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25.09.2006

Une certaine démagogie

«Aller contre moi, c’est aller contre l’opinion publique». C’était donc la petite phrase du week-end, signée par un Nicolas Sarkozy ravi que les sondages le suivent dans sa croisade contre la «démission» des magistrats face aux délinquants.
C’est une conception de la politique. Elle est commode et utilitariste. Quand on sous-entend, comme Nicolas Sarkozy, «J’ai raison parce que l’opinion a, par principe, raison», on ne prend évidemment que peu de risques de fâcher cette opinion et donc de ne pas être élu.
Heureusement, il est une autre conception de la politique. Celle qui consiste à croire que la valeur, le courage et l’honneur des dirigeants est parfois d’aller à l’encontre de l’opinion: de résister à ses humeurs médiocres, de ne pas flatter ses instincts les plus bas, de la devancer dans ses nécessaires évolutions. Cette conception n’est pas toujours électoralement payante, mais elle mène souvent à des évolutions historiquement marquantes. Elle a guidé la France lorsqu’elle a aboli la peine de mort il y a vingt-cinq ans et bouleversé l’Europe en lançant le couple franco-allemand il y a cinquante ans. A l’époque, certains eurent le courage politique d’«aller contre l’opinion».
Lionel Jospin, ce matin à la radio, s’énervait contre cette «démagogie» ambiante: cette incessante «course à l’opinion» menée par des présidentiables les yeux rivés sur les sondages. On n’était pas loin d’être d’accord avec son désir d’un peu de hauteur. Mais on avait tout de même envie de lui retourner le compliment.
Car que fait donc l’ancien Premier ministre depuis des semaines, avec son jeu si fatigant du chat et de la souris à propos de son éventuelle candidature pour 2007? Si ce n’est, lui aussi, tenter d’appâter et de séduire l’opinion? Essayer de ménager un suspense égotique autour de sa petite personne pour titiller l’intérêt des foules? Attendre l’ultime délai, et donc le dernier frémissement possible des sondages, avant de décider oui ou non de se lancer? Verser donc au moins autant que Sarkozy dans la com’ et la stratégie tactique plutôt que de privilégier le fond?
Avant même d’avoir officiellement commencé, cette campagne présidentielle, décidément, ne vole pas bien haut.
B.DL.

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