29.08.2006
Un an après
C’était il y a moins d’une heure. Dans le Marais. Il n’y avait pas foule: moins d’une centaine de personnes. La police n’avait même pas pris la peine de bloquer la circulation.
C’était rue du Roi doré, devant cet immeuble de logements miteux, qui, la nuit du 29 août 2005, s’embrasa. Sept personnes, dont quatre enfants, périrent dans les flammes: ultime épisode tragique de cette série noire d’incendies de taudis parisiens qui, l’été dernier, coûta la vie à une cinquantaine d’étrangers.
Ce soir, les gens étaient venus déposer des fleurs au pied de l’édifice. Et des grandes photos d’Africains décédés dans le drame. Il y avait aussi une banderole qui demandait «JUSTICE» pour les victimes de cet incendie, toujours inexpliqué par les enquêteurs.
Il y eut une minute de silence. Puis quelques brefs discours rappelant notamment qu’ «aujourd’hui encore, des milliers de familles sont en danger» car elles vivent dans des taudis qui, à tout moment, chaque nuit, peuvent s’embraser.
Des gens, immobiles, comme consternés, regardaient ce bâtiment inoccupé à présent mais toujours à l’état de chancre.
Une femme éclata en sanglots. Des enfants l’imitèrent, se réfugiant dans les bras de leur père. Un grand gaillard, rescapé du drame, fit quelques pas de côté puis fondit lui aussi en larmes, s’accrochant aux grilles d’une fenêtre de l’immeuble voisin comme si son chagrin allait le faire chanceler sur le trottoir. Des anonymes, des voisins, des passants, blêmes, se mirent eux aussi à pleurer.
Il y avait un silence de mort.
C’était insupportable.
B.DL.
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