24.11.2006
Une pratique curieuse
On avait déjà cru le remarquer auprès de collègues en suivant l’intéressée sur le terrain. On en a maintenant la confirmation: les journalistes (enfin, des journalistes) appellent désormais Ségolène Royal par son prénom. Ces jours-ci dans les rues de Paris, on ne peut que s’en rendre compte à la vue des abribus ou des kiosques où sont placardées les couvertures de deux news-magazines: «Le roman de Ségolène» («Le Nouvel Obs») et «La vraie nature de Ségolène» («Le Point»).
Ce parti-pris relève-t-il de l’affectif et révèle-t-il donc une adhésion politique? Ce serait parfaitement le droit de ces magazines, mais il serait plus sain et honnête qu’ils l'explicitent à leurs lecteurs.
S’agit-il simplement pour ces journalistes de s’inscrire dans un mouvement de mode, les gens semblant effectivement avoir davantage tendance à dire «Ségolène» que «Ségolène Royal»? Le rôle des médias, croyait-on, n’est pas de suivre la foule mais de garder du recul.
Peut-être la candidate socialiste bénéficie-t-elle de ce traitement en vertu du genre qui est le sien? Dans ce cas, cela relèverait du sexisme le plus idiot.
On ne voit donc guère que l’étourderie et la légèreté pour expliquer un tel égarement journalistique. Mais ce qui se tolère dans le feu de l’action -- voir Arlette Chabot sur France 2 qui, l’autre soir, commentait en direct l’investiture de l’intéressée et appelait cette dernière par son prénom, avant de s’en excuser -- s'explique moins dans le cas de médias papier ayant tout le temps de réfléchir et de peaufiner avant de boucler.
Si ce phénomène continue, les journalistes n’auront bientôt plus guère que deux solutions.
Soit appeler tous les candidats aux présidentielles par leur prénom. «Jean-Marie à la recherche de ses 500 signatures» en couverture de «L’Express», «Jacques se tâte pour 2007» en ouverture du 20 Heures de France 2, «Nicolas karshérise la racaille» en Une du «Monde»: cela ferait sérieux.
Soit à nouveau, mais cette fois à raison, supporter les couplets dénonçant la consanguinité de la classe politico-médiatique, la connivence complaisante et malsaine existant parfois entre politiques et journalistes.
B.DL.
11:10 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : Journalisme, Médias, Elections présidentielles, Royal




Commentaires
Je me faisais exactement la même réflexion depuis quelques jours... Sans donner dans le féminisme obtus, il me semble clair que l'emploi du seul prénom est réservé aux femmes et n'est donc pas dénué d'une certaine condescendance sexiste. Ceci étant, il ne s'adresse pas à toutes les femmes: pour Michèle Alliot-Marie, on va plutôt dire MAM, ce qui s'apparente au Ségo qu'on entend aussi depuis un certain temps, sauf qu'il s'agit d'un diminutif du nom entier et pas du seul prénom. Alors, la question se pose: est-ce parce que Ségolène Royal apparaît moins "masculine", moins "rigide" que MAM (pour faire court) qu'on lui applique le même traitement qu'aux stars de cinéma féminines? Ou est-ce parce qu'on n'ose pas appeler une femme par son seul patronyme, comme on le fait d'un homme: Sarkozy, Chirac ou... Depardieu?
Écrit par : Catherine | 24.11.2006
La preuve en est que l'affection des journalistes pour un candidat est éphémère. Pendant des mois ils ont encensés Nicolas Sarkosy. Aujourd'hui c'est Ségoléne Royal est demain ce sera peut-être François Bayrou. Les français en général n'aime pas trop prononcer le mot "royal" qui a une connotation péjorative avec la République Française. Ceci explique peut-être cela. Il est vrai aussi, qu'on a plus envie de faire ami-ami avec cette personne qu'avec son rival de droite. Il est assez fréquent, pour les journalistes, d'appeler les femmes par leur prénom plutôt que les hommes. Un petit relent de macho qui sait.
Écrit par : Edith de Nantes | 25.11.2006
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