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30.11.2006

Un raté, donc

Soirée un peu agitée hier: à peine était-on rentré à la maison, vers 20 heures, qu’il fallait repartir au bureau pour couvrir la déclaration impromptue de candidature de Nicolas Sarkozy, qui n'était prévue à l'origine que ce jeudi.
Hier soir, et on l’a écrit, on n’excluait tout de même pas à 100% l’idée que la fuite vers «Libé» de son entretien à la presse régionale ait été organisée par l’intéressé lui-même ou par son entourage. Histoire d’à nouveau s’assurer les gros titres des 20 heures mercredi soir (avant un grand show télé ce jeudi soir) et de faire la Une de tous les quotidiens ce jeudi matin.
Une nuit plus tard, ce n’est pas l’hypothèse la plus retenue, même si on la lit encore ça et là. Nicolas Sarkozy aurait donc réellement été victime d’une fuite qu’il n’a pas orchestrée.
S’il l’avait lui-même ourdie, en tout cas, ce serait un fameux fiasco. Le président de l’UMP, en effet, réussit le tour de force de mécontenter à peu près tout le monde.
Mécontenter les journaux régionaux victimes de la fuite, bien sûr. Mécontenter aussi les quotidiens régionaux qui n’ont pas eu le privilège d’être convoqués à Beauvau pour l’interview. Mécontenter encore la presse parisienne, qui déteste par-dessus tout passer après la presse de province. Mécontenter son entourage sans doute, qui a dû lire ce matin les éditoriaux majoritairement narquois relatifs à ce non événement ainsi que les commentaires hilares des professionnels de la com sur la forme qu’il a prise. Mécontenter Chirac peut-être, puisque l’annonce de la candidature de son éternel rival a finalement eu lieu le jour de son anniversaire.
Voilà donc une campagne élyséenne qui commence de manière un peu laborieuse.
B.DL.

29.11.2006

Un an de plus

medium_bougies.jpgLe Président Chirac fête ses 74 ans aujourd’hui. Comme chaque année, ni fleurs, ni couronnes, ni communiqué ne sont prévus par l’Elysée: cela fait longtemps qu’on n’y communique plus sur l’âge du capitaine.
Avec la charité que l’on doit sans doute à un vieil homme en fin de carrière, même les sarkozystes épargnent le chef de l’Etat. Ainsi ce matin, le député Claude Goasguen, qui n’est pourtant pas commode, s’est contenté de lui souhaiter de pouvoir dès l’an prochain assouvir sa passion pour les voyages sans cette fois l’omniprésence pesante de gardes du corps. Sa collègue Nadine Morano, autre sarkozyste de choc, s’est prise pour Marilyn Monroe face à John Kennedy et a entonné «Happy birthday, mister President» en direct à la radio: cela dénotait un sens de l’humour bienvenu mais c’était assez ridicule. Enfin et surtout, Nicolas Sarkozy en personne n’a pas écouté ses plus perfides conseillers, qui lui conseillaient de déclarer sa candidature pour 2007 le jour même de l’anniversaire du chef de l’Etat, histoire d’encore un peu plus le ringardiser.
Après s’être haï pendant plus de dix ans, ces deux hommes finiront par s’aimer.
B.DL.

28.11.2006

Une rencontre

Croisé ce matin en partant au boulot, dans les rues du quartier Bastille, un couple de petits vieux en train d’y faire un vacarme phénoménal. Trognes de vrais parigots, casquettes de poulbot sur la tête, ils faisaient actionner un orgue de Barbarie à tue-tête tout en faisant la quête.
En voyant ainsi matérialisée une telle image d’Epinal d’un vieux Paris populaire et folklorique qu’on croyait depuis longtemps disparu, on s’est demandé si on était bien réveillé.
On a invariablement la même impression le dimanche matin au grand marché du boulevard Richard-Lenoir, en croisant le rémouleur ou le rempailleur: deux autres petits métiers qui, dans cette grande ville si moderne, doivent paraître si délicieusement surannés comme on dit, oui madame.
B.DL.

27.11.2006

Un détail ou l'autre

medium_21_03_59_176141000_00870790.jpgDans les congrès de parti comme dans la vie de tous les jours, il y a des petits détails qui parfois en disent long. Ainsi, hier matin à la Mutualité:
-Ségolène Royal a laissé aux «éléphants» le rituel des bousculades médiatiques. Sans doute pour encore mieux se distinguer d’eux, elle a préféré une arrivée discrète en voiture et une entrée par une porte dérobée aux quelques pas dans la cohue des caméras.
-à la façon dont ils avaient été placés dans la salle (à plusieurs rangées de sièges de la star du jour) ou à l’indifférence télégénique suscitée par leur arrivée, de nombreux ex-ministres jospinistes (Guigou, Trautmann, Glavany, etc.) ont pu constater qu’ils étaient définitivement «has been». A l’inverse, le congrès a consacré le retour d’anciennes stars (Edith Cresson, Yvette Roudy, Jean-Louis Bianco, etc.), qui avaient complètement disparu de la circulation. C’est le fait du Prince.
-Ségolène Royal a tendu la main à Laurent Fabius, mais celui-ci lui a fait la bise. Elle avait fait la même chose avec Lionel Jospin à La Rochelle.
-Le même Laurent Fabius est resté assis lors de l’ovation debout que le congrès a dédiée à François Hollande.
-Anne Sinclair, si omniprésente ces dernières semaines, n’était pas là.
-A l’issue de son discours, François Hollande, par quelques petits gestes discrets, a tenté de faire monter toutes les stars du parti sur l’estrade pour une grande et belle photo de groupe autour de l’héroïne du jour. Raté: celle-ci s’est fait acclamer seule.
-Dominique Strauss-Kahn est apparu complètement abattu à la fin du congrès, lorsque la caméra qui filmait l’événement pour le retransmettre sur écran géant effectuait un ultime travelling dans la salle. Visage sombre et dramatiquement fermé, endossant sa veste d’un geste las, physiquement totalement seul dans des premiers rangs déjà désertés. Il semblait littéralement atterré.
B.DL.

26.11.2006

Un sacre un peu laborieux

Dimanche matin avec les socialistes à la Mutualité, pour le congrès d’investiture de Ségolène Royal.
Le sacre a été laborieux. La sono était à ce point catastrophique que certains militants, mi figue mi raisin, se demandaient si des fabiusiens, dans les coulisses, ne l’avaient pas sabotée. Etait-elle exténuée ou sous l’emprise d’une trop forte émotion? La Reine de la matinée a délivré une prestation très moyenne: discours rempli de petites phrases et de grands slogans tant de fois déjà entendus ces dernières semaines, ton plus scolaire que jamais, souffle court, sourire figé – elle a été nettement moins bonne que lors de ses dernières prestations de campagne. Et en fin de matinée, les problèmes techniques s’accumulant, l’intervention par vidéo du socialiste danois Poul Rasmussen dut carrément être annulée.
On était vraiment à un monde du sacre du Bourget, lorsque Nicolas Sarkozy avait été élu à la présidence de l’UMP: un show d’une redoutable efficacité, véritable modèle de professionnalisme – qui avait coûté plusieurs millions d’euros il est vrai.
En termes de com et d’organisation de grands événements politico-médiatiques donc, les socialistes auront semble-t-il bien besoin des cinq mois qui les séparent des présidentielles pour refaire leur retard sur l’UMP.
B.DL.

24.11.2006

Une pratique curieuse

On avait déjà cru le remarquer auprès de collègues en suivant l’intéressée sur le terrain. On en a maintenant la confirmation: les journalistes (enfin, des journalistes) appellent désormais Ségolène Royal par son prénom. Ces jours-ci dans les rues de Paris, on ne peut que s’en rendre compte à la vue des abribus ou des kiosques où sont placardées les couvertures de deux news-magazines: «Le roman de Ségolène» («Le Nouvel Obs») et «La vraie nature de Ségolène» («Le Point»).
Ce parti-pris relève-t-il de l’affectif et révèle-t-il donc une adhésion politique? Ce serait parfaitement le droit de ces magazines, mais il serait plus sain et honnête qu’ils l'explicitent à leurs lecteurs.
S’agit-il simplement pour ces journalistes de s’inscrire dans un mouvement de mode, les gens semblant effectivement avoir davantage tendance à dire «Ségolène» que «Ségolène Royal»? Le rôle des médias, croyait-on, n’est pas de suivre la foule mais de garder du recul.
Peut-être la candidate socialiste bénéficie-t-elle de ce traitement en vertu du genre qui est le sien? Dans ce cas, cela relèverait du sexisme le plus idiot.
On ne voit donc guère que l’étourderie et la légèreté pour expliquer un tel égarement journalistique. Mais ce qui se tolère dans le feu de l’action -- voir Arlette Chabot sur France 2 qui, l’autre soir, commentait en direct l’investiture de l’intéressée et appelait cette dernière par son prénom, avant de s’en excuser -- s'explique moins dans le cas de médias papier ayant tout le temps de réfléchir et de peaufiner avant de boucler.
Si ce phénomène continue, les journalistes n’auront bientôt plus guère que deux solutions.
Soit appeler tous les candidats aux présidentielles par leur prénom. «Jean-Marie à la recherche de ses 500 signatures» en couverture de «L’Express», «Jacques se tâte pour 2007» en ouverture du 20 Heures de France 2, «Nicolas karshérise la racaille» en Une du «Monde»: cela ferait sérieux.
Soit à nouveau, mais cette fois à raison, supporter les couplets dénonçant la consanguinité de la classe politico-médiatique, la connivence complaisante et malsaine existant parfois entre politiques et journalistes.
B.DL.

23.11.2006

Une flambée

medium_immobilier_Paris.jpgOn ne l’avait pas remarqué dans la rue, mais cela doit être vrai puisque c’est le dernier rapport de l’INSEE, rendu public ce matin, qui le dit: il y a moins de pauvres en France.
Enfin, un peu moins. Sur la période 1996-2004, le taux global de pauvreté dans le pays a régressé de 13,5% à 11%. Mais quelque 7 millions de Français demeurent encore sous le seuil officiel, fixé à 790 euros de ressources mensuelles.
Ce sont toujours les statistiques qui le disent: si la pauvreté globale régresse, les inégalités, elles, augmentent. Et parmi les facteurs qui les encouragent, il y a bien sûr la flambée de l’immobilier.
A cet égard, une autre étude qui vient de sortir, émanant de l’Observatoire sur le financement du Logement, apporte des éléments intéressants. Elle chiffre le coût concret de cette flambée pour les gens: 100.000 euros, ou 10 m2 de surface.
En 1992, en effet, le prix moyen d'un achat immobilier en France s’élevait à 88.000 euros, et cet achat portait sur un logement d’une superficie moyenne de 103m2. En 2006, ce prix moyen a grimpé à 183.000 euros alors que la superficie, elle, a dégringolé à 92m2.
Ce dernier chiffre constitue une moyenne nationale et vaut donc évidemment pour le pays dans son ensemble, et pas spécialement pour Paris. En cinq ans de résidence ici, en effet, on n’y a pas encore rencontré un seul heureux détenteur d’un appartement de 92 m2...
B.DL.

22.11.2006

Une question de profil

C’est un «testing» géant: 6461 vrais-faux CV envoyés en réponse à 1340 offres d’emploi, pour servir à l’élaboration d'un baromètre national sur la discrimination à l’embauche: une première en France. Les résultats de cette enquête viennent de tomber. Ils sont édifiants.
Ils indiquent notamment que parmi tous les profils discriminants fermant la porte à l’emploi, le pire est celui de l’âge. Ainsi, dès 48 ans, un candidat reçoit trois fois moins de réponses positives à ses demandes d’embauche et a seulement 32% de chances d’être convoqué à un entretien. Juste devant lui: le candidat au patronyme maghrébin, qui n'a qu'un rien plus de chances (36%) d’être convoqué. Le candidat handicapé, la femme mariée ayant trois enfants et le demandeur d’emploi souffrant d’un physique désavantageux sont eux un peu moins mal lotis sur la grande échelle de la discrimination.
Le baromètre ne parle pas des mères de famille quinquagénaires, d’origine maghrébine, affublées d’un handicap et d’un physique disgracieux. Statistiquement, pourtant, leurs chances de trouver un emploi ou simplement de décrocher un entretien d’embauche doivent être... proches de zéro.
B.DL.

21.11.2006

Une première visite

medium_logo_france_24.jpgA 21 heures piles, deux génériques retentissent en même temps dans les deux régies news. Au même moment et suivant le même conducteur, deux journalistes, un francophone et un anglophone, présentent un journal de 10 minutes, chacun dans sa langue. Les sujets, montés de manière identique, sont commentés en français d’un côté et en anglais de l’autre. Les deux régies se font face. De part et d’autre, les «tops» de lancement et les décomptes se font indifféremment en anglais et en français.
En passant d’une régie à l’autre, on s’aperçoit au bout de quelques minutes que les sujets ne sont plus les mêmes. Petit couac: la chef d’édition du journal francophone s’est trompée dans le conducteur.
Bienvenue à France 24, la future chaîne française d’information internationale voulue par le Président Jacques Chirac, que l’on a visitée hier soir.
Visible sur Internet le 6 décembre, la chaîne démarrera 36 heures plus tard sur le câble et le satellite en Europe, au Proche et Moyen-Orient, en Afrique et dans les villes de New York et Washington D.C. Ce lancement d’une télé dans deux langues différentes et simultanées est une première en France.
Du coup, évidemment, de nombreux réglages techniques restent à faire et des habitudes de travail à créer. Des journalistes de 27 nationalités sont amenés à collaborer, à travailler le plus souvent en binôme sur les mêmes journaux. Un exercice d’autant plus complexe que les deux langues n’occupent pas le même temps d’antenne (les choses sont dites évidemment en moins de mots en anglais).
«Les anglophones doivent davantage laisser parler les images dans les sujets», nous explique un réalisateur. Alors, imaginez la complexité lorsque l’arabe viendra s’ajouter en juin 2007 (sur une tranche de quatre heures), et l’espagnol en 2009…
C.G.

20.11.2006

Un soir ou jamais

Il arrive que des infos arrivent sur les ondes… sans avoir de réel fondement. C’est le cas de cette rumeur concernant l’arrêt possible de «Ce soir ou jamais».
La quotidienne culturelle de Frédéric Taddéi, sur France 3, cherche encore son audience. Avec une moyenne de 7% de parts de marché et 560 000 téléspectateurs, l’émission, pourtant souvent de bonne facture, n’a pas encore atteint les 10, voire les 12% de parts d’audience annoncés par le directeur des programmes de France 3, Vincent Meslet. Cependant, il ne serait pas question d’y mettre un terme.
«L’émission se cherche encore. Et le public est enthousiaste», confie-t-on à France 3. Sans vouloir outre mesure «communiquer» sur le sujet pour l’instant. Preuve que «Ce soir ou jamais» évolue tout de même sur un fil.
C.G.

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