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28/02/2007

Une infection

C’est la grande enquête et la "Une" du journal «Le Parisien» ce matin, et cela donne froid dans le dos. Selon un document de la Direction générale de la concurrence et de la consommation et selon les tests effectués par le quotidien, huit établissements de vente à emporter de sandwichs ou de kebabs sur dix ne satisfont pas aux normes d’hygiène les plus élémentaires.
A Paris, place de la République notamment, dans le quartier donc, les reporters du quotidien ont ainsi acheté un sandwich présentant des taux de staphylocoques 50 fois supérieurs aux critères autorisés. Dans une grande gare du dixième arrondissement (gare du Nord ou gare de l'Est, donc), on leur en a vendu un qui affichait un taux de coliformes totaux 76 fois supérieur à la norme. Et dans le même quartier, le «kebab frites, crudités, mayonnaise, ketchup» qu’on leur a servi a carrément été jugé «dangereux» par le labo qui l'a analysé: son taux d’aérobies mésophiles était de 9,6 millions.
Bienvenue au pays de la grande gastronomie et de la lutte contre la malbouffe.
B.DL.

27/02/2007

Un rajeunissement

medium_pont_20neuf_20au_20soleil.jpgOn l’a lu au petit-déjeuner ce matin dans «A Paris», la gazette de la mairie: la restauration du Pont Neuf est enfin terminée. Pour tout Parisien qui se respecte, c’est vraiment une grande nouvelle: en effet, les travaux de réfection et d’étanchéité du plus vieux pont de Paris (1578-1607) avaient commencé… en 1990.
Les douze arches en plein cintre ont donc été entièrement consolidées et rénovées. Et les mascarons, ces figurines sculptées qui contribuent au cachet de l’édifice, ont toutes retrouvé leurs traits ciselés.
On va aller y jeter un coup d’œil, ce week-end. Avec toutefois une certaine appréhension. L'endroit est splendide, certes. La pointe ouest de l’île de la Cité offre évidemment un des plus beaux et émouvants panoramas de Paris qui soit. Mais comme sur le parvis de Notre-Dame, c’est au Pont Neuf que l’on perçoit vraiment la pression touristique que subit la capitale, que l’on ressent physiquement – par la cohue, par la promiscuité et par le bruit, à longueur d’années – qu’elle est la ville la plus visitée au monde.
Sans doute donc va-t-on fuire rapidement la foule et se retrouver place Dauphine, cette place où on est venu si souvent bouquiner, dans le temps. Architecturalement, bien entendu, elle n’a plus son homogénéité et donc son intérêt d’origine. Mais l’endroit garde un charme fou. Le souvenir du couple mythique Montand-Signoret n’y est pas pour rien.
Les plus curieux découvriront que, dans une brasserie du coin, une table est réservée à vie au commissaire Maigret. Le célèbre héros de Simenon venait y déjeuner chaque midi – de mémoire: un œuf mayonnaise et des anguilles au vert – puis, la pipe au bec, regagnait calmement son mythique bureau du quai des Orfèvres. La promenade est très belle. Vivement ce week-end.
B.DL.

26/02/2007

Une campagne

On a vu cela dimanche après-midi, rue de Rivoli. La scénographie de cette campagne était saisissante et, visiblement, elle ne laissait pas les passants indifférents.
Une trentaine de panneaux de carton de trois mètres de haut, fixés sur le trottoir et représentant des silhouettes humaines. Avec des tranches de vie inscrites en lettres rouge sang. Ainsi, «Sophie, 24 ans, allait en cours. Elle a grillé un feu rouge en vélo». Ou «Philippe, 42 ans, était en retard. Il a roulé trop vite en scooter».
Ces silhouettes représentent les 64 personnes qui ont été tuées et les 9.106 qui ont été blessées à Paris en 2006, victimes de l’insécurité routière. Un bilan qui, d’année en année, se dégrade. Et qui, à Paris aussi, tue avant tout les usagers faibles de la route: conducteurs de deux roues (27 morts dans la capitale l’an dernier) et piétons (25 tués).
On pensait à cette hécatombe en marchant vers le bureau ce matin. En dix minutes à peine, on a été témoin trois fois de l'incivilité routière: un scooter un peu distrait qui a oublié de s’arrêter au feu rouge, un automobiliste un peu énervé de tomber sur un livreur qui a fait marche arrière sans prendre la peine de remarquer qu’on traversait derrière lui, un cycliste un peu grisé par sa si belle piste cyclable qui a hurlé aux piétons en droit de traverser l’ordre de s’écarter plutôt que de leur céder le passage.
Le pire, c’est qu'on a à peine pris garde à tout cela. C'était très banal. C'était si typiquement parisien.
B.DL.

23/02/2007

Un peu de shopping (1)

medium_sac_20shopping_M.jpgC’est une petite boutique. Elle vient d’ouvrir. Elle s’appelle «La boutique des amis de Nicolas Sarkozy». Et on y vend des tas de petites choses merveilleuses.
-des tee-shirts et sweat-shirts avec ou sans la photo du candidat (15 € et 29 € pièce).
-un «sac shopping classique» à 38 €, «en toile tissée, imprimé une face, dos marron foncé, anses et doublure en coton marron», tellement mignon qu’il a légitimement été propulsé «meilleure vente» de la boutique. Ce n’est pas cher, Madame: 38 €. Et «envoyé sous 8 jours», en plus.
-sans conteste le fleuron de la boutique: un «tablier sans cordon écru». 24 € le tablier, tout de même. Oui, mais «grâce à un astucieux système de serre taille, vous l’enfilez ou le retirez en un temps record!» Grâce à cette innovation technologique, "tout devient possible", vraiment , pour la ménagère de base. En plus, et cela prouve bien que l’UMP n’est pas un parti sexiste, il a choisi un homme et non une femme pour illustrer le modèle présentant ledit ustensile de cuisine.
C’est vraiment une bien belle boutique.
B.DL.

22/02/2007

Une menace

Deux mois. Dans deux mois jour pour jour, c’est le premier tour des élections présidentielles.
Petit effort d’imagination. Nous sommes le 23 avril. Le scrutin, la veille, comme à chaque élection présidentielle, a donné lieu à de grosses surprises et ridiculisé les sondeurs. Intense agitation médiatique: plus que quinze jours et l'on connaîtra le nom du futur chef de l’Etat. Les gens sortent de chez eux pour acheter les journaux, avides de dévorer des pages d’analyses, d’éditoriaux et de résultats. Problème: tous les kiosques sont fermés. En grève. Pas un journal disponible à Paris.
Telle est, en tout cas, la menace spectaculaire brandie par deux syndicats de kiosquiers et de libraires parisiens, qui viennent d’appeler leurs membres à fermer boutique le 23 avril pour protester contre leurs conditions de travail en dégradation constante et la concurrence chaque jour croissante des journaux gratuits. Et cet appel, à première vue, semble suivi: 200 des 300 kiosques de Paris ont déjà répondu oui.
Un lendemain d’élection sans journaux - alors que les quotidiens, ces jours-là, enregistrent des hausses de diffusion astronomiques. Toute une population obligée, pour s’informer, de se tourner vers ces feuilles de chou publicitaires que sont les gratuits.
Dans le petit paysage médiatique, ce serait vraiment énorme -- un scénario-catastrophe en somme. Le pire, c'est qu'on n'est même pas sûr qu'il émeuvrait tant que cela les gens.
B.DL.

21/02/2007

Un sport

medium_Marion_Jones.jpgOn pratique les deux sports, modestement, à la hauteur de nos quelque 40 ans, depuis des années, donc on s’autorise à en juger. Le journalisme, finalement, c’est un peu comme la course à pied. Il nécessite de l’endurance, du tonus et, à certains moments, du ressort pour pouvoir se lancer dans de fulgurantes accélérations. On en a encore fait l’expérience mardi soir.
On avait quitté le bureau vers 20 heures, sur un énième papier plutôt moyen consacré à la méforme de Ségolène Royal dans les sondages en dépit de ses talents télévisuels. On se doutait bien qu’un énième sondage allait paraître mercredi matin, susceptible de changer la donne après le show télévisé réussi de l’intéressée lundi soir. Mais les fuites sur ses résultats tardant à tomber, on s’était résolu à passer une énième soirée entre copains avec France Info à l’oreillette et l’ordi portable dans le sac à dos, prêt à actualiser à tout moment ledit papier.
Les heures passent: rien. France Info ânonne sur le foot. 21h44, le premier AFP tombe: Ségolène Royal se redresse spectaculairement selon une enquête CSA publiée ce mercredi matin. 21h45: coup de fil du journaliste de garde à la Rédaction Etranger: le papier doit, évidemment, être complètement revu. Deux minutes plus tard, précision téléphonique du secrétariat soir de "La Libre": les papiers pour la première édition (importante: c’est celle qui est distribuée à l’étranger et donc en France et dès lors à Paris) doivent être envoyés à… 22 heures. Il reste moins d’un quart d’heure. On s’énerve (un peu).
On abandonne les copains (ils ne s’en formalisent plus). On dégaine le PC. Accès Wifi réservé, on n’a pas les identifiants ad hoc. On se retrouve à dicter par téléphone, depuis la place Saint-Germain des Prés (so chic ?), un dernier paragraphe de l’article du coup adéquatement modifié. Mais (et c’est toujours à ce moment que cela arrive) le vibreur s’affole, le téléphone clignote: «Low batt». On s’énerve (un peu). On y arrive malgré tout. L’heure du bouclage est respectée. Ce n’est toutefois que du colmatage d’urgence, avec notamment des horreurs de mise en page. Il faut améliorer cela pour les éditions suivantes.
Le délai pour la deuxième édition est fixé à 23h10. C’est jouable. On saute dans le métro. La panne, à Odéon. Interminable. 22h33, 22h44: les agences de presse s’excitent, multiplient les dépêches sur «le spectaculaire redressement royaliste». On se promet de réclamer un blackberry à la rédaction en chef. Le train redémarre enfin.
On arrive à la maison à 22h55. On se dit qu’avec la liaison ADSL surboostée que la rédaction en chef nous a offerte, cela va aller comme sur des roulettes. Raté: la machine se traîne misérablement. On s’énerve (un peu). On ne parvient à entrer dans la page du journal qu’à 23h. Au «Soir 3», Marie Drucker met la pression, tartine sur Royal. Il faut vraiment qu’on modifie ce fichu papier. On introduit en vitesse deux, trois micro-modifications, qu’aucun lecteur lambda évidemment ne remarquera. Il est 23h08.
On téléphone à un Bruno qu’on ne connaît pas mais qui, comme tous les «soiristes» dans n'importe quel journal du monde, résiste bien au stress, en a vu d’autres et est aussi cool qu’efficace. «Voilà, c’est bouclé, tu peux envoyer!»
23h09, le Bruno se marre. Il est ravi: il a une minute d’avance sur l’horaire imposé. Un délai Royal.
Le journalisme, a fortiori en campagne électorale, est vraiment le métier le plus excitant au monde.
B.DL.

20/02/2007

Une inflation

C’était frappant, hier soir. A peine avait-on fini d’ingurgiter deux heures de Ségolène Royal sur TF1 («J’ai une question à vous poser») que, sur France 2, débutait une autre émission consacrée à la campagne électorale («Mots croisés»), avec de nouveau des présidentiables (Arlette Laguiller et Nicolas Dupont-Aignan) en direct sur le plateau.
De 20h50 à 1h du matin donc, moyennant uniquement quelques rares interruptions publicitaires, les plus mordus de l’élection présidentielle ont pu, pendant plus de quatre heures, assouvir leur passion.
La course à l’Elysée est à l’origine d’une inflation d’émissions politiques à la télévision. On a fait le compte. Rien que la semaine dernière, motivées par des scores d’audience souvent excellents, les six chaînes nationales, les deux chaînes parlementaires et les deux chaînes d’info continue ont consacré pas moins de 24 émissions de débat, d’analyse et de confrontation à la campagne.
Or, on n’est encore qu’à 60 jours du scrutin. Qu’est-ce que ce sera dans un bon mois? Comme, en journaliste un minimum consciencieux, on s’oblige à les suivre toutes ou presque, c’est bien simple: si on poursuit à ce rythme, on ne fera plus que cela.
B.DL.

19/02/2007

Une pétition

medium_Jaiunequestion.jpgC’est la grande mode des plateaux télé de cette campagne présidentielle millésime 2007: les débats entre les hautes personnalités politiques et les quidams, ces derniers remplaçant donc les journalistes et posant directement leurs questions aux présidentiables. «A vous de juger» (France 2), «Français, votez pour moi» (France 3) et (ce soir encore, avec Ségolène Royal) «J’ai une question à vous poser» (TF1): pas moyen d’échapper à cette nouvelle mode.
Dans le sérail journalistique, nombre de confrères n’apprécient pas de se voir ainsi remplacés au pied levé par des citoyens supposés moins en connivence avec le pouvoir et plus en lien avec les préoccupations quotidiennes des Français.
Ainsi, à l’initiative de cinq journalistes du service public -- Jean-François Tealdi (France 3), Jacques Cotta (France 2), Lionel Thomson (Radio France), Lisa David (RFO), et Catherine Rolland (RFI) --, une pétition a été lancée, qui s’insurge notamment contre cette «dérive populiste qui consisterait seulement à donner la parole à des panels de citoyens interpellant directement les candidats, les journalistes étant cantonnés dans le rôle de M. Loyal porteurs de micros et ne pouvant exercer leur droit de suite sur les propos tenus par les différents candidats».
De même, les pétitionnaires refusent de se «satisfaire d'émissions d'info communication où un seul candidat est invité pour parler de ses propositions au prétexte que les grands candidats refuseraient tout débat contradictoire». Et réclament dès lors, «comme la majorité des citoyens, des débats entre les différents candidats. Les projets de société doivent être confrontés pour que les citoyens se forgent leur opinion. Ce n'est qu'à ces conditions que nous remplirons nos missions de service public, pilier essentiel de la démocratie».
B.DL.

16/02/2007

Un embouteillage

C’est un des effets de l’«affaire Rebelle», du nom de ce conseiller de Ségolène Royal qui était fiché par les Renseignements généraux et qui a obtenu en un temps record la communication de sa fiche.
A l’occasion, les médias ont abondamment rappelé que chaque citoyen disposait, via la Commission Informatique et Libertés (CNIL), d’un droit légal d’accès aux données informatiques le concernant. Du coup, depuis cette affaire, la CNIL est submergée de demandes de consultation de ces fichiers provenant de quidams par milliers – dont un grand nombre de journalistes, paraît-il.
Avant même cet afflux, la CNIL, qui dispose de quatre fois moins de personnel que son homologue allemande, était déjà passablement débordée. Cette semaine, son patron a carrément lancé un appel à l’aide au gouvernement pour qu’il lui octroie des moyens supplémentaires. Cet appel n’a visiblement pas été entendu: pour résoudre les problèmes posés par cet embouteillage, un décret se bornerait à étendre de quatre à sept mois le délai octroyé à la CNIL pour traiter les requêtes individuelles (*).
Les citoyens assiégeant la CNIL ne risquent pas, en tout cas, de le faire pour rien. Selon certaines estimations, on dénombrerait 100 millions de fiches de police et de gendarmerie en France, soit presque deux fiches par habitant.
Ces citoyens inquiets sont-ils un brin paranoïaques? Pas sûr. Le très officiel Observatoire national de la délinquance a reconnu récemment que ces fichiers contenaient jusqu’à 30 pc de noms répertoriés par erreur.
B.DL.

(*) Il faut manifestement faire partie de l'entourage d'un présidentiable pour obtenir sa fiche en 24 heures.

15/02/2007

Un progrès

medium_paris-metro-on-the-move.jpgOn l’a déjà dit ici: le métro de Paris est sans doute le plus macho du monde. Jusqu’à récemment, une seule et unique de ses quelque 300 stations portait le nom d’une femme: «Louise Michel» (ligne 3).
Les choses sont cependant en train de changer. Récemment, la station «Pierre Curie» (ligne 7), a été officiellement rebaptisée «Pierre et Marie Curie» en l’honneur de la célèbre physicienne. Elle sera inaugurée à l’occasion de la Journée de la femme, le 8 mars prochain.
Cela faisait plus de trente ans que certains attendaient cela: la première demande de modification en ce sens du nom de cette station avait été introduite à la RATP en 1973.
Avec ce changement, le nombre de stations de métro féminines est carrément doublé. Quand on part de si bas, les progrès ne peuvent évidemment qu’être spectaculaires. Mais à ce train là (c’est le cas de le dire), la RATP ne devrait atteindre la parité homme-femme qu'aux alentours du XXIVème ou du XXVème siècle. Au mieux.
B.DL.

10:25 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : Paris, Métro, Femmes

14/02/2007

Une déclaration

Prévenons d’emblée nos lecteurs belges: Saint-Valentin aujourd’hui ou pas, ce qui suit n’est pas précisément une déclaration d’amour française envers le plat pays.
C’est Europe 1 qui faisait ses choux gras de cette anecdote ce matin, sur la base d’un écho paru dans «L’Express». Cela se passe le 23 novembre à Matignon. Le Premier ministre regarde Nicolas Sarkozy au 20 heures de TF1. Les témoins sont peu nombreux. Du coup, le chef du gouvernement se lâche contre le patron de l'UMP: «Quelle démagogie! Quelle petitesse! Quelle vision étriquée! Il va faire de la France une Belgique».
Et le confrère d’Europe 1 de charitablement ajouter: «Et dans la bouche de Dominique de Villepin, ce n'est pas un compliment».
Au service de com de Matignon ce matin, tout le monde était en réunion. Personne n’a pu donc nous confirmer, nous infirmer ou nous commenter cette si charmante déclaration. On va nous rappeler, nous a-t-il été promis. C'est toujours ce que l'on dit.
B.DL.

13/02/2007

Un voisin

medium_ilan.jpgC’était il y a un an. Le 13 février 2006, le corps nu et agonisant d’un jeune homme était retrouvé le long d’une voie ferrée en banlieue parisienne. Il succombera peu après.
Il n’avait pas trente ans.
Il s’appelait Ilan Halimi. Il avait été enlevé puis, pendant trois semaines, torturé dans une cave d’une cité par un groupe de caïds auto-baptisé «Le gang des barbares». Ces agresseurs l’avaient kidnappé car ils pensaient qu’Ilan, juif, était d’office fortuné et que donc sa famille allait facilement et largement payer pour le voir libéré.
Ilan était du quartier. Il bossait dans un petit magasin de téléphonie mobile du boulevard Beaumarchais, en bordure du Marais. Comme on passe là au moins deux fois par jour, on a forcément dû le croiser. On était donc voisins. Longtemps, ses anciens collègues ont affiché sa photo à la vitrine de la boutique, et quelques mots disant leur chagrin. Plus, parfois, l’une ou l’autre bougie.
On est passé devant le magasin d’Ilan ce matin. Il n’y avait plus rien. Rideau baissé. La petite boutique, manifestement, a déménagé.
Plus rien ne vient rappeler le calvaire que ce gamin endura et qui pourtant, il y a un an à peine, bouleversa la France entière. Le tumulte de l'actualité sans cesse changeante, parfois, est décidément cruel.
B.DL.

10:35 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : Paris, Actualités

12/02/2007

Une différence, ou l’autre

Un dimanche passé à Villepinte donc, parmi la foule des milliers de supporteurs de Ségolène Royal venus l’entendre décliner son programme.
En ce qui concerne simplement l’organisation du meeting, au-delà même donc du fond, on a pu noter l’une ou l’autre différence avec le récent sacre de Nicolas Sarkozy, porte de Versailles.
-Le hall d’exposition réquisitionné par les royalistes était trois fois moins grand que celui qu’avaient choisi les sarkozystes. Et l’assistance, même impressionnante, y était trois fois moins nombreuse. Mais vu la densité de la foule et le nombre de militants relégués au dehors, ce choix habile a permis de donner l’impression d’un succès public au moins aussi important que celui de la grand messe sarkozyste.
-Le service d’ordre du PS était beaucoup plus souple et moins ostensible que celui mis en place par le parti du premier flic de France. Ainsi, en lieu et place des centaines de barrières Nadar qui avaient transformé le parc de Versailles en immense labyrinthe de zones réservées, ponctué tous les cinq mètres ou presque de vigiles, on eut droit dimanche à des cordons un brin plus conviviaux de simples militants faisant barrage de leurs corps en se tenant par la main face à la foule.
-Alors que le buffet servi pendant toute la journée dans la salle de presse du meeting de l’UMP avait été grandiose, digne des meilleurs traiteurs parisiens, celui offert par les socialistes aux médias dimanche était réduit à sa plus simple expression, voire quasiment inexistant: de vagues sandwiches en nombre à peu près dix fois insuffisant, quelques pauvres bouteilles d’eau minérale, et encore pas pour tout le monde, du mauvais café. Des journalistes ont beaucoup râlé. D’autres, la plupart, ont stoïquement accepté de passer la journée sans quasiment rien avaler.
C’est très bien. Les journalistes ne sont pas des coqs en pâte. Et a priori, il ne viennent pas à des meetings politiques pour se goinfrer.
B.DL.

09/02/2007

Un flop

medium_palaisdel_elysee.jpgHier en rédigeant l’articulet du jour sur la campagne présidentielle, consacré cette fois aux états d’âme du couple Chirac sur l’éventualité de son départ de l’Elysée (on pourra les voir et entendre dimanche à la télé, chez Drucker), on s’est souvenu d’avoir récemment reçu, comme sans doute nombre de journalistes, un courriel annonçant le lancement par un quidam d’une pétition sur internet en faveur d’une nouvelle candidature de Jacques Chirac.
On n’avait pas encore eu le temps d’aller faire un tour sur le site. On l’a fait ce matin. C’était éloquent.
En effet, ladite page censée recueillir les signatures d’internautes inconditionnels de Jacques Chirac est déjà indisponible, et sans doute pas à cause de la sur-fréquentation du site. Sur le web, d’ailleurs, l’hypothèse Chirac en 2007 semble faire un flop. Du moins si l’on en juge aux quelques coups de sonde que l’on a faits ce matin en vitesse.
Sur Chirac2007.com, ni pétition, ni engouement populaire: un contenu purement informatif et très classique et beaucoup de pubs. Dont notamment -- cela ne s’invente pas -- de la réclame pour une certaine «Chapelle Ste Bernadette. Père Elie Marie Exorciste Désenvoûtement Objets religieux». Sur chirac.new.fr et chirac2007.new.fr, les noms de domaine sont toujours à vendre.
Les blogs ne semblent pas d'avantage attirer la grande foule. On en a visité deux. Le premier n’a reçu que 1259 visiteurs et le sondage qu’il propose en faveur d’un troisième mandat du Président n’a attiré que 152 votants. Le second, lui, affiche carrément et d’emblée le post suivant: «Erreur Aucun billet».
A part cela, tout va bien pour les chiraquiens.
B.DL.

08/02/2007

Une comparaison

Dans son dernier numéro, le magazine «Gala» -- «l’actualité des gens célèbres» -- n’y va pas avec le dos de la brosse à reluire. La demi-douzaine de pages qu’il consacre au couple Sarkozy sont si hagiographiques et richement illustrées qu’on croirait vraiment du publi-reportage. En bonne place et en lettres grasses, on y trouve la comparaison qui tue: Nicolas et Cecilia, «les Kennedy tricolores».
Ce faisant, «Gala» reprend en fait un vieux plan de com' du ministre de l’Intérieur lui-même. Lors de son arrivée place Beauvau, Nicolas Sarkozy s’était fait photographier par «Match» avec son fils Louis gambadant dans son bureau, comme jadis John-John Kennedy dans le bureau de son père à la Maison-Blanche.
Sarkozy-Kennedy, donc. Les deux hommes, en effet, sont immensément populaires, ils se jouent des médias et sont des experts en marketing politique.
Le candidat Sarkozy de 2007, toutefois, a au moins triplement intérêt à ce que son vieux plan de com’ comparatif s’arrête là -- sans même évoquer la fin tragique du 35ème Président des Etats-Unis ni se lancer dans l’évaluation machiste des charmes de Cecilia et de Jacqueline Lee Bouvier.
-Se faire comparer à un Américain n’est peut-être pas la meilleure chose pour un candidat à l’Elysée qui s’efforce de gommer son image d’ultra-atlantiste, «caniche» de la Maison-Blanche.
-Vouloir faire oublier les déboires de son couple n’est peut-être pas forcément compatible avec la référence omniprésente à Kennedy, «l’amant romantique de l’Amérique» (comme le décrivaient ses biographes), qui était connu aussi pour ses frasques sexuelles et sa libido incontrôlable.
-Les relations entre le clan Kennedy et la mafia ayant de tout temps fait jaser, Nicolas Sarkozy n’a peut-être pas intérêt à ce que les médias insistent de ce côté-là, lui qui est déjà raillé par ses adversaires comme étant le candidat du grand capital, l’homme des réseaux opaques entre le pouvoir et le business.
Du coup, cette question: «les Kennedy tricolores» Nicolas et Cecilia ne vont-ils pas/ ne devraient-ils pas plutôt engueuler la rédaction en chef de «Gala» pour cette comparaison historique?
B.DL.

07/02/2007

Une déception

medium_neigeaParis.jpg«Il neige sur Paris», annonçait, tonitruant, le radio-réveil ce matin. On s’est aussitôt imaginé une journée de congé idéale sous la neige, dans la capitale. Une longue promenade tonifiante au Luxembourg puis au Jardin des Plantes, pour commencer. Un hammam à la Grande mosquée ou un sauna aux «Bains du Marais», pour se réchauffer. Un gâteau de haricots rouges arrosé de thé vert dans une pâtisserie japonaise de la rue Saint-Honoré, pour se dépayser. Un peu de lèche-vitrines dans les galeries du Palais Royal et dans les passages feutrés du deuxième arrondissement, pour admirer. Un western des années 50 dans un vieux cinéma d’art et d’essai du Quartier latin, pour déconnecter. Un dîner dans un resto Indien végétarien du Passage Brady, pour terminer la journée en beauté et en santé.
On savait très bien qu’on ne pourrait pas prendre congé. On s’est néanmoins précipité aux fenêtres pour admirer le spectacle censé donc enneigé: les célèbres toits de zinc de Paris tout blanchis, le silence cotonneux des rues ensevelies, etc.
Là, déception: pas la moindre blancheur à l'horizon, quelques flocons à peine qui tremblotent, une ville mouillée qui, en fait, pleuviote, un froid humide qui donne le frisson, une grisaille vaguement sinistre.
Au moins, s’est-on dit, c'est sans trop de regrets qu'on ira bosser.
B.DL.
Paris, Météo

10:42 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : Paris, Météo

06/02/2007

Un aigri

On n’a vu que hier soir les images, au «Zapping» sur Canal:le samedi soir, on ne regarde pas forcément la télé et surtout pas les émissions de l’intéressé. Samedi soir donc, sur le thème de la liberté emprisonnée, Thierry Ardisson a ostensiblement allumé et fumé une cigarette face aux caméras pendant son émission, façon pour lui de tourner la nouvelle loi anti-tabac en dérision.
Le ministre de la Santé Xavier Bertrand, invité hier par Denisot à commenter ces images, a eu l’intelligence de ne pas trop en faire dans le registre de l’indignation. Un haussement d’épaules, à dire vrai, aurait suffi. Tant cette énième sous-provoc’ de l’homme en noir n’est ni intéressante, ni choquante, ni même drôle: elle est tout au plus facile, attendue, démago et datée -- dernières grimaces d’un bouffon aigri et vieillissant.
D’ailleurs, la meilleure preuve qu’elle est tombée complètement à plat est que personne, vraiment personne, n’en a pas parlé ce week-end et qu’il a fallu 48 heures pour qu’on en soit au courant. On aurait peut-être dû ne pas en parler non plus, d’ailleurs.
B.DL.

05/02/2007

Un vœu

medium_StickerJeveuxplus.jpgAvec la campagne électorale, revient la vogue des stickers. Longtemps l’apanage des mouvements d’extrême droite – le Front national s’en était fait, et continue à en faire, une de ses spécialités –, les autocollants revendicatifs ont, depuis, élargi leur public. Désormais, toute la palette des couleurs politiques y ont recours. Les stickers occupent même une grande place dans la tendance grandissante des partis à recourir au merchandising.
Moins de cent jours avant le premier tour, réapparaissent aussi les stickers diffusés dans le cadre d’opérations apolitiques et de campagnes civiques. Ainsi, ces autocollants «Je ne veux plus» rouges et noirs («Je ne veux plus de Le Pen au second tour», par exemple, comme illustré en vignette) qu’on voit de nouveau fleurir un peu partout ces derniers jours à Paris.
C’est le réseau Animafac qui est à l’origine de cette opération. Ce réseau apolitique regroupant 10.000 associations étudiantes a lancé une campagne à l’attention des jeunes, baptisée «2007: pas sans nous», qui passe notamment par l’expression, via un site internet, des revendications (positives ou négatives) de la jeunesse en vue des prochaines élections. L’enjeu est clairement de ne plus réitérer ce qui avait été une des grandes caractéristiques du premier tour du scrutin présidentiel de 2002: l’abstentionnisme massif de l’électorat jeune.
Un Président n’ayant jamais, dans toute l’Histoire de la Vème République, été élu sans et contre la jeunesse, on peut imaginer que les présidentiables prêteront une oreille attentive aux revendications de ce public.
A fortiori après le séisme de 2002 et après la crise sociale et politique majeure du Contrat première embauche (CPE), qui, au printemps dernier, a rappelé les potentialités de mobilisation de la jeunesse.
B.DL.

02/02/2007

Un basculement

Les médias feraient l’opinion? Détermineraient, par leurs choix, l’issue de l’élection? C’est l’antienne serinée depuis des mois par tous les petits candidats, furieux d’être snobés au profit des deux stars médiatiques de la course à l’Elysée: Royal et Sarkozy. Mais on le voit bien en ce moment: les médias suivent l’opinion autant qu’ils la font, la flattent autant qu’ils la forment.
Ainsi, à Paris ces jours-ci, plus moyen d’aller chez un marchand de journaux ou de croiser une devanture de kiosque sans tomber sur une kyrielle de quotidiens et de newsmagazines assassins envers Ségolène Royal, une personnalité que ces mêmes titres, pourtant, depuis près de deux ans maintenant, ont tant et tant encensée.
Mais voilà, les sondages se sont retournés. Du coup, le ton de la presse a changé. Doublement.
Sur le fond. «Ségolène va-t-elle dévisser?», «Tiendra-t-elle?», «Le sondage qui lui fait mal», «L'inquiétude au PS»: ce sont quelques-uns des titres éloquents qu’on a aperçus au kiosque ce matin. Curieusement, les si innombrables atouts de cette si atypique candidate qui allaient si immanquablement la faire gagner et sur lesquels les médias tartinaient si fréquemment depuis des mois sont subitement, comme par magie, passés de vie à trépas.
Sur la forme. Et cruellement. Jusqu’à présent, la si photogénique Royal a vu des clichés sublimes d’elle étalés à la Une de toute la presse. Depuis quelques jours, elle en prend plein la figure, littéralement. «Le Parisien» de ce matin et «Le Figaro Magazine» de ce week-end l’illustrent bien: désormais, elle n’apparaît plus en première page que ridée, fatiguée, énervée, visiblement déprimée, sinistre à faire peur.
Or, en quelques jours, physiquement, la femme n’a pas changé, évidemment. Mais son traitement médiatique, lui, a basculé. L’icône, la madone, a été désacralisée. Sans pitié. Jusqu’au prochain revirement médiatique.
Les médias, décidément, sont d'une grande frivolité.
B.DL.

01/02/2007

Un anti-stress

medium_megots.jpgCe jeudi était donc à marquer d’une pierre blanche pour les non-fumeurs, même s’ils vont devoir encore attendre jusqu'à janvier 2008 pour pouvoir déguster un steak qui n’aura plus le goût de clope, dans les restos et brasseries à l’heure du déjeuner.
Certaines entreprises ont réagi avec à-propos et humour à la nouvelle réglementation interdisant désormais le tabac sur les lieux de travail. Ainsi, à France Télévision ce jeudi, tous les visiteurs étaient accueillis par une charmante hôtesse. Qui leur tendait, outre un papier orné de fleurs souhaitant la "Bienvenue dans un bâtiment non fumeur", une petite balle anti-stress de couleur bleue: ce truc que l’on peut malaxer à loisir quand on est un peu nerveux et qui reprend toujours sa forme initiale.
Sympathique attention et mesure de prévention s’il en est, et pas seulement pour les fumeurs: elle aurait pu servir aussi aux dizaines de milliers d'automobilistes de région parisienne qui, pendant trois heures ce matin, ont été coincés dans des embouteillages monstres sur le périphérique.
Mais au moins ceux-là, dans leur voiture, ont-ils pu fumer à leur aise, diront les accros de la nico.
C.G.