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02.07.2006
Une soirée de folie
Pour, notamment, échapper un peu au Mondial -- et sans, à nouveau, mépriser qui ou quoi que ce soit --, on avait décidé de passer la soirée de ce samedi dans notre cher Marais, qui n’est tout de même pas le quartier le plus footeux de la capitale.
Même là, cependant, l’ambiance a été torride. La plupart des bars, y compris les plus tendance, avaient sacrifié aux écrans plasma et à la folie du ballon rond. La rue de Rivoli ce soir, en plein cœur du match, offrait un visage surréaliste: les voitures et les embouteillages, pour une fois, y étaient rarissimes. La foule, nerveuse plus que joyeuse, avait préféré s’agglutiner dans les petites rues grouillantes du quartier. Les rares restaurants qui avaient décidé de ne pas retransmettre le match étaient déserts. On trouvait même une table libre pour six personnes «Chez Marianne», le grand restaurant juif de la rue des Rosiers – du jamais vu un samedi soir. A chaque exclamation des supporteurs massés comme des fourmis devant les écrans de télévision, les passants accouraient de tous côtés, complètement essoufflés, pour se tenir au courant de l’évolution du match. A l'épicerie kasher du coin, le caissier suivait la rencontre sur une minuscule télé noir et blanc.
Au coup de sifflet final, ce fut comme si la ville entière était saisie d’une véritable frénésie. Boulevard Beaumarchais, dans le tumulte des coups de claxon, les voitures roulaient à tombeaux ouverts, leurs passagers assis sur les portières, agitant de grands drapeaux tricolores. Rue des Francs-Bourgeois, un groupe d’Antillais saluait bruyamment le succès de «la France black-beur» -- tiens, on croit se souvenir qu’en 1998, on disait plutôt «la France black-blanc-beur».
A Bastille, la colonne de la révolution de 1830 était prise d’assaut par des fêtards euphoriques. On y retrouvait le neveu d’un copain: 15 ans, adorable, heureux comme un cœur, les larmes aux yeux, monté de son Périgord familial pour l’occasion mais qui décidait de quitter la fête la mort dans l’âme. «Ca dégénère», expliquait-il. «Les gens commencent à balancer des bouteilles de bière sur les voitures».
Le succès des Bleus, visiblement, tournait toutes les têtes, donnait lieu à toutes les interprétations. «Sarko, Président! Sarko, Président! », entendait-on vociférer rue du Chemin Vert. On n'en croyait pas ses oreilles. On ne voyait pas précisément le rapport. «So-So-So – Solidarité, avec les sans-papiers», répondait-on, plus loin : des gens qui, sans doute, avaient participé l’après-midi même à la grande manifestation parisienne contre «l’immigration jetable» et l’expulsion imminente de milliers d’écoliers sans-papiers.
La nuit ne faisait que commencer. Il a fait 32 degrés dans la capitale, aujourd’hui. Vers 1 heure du matin ce soir, il y faisait encore épouvantablement chaud.
B.DL.
01:45 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
Commentaires
Ah ces Français... On va finir par croire qu'ils vivent dans la rue ! En tout cas, qu'ils y passent le plus clair de leur temps. Quand ils ne manifestent pas (contre le CPE, contre la politique d'immigration), l'appel de la rue se fait tout de même sentir pour gueuler (oui, je pèse mes mots) "Allez les Bleus", "Et 1, et 2, et 3-0" (il va falloir qu'on leur explique qu'il n'y a eu qu'un but !), etc.
Je retiens malheureusement de cette soirée de folie dans les rues de Paris des Français, dans un café brésilien, en train de narguer les quelques supporters qui s'y étaient donné rendez-vous et qui essayaient de garder leur calme face aux provocations. Vraiment, le sport est capable du pire comme du meilleur. Et le fair-play, ce n'est pas que pour les joueurs !
Ecrit par : Frédéric | 02.07.2006


