28.04.2006
Un bon début
Les Parisiens, comme tous les Français, expériment en ce moment la dernière «révolution industrielle» -- dixit le ministre délégué au Budget, Jean-François Copé -- concoctée par le ministère des Finances: la déclaration de revenus pré-remplie par l'administration. Pour ce faire, l'Etat se targue d'avoir accompli un «énorme travail de collecte et de gestion des données»: «la déclaration pré-remplie, ce ne sont pas moins de 94 millions d’informations à traiter !», s'était enthousiasmé Jean-François Copé l'autre jour.
Mais manifestement, ce travail n'a pas toujours été très bien fait. Témoin, cette anecdote racontée par «La Voix du Nord» ce matin. Un couple habitant le Pas-de-Calais (lui employé sur les car-ferries de SeaFrance, elle clerc de notaire) a constaté cette semaine une erreur de ... sept millions d'euros sur sa déclaration. Ses revenus annuels, tournant autour de 45.000 euros, avaient été évalués par Bercy à 7.886.002 euros.
Le même jour, Jean-François Copé était l’invité des «Quatre Vérités», sur France 2. «Est-ce qu’il peut y avoir des erreurs dans les déclarations pré-remplies?», lui demandait la journaliste Catherine Laborde. Réponse: «Il ne peut pas y avoir d’erreurs, seulement quelques petites différences...»
Promis: on y regardera à deux fois.
B.DL.
10:20 Publié dans Dans le viseur | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
27.04.2006
Une idée vachement bien
On en avait tellement entendu parler quand elles avaient fait l'événement à Bruxelles. Et, depuis, on regrettait tellement de n'avoir, à l'époque, pas trouvé le temps de sauter dans un Thalys pour aller les admirer. Et voilà qu'elles viennent jusqu'à nous, et s'installent même sur la plus belle avenue du monde notamment. On est ravi.
Elles? Des vaches multicolores en fibre de verre et en résine, au nombre de 150, relookées et customisées par des artistes et des stylistes. Après Bruxelles, Londres, New York, Dublin ou Moscou, la "Cow Parade" -- rebatisée "Vach'art" pour l'occasion -- débarque ce jeudi à Paris. Pendant trois semaines, avant d'aller vagabonder sur le parvis de la Défense à partir de la mi-juin, les aimables quadrupèdes envahiront pacifiquement les Champs-Elysées ainsi que, jusqu'à Bastille, plusieurs endroits stratégiques de la capitale situés sur l'axe de la ligne de métro numéro 1.
Sur le site web de l'opération, les amateurs peuvent dès maintenant voter pour leur belle des champs préférées. On se dit qu'on participera au scrutin.
Mardi soir d'ailleurs, on en a déjà repéré une assez sympa, sur le parvis de l'église de Saint-Germain-des-Prés: une vache peule couleur miel, avec de longues cornes effilées, un collier tressé autour du cou, une médaille sur le front et de belles photos de femmes africaines collées sur les flancs. A voir la foule agglutinée autour d'elle et les éclairs des flashs des photographes incessants, les Germanopratins et les touristes ont d'ores et déjà adopté le sympathique ruminant.
B.DL.
10:05 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : Paris
26.04.2006
Un peintre
Cela faisait des années qu'on en entendait parler et qu'on tombait de temps en temps sur l'un ou l'autre de ses tableaux. On se disait qu'a priori, comme Pierre Soulages, Olivier Debré ou Nicolas de Staël, on allait beaucoup l'aimer. Mais, les années passant, on n'avait jamais vraiment eu/pris le temps d'approfondir l'artiste et d'y succomber. Et puis, la découverte ces derniers jours d'un de ses plus fameux "Opus" sur les panneaux d'affichage et les placards publicitaires des autobus parisiens nous a décidé: Gérard Schneider, cette fois, on n'allait plus passer à côté.
Ce grand peintre franco-suisse (1896-1986) a été très justement choisi par les responsables du Musée du Luxembourg pour illustrer l'exposition intitulée "L'Envolée lyrique-Paris 1945/1956", qui se tient à partir de ce mercredi et jusqu'au 6 août au Palais du Luxembourg. Avec un "Ciel" sublime signé de Staël et deux Poliakoff épatants, les trois huiles de ce pionnier de l'abstraction dite chaude, par opposition à l'abstraction géométrique, constituent sans nul doute le clou de l'exposition.
Schneider, a écrit le grand historien de l'art Michel Ragon, c'est "une force tumultueuse, un ouragan, un concert endiablé qui rappelle tantôt 'La Symphonie fantastique' de Berlioz, tantôt 'Le Jugement dernier' de Michel-Ange". Ses tableaux dégagent une puissance tellement fulgurante qu'à leur vue, on en a oublié les 1000 bruits parasites, frôlements, réflexions un peu idiotes et autres gloussements mondains de tout bon vernissage parisien. C'est dire.
B.DL.
10:10 Publié dans Dans la peau | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Paris
25.04.2006
Une fausse alerte
Comme en mars, aux pires moments des saccages nocturnes et autres courses-poursuites entre CRS et casseurs après les grandes manifestations anti-CPE, comme en novembre, pendant la flambée des banlieues, lorsque les forces de l'ordre, sur les dents, patrouillaient sans relâche dans toute la ville jusque tard dans la nuit, la soirée d'hier, dans le centre de Paris, a tourné au concert assourdissant et interminable de sirènes.
Après un moment, un peu inquiet tout de même à l'écoute d'un tel tintamarre, on a allumé la radio. Ce n'était pas un attentat. Ni même le baroud d'honneur de la poignée d'irréductibles Sorbonnards qui, au même instant, mettait à sac quelques magasins du quartier des Halles. Ce raffut était simplement causé par... l'orage foudroyant -- c'est le cas de le dire -- qui, depuis le début de la soirée, tourmentait le ciel de la région parisienne.
Les éléments étaient tellement déchaînés qu'ils ont affolé les pompiers pendant de longues heures, et nécessité des centaines d'interventions pour des caves inondées.
Vus confortablement, à l'abri d'un deuxième étage, les torrents d'eau qui dévalaient sur les toits de zinc de Paris, pour le coup impeccablement polis, avaient quelque chose de doublement rassurant. D'abord, ce n'était que Dame nature qui faisait son oeuvre. Ensuite, c'était le signe que l'été enfin arrivait.
B.DL.
10:30 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Paris
24.04.2006
Une rentrée
Place de la Sorbonne, vers 8h30 ce matin: les premiers attroupements d'étudiants, sous l'oeil vigilant de quelques dizaines de gendarmes disséminés dans tout le Quartier latin. La célèbre université parisienne rouvre ses portes aujourd'hui, après un mois et demi de fermeture due au conflit du Contrat première embauche puis aux vacances.
La place porte encore les stigmates des combats du mois de mars. Des panneaux de bois recouvrent les vitrines de la grande librairie qui donne sur le boulevard Saint-Michel. Sur les rebords de marbre de la fontaine, des tags: "Vive la Sorbonne libre!", "Soyez mûrs: laissez vous tomber dans la révolution avec délices", "Ne restez pas assis. Dé-racinez vous". L'un ou l'autre autocollant aussi, réclamant "Le pouvoir au peuple!"
Les partisans de la poursuite du blocage distribuent, sans énormément de succès, leurs tracts aux dizaines d'étudiants qui s'engouffrent dans l'établissement. Un peu dépités, ils s'assoeint par terre, refont le monde malgré l'heure si matinale, exigent "l'amnistie" des camarades condamnés dans le cadre du conflit, déploient sur la place une grande banderole contre "la répression des mouvements sociaux".
Un cycliste déboule du boulevard, aperçoit la banderole, hésite un instant à la contourner, puis, sans crier gare, lui roule dessus, sourire en coin. Un étudiant rigole, un autre lève les yeux au ciel, un troisième s'énerve, son voisin le calme: "Bah, laisse le s'exprimer".
B.DL.
10:36 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
21.04.2006
«Un traitement différent»
Le ministre de l'Intérieur, Nicolas Sarkozy, reçoit ce matin place Beauvau la famille de Chaïb Zehaf. Début mars à Oullins, en banlieue lyonnaise, ce jeune père de famille parfaitement intégré et sans histoires avait été froidement abattu de trois balles tirées à bout portant par un homme ivre et armé, sorti d’un bar.
Ses proches ne décolèrent pas contre la non-prise en compte par la justice de la circonstance aggravante de racisme dans cette affaire. Pourtant, selon un témoin, quelques secondes avant le drame, un des deux hommes accompagnant le tireur avait crié : «On va les niquer ces Arabes!». Du coup, le «Collectif pour la Vérité sur l’Assassinat de Chaïb Zehaf» et la famille de la victime dénoncent «une enquête rapide et bâclée».
Ils trouvent aussi «choquant» le silence -- assourdissant, il est vrai -- des médias et de la classe politique sur cette affaire. Et s'interrogent. «Pourquoi ce silence d’Etat à propos d’un crime qui touche pourtant un enfant de la République? Pourquoi une absence de mobilisation des élus de droite et de gauche pour dénoncer le retour en force de la xénophobie meurtrière?» Un proche de la victime s'indigne: «On veut nous faire croire que c'est un meurtre banal. Qu'un Arabe qui se fait flinguer dans la rue, c'est encore une histoire de violence urbaine. Que le racisme ordinaire de quelques beaufs, c'est pas vraiment du racisme».
Le collectif a reçu le soutien de nombreuses associations: de l'Union des étudiants juifs de France à SOS-Racisme en passant par le Mrap, pour qui ce drame «n'est pas un fait divers comme les autres». Et Kamel Kabtane, recteur de la mosquée de Lyon, d'évoquer même l'«affaire Ilan Halimi», du nom de ce jeune Juif parisien enlevé, torturé et assassiné à la même époque, dont le calvaire, lui, fit grand bruit: «En France, il n'y a pas une justice égale pour tous. Sans faire de parallèle avec Ilan, on peut dire qu'il y a un traitement différent».
B.DL.
09:40 Publié dans Dans le viseur | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : journalisme
20.04.2006
Une plaie
C'est un fléau qui frappe toutes les grandes villes, et Paris n'y échappe donc pas. Elle est d'autant plus concernée par le problème qu'avec quelque 2,2 millions d'habitants entassés sur un territoire limité à 105 km2, elle fait partie des capitales les plus densément peuplées d'Europe.
L'"Opération générale de dératisation" menée chaque année par la préfecture de police vient de commencer, comme chaque année à pareille époque. Elle durera jusqu'au 20 juin. Pendant cette période, les propriétaires, gérants ou syndics d'immeubles d'habitation ou de terrains non bâtis ainsi que les locataires d'immeubles à usage d'habitation, de commerces ou d'industries sont "tenus de prendre toutes mesures nécessaires en vue d'assurer la destruction des rats et des souris". Fin juin, la préfecture effectuera des contrôles et, en cas d'infraction, dressera procès-verbal. "En cas de non exécution, les travaux seront imposés aux responsables", prévient-elle déjà.
A Paris, les rats ne constituent pas un mince problème. On estime que, pour chaque habitant, il faut compter au minimum un à deux rats. Ce qui porte à plusieurs millions le nombre de ces rongeurs présents dans la capitale. On en a d'ailleurs déjà croisé plusieurs fois, le soir. En pleine rue: slalommant entre les piétons, surgissant des poubelles, se jetant férocement à l'assaut de détritus laissés dans les parcs, s'acharnant sur des cadavres de pigeons écrasés, se faufilant à toute vitesse le long des trottoirs.
A la radio, un dératiseur jubile. "Ils ne sortent que quand il n'y a pas de mouvement, pas de lumière, pas de bruit. Mais il y en a partout! On en tue tous les jours! Dans les pavillons, dans les appartements en rez-de-chaussée comme aux étages, dans les restaurants, dans les magasins, dans les caves, sur les chantiers: vous n'imaginez pas combien il y en a! Certains travaux de rénovation de stations de métro doivent même parfois être interrompus pour ne pas perturber des nids à rats et risquer de voir leurs occupants s'éparpiller par milliers dans tout le quartier".
Bienvenue à Paris.
B.DL.
09:15 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Paris
19.04.2006
Un triple échec
Cet après-midi, la ministre déléguée à la Cohésion sociale, Catherine Vautrin, présente le bilan de l'hiver en matière d'aide aux plus démunis. On n'en retiendra qu'un chiffre, en forme de gifle. Cet hiver encore, une douzaine de SDF sont morts dans le pays, soit autant que l'an dernier. Le dernière de ces victimes est un homme d'origine asiatique retrouvé mort dimanche matin à deux pas d'ici, en plein coeur de Paris: sous le pont de Sully, dans le IVème arrondissement. Il a péri carbonisé dans l'incendie qui a ravagé son abri de fortune, causé manifestement par le fonctionnement défectueux d'un réchaud à alcool.
La ministre reviendra sans doute aussi sur l'initiative controversée prise par Médecins du monde au début de l'hiver, qui consistait à distribuer des tentes de camping aux SDF. Par cette opération, qu'elle espérait de courte durée, l'association voulait visibiliser la misère humaine sur la voie publique, et forcer citoyens et décideurs à réagir. Là aussi: c'est l'échec. Trois mois plus tard, les petites tentes igloo sont toujours là, elle se sont fondues dans l'environnement urbain, et plus personne ne les remarque.
Dans la foulée, on a commémoré ce week-end l'incendie il y a un an de l'"Hôtel Paris Opéra": le premier d'une série noire d'incendies d'hôtels de transit miteux qui, l'été dernier, coûta la vie à une cinquantaine de miséreux, dont de nombreux enfants en bas âge. A l'époque, réagissant à ces drames qui avaient épouvanté l'opinion, Dominique de Villepin avait promis de réaliser 5.000 logements d'urgence et d'insertion d'ici à la fin du premier trimestre 2006. On l'a lu récemment: au 31 mars dernier, pas un seul de ces 5.000 logements -- pas un seul -- n'était encore sorti de terre.
B.DL.
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18.04.2006
Une absence
Retour d'un long week-end. Et ce mardi matin, pour le troisième jour d'affilée, il n'y a toujours pas de "France Soir" dans les kiosques.
Le libraire du coin l'assure: "Ses lecteurs se tournent vers "Le Parisien". Ou me disent qu'ils ne liront plus que des gratuits. Je n'ai que deux, trois petits vieux qui rouspètent et que cela a l'air de gêner, parce qu'ils achetaient "France Soir" pour le turf. Mais à part eux, franchement, tout le monde a l'air de s'en foutre de ce canard. Même le numéro spécial qu'ils ont sorti, l'autre jour, pour protester contre la désignation des nouveaux repreneurs, n'a pas marché: je n'en ai vendu que la moitié".
A la belle époque de "France Soir", lorsque, dans les années 50-60, il s'en vendait plus d'un million d'exemplaires par jour, son patron historique, Pierre Lazareff, réclamait "Du sang à la Une" à ses journalistes. Là, le quotidien se dirige tout droit vers une hémorragie sociale, mais n'a même plus de Une pour le raconter.
B.DL.
10:18 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : journalisme
14.04.2006
Un cliché
On le lit dans le dernier exemplaire de la newsletter du très sérieux institut de sondages IFOP, trouvé dans la boîte mail ce matin. Ce sont les résultats d'une enquête d'opinion qu'on avait loupée lorsqu'elle était parue dans "Zurban". D'accord, c'est un peu léger. Mais, après tout, c'est cela aussi la vie à Paris. Et dans la capitale du pays du "French kiss", ce n'est sans doute pas anodin. Enfin, en cette veille de long week-end paresseux, cela tombe plutôt bien.
C'est un sondage qui porte sur "Le sexe à Paris : tout ce que vous avez toujours voulu savoir… sans jamais oser le demander!" Ouh, le titre...
On reproduit texto le communiqué. "Dessus (46%) ou plutôt dessous (54%), c’est de toute façon couchés (86%) que les Parisiens préfèrent faire l’amour. Ils sont aujourd’hui épanouis (83%), libérés (83%) et aiment prendre des initiatives (78%). Cependant, les immeubles parisiens se prêtent plus à la participation sonore aux ébats amoureux du voisinage (56%) qu’au fantasme de la concierge (2%). Et ce sont les Champs-Elysées qui représentent l’endroit rêvé pour faire l’amour… à la condition d’y circuler dans une limousine aux vitres teintées (61%)! "
Aux Champs-Elysées donc, dans une limousine aux vitres teintées. Hum, on est un peu déçu: on imaginait nos chers Parisiens un peu plus originaux. Mais on est ravi qu'ils soient épanouis.
B.DL.
09:35 Publié dans Dans le vent | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : Paris



