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28/04/2006

Un bon début

Les Parisiens, comme tous les Français, expériment en ce moment la dernière «révolution industrielle» -- dixit le ministre délégué au Budget, Jean-François Copé -- concoctée par le ministère des Finances: la déclaration de revenus pré-remplie par l'administration. Pour ce faire, l'Etat se targue d'avoir accompli un «énorme travail de collecte et de gestion des données»: «la déclaration pré-remplie, ce ne sont pas moins de 94 millions d’informations à traiter !», s'était enthousiasmé Jean-François Copé l'autre jour.
Mais manifestement, ce travail n'a pas toujours été très bien fait. Témoin, cette anecdote racontée par «La Voix du Nord» ce matin. Un couple habitant le Pas-de-Calais (lui employé sur les car-ferries de SeaFrance, elle clerc de notaire) a constaté cette semaine une erreur de ... sept millions d'euros sur sa déclaration. Ses revenus annuels, tournant autour de 45.000 euros, avaient été évalués par Bercy à 7.886.002 euros.
Le même jour, Jean-François Copé était l’invité des «Quatre Vérités», sur France 2. «Est-ce qu’il peut y avoir des erreurs dans les déclarations pré-remplies?», lui demandait la journaliste Catherine Laborde. Réponse: «Il ne peut pas y avoir d’erreurs, seulement quelques petites différences...»
Promis: on y regardera à deux fois.
B.DL.

27/04/2006

Une idée vachement bien

On en avait tellement entendu parler quand elles avaient fait l'événement à Bruxelles. Et, depuis, on regrettait tellement de n'avoir, à l'époque, pas trouvé le temps de sauter dans un Thalys pour aller les admirer. Et voilà qu'elles viennent jusqu'à nous, et s'installent même sur la plus belle avenue du monde notamment. On est ravi.
Elles? Des vaches multicolores en fibre de verre et en résine, au nombre de 150, relookées et customisées par des artistes et des stylistes. Après Bruxelles, Londres, New York, Dublin ou Moscou, la "Cow Parade" -- rebatisée "Vach'art" pour l'occasion -- débarque ce jeudi à Paris. Pendant trois semaines, avant d'aller vagabonder sur le parvis de la Défense à partir de la mi-juin, les aimables quadrupèdes envahiront pacifiquement les Champs-Elysées ainsi que, jusqu'à Bastille, plusieurs endroits stratégiques de la capitale situés sur l'axe de la ligne de métro numéro 1.
Sur le site web de l'opération, les amateurs peuvent dès maintenant voter pour leur belle des champs préférées. On se dit qu'on participera au scrutin.
Mardi soir d'ailleurs, on en a déjà repéré une assez sympa, sur le parvis de l'église de Saint-Germain-des-Prés: une vache peule couleur miel, avec de longues cornes effilées, un collier tressé autour du cou, une médaille sur le front et de belles photos de femmes africaines collées sur les flancs. A voir la foule agglutinée autour d'elle et les éclairs des flashs des photographes incessants, les Germanopratins et les touristes ont d'ores et déjà adopté le sympathique ruminant.
B.DL.

10:05 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : Paris

26/04/2006

Un peintre

medium_envolee_presentation.jpgCela faisait des années qu'on en entendait parler et qu'on tombait de temps en temps sur l'un ou l'autre de ses tableaux. On se disait qu'a priori, comme Pierre Soulages, Olivier Debré ou Nicolas de Staël, on allait beaucoup l'aimer. Mais, les années passant, on n'avait jamais vraiment eu/pris le temps d'approfondir l'artiste et d'y succomber. Et puis, la découverte ces derniers jours d'un de ses plus fameux "Opus" sur les panneaux d'affichage et les placards publicitaires des autobus parisiens nous a décidé: Gérard Schneider, cette fois, on n'allait plus passer à côté.
Ce grand peintre franco-suisse (1896-1986) a été très justement choisi par les responsables du Musée du Luxembourg pour illustrer l'exposition intitulée "L'Envolée lyrique-Paris 1945/1956", qui se tient à partir de ce mercredi et jusqu'au 6 août au Palais du Luxembourg. Avec un "Ciel" sublime signé de Staël et deux Poliakoff épatants, les trois huiles de ce pionnier de l'abstraction dite chaude, par opposition à l'abstraction géométrique, constituent sans nul doute le clou de l'exposition.
Schneider, a écrit le grand historien de l'art Michel Ragon, c'est "une force tumultueuse, un ouragan, un concert endiablé qui rappelle tantôt 'La Symphonie fantastique' de Berlioz, tantôt 'Le Jugement dernier' de Michel-Ange". Ses tableaux dégagent une puissance tellement fulgurante qu'à leur vue, on en a oublié les 1000 bruits parasites, frôlements, réflexions un peu idiotes et autres gloussements mondains de tout bon vernissage parisien. C'est dire.
B.DL.

10:10 Publié dans Dans la peau | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : Paris

25/04/2006

Une fausse alerte

Comme en mars, aux pires moments des saccages nocturnes et autres courses-poursuites entre CRS et casseurs après les grandes manifestations anti-CPE, comme en novembre, pendant la flambée des banlieues, lorsque les forces de l'ordre, sur les dents, patrouillaient sans relâche dans toute la ville jusque tard dans la nuit, la soirée d'hier, dans le centre de Paris, a tourné au concert assourdissant et interminable de sirènes.
Après un moment, un peu inquiet tout de même à l'écoute d'un tel tintamarre, on a allumé la radio. Ce n'était pas un attentat. Ni même le baroud d'honneur de la poignée d'irréductibles Sorbonnards qui, au même instant, mettait à sac quelques magasins du quartier des Halles. Ce raffut était simplement causé par... l'orage foudroyant -- c'est le cas de le dire -- qui, depuis le début de la soirée, tourmentait le ciel de la région parisienne.
Les éléments étaient tellement déchaînés qu'ils ont affolé les pompiers pendant de longues heures, et nécessité des centaines d'interventions pour des caves inondées.
Vus confortablement, à l'abri d'un deuxième étage, les torrents d'eau qui dévalaient sur les toits de zinc de Paris, pour le coup impeccablement polis, avaient quelque chose de doublement rassurant. D'abord, ce n'était que Dame nature qui faisait son oeuvre. Ensuite, c'était le signe que l'été enfin arrivait.
B.DL.

10:30 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : Paris

24/04/2006

Une rentrée

Place de la Sorbonne, vers 8h30 ce matin: les premiers attroupements d'étudiants, sous l'oeil vigilant de quelques dizaines de gendarmes disséminés dans tout le Quartier latin. La célèbre université parisienne rouvre ses portes aujourd'hui, après un mois et demi de fermeture due au conflit du Contrat première embauche puis aux vacances.
La place porte encore les stigmates des combats du mois de mars. Des panneaux de bois recouvrent les vitrines de la grande librairie qui donne sur le boulevard Saint-Michel. Sur les rebords de marbre de la fontaine, des tags: "Vive la Sorbonne libre!", "Soyez mûrs: laissez vous tomber dans la révolution avec délices", "Ne restez pas assis. Dé-racinez vous". L'un ou l'autre autocollant aussi, réclamant "Le pouvoir au peuple!"
Les partisans de la poursuite du blocage distribuent, sans énormément de succès, leurs tracts aux dizaines d'étudiants qui s'engouffrent dans l'établissement. Un peu dépités, ils s'assoeint par terre, refont le monde malgré l'heure si matinale, exigent "l'amnistie" des camarades condamnés dans le cadre du conflit, déploient sur la place une grande banderole contre "la répression des mouvements sociaux".
Un cycliste déboule du boulevard, aperçoit la banderole, hésite un instant à la contourner, puis, sans crier gare, lui roule dessus, sourire en coin. Un étudiant rigole, un autre lève les yeux au ciel, un troisième s'énerve, son voisin le calme: "Bah, laisse le s'exprimer".
B.DL.

21/04/2006

«Un traitement différent»

Le ministre de l'Intérieur, Nicolas Sarkozy, reçoit ce matin place Beauvau la famille de Chaïb Zehaf. Début mars à Oullins, en banlieue lyonnaise, ce jeune père de famille parfaitement intégré et sans histoires avait été froidement abattu de trois balles tirées à bout portant par un homme ivre et armé, sorti d’un bar.
Ses proches ne décolèrent pas contre la non-prise en compte par la justice de la circonstance aggravante de racisme dans cette affaire. Pourtant, selon un témoin, quelques secondes avant le drame, un des deux hommes accompagnant le tireur avait crié : «On va les niquer ces Arabes!». Du coup, le «Collectif pour la Vérité sur l’Assassinat de Chaïb Zehaf» et la famille de la victime dénoncent «une enquête rapide et bâclée».
Ils trouvent aussi «choquant» le silence -- assourdissant, il est vrai -- des médias et de la classe politique sur cette affaire. Et s'interrogent. «Pourquoi ce silence d’Etat à propos d’un crime qui touche pourtant un enfant de la République? Pourquoi une absence de mobilisation des élus de droite et de gauche pour dénoncer le retour en force de la xénophobie meurtrière?» Un proche de la victime s'indigne: «On veut nous faire croire que c'est un meurtre banal. Qu'un Arabe qui se fait flinguer dans la rue, c'est encore une histoire de violence urbaine. Que le racisme ordinaire de quelques beaufs, c'est pas vraiment du racisme».
Le collectif a reçu le soutien de nombreuses associations: de l'Union des étudiants juifs de France à SOS-Racisme en passant par le Mrap, pour qui ce drame «n'est pas un fait divers comme les autres». Et Kamel Kabtane, recteur de la mosquée de Lyon, d'évoquer même l'«affaire Ilan Halimi», du nom de ce jeune Juif parisien enlevé, torturé et assassiné à la même époque, dont le calvaire, lui, fit grand bruit: «En France, il n'y a pas une justice égale pour tous. Sans faire de parallèle avec Ilan, on peut dire qu'il y a un traitement différent».
B.DL.

09:40 Publié dans Dans le viseur | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : journalisme

20/04/2006

Une plaie

C'est un fléau qui frappe toutes les grandes villes, et Paris n'y échappe donc pas. Elle est d'autant plus concernée par le problème qu'avec quelque 2,2 millions d'habitants entassés sur un territoire limité à 105 km2, elle fait partie des capitales les plus densément peuplées d'Europe.
L'"Opération générale de dératisation" menée chaque année par la préfecture de police vient de commencer, comme chaque année à pareille époque. Elle durera jusqu'au 20 juin. Pendant cette période, les propriétaires, gérants ou syndics d'immeubles d'habitation ou de terrains non bâtis ainsi que les locataires d'immeubles à usage d'habitation, de commerces ou d'industries sont "tenus de prendre toutes mesures nécessaires en vue d'assurer la destruction des rats et des souris". Fin juin, la préfecture effectuera des contrôles et, en cas d'infraction, dressera procès-verbal. "En cas de non exécution, les travaux seront imposés aux responsables", prévient-elle déjà.
A Paris, les rats ne constituent pas un mince problème. On estime que, pour chaque habitant, il faut compter au minimum un à deux rats. Ce qui porte à plusieurs millions le nombre de ces rongeurs présents dans la capitale. On en a d'ailleurs déjà croisé plusieurs fois, le soir. En pleine rue: slalommant entre les piétons, surgissant des poubelles, se jetant férocement à l'assaut de détritus laissés dans les parcs, s'acharnant sur des cadavres de pigeons écrasés, se faufilant à toute vitesse le long des trottoirs.
A la radio, un dératiseur jubile. "Ils ne sortent que quand il n'y a pas de mouvement, pas de lumière, pas de bruit. Mais il y en a partout! On en tue tous les jours! Dans les pavillons, dans les appartements en rez-de-chaussée comme aux étages, dans les restaurants, dans les magasins, dans les caves, sur les chantiers: vous n'imaginez pas combien il y en a! Certains travaux de rénovation de stations de métro doivent même parfois être interrompus pour ne pas perturber des nids à rats et risquer de voir leurs occupants s'éparpiller par milliers dans tout le quartier".
Bienvenue à Paris.
B.DL.

09:15 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : Paris

19/04/2006

Un triple échec

Cet après-midi, la ministre déléguée à la Cohésion sociale, Catherine Vautrin, présente le bilan de l'hiver en matière d'aide aux plus démunis. On n'en retiendra qu'un chiffre, en forme de gifle. Cet hiver encore, une douzaine de SDF sont morts dans le pays, soit autant que l'an dernier. Le dernière de ces victimes est un homme d'origine asiatique retrouvé mort dimanche matin à deux pas d'ici, en plein coeur de Paris: sous le pont de Sully, dans le IVème arrondissement. Il a péri carbonisé dans l'incendie qui a ravagé son abri de fortune, causé manifestement par le fonctionnement défectueux d'un réchaud à alcool.
La ministre reviendra sans doute aussi sur l'initiative controversée prise par Médecins du monde au début de l'hiver, qui consistait à distribuer des tentes de camping aux SDF. Par cette opération, qu'elle espérait de courte durée, l'association voulait visibiliser la misère humaine sur la voie publique, et forcer citoyens et décideurs à réagir. Là aussi: c'est l'échec. Trois mois plus tard, les petites tentes igloo sont toujours là, elle se sont fondues dans l'environnement urbain, et plus personne ne les remarque.
Dans la foulée, on a commémoré ce week-end l'incendie il y a un an de l'"Hôtel Paris Opéra": le premier d'une série noire d'incendies d'hôtels de transit miteux qui, l'été dernier, coûta la vie à une cinquantaine de miséreux, dont de nombreux enfants en bas âge. A l'époque, réagissant à ces drames qui avaient épouvanté l'opinion, Dominique de Villepin avait promis de réaliser 5.000 logements d'urgence et d'insertion d'ici à la fin du premier trimestre 2006. On l'a lu récemment: au 31 mars dernier, pas un seul de ces 5.000 logements -- pas un seul -- n'était encore sorti de terre.
B.DL.

10:15 Publié dans Dans le viseur | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : Actualités

18/04/2006

Une absence

Retour d'un long week-end. Et ce mardi matin, pour le troisième jour d'affilée, il n'y a toujours pas de "France Soir" dans les kiosques.
Le libraire du coin l'assure: "Ses lecteurs se tournent vers "Le Parisien". Ou me disent qu'ils ne liront plus que des gratuits. Je n'ai que deux, trois petits vieux qui rouspètent et que cela a l'air de gêner, parce qu'ils achetaient "France Soir" pour le turf. Mais à part eux, franchement, tout le monde a l'air de s'en foutre de ce canard. Même le numéro spécial qu'ils ont sorti, l'autre jour, pour protester contre la désignation des nouveaux repreneurs, n'a pas marché: je n'en ai vendu que la moitié".
A la belle époque de "France Soir", lorsque, dans les années 50-60, il s'en vendait plus d'un million d'exemplaires par jour, son patron historique, Pierre Lazareff, réclamait "Du sang à la Une" à ses journalistes. Là, le quotidien se dirige tout droit vers une hémorragie sociale, mais n'a même plus de Une pour le raconter.
B.DL.

10:18 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : journalisme

14/04/2006

Un cliché

On le lit dans le dernier exemplaire de la newsletter du très sérieux institut de sondages IFOP, trouvé dans la boîte mail ce matin. Ce sont les résultats d'une enquête d'opinion qu'on avait loupée lorsqu'elle était parue dans "Zurban". D'accord, c'est un peu léger. Mais, après tout, c'est cela aussi la vie à Paris. Et dans la capitale du pays du "French kiss", ce n'est sans doute pas anodin. Enfin, en cette veille de long week-end paresseux, cela tombe plutôt bien.
C'est un sondage qui porte sur "Le sexe à Paris : tout ce que vous avez toujours voulu savoir… sans jamais oser le demander!" Ouh, le titre...
On reproduit texto le communiqué. "Dessus (46%) ou plutôt dessous (54%), c’est de toute façon couchés (86%) que les Parisiens préfèrent faire l’amour. Ils sont aujourd’hui épanouis (83%), libérés (83%) et aiment prendre des initiatives (78%). Cependant, les immeubles parisiens se prêtent plus à la participation sonore aux ébats amoureux du voisinage (56%) qu’au fantasme de la concierge (2%). Et ce sont les Champs-Elysées qui représentent l’endroit rêvé pour faire l’amour… à la condition d’y circuler dans une limousine aux vitres teintées (61%)! "
Aux Champs-Elysées donc, dans une limousine aux vitres teintées. Hum, on est un peu déçu: on imaginait nos chers Parisiens un peu plus originaux. Mais on est ravi qu'ils soient épanouis.
B.DL.

09:35 Publié dans Dans le vent | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : Paris

13/04/2006

Une sauvagerie permanente

A Paris comme dans toute la France, ce jeudi est la "Journée nationale de la courtoisie au volant". Elle ne sera pas un luxe. Plus de six Français sur dix - record européen - jugent que, dans ce pays, les conducteurs sont agressifs envers les autres usagers de la route. Et 91 pc de la population dit éprouver des difficultés à traverser la rue sur les passages piétons.
A Paris plus spécialement, cette Journée est la bienvenue. En effet, et les statistiques officielles de la sécurité routière le confirment chaque année: les rues de la capitale sont le théâtre d'une véritable hécatombe. La situation s'aggrave même d'une année à l'autre, au point de devenir réellement préoccupante pour les usagers dit faibles de la route: piétons, enfants, cyclistes, motocyclistes. Avec une hausse de 24% ces cinq dernières années, Paris fait même partie des dix départements du pays où le risque d'accidentologie routière s'est dégradé de plus de 20%.
De grâce donc: ce jeudi à Paris, on arrête la sauvagerie du rodéo automobile permanent. Allez, ne fût-ce qu'un jour: moins de tôle froissée, moins de drames et moins de morts. Moins d'insultes aussi, moins de doigts d'honneur, moins d'excès de vitesse, moins de queues de poisson, moins de stationnements sur les trottoirs, moins de vélos frôlés de trop près, moins de téléphone au volant, etc.
Et, puisque l'on peut tout demander aujourd'hui si on le fait courtoisement: moins de coups de claxon sur le boulevard Richard-Lenoir, sous les fenêtres des bureaux parisiens de "La Libre". Rêvons un peu.
B.DL.

10:25 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : Paris

12/04/2006

Une "Télé Mobutu?"

«Plusieurs syndicats de France Télévisions jugent que la présentation des journaux par votre épouse, Béatrice Schönberg, pose des problèmes. Ils disent qu'elle met la rédaction de France 2 en porte à faux. Quelle est votre réaction, Jean-Louis Borloo?» Interrogé par Jean-Michel Apathie sur RTL mardi matin, le ministre de l’Emploi, de la Cohésion sociale et du Logement a préféré éluder: «Je ne veux pas m'exprimer sur ce point. Chacun a son intégrité professionnelle pour lui et je ne ferai, donc, aucun commentaire.»
Les auditeurs de RTL ont pu ensuite lire sur le blog d’Apathie: «Sitôt les micros coupés, il m'a fait connaître son désaccord, me laissant libre de mes questions (…) mais manifestant sa colère d'avoir posé celle là qui, selon lui, ne présente aucune légitimité. (…) Il ne s'agit pas ici de rechercher l'esclandre ou le scandale. Simplement, ce thème existant en toile de fond des choses, certainement pas déterminant mais pas non plus sans intérêt à un moment où l'on parle beaucoup de l'indépendance des médias et de leur soumission aux décideurs, il me semblait utile, professionnellement, de s'en faire l'écho.»
Ce débat autour de la présence au 20 heures d’une grande chaîne de service public de l’épouse d’un ministre directement concerné par l’actu chaude a ressurgi à l’occasion de la crise du CPE. Si les syndicats FO et CFTC dénoncent «un procès d’intention», la SDJ s’est entretenue avec la journaliste le 6 avril et la SNJ et la CGT ont renouvelé leurs questions à la direction sur ce thème. La direction de l’information de France 2 a renouvelé sa confiance envers la présentatrice, précisant qu’elle «n’est pas responsable de son journal et ne décide pas de son contenu : il y a un rédacteur en chef pour cela». Un ancien délégué du personnel, pour sa part, confie en privé: «Nous avions déjà soulevé le problème il y a trois ans. On nous avait répondu: «On fera en sorte que le week-end, il n’y ait pas d’actu avec Mr Borloo». Pour moi, cette collusion entre le rôle de présentatrice et celui de femme de ministre est absurde. C’est Télé Mobutu!».
Rappelons qu’Anne Sinclair avait abandonné la présentation de l'émission politique «7 sur 7» en 1997, au moment de l’accession de son mari Dominique Strauss-Kahn au poste de ministre de l’Economie et des Finances. Elle était alors sur TF1. Service public/secteur privé: deux poids, deux mesures?
C.G.

11/04/2006

Une bonne idée?

Peut-être est-il là depuis longtemps. Peut-être en trouve-t-on dans d'autres villes du monde. Mais, on l'avoue, on ne l'a découvert qu'aujourd'hui, et on a été un peu interloqué.
C'était à la station de métro Bastille ce matin: dans le petit hall situé aux pieds des escaliers conduisant aux quais de la ligne 1 et à cette vue si sympa sur le port de plaisance. Une fringale intempestive nous avait sournoisement conduit vers les distributeurs automatiques de friandises (trop grasses), de boissons (trop sucrées) et -- ravissement -- de fruits frais et de produits laitiers. A deux pas, à côté du Photomaton, trônait un distributeur de couleur jaune: un distributeur... de livres. "Le livre à toute heure", annonçait-il fièrement. Et à prix sacrifiés, qui plus est: 2 euros le bouquin.
A première vue, on s'est dit que, finalement, pourquoi pas, si cela permettait aux usagers des transports en commun de lire autre chose que tous ces magazines idiots qui encombrent les kiosques. On a tout de même un peu fait la grimace en voyant les livres proposés. Pas terrible: du Sudoku, des plans de Paris, des dictionnaires sommaires, des essais bas de gamme ("Les 25 mots clés de la psychologie et de la psychanalyse", "Médecine d'antan et pharmacies d'aujourd'hui", "501 trucs et astuces de ma grand-mère", etc.), et, tout de même, "Pêcheur d'Islande" de Loti et "Les infortunes de la vertu" de Sade.
On s'est demandé alors ce qu'en penserait notre cher libraire de quartier, dont les conseils sont si avisés mais qui, depuis des années, n'en peut plus face à la concurrence des grandes surfaces vendant des livres. Avait-il vraiment besoin de cela?
B.DL.

10:20 Publié dans Dans le vent | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : Actualités

10/04/2006

Une certaine hypocrisie

On croyait dormir encore ce matin, ou faire un mauvais rêve éveillé, à l’écoute du duo radiophonique un peu surréaliste qui officiait vers 8h30 sur Europe 1. Au moment même donc où, à l’Elysée, Jacques Chirac et Dominique de Villepin étaient en train de peaufiner les derniers arbitrages et artifices de communication d’une journée qui consacrera l’abandon de facto du fameux Contrat première embauche (CPE).
D’un côté, Georges Tron: député villepinien pur sucre. De l’autre, son collègue Dominique Paillé, porte-flingue attitré de Nicolas Sarkozy. Le premier soutenait mordicus que, non, le «remplacement» du CPE ne constituait ni une reculade, ni un affront pour Matignon, et encore moins une capitulation en rase campagne pour le si Napoléonien Villepin. Le second, tout triomphalisme rentré, assurait que l’UMP dans son ensemble, et sans le moindre état d’âme, assumait «collectivement» cette sortie de crise et portait sa part de responsabilité dans le fait de n’avoir pas rapidement «corrigé l’erreur de méthode» commise depuis deux mois dans la gestion de ce dossier. Et le lieutenant du grand patron de l’UMP d’en conclure que, finalement, ce n’était jamais «un échec» d’ «écouter la population, même un peu tardivement».
Après tant d’amabilités, Georges Tron déduisait que Dominique de Villepin conservait toutes ses chances pour 2007. Dominique Paillé espérait tout de même que l’aventure du CPE conduirait le chef du gouvernement à «infléchir son comportement».
Qu’en termes choisis tout cela était donc dit. Le sommet était atteint une heure et quelque plus tard, lorsque l'Elysée faisait officiellement savoir que c'était «sur proposition du Premier ministre» que le CPE serait remplacé.
C'était parti pour une journée qui, hum, décidément, allait être très très langue de bois.
B.DL.

09:15 Publié dans Dans le viseur | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : Actualités

07/04/2006

Un petit coup de fatigue

Les Parisiens (enfin, pas tous) sont en vacances à partir de ce vendredi soir. Le quotidien «Le Parisien» y consacre sa Une ce matin. Parce que ce genre de sujets très grand public se vend généralement bien, comme les sempiternels numéros spéciaux que les newsmagazines nous servent invariablement tous les trois mois sur les salaires, les prix de l’immobilier, le lobby des francs-maçons ou les vins ? Sans doute.
Mais le quotidien populaire justifie ce choix rédactionnel par une constatation alarmante: jamais, d’après lui, les Français n’ont été aussi «exténués».
Ah bon? Ils sont fatigués comme à l’issue de chaque trimestre et de chaque hiver? Non, non, assure le journal: cet hiver a été plus pénible que les autres, ce qui explique ce gros coup de fatigue.
Trois facteurs sont très sérieusement avancés. L’hiver, cette année, a été particulièrement long et rigoureux. Il y a aussi eu les épidémies de grippe et de gastroentérite, qui ont davantage frappé que les années précédentes. Enfin, il y a eu… cette interminable crise du Contrat première embauche, qui, en près de trois mois, a fait descendre des millions de Français dans la rue. Ce qui, d’après «Le Parisien», a soumis la population à «un stress social intense», l’a plongée «dans un climat anxiogène» et la menace d'une véritable «hypocrondrie médiatique».
On se sentait bien un peu fatigué ce matin. Mais là, tout d’un coup, on avait illico envie de retourner se coucher.
B.DL.

08:35 Publié dans Dans les coulisses | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : Paris

06/04/2006

Un regard un peu las

On faisait la queue ce matin à Matignon. Les journalistes faisaient la queue, pour entrer à la conférence de presse mensuelle du Premier ministre. Les cars de CRS aussi s'alignaient à la queue leu leu, à l'entrée de rue de Varenne: on en a compté huit.
A l'intérieur, c'était l'ambiance des grands jours. Les confrères, tels de grands fauves dans une arène un peu mondaine, avaient visiblement envie de croquer du Premier ministre à pleines dents. L'intéressé s'en rendit compte immédiatement. Dès son entrée, plus que son costume noir (en signe de deuil du CPE?) et sa toute fraîche coupe de cheveux, on remarqua ses traits légèrement amaigris, son regard un peu las, ce plissement imperceptible des lèvres en lieu et place du sourire si enjôleur habituel.
Les journalistes n'avaient évidemment que deux mots à la bouche: abrogation et démission. Villepin les rabroua et les interrompit plusieurs fois, leur reprochant "de voir des problèmes là où il n'y en a pas", de "poser des questions qui n'ont pas lieu d'être", de feindre de ne l'avoir "pas compris", de lui faire dire ce qu'il n'avait "pas dit", bref de préférer aux faits les "rumeurs", les "spéculations" et les "fantaisies". Franz-Olivier Guisbert, auteur d'un best-seller dévastateur sur l'agonie de la chiraquie, fut même réprimandé pour s'être laissé emporter par son "imagination de romancier" et lui avoir prêté des propos "vulgaires", qu'il n'aurait jamais tenus.
La salle, en retour, ricana ostensiblement quand l'hôte de Matignon, un peu de mauvaise foi, assura qu'il n'avait jamais cessé de dialoguer avec les étudiants. Elle soupira lourdement quand la parole fut passée aux ministres Robien et Breton. "Voilà qu'il fait les questions et les réponses, maintenant!", s'exclama un confrère.
Au bout d'une heure, le maître des cérémonies mit un terme à l'exercice. Jamais le courant avec ses invités n'était vraiment passé. Il était midi. "Tu crois que c'est la dernière fois qu'on le voyait là?", se demandaient deux collègues un peu blasés, en train de prendre le soleil sur le perron de l'hôtel de Matignon.
B.DL.

Une invention magnifique

En ces périodes de haute tension politique, le moindre mot compte. Ce n’est pas Dominique de Villepin qui nous démentira, lui dont le sort à Matignon est peu ou prou lié à un mot (retrait, abrogation, suspension ou adaptation du CPE ?). Lui qui a d’ailleurs déjà joliment rebaptisé «période de consolidation» la période d’essai de deux ans au cours de laquelle le jeune peut être licencié sans explication par son patron.
Dans la foulée, Laurence Parisot -- qui est reçue ce matin au Palais du Luxembourg dans le cadre des consultations sur le futur CPE-bis – vient elle d’agrémenter la langue française d’un néologisme délicieux. Ainsi, la présidente du Medef, la principale organisation patronale, a purement et simplement balayé de son vocabulaire le mot «licenciement». En lieu et place, elle propose le concept de «séparabilité».
Dans «Le Figaro» hier, cela donnait ceci: «Réfléchissons aux motifs de rupture, à la période d’essai et plus généralement à ce que j’appellerais la séparabilité de l’entreprise et de l’employé».
Magnifique.
B.DL.

05/04/2006

Une mauvaise nouvelle?

Le chroniqueur financier avait sa voix des mauvais jours, à la radio ce matin. Un effondrement de la croissance? Une dégringolade du moral des cadres? Une OPA hostile sur un fleuron de l'industrie hexagonale? Non. Les derniers chiffres des notaires: ils consacrent "une décélération de la flambée de l'immobilier parisien", qui n'a crû que de 2,2 pc le trimestre dernier.
On n'est pas d'une nature exagérément rebelle, a fortiori au saut du lit. Et là, pour bien commencer la journée, on était même prêt à compatir aux angoisses du petit investisseur immobilier, c'est dire. On se demandait néanmoins si ladite chronique ne présentait pas l'info d'une manière un peu biaisée. Car bon, une hausse de 80 pc des prix du logement ancien en cinq ans et une croissance annoncée entre 7 et 10 pc ("seulement") en 2006, c'était correct comme rendement, se disait-on.
On se demandait alors si cette "décélération" suffirait à placer le logement à la portée du Parisien moyen. On en a eu la réponse sur le chemin du bureau, en jetant un oeil à la vitrine de l'agence immobilière du coin. Un studio de 18 m2 (vivre dans 18 m2...) vraiment moche, dans le quartier Voltaire, à vendre pour 110.000 euros. Un petit deux-pièces (franchement pas terrible) au Canal Saint-Martin: 350.000 euros. Une maison de ville à Charonne (très belle, c'est vrai: larges baies vitrées, déco design, soleil à tous les étages): 1,9 million d'euros. On se demandait alors combien il fallait gagner pour, dans cette ville, pouvoir décemment se loger.
B.DL.

04/04/2006

Une étude

Une nouvelle grande journée d'action nationale contre le Contrat première embauche (CPE) est donc organisée ce mardi. La cinquième en deux mois, si l'on compte bien.
Mais pourquoi toujours le mardi? Sans doute parce que le lundi, ce serait considéré comme un week-end prolongé. Parce que le mercredi, beaucoup d'employés sont en récupération pour s'occuper de leurs enfants en congé. Parce que le jeudi, il faut travailler pour rattraper le retard pris le mercredi. Et parce que le vendredi, l'après-midi tout au moins, depuis le passage aux 35 heures, il n'y a plus grand monde dans les bureaux, dans les services publics en tout cas.
C'est le moment que choisit OfficeTeam, une société d'intérim, pour publier les résultats d'une enquête sur les habitudes de travail, enquête menée auprès de 1.760 dirigeants d'entreprises de divers pays. Question posée: quel jour de la semaine est-on le plus productif? Pour les patrons belges, britanniques, irlandais ou australiens, la journée la plus propice à la productivité est le lundi. Mais pour les Français comme pour les Néo-Zélandais, les Allemands ou les Néerlandais, c'est... le mardi.
Les Français font donc grève et manifestent le jour où ils sont les plus performants.
B.DL.

03/04/2006

Une indifférence

Les médias en ont à peine parlé ce week-end. A peine: quelques lignes en bas de page d’un journal, quelques secondes dans un flash d’info radio.
Dans la nuit de samedi à dimanche, un incendie dans un hôtel miteux d’un quartier populaire du nord de Paris a tourné au drame. Un homme est décédé par suffocation, un autre a été grièvement blessé au visage, d’autres ont été intoxiqués. L’hôtel avait fait l’objet d’un arrêté de péril de la préfecture de Paris. Mais il ne faisait pas partie de la liste des 90 établissements à problèmes recensés par la mairie.
L’été dernier déjà, une cinquantaine de personnes -- une cinquantaine ! --, dont de nombreux enfants, avaient péri dans des incendies d’hôtels de transit: ces hôtels pouilleux que l’on voit souvent par ici, où s’entassent des étrangers, des sans-papiers, des familles nombreuses, des gens sans le sou.
A l’époque, ces drames avaient fait grand bruit. Tout allait changer, avaient promis les autorités, la larme à l'oeil. Environ 15.000 personnes vivent dans des logements insalubres à Paris, avait-il été dit.
Et aujourd’hui? On n’a même pas de nouvelles statistiques. C’est tout dire.
B.DL.

09:45 Publié dans Dans le viseur | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : Paris