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31/10/2006

Une familiarité routinière

Petit-déjeuner – un brin trop matinal; il faudra vraiment qu'on poursuive la nuit dans le TGV - avec vue sur la Garonne. Exactement le même petit-déjeuner qu’il y a quelques jours à Lille, et certainement la réplique de celui qu’on prendra le prochain matin de lendemain de journée de reportage: très bientôt sans doute.
Dans cette chaîne hôtelière, en effet, les buffets de petit-déjeuner sont rigoureusement identiques dans tous les établissements de France. Tout comme les chambres, les réceptions, la décoration générale et la clientèle sont exactement pareilles et interchangeables.
De Nice à Dijon, de Bordeaux à Alençon, de Montargis à Lyon, cela donne une impression étrange: entre routine assommante et familiarité rassurante. Mais cette similarité, après quelques dizaines de voyages express de ce type, n’aide pas précisément à situer la ville où l’on se trouve dans les premières secondes, forcément brumeuses, suivant le réveil.
On connaît des collègues (et néanmoins amis) travaillant pour des journaux plus nantis, qui peuvent donc s’offrir les établissements appartenant au créneau situé juste au dessus dans la hiérarchie de ce grand groupe hôtelier. Du coup, ils disposent d’un avantage indéniable, dont raffole le journaliste de base: le mini-bar dans la chambre.
Non pas, n’en déplaise aux mauvaises langues, pour arroser jusqu’à pas d’heure la fin si tardive de la journée de travail. Mais au moins pour y puiser quelques friandises, comme toujours trop grasses et calorifiques, lorsque, de retour de meeting, jamais avant 23 heures, on se rend compte qu’on n’a pas encore eu le temps de dîner et que, dans la ville déjà endormie, tout est désespérément fermé.
C'est d'ailleurs généralement à cet instant qu'on regrette un peu de n'être pas à Paris.
B.DL.

30/10/2006

Un mode de vie

En campagne encore et toujours aujourd’hui, avec Dominique Strauss-Kahn cette fois, en région bordelaise.
Un journaliste en campagne électorale passe sa vie dans les TGV. Saute d’une ville à l’autre sans avoir le temps de les visiter et d’un hôtel de seconde zone à l’autre, invariablement identiques. Court après les taxis eux-mêmes censés poursuivre les berlines des candidats (comme au cinéma: «Taxi, suivez cette voiture!»). Et, suivant les politiques à la trace, à longueur de journées, arpente les marchés de province (trop peu en cette pré-campagne socialiste, hélas), aligne les réunions de militants, additionne les meetings.
Au début, c’est un mode de vie assez déroutant: beaucoup plus physique évidemment que le journalisme si parisien et sédentaire d’analyse et de commentaire. Puis, cela devient très vite excitant, cette redécouverte du terrain et de la «France d’en bas» (cela dit sans mépris aucun).
A force et à la longue, cela finit par être un peu éreintant. Mais on n’en est pas au stade de se plaindre. Heureusement: on en a encore pour six mois.
B.DL.

27/10/2006

Un présage

medium_11_15_43_318991000_FRANCE_SOCIALISTS_PAR102.jpgEn campagne à nouveau, jusque tard sans doute ce soir, avec Laurent Fabius, à Lille cette fois. On s’en est souvenu ce matin: les deux dernières occasions où l’on a suivi des hiérarques socialistes en campagne dans la capitale du Nord, cela ne leur a pas porté chance.
La dernière fois, c’était quelques jours avant le référendum européen de 2005. Tous les dignitaires du PS en faveur du Oui (Hollande, Lang, Mauroy, Aubry, etc.) s’étaient réunis dans une salle du centre ville pour un meeting vibrant, convaincu et confiant sur l’Europe, auquel avaient même été invités plusieurs responsables socialistes étrangers. Quelques jours plus tard, la direction du PS se prenait une déculottée avec l’écrasante victoire du Non.
La fois précédente, c’était peu avant le premier tour des présidentielles de 2002. Dans un immense chapiteau planté dans les faubourgs de la ville, Lionel Jospin avait tenu un meeting mémorable par sa taille: une demi-douzaine de milliers de socialistes au moins, venus de tout le pays, y avaient assisté. A la tribune, la voix nouée, le candidat avait déclaré avoir senti dans cette foule et dans l’humeur du pays un irrépressible mouvement en sa faveur. Les militants lui avaient fait un triomphe. On sait ce qu’il advint finalement le 21 avril.
Lille donc a l’air de porter la poisse aux socialistes. Laurent Fabius le constatera-t-il à ses dépens? Réponse le 16 novembre, jour du premier tour du scrutin pour l’investiture.
B.DL.

26/10/2006

Un destin

Yassin Chafahi, 17 ans, vient à peine d’arriver à Paris. Orphelin, il a fui l’Afghanistan, ce pays qui ne l’a «pas protégé». Il est complètement perdu dans les méandres de l’administration française. Et surpris de voir d’autres gamins, venus notamment de l’Est, mendier dans le métro ou dormir dehors.
Difficile parfois, de raconter son histoire. «Si je parle, les arbres s’arrachent. Si j'écris, les stylos se cassent », dit-il en voix off.
Sous la tutelle de l’association France Terre d’Asile, Yassin a entamé des démarches pour obtenir le statut de réfugié mineur isolé. En attendant, avec en poche une carte de séjour temporaire, il dort dans un petit hôtel de Pigalle et va à l’école. Il est le seul à vivre sans famille. Et il en souffre, ne sachant plus bien où se situent les contours de son identité.
Pour ce documentaire sensible et discret intitulé «Ado d’ailleurs» et diffusé sur Arte ce soir, à 22h35, Didier Cros est parvenu à nouer une relation de confiance avec Yassin. Nous entrons, par ses images, dans un monde à part, si difficile à imaginer pour celui qui n’a pas vécu les mêmes choses. «Personne ne regarde le réfugié, il n’intéresse personne. Qui est avec nous, hein?», lance Aslan, l’ami de Yassin.
De temps en temps, ce dernier sourit, espère. Parfois, son regard s'égare.
Ce n'est plus un simple numéro noyé dans les chiffres abstraits et sans âme de l'immigration. Ce n’est plus un de ces nombreux réfugiés qu’on croise tous les jours à Paris, dans la rue ou dans le métro. Et que souvent, on ne voit même pas.
C.G.

Une évidence

Hier en fin de soirée, en sortant d’une grande brasserie de la place de la Bastille, on a l’œil attiré par un attroupement d’une demi-douzaine de jeunes et à peu près autant de policiers. Les premiers oscillent entre le look rappeur-capuche, artiste de rue, étudiant bohême et banlieusard en virée à Paris. Les seconds, comme l’atteste leur uniforme, font partie de la brigade des policiers à vélo.
Ce qui frappe dès le premier regard, c’est la similitude de l’âge de tous ces gens, qu’ils appartiennent à l’un ou l’autre camp: dans les 25 ans, guère plus. Puis, c’est la cordialité voire la convivialité des échanges entre les deux groupes. Tout le monde se sourit, se tutoie, se connaît manifestement bien. On parle même de musique et de foot. On passe visiblement un bon moment ensemble.
En les voyant, on a repensé à la célèbre engueulade qu’avait adressée au début de son mandat Nicolas Sarkozy à des policiers, de Toulouse si on se souvient bien. «La première tâche des policiers n’est pas de jouer au football avec des gamins mais d’enquêter et d’interpeller les criminels et les délinquants», avait dit en substance le ministre de l’Intérieur à des pandores pétrifiés d’être humiliés face à des caméras de télé. Le ministre avait ensuite enterré la police de proximité.
Cette dernière n’est sans doute pas la panacée décrite par la gauche, qui s’en sert un peu comme d’un alibi pour cacher les faiblesses de son propre bilan sécuritaire. Il n’empêche, si cette police n’avait pas été démantelée, les émeutes des banlieues auraient-elles pris une telle ampleur? Hier soir, en tout cas, en observant nos gaillards, on les imaginait vraiment mal se caillasser et se bastonner.
C’est tellement une évidence qu’on ne comprend toujours pas comment la droite a pu l’oublier: quand on se connaît, quand on s’est déjà croisé dans le quartier, quand on s’est salué, quand on s’est parlé, quand des liens même ténus ont été noués, a priori, on a tout de même tendance à se taper moins rapidement dessus.
B.DL.

25/10/2006

Un célèbre regard

En campagne hier soir avec les strauss-kahniens, qui avaient élu domicile au «Chao Ba Café», un bar branché du boulevard de Clichy, dans le 18ème.
A la fin de la soirée, survient Anne Sinclair: très belle, très star, total look noir. Sur le trottoir, en attendant l’arrivée de son mari, l’épouse de DSK converse avec Jean-Paul Huchon, le président de la Région Ile-de-France, et quelques députés amis. Elle se lâche: crache son venin sur Ségolène Royal, l’assassine littéralement de remarques acerbes à propos de sa prestation lors du débat télévisé entre les trois candidats à l’investiture socialiste pour 2007, qui vient à peine de s’achever.
Mais son instinct d’ancienne journaliste refaisant surface, Sinclair repère rapidement qu’on prend des notes. Elle met aussitôt en garde ses interlocuteurs, leur conseille de parler moins fort et nous foudroie de ses célèbres yeux revolver. On est dans un lieu public, non? Ostensiblement bondé de micros, de caméras et de photographes, qui plus est. «En effet, mais il s’agit d’une conversation privée», rétorque-t-elle du tac au tac.
Son regard est une invitation explicite, quasi militaire, pour tout dire sans appel, à laisser tomber illico le stylo.
Mais son sourire est si franc qu’on croit y lire un aveu implicite, beau joueur somme toute, confraternel presque: si elle avait été placée dans la même situation en tant que journaliste, elle aurait agi exactement de la même façon et évidemment pris note de la conversation.
B.DL.

24/10/2006

Une tempête

medium_paris_sous_la_pluie.jpgOn a à peine fermé l’œil, cette nuit. La cheminée dans la chambre qui se prend pour une locomotive en furie, les fenêtres et volets du voisinage qui claquent pendant des heures, les alarmes des voitures qui se déclenchent intempestivement dans tout le quartier, les pots de fleurs qui dégringolent des rebords de fenêtre pour s’écraser sur le bitume: tout cela produisait un vacarme évidemment assez peu reposant.
Ce matin d’ailleurs, les rues de Paris portaient encore les stigmates de cette nuit agitée, avec un peu partout des poubelles renversées par les vents et des présentoirs de dépliants publicitaires ayant éparpillé leur contenu sur la chaussée. La majorité des squares restaient fermés au public par mesure de sécurité. Et on entendait régulièrement le bruit sinistre des tronçonneuses des élagueurs occupés à sécuriser les arbres des grands boulevards.
C’était donc la première grande tempête de l’automne. Avec des vents affichant des pointes dépassant les 100 km/h, on l’a senti passer jusque et y compris dans la capitale.
On n’ose imaginer la nuit qu’ont dû passer tous les SDF hébergés dans ces si fragiles campements de tentes, le long de la Seine, du canal Saint-Martin ou ailleurs.
B.DL.

10:40 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : Paris, Météo

23/10/2006

Un avertissement

C’est un rappel à l’ordre qui tombe à point nommé, alors que la pré-campagne pour les élections présidentielles de 2007 bat son plein. La Commission nationale informatique et libertés (CNIL) vient d’adresser à tous les partis une série de recommandations relatives à la prospection politique via les nouveaux médias électroniques.
Désormais, les partis se voient explicitement interdire toute utilisation de certaines bases de données (fichiers de gestion et de paie des personnels, fichiers des administrations, etc.) à des fins de prospection politique. L’utilisation de fichiers commerciaux leur est rendue possible mais moyennant «une information claire et transparente» des personnes démarchées, afin qu’elles n’aient pas «l’impression d’être fichées par le parti ou l’élu à l’origine du message». Ainsi par exemple, la prospection politique par courrier électronique ne pourra concerner que les personnes qui y ont consenti. Enfin, les partis se voient recommander de ne pas utiliser des moyens de prospection soit «particulièrement intrusifs» (appels téléphoniques automatiques avec message préenregistré, télécopieurs, etc.), soit qui «ne permettent pas de délivrer une information complète» (comme les SMS, qui sont limités à 160 caractères).
La CNIL ne le dit pas, mais la chose est claire: son avertissement vise notamment et particulièrement l’UMP. En septembre 2005, en effet, pour la première fois en France, plusieurs centaines de milliers d’internautes avaient reçu des «Sarkospam»: des courriels les invitant à soutenir Nicolas Sarkozy en 2007. A la suite de cette campagne, la CNIL avait reçu une centaine de plaintes d’internautes furieux que leur adresse e-mail ait été utilisée à des fins de marketing politique.
B.DL.

22/10/2006

Une attitude

En campagne ce matin avec Ségolène Royal à Paris. La candidate à l’investiture socialiste pour 2007 (et probable future candidate socialiste à l’Elysée) était invitée à la Sorbonne pour discourir sur une question importante: «La responsabilité des élus face à la démocratie participative: respect du peuple ou populisme?».
Comme à son habitude, Ségolène Royal n’a que très peu répondu précisément aux questions qui lui étaient posées par les étudiants. Mais ses grands concepts fédérateurs («La République du respect», «L’Ordre juste», etc.) et sa calme assurance ont fait mouche.
A la fin de son exposé, une vibrante ovation l’a saluée. Sous les tonnerres d’applaudissements, l’intéressée est restée longuement immobile: sourire angélique, regard à la fois perçant et bienveillant, droite comme un i, déjà présidentielle dans l’attitude. Comme totalement, jusqu'au plus profond d'elle même, habitée par son irrésistible succès.
B.DL.

20/10/2006

Un symbole, ou l'autre

En campagne ce soir avec Laurent Fabius en Picardie. Le candidat (probablement malheureux) à l'investiture socialiste pour 2007 rehausse de sa présence le verre de l'amitié donné à l'occasion de l'inauguration de la maison départementale des socialistes à Creil, dans l'Oise.
-Le vin servi aux militants n'est franchement pas terrible, mais c'est un vin rouge;
-L'ancien Premier ministre a revêtu une veste pareillement rouge écarlate;
-Et dans l'escalier menant aux bureaux des camarades, trône un grand et beau portrait stylisé de Mitterrand avec cette phrase: "Nous avons tant fait ensemble".
Tous ces symboles suffiront-ils à enrayer la machine Ségolène? Même en ce fief fabiusien, ce soir, les "royalistes" semblent si nombreux.
B.DL.

Un point commun?

medium_Chirac-MAM.jpgC’est la campagne électorale. Les personnalités politiques, dès lors, cherchent à tout prix à convaincre et à séduire. Souvent, pour ce faire, elles se lâchent, poussées par d'omnipotents conseillers en image qui ne vivent que dans l’obsession que l’on parle et que l’on aperçoive leur mentor dans les médias.
Visiblement, Michèle Alliot-Marie subit actuellement de fortes pressions dans ce sens de la part de ses «spin doctors». La ministre de la Défense, en effet, vient de pousser la confidence "pipol" jusqu'à révéler au «Washington Post» que jadis, quand leur romance n’était pas publique, elle retrouvait son compagnon Patrick Ollier dans les cabines téléphoniques de l'Assemblée nationale, où les deux tourtereaux s’embrassaient langoureusement. «C'était follement amusant», a commenté MAM.
Manifestement encore sous le choc d’une telle révélation, follement amusante en effet dans le chef d’une personnalité tout de même plus connue pour sa raideur que pour son amour de la gaudriole, le grand quotidien américain en a déduit que Michèle Alliot-Marie avait un «potentiel» pour succéder un jour à Jacques Chirac à l'Elysée.
Si le critère choisi est l’appétit pour les plaisirs de la vie, la réputation du Président sortant, elle en tout cas, n’est plus à faire.
B.DL.

19/10/2006

Un grand classique

Dès ce soir jusqu’au 17 février prochain, on va de nouveau voir des queues immenses s’étirer sur les trottoirs le long de l’Hôtel de ville. Ce 19 octobre, en effet, y est inaugurée une vaste rétrospective consacrée à un des photographes français les plus populaires: Robert Doisneau.
Près de 300 photos sont exposées, certaines immensément célèbres, déjà vues et revues, d’autres moins connues et donc plus intéressantes. Ainsi, cette fascinante série dédiée aux Halles avant leur stupide démolition: on se croirait vraiment dans «Le Ventre de Paris» de Zola. Ou ce reportage tout en retenue et en émotion sur les prostituées de la rue Saint-Denis dans les années cinquante.
En sortant du vernissage, on n’était toutefois pas totalement enthousiaste. Avec un ami photographe professionnel, qu’on avait convié pour avoir son avis, on convenait que Doisneau posait au moins deux problèmes.
D’abord, depuis que l’on sait que «Le baiser de l’Hôtel de ville» n’était absolument pas la capture spontanée d’une scène de rue mais une mise en scène pour une photographie commandée, on regarde évidemment la plupart des autres clichés de Doisneau d’un œil suspect. Sont-ce des hasards magnifiquement pris sur le vif? Ou des compositions arrangées de toutes pièces, qui n’ont forcément pas la même valeur?
Ensuite, tout cela est, disons, si… joli. Doisneau l’a bien dit: «Le monde que j’essayais de montrer était un monde où je me serais senti bien, où les gens seraient aimables, où je trouverais la tendresse que je souhaite recevoir». Ce photographe n’aimait pas «la laideur», qui le rendait «physiquement mal». «La petite mélancolie» et «l’attendrissement» étaient les valeurs qui l’émouvaient le plus. Tout cela donne au Paris qu’il a immortalisé un côté Amélie Poulain: artificiellement bienveillant, exagérément lénifiant, à la limite de la mièvrerie souvent.
C’est cela «la générosité» de Doisneau, corrigeaient ses héritiers lors du vernissage. Les Parisiens, sans nul doute, vont adorer l'expo et donc préférer ce regard-là sur son oeuvre.
B.DL.

10:56 Publié dans Dans le vent | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : Paris, Arts, Expos

18/10/2006

Un certain détachement

«Qu’ai-je envie de jouer? Je suis incapable de vous répondre, je n’ai aucune imagination devant une feuille blanche. C’est rigolo de trouver des propositions, mais sinon, je suis très bien chez moi! J’aime lire, me promener, entretenir la nature. Je n’ai pas besoin, comme certains de mes camarades, de travailler. Le travail est fait pour ceux qui n’ont rien à faire».
Une petite phrase saisie au cours d’un déjeuner… de travail. Le comédien Claude Brasseur, que l’on verra ce soir sur France 3 (20h50) dans «L’Oncle de Russie» de Francis Girod (un fait-divers assez jouissif), est nostalgique. La barbe longue pour cause de tournage (il incarne en ce moment, pour Jean-Jacques Annaud, le patriarche d’un village en 3000 ans avant J.C.), il regrette une certaine époque du cinéma français.
«On déconnait beaucoup plus sur les plateaux. Aujourd’hui, on n’a plus le temps, c’est moins gai. Les jeunes ont peur de tout, de se marrer, de bouffer, de baiser!» Ultime confidence: «J’aurais aimé tourner avec mon père (Pierre Brasseur), mais nous n’avons jamais eu de proposition intéressante. Avec mon fils Alexandre, c’est pareil. On ne jouera ensemble que si le sujet s’impose. Le coup médiatique, commercial ne nous intéresse pas. J’aime sa façon d’aborder le métier, il prend son temps, il fait son travail, il n’est pas obsédé par le cinéma».
Petit rappel: la famille Brasseur est dans le métier de la comédie depuis 1820. Le nôtre est décidément fait de rencontres étonnantes, parfois.
C.G.

17/10/2006

Une légère agitation

medium_LCPAn.jpgJusqu’à présent, la télé du bureau n’était reliée ni au câble, ni à la TNT. Parce qu’on n’a jamais eu l’occasion de s’en occuper. Parce que les journalistes qui y travaillent sont le plus souvent débordés et n’ont donc vraiment pas le temps de passer leurs journées à regarder la télé. Parce que, vu la qualité informative des programmes câblés et numériques, les six chaînes hertziennes nationales, franchement, suffisaient amplement. Depuis mardi soir, toutefois, on va sérieusement réfléchir à changer cela.
On avait vérifié le matin même, sur le site internet de la chaîne parlementaire LCP, qu’on pourrait y suivre le fameux débat vespéral entre les trois présidentiables socialistes. On était ravi: cela fonctionnait parfaitement.
Sauf que dès 20 heures, soit plus d’une demi-heure avant le début de l’émission, ce même site était complètement sursaturé par l’afflux des connexions. Et affichait un désespérant message appelant les internautes à faire preuve de patience et à réessayer plus tard.
Légère agitation. Repli précipité sur le site de la chaîne d’info continue LCI, censé diffuser lui aussi l’émission. On tente le podcast gratuit. Une catastrophe: l’image se fige et le son se coupe toutes les trois secondes. La page d’accueil est tellement mal faite qu’on ne voit même pas où et comment on peut s’abonner en urgence.
Il est 20h32, le débat commence dans trois minutes. On se désespère à l’idée de devoir le suivre sur les dépêches d’agence de presse. On surfe comme une âme en peine, avec l'envie de jeter l'ordinateur par la fenêtre. Puis, via quelques sites d’info, on tombe sur Public Sénat, la chaîne jumelle de LCP. On se dit qu’on n’a plus rien à perdre, que peut-être là, il y aura moins de trafic et cela marchera. De fait. Soupir extatique de soulagement. Le débat commence à l’instant même où on obtient la connexion, et celle-ci sera globalement maintenue pendant toute la soirée.
Encore heureux. Car, pendant les deux heures et quelque qu'a duré ce débat, France Info, très décontractée pour le coup, a ouvert toutes les 7 minutes ses flashs sur les résultats de foot.
B.DL.

Un exercice plutôt sain

Il est plus que temps. Il est même un peu tard pour ce faire, mais les journées n’ont que 24 heures. On commence à harceler les états-majors des trois présidentiables socialistes afin d’organiser les innombrables et inévitables reportages de campagne qui seront publiés dans le quotidien – on ne va pas chômer, ces prochaines semaines.
Chez Dominique Strauss-Kahn, on est courtois mais un peu sec, ou plutôt visiblement speedé, n’ayant manifestement que quelques secondes à peine à consacrer aux interlocuteurs au téléphone. L’entourage de l’ex-ministre des Finances voudrait donner l’impression qu’il est débordé par «le frémissement» dans la campagne diagnostiqué en sa faveur par l’intéressé qu’il ne se comporterait pas autrement.
Chez Laurent Fabius, on est charmant. Courtois, prévenant, à l’écoute, souriant, ayant semble-t-il tout son temps. C’est assez appréciable. Mais cela donne un peu l’impression que l’ancien Premier ministre pleure pour avoir des journalistes à ses côtés sur les marchés.
Chez Ségolène Royal, on se montre parfaitement affable, blagueur même. Très disponible, comme si l’intéressée avait une équipe de campagne pléthorique et hyper-organisée - ce qui est sans doute le cas. Très optimiste aussi: ainsi, on promet que d’ici peu (à la prochaine étape, en déduit-on), une équipe sera spécialement chargée des journalistes étrangers en poste à Paris.
Ce serait une fameuse nouveauté. La presse internationale basée ici, en effet, du moins lorsqu’il ne s’agit pas de CNN ou du «Financial Times», n’a jamais été «la priorité de communication» des personnalités politiques. Du coup, elle est reléguée loin derrière la presse parisienne puis la presse régionale dans l’octroi des précieuses accréditations aux meetings et autres déplacements de campagne.
Dans un sens, c’est plutôt bien: être journaliste redevient donc un exercice permanent d’humilité et de volontarisme.
B.DL.

16/10/2006

Un état d'esprit

medium_lille3000_1.jpgUne fois n’est pas coutume – cela arrive si rarement – on regrettait un peu d’être à Paris, ce week-end. On aurait bien pris le premier TGV pour Lille.
On a toujours adoré cette ville. Quelque part, cela doit être lié à sa spécificité géographique: cité française mais si proche de la Belgique. Ce week-end a dû encore être plus fabuleux que les autres dans la grande ville du Nord, avec le lancement du festival culturel joliment appelé «Bombaysers de Lille», dédié à l’Inde.
On l’a longuement vu à la télé, et on était assez épaté. La gare de Lille-Flandres a été redécorée pour ressembler à celle de Bombay. La rue principale de la ville a été transformée en une impressionnante «Rambla des Eléphants» ponctuée de statues de pachydermes géants. Toute la cité a été métamorphosée aux couleurs indiennes. Et 150.000 personnes sont descendues dans les rues jusque tard dans la nuit pour danser ensemble, entre fanfares du Rajasthan, soieries kitchissimes et DJ électro indiens.
Martine Aubry elle-même avait abandonné l’air revêche et teigneux qu’elle dégage si souvent. Habillée en sari, elle rayonnait d’une lumineuse et sereine beauté. La maire de Lille célébrait un certain état d'esprit: cet "esprit du Nord" fait de spontanéité et de convivialité, du sens de la fête, d'une absence totale de prétention compensée par une grande curiosité aux autres et de la tolérance.
En l’écoutant, on comprenait parfaitement, comme presque intuitivement, ce qu’elle voulait dire.
B.DL.

10:50 Publié dans Dans la peau | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : Culture, Régions

13/10/2006

Un plaisir partagé

Un pays formidable, suite – et sans doute pas fin.
Dans le cadre de l’opération «Lire en fête» qui débute ce vendredi, la France va faire l’objet ce week-end d’une gigantesque opération de «book crossing».
On connaît le concept, venu des Etats-Unis. Il s’agit pour des particuliers de laisser un livre qu’ils ont aimé sur un banc public, dans un bus, dans un café ou dans une gare, pour qu’il soit trouvé et lu par d’autres personnes qui le relâchent ensuite dans la nature, et ainsi de suite. Tous ces lecteurs peuvent se retrouver sur un site internet indiqué dans le livre, pour échanger leurs impressions.
Ce week-end, plus de 10.000 ouvrages seront carrément mis en circulation dans quinze gares de Paris et du pays ainsi que dans des trains sillonnant tout l’Hexagone. Ce sont les cheminots de la SNCF eux-mêmes qui les ont choisis et sortis de leurs bibliothèque personnelle. Sur un site internet , les lecteurs pourront partager leur passion pour tel ou tel ouvrage et suivre pendant des semaines leur parcours géographique et leur succès public.
Parmi les 10.000 livres proposés, figurent tous les genres: bandes dessinées, polars, romans, essais, biographies, mangas, etc. Si l’opération marche bien, ce ne seront plus seulement les cheminots mais l’ensemble des voyageurs de la SNCF qui seront invités à échanger leurs lectures et à dialoguer.
B.DL.

12/10/2006

Un oubli révélateur

medium_black_20woman_20on_20computer2.jpgC’était assez drôle de les voir toutes, à la télé dimanche: ces «90 femmes d’influence» qui avaient été invitées par «Les Echos» à réaliser le journal du lendemain.
Assez étonnant de voir les Laurence Parisot, Dominique Voynet et autres Marie-George Buffet jouer les journalistes disciplinées. Assez pathétique de constater la complaisance de toutes ces décideuses, qui ont évidemment décrété à l’unisson que le métier de journaliste était le plus beau et le plus difficile du monde. Assez effarant de voir Anne Roumanoff essayer de faire croire, comme dans un sketch, qu’après cet exercice, elle serait moins odieuse avec les journalistes la sollicitant. Assez curieux d’assister à une telle mise en scène du pouvoir féminin, dans un pays lanterne rouge de l’Europe en matière de parité politique et qui ne compte qu’une seule femme parmi les patrons du CAC 40.
C’était donc un assez beau coup de pub, une jolie opération marketing, se disait-on.
Et puis, est tombé hier soir un communiqué du Conseil représentatif des associations noires de France (CRAN), qui a pointé du doigt un détail auquel, on l’avoue piteusement, on n’avait pas prêté attention. Parmi ces 90 femmes de pouvoir, il n’y avait … «pas un seul visage noir ou beur».
«Pas de Christiane Taubira, ni de Yamina Benguigui , ni d' Assia Djebar ou d'Audrey Pulvar. Pas de Rougui Dia, d'Alima Boumediene-Thiery ou de Bariza Khiari», se désole le CRAN. Pour qui cette omission «n'est certainement pas intentionnelle, mais est emblématique du discours ambiant qui d'un côté, théorise l'égalité et de l'autre, participe, en pratique, à la reproduction de certaines discriminations».
B.DL.

11/10/2006

Une discrétion délicieuse

Le sénateur libéral belge Alain Destexhe (*) vient donc de longuement évoquer la situation en Corée du Nord au journal parlé de France Inter. La chaîne de radio française l’avait invité au titre d’ancien Médecin sans frontières mais surtout de parlementaire ayant visité ce pays il y a quelques années, dans le cadre d’une mission officielle.
Alain Destexhe a parfaitement et complètement résumé les conditions de vie concentrationnaires et miséreuses des habitants de ce pays. Il a toutefois fait preuve d’une discrétion délicieuse en s’abstenant d’informer les auditeurs français de la furieuse polémique qui avait entouré sa mission.
A l’époque, les parlementaires belges avaient été accompagnés et filmés par une équipe de la décapante émission «Striptease». La diffusion télévisée de leurs pérégrinations nord-coréennes avait été dévastatrice pour leur image de marque. En effet, ils y apparaissaient moins en élus sérieux et appliqués qu’en potaches en goguette: improbables touristes écarquillés et candides en colo dans la dernière dictature stalinienne de la planète.
Les auditeurs de France Inter ne sauront sans doute jamais rien de cette polémique. Tout comme les responsables de cette station n’auraient sans doute jamais invité Alain Destexhe à parler de la Corée du Nord s’ils avaient visionné le souvenir gardé par «Striptease» de sa mission dans ce pays.
B.DL.

(*) Pour les amis bloggeurs français qui ne le connaîtraient pas, Alain Destexhe doit être au libéralisme francophone belge ce qu’Arnaud Montebourg est au socialisme hexagonal: jeune, adepte du franc-parler, volontiers iconoclaste et imprévisible, qui compense une popularité en dents de scie et un positionnement minoritaire dans son parti par un ego surdimensionné et par une présence immodérée dans les médias.

10/10/2006

Un menu de Roi

medium_canard_laque.jpgSégolène Royal organisait donc hier soir à Paris, dans le quartier Belleville, un «banquet républicain» autour d’elle. Le choix du lieu de festivités ne devait évidemment rien au hasard. Il s’agissait d’un restaurant chinois baptisé "Le Président". Il offrait le double avantage d’avoir été fréquenté jadis par François Mitterrand lui-même et d’être flanqué en son rez-de-chaussée d’un autre établissement dénommé le "Royal Belleville".
Les convives, quelque 400 personnes, avaient dû débourser 20 euros pour participer aux agapes. Pour cette participation, ils ont eu droit à:
-en entrée : "Assortissement à la vapeur et de beignets" ("ravioli aux crevettes, ravioli de porc, ravioli au poulet et légumes, rouleaux aux champignons et pousses de bambou, petits légumes en beignet salé-sucré")
-en plat : "canard pékinois" accompagné de "pousses de bambou et champignons sur lit de légumes", suivi de "turbot à la vapeur", et de "riz cantonnais".
-en dessert : "Délices à la noix de coco"
Il nous revient que le repas était "délicieux", que le bordeaux (un Château Toutigeac) était "tout à fait correct", mais que Ségolène Royal s’est à peine sustentée et n’est restée qu’une bonne demi-heure au banquet.
Normal: après tout, la campagne ne fait que commencer.
B.DL.