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30.01.2007

Un silence

On l’entendait ce matin à la radio, puis on le lisait dans «La Croix»: un film, en ce moment, connaît un succès phénoménal en France: «Le grand silence». Ce documentaire sur les moines de la Grande Chartreuse, prix du Jury à Sundance, se caractérise par son absence de dialogues, de commentaires et de musique.
2h42 de silence total, donc. Cela doit être très reposant. A fortiori pour les habitants de Paris, la grande ville du bruit? C’est un peu une antienne, entre marronnier journalistique (un sujet hier soir encore, au JT) et gros cliché touristique.
Paris n’est pas plus bruyante que n’importe quelle autre grande capitale. Et avec un peu de concentration/de décontraction, on fait parfaitement abstraction du tumulte urbain permanent– mais on n’habite pas le long du périphérique, on en convient.
Parmi les bruits typiques de Paris, certains, c’est vrai, sont insupportables:
-les poubelles à verre lorsque leur contenu est déversé dans le camion ad hoc;
-les skates des ados lorsqu’ils dévalent certaines portions de trottoir dont le revêtement est très usé;
-les chariots des livreurs du Franprix, lorsqu’ils cahotent sur la cour pavée le samedi matin;
-la vraie nuisance de tout habitant du centre de Paris: tous ces voisins qui, hystérisés par la flambée de l’immobilier, à longueur de journées, de mois et d’années (et spécialement le week-end, bien sûr), bricolent, rénovent, tapent, clouent, scient, vrillent, poncent, percent, tronçonnent; et tous ces chantiers qui n’en finissent pas: les marteaux piqueurs, les échafaudages qu’on monte, qu’on démonte puis qu’on remonte aussitôt quelques mètres plus loin, etc.
Mais il y a aussi des bruits de Paris qui sont infiniment évocateurs et dont on ne se lasse jamais:
-les cris stridents du métro quand il aborde les tournants;
-le glissement de ces foules immenses qui se pressent le matin dans les couloirs interminables du RER: aux interconnexions des gares du Nord ou de Lyon, de préférence;
-le volume sonore des grandes brasseries, à l’heure de la pause-déjeuner;
-les pas, rassurants à force d’être familiers, du voisin du dessus sur les vieux planchers de chêne;
-celui qu’on préfère: les crachotements de la centrale-radio dans le taxi, la nuit. Quand sous les yeux défile Paris illuminé ou, encore mieux, déjà endormi.
B.DL.

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