur du spectacle, l'a très mal pris. «Ce n'est pas prendre parti dans un conflit à l'étranger que de vouloir venir en aide à des populations en danger, qu'elles soient chrétiennes, musulmanes ou autres», a-t-il martelé. Selon lui, refuser cette mention sur l'affiche, c'est «confondre la laïcité avec l'intégrisme laïc». Et les opposants à cette décision de rappeler que, très régulièrement, des panneaux publicitaires de la RATP affichent des campagnes d'appel à dons émanant d'associations comme le Secours islamique ou le Secours catholique.

Du coup, évidemment, sur les réseaux sociaux notamment, les milieux catholiques s'agitent. Toujours très prompts à voir de la «cathophobie» partout, ils assimilent la décision de la RATP à un acte «anti-chrétiens». L'extrême droite n'a pas tardé à relayer ce courroux. «Votre intolérance et votre absence totale de compassion sont très choquantes». C'est ce que vient d'écrire le patron du FN de Paris, dans la lettre ouverte qu'il a adressée ce matin à la haute direction de la société de transports.