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28.02.2007

Une infection

C’est la grande enquête et la "Une" du journal «Le Parisien» ce matin, et cela donne froid dans le dos. Selon un document de la Direction générale de la concurrence et de la consommation et selon les tests effectués par le quotidien, huit établissements de vente à emporter de sandwichs ou de kebabs sur dix ne satisfont pas aux normes d’hygiène les plus élémentaires.
A Paris, place de la République notamment, dans le quartier donc, les reporters du quotidien ont ainsi acheté un sandwich présentant des taux de staphylocoques 50 fois supérieurs aux critères autorisés. Dans une grande gare du dixième arrondissement (gare du Nord ou gare de l'Est, donc), on leur en a vendu un qui affichait un taux de coliformes totaux 76 fois supérieur à la norme. Et dans le même quartier, le «kebab frites, crudités, mayonnaise, ketchup» qu’on leur a servi a carrément été jugé «dangereux» par le labo qui l'a analysé: son taux d’aérobies mésophiles était de 9,6 millions.
Bienvenue au pays de la grande gastronomie et de la lutte contre la malbouffe.
B.DL.

27.02.2007

Un rajeunissement

medium_pont_20neuf_20au_20soleil.jpgOn l’a lu au petit-déjeuner ce matin dans «A Paris», la gazette de la mairie: la restauration du Pont Neuf est enfin terminée. Pour tout Parisien qui se respecte, c’est vraiment une grande nouvelle: en effet, les travaux de réfection et d’étanchéité du plus vieux pont de Paris (1578-1607) avaient commencé… en 1990.
Les douze arches en plein cintre ont donc été entièrement consolidées et rénovées. Et les mascarons, ces figurines sculptées qui contribuent au cachet de l’édifice, ont toutes retrouvé leurs traits ciselés.
On va aller y jeter un coup d’œil, ce week-end. Avec toutefois une certaine appréhension. L'endroit est splendide, certes. La pointe ouest de l’île de la Cité offre évidemment un des plus beaux et émouvants panoramas de Paris qui soit. Mais comme sur le parvis de Notre-Dame, c’est au Pont Neuf que l’on perçoit vraiment la pression touristique que subit la capitale, que l’on ressent physiquement – par la cohue, par la promiscuité et par le bruit, à longueur d’années – qu’elle est la ville la plus visitée au monde.
Sans doute donc va-t-on fuire rapidement la foule et se retrouver place Dauphine, cette place où on est venu si souvent bouquiner, dans le temps. Architecturalement, bien entendu, elle n’a plus son homogénéité et donc son intérêt d’origine. Mais l’endroit garde un charme fou. Le souvenir du couple mythique Montand-Signoret n’y est pas pour rien.
Les plus curieux découvriront que, dans une brasserie du coin, une table est réservée à vie au commissaire Maigret. Le célèbre héros de Simenon venait y déjeuner chaque midi – de mémoire: un œuf mayonnaise et des anguilles au vert – puis, la pipe au bec, regagnait calmement son mythique bureau du quai des Orfèvres. La promenade est très belle. Vivement ce week-end.
B.DL.

26.02.2007

Une campagne

On a vu cela dimanche après-midi, rue de Rivoli. La scénographie de cette campagne était saisissante et, visiblement, elle ne laissait pas les passants indifférents.
Une trentaine de panneaux de carton de trois mètres de haut, fixés sur le trottoir et représentant des silhouettes humaines. Avec des tranches de vie inscrites en lettres rouge sang. Ainsi, «Sophie, 24 ans, allait en cours. Elle a grillé un feu rouge en vélo». Ou «Philippe, 42 ans, était en retard. Il a roulé trop vite en scooter».
Ces silhouettes représentent les 64 personnes qui ont été tuées et les 9.106 qui ont été blessées à Paris en 2006, victimes de l’insécurité routière. Un bilan qui, d’année en année, se dégrade. Et qui, à Paris aussi, tue avant tout les usagers faibles de la route: conducteurs de deux roues (27 morts dans la capitale l’an dernier) et piétons (25 tués).
On pensait à cette hécatombe en marchant vers le bureau ce matin. En dix minutes à peine, on a été témoin trois fois de l'incivilité routière: un scooter un peu distrait qui a oublié de s’arrêter au feu rouge, un automobiliste un peu énervé de tomber sur un livreur qui a fait marche arrière sans prendre la peine de remarquer qu’on traversait derrière lui, un cycliste un peu grisé par sa si belle piste cyclable qui a hurlé aux piétons en droit de traverser l’ordre de s’écarter plutôt que de leur céder le passage.
Le pire, c’est qu'on a à peine pris garde à tout cela. C'était très banal. C'était si typiquement parisien.
B.DL.

23.02.2007

Un peu de shopping (1)

medium_sac_20shopping_M.jpgC’est une petite boutique. Elle vient d’ouvrir. Elle s’appelle «La boutique des amis de Nicolas Sarkozy». Et on y vend des tas de petites choses merveilleuses.
-des tee-shirts et sweat-shirts avec ou sans la photo du candidat (15 € et 29 € pièce).
-un «sac shopping classique» à 38 €, «en toile tissée, imprimé une face, dos marron foncé, anses et doublure en coton marron», tellement mignon qu’il a légitimement été propulsé «meilleure vente» de la boutique. Ce n’est pas cher, Madame: 38 €. Et «envoyé sous 8 jours», en plus.
-sans conteste le fleuron de la boutique: un «tablier sans cordon écru». 24 € le tablier, tout de même. Oui, mais «grâce à un astucieux système de serre taille, vous l’enfilez ou le retirez en un temps record!» Grâce à cette innovation technologique, "tout devient possible", vraiment , pour la ménagère de base. En plus, et cela prouve bien que l’UMP n’est pas un parti sexiste, il a choisi un homme et non une femme pour illustrer le modèle présentant ledit ustensile de cuisine.
C’est vraiment une bien belle boutique.
B.DL.

22.02.2007

Une menace

Deux mois. Dans deux mois jour pour jour, c’est le premier tour des élections présidentielles.
Petit effort d’imagination. Nous sommes le 23 avril. Le scrutin, la veille, comme à chaque élection présidentielle, a donné lieu à de grosses surprises et ridiculisé les sondeurs. Intense agitation médiatique: plus que quinze jours et l'on connaîtra le nom du futur chef de l’Etat. Les gens sortent de chez eux pour acheter les journaux, avides de dévorer des pages d’analyses, d’éditoriaux et de résultats. Problème: tous les kiosques sont fermés. En grève. Pas un journal disponible à Paris.
Telle est, en tout cas, la menace spectaculaire brandie par deux syndicats de kiosquiers et de libraires parisiens, qui viennent d’appeler leurs membres à fermer boutique le 23 avril pour protester contre leurs conditions de travail en dégradation constante et la concurrence chaque jour croissante des journaux gratuits. Et cet appel, à première vue, semble suivi: 200 des 300 kiosques de Paris ont déjà répondu oui.
Un lendemain d’élection sans journaux - alors que les quotidiens, ces jours-là, enregistrent des hausses de diffusion astronomiques. Toute une population obligée, pour s’informer, de se tourner vers ces feuilles de chou publicitaires que sont les gratuits.
Dans le petit paysage médiatique, ce serait vraiment énorme -- un scénario-catastrophe en somme. Le pire, c'est qu'on n'est même pas sûr qu'il émeuvrait tant que cela les gens.
B.DL.

21.02.2007

Un sport

medium_Marion_Jones.jpgOn pratique les deux sports, modestement, à la hauteur de nos quelque 40 ans, depuis des années, donc on s’autorise à en juger. Le journalisme, finalement, c’est un peu comme la course à pied. Il nécessite de l’endurance, du tonus et, à certains moments, du ressort pour pouvoir se lancer dans de fulgurantes accélérations. On en a encore fait l’expérience mardi soir.
On avait quitté le bureau vers 20 heures, sur un énième papier plutôt moyen consacré à la méforme de Ségolène Royal dans les sondages en dépit de ses talents télévisuels. On se doutait bien qu’un énième sondage allait paraître mercredi matin, susceptible de changer la donne après le show télévisé réussi de l’intéressée lundi soir. Mais les fuites sur ses résultats tardant à tomber, on s’était résolu à passer une énième soirée entre copains avec France Info à l’oreillette et l’ordi portable dans le sac à dos, prêt à actualiser à tout moment ledit papier.
Les heures passent: rien. France Info ânonne sur le foot. 21h44, le premier AFP tombe: Ségolène Royal se redresse spectaculairement selon une enquête CSA publiée ce mercredi matin. 21h45: coup de fil du journaliste de garde à la Rédaction Etranger: le papier doit, évidemment, être complètement revu. Deux minutes plus tard, précision téléphonique du secrétariat soir de "La Libre": les papiers pour la première édition (importante: c’est celle qui est distribuée à l’étranger et donc en France et dès lors à Paris) doivent être envoyés à… 22 heures. Il reste moins d’un quart d’heure. On s’énerve (un peu).
On abandonne les copains (ils ne s’en formalisent plus). On dégaine le PC. Accès Wifi réservé, on n’a pas les identifiants ad hoc. On se retrouve à dicter par téléphone, depuis la place Saint-Germain des Prés (so chic ?), un dernier paragraphe de l’article du coup adéquatement modifié. Mais (et c’est toujours à ce moment que cela arrive) le vibreur s’affole, le téléphone clignote: «Low batt». On s’énerve (un peu). On y arrive malgré tout. L’heure du bouclage est respectée. Ce n’est toutefois que du colmatage d’urgence, avec notamment des horreurs de mise en page. Il faut améliorer cela pour les éditions suivantes.
Le délai pour la deuxième édition est fixé à 23h10. C’est jouable. On saute dans le métro. La panne, à Odéon. Interminable. 22h33, 22h44: les agences de presse s’excitent, multiplient les dépêches sur «le spectaculaire redressement royaliste». On se promet de réclamer un blackberry à la rédaction en chef. Le train redémarre enfin.
On arrive à la maison à 22h55. On se dit qu’avec la liaison ADSL surboostée que la rédaction en chef nous a offerte, cela va aller comme sur des roulettes. Raté: la machine se traîne misérablement. On s’énerve (un peu). On ne parvient à entrer dans la page du journal qu’à 23h. Au «Soir 3», Marie Drucker met la pression, tartine sur Royal. Il faut vraiment qu’on modifie ce fichu papier. On introduit en vitesse deux, trois micro-modifications, qu’aucun lecteur lambda évidemment ne remarquera. Il est 23h08.
On téléphone à un Bruno qu’on ne connaît pas mais qui, comme tous les «soiristes» dans n'importe quel journal du monde, résiste bien au stress, en a vu d’autres et est aussi cool qu’efficace. «Voilà, c’est bouclé, tu peux envoyer!»
23h09, le Bruno se marre. Il est ravi: il a une minute d’avance sur l’horaire imposé. Un délai Royal.
Le journalisme, a fortiori en campagne électorale, est vraiment le métier le plus excitant au monde.
B.DL.

20.02.2007

Une inflation

C’était frappant, hier soir. A peine avait-on fini d’ingurgiter deux heures de Ségolène Royal sur TF1 («J’ai une question à vous poser») que, sur France 2, débutait une autre émission consacrée à la campagne électorale («Mots croisés»), avec de nouveau des présidentiables (Arlette Laguiller et Nicolas Dupont-Aignan) en direct sur le plateau.
De 20h50 à 1h du matin donc, moyennant uniquement quelques rares interruptions publicitaires, les plus mordus de l’élection présidentielle ont pu, pendant plus de quatre heures, assouvir leur passion.
La course à l’Elysée est à l’origine d’une inflation d’émissions politiques à la télévision. On a fait le compte. Rien que la semaine dernière, motivées par des scores d’audience souvent excellents, les six chaînes nationales, les deux chaînes parlementaires et les deux chaînes d’info continue ont consacré pas moins de 24 émissions de débat, d’analyse et de confrontation à la campagne.
Or, on n’est encore qu’à 60 jours du scrutin. Qu’est-ce que ce sera dans un bon mois? Comme, en journaliste un minimum consciencieux, on s’oblige à les suivre toutes ou presque, c’est bien simple: si on poursuit à ce rythme, on ne fera plus que cela.
B.DL.

19.02.2007

Une pétition

medium_Jaiunequestion.jpgC’est la grande mode des plateaux télé de cette campagne présidentielle millésime 2007: les débats entre les hautes personnalités politiques et les quidams, ces derniers remplaçant donc les journalistes et posant directement leurs questions aux présidentiables. «A vous de juger» (France 2), «Français, votez pour moi» (France 3) et (ce soir encore, avec Ségolène Royal) «J’ai une question à vous poser» (TF1): pas moyen d’échapper à cette nouvelle mode.
Dans le sérail journalistique, nombre de confrères n’apprécient pas de se voir ainsi remplacés au pied levé par des citoyens supposés moins en connivence avec le pouvoir et plus en lien avec les préoccupations quotidiennes des Français.
Ainsi, à l’initiative de cinq journalistes du service public -- Jean-François Tealdi (France 3), Jacques Cotta (France 2), Lionel Thomson (Radio France), Lisa David (RFO), et Catherine Rolland (RFI) --, une pétition a été lancée, qui s’insurge notamment contre cette «dérive populiste qui consisterait seulement à donner la parole à des panels de citoyens interpellant directement les candidats, les journalistes étant cantonnés dans le rôle de M. Loyal porteurs de micros et ne pouvant exercer leur droit de suite sur les propos tenus par les différents candidats».
De même, les pétitionnaires refusent de se «satisfaire d'émissions d'info communication où un seul candidat est invité pour parler de ses propositions au prétexte que les grands candidats refuseraient tout débat contradictoire». Et réclament dès lors, «comme la majorité des citoyens, des débats entre les différents candidats. Les projets de société doivent être confrontés pour que les citoyens se forgent leur opinion. Ce n'est qu'à ces conditions que nous remplirons nos missions de service public, pilier essentiel de la démocratie».
B.DL.

16.02.2007

Un embouteillage

C’est un des effets de l’«affaire Rebelle», du nom de ce conseiller de Ségolène Royal qui était fiché par les Renseignements généraux et qui a obtenu en un temps record la communication de sa fiche.
A l’occasion, les médias ont abondamment rappelé que chaque citoyen disposait, via la Commission Informatique et Libertés (CNIL), d’un droit légal d’accès aux données informatiques le concernant. Du coup, depuis cette affaire, la CNIL est submergée de demandes de consultation de ces fichiers provenant de quidams par milliers – dont un grand nombre de journalistes, paraît-il.
Avant même cet afflux, la CNIL, qui dispose de quatre fois moins de personnel que son homologue allemande, était déjà passablement débordée. Cette semaine, son patron a carrément lancé un appel à l’aide au gouvernement pour qu’il lui octroie des moyens supplémentaires. Cet appel n’a visiblement pas été entendu: pour résoudre les problèmes posés par cet embouteillage, un décret se bornerait à étendre de quatre à sept mois le délai octroyé à la CNIL pour traiter les requêtes individuelles (*).
Les citoyens assiégeant la CNIL ne risquent pas, en tout cas, de le faire pour rien. Selon certaines estimations, on dénombrerait 100 millions de fiches de police et de gendarmerie en France, soit presque deux fiches par habitant.
Ces citoyens inquiets sont-ils un brin paranoïaques? Pas sûr. Le très officiel Observatoire national de la délinquance a reconnu récemment que ces fichiers contenaient jusqu’à 30 pc de noms répertoriés par erreur.
B.DL.

(*) Il faut manifestement faire partie de l'entourage d'un présidentiable pour obtenir sa fiche en 24 heures.

15.02.2007

Un progrès

medium_paris-metro-on-the-move.jpgOn l’a déjà dit ici: le métro de Paris est sans doute le plus macho du monde. Jusqu’à récemment, une seule et unique de ses quelque 300 stations portait le nom d’une femme: «Louise Michel» (ligne 3).
Les choses sont cependant en train de changer. Récemment, la station «Pierre Curie» (ligne 7), a été officiellement rebaptisée «Pierre et Marie Curie» en l’honneur de la célèbre physicienne. Elle sera inaugurée à l’occasion de la Journée de la femme, le 8 mars prochain.
Cela faisait plus de trente ans que certains attendaient cela: la première demande de modification en ce sens du nom de cette station avait été introduite à la RATP en 1973.
Avec ce changement, le nombre de stations de métro féminines est carrément doublé. Quand on part de si bas, les progrès ne peuvent évidemment qu’être spectaculaires. Mais à ce train là (c’est le cas de le dire), la RATP ne devrait atteindre la parité homme-femme qu'aux alentours du XXIVème ou du XXVème siècle. Au mieux.
B.DL.

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