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29.09.2006

Un vacarme

medium_11_51_05_571533000_00802244.jpgC’est parti, donc. Ségolène Royal officialisera sans doute ce soir sa candidature à l’investiture socialiste pour les présidentielles de 2007. Dominique Strauss-Kahn l'a fait ce midi. Laurent Fabius dimanche. Et Jack Lang, on ne sait pas.
On n’a pas fini d’entendre parler de cette campagne: ces prochains jours (cela nous épargnera au moins le Mondial de l’automobile), ces prochaines semaines, et tous ces prochains mois jusqu’en avril prochain.
On en parlera notamment, énormément, sur internet. Le "bruit médiatique" n’a jamais assuré une élection, était-il répété ici, l’autre jour. Mais là, les présidentiables socialistes sont carrément à l’origine d’un vacarme.
On le pressentait, on l’a vérifié ce matin. En tapant Dominique Strauss-Kahn sur Google.fr, on obtient plus d'un million de réponses. Avec Laurent Fabius, le moteur de recherche affiche 1,5 million de résultats. Ségolène Royal, elle, les surpasse largement avec ses 4,6 millions de références.
Et Jack Lang, au fond? Depuis des semaines, la rumeur le dit en petite forme. Elle assure notamment qu’il ne décrochera même pas les 30 parrainages de hiérarques socialistes nécessaires au dépôt de sa candidature. On le saura d’ici mardi.
En attendant, l’ancien ministre de la Culture se ravira au constat que, sur le web en tout cas, il casse toujours la baraque: son nom donne lieu à... plus de 17 millions de résultats!
B.DL.

28.09.2006

Un contresens

«Libération», effectivement, n’est pas très en forme en ce moment. «Lionel Jospin jette le gant», titrait-il ainsi ce matin. Or, c’est rigoureusement incorrect.
En français, jeter le gant à quelqu’un, c’est le défier, le provoquer. C’est donc précisément ce que l’ancien Premier ministre a décidé… de ne pas faire, puisqu’il a renoncé à la candidature à l’investiture socialiste pour les présidentielles de 2007.
En revanche, oui, Lionel Jospin a jeté l’éponge: il a abandonné la lutte, renoncé à la compétition.
Jeter l’éponge et non jeter le gant, donc. Mais ce n’est sans doute qu’un détail de pure forme.
B.DL.

Une curiosité

Bertrand Delanoë a décidément des problèmes avec les noms de sites parisiens qu’il décide de rebaptiser.
Après l’inauguration controversée et houleuse, au début du mois, de la nouvelle place Jean-Paul II (le nouveau nom donné au parvis de la cathédrale Notre-Dame), le maire de Paris vient d’être confronté à une deuxième fronde de sa majorité, à propos cette fois de la future dénomination d’un minuscule square du Marais Saint-Paul, dans le quatrième arrondissement.
L’espace se nommera bientôt «square Marie Trintignant», en hommage à l’actrice décédée à l'été 2003 sous les coups de Bertrand Cantat. En début de semaine, les partenaires écologistes et communistes du maire ont voté contre cette proposition, qui, comme pour Notre-Dame, n’a été adoptée que grâce aux voix de la droite.
En effet, la délibération soumise au conseil municipal se bornait à rappeler les «conditions tragiques» dans lesquelles la jeune femme avait trouvé la mort. Les alliés du maire, eux, exigeaient qu’elle fasse explicitement allusion aux violences faites aux femmes et les condamne officiellement.
Bertrand Delanoë n’a rien voulu savoir. Cette pudeur est un peu curieuse.
B.DL.

27.09.2006

Une rengaine

medium_Segolene.jpgDepuis quelques jours, il paraît qu’elle fait fureur sur le net. C’est une chanson (audible ici) qui a été créée en l’honneur de Ségolène Royal par un groupe d’amateurs baptisé, cela ne s’invente pas, «Les gars de la Royal». Et elle s’appelle «Le Sego Royal mix».
Les jeunes chanteurs, très potaches, le précisent sur leur site: ils «n’ont aucun lien direct avec Ségolène Royale (sic), le parti socialiste, ses militants, ses dirigeants, ni ne sont désignés ou mandatés par eux». Et «ne sauraient en aucun cas être tenus pour responsables en cas de victoire de Ségolène Royale (resic) aux élections présidentielles de 2007».
La chanson -- une parodie en fait de «Célimène», de Gilles Sommaire et David Martial (sortie en 1975) -- a donc été écrite «dans une unique optique de divertissement».
Cela donne notamment: «Depuis des mois j’en reviens pas/Je m’demande si je n’rêve pas/ Ya une bombe chez les candidats/ Imaginez une poupée/ La plus belle fille du parti/ Et la plus rayonnante aussi/ C’est une reine, Ségolène/ Elle nous entraîne, Ségolène/ C’est une souveraine, Ségolène/ Record women, Ségolène ». Et ainsi de suite, sur un rythme zouké.
A la fin, à la question «Mais dis-moi, dis-moi, qu’est-ce qu’on fait des autres (présidentiables), alors? », Besancenot est joyeusement renvoyé «au centre de tri», Alliot-Marie à la «corvée d’patates pour le parti», José Bové «dans les radis», de Villiers «au fond du puits» et Marine Le Pen «caissière à Monoprix».
On l'avoue, sur ce dernier point au moins, pourtant si sexiste, on a souri.
B.DL.

PS : Ségolène Royal est-elle en train de devenir une mode musicale? Une lectrice attentive de «Paris Libre», et que l’on soupçonne d’être ségoléniste, signale qu’une autre chanson a été consacrée à la madone socialiste des sondages. C’est la version féminine de la précédente, œuvre de «Classe-Affaires» (un groupe de trois filles: N’gel,Amétys et Natty), qui a voulu «signer là un titre festif rempli d’humour qui n’est rien d’autre qu’un clin d’œil a Ségolène». On peut l’écouter ici. Tout cela va-t-il contribuer à la victoire de l’intéressée?

26.09.2006

Une réussite

A la veille de leurs nouvelles émissions, les animateurs télé font quelque fois de gros effets d’annonce, suivis le jour J par une déception non moins importante. Hier soir, en revanche, avec Frédéric Taddeï, on a été carrément gâtés, si tant est qu’on ait pu douter des capacités du créateur de «Paris Dernière» à nous surprendre.
En effet, la quotidienne culturelle «Ce soir ou jamais!», énorme pari pour France 3, en direct s’il vous plaît, avait franchement de l’allure. Et cela ne tenait pas seulement à ce décor, blanc, déstructuré, animé en arrière-plan par les conversations tranquilles de quelques personnes venues accompagner les invités de l’animateur. C’était aussi cette manière, rare sur un plateau de télé, de ne pas figer la parole de l’autre dans un carcan millimétré, minuté, de ne pas l’interrompre toutes les trois secondes, mais plutôt de laisser surgir un débat spontané, vif, entre les invités.
Taddeï nous l’avait promis: il saurait «ne pas être à l’écran». Il se fit discret mais efficace, provocateur sans être racoleur. On a reconnu aussi, dans les mouvements très fluides de caméras, la patte énergique de «Paris Dernière». Une liberté à l’image qui laisse place aux idées profondes, parce que rien n’est jamais trop lourd.
Après la bonne surprise, l’année dernière, de l’arrivée de Marie Drucker aux commandes du «Soir 3» (désormais programmé à 23 heures pile, au milieu de «Ce soir ou jamais!»), on ne peut que se réjouir de l’arrivée de cette nouvelle émission sur une chaîne décidément de plus en plus dépoussiérée.
C.G.

Un «dérapage»?

medium_aff_avida_une.jpgOn a beaucoup vu cette affiche ces derniers temps sur les grands boulevards parisiens. Elle présente, en gros plan stylisé, un ventre d’obèse. C’est l’affiche du dernier film de Benoît Délépine et Gustave Kervern, «Avida».
Ce film a été généralement plutôt bien accueilli par la critique. Le Bureau de vérification de la publicité (BVP), l’organe qui veille en France à «l’autodiscipline publicitaire», vient cependant, dans son dernier avis, de foudroyer ses réalisateurs et producteurs.
Selon lui, en effet, cette représentation de la nudité, même si elle «peut sans doute être présentée par certains comme esthétique», constitue un «dérapage». Car «la question de la stigmatisation des personnes en surpoids se pose de façon de plus en plus aiguë» en France. Et car «la représentation en affichage et en gros plan d’un bas ventre et donc d’un pubis pose clairement un problème de décence». Le BVP, à cet égard, dit charitablement sa compassion à tous les «passants ébahis» à qui l’affiche a été infligée.
Cet avis ne calmera pas le vieux débat autour de la pudibonderie prêtée au BVP, qui s’est déjà illustré dans le passé par ses condamnations de campagnes de publicité pour de la lingerie féminine.
Il serait peut-être plus utile et/ou neuf de s’interroger sur la croisade un peu à deux vitesses menée par cet organe en faveur de la protection de minorités tournées en dérision par des camelots en mal d’inspiration.
Il n’y a pas si longtemps, en effet, le BVP a laissé diffuser sur toutes les chaînes télévisées de France, et ce pendant des semaines, une pub effarante pour une marque de voiture. Elle présentait un transsexuel de manière particulièrement caricaturale et mettait sur le même pied une opération de changement de sexe et l’échange d’un produit de grande consommation.
Mais cette campagne, sans doute, ne constituait pas un «dérapage».
B.DL.

25.09.2006

Une certaine démagogie

«Aller contre moi, c’est aller contre l’opinion publique». C’était donc la petite phrase du week-end, signée par un Nicolas Sarkozy ravi que les sondages le suivent dans sa croisade contre la «démission» des magistrats face aux délinquants.
C’est une conception de la politique. Elle est commode et utilitariste. Quand on sous-entend, comme Nicolas Sarkozy, «J’ai raison parce que l’opinion a, par principe, raison», on ne prend évidemment que peu de risques de fâcher cette opinion et donc de ne pas être élu.
Heureusement, il est une autre conception de la politique. Celle qui consiste à croire que la valeur, le courage et l’honneur des dirigeants est parfois d’aller à l’encontre de l’opinion: de résister à ses humeurs médiocres, de ne pas flatter ses instincts les plus bas, de la devancer dans ses nécessaires évolutions. Cette conception n’est pas toujours électoralement payante, mais elle mène souvent à des évolutions historiquement marquantes. Elle a guidé la France lorsqu’elle a aboli la peine de mort il y a vingt-cinq ans et bouleversé l’Europe en lançant le couple franco-allemand il y a cinquante ans. A l’époque, certains eurent le courage politique d’«aller contre l’opinion».
Lionel Jospin, ce matin à la radio, s’énervait contre cette «démagogie» ambiante: cette incessante «course à l’opinion» menée par des présidentiables les yeux rivés sur les sondages. On n’était pas loin d’être d’accord avec son désir d’un peu de hauteur. Mais on avait tout de même envie de lui retourner le compliment.
Car que fait donc l’ancien Premier ministre depuis des semaines, avec son jeu si fatigant du chat et de la souris à propos de son éventuelle candidature pour 2007? Si ce n’est, lui aussi, tenter d’appâter et de séduire l’opinion? Essayer de ménager un suspense égotique autour de sa petite personne pour titiller l’intérêt des foules? Attendre l’ultime délai, et donc le dernier frémissement possible des sondages, avant de décider oui ou non de se lancer? Verser donc au moins autant que Sarkozy dans la com’ et la stratégie tactique plutôt que de privilégier le fond?
Avant même d’avoir officiellement commencé, cette campagne présidentielle, décidément, ne vole pas bien haut.
B.DL.

22.09.2006

Un changement

medium_33830.jpgDeux jours de formation informatique à la rédaction de Bruxelles. «La Libre», en effet, change le système qui permet à ses journalistes de visualiser les pages du quotidien du lendemain sur l’écran de leur ordinateur, de rédiger leur article à l’endroit ad hoc, de légender les photos, de consulter les dépêches d’agences de presse, etc.
Le précédent système s’appelait «Hermès». Le prochain se dénommera «Méthode».
Si l’on en croit l’ami «Robert», rien que dans la dénomination, on abandonne donc un programme dédié au «Dieu grec, messager des Olympiens, guide des voyageurs et conducteur des âmes des morts, patron des orateurs». Et on lui préfère un autre, baptisé, on l’imagine, en l’honneur du célèbre Discours de Descartes – et qui devrait donc être très cartésien. Il y a aussi un Méthode «apôtre des Slaves» (825-855) et un Méthode d’Olympe, «évêque en Lycie (IIIème siècle), auteur du «Banquet des dix vierges», mais on suppose qu’en l’occurrence, ce ne sont pas eux qui sont honorés ici.
«Méthode», donc. Soit. Il en faudra un peu dans les mois pré-électoraux à venir, qui seront chauds en actualité.
Et au moins, sans «Hermès», devrait-on échapper au soupçon portant sur une de ses multiples attributions: le dieu du mensonge.
B.DL.

21.09.2006

Un drame oublié

C’était un 21 septembre. On s’en souvient bien.
C’était un vendredi, vers 10 heures du matin. Soudain, les dépêches balisées «URGENT» ont commencé à tomber. Les radios et les télés ont modifié leurs programmes. Les coups de téléphone affolés de la rédaction de Bruxelles n’ont plus cessé. Avec, toujours, cette même et angoissante question: un attentat ?
C’était le 21 septembre 2001, dix jours après l’effondrement des tours du World Trade Center.
Ce n’était pas un attentat. C’était «juste» une catastrophe industrielle majeure, la plus grave que la France ait jamais connue: l’explosion de l’usine AZF à Toulouse. Trente morts, 3.000 blessés, 800 personnes hospitalisées, 28.000 logements endommagés, 15.000 dossiers de réclamations corporelles ouverts, des milliers d’emplois perdus.
11 septembre oblige, cette catastrophe n’a jamais vraiment eu le retentissement médiatique qu’elle aurait amplement mérité.
On a peu dit que l’explosion avait provoqué une secousse équivalente à un séisme de 3,4 degrés sur l’échelle de Richter. On s’est modérément inquiété des conséquences du nuage toxique qui a survolé une grande partie de l’agglomération. On n’a que peu donné la parole aux 5.600 personnes qui, dans les semaines suivant le drame, ont consulté pour des symptômes apparentés à un stress aigu. On a relevé à peine que, dans la zone proche de la catastrophe, un élève sur cinq, un habitant sur dix et 15% des travailleurs ont été blessés.
A l’époque, on s’en souvient, comme il ne s’agissait pas d’un attentat, on n’avait même pas reçu ordre de partir en reportage sur les lieux du drame. On n’avait qu’à peine protesté: le week-end, il est vrai, s’annonçait si radieux à Paris.
Cinq ans plus tard, pas le moindre responsable de cette catastrophe n’a encore été jugé. Ses causes sont toujours controversées. Et nombre de sinistrés attendent encore un emploi ou un logement décent.
Les télés aujourd’hui, sans doute, en parleront un peu.
Un peu.
B.DL.

20.09.2006

Un engouement un peu surfait

Les personnalités politiques françaises, et les présidentiables en particulier, en pincent pour internet. Chaque semaine désormais, ou presque, l’un ou l’autre ténor annonce l’ouverture de son blog.
Mais quel sera l’impact réel d’internet sur le résultat des présidentielles? Ifop vient de se pencher sur la question, et son étude remet un peu les choses à leur place.
L’institut de sondages ne nie pas les potentialités offertes par ce nouveau média en matière politique: l’accès plus facile à l’info, l’interactivité, de nouvelles voies de recrutement (adhésions en ligne, etc.) ou l’ouverture du débat à des publics (jeunes, etc.) qui en étaient jusqu’à présent exclus ou étaient rétifs à des formes d’engagement traditionnelles.
Mais l’étude rappelle aussi deux données rédhibitoires. Un: seule une minorité d’électeurs (44%) se déclarent assez ou beaucoup intéressés par la politique (et internet, manifestement, n'y change rien). Deux, seuls 12% de l’électorat accordent prioritairement leur confiance à Internet pour s’informer en matière politique, loin derrière tous les autres médias (télé, radio, presse, etc.).
L’on sait, du reste, que le public internaute n’est pas du tout représentatif de l’électorat en général: il est beaucoup plus masculin, urbain et appartient proportionnellement davantage aux catégories sociales supérieures que l'électeur moyen.
Du coup, cette conclusion, qui risque de doucher quelques illusions: «Il n’est pas acquis que la fabrique de ce que l’on pourrait appeler une popularité en ligne, et que l’on mesurerait notamment par le nombre de soutiens engrangés, les blogs dédiés à une personne ou le bruit médiatique sur la toile, ne se traduise à terme par une popularité électorale déterminante au moment de voter».
Ce sera, en tout cas, un des éléments intéressants à analyser au lendemain du scrutin.
B.DL.

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