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21.02.2007

Un sport

medium_Marion_Jones.jpgOn pratique les deux sports, modestement, à la hauteur de nos quelque 40 ans, depuis des années, donc on s’autorise à en juger. Le journalisme, finalement, c’est un peu comme la course à pied. Il nécessite de l’endurance, du tonus et, à certains moments, du ressort pour pouvoir se lancer dans de fulgurantes accélérations. On en a encore fait l’expérience mardi soir.
On avait quitté le bureau vers 20 heures, sur un énième papier plutôt moyen consacré à la méforme de Ségolène Royal dans les sondages en dépit de ses talents télévisuels. On se doutait bien qu’un énième sondage allait paraître mercredi matin, susceptible de changer la donne après le show télévisé réussi de l’intéressée lundi soir. Mais les fuites sur ses résultats tardant à tomber, on s’était résolu à passer une énième soirée entre copains avec France Info à l’oreillette et l’ordi portable dans le sac à dos, prêt à actualiser à tout moment ledit papier.
Les heures passent: rien. France Info ânonne sur le foot. 21h44, le premier AFP tombe: Ségolène Royal se redresse spectaculairement selon une enquête CSA publiée ce mercredi matin. 21h45: coup de fil du journaliste de garde à la Rédaction Etranger: le papier doit, évidemment, être complètement revu. Deux minutes plus tard, précision téléphonique du secrétariat soir de "La Libre": les papiers pour la première édition (importante: c’est celle qui est distribuée à l’étranger et donc en France et dès lors à Paris) doivent être envoyés à… 22 heures. Il reste moins d’un quart d’heure. On s’énerve (un peu).
On abandonne les copains (ils ne s’en formalisent plus). On dégaine le PC. Accès Wifi réservé, on n’a pas les identifiants ad hoc. On se retrouve à dicter par téléphone, depuis la place Saint-Germain des Prés (so chic ?), un dernier paragraphe de l’article du coup adéquatement modifié. Mais (et c’est toujours à ce moment que cela arrive) le vibreur s’affole, le téléphone clignote: «Low batt». On s’énerve (un peu). On y arrive malgré tout. L’heure du bouclage est respectée. Ce n’est toutefois que du colmatage d’urgence, avec notamment des horreurs de mise en page. Il faut améliorer cela pour les éditions suivantes.
Le délai pour la deuxième édition est fixé à 23h10. C’est jouable. On saute dans le métro. La panne, à Odéon. Interminable. 22h33, 22h44: les agences de presse s’excitent, multiplient les dépêches sur «le spectaculaire redressement royaliste». On se promet de réclamer un blackberry à la rédaction en chef. Le train redémarre enfin.
On arrive à la maison à 22h55. On se dit qu’avec la liaison ADSL surboostée que la rédaction en chef nous a offerte, cela va aller comme sur des roulettes. Raté: la machine se traîne misérablement. On s’énerve (un peu). On ne parvient à entrer dans la page du journal qu’à 23h. Au «Soir 3», Marie Drucker met la pression, tartine sur Royal. Il faut vraiment qu’on modifie ce fichu papier. On introduit en vitesse deux, trois micro-modifications, qu’aucun lecteur lambda évidemment ne remarquera. Il est 23h08.
On téléphone à un Bruno qu’on ne connaît pas mais qui, comme tous les «soiristes» dans n'importe quel journal du monde, résiste bien au stress, en a vu d’autres et est aussi cool qu’efficace. «Voilà, c’est bouclé, tu peux envoyer!»
23h09, le Bruno se marre. Il est ravi: il a une minute d’avance sur l’horaire imposé. Un délai Royal.
Le journalisme, a fortiori en campagne électorale, est vraiment le métier le plus excitant au monde.
B.DL.

Commentaires

Les copains du mardi soir s'en sont formalisés un peu plus que tu ne veux bien le croire. Mais on veut bien croire que l'excitation du métier l'emportera toujours.

Écrit par : christophe et antonin | 21.02.2007

Le Bruno du soir n'en a pas vues beaucoup d'autres. Il ne fait ça que depuis un mois. Il est plus habitué à écrire des bêtises dans la météo. Rendez-vous pour d'autres stress.

Écrit par : Bruno | 21.02.2007

Le Bruno du soir n'en a pas vues beaucoup d'autres. Il ne fait ça que depuis un mois. Il est plus habitué à écrire des bêtises dans la météo. Rendez-vous pour d'autres stress.

Écrit par : Bruno | 21.02.2007

tiens, tiens... l'auteur de la fameuse chronique météo complètement déjantée de La Libre s'appelle donc Bruno. Et moi qui croyais que c'était l'oeuvre du directeur de la rédaction... Je continuerai donc à lire le Blog "Paris Libre" pour affiner mon enquête.
P.S. C'est un vrai plaisir, cher BDL, de lire vos articles (et votre Blog).

Écrit par : geoman | 22.02.2007

Pour le Blackberry, on travaille le dossier. Mais c'est pas gagné.

Écrit par : M. | 24.02.2007

Bruno,
La météo de la Libre, c'est la première chose que je lis! ... je suis fan - c'est beau, décallé - une respiration douce. Donc, c'est pas des bétises!!

Écrit par : catherine | 26.02.2007

Les commentaires sont fermés.