19.07.2006
Une vague nostalgie
"Paris Plage" commence, donc. Ce matin, on s'est souvenu de ce qu'était la plage à Paris avant la grande opération estivale annuelle de Bertrand Delanoë.
C'était il n'y a pas si longtemps: à la fin des années 90 ou au début des années 2000. A l'époque, le long des voies sur berges, il n'y avait rien. Les voitures y étaient déjà interdites à la circulation en août, mais, pour le reste, il n'y avait rien. Ni brumisateurs géants, ni cours de taïchi, ni murs d'escalade, ni vendeurs de chiens chauds, ni pétanque, ni concerts de reggae, ni trampolines, ni locations de chaises longues: rien. Pas même et surtout pas la foule.
A l'époque, on pouvait s'allonger le long de la Seine et y paresser pendant des heures au soleil sans être troublé par le moindre bruit, hormis les clapotis du fleuve et le vague ronronnement des bateaux de touristes. Il suffisait de fermer les yeux pour se sentir à la mer. Et quand on décidait de les rouvrir, on avait le spectacle de la plus belle perspective urbaine et fluviale au monde rien que pour soi. Quand on avait trop chaud, on pouvait aller bouquiner, seul ou presque, à l'ombre des arbres si splendides des quais Henri IV ou des Célestins. Et le soir, on s'y réunissait jusqu'à pas d'heure entre copains: les pique-nique n'étaient pas encore à la mode à Paris -- cela semble si loin.
"Paris Plage, pour ceux qui n'ont pas l'occasion ou les moyens de partir à la mer, c'est vraiment les congés payés du XXIème siècle!", s'enthousiasmait un élu écologiste parisien, ce matin. On en convenait de bonne grâce. On se demandait alors, en culpabilisant un peu, si notre sentiment vaguement rétif à l'égard de la populace grouillante de "Paris Plage" était voisin de celui qu'avaient éprouvé les grands bourgeois de l'été 36 à la vue des foules de néo-estivants ouvriers débarquant sur leurs si belles et chères plages, à la faveur des premiers congés payés.
On se disait que ce n'était pas possible, qu'on était bien un peu nostalgique mais qu'on était assurément plus bienveillant.
B.DL.
10:25 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note




Commentaires
admirable de justesse.
(par ailleurs, serait prévu ce 20 juillet une série de concerts belgo-belges avec, e a, zita swoon et en invité surprise deus. du costaud, donc)
Écrit par : houbi | 19.07.2006
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