24/05/2013
Un état très dégradé
Les automobilistes de Paris et de sa région pestent beaucoup, en ce moment, contre les radars. Hier encore, on ne parlait que de cela (voir là, par exemple). Ils auraient des raisons de se plaindre aussi de l'état du réseau routier, en région parisienne. Immense, ce réseau: 800 kilomètres d'autoroutes, plusieurs centaines de kilomètres de bretelles, et des tunnels parmi les plus longs d'Europe. Le tout dans un état assez désastreux, comme l'a rappelé la droite UMP cette semaine, au Parlement (là).
Infrastructures pas rarement dans un état de «délabrement». Accotements «sales». Tags qui «se multiplient». Glissières de séparation «souvent rouillées ou abîmées». Evacuation des eaux «déficiente». Signalisation verticale «en mauvais état». Bandes blanches qui «ne réfléchissent plus rien». Panneaux lumineux d'information «défectueux». Revêtement «souvent endommagé». Eclairage public «coupé la nuit sur certaines portions, défaillant sur d'autres». Bref, selon un sénateur UMP de la Seine-Saint-Denis (banlieue nord de Paris), «prendre la route de nuit, sous la pluie, devient dangereux», en région parisienne.
Le ministre des Transports, par la voix d'une collègue, n'a pas nié le problème. Malgré les 95 millions d'euros affectés chaque année à l'entretien du réseau routier parisien, son état visiblement demeure perfectible. La propreté s'y «dégrade trop rapidement». Le système d'évacuation des eaux a souffert des «précipitations abondantes» de ces derniers mois. Les vols de câbles électriques affectent «parfois» la continuité nocturne de l'éclairage des autoroutes A1, A3 et A86. Et «la sécurité impose un plus haut niveau de maintenance des tunnels». Il n'empêche, les usagers de ce «réseau routier stratégique» peuvent «compter sur l'engagement de l'État et de ses agents», pour travailler à l'amélioration de la situation.
Les automobilistes concernés – plusieurs millions chaque jour, tout de même – seront certainement ravis de l'apprendre. En attendant de pouvoir le constater, de visu.
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23/05/2013
Un rappel à l'ordre
Impossible de ne pas le remarquer, en regardant la télé. Depuis une semaine, les chaînes françaises prennent bien soin de flouter les visages des enfants montrés dans les programmes d'information. Ce n'est pas un mince changement, et c'est le résultat d'un coup de gueule ministériel.
Celui qu'a poussé le ministre de l'Education, Vincent Peillon. Jeudi dernier, quand il s'est rendu compte que nombre de chaînes n'avaient pas garanti l'anonymat des enfants qu'elles interviewaient, à la sortie de cette école parisienne où un homme s'est suicidé en se tirant une balle dans la tête, après avoir fait irruption dans l'établissement. Furieux de ce manque de «décence» et de «pudeur», le ministre a aussitôt saisi le Conseil supérieur de l'audiovisuel. Qui a «solennellement» adressé une mise en garde aux médias. «Le recueil du témoignage des enfants placés dans une situation aussi difficile est subordonné à une double condition cumulative: la garantie de leur anonymat, en particulier par le floutage, et l’autorisation explicite des titulaires de l’autorité parentale».
Si, depuis cette réprimande, les télés françaises font beaucoup plus attention, ce n'est pas spécialement qu'elles feraient preuve de servilité envers le «gendarme de l'audiovisuel» et/ou envers le ministre. C'est parce qu'elles n'ont pas le choix: c'est la loi. Le droit de chacun au respect de sa vie privée, en effet, est garanti par le code civil (en son article 9). Et les télés qui, jeudi dernier, ont montré les visages des enfants interviewés auraient pu, théoriquement, être poursuivies en justice. Puis condamnées: à des peines d'un an de prison et de 45000 euros d'amende.
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22/05/2013
Un nouvel habitant

Un visage, surgi de nulle part. Découvert ce matin au saut du lit, dans notre coin de Paris – quartier Saint-Sébastien, dans le onzième arrondissement. Visage de papier, grand format, comme sorti d'une BD. Collé sur un mur, par un artiste de rue.
Visage mutique d'un jeune homme. La moue boudeuse, ayant l'air de toiser le passant, de ce regard que l'on trouve légèrement condescendant.
A quelques rues de là, de l'autre côté du boulevard, un autre visage, lui présent depuis plusieurs mois, contemple lui aussi la vie de quartier. Casquette, lunettes, davantage de couleurs dans le graphisme, mais un regard identiquement songeur.
Cela arrive de temps en temps, dans Paris, de faire connaissance, du jour au lendemain, avec de nouveaux voisins, le plus souvent éphémères. Ainsi, on l'évoqua en son temps, cet ancien Président (ici) cocassement réapparu sur une porte (et qui y figure toujours, aux dernières nouvelles). Ou ces candidats imaginaires aux élections (là), que l'on vit beaucoup dans les rues de la capitale, au moment de la campagne électorale. Ou, encore, ce visage magnifique de Noir (ici), qui impressionna beaucoup les gens du quartier. Avant qu'impitoyablement il disparaisse, balayé par les pluies et/ou les coups de pinceau des agents municipaux de la propreté.
Autant de rencontres fugaces et inattendues, qui, au gré de l'humeur des créateurs, agrémentent les allées et venues dans Paris. «La rue est une galerie d'art en plein air», dixit un pochoir que l'on a longtemps vu, dans le onzième. L'art en plein air: à ciel ouvert.
Bien.
11:50 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : paris, arts
21/05/2013
Un cas de figure envisagé
Remue-ménage, place de la Bastille. Où, depuis hier, une armada de gros bras s'affaire à monter la scène où, ce soir, se produiront le chanteur Mika et les autres artistes participant au «Concert pour tous». Qui est organisé par les pro-«mariage pour tous», pour fêter le vote définitif de cette réforme par le Parlement – ce week-end, le texte a été promulgué et publié au Journal officiel.
La manifestation festive pourrait bien se dérouler sous haute protection policière. Les autorités, en effet, n'écartent pas la possibilité de raids d'anti-mariage gay sur Bastille, en cours de soirée. Certains scénarios policiers ont même envisagé un autre cas de figure que celui d'incidents isolés. A savoir, un grabuge généralisé, qui pourrait prendre les mêmes proportions... que la soirée de saccage ayant dévasté le quartier du Trocadéro, l'autre jour. En marge d'une manifestation qui, elle aussi, était censée purement festive: la célébration du titre de champion de foot, remporté par le PSG.
Que ne soit pas écartée la possibilité de batailles rangées sur le sujet en dit long sur l'état du débat politique, dans ce pays. Tout comme le fait que, depuis dix jours, dans le Marais gay – a-t-on remarqué en y passant, ce week-end –, des cars de police sont désormais stationnés en permanence. Veillant au grain. Dans le cadre sans doute de ce que l'on appelle le principe de précaution.
Sale ambiance, décidément.
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17/05/2013
Une cachette originale
Ce ne sont pas moins de trois ministres qui, hier après-midi, ont annoncé la nouvelle. Les ministres de l’Economie, du Commerce extérieur et du Budget. Ils ont félicité les agents des Douanes, pour le joli coup de filet qu'ils ont réussi, mercredi: sur l'autoroute A10, dans la région de Tours.
En l'occurrence, plus de deux tonnes de résine de cannabis, dénichées dans un camion provenant d'Espagne. Précisément: «48 valises marocaines, 71 paquets de résine et 23 sacs de «pollen» de cannabis, pour un poids total de 2162 kg». La valeur de la prise est estimée à plus de 10 millions d’euros. Et son modus operandi mérite d'être détaillé. «C’est vers 18 heures que les agents ont sélectionné un ensemble routier frigorifique pour le contrôler. Selon le chauffeur et les documents présentés, il transportait 22 palettes de carottes. Les agents ont constaté que le camion n’était pas réfrigéré, alors que les marchandises étaient censées être transportées à 4 degrés. Le chien de l’équipe cynophile, quant à lui, a marqué l’extérieur de la remorque et les palettes de légumes. Le contrôle du chargement a permis de mettre rapidement au jour des valises marocaines, entre les palettes de carottes».
L'histoire ne dit pas ce que sont devenues les carottes.
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16/05/2013
Une addition, salée
«ZNAK SUITE FERAY» et «PVC95». Ainsi signaient les tagueurs qui ont été arrêtés mardi, dans le Val d'Oise (banlieue de Paris). Leurs graffitis, ils les apposaient sur des trains stationnés dans des gares parisiennes ainsi que sur des métros. La police des transports, qui recense méticuleusement – en les photographiant – tous les tags dont elle recherche les auteurs, a plongé dans ses fichiers et fait ses comptes. Facture finale? Les trois jeunes sont accusés d'avoir causé à la SNCF et à la RATP un préjudice d'un montant total de ... 560 000€. Ils sont en voie d'être déférés au parquet. C'est peu dire qu'ils n'ont pas fini de payer.
Selon la préfecture de police de Paris, lors des perquisitions menées à leurs domiciles, a été retrouvé tout le matériel ad hoc: «bombes de peinture, croquis de tags, une nouvelle encre indélébile aux techniques de nettoyage», etc. Mais aussi «deux armes: l’une de type kalachnikov neutralisée, l’autre un pistolet». Ils n'ont pas fini de payer, décidément.
11:20 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : jeunes, transports, police, banlieues
15/05/2013
Une piste, pas forcément adéquate?
Quelques jours après l'étude préoccupante sur la consommation d'alcool en France (dont on parlait mardi dernier), cette piste fiscale que le Parlement explore. Le vin pourrait être soumis à une taxe spéciale, comme la bière depuis l'an dernier, et les alcools forts depuis 2011.
Ce prélèvement serait «mesuré»: quelques centimes d'euro supplémentaires par bouteille de vin. Alors que ce produit a toujours bénéficié d'une fiscalité avantageuse par rapport aux autres alcools: 4 centimes de taxe par bouteille, contre 36 centimes pour la bière et 1,90€ pour les spiritueux.
Une telle mesure, toutefois, risque de ne pas passer comme une lettre à la poste. En France, le secteur du vin au sens large occupe 500.000 emplois. C'est donc, outre un puissant lobby, un secteur économique important. Et exportateur (7,6 milliards d'euros d'excédents annuels), ce qui n'est pas rien dans un pays dont la balance commerciale est lourdement déficitaire.
Cette taxe éventuelle risque de passer d'autant plus mal que, comme l'a rappelé le rapport cité plus haut, la réduction de plus de la moitié de la consommation d'alcool enregistrée en France ces cinquante dernières années est «essentiellement imputable à la baisse de la consommation de vin». Certes, ce produit domine toujours le marché: 58% du total des alcools consommés (contre 22% pour les spiritueux et 17% pour la bière). Mais, «depuis le début des années 2000, sa part a légèrement régressé (-3 %), principalement au profit des spiritueux (+2,5 %)».
En outre, chez les 18-25 ans, depuis 2005, la part de consommateurs hebdomadaires de vin n’a pas significativement augmenté, à l'inverse de celle d'autres alcools. Chez les jeunes hommes, le vin (22,4%) est désormais dépassé par les alcools forts (29,5%) et la bière (39,3%). Chez les jeunes femmes, il reste la boisson la plus courante (14,3%), mais sa consommation augmente moins vite que celle d'alcools tels le cidre, le champagne, ou le porto.
Globalement, donc, pour ce qui concerne leur consommation d'alcool, les jeunes en restent au «régime TGV», comme l'on dit dédaigneusement dans les milieux viticoles français: le régime tequila, gin, vodka.
Pas sûr, dès lors, qu'augmenter les taxes frappant le vin contribuera forcément à réduire la consommation juvénile d'alcool.
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14/05/2013
Une appréciation ahurissante
Tant pis pour les amateurs de foot – les vrais: pas les hooligans. Ce matin, le ministre de l'Intérieur a ordonné l'annulation de la cérémonie qui devait avoir lieu ce soir, place de l'Hôtel de ville. Au cours de laquelle devait être présenté au public le trophée de champion de France remporté dimanche par le club de foot de la capitale, le PSG. En cause, les très gros débordements et incidents ayant eu lieu hier soir sur la place du Trocadéro et ses alentours, à l'occasion de réjouissances consacrées, déjà, à ce titre de champion.
Des abribus en miettes. Des vitrines de magasins en mille morceaux. Du mobilier urbain saccagé. Des poubelles et des voitures incendiées. Des touristes étrangers rançonnés dans leur car pris d'assaut par les voyous. Un fast-food dont le stock de burgers a été pillé. Et on en passe. Tel est le bilan d'une soirée qui était censée festive.
«Il y a eu quelques imbéciles qui ont failli troubler la fête, mais celle-ci n'est pas gâchée. Tout s'est bien passé. Les débordements ont été contenus». C'est la déclaration, proprement ahurissante, qu'a faite le maire de Paris, Bertrand Delanoë, hier soir.
Tous ces dégâts, une trentaine de personnes blessées, et une quarantaine de casseurs interpellés, mais, à part cela donc, «les débordements ont été contenus». On n'ose imaginer l'état du quartier du Trocadéro ce matin, si le maire avait jugé que tel n'avait pas été le cas.
11:12 Publié dans Dans le viseur | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : sécurité, sport, police, personnalités, delanoë
13/05/2013
Une cohérence qui ne saute pas aux yeux
Puisque, dans la dernière note, on évoquait les mots qui fâchent, revenons sur ce dont on avait parlé l'autre jour (là): cette double tentative de renommer une rue de Paris. En l'honneur soit (version droite UMP) de la «Dame de Fer» Maggie Thatcher, soit (version Front de gauche) de son opposant républicain irlandais Bobby Sands. Un boulevard Maggie? Un square Bobby? Finalement, la majorité socialiste a tranché: ce ne sera... ni l'un, ni l'autre. En effet, selon la mairie, ce faire aurait été «utiliser les décès des uns et des autres à des fins politiques», dixit l'adjoint du maire, Bertrand Delanoë, chargé des questions internationales.
Pas de noms de personnalités politiques étrangères pour les rues de la Ville lumière? C'est la deuxième fois que la mairie ressort l'argument. Elle l'avait déjà fait en 2010, quand elle avait refusé qu'un lieu de la capitale honore la mémoire du Palestinien Yasser Arafat.
On ne peut pas dire que la cohérence du raisonnement saute aux yeux.
De longue date, Paris a une avenue Président Kennedy, dans le seizième arrondissement. Une avenue Franklin Roosevelt, près des Champs. Une avenue Président Wilson, à Iéna. Ou une avenue Winston Churchill, près du Grand Palais. En dehors du monde anglo-saxon, le libérateur vénézuélien Simon Bolivar et le révolutionnaire cubain José Marti ont respectivement nommé une place et une rue de la capitale. Il y a un jardin Yitzhak Rabin dans le parc de Bercy. Bertrand Delanoë lui-même, en 2010, inaugura une promenade Ben Gourion, le fondateur d'Israël, sur les quais de Seine. Et, quatre ans plus tôt, s'agissant d'une autre personnalité politiquement très controversée, il avait donné le nom de l'ex-pape Jean-Paul II au parvis de la cathédrale Notre-Dame. A l'époque, d'ailleurs, l'initiative avait suscité un gros chahut.
En revanche, il n'y aura donc pas de polémiques ou de manifs pour ou contre une esplanade Maggie Thatcher ou une allée Bobby Sands. A un an des prochaines élections municipales (il est prévu qu'elles se tiennent au printemps 2014), surtout ne se mettre personne à dos. Ne pas faire de vagues, en somme.
11:19 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : paris, personnalités, histoire, international, delanoë
10/05/2013
Un mot, plutôt qu'un autre
Comme chaque 10 mai depuis l'année 2001, ce vendredi est, en France, la Journée nationale de commémoration de l'abolition de l'esclavage. Qui sait François Hollande en profitera-t-il pour houspiller la droite et/ou lui reprocher de ne pas vouloir l'épauler dans l'accomplissement d'une de ses promesses électorales. Il s'agit de sa volonté de supprimer le mot "race" de la Constitution française – on en a déjà parlé, dernièrement: relire ici. Cette réforme nécessite un vote à la majorité des trois cinquièmes, au Congrès de Versailles. Dès lors, sans les voix de la droite, la gauche n'est numériquement pas en mesure de la faire passer.
Au sujet des mots qui fâchent et de cette page si douloureuse de l'Histoire, il est un autre terme qui est dans le collimateur de la gauche. D'ailleurs, la ministre de la Justice Christiane Taubira – qui est à l'origine de la loi de 2001 sur cette journée commémorative du 10 mai – a demandé à ses services de ne plus recourir à ce mot, dans les circulaires et documents officiels.
Il s'agit, pour distinguer la France continentale de celle d'outre-mer, du terme "métropole". Ses détracteurs veulent qu'il soit proscrit dans les usages officiels, car ils lui voient une connotation coloniale. Ce que confirme, du reste, «Le Robert»: il définit la métropole comme étant, dans cette acception, un «Etat, territoire d'Etat, considéré par rapport à ses colonies, aux territoires extérieurs». En ce sens, il serait nettement préférable de dénommer la France continentale en utilisant le terme "Hexagone" – lui complètement neutre, historiquement.
Pourquoi pas.
Si ce n'est que, bien sûr, la droite va une fois de plus se gausser du «politiquement correct de la gauche bien-pensante», selon son expression désormais consacrée.
11:22 Publié dans Dans les coulisses | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : histoire, langue française, taubira, institutions
08/05/2013
Un soleil moins brûlant
Ils ont bien changé, en un an: les slogans à caractère politique, peinturlurés sur les murs du quartier Bastille, dans notre onzième arrondissement parisien. C'est ce qu'on s'est dit, l'autre matin. En tombant nez à nez sur un énorme «LARMES A GAUCHE», écrit en lettres capitales. En mai 2012, en revanche, sur les murs de Paname, on ne lisait guère que des odes au nouveau Président.
A dire vrai, on a été tout sauf étonné en tombant sur ces larmes de peinture. L'un après l'autre, ces derniers jours, les instituts de sondage ont tous et parfaitement confirmé, si besoin en était, l'extraordinaire dégringolade de la popularité de l'hôte de l'Elysée et de sa politique, y compris au sein de l'électorat qui, il y a un an, l'avait supporté.
Des exemples? Selon la Sofres (là), sont mécontents du bilan de François Hollande 56% des électeurs ayant voté pour lui en avril 2012, au premier tour de la présidentielle. Et 70% de ceux qui l'ont choisi au second tour, en mai. Ce que confirme, globalement, l'institut CSA (là). Qui note une «démobilisation sensible de l’électorat de gauche, et plus particulièrement de celui ayant apporté ses suffrages à François Hollande. Seuls 59% des personnes ayant voté pour lui au premier tour de l’élection présidentielle en 2012 voteraient à nouveau pour lui».
Des exemples, encore? A en croire l'Ifop (ici), un an plus tard, 36% des électeurs de gauche n'approuvent pas l’action du Président. Enfin, selon Ipsos (là), «François Hollande bascule dans l’impopularité, même dans son propre camp: seulement 47% des sympathisants de gauche (-6 points par rapport à avril, -12 points en deux mois) lui accordent leur confiance, contre une majorité relative de 49% (+6 points) qui ne le font pas. Auprès des sympathisants PS, c’est à peine mieux : il recueille 58% d’avis favorables (en baisse également, de 5 points), contre 39% de mauvaises opinions».
Comme dit la célèbre vieille chanson française, en plus particulièrement de circonstance en ce mercredi parisien si nuageux: «Oh! je voudrais tant que tu te souviennes/ Des jours heureux où nous étions amis./ En ce temps-là la vie était plus belle, /Et le soleil plus brûlant qu'aujourd'hui».
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07/05/2013
Une consommation déraisonnable
Dans le pays du vin, du pastis et de la Kro qu'est la France, sans doute est-ce assez naturel que l'on apprécie les plaisirs de l'alcool. Mais ce n'est pas sans poser de problèmes. Ainsi, un ensemble d'études scientifiques publié (ici) hier soir, sous l'égide de l'Institut de veille sanitaire, a lancé un cri d'alarme. Il juge «urgent d’agir pour réduire encore la consommation d’alcool en France, afin de réduire la mortalité, et notamment la mortalité prématurée».
Car chaque Français (adulte, évidemment) consomme en moyenne 27 grammes d’alcool pur par jour. C'est infiniment moins qu'au siècle dernier (65 grammes, à la fin des années 1930). Mais cela reste beaucoup trop: l'Hexagone affiche «une des consommations d’alcool les plus élevées des 48 pays d’Europe, après l’Estonie, la République tchèque et l’Irlande». Conséquence: chaque année, 49000 décès survenant en France sont à attribuer à cette consommation excessive.
Particulièrement préoccupante est l'alcoolisation croissante des jeunes. Ainsi, «l’expérimentation de boissons alcoolisées est déclarée par 59% des élèves de 6e (primaire), elle progresse en fréquence au cours des années du collège jusqu’à concerner 83% des élèves de 3e, puis 93% des élèves en terminale». Et «la part de ceux qui déclarent avoir déjà connu une ivresse progresse nettement, passant de 17% en 4e à 69% des élèves de terminale. De même, l’usage régulier d’alcool (au moins dix fois lors du dernier mois précédant l’enquête) passe de 3% en 4e à 27% en terminale». Et il n'y a pas seulement qu'en Angleterre que l'on est confronté au «binge drinking»: «Les 18-25 ans se distinguent des personnes plus âgées par des consommations d’alcool moins régulières, mais plus excessives». Si l'on note chez eux «une stabilisation de la consommation quotidienne d’alcool», on remarque aussi «une augmentation des alcoolisations ponctuelles importantes et des épisodes d’ivresses». Concrètement, «les ivresses répétées concernent près de deux fois plus d’étudiants en 2010 qu’en 2005, et plus du double parmi les femmes».
C'était sans doute utile à rappeler, à l'approche des vacances d'été: période comme chacun sait propice aux libations – enfin se lâcher, se laisser aller: après tant et tant de mois laborieux.
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06/05/2013
Un pays de pessimisme
Une nouvelle pas très motivante, et qui ne donnera pas forcément le moral pour commencer la semaine. Les Français sont le peuple le plus pessimiste d'Europe. C'est ce qu'on entendait au saut du lit sur une radio (ici), ce matin, et c'est l'enseignement d'un sondage comparatif européen annoncé pour cet après-midi. Sept Français sur dix craignent que leurs enfants vivent moins bien qu’eux, soit un taux plus élevé encore que celui que l'on trouve dans des pays européens autrement plus touchés par la crise et l'austérité, comme l'Espagne ou l'Italie.
Corollaire de ce pessimisme: la défiance générale des Français envers les institutions. Et un rejet massif d'une institution en particulier: l'Europe. 80% des Français la jugent incapable de proposer des solutions, et 50% considèrent même l'Union européenne comme un handicap.
Jean Monnet – ou Robert Schuman – doit se retourner dans sa tombe.
11:07 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : société, institutions, economie, international
03/05/2013
Une goutte d'eau dans la mer
On vit bien, décidément, à l'Elysée. Puisque, dans la cave à vins du palais présidentiel français, figurent des bouteilles dont la valeur souvent dépasse celle d'un salaire minimum – ainsi, ce Petrus de 1990 évalué à 2 200 €.
Si l'on peut se faire une idée de la richesse du patrimoine oenologique de l'Elysée, c'est parce que François Hollande a décidé de mettre en vente aux enchères (ici) une partie de la cave présidentielle: 1200 bouteilles, soit un dixième de la collection élyséenne. Cette vente, qui a été annoncée cette semaine, permettra le renouvellement de la cave, et en l'occurrence le réinvestissement «dans des vins plus modestes». Ce qui restera du produit des enchères «sera reversé au budget de l'État».
C'est sans doute de bonne guerre, en ces temps d'austérité budgétaire extrême.
Mais c'est peu dire que les quelques milliers ou dizaines de milliers d'euros qui retourneront ainsi dans les caisses de la Nation n'y pèseront que de peu de poids, face à l'ampleur de son déficit actuel (pour rappel: 87,2 milliards d'euros, en 2012). Une goutte d'eau – et non de grand cru, pour le coup –, dérisoire somme toute, dans la mer déficitaire budgétaire.
11:30 Publié dans Dans les coulisses | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : institutions, gastronomie, luxe, art de vivre, personnalités, economie, hollande
02/05/2013
Un «honneur livré aux chiens»
D'un Premier ministre à l'autre. Mais, là, de façon pas du tout légère, à l'inverse de la précédente note sur Jean-Marc Ayrault. Puisque, hier soir, à 22h15 très exactement, la France a commémoré les 20 ans de la disparition de Pierre Bérégovoy: le 1er mai 1993.
Au-delà des thèses complotistes qui ont toujours circulé, mais n'ont jamais été avérées, la version officielle veut que l'ex-chef du gouvernement ait succombé lors de son transfert en hélicoptère à l'hôpital militaire parisien du Val de Grâce. Après s'être suicidé d'une balle en pleine tête, tirée avec l'arme de service du policier chargé de sa sécurité. Pour les lecteurs les plus jeunes, à l'époque, ce suicide avait traumatisé le pays. Et avait inspiré au Président Mitterrand une épitaphe mémorable: «Toutes les explications du monde ne justifieront pas qu'on ait pu livrer aux chiens l'honneur d'un homme et finalement sa vie». Visés: ceux qui mettaient en doute la probité de l'ex-Premier ministre, sur base de la révélation du «Canard Enchaîné» selon laquelle il avait bénéficié d'un prêt sans intérêt (mais déclaré chez un notaire) de la part d'un proche du chef de l'Etat.
Vingt ans plus tard, l'examen de conscience à propos de ce drame se poursuit visiblement, dans la propre famille politique de Pierre Bérégovoy. Témoin, cet aveu de l'ex-ministre Jack Lang, hier sur une télé: «Le comportement de la plupart des socialistes à ce moment-là, à l'égard de Pierre Bérégovoy, n'a pas été à la hauteur».
C'est, vraiment, le moins que l'on puisse dire.
A l'époque, nul n'ignorait que l'intéressé était très dépressif. Officiellement, parce que son affaire de prêt le minait, et parce que ce scandale avait contribué à infliger une Bérézina historique au PS, aux élections législatives du printemps 1993: moins de 60 sièges à l'Assemblée (qui en compte 577). En son for intérieur, Pierre Bérégovoy était aussi extrêmement affecté par l'attitude de ses «camarades» à son égard. Les hiérarques socialistes le fuyaient, gênés par le scandale et/ou rendus furieux par la déroute électorale. Du jour au lendemain au sein de son parti, et y compris auprès de ceux qu'il croyait être ses amis, Pierre Bérégovoy avait dégringolé du statut de chef de la majorité à celui de pestiféré.
Peu de temps avant sa mort, d'ailleurs, si l'on en croit certains mémorialistes de la Vème République, l'ex-Premier ministre tenta à plusieurs reprises d'avoir François Mitterrand au téléphone. En vain. Jamais le Président ne prit ses appels, ni ne les lui retourna.
11:17 Publié dans Dans les coulisses | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : histoire, parti socialiste, personnalités, mitterrand, lang, presse, médias
30/04/2013
Une métaphore?
Coïncidence piquante. Le Premier ministre Jean-Marc Ayrault (comme le Président François Hollande) se trouve en ce moment dans le fond du trou de l'impopularité. Avec, en gros, à peine un Français sur quatre lui faisant confiance et/ou appréciant son action à la tête du gouvernement. Lundi, du coup, l'intéressé s'est offert un bon bol d'air, au sommet.
«Avec enthousiasme», il s'est rendu dans les montagnes de l'Ariège, en région Midi-Pyrénées. Et ce Nantais y a confessé que, pour lui, «homme qui vient de la mer, la montagne a toujours représenté quelque chose de magique». Après avoir loué «les valeurs immémoriales des montagnards», parmi lesquelles il a rangé «la persévérance et le sens de l’effort», il a conclu en disant sa «hâte de revenir» dans ces sommets enneigés.
L'histoire ne dit pas si, dans un coin de sa tête, lorsqu'il tenait ces propos, le Premier ministre pensait aussi à ces sommets sondagiers desquels il a dégringolé depuis si longtemps, lui qui n'est même pas à Matignon depuis un an.
10:49 Publié dans Dans les coulisses | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : personnalités, gouvernement, ayrault
29/04/2013
Une portion toujours aussi congrue
Cela a fait peu de bruit, mais ce n'est pourtant pas anodin, trouve-t-on. A la fin de la semaine dernière, les représentants de toutes les chaînes de télé et de radio de France ont été convoqués au Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA), pour s'y faire remonter les bretelles. En cause, la représentation des femmes à l'antenne. Les années passant, elle continue d'être insuffisante, tant en termes de quantité que de qualité.
Quelques chiffres l'illustrent bien. Tous programmes et toutes chaînes confondus, les femmes occupent 35% du temps d'antenne en France. Alors qu'elles représentent 52% de la population – et, soit dit en passant, constituent 56% de l’audience radio-télé. C'est encore pire dans certains secteurs particuliers, comme le sport à l'antenne: 14% de femmes, seulement. Pour le CSA, ce sont des chiffres «préoccupants». D'autant que le retard des femmes sur les hommes est aussi qualitatif. En clair, elles éprouvent «des difficultés récurrentes à se voir confier un rôle majeur à l’antenne: entre 34 à 39% de femmes sont des personnages principaux, dans les programmes». Et, quand les médias audiovisuels donnent la parole à des experts, dans 80% des cas ce sont des hommes qu'ils interrogent. Or, dans ce pays, ce sont les femmes qui sont majoritaires (51%) dans la population diplômée de l'enseignement supérieur. Dès lors, le CSA a invité (ici) les opérateurs de l'audiovisuel à s'activer un peu plus: à davantage se soucier à la fois de la participation des femmes aux émissions, et de l'image des femmes que, ce faisant, leur antenne véhicule.
C'est vraiment un marronnier de la politique audiovisuelle française. Les médias, en effet, se font réprimander sur le sujet depuis plusieurs années déjà. Dès 2008, un Observatoire de la diversité avait été mis en place, avec pour objectif de suivre les efforts des télévisions et des radios dans ce domaine. Visiblement sans grand effet, près d'une demi-douzaine d'années plus tard.
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26/04/2013
Un changement, pour tous
La loi sur le «mariage gay» comporte une nouveauté qui est passée assez inaperçue. Etonnamment, vu qu'elle s'applique à tous: homosexuels comme hétérosexuels. Elle concerne les noms de famille. Auparavant, en France, quand deux parents divergeaient sur le patronyme à donner à leur nouveau-né ou à un enfant adopté (Celui du père? Celui de la mère?), c’était le nom de l'homme qui était d'office donné à l'enfant. Et la femme avait juste le droit de s'écraser. En revanche, quand la loi Taubira entrera en application, ce ne sera plus le cas. En effet, quand il y aura désaccord, l'enfant aura automatiquement pour patronyme les noms de famille de ses deux parents, accolés dans l’ordre alphabétique. Dès lors, pour les couples hétérosexuels, le masculin cessera de l'emporter sur le féminin.
Bien.
Mais, pour l'anecdote, remarquez que, dans un tout autre domaine, cela continuera à ne pas être le cas. Sans que cela ait l'air de gêner quiconque.
Ainsi, des générations entières d'écoliers français ont sagement appris – et continueront probablement encore longtemps à le faire – que, selon l'expression consacrée, «le masculin l'emporte sur le féminin». Quand un adjectif, qu’il soit épithète ou attribut, doit être accordé à deux noms de genres différents. Du coup, on n'écrit pas «Les hommes et les femmes sont belles», mais «sont beaux».
La France ayant mis dix ans (par rapport à des pays comme la Belgique) pour accorder son régime matrimonial à l'évolution des moeurs, on va être réaliste et lui donner, disons, dix siècles, pour se pencher sur cette inégalité-là.
12:24 Publié dans Dans les coulisses | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : institution, société, langue française, femmes
25/04/2013
Une sale ambiance, décidément
La loi a été votée mardi, mais ce sale climat perdure, visiblement. Y compris à Paris, en plein coeur de notre quartier Bastille, pourtant censé «gay friendly». Pour illustrer cette homophobie ambiante, désormais complètement décomplexée – si tant est qu'elle ait jamais été complexée –, ce témoignage qu'on a découvert ce matin, dans notre boîte électronique. Il émane d'une jeune fille. Et relate une agression perpétrée hier soir, en face d'un bar-resto très connu du onzième arrondissement, rue Saint-Sabin.
On vous le livre tel quel. Rien à rajouter.
«Ma copine vient de se faire agresser ("Sale gouine", etc.). Elle a des bleus dans le cou, sur le coude. Elle a appelé quatre fois la police en dénonçant des propos "homophobes" et s'est fait raccrocher quatre fois au nez. Ca s'est passé devant le «Café de l'industrie» (terrasse pleine, il était 23h) et personne n'a réagi. Le mec l'a chopée par le cou et l'a jetée par terre. Une voiture de flics est passée, ils ont pris les coordonnées du mec. Elle va porter plainte demain (pas la force ce soir) et je la pousse à faire un certif médical. Je suis en train de la convaincre, mais elle me dit "A quoi bon". On peut forcément faire quelque chose chose contre ça? C'est pas possible autrement?»
10:56 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : paris, société, femmes, sécurité, police
24/04/2013
Un nouveau surnom
Cinq. Ils sont donc cinq, les députés qui, hier après-midi, ont appuyé sur le mauvais bouton, au moment du vote du projet de loi sur le «mariage gay». Pour la postérité, il s'agit de Marcel Bonnot, Luc Chatel, Alain Chrétien, Marianne Dubois et Henri Guaino. Ils auraient voulu voter non; ils ont voté oui. Les erreurs de scrutin parlementaire ne sont pas rares, en France comme dans d'autres pays. C'est dû au fait que, si le moment du vote est annoncé longuement à l'avance (par une sonnerie retentissant dans toute l'Assemblée nationale, actionnée par le président de séance), l'opération de vote proprement dite, elle, est très rapide. Comme le règlement de l'hémicycle permet que l'on vote, outre pour soi, au nom d'un collègue absent, pendant les quelques secondes, pas plus, que dure le scrutin, certains – et pas seulement des députés de droite, bien sûr – s'emmêlent les pinceaux: appuient sur le mauvais bouton.
Le plus cocasse est que, parmi ces étourdis, ait figuré Henri Guaino: l'ancien conseiller spécial de Nicolas Sarkozy à l'Elysée. En effet, il est est un des plus virulents contempteurs du «mariage pour tous». Parce que ce serait trop long, on s'abstiendra d'énumérer ici ses innombrables diatribes contre une réforme qui, si on l'a bien compris, va à peu près précipiter la civilisation entière vers le cataclysme terminal.
Hier, le net et les réseaux sociaux ont, évidemment, beaucoup ri de la mésaventure électorale électronique survenue à Henri Guaino. A qui, moins d'une heure après le vote fatidique, ils ont trouvé un nouveau surnom: Henri Gayyes. Gai-no, Gay-yes.
Sans doute l'intéressé ne l'a-t-il pas volé.
11:09 Publié dans Dans le vent | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : institutions, société, personnalités, internet



