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31/01/2007

Un dernier jour

medium_carottetabac.jpgDernier jour donc pour tous les Parisiens et plus largement pour tous les Français qui veulent s’en griller une dans les lieux publics: à partir de demain 1er février, ce sera terminé.
On voit déjà venir -- et on s’en fatigue déjà -- les grands débats enflammés: les partisans de «la liberté de fumer» s’empoigner avec les tenants de «la liberté de respirer», les uns et les autres criant rien moins qu'à l'atteinte à leurs droits de l’homme.
Ainsi hier au Soir3, le député UDF André Santini, par ailleurs fumeur de pipe notoire, considérait en substance que demander au fumeur de faire quelque pas pour aller fumer dehors relevait ni plus ni moins que de la violation des libertés fondamentales. Sa fougue (cette espèce de lyrisme de comptoir si français), son visage des mauvais jours (comme si demain un cataclysme allait s’abattre sur l’Hexagone) paraissaient passablement excessifs, voire franchement pathétiques.
Curieux tout de même, ce pays qui se dit celui des droits de l’homme. D’une part, il est prêt à monter aux barricades contre des lois dites liberticides mais qui ne sont finalement jamais que des tentatives d’organisation de l’espace public régies par le principe du respect et du savoir-vivre mutuels. D’autre part, il fait la sourde oreille et joue les vierges effarouchées lorsqu’il est pris en flagrant délit de violations -- réelles, pour le coup -- des libertés fondamentales: voir les innombrables rapports internationaux accablants sur la situation dans les prisons, dans la zone de rétention de Roissy, etc.
B.DL.

10:50 Publié dans Dans le viseur | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : Santé, Tabac

30/01/2007

Un silence

On l’entendait ce matin à la radio, puis on le lisait dans «La Croix»: un film, en ce moment, connaît un succès phénoménal en France: «Le grand silence». Ce documentaire sur les moines de la Grande Chartreuse, prix du Jury à Sundance, se caractérise par son absence de dialogues, de commentaires et de musique.
2h42 de silence total, donc. Cela doit être très reposant. A fortiori pour les habitants de Paris, la grande ville du bruit? C’est un peu une antienne, entre marronnier journalistique (un sujet hier soir encore, au JT) et gros cliché touristique.
Paris n’est pas plus bruyante que n’importe quelle autre grande capitale. Et avec un peu de concentration/de décontraction, on fait parfaitement abstraction du tumulte urbain permanent– mais on n’habite pas le long du périphérique, on en convient.
Parmi les bruits typiques de Paris, certains, c’est vrai, sont insupportables:
-les poubelles à verre lorsque leur contenu est déversé dans le camion ad hoc;
-les skates des ados lorsqu’ils dévalent certaines portions de trottoir dont le revêtement est très usé;
-les chariots des livreurs du Franprix, lorsqu’ils cahotent sur la cour pavée le samedi matin;
-la vraie nuisance de tout habitant du centre de Paris: tous ces voisins qui, hystérisés par la flambée de l’immobilier, à longueur de journées, de mois et d’années (et spécialement le week-end, bien sûr), bricolent, rénovent, tapent, clouent, scient, vrillent, poncent, percent, tronçonnent; et tous ces chantiers qui n’en finissent pas: les marteaux piqueurs, les échafaudages qu’on monte, qu’on démonte puis qu’on remonte aussitôt quelques mètres plus loin, etc.
Mais il y a aussi des bruits de Paris qui sont infiniment évocateurs et dont on ne se lasse jamais:
-les cris stridents du métro quand il aborde les tournants;
-le glissement de ces foules immenses qui se pressent le matin dans les couloirs interminables du RER: aux interconnexions des gares du Nord ou de Lyon, de préférence;
-le volume sonore des grandes brasseries, à l’heure de la pause-déjeuner;
-les pas, rassurants à force d’être familiers, du voisin du dessus sur les vieux planchers de chêne;
-celui qu’on préfère: les crachotements de la centrale-radio dans le taxi, la nuit. Quand sous les yeux défile Paris illuminé ou, encore mieux, déjà endormi.
B.DL.

11:00 Publié dans Dans le vent | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : Cinéma, Paris

29/01/2007

Une brève rencontre

medium_niptuck.jpg«Je ne porte pas de jugement sur la chirurgie esthétique. Moi-même, je n’ai pas envie d’y avoir recours, ce qui ne veut pas dire que je suis parfaite! Les gens seraient moins intéressants s’ils étaient complètement parfaits». Kelly Carlson, alias Kimber Henry, la jolie blonde de la série US «Nip/Tuck» parlait d’or l’autre jour au siège français de la Warner, à Neuilly.
Très jolie et apprêtée pour la conférence de presse, cette comédienne, ancien mannequin, ne dégageait pas moins un naturel et une simplicité plutôt inattendus. Rien de refait (ou de surfait) en apparence chez cette jeune femme de trente ans.
Après avoir versé tour à tour dans le porno, la drogue, ou la scientologie, son personnage n’a d’ailleurs rien d’une oie blanche ou d’une simple poupée gonflable dans cette série sulfureuse, mâtinée de sexe et d’interventions chirurgicales un peu gore, dont le second degré n’est jamais absent.
Lors de notre entrevue, organisée à l’Américaine (des rencontres en "one to one" de 20 minutes millimétrées), Kelly Carlson préféra ne pas se prononcer autrement qu'en off sur la scientologie, histoire de ne se fâcher avec personne. Elle évita cependant la langue de bois en reconnaissant notamment qu’en tant que téléspectatrice, elle avait moins apprécié la saison 3 de «Nip/Tuck» (qui a été critiquée par la presse) que les saisons précédentes.
«Mais la quatrième saison sera meilleure, davantage dans l’esprit de la première». On était rassurée: elle était bien là pour une promo.
C.G.

26/01/2007

Un accoutrement

Doudoune, pull grosse maille col roulé type cheminée, bonnet, gants, écharpe kilométrique: on s’est habillé comme pour aller au ski, ce matin. Pour peu, si on en avait eu, on aurait ressorti le damart, le caleçon long et les moonboots (non, peut-être pas les moonboots).
La cause de cet accoutrement? Un "papier d’ambiance" commandé sur les funérailles de l’abbé Pierre.
Pour ce genre de cérémonies, le terme «récit» sera peut-être jugé plus correct par les lecteurs.
En outre, comme on ne s'y est pas accrédité et vu aussi le nombre de hautes personnalités attendues et donc l’ampleur prévisible du dispositif de sécurité, à Notre-Dame, on n'a pas grand chance de pouvoir rentrer. D’autant qu’on n’a pas encore eu le temps d’aller faire la queue à l’Elysée et au quai d’Orsay pour renouveler les documents de presse 2006 et qu’on ne pourra donc qu’imparfaitement montrer patte blanche aux innombrables pandores.
On est dès lors parti pour deux heures de cérémonies suivies sur grand écran depuis le parvis de la cathédrale, avec la compacité de la foule comme seul rempart contre le froid glacial. Cela va être merveilleux.
B.DL.

25/01/2007

Un baiser

medium_BaiserTardi.jpgAperçu l'autre soir dans le métro, projeté sur la voûte de briques émaillées de la station «Saint-Germain-des-Prés»: ce baiser noir et blanc, format géant, signé Tardi, le grande maître de la bande dessinée, en l’honneur du Festival international de la BD qui ouvre ses portes ce jeudi à Angoulème et s'y tiendra jusqu'à dimanche.
Une chaude embrassade par une matinée aussi glaciale, de quoi magnifiquement commencer la journée.
B.DL.

24/01/2007

Un grand moment

medium_marrons_chauds.jpgLa neige est attendue ce mercredi sur la région parisienne. On s’en réjouit, même si, à Paris, elle ne tient jamais très longtemps et dégénère vite en boue crasseuse. L’hiver semble donc enfin arrivé. Et avec lui, un de ses plaisirs: les marrons chauds.
On en a encore dévoré hier soir du côté des Tuileries, et c’était fabuleux. Les marrons chauds, s’est-on dit alors, comblent vraiment les cinq sens.
-La vue: les yeux qui clignent sous les étincelles des braseros utilisés par les vendeurs à la sauvette, leur manège lorsqu’ils s’éparpillent comme des moineaux à l’approche de la maréchaussée, le teint foncé de la peau de ces vendeurs invariablement Indiens ou Pakistanais, la gentillesse souvent muette de leur sourire.
-Le toucher: les mains gelées qui se réchauffent avec délice en enveloppant le précieux cornet de marrons, la texture bon marché du papier de magazines gratuits utilisé pour ces cornets, les doigts qui s’affairent – cela ne va jamais assez vite, dans ces moments-là – pour décortiquer enfin le premier marron, les légères brûlures des écorces encore trop chaudes.
-L’ouïe: les crépitements des braseros, le sabir incompréhensible des vendeurs conversant entre eux, les coups de klaxon et l’animation urbaine servant de fond sonore à ce moment inopiné de gastronomie: volé avec malice et excitation, comme un baiser, sur un bout de trottoir.
-L’odeur: cette exacte limite entre le caramélisé et le légèrement brûlé qui définit le marron chaud à point.
-Le goût, évidemment: successivement une chaleur réconfortante, une amertume sans agressivité, un croquant tout en convivialité, un fondant divinement subtil. Et immanquablement, des tas de souvenirs qui reviennent.
Le marron chaud, dès l’hiver survenu, cela doit être la Madeleine de Proust de tout Parisien qui se respecte.
B.DL.

23/01/2007

Une sobriété

Petit détour, en allant au bureau ce matin, par le siège d’Emmaüs France, qui est à deux pas: dans une vieille ruelle typique du onzième arrondissement datant d’avant l’invasion des bobos.
On s’attendait à trouver devant l’immeuble des tas de bouquets de fleurs, de nombreux messages de sympathie, voire une kyrielle de bougies. Rien. Pas un signe, pas un rappel de la mort de l’abbé Pierre hier.
Juste, scotchée aux vitres, une vieille photo jaunie de l’intéressé – qui y figurait d’ailleurs bien avant son décès. Et, à l’intérieur du bâtiment, visibles par les grandes fenêtres, des tas de gens qui bossent de plus belle: courent de tous côtés, sont pendus au téléphone, enchaînent les réunions.
La vie continue. Le froid – vraiment glacial, ce matin dans la capitale – n’attend pas. Pas plus que les pauvres.
Mieux que toutes les cérémonies officielles et nationales à venir, l’abbé, sans doute, aurait aimé cet hommage d’une si efficace sobriété.
B.DL.

10:30 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : Paris, Social, Pauvreté

22/01/2007

Une décision

Malgré le décès inopiné de l’abbé Pierre, quelques heures plus tôt, il y avait la grande foule ce matin au Palais de la Découverte, à la conférence de presse de Nicolas Hulot. Quelque 170 journalistes s’y étaient inscrits, et une cinquantaine de confrères supplémentaires y ont accouru à la dernière minute.
Une grande agence de publicité parisienne avait été chargée d’organiser les relations presse de l’événement. La discipline était de mise. Avant que l’animateur télé monte sur scène – velours bleu (la couleur notoirement la plus télégénique) et voilages blancs (symbole de virginité politicienne?) -, un de ses conseillers a militairement prévenu les journalistes qu’ «un maximum de silence» était requis d’eux pendant la déclaration de l’intéressé. Les photographes aussi ont été sommés de ne pas immortaliser Nicolas Hulot avant que celui-ci soit bien «mis en situation» derrière son pupitre de verre, ni d’utiliser de flashs pendant son discours.
A 10h44 précisément, l’animateur a, une fraction de seconde, suspendu son discours. Puis, la voix nouée par l’émotion, a confirmé qu’il ne serait pas candidat à l’Elysée. L’un ou l’autre «Oh!» ont été entendus dans l’assemblée. Une jeune femme, visiblement inconsolable, a fondu en longs et silencieux sanglots. Quelques applaudissements sobres et polis ont salué la fin de son intervention.
A son issue, contrairement à ce qui était pressenti, Nicolas Hulot a accepté de répondre à une poignée de questions. De nombreux journalistes présents, il est vrai, avaient fait savoir qu’ils apprécieraient peu d’être transformés en scribes dociles, l’exclusivité des commentaires de l’animateur ayant à l’origine été réservée au 20 Heures de TF1, son employeur.
Le décès de l’abbé Pierre (qui réduira vraisemblablement l’espace réservé par ce JT à Nicolas Hulot) au moins autant que la sollicitude humble de l’homme de télé, ostensible ce matin, expliquent sans doute la modification de dernière minute de son plan de com.
B.DL.

Un détail

medium_LePenenDim.jpgJean-Marie Le Pen porte donc «des slips Dim». Il l’a précisé l’autre soir à la télé, immédiatement après avoir reconnu payer l’impôt sur la fortune. Et ce bon mot le rendait visiblement hilare.
Par ce détail vestimentaire inattendu, le candidat du FN a-t-il voulu signifier qu’il trouvait l’interrogation relative à son niveau de revenus exagérément attentatoire à son intimité? «Tu veux aussi connaître la marque de mes slips?», nous précise une consoeur, est une expression utilisée en France pour signifier à un interlocuteur qu’il est trop indiscret.
Mais, ce disant, l’intéressé a aussi habilement fait savoir à l’opinion qu’il était très Français. D’abord, en appliquant y compris à ses dessous la règle de la préférence nationale: le français Dim donc, plutôt que l’américain Calvin Klein ou l’australien Aussiebum. Ensuite, en choisissant le slip: un modèle qui - une étude très sérieuse le confirmait encore, il y a peu - est si typiquement hexagonal, les mâles de nombreux autres pays lui préférant le caleçon.
Il n'empêche, en donnant cette précision vestimentaire, le patron du FN a pris le risque de doublement désarçonner. Faire le lien entre le patrimoine financier et l’enveloppement du patrimoine viril est tout de même un brin culotté. Et faire naître avec de tels propos, dans le cerveau de tout(e) téléspectateur(trice) normalement constitué(e) l'entendant, l’image immédiate du septuagénaire Le Pen paradant en slip n’est peut-être pas, pas à première vue en tout cas, la meilleure manière pour lui de gagner des voix.
Or, Jean-Marie Le Pen en a besoin. Selon le dernier sondage Ifop, François Bayrou , avec 12% des intentions de vote, fait 2% de mieux que lui. Et vient donc pour la première fois le coiffer sur la troisième marche du podium. Avec son histoire de slip, c’était peut-être ce détail – et sa grande fortune – que le patron du FN voulait avant tout éclipser.
B.DL.

PS: Le Monsieur en Dim sur la vignette illustrant cette note n’est pas Jean-Marie Le Pen.

19/01/2007

Une prévision

medium_tempete.jpgHormis quelques échafaudages branlants et l’un ou l’autre présentoir de gratuits publicitaires fracassé sur la chaussée, pas de gros dégâts dus à la tempête dans le quartier ce matin (*).
Ce qui est vraiment saisissant, en revanche, c’est la douceur ambiante: ce 19 janvier, il fait 15 degrés à Paris.
Mais cela ne va pas durer, entendait-on de la bouche d’un chroniqueur météo au saut du lit, à la radio. D’une voix enjouée, un brin sadique, il annonçait que, «dès samedi jusqu’à lundi, écoutez bien: on va perdre 5 degrés par jour!» Début de semaine prochaine, donc, il gèlera à longueur de journées dans la capitale.
Cela va être vraiment bizarre, s’est-on dit deux fois ce matin. En regardant pensivement les rosiers des rebords de fenêtre et la végétation dans la cour, déjà largement embourgeonnés. Puis en croisant sur le boulevard un jeune joggueur visiblement aux anges: en short et en tee-shirt.
Vivement le printemps.
B.DL.

(*) Hier midi près de Bastille, néanmoins, alors que cela soufflait un peu fort, on a vu un mec en scoot qui se prenait en pleine figure un vieux sapin de Noël qui s'était envolé du trottoir où il avait été déposé à côté des poubelles. Son embardée puis son visage hébété (dans le genre «Heu, mais qu’est-ce qui vient de m’arriver?») étaient impressionnants.

10:45 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : Paris, Météo

18/01/2007

Une pression?

medium_audreypulvar.jpgPetit moment amusant hier lors de la conférence de presse de France 3 consacrée à la couverture de l’élection présidentielle.
Dans la salle, une journaliste demande à Audrey Pulvar, la présentatrice du 19-20, si elle ne subit pas de trop de pressions en ce moment, dans ce climat où les journalistes sont allumés en permanence sur leur connivence avérée ou supposée avec les politiques. Réponse inattendue de l’intéressée: «Lorsque je travaillais en Martinique, j’étais la fille d’un syndicaliste indépendantiste très connu là-bas, et j’ai eu souvent l’occasion de l’interviewer. Cela ne m’a jamais empêché de faire mon boulot. Voire, je pouvais poser toutes les questions, parce que j’étais la seule que mon père n’aurait jamais pu envoyer balader! Aujourd’hui, je n’ai aucune raison professionnelle ou privée de m’exposer à ce genre de critiques. Mais je pense que l’on peut faire son boulot correctement même si on a un homme politique dans son entourage!»
Audrey Pulvar faisait allusion à ses consoeurs Marie Drucker et Béatrice Schönberg, qui prendront congé de leur JT respectif pendant toute la durée de la campagne présidentielle en raison du maroquin occupé par leur compagnon ou époux au gouvernement.
Avec un sourire en coin, Jean-Michel Blier, le chef du service politique de France 3, ajouta à l’attention de la salle: «C’est curieux que vous ne m’ayez pas posé cette question, à moi!». C’est apparemment, en la matière, le privilège de la gent masculine.
C.G.

17/01/2007

Une police de la parole?

medium_logointer.jpg«Un homme de couleur noire». Ainsi l’étoile montante et présidentiable du Parti démocrate américain Barack Obama a-t-il été qualifié et présenté ce matin par Patrick Roger dans son Grand journal de 8 heures sur France Inter.
Cette appellation ne naît pas de rien. On la retrouve textuellement dans une note de service qui vient d’être adressée à tous les journalistes de cette radio. Rédigée notamment par l’ex-directeur de la rédaction Bertrand Vannier, intitulée «La couleur des mots», elle rappelle aux journalistes combien «la plupart des mots se nourrissent des préjugés et, lorsqu’ils sont mal employés, les nourrissent à leur tour». L’attention des intervenants à l’antenne est donc attirée sur l’«exigence de forme», la «rigueur de contenu» et l’«éthique de responsabilité» qui leur incombent, notamment lorsqu’ils évoquent des sujets aussi sensibles que les relations intercommunautaires.
Concrètement, le mémo liste une série de mots jugés trop stigmatisants, dont il déconseille donc l’utilisation à l’antenne: Ainsi:
-«bandes» (à réserver aux bandes mafieuses);
-«casseurs» (à remplacer par «groupes violents» ou «personnes encagoulées»);
-«jeunes des cités» ou «jeunes des banlieues» («le terme jeune suffit à désigner de manière plus neutre»);
-«pays sous développés» («parler de pays pauvres, de pays émergents»);
-«provincial» («utiliser ce terme dans son acception historique, quand le royaume de France était organisé en province»);
-«gaulois» («réserver ce terme à un usage historique ou archéologique»);
-«gens de couleur» («bannir totalement ce terme»);
-«rythme dans le sang» («cette expression suppose qu’une femme ou un homme de couleur noire sait danser par nature. Eviter ce genre de généralisation qui renforce les préjugés»).

Les auteurs de ce mémo se défendent de vouloir instaurer une «police de la parole» ou promouvoir une «langue de bois» politiquement correcte. Ils disent vouloir juste «servir l’intérêt général et renforcer la cohésion sociale et nationale». Leurs recommandations lexicales, toutefois, n’ont pas toujours été bien accueillies par les journalistes de la radio publique. Témoin, cette réaction à chaud d’une consoeur passablement énervée: «On se croirait au Cambodge sous Pol Pot... vive les petits commissaires du peuple! Et bon courage pour relater des émeutes de "jeunes" "casseurs" dans les "banlieues"».
B.DL.

16/01/2007

Un groove grave

medium_discosarko.jpgAu début, on trouvait cela vraiment très bête. Mais en même temps un peu drôle et donc finalement sympa. C’est un site internet qui, grâce à un montage, permet de «voir Sarko se la donner sur le dance floor». Sur «des musiques de ouf qui groovent grave», le candidat de l’UMP s’éclate sur quatre pistes de danse différentes (dont le légendaire décor de «La Fièvre du Samedi soir») et effectue huit pas de danse «qui déchirent» dont le célébrissime «moonwalk» de Mickael Jackson.
En fait, c’est vraiment tout sauf bête et innocent.
-En cliquant sur «Invite tes amis sur le dance-floor», on peut laisser des adresses mail et accepter de «recevoir des informations à caractère politique de la part des Sarkonautes».
-En cliquant sur ce dernier mot, on apprend que ceux-ci constituent «une équipe de jeunes et de professionnels de l’internet qui souhaitent soutenir l’action de Nicolas Sarkozy sur internet». Car «un changement profond est nécessaire dans la manière de faire de la politique et de gouverner», car «il faut un Président qui a le courage de dire les choses et l’énergie pour mener les réformes».
-Et feuilletant «Le Monde 2» ce week-end, on a eu la confirmation que Nicolas et Cecilia Sarkozy avaient personnellement donné leur feu vert au lancement de «DiscoSarko»: un site prétendument parodique mais qui, dans les faits, espèrent-ils, participera grandement à la campagne d’humanisation du candidat lancée depuis son sacre d’intronisation dimanche.
Et manifestement, ça marche: «DiscoSarko» enregistre désormais plusieurs milliers de visites par jour.
B.DL.

15/01/2007

Un business

Le congrès d’investiture de Nicolas Sarkozy, hier à Paris, était redoutable de professionnalisme et d’efficacité: on était loin de l’amateurisme familial et de la sono crachotante du sacre d’investiture de Ségolène Royal à la Mutualité.
L’événement a donc coûté très cher – le chiffre de 3,5 millions d’euros souvent cité n’étant jamais que la fourchette basse de la facture probable pour l’UMP.
Du coup, les marchands du temple étaient nombreux, porte de Versailles. Au «Pop Store» (en français: à la boutique olé-olé), on pouvait notamment acheter, pour renflouer les caisses du parti sarkozyste:
-Des tee-shirts siglés 2007, avec les 0 en forme de coquelicots bucoliques (5€ pièce);
-Des polos couleur bleu ciel, estampillés «La France d’après» (25 €);
-Des parapluies (45€);
-Des stylos aux couleurs de l’UMP (2€);
-Des cravates «100% soie» (25€);
-Du savon de Marseille (1€);
-Des discours de Sarkozy (1€ le discours broché, 2€ le DVD);
-Des drapeaux tricolores français (20€);
-Des affiches de portrait du candidat de l’UMP (2€);
-Des ballons de football ornés du chêne, arbre symbole de l’UMP (15€);
-Des briquets (2€ l’un, 5€ les 3).
Les tarifs des consommations aux nombreux bars et cafés dispersés dans l’immense hall du Parc des expositions étaient passablement prohibitifs. Mais les toilettes étaient en accès libre.
B.DL.

12/01/2007

Une différence

medium_couvVoici.jpgTorse musculeux, abdos d’acier, maillot de bain ultra looké, silhouette de top model: Harry Roselmack exhibe sa plastique avantageuse sur bon nombre de colonnes Morris et de devantures de kiosques de Paris, cette semaine. Il l’exhibe à son corps défendant, c’est le cas de le dire. Le joker de Patrick Poivre d’Arvor a été «paparazzié» à la plage lors de ses dernières vacances par «Voici», qui en a fait sa Une. Et a assorti le cliché ravageur de ce titre fondamental:«Harry Roselmack: plus sexy que PPDA?» (On n’a pas encore bien compris le point d’interrogation).
L’autre soir chez Denisot sur Canal, l’ex-joker de PPDA, Thomas Hugues, minaude en rosissant de plaisir alors qu'à ses côtés, sa femme, Laurence Ferrari, est en train d'assurer sans rire qu’il ressemble beaucoup à Wentworth Miller, la bombe tatouée de “Prison Break”.
Quand on voit la «pipolisation» des confrères de télé, on est décidément ravi du relatif anonymat qu’assure le journalisme de presse écrite.
B.DL.

11/01/2007

Un genre

Une dizaine de kilomètres de footing en vitesse hier soir au Bois de Vincennes. C’est le lieu idéal pour entretenir sa forme et évacuer le stress de la vie parisienne: à quelques stations de métro à peine du cœur de la capitale, on se croirait en pleine forêt.
Les «people» politiques, eux, préfèrent généralement courir au Bois de Boulogne, un brin plus chic il est vrai. On y a déjà croisé Cecilia Sarkozy en train d'y trottiner en courtes mais élégantes foulées – son ministre de mari, lui, foule plutôt les rues du centre-ville ou les allées des Tuileries, le baladeur branché à fond sur Chérie FM (ouh la…).
Dominique de Villepin est également un adepte du bois de l’ouest parisien, où il s’entraîne au moins chaque dimanche matin. On l’a d’ailleurs déjà aperçu dans une grande course parisienne. Cela devait être à un semi-marathon. Le Premier ministre y avait réalisé un chrono honorable (sans plus) pour son âge. Aux côtés de son fils Arthur et de son neveu Ludovic, il avait couru, aussi souriant qu’accessible, en plein milieu de la plèbe, flanqué à peine de l'un ou l'autre officier de sécurité.
On se souvient qu’on avait trouvé cette simplicité plutôt sympathique. Jusqu’à ce qu’on s’aperçoive que l’hôte de Matignon arborait en fait un dossard prioritaire. Ce qui lui avait permis de ne pas devoir faire la queue la veille de la course pour le retirer. Et, le matin du jour J, de ne pas devoir longuement patienter dans le froid avec tous les autres coureurs jusqu'à ce que le départ soit donné.
Ce traitement de faveur si discret donnait tout de même un genre particulier à une proximité si ostensiblement affichée.
B.DL.

10/01/2007

Une bulle

medium_phylactere.jpgDans notre série préférée «Il se passe toujours quelque chose de formidable dans le métro de Paris», on est tombé en arrêt hier soir, à la station Saint-Germain-des-Prés, devant des dizaines d’ouvrages de bande dessinée alignés en rang d’oignons dans les vitrines ornant les deux quais. Leur lecture a évidemment rendu plus courte, voire trop courte, l’attente du train.
Cette initiative a été prise dans le cadre du prochain Festival international de la BD d’Angoulème: les ouvrages exposés sont issus en fait de la sélection officielle du festival. Très bientôt, ce sont carrément les plafonds de la voûte de cette station de métro qui feront l’objet de projections de cases de BD. Blake et Mortimer ou Achille Talon en format géant sur l’écran blanc des murs de briques émaillées: l’effet sera sans nul doute spectaculaire.
Saint-Germain n’est pas la seule station de métro concernée: d’ici à la fin février, Madeleine, Pyramides, Gare de Lyon et Bercy seront elles aussi dédiées au 9ème art.
Cette ville bouge bien, décidément.
B.DL.

09/01/2007

Une connivence

medium_bernadette.jpgUn léger sentiment de malaise tout de même hier soir, devant le 20 Heures de TF1, où Patrick Poivre d’Arvor recevait et interviewait Bernadette Chirac.
90 % de l’interview (visible ici) était consacrée à l’opération caritative «Pièces Jaunes» présidée par la Première dame de France, qui est menée en partenariat avec TF1. Cela faisait donc relever l’entretien au moins autant de l’auto-promotion événementielle pour la chaîne privée que de l’information.
Surtout, se dégageait de cet échange un climat assez dérangeant d’affectueuse connivence.
Dans n’importe quel pays anglo-saxon - où les journalistes sont soumis à une déontologie bien plus stricte que celle en vigueur en France -, une telle interview n'aurait pas été imaginable étant donné les liens notoirement étroits existant par ailleurs entre l’intervieweur et son invité. Et au minimum, dans le cas très improbable où un PPDA britannique ou américain aurait accepté d’être placé dans une telle situation, il n’aurait évidemment pas manqué de mentionner à l’antenne son investissement personnel dans l’un ou l’autre projet caritatif (par ailleurs très bien, là n’est pas la question) évoqué par son invité.
Mais en France, cette confusion des genres en prime time n’aura sans doute pas étonné grand monde, hier soir. C’est cette absence d’étonnement qui est très déroutante.
B.DL.

08/01/2007

Une addiction

Retour d’une semaine loin de tout. Une semaine sans journaux ni magazines, sans radio ni télé, sans fax ni dépêches d’agences de presse, sans téléphone ni ordinateur portable, sans web ni mail, sans blog ni newsletter, sans blackberry ni Palm, sans organiseur ni clé USB, sans port infrarouge ni accès Wifi: une semaine vécue dès lors totalement en dehors de l’actualité.
Or celle-ci, pour tout journaliste normalement constitué, est bien sûr extrêmement et sournoisement addictive. Du coup, comme à chaque fois, les 48 premières heures de cette coupure auto-infligée par rapport aux tumultes du monde furent pénibles: marquées par de véritables symptômes de manque, avec même quelques angoisses en prime. Puis, on a fini par parfaitement s’y habituer, et on n’y a plus du tout pensé.
D'où cette question: plus on vit au rythme quotidien de l’actualité, plus en a-t-on viscéralement besoin? Et inversement: plus on se préserve du bruit ambiant, plus ce silence finit-il par s’imposer comme une évidence?
Dès le retour à Paris, en tout cas, comme instinctivement, on s’est fait plusieurs heures de France Info en boucle. Non sans une certaine excitation: ces six prochains mois en France, l’actualité va vraiment être passionnante.
Au plaisir de continuer à partager ces moments, jour après jour, avec les lecteurs de «Paris Libre».
B.DL.