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31.10.2006

Une familiarité routinière

Petit-déjeuner – un brin trop matinal; il faudra vraiment qu'on poursuive la nuit dans le TGV - avec vue sur la Garonne. Exactement le même petit-déjeuner qu’il y a quelques jours à Lille, et certainement la réplique de celui qu’on prendra le prochain matin de lendemain de journée de reportage: très bientôt sans doute.
Dans cette chaîne hôtelière, en effet, les buffets de petit-déjeuner sont rigoureusement identiques dans tous les établissements de France. Tout comme les chambres, les réceptions, la décoration générale et la clientèle sont exactement pareilles et interchangeables.
De Nice à Dijon, de Bordeaux à Alençon, de Montargis à Lyon, cela donne une impression étrange: entre routine assommante et familiarité rassurante. Mais cette similarité, après quelques dizaines de voyages express de ce type, n’aide pas précisément à situer la ville où l’on se trouve dans les premières secondes, forcément brumeuses, suivant le réveil.
On connaît des collègues (et néanmoins amis) travaillant pour des journaux plus nantis, qui peuvent donc s’offrir les établissements appartenant au créneau situé juste au dessus dans la hiérarchie de ce grand groupe hôtelier. Du coup, ils disposent d’un avantage indéniable, dont raffole le journaliste de base: le mini-bar dans la chambre.
Non pas, n’en déplaise aux mauvaises langues, pour arroser jusqu’à pas d’heure la fin si tardive de la journée de travail. Mais au moins pour y puiser quelques friandises, comme toujours trop grasses et calorifiques, lorsque, de retour de meeting, jamais avant 23 heures, on se rend compte qu’on n’a pas encore eu le temps de dîner et que, dans la ville déjà endormie, tout est désespérément fermé.
C'est d'ailleurs généralement à cet instant qu'on regrette un peu de n'être pas à Paris.
B.DL.

30.10.2006

Un mode de vie

En campagne encore et toujours aujourd’hui, avec Dominique Strauss-Kahn cette fois, en région bordelaise.
Un journaliste en campagne électorale passe sa vie dans les TGV. Saute d’une ville à l’autre sans avoir le temps de les visiter et d’un hôtel de seconde zone à l’autre, invariablement identiques. Court après les taxis eux-mêmes censés poursuivre les berlines des candidats (comme au cinéma: «Taxi, suivez cette voiture!»). Et, suivant les politiques à la trace, à longueur de journées, arpente les marchés de province (trop peu en cette pré-campagne socialiste, hélas), aligne les réunions de militants, additionne les meetings.
Au début, c’est un mode de vie assez déroutant: beaucoup plus physique évidemment que le journalisme si parisien et sédentaire d’analyse et de commentaire. Puis, cela devient très vite excitant, cette redécouverte du terrain et de la «France d’en bas» (cela dit sans mépris aucun).
A force et à la longue, cela finit par être un peu éreintant. Mais on n’en est pas au stade de se plaindre. Heureusement: on en a encore pour six mois.
B.DL.

27.10.2006

Un présage

medium_11_15_43_318991000_FRANCE_SOCIALISTS_PAR102.jpgEn campagne à nouveau, jusque tard sans doute ce soir, avec Laurent Fabius, à Lille cette fois. On s’en est souvenu ce matin: les deux dernières occasions où l’on a suivi des hiérarques socialistes en campagne dans la capitale du Nord, cela ne leur a pas porté chance.
La dernière fois, c’était quelques jours avant le référendum européen de 2005. Tous les dignitaires du PS en faveur du Oui (Hollande, Lang, Mauroy, Aubry, etc.) s’étaient réunis dans une salle du centre ville pour un meeting vibrant, convaincu et confiant sur l’Europe, auquel avaient même été invités plusieurs responsables socialistes étrangers. Quelques jours plus tard, la direction du PS se prenait une déculottée avec l’écrasante victoire du Non.
La fois précédente, c’était peu avant le premier tour des présidentielles de 2002. Dans un immense chapiteau planté dans les faubourgs de la ville, Lionel Jospin avait tenu un meeting mémorable par sa taille: une demi-douzaine de milliers de socialistes au moins, venus de tout le pays, y avaient assisté. A la tribune, la voix nouée, le candidat avait déclaré avoir senti dans cette foule et dans l’humeur du pays un irrépressible mouvement en sa faveur. Les militants lui avaient fait un triomphe. On sait ce qu’il advint finalement le 21 avril.
Lille donc a l’air de porter la poisse aux socialistes. Laurent Fabius le constatera-t-il à ses dépens? Réponse le 16 novembre, jour du premier tour du scrutin pour l’investiture.
B.DL.

26.10.2006

Un destin

Yassin Chafahi, 17 ans, vient à peine d’arriver à Paris. Orphelin, il a fui l’Afghanistan, ce pays qui ne l’a «pas protégé». Il est complètement perdu dans les méandres de l’administration française. Et surpris de voir d’autres gamins, venus notamment de l’Est, mendier dans le métro ou dormir dehors.
Difficile parfois, de raconter son histoire. «Si je parle, les arbres s’arrachent. Si j'écris, les stylos se cassent », dit-il en voix off.
Sous la tutelle de l’association France Terre d’Asile, Yassin a entamé des démarches pour obtenir le statut de réfugié mineur isolé. En attendant, avec en poche une carte de séjour temporaire, il dort dans un petit hôtel de Pigalle et va à l’école. Il est le seul à vivre sans famille. Et il en souffre, ne sachant plus bien où se situent les contours de son identité.
Pour ce documentaire sensible et discret intitulé «Ado d’ailleurs» et diffusé sur Arte ce soir, à 22h35, Didier Cros est parvenu à nouer une relation de confiance avec Yassin. Nous entrons, par ses images, dans un monde à part, si difficile à imaginer pour celui qui n’a pas vécu les mêmes choses. «Personne ne regarde le réfugié, il n’intéresse personne. Qui est avec nous, hein?», lance Aslan, l’ami de Yassin.
De temps en temps, ce dernier sourit, espère. Parfois, son regard s'égare.
Ce n'est plus un simple numéro noyé dans les chiffres abstraits et sans âme de l'immigration. Ce n’est plus un de ces nombreux réfugiés qu’on croise tous les jours à Paris, dans la rue ou dans le métro. Et que souvent, on ne voit même pas.
C.G.

Une évidence

Hier en fin de soirée, en sortant d’une grande brasserie de la place de la Bastille, on a l’œil attiré par un attroupement d’une demi-douzaine de jeunes et à peu près autant de policiers. Les premiers oscillent entre le look rappeur-capuche, artiste de rue, étudiant bohême et banlieusard en virée à Paris. Les seconds, comme l’atteste leur uniforme, font partie de la brigade des policiers à vélo.
Ce qui frappe dès le premier regard, c’est la similitude de l’âge de tous ces gens, qu’ils appartiennent à l’un ou l’autre camp: dans les 25 ans, guère plus. Puis, c’est la cordialité voire la convivialité des échanges entre les deux groupes. Tout le monde se sourit, se tutoie, se connaît manifestement bien. On parle même de musique et de foot. On passe visiblement un bon moment ensemble.
En les voyant, on a repensé à la célèbre engueulade qu’avait adressée au début de son mandat Nicolas Sarkozy à des policiers, de Toulouse si on se souvient bien. «La première tâche des policiers n’est pas de jouer au football avec des gamins mais d’enquêter et d’interpeller les criminels et les délinquants», avait dit en substance le ministre de l’Intérieur à des pandores pétrifiés d’être humiliés face à des caméras de télé. Le ministre avait ensuite enterré la police de proximité.
Cette dernière n’est sans doute pas la panacée décrite par la gauche, qui s’en sert un peu comme d’un alibi pour cacher les faiblesses de son propre bilan sécuritaire. Il n’empêche, si cette police n’avait pas été démantelée, les émeutes des banlieues auraient-elles pris une telle ampleur? Hier soir, en tout cas, en observant nos gaillards, on les imaginait vraiment mal se caillasser et se bastonner.
C’est tellement une évidence qu’on ne comprend toujours pas comment la droite a pu l’oublier: quand on se connaît, quand on s’est déjà croisé dans le quartier, quand on s’est salué, quand on s’est parlé, quand des liens même ténus ont été noués, a priori, on a tout de même tendance à se taper moins rapidement dessus.
B.DL.

25.10.2006

Un célèbre regard

En campagne hier soir avec les strauss-kahniens, qui avaient élu domicile au «Chao Ba Café», un bar branché du boulevard de Clichy, dans le 18ème.
A la fin de la soirée, survient Anne Sinclair: très belle, très star, total look noir. Sur le trottoir, en attendant l’arrivée de son mari, l’épouse de DSK converse avec Jean-Paul Huchon, le président de la Région Ile-de-France, et quelques députés amis. Elle se lâche: crache son venin sur Ségolène Royal, l’assassine littéralement de remarques acerbes à propos de sa prestation lors du débat télévisé entre les trois candidats à l’investiture socialiste pour 2007, qui vient à peine de s’achever.
Mais son instinct d’ancienne journaliste refaisant surface, Sinclair repère rapidement qu’on prend des notes. Elle met aussitôt en garde ses interlocuteurs, leur conseille de parler moins fort et nous foudroie de ses célèbres yeux revolver. On est dans un lieu public, non? Ostensiblement bondé de micros, de caméras et de photographes, qui plus est. «En effet, mais il s’agit d’une conversation privée», rétorque-t-elle du tac au tac.
Son regard est une invitation explicite, quasi militaire, pour tout dire sans appel, à laisser tomber illico le stylo.
Mais son sourire est si franc qu’on croit y lire un aveu implicite, beau joueur somme toute, confraternel presque: si elle avait été placée dans la même situation en tant que journaliste, elle aurait agi exactement de la même façon et évidemment pris note de la conversation.
B.DL.

24.10.2006

Une tempête

medium_paris_sous_la_pluie.jpgOn a à peine fermé l’œil, cette nuit. La cheminée dans la chambre qui se prend pour une locomotive en furie, les fenêtres et volets du voisinage qui claquent pendant des heures, les alarmes des voitures qui se déclenchent intempestivement dans tout le quartier, les pots de fleurs qui dégringolent des rebords de fenêtre pour s’écraser sur le bitume: tout cela produisait un vacarme évidemment assez peu reposant.
Ce matin d’ailleurs, les rues de Paris portaient encore les stigmates de cette nuit agitée, avec un peu partout des poubelles renversées par les vents et des présentoirs de dépliants publicitaires ayant éparpillé leur contenu sur la chaussée. La majorité des squares restaient fermés au public par mesure de sécurité. Et on entendait régulièrement le bruit sinistre des tronçonneuses des élagueurs occupés à sécuriser les arbres des grands boulevards.
C’était donc la première grande tempête de l’automne. Avec des vents affichant des pointes dépassant les 100 km/h, on l’a senti passer jusque et y compris dans la capitale.
On n’ose imaginer la nuit qu’ont dû passer tous les SDF hébergés dans ces si fragiles campements de tentes, le long de la Seine, du canal Saint-Martin ou ailleurs.
B.DL.

23.10.2006

Un avertissement

C’est un rappel à l’ordre qui tombe à point nommé, alors que la pré-campagne pour les élections présidentielles de 2007 bat son plein. La Commission nationale informatique et libertés (CNIL) vient d’adresser à tous les partis une série de recommandations relatives à la prospection politique via les nouveaux médias électroniques.
Désormais, les partis se voient explicitement interdire toute utilisation de certaines bases de données (fichiers de gestion et de paie des personnels, fichiers des administrations, etc.) à des fins de prospection politique. L’utilisation de fichiers commerciaux leur est rendue possible mais moyennant «une information claire et transparente» des personnes démarchées, afin qu’elles n’aient pas «l’impression d’être fichées par le parti ou l’élu à l’origine du message». Ainsi par exemple, la prospection politique par courrier électronique ne pourra concerner que les personnes qui y ont consenti. Enfin, les partis se voient recommander de ne pas utiliser des moyens de prospection soit «particulièrement intrusifs» (appels téléphoniques automatiques avec message préenregistré, télécopieurs, etc.), soit qui «ne permettent pas de délivrer une information complète» (comme les SMS, qui sont limités à 160 caractères).
La CNIL ne le dit pas, mais la chose est claire: son avertissement vise notamment et particulièrement l’UMP. En septembre 2005, en effet, pour la première fois en France, plusieurs centaines de milliers d’internautes avaient reçu des «Sarkospam»: des courriels les invitant à soutenir Nicolas Sarkozy en 2007. A la suite de cette campagne, la CNIL avait reçu une centaine de plaintes d’internautes furieux que leur adresse e-mail ait été utilisée à des fins de marketing politique.
B.DL.

22.10.2006

Une attitude

En campagne ce matin avec Ségolène Royal à Paris. La candidate à l’investiture socialiste pour 2007 (et probable future candidate socialiste à l’Elysée) était invitée à la Sorbonne pour discourir sur une question importante: «La responsabilité des élus face à la démocratie participative: respect du peuple ou populisme?».
Comme à son habitude, Ségolène Royal n’a que très peu répondu précisément aux questions qui lui étaient posées par les étudiants. Mais ses grands concepts fédérateurs («La République du respect», «L’Ordre juste», etc.) et sa calme assurance ont fait mouche.
A la fin de son exposé, une vibrante ovation l’a saluée. Sous les tonnerres d’applaudissements, l’intéressée est restée longuement immobile: sourire angélique, regard à la fois perçant et bienveillant, droite comme un i, déjà présidentielle dans l’attitude. Comme totalement, jusqu'au plus profond d'elle même, habitée par son irrésistible succès.
B.DL.

20.10.2006

Un symbole, ou l'autre

En campagne ce soir avec Laurent Fabius en Picardie. Le candidat (probablement malheureux) à l'investiture socialiste pour 2007 rehausse de sa présence le verre de l'amitié donné à l'occasion de l'inauguration de la maison départementale des socialistes à Creil, dans l'Oise.
-Le vin servi aux militants n'est franchement pas terrible, mais c'est un vin rouge;
-L'ancien Premier ministre a revêtu une veste pareillement rouge écarlate;
-Et dans l'escalier menant aux bureaux des camarades, trône un grand et beau portrait stylisé de Mitterrand avec cette phrase: "Nous avons tant fait ensemble".
Tous ces symboles suffiront-ils à enrayer la machine Ségolène? Même en ce fief fabiusien, ce soir, les "royalistes" semblent si nombreux.
B.DL.

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