31.01.2007
Un dernier jour
Dernier jour donc pour tous les Parisiens et plus largement pour tous les Français qui veulent s’en griller une dans les lieux publics: à partir de demain 1er février, ce sera terminé.
On voit déjà venir -- et on s’en fatigue déjà -- les grands débats enflammés: les partisans de «la liberté de fumer» s’empoigner avec les tenants de «la liberté de respirer», les uns et les autres criant rien moins qu'à l'atteinte à leurs droits de l’homme.
Ainsi hier au Soir3, le député UDF André Santini, par ailleurs fumeur de pipe notoire, considérait en substance que demander au fumeur de faire quelque pas pour aller fumer dehors relevait ni plus ni moins que de la violation des libertés fondamentales. Sa fougue (cette espèce de lyrisme de comptoir si français), son visage des mauvais jours (comme si demain un cataclysme allait s’abattre sur l’Hexagone) paraissaient passablement excessifs, voire franchement pathétiques.
Curieux tout de même, ce pays qui se dit celui des droits de l’homme. D’une part, il est prêt à monter aux barricades contre des lois dites liberticides mais qui ne sont finalement jamais que des tentatives d’organisation de l’espace public régies par le principe du respect et du savoir-vivre mutuels. D’autre part, il fait la sourde oreille et joue les vierges effarouchées lorsqu’il est pris en flagrant délit de violations -- réelles, pour le coup -- des libertés fondamentales: voir les innombrables rapports internationaux accablants sur la situation dans les prisons, dans la zone de rétention de Roissy, etc.
B.DL.
10:50 Publié dans Dans le viseur | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Santé, Tabac
30.01.2007
Un silence
On l’entendait ce matin à la radio, puis on le lisait dans «La Croix»: un film, en ce moment, connaît un succès phénoménal en France: «Le grand silence». Ce documentaire sur les moines de la Grande Chartreuse, prix du Jury à Sundance, se caractérise par son absence de dialogues, de commentaires et de musique.
2h42 de silence total, donc. Cela doit être très reposant. A fortiori pour les habitants de Paris, la grande ville du bruit? C’est un peu une antienne, entre marronnier journalistique (un sujet hier soir encore, au JT) et gros cliché touristique.
Paris n’est pas plus bruyante que n’importe quelle autre grande capitale. Et avec un peu de concentration/de décontraction, on fait parfaitement abstraction du tumulte urbain permanent– mais on n’habite pas le long du périphérique, on en convient.
Parmi les bruits typiques de Paris, certains, c’est vrai, sont insupportables:
-les poubelles à verre lorsque leur contenu est déversé dans le camion ad hoc;
-les skates des ados lorsqu’ils dévalent certaines portions de trottoir dont le revêtement est très usé;
-les chariots des livreurs du Franprix, lorsqu’ils cahotent sur la cour pavée le samedi matin;
-la vraie nuisance de tout habitant du centre de Paris: tous ces voisins qui, hystérisés par la flambée de l’immobilier, à longueur de journées, de mois et d’années (et spécialement le week-end, bien sûr), bricolent, rénovent, tapent, clouent, scient, vrillent, poncent, percent, tronçonnent; et tous ces chantiers qui n’en finissent pas: les marteaux piqueurs, les échafaudages qu’on monte, qu’on démonte puis qu’on remonte aussitôt quelques mètres plus loin, etc.
Mais il y a aussi des bruits de Paris qui sont infiniment évocateurs et dont on ne se lasse jamais:
-les cris stridents du métro quand il aborde les tournants;
-le glissement de ces foules immenses qui se pressent le matin dans les couloirs interminables du RER: aux interconnexions des gares du Nord ou de Lyon, de préférence;
-le volume sonore des grandes brasseries, à l’heure de la pause-déjeuner;
-les pas, rassurants à force d’être familiers, du voisin du dessus sur les vieux planchers de chêne;
-celui qu’on préfère: les crachotements de la centrale-radio dans le taxi, la nuit. Quand sous les yeux défile Paris illuminé ou, encore mieux, déjà endormi.
B.DL.
11:00 Publié dans Dans le vent | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Cinéma, Paris
29.01.2007
Une brève rencontre
«Je ne porte pas de jugement sur la chirurgie esthétique. Moi-même, je n’ai pas envie d’y avoir recours, ce qui ne veut pas dire que je suis parfaite! Les gens seraient moins intéressants s’ils étaient complètement parfaits». Kelly Carlson, alias Kimber Henry, la jolie blonde de la série US «Nip/Tuck» parlait d’or l’autre jour au siège français de la Warner, à Neuilly.
Très jolie et apprêtée pour la conférence de presse, cette comédienne, ancien mannequin, ne dégageait pas moins un naturel et une simplicité plutôt inattendus. Rien de refait (ou de surfait) en apparence chez cette jeune femme de trente ans.
Après avoir versé tour à tour dans le porno, la drogue, ou la scientologie, son personnage n’a d’ailleurs rien d’une oie blanche ou d’une simple poupée gonflable dans cette série sulfureuse, mâtinée de sexe et d’interventions chirurgicales un peu gore, dont le second degré n’est jamais absent.
Lors de notre entrevue, organisée à l’Américaine (des rencontres en "one to one" de 20 minutes millimétrées), Kelly Carlson préféra ne pas se prononcer autrement qu'en off sur la scientologie, histoire de ne se fâcher avec personne. Elle évita cependant la langue de bois en reconnaissant notamment qu’en tant que téléspectatrice, elle avait moins apprécié la saison 3 de «Nip/Tuck» (qui a été critiquée par la presse) que les saisons précédentes.
«Mais la quatrième saison sera meilleure, davantage dans l’esprit de la première». On était rassurée: elle était bien là pour une promo.
C.G.
09:10 Publié dans Dans les coulisses | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Télévision, Séries
26.01.2007
Un accoutrement
Doudoune, pull grosse maille col roulé type cheminée, bonnet, gants, écharpe kilométrique: on s’est habillé comme pour aller au ski, ce matin. Pour peu, si on en avait eu, on aurait ressorti le damart, le caleçon long et les moonboots (non, peut-être pas les moonboots).
La cause de cet accoutrement? Un "papier d’ambiance" commandé sur les funérailles de l’abbé Pierre.
Pour ce genre de cérémonies, le terme «récit» sera peut-être jugé plus correct par les lecteurs.
En outre, comme on ne s'y est pas accrédité et vu aussi le nombre de hautes personnalités attendues et donc l’ampleur prévisible du dispositif de sécurité, à Notre-Dame, on n'a pas grand chance de pouvoir rentrer. D’autant qu’on n’a pas encore eu le temps d’aller faire la queue à l’Elysée et au quai d’Orsay pour renouveler les documents de presse 2006 et qu’on ne pourra donc qu’imparfaitement montrer patte blanche aux innombrables pandores.
On est dès lors parti pour deux heures de cérémonies suivies sur grand écran depuis le parvis de la cathédrale, avec la compacité de la foule comme seul rempart contre le froid glacial. Cela va être merveilleux.
B.DL.
10:05 Publié dans Dans les coulisses | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Actualités, Journalisme
25.01.2007
Un baiser
Aperçu l'autre soir dans le métro, projeté sur la voûte de briques émaillées de la station «Saint-Germain-des-Prés»: ce baiser noir et blanc, format géant, signé Tardi, le grande maître de la bande dessinée, en l’honneur du Festival international de la BD qui ouvre ses portes ce jeudi à Angoulème et s'y tiendra jusqu'à dimanche.
Une chaude embrassade par une matinée aussi glaciale, de quoi magnifiquement commencer la journée.
B.DL.
07:05 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Paris, Métro, Expositions, Culture
24.01.2007
Un grand moment
La neige est attendue ce mercredi sur la région parisienne. On s’en réjouit, même si, à Paris, elle ne tient jamais très longtemps et dégénère vite en boue crasseuse. L’hiver semble donc enfin arrivé. Et avec lui, un de ses plaisirs: les marrons chauds.
On en a encore dévoré hier soir du côté des Tuileries, et c’était fabuleux. Les marrons chauds, s’est-on dit alors, comblent vraiment les cinq sens.
-La vue: les yeux qui clignent sous les étincelles des braseros utilisés par les vendeurs à la sauvette, leur manège lorsqu’ils s’éparpillent comme des moineaux à l’approche de la maréchaussée, le teint foncé de la peau de ces vendeurs invariablement Indiens ou Pakistanais, la gentillesse souvent muette de leur sourire.
-Le toucher: les mains gelées qui se réchauffent avec délice en enveloppant le précieux cornet de marrons, la texture bon marché du papier de magazines gratuits utilisé pour ces cornets, les doigts qui s’affairent – cela ne va jamais assez vite, dans ces moments-là – pour décortiquer enfin le premier marron, les légères brûlures des écorces encore trop chaudes.
-L’ouïe: les crépitements des braseros, le sabir incompréhensible des vendeurs conversant entre eux, les coups de klaxon et l’animation urbaine servant de fond sonore à ce moment inopiné de gastronomie: volé avec malice et excitation, comme un baiser, sur un bout de trottoir.
-L’odeur: cette exacte limite entre le caramélisé et le légèrement brûlé qui définit le marron chaud à point.
-Le goût, évidemment: successivement une chaleur réconfortante, une amertume sans agressivité, un croquant tout en convivialité, un fondant divinement subtil. Et immanquablement, des tas de souvenirs qui reviennent.
Le marron chaud, dès l’hiver survenu, cela doit être la Madeleine de Proust de tout Parisien qui se respecte.
B.DL.
11:05 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : Paris, Météo, Gastronomie
23.01.2007
Une sobriété
Petit détour, en allant au bureau ce matin, par le siège d’Emmaüs France, qui est à deux pas: dans une vieille ruelle typique du onzième arrondissement datant d’avant l’invasion des bobos.
On s’attendait à trouver devant l’immeuble des tas de bouquets de fleurs, de nombreux messages de sympathie, voire une kyrielle de bougies. Rien. Pas un signe, pas un rappel de la mort de l’abbé Pierre hier.
Juste, scotchée aux vitres, une vieille photo jaunie de l’intéressé – qui y figurait d’ailleurs bien avant son décès. Et, à l’intérieur du bâtiment, visibles par les grandes fenêtres, des tas de gens qui bossent de plus belle: courent de tous côtés, sont pendus au téléphone, enchaînent les réunions.
La vie continue. Le froid – vraiment glacial, ce matin dans la capitale – n’attend pas. Pas plus que les pauvres.
Mieux que toutes les cérémonies officielles et nationales à venir, l’abbé, sans doute, aurait aimé cet hommage d’une si efficace sobriété.
B.DL.
10:30 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : Paris, Social, Pauvreté
22.01.2007
Une décision
Malgré le décès inopiné de l’abbé Pierre, quelques heures plus tôt, il y avait la grande foule ce matin au Palais de la Découverte, à la conférence de presse de Nicolas Hulot. Quelque 170 journalistes s’y étaient inscrits, et une cinquantaine de confrères supplémentaires y ont accouru à la dernière minute.
Une grande agence de publicité parisienne avait été chargée d’organiser les relations presse de l’événement. La discipline était de mise. Avant que l’animateur télé monte sur scène – velours bleu (la couleur notoirement la plus télégénique) et voilages blancs (symbole de virginité politicienne?) -, un de ses conseillers a militairement prévenu les journalistes qu’ «un maximum de silence» était requis d’eux pendant la déclaration de l’intéressé. Les photographes aussi ont été sommés de ne pas immortaliser Nicolas Hulot avant que celui-ci soit bien «mis en situation» derrière son pupitre de verre, ni d’utiliser de flashs pendant son discours.
A 10h44 précisément, l’animateur a, une fraction de seconde, suspendu son discours. Puis, la voix nouée par l’émotion, a confirmé qu’il ne serait pas candidat à l’Elysée. L’un ou l’autre «Oh!» ont été entendus dans l’assemblée. Une jeune femme, visiblement inconsolable, a fondu en longs et silencieux sanglots. Quelques applaudissements sobres et polis ont salué la fin de son intervention.
A son issue, contrairement à ce qui était pressenti, Nicolas Hulot a accepté de répondre à une poignée de questions. De nombreux journalistes présents, il est vrai, avaient fait savoir qu’ils apprécieraient peu d’être transformés en scribes dociles, l’exclusivité des commentaires de l’animateur ayant à l’origine été réservée au 20 Heures de TF1, son employeur.
Le décès de l’abbé Pierre (qui réduira vraisemblablement l’espace réservé par ce JT à Nicolas Hulot) au moins autant que la sollicitude humble de l’homme de télé, ostensible ce matin, expliquent sans doute la modification de dernière minute de son plan de com.
B.DL.
12:10 Publié dans Dans les coulisses | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Elections présidentielles, Hulot, Télévision
Un détail
Jean-Marie Le Pen porte donc «des slips Dim». Il l’a précisé l’autre soir à la télé, immédiatement après avoir reconnu payer l’impôt sur la fortune. Et ce bon mot le rendait visiblement hilare.
Par ce détail vestimentaire inattendu, le candidat du FN a-t-il voulu signifier qu’il trouvait l’interrogation relative à son niveau de revenus exagérément attentatoire à son intimité? «Tu veux aussi connaître la marque de mes slips?», nous précise une consoeur, est une expression utilisée en France pour signifier à un interlocuteur qu’il est trop indiscret.
Mais, ce disant, l’intéressé a aussi habilement fait savoir à l’opinion qu’il était très Français. D’abord, en appliquant y compris à ses dessous la règle de la préférence nationale: le français Dim donc, plutôt que l’américain Calvin Klein ou l’australien Aussiebum. Ensuite, en choisissant le slip: un modèle qui - une étude très sérieuse le confirmait encore, il y a peu - est si typiquement hexagonal, les mâles de nombreux autres pays lui préférant le caleçon.
Il n'empêche, en donnant cette précision vestimentaire, le patron du FN a pris le risque de doublement désarçonner. Faire le lien entre le patrimoine financier et l’enveloppement du patrimoine viril est tout de même un brin culotté. Et faire naître avec de tels propos, dans le cerveau de tout(e) téléspectateur(trice) normalement constitué(e) l'entendant, l’image immédiate du septuagénaire Le Pen paradant en slip n’est peut-être pas, pas à première vue en tout cas, la meilleure manière pour lui de gagner des voix.
Or, Jean-Marie Le Pen en a besoin. Selon le dernier sondage Ifop, François Bayrou , avec 12% des intentions de vote, fait 2% de mieux que lui. Et vient donc pour la première fois le coiffer sur la troisième marche du podium. Avec son histoire de slip, c’était peut-être ce détail – et sa grande fortune – que le patron du FN voulait avant tout éclipser.
B.DL.
PS: Le Monsieur en Dim sur la vignette illustrant cette note n’est pas Jean-Marie Le Pen.
08:15 Publié dans Dans le viseur | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : Elections présidentielles, Le Pen, Mode
19.01.2007
Une prévision
Hormis quelques échafaudages branlants et l’un ou l’autre présentoir de gratuits publicitaires fracassé sur la chaussée, pas de gros dégâts dus à la tempête dans le quartier ce matin (*).
Ce qui est vraiment saisissant, en revanche, c’est la douceur ambiante: ce 19 janvier, il fait 15 degrés à Paris.
Mais cela ne va pas durer, entendait-on de la bouche d’un chroniqueur météo au saut du lit, à la radio. D’une voix enjouée, un brin sadique, il annonçait que, «dès samedi jusqu’à lundi, écoutez bien: on va perdre 5 degrés par jour!» Début de semaine prochaine, donc, il gèlera à longueur de journées dans la capitale.
Cela va être vraiment bizarre, s’est-on dit deux fois ce matin. En regardant pensivement les rosiers des rebords de fenêtre et la végétation dans la cour, déjà largement embourgeonnés. Puis en croisant sur le boulevard un jeune joggueur visiblement aux anges: en short et en tee-shirt.
Vivement le printemps.
B.DL.
(*) Hier midi près de Bastille, néanmoins, alors que cela soufflait un peu fort, on a vu un mec en scoot qui se prenait en pleine figure un vieux sapin de Noël qui s'était envolé du trottoir où il avait été déposé à côté des poubelles. Son embardée puis son visage hébété (dans le genre «Heu, mais qu’est-ce qui vient de m’arriver?») étaient impressionnants.
10:45 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Paris, Météo



