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30.06.2006

Un départ

Ambiance nostalgique et souriante la nuit dernière, sur France Inter. A minuit, une quinzaine de copains s’étaient réunis autour de Macha Béranger pour la toute dernière émission «Allô Macha»: Jean-Claude Brialy, Nicole Calfan, Raphaël Mezrahi… ou Paty, sa voyante, qui lui prédit en direct qu’elle monterait sur les planches et ferait de la télé! De quoi rassurer cette grande dame de la radio, qui se fait jeter après 29 ans de réconfort apporté aux paumés, aux esseulés.
Comme a dit Brialy, «ça ne gênait personne», pourtant, cette émission. Depuis l’annonce il y a trois semaines de son départ, Macha croule sous les messages de soutien de personnes anonymes ou non. Alain Delon fut le premier à avoir pris l’antenne pour manifester sa grogne, suivi de Patrick Sébastien, Laurent Ruquier, Michel Drucker…
Dans son dernier mot à ses auditeurs, Macha, «bien élevée», remercia le nouveau patron d’Inter, Frédéric Schlesinger, de lui avoir offert champagne et petits fours, et involontairement un «sondage du cœur». Et de l’égratigner au passage pour avoir disloqué cette «belle famille des sans sommeil». «Je ne vais pas vous dire adieu et au revoir», conclut-elle, parmi mille mercis et quelques sanglots difficilement contenus.
Quelques heures plus tôt, c’était Alain Rey, 77 ans, qui avait donné son «mot de la fin», éjecté lui de la tranche du 7-9 de France Inter à la rentrée. Chapeau bas à eux deux.
(C.G.)

29.06.2006

Une phrase

"S'il apparaissait que je suis le mieux placé pour rassembler les socialistes, pour rassembler la gauche, pour rassembler le pays, pour assumer la charge de l'Etat, exercer la fonction présidentielle dans la situation difficile de la France aujourd'hui, et bien sûr pour proposer aux Français des orientations pour sortir de la crise dans laquelle nous sommes, alors je me poserais la question".
L'événement finalement, dans la prestation télévisuelle de Lionel Jospin hier soir, n'était pas tant la confirmation du caractère non définitif de son retrait de la vie politique annoncé le 21 avril 2002: au vu de la stratégie de communication de l'intéressé ces derniers mois, c'était cousu de fil blanc. Il était plutôt dans la confirmation que Lionel Jospin... parle toujours non le français mais le Lionel Jospin.
On lit et on relit cette phrase, et on se dit que, vraiment, elle est très jospinienne. C'est du Lionel Jospin, donc ce n'est pas fondamentalement médiocre, mais c'est tellement désincarné, technocratique, long, ennuyeux, tellement peu charnel, si cérébral. Où se cachent donc le désir et le plaisir dans cette offre de service au pays?
Lundi déjà, Jacques Chirac n'avait pas explicitement exclu qu'il ne se représenterait pas. Du coup, resurgit l'hypothèse d'un match retour en 2007 de la finale manquée de 2002. Au vu des sondages, on n'y est pas encore. Mais si le second tour opposait effectivement ces deux 'has been' de la politique, donnerait-il à beaucoup de jeunes l'envie d'aller voter?
B.DL.

28.06.2006

Un sacré culot

Rentré vers 22h30 à la maison hier soir. Au moment précis où on franchissait le portail de la cour, une ovation retentissait. Ce n'était pas précisément pour notre popularité dans la copropriété, mais parce que Vieira venait de marquer un but décisif contre les Espagnols. Le bistrot du coin était tellement bondé de supporteurs que la foule débordait sur le trottoir. Les vingt minutes suivantes ont été rythmées par d'immenses exclamations. Et, au coup de sifflet final, c'est un véritable tumulte qui a envahi tout le quartier.
C'était assez amusant. Pendant une partie de la nuit, les concerts de klaxon ont retenti. Les gens ont bu, dansé et même joué au foot dans la rue. Des gros machos ont dansé comme des éphèbes délicats sur Gloria Gaynor. Même la vieille gardienne de la cour, pourtant pas commode (mais fan de Zizou), n'a pas bronché.
En contemplant tout cela, on se disait qu'après une année tellement lourde -- les émeutes dans les banlieues, les déboires amoureux de Cecilia Sarkozy, la crise du CPE, les "affaires", la fin de règne de Chirac, la déroute française à l'Eurovision, la dégringolade du CAC, le départ à la retraite de Macha Béranger, etc. -- , les Français avaient sans doute besoin et mérité un peu de liesse et de légèreté.
Ce matin à Paris, à la radio, à la télé, dans les journaux et dans la rue, l'affaire prenait un tour carrément christique, puisque on parlait ni plus ni moins de "résurrection". Tous les commentateurs, les éditorialistes, les sélectionneurs de bistrot et autres sportifs de télé encensaient, extatiques, une équipe qui avait "retrouvé un souffle, une envie, une âme".
Ces quinze derniers jours, pourtant, on avait cru comprendre que ces Domenech, Zidane, Thuram, Makelele, Henry et autres Abidal n'étaient qu'une bande de bras cassés condamnés à l'hospice. Ce renversement était tout de même un peu agaçant.
B.DL.

27.06.2006

Un air de campagne

Le chanteur Cali, a-t-on donc appris ce matin, a refusé à Laurent Fabius le droit d'utiliser son tube "C'est quand le bonheur" en fond musical de ses meetings électoraux.
Le choix par les politiques des chansons accompagnant leur entrée en scène, censées hystériser les militants, est souvent du plus haut comique. On se souvient ainsi d'une Michèle Alliot-Marie déboulant dans la salle surchauffée d'un meeting de l'UMP (ou du RPR, on ne sait plus) au son de... "Sex bomb" (authentique).
Pour éviter pareilles bévues, on a très charitablement consacré notre petit-déjeuner à l'élaboration du programme musical idéal pour les candidats à la présidentielle de 2007.
En gros, cela donnerait ceci:
-Jacques Chirac: "Attends ou vas t'en" (Lio), "Never say goodbye" (The Communards), ou "I am still standing" (Elton John);
-Dominique de Villepin: "On reste seuls au monde" (Joseph d'Anvers)
-Nicolas Sarkozy: "Entre elle et moi" (Les Valentins)
-Ségolène Royal: "Rose hybride de thé" (Emilie Simon)
-François Hollande: "Kiss from a rose" (Seal) ou "Le fou de la reine" (Henri Salvador)
-Dominique Strauss-Kahn: "Possibly maybe" (Bjork)
-Laurent Fabius: "Waiting for my lucky day" (Chris Isaak)
-Jack Lang: "Unfinished fantasy" (Massive Attack)
-Lionel Jospin: "L'enfer enfin" (Etienne Daho)
-Marie-George Buffet: "Bom dia tristeza" (Maria Bethania)
-Arlette Laguiller: "Déjà vu" (Jay Jay Johansson)
-Olivier Besancenot: "Smalltown boy" (Jimmy Sommerville)
-Philippe de Villiers: "(Don't) Give hate a chance" (Jamiroquai)
-Jean-Marie Le Pen: "Nebel" (Rammstein)
B.DL.

26.06.2006

Un gâchis?

C'est le succès incontestable du week-end -- et on ne parle pas de la qualification des Bleus au Mondial. Ces trois derniers jours, il fallait faire entre 1h30 et 3h30 de queue avant de pouvoir entrer et visiter le nouveau "musée Chirac", quai Branly. Ce temple rutilant dédié aux arts premiers, qui a ouvert ses portes au grand public vendredi matin, a déjà accueilli près de 30.000 visiteurs.
Ce grand projet culturel suscite donc, outre un concert d'applaudissements médiatiques, un fort engouement public. Et les rares voies discordantes s'en retrouvent complètement inaudibles. Ainsi, personne ou presque n'a parlé du dernier livre publié par Bernard Dupaigne, un ethnologue réputé du Musée de l'homme, l'institution hier si prestigieuse du Trocadéro et qui, pour le coup, voit son aura un peu éclipsée par le succès du paquebot de Jean Nouvel.
Intitulé "Le scandale des arts premiers" (éditions Mille et une nuits), cet ouvrage est une charge au vitriol contre "la débauche de luxe" du "palais" du quai Branly, dont on apprend par ailleurs qu'il aurait été construit en zone inondable. L'auteur dit éprouver un sentiment de "grand gâchis". Il craint le pire pour l'avenir de certaines de ses collections. "Ils se vantent d'exposer les instruments de musique dans une grande colonne au centre. Mais elle n'est pas climatisée et ces instruments demandent une surveillance constante". L'ethnologue fustige aussi le parti pris du nouveau musée. "Au quai Branly, ils ont choisi les plus beaux objets du monde sur de seuls critères esthétiques. Pour certaines populations, pourtant, un objet n'est beau que s'il est utile".
Ce week-end, en tout cas, le Parisien moyen ne s'est visiblement pas trop posé de questions, et s'est satisfait de la beauté.
B.DL.

23.06.2006

Une affaire importante

Bon, on ne plaisante plus visiblement, aujourd'hui. C'est un pays entier qui sera à l'arrêt, devant sa télé, ce soir sur le coup de 21 heures. L'heure est grave, manifestement. "La France tremble", titre ainsi, en Une "Le Parisien" ce matin. Comme il y a vingt-cinq ans ans, parlant d'un sanglant fait divers, Roger Giquel avait ouvert son journal de 20 heures avec un mémorable "La France a peur".
Selon un sondage, seuls 32 pc des Français pensent que les Bleus vont se qualifier pour la suite de la compétition de la Coupe du monde de football, et 59 pc sont d'un avis contraire. Les femmes, apprend-on, sont plus sceptiques que les hommes. Les pessimistes sont plus nombreux chez les jeunes, chez les sympathisants de droite et chez les habitants des communes rurales.
On n'aura pas l'occasion de suivre le match ce soir, ni d'être tenu au courant de son évolution. En fin de soirée, toutefois, quelques pas dans les rues de Paris, un coup d'oeil aux terrasses des cafés, un regard aux mines des usagers du métro suffiront pour en connaître le résultat. Il faudra vraiment, à ce moment, prendre garde de s'afficher très en accord avec l'humeur ambiante.
B.DL.

22.06.2006

Une réussite

On n'a eu que peu de temps de profiter de la Fête de la musique, hier soir. Mais en moins d'une heure, dans les quartiers Bastille, Charonne et Voltaire, on a pu croiser huit styles musicaux différents: du chant choral, du rock français, du reggae, du rap, du country texan, du slam, du brésilien et, disons, du post punk.
Tout n'était pas toujours très abouti, et quelques gouttes de pluie ont empêché qu'on se sente vraiment en été. Mais, dans l'ensemble, c'était enlevé, convivial (*), imaginatif, mélangé, dynamique et festif. Si parisien, donc!
B.DL.

(*) Pas tant que cela, finalement. Les chiffres sont tombés en fin de matinée: rien qu'à Paris, plus de 150 personnes ont été arrêtées et 110 placées en garde à vue hier soir, pour des dégradations, des jets de projectiles, de violences et des vols commis en marge de cette Fête de la musique.

21.06.2006

Un sombre présage?

C'est l'été donc aujourd'hui, et il continue de faire chaud. Du coup, jusque tard le soir, les Parisiens vivent les fenêtres ouvertes. Dans cette capitale surpeuplée, qui affiche en certains de ses arrondissements une densité de population supérieure à celle de Manhattan, ce n'est pas anodin. En ces temps de Mondial, par exemple, cela permet de suivre les matchs de foot sans même allumer son téléviseur, grâce aux beuglements de joie ou aux cris de désolation de tout le quartier.
Les Bleus n'ont donc plus que quelques jours pour convaincre. Cela ne semble pas trop bien parti. "Le Monde" est tellement pessimiste qu'il en vient à comparer Raymond Domenech à Dominique de Villepin, ce qui n'est ni encourageant, ni très charitable. Et le journal "La Provence" révélait ce matin que l'affiche géante du portrait de Zidane qui ornait depuis des années la corniche de Marseille n'avait pas résisté aux rafales de mistral et venait de s'envoler. Un sombre présage?
Il ne faudrait tout de même pas trop minimiser l'impact d'une éventuelle élimination des Bleus. Selon une étude du très sérieux Massachusetts Institute of Technology publiée hier, une défaite en Coupe du Monde de football est toujours sanctionnée à la Bourse du pays vaincu. En moyenne, un revers subi en match de premier tour, même pas éliminatoire, plombe le marché boursier du pays concerné de 38 points de base. Lors des matchs éliminatoires, une telle défaite fait carrément chuter les marchés nationaux de 49 points de base.
Avec une voix catastrophée, un chroniqueur financier ce matin expliquait à la radio que, transposée à la France et au poids financier du marché boursier parisien, une telle chute du CAC représenterait au bas mot le poids du budget annuel de la Justice.
On essayait de ne pas trop stresser notre petit-déjeuner en se disant que, depuis le scandale d'Outreau ou autres fiascos judiciaires retentissants, l'opinion française avait bien compris et enregistré que, de toute manière, ce budget de la Justice était ridiculement peu élevé. Et que, malgré toutes les promesses et efforts de ces dernières années, il demeurait sans commune mesure avec celui de pays voisins comparables, comme le Royaume-Uni. On se console comme on peut.
B.DL.

20.06.2006

Une humiliation

medium_villepin-cpe.jpgLa dégringolade continue pour Dominique de Villepin. Dimanche déjà, le baromètre mensuel de l'Ifop le créditait de 23 pc d'opinions favorables seulement, un niveau de popularité encore plus bas qu'en pleine crise du Contrat première embauche et en dessous désormais de son si malaimé prédécesseur, Jean-Pierre Raffarin. Avec 73 pc de mécontents, l'hôte de Matignon est désormais dans le rouge dans toutes les catégories de l'électorat et dans toutes les formations politiques, auprès des sympathisants de l'UMP y compris.
Ce matin, nouvelle humiliation pour le chef du gouvernement. Le baromètre présidentiel TNS-Sofres ne le crédite plus que de 4 pc d'intentions de vote au premier tour des présidentielles de 2007. C'est près de huit fois moins que le résultat prêté à Nicolas Sarkozy. C'est un score inférieur à ceux réalisés en 2002 par le chasseur Jean Saint-Josse ou le trotskiste Olivier Besancenot. Et ce serait même insuffisant pour que le candidat Villepin puisse ne fût-ce que voir ses dépenses de campagne électorale remboursées.
Pour mesurer l'ampleur de la dégringolade subie par le chef du gouvernement, il faut se remémorer quelle était sa situation l'été dernier. A l'époque, 57 pc des Français jugeaient qu'il ferait un excellent candidat pour 2007.
B.DL.

19.06.2006

"Une initiation"

Il n'y avait pas encore trop foule ce matin au vernissage de presse du Musée du quai Branly. Ou plutôt si, il y avait beaucoup de monde, mais l'édifice était tellement grand qu'on ne se marchait pas encore trop sur les pieds.
C'est d'ailleurs la première chose qui frappe le visiteur à la découverte de l'immense paquebot de Jean Nouvel: son énormité, son gigantisme. Pour le coup, c'est vraiment un grand projet culturel présidentiel. Un peu mégalomane? Très massif en tout cas, si ostensible. Interminable parfois dans sa déperdition volontaire d'espace, comme cette sinusoïde de 180 mètres de long qui sert de rampe d'accès au musée et est censée représenter un cours d'eau à remonter avant d'atteindre le coeur du projet: les collections.
Celles-ci sont évidemment magnifiques. Tant et tant d'oeuvres sont réunies qu'il faudra sans doute des années avant de toutes les connaître et de les apprivoiser. On est loin ici de l'intimité si émouvante et sobre du Pavillon des sessions, au musée du Louvre.
Certains éléments du bâtiment (les boîtes multicolores de sa façade, le mur végétal de 800 m2, la palissade de verre de 200 mètres de long rappelant la Fondation Cartier, la terrasse et la vue extraordinaire qu'elle offre sur Paris, etc.) fonctionnent a priori mieux que d'autres. La pénombre des salles de collection met souvent très bien en valeur les oeuvres. Mais tout comme la fluidité voulue des espaces et le nombre réduit de vues dégagées sur l'extérieur, elle ne facilite vraiment pas une perception d'ensemble de l'édifice par le visiteur. Pour preuve, on a consacré une heure à admirer les collections et à peu près autant à trouver le chemin vers la sortie, non sans revenir involontairement chaque fois aux mêmes endroits sans jamais parvenir à se repérer.
Ce matin d'ailleurs, entre les lignes, Jean Nouvel semblait justifier le caractère un peu confus -- déroutant, en tout cas -- de l'itinéraire qu'il avait créé. "Ce projet, c'est moins une architecture qu'un territoire", expliquait l'architecte éternellement tout de noir vêtu. "C'est le territoire de l'homme. C'est un peu un sas. Il faut y voir une sorte de rituel". ''Une initiation, en quelque sorte?", interrogeait une collègue, qui semblait ravie d'avoir trouvé ce si joli mot. Le bâtisseur était aux anges: lui-même n'aurait sans doute pas mieux dit.
B.DL.

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