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31/08/2006

Un certain esprit

Dans la série des conférences de presse de rentrée des télés, pas toujours drôles (on ne glosera pas sur le pensum d’Arte), Canal+ sortait franchement du lot jeudi.
Déjà, sur la scène du Théâtre du Rond-Point à Paris, Omar et Fred ont assuré des intermèdes quelque fois salés avec leur “Service après vente” des émissions, petit avant-goût de ce que l’on retrouvera dans “Le Grand Journal” de Michel Denisot. Une ode à l’onanisme ne fut pas la moindre de leurs saillies.
Chaque animateur est également monté sur scène pour faire son show et présenter son bébé. Laurence Ferrari (ex-TF1) a même rejoint Omar et Fred dans leur décor de Guignols, après avoir fait le pitch de sa nouvelle émission politique, “Dimanche +”, remontée comme une pendule: “Une des obsessions de Rodolphe Belmer (son nouveau patron, donc), et il en a d’autres, c’est le décryptage”, a-t-elle lancé, non loin d’un Thierry Ardisson, lui aussi très en forme.
A la tête dès le 4 novembre de “Salut les terriens”, un 7/7 décalé, l’ex-animateur de “Tout le monde en parle” n’a pu s’empêcher d’asticoter son ancien patron, le président de France Télévisions: “J’ai donné un coup de boule à de Carolis, et j’ai dû quitter le terrain…”
Au cours de la séance de questions/réponses, Jean-Michel Ribes, le patron des lieux, a pris le micro et interpellé les dirigeants de Canal sur l’absence du théâtre sur leur antenne : “Il y a plus de monde dans les théâtres que dans les stades de foot”, a-t-il tenté, revenant à la charge plusieurs fois. Pris de cours, Belmer a botté en touche : “On en fait la promo dans les émissions culturelles. Le théâtre est un spectacle en soi, mais n’est pas un spectacle télévisuel”. Guy Roux a alors surgi dans les tribunes: “J’aime beaucoup le théâtre (…) Mais je ne peux pas laisser dire qu’il y a plus de monde au spectacle qu’au foot!”
Une fois encore donc, avec “l'esprit Canal”, le spectacle se passait hors antenne.
C.G.

Un tournant?

C'est Arnaud Montebourg (nommé hier soir porte-parole de la présidentiable Ségolène Royal) qui a retrouvé cette petite phrase, et il l'a dite avec une satisfaction gourmande et jubilatoire, à la radio ce matin.
Elle a été prononcée par Lionel Jospin le 8 mars 2002, un mois donc avant le séisme du 21 avril 2002. Devant l'assemblée des femmes du PS, le futur candidat malheureux à l'Elysée, sans le savoir, donnait des arguments à sa grande rivale de 2007 Ségolène Royal, en estimant que "la parole des femmes féconde la société. Présider autrement ne sera possible que lorsqu'une femme sera présidente de la République".
Montebourg, cela dit, n'était pas particulièrement euphorique ce matin. Et pour cause. Pour la première fois depuis son irrésistible ascension dans les sondages amorcée l'an dernier, la madone du Poitou se tasse lourdement. Dans l'enquête d'opinion publiée par "Le Parisien" ce matin, sa cote de popularité dégringole de 54 à 47 pc. Son avance sur Lionel Jospin (à 21 pc,+1) reste confortable, mais sa popularité auprès des militants socialistes eux-mêmes recule (de 75 à 66 pc).
Est-ce l'effet global de l'image donnée par l'université d'été de La Rochelle, qui a beaucoup ressemblé à un affrontement égotique d'éléphants dans le marigot socialiste? C'est possible, vu que les cotes de Jack Lang, Dominique Strauss-Kahn, François Hollande et Laurent Fabius chutent aussi. Ou est-ce le début de la fin de l'"effet Ségolène", cet incroyable, inédit et assez irrationnel engouement politico-médiatique?
Michel Rocard ce matin, qui fut lui aussi longtemps le présidentiable socialiste chéri des enquêtes d'opinion, a mis l'intéressée en garde: "Les sondages sont volatils. Ma propre expérience m'amène à répondre que les phénomènes de mode sont essentiels. J'ajoute par ailleurs qu'en France, tous ceux qui sont partis trop tôt se sont plantés".
B.DL.

30/08/2006

Une veulerie si habituelle

Nicolas Sarkozy reçoit cet après-midi des personnalités du show-biz venues officiellement s'entretenir avec lui de la problématique des droits d'auteur dans le secteur de la culture, venues plus prosaïquement et de facto officialiser leur soutien à sa candidature aux élections de 2007. Le ralliement de stars aux candidats à l'Elysée, en effet, est un grand classique des présidentielles françaises (*).
On sait déjà qui ne sera pas convié à la sauterie sarkozyste de ce mercredi: toutes ces stars qui ne le portent pas dans leur coeur et/ou ont déjà annoncé qu'elles voteraient à gauche l'an prochain: les Renaud, Diam's, Cali, Benabar, Debbouze ou autres Thuram.
On pressent pareillement qui sera présent ou pourrait l'être place Beauvau: les Didier Barbelivien, Michel Sardou, Jean Reno, Steevy, Christian Clavier, Muriel Robin, Bernard Laporte et autres Faudel. (Le lendemain, on apprend qu'y figuraient aussi Doc Gynéco, Pierre Palmade, Jean-Michel Jarre, David et Cathy Guetta, Anthony Kavanah, Marc-Olivier Faugiel et Pascal Sevran).
Le clan Hallyday, lui, sera présent à l'université d'été de l'UMP ce week-end à Marseille, annoncée comme un grand rendez-vous politico-mondain. Johnny et les siens, pourtant, faisaient depuis trente ans figure de proches de Jacques et de Bernadette Chirac. Le papy du rock français comme d'ailleurs Muriel Robin viennent donc de retourner leur veste en faveur du présidentiable le plus haï de la chiraquie. A l'instar de toutes ces personnalités politiques de droite hier proches de Jacques Chirac et aujourd'hui sarkozystes de choc (Roselyne Bachelot, François Fillon, Michel Barnier, etc.).
Peu de temps avant sa mort, François Mitterrand déjà -- qui n'avait pourtant pas de leçons à donner en matière de moeurs monarchiques -- avait craché son fiel contre la veulerie de tous ces courtisans qui, sentant sa fin proche, abandonnent le vieux Roi après l'avoir tant flatté et lui avoir tant mangé dans la main, pour faire allégeance au roitelet présumé demain aux plus hautes destinées.
Préférer la compagnie du puissant à la fidélité au faible donc, quitte à se renier.
C'est certainement un usage politique peu glorieux. Mais c'est probablement aussi, malheureusement, très humain. Et nullement réservé au domaine politique.
B.DL.
(*) Ainsi, en 2002, c'était Lionel Jospin qui avait empoché le gros lot, ce qui ne l'avait pas empêché de boire le bouillon. Son comité de soutien regorgeait de personnalités: de Jean-Jacques Goldman à Régine Desforges en passant par Pierre Arditti, Jeanne Moreau, Benjamin Biolley, France Gall, Elie Semoun, Anouk Aimée, Sandrine Bonnaire ou Virginie Ledoyen. Jacques Chirac avait reçu lui l'appui de Line Renaud, Henri Salvador, Yves Duteil, Muriel Robin, Robert Hossein ou David Douillet.

29/08/2006

Un an après

C’était il y a moins d’une heure. Dans le Marais. Il n’y avait pas foule: moins d’une centaine de personnes. La police n’avait même pas pris la peine de bloquer la circulation.
C’était rue du Roi doré, devant cet immeuble de logements miteux, qui, la nuit du 29 août 2005, s’embrasa. Sept personnes, dont quatre enfants, périrent dans les flammes: ultime épisode tragique de cette série noire d’incendies de taudis parisiens qui, l’été dernier, coûta la vie à une cinquantaine d’étrangers.
Ce soir, les gens étaient venus déposer des fleurs au pied de l’édifice. Et des grandes photos d’Africains décédés dans le drame. Il y avait aussi une banderole qui demandait «JUSTICE» pour les victimes de cet incendie, toujours inexpliqué par les enquêteurs.
Il y eut une minute de silence. Puis quelques brefs discours rappelant notamment qu’ «aujourd’hui encore, des milliers de familles sont en danger» car elles vivent dans des taudis qui, à tout moment, chaque nuit, peuvent s’embraser.
Des gens, immobiles, comme consternés, regardaient ce bâtiment inoccupé à présent mais toujours à l’état de chancre.
Une femme éclata en sanglots. Des enfants l’imitèrent, se réfugiant dans les bras de leur père. Un grand gaillard, rescapé du drame, fit quelques pas de côté puis fondit lui aussi en larmes, s’accrochant aux grilles d’une fenêtre de l’immeuble voisin comme si son chagrin allait le faire chanceler sur le trottoir. Des anonymes, des voisins, des passants, blêmes, se mirent eux aussi à pleurer.
Il y avait un silence de mort.
C’était insupportable.
B.DL.

28/08/2006

Une double question

On s'est forcé à assez peu s'interroger sur les grandes affaires de l'Etat français pendant ces semaines de vacances: les congés, pour être profitables, doivent servir à des occupations plus innocentes. On se souvient néanmoins de deux questions que l'on s'est posées.
La première, c'était il y a quelques jours à peine, sur une île caillouteuse et caniculaire du fin fond du Sud de la Méditerranée. Retour d'une fabuleuse journée de bateau et de grands fonds, on est tombé en arrêt devant les infos à la télé. CNN, BBC World et leur équivalente italienne avaient toutes trois bouleversé leurs programmes pour retransmettre, en direct et dans son intégralité, la déclaration du Président Chirac annonçant l'envoi de 2000 soldats français au Liban. Au vu du temps consacré par ces grandes télés à cette actualité et à l'écoute de leurs commentaires souvent élogieux, on s'est demandé si ces "déclinologues" (ces essayistes donneurs de leçons, si à la mode à Paris, qui diagnostiquent l'affaiblissement de la voix de l'Hexagone à l'étranger) étaient toujours dans le vrai.
La seconde, c'était début août, dans notre habituel village provençal de villégiature, entre Grasse et Mougins. Celui, entre parenthèses, choisi aussi chaque été par le couple Ségolène Royal-François Hollande; c'était d'ailleurs assez comique de voir, dans "Le Journal du dimanche", le premier secrétaire du PS photographié sur la place du village tout de blanc vêtu, tel un "gentleman-farmer" tout de même un peu incongru en ces terres si bourgeoises. Là, on est tombé en arrêt devant ces devantures de kiosques affichant en grand, comme dans toute la France, les unes de magazines "people" où apparaissait le duo Ségo-Sarko en petite tenue d'été: l'une en bikini, l'autre en tenue de jogging. Là, on a frémi. On s'est demandé si ces prochaines élections présidentielles allaient vraiment se jouer dans "Voici" et dans "Gala". Le pire, c'est qu'on n'est même pas persuadé du contraire.
Curieux pays, décidément.
B.DL.

27/08/2006

Une rentrée pas comme les autres

medium_cartable.jpgC’est un grand classique. Un rituel immuable. Chaque dernier dimanche de vacances depuis plus de quinze ans maintenant, on est dans un état un peu second.
Comment dire? D’un côté, on est évidemment enchanté d’être de retour à Paris: il n’a fallu que quelques minutes en redécouvrant la capitale hier pour se demander comment on avait pu la quitter aussi longtemps. On sait aussi qu’il ne suffira que de quelques jours pour se remettre dans le bain, pour reprendre le rythme, pour trouver encore et toujours ce boulot à la fois amusant et passionnant.
Mais, d’un autre côté, on a senti aussi monter une espèce d’appréhension sournoise, un léger pincement au coeur à la pensée de ces centaines de mails qu’on ne trouvera jamais le temps de lire, de cette pile d’un mètre de journaux et de courrier qu’on ne pourra que très rapidement parcourir, de ces innombrables coups de téléphone, dépêches d’agences et flashs de France Info qui, dans quelques heures, vont à nouveau rythmer nos journées. Et, comme chaque année, on s’est souvenu qu’on allait un peu galérer pour simplement retrouver la clé du bureau (qu’on avait délibérément éloigné de notre vue dès la fin juillet), se souvenir du digicode de la rédaction parisienne de «La Libre», ou se remémorer tous ces si fastidieux identifiants et mots de code indispensables au bon fonctionnement de tout ordinateur.
Mais cette année, on ne sait trop pourquoi, on ne se voyait pas revivre à nouveau ce pénible cinéma: supporter une fois de plus une dernière journée de vacances marquée par ce satané «syndrome du dimanche soir» puissance 10.000. L’université d’été du PS, ce week-end, en fournissait une excellente opportunité: on a donc décidé de ne pas attendre lundi matin pour retourner travailler - on a anticipé la rentrée à ce dimanche.
Du coup, ce matin au saut du lit, on était plutôt content: il n’y aurait pas de lundi de rentrée. Et donc pas de dernier dimanche d’été dans un état un peu second.
B.DL.