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30.03.2007

Un peu de shopping (6)

Les marques et l’actu électorale, suite.
Il y avait les présidentielles. Il y a maintenant les… «pizzadentielles». Dans cette élection, quatre pizzas se présentent aux suffrages de la population. La pizza Margherita par exemple, qui croit «au retour des valeurs de simplicité et de naturel». Ou la Pizza Reine, qui «souhaite redonner leur dignité à tous les jambons, à tous les champignons et aussi à la mozarella» et dont la «royale garniture permet d’élever le débat».
N’importe quoi? Dans une autre élection du même acabit organisée entre le 1er janvier et le 15 mars par une grande marque de crème dessert cette fois, 1.068.497 personnes avaient trouvé le temps de voter.
Etaient en concurrence la crème saveur praliné, candidate de l’Union pour la République gourmande (URP), qui «offrira les saveurs que l’on demande et garantira l’égalité des chances pour tous les gourmands de France», la crème chocolat blanc, pour le Collectif des fondus de chocolat (CFC), qui fera «partager aux Français les plaisirs de la voie lactée», et la crème saveur marrons, candidate du Front de libération des saveurs (FLS), qui promet aux électeurs que «la fin de la traversée du dessert est proche». Le nom du produit élu sera dévoilé le 1er mai.
Plus d’1 million de Français ont donc «voté pour Danette». Les gens ne sont pas tous débordés dans ce pays, visiblement.
B.DL.

29.03.2007

Une (pas) drôle d’idée

medium_18_34_53_456527000_FRANCE_LE_PEN_TOU101.jpgChaque année, le Press Club, une aimable confrérie de journalistes parisiens mondains, décerne son prix «Humour et politique», qui récompense les petites phrases les plus drôles prononcées par les hommes politiques. L’édition 2007 de ce prix, qui sera décernée en juin, risque toutefois d’être moins drôle. Parmi les nominés, en effet, figure le sinistre Jean-Marie Le Pen.
Le multirécidiviste des calembours ignobles et condamnés par la justice a été sélectionné pour la réponse qu’il avait faite à un journaliste l’interrogeant sur le premier voyage qu’il effectuerait à l’étranger s’il était élu à l’Elysée: «Montfermeil». Du nom de la célèbre cité de banlieue parisienne qui, comme chacun sait et comme la plupart des cités, est peuplée majoritairement de Français issus de l’immigration.
Quatre questions.
-Est-ce drôle?
-En présélectionnant cette petite phrase, le jury de ce prix cautionne-t-il ses pénibles sous-entendus racistes?
-Les journalistes étant de si prompts donneurs de leçons, ne devraient-ils pas être les premiers à y réfléchir à deux fois avant de faire n’importe quoi?
-Comme le disait Pierre Desproges, si on peut sans doute rire de tout, peut-on vraiment rire avec n’importe qui?
B.DL.

28.03.2007

Un spectacle

Effarant spectacle à la gare du Nord ce matin. Le magasin de sport qui a été pillé a encore son rideau à moitié baissé et son intérieur jonché de boîtes de chaussures. Sa vitrine a volé en morceaux. Celles de la bagagerie et de la boutique voisines sont étoilées à plusieurs endroits et ne semblent plus tenir debout que par miracle. Plus loin: un distributeur automatique et un Photomaton vandalisés, un escalator saccagé, d’innombrables panneaux publicitaires explosés, des rambardes d’escalier fracassées, des palissades de chantier incendiées, la boutique d’accueil de la SNCF obligée de rester fermée, etc.
Pendant sept heures hier soir, la gare du Nord a été le théâtre de violents affrontements entre jeunes et forces de l’ordre et a vu son fonctionnement considérablement perturbé, au détriment des centaines de milliers d’usagers qui fréquentent cette gare, la plus grande d’Europe.
La France a dû encore donner une belle image d'elle aux milliers de touristes étrangers à peine débarqués de leurs Eurostar et Thalys et dont la première vue de Paris a été le spectacle sans doute consterné de scènes de quasi guérilla urbaine. Structurellement, qu’un différend relatif à un banal contrôle de titre de transport prenne d’aussi hallucinantes proportions en dit long sur l’état des relations sociales dans ce pays, moins de deux ans après l’embrasement des banlieues.
B.DL.

27.03.2007

Un mouton

medium_21_01_00_411650000_FRANCE_BAYROU_XFM106.jpgPetit-déjeuner en quatrième vitesse à plusieurs centaines de kilomètres de Paris, à Saint-Etienne précisément, où on a passé toute la journée de lundi «embedded with» François Bayrou (*).
Le «journalisme embarqué» n’est pas précisément la facette la plus passionnante du métier. C’est même très moutonnier. On n’a aucune autonomie. On n’a d’autre choix que de se plier au programme officiel et imposé. On ne peut que suivre le troupeau et ressasser sa liberté de mouvement dans le fin fond d’un car bondé de confrères pareillement frustrés. Mais comme, en campagne électorale, c’est le seul moyen d’approcher de près les présidentiables, il faut bien s’en contenter.
Et déjà, ce ne fut pas facile de se faire incorporer. L’état-major du candidat centriste, en effet, y réfléchit à deux fois avant d’accréditer. Officiellement, pour éviter qu’un trop grand nombre de journalistes incorporés préjudicie aux conditions de travail de ces derniers. Plus vraisemblablement, parce que François Bayrou a compris que son statut revendiqué de candidat «anti-système» passe notamment par la maîtrise de l’affluence médiatique autour de lui. Plus un homme politique est noyé sous les perches, les caméras et les flashs de photographes, plus il passe auprès des populations locales qu’il visite pour le candidat de l’«establishment» politico-médiatique parisien. Dès lors, il doit faire le tri dans les demandes d’accréditation, et le couperet tombe évidemment plus volontiers sur la presse étrangère que sur la grande presse nationale.
Pour l’anecdote : comme à chacun de ses déplacements, François Bayrou a pris un malin plaisir lundi à prendre le temps de «parler avec les gens» rencontrés, au point de désorganiser complètement le programme du voyage. Résultat des courses, la plupart des journalistes qui l’accompagnaient ont raté le dernier TGV pour Paris et ont été contraints de passer la nuit à Saint-Etienne. C’est très bien. Rarement on aura vu autant de journalistes parisiens obligés de se coltiner un peu de terrain.
B.DL.

(*) Et non… «in bed with» François Bayrou ! ;-) Pour les éventuels lecteurs de ce blog maîtrisant mal l’anglais, «embedded» signifie donc «incorporé», «embarqué» dans un déplacement officiel, un peu comme (enfin, toutes proportions gardées) les journalistes pendant la guerre d’Irak étaient «embedded» dans l’armée américaine.

26.03.2007

Une chasse

Le scrutin approche à grands pas. Du coup, le ton monte sur le terrain. On en a encore eu une illustration…au marché, dimanche matin.
D’habitude, les militants des différents partis venus distribuer des tracts et tenter de convaincre l’électeur parisien de base entre deux achats y cohabitent en relative harmonie. Et, tels des proxénètes sur le trottoir, se répartissent implicitement les m2 de boulevard en respectant chacun leur zone d’influence. Mais là, à moins d’un mois de l'élection, il n’y a plus de zone de chasse réservée qui tienne: c’est à qui sautera le premier sur le passant, lui fourguera le plus grand nombre de tracts et lui dira le plus de mal possible des autres candidats.
A ce petit jeu, les boucs émissaires dimanche matin, à l’heure où l'on est passé dans notre marché du onzième arrondissement en tout cas, étaient clairement les ségolénistes. Ils faisaient vraiment peine à voir, raillés de toutes parts pour le «coming-out» cocardier de leur candidate, qui a donc prôné ce week-end que chaque ménage français ait son drapeau tricolore pour pouvoir pavoiser lors des grandes occasions.
La poignée de jeunes royalistes - qui manifestement n’en demandait pas tant et n’en menait pas large – s’est fait dévorer à belles dents par les bobos goguenards. Ils n'en ont pas moins tenté de résister avec bravitude aux quolibets. Ce qui leur vaudra sans doute de recevoir une médaille si, le 6 mai, c’est Mme «La France Présidente» (le nouveau slogan de l'intéressée) qui l’emporte.
B.DL.

23.03.2007

Un peu de shopping (5)

medium_pub-quinquennat.jpgEn lançant il y a quelques semaines cette petite rubrique du vendredi sur l’exploitation commerciale des élections présidentielles, on n’était pas vraiment sûr d’avoir assez de matière pour l’alimenter jusqu’au scrutin. De jour en jour, toutefois, cette crainte s’estompe tant le filon apparaît surexploité.
Mais cela continue à ne pas toujours voler très haut. Deux exemples encore.
- Une grande marque de poudre à lessiver a lancé une vaste opération invitant les Français à élire (contre la promesse de «cadeaux mirobolants») leur produit préféré pour le prochain quinquennat. Chaque produit a son programme: le liquide spécial lainages promet «une France plus douce», le produits pour le linge délicat promeut «une France pleine de charme», etc. Chaque candidat a aussi son blog assorti de commentaires d’électeurs (du genre:«Lui au moins tient ses promesses»), ses tracts de campagne, ses vidéos de propagande, etc.
- Encore plus fort: sur ce site, les présidentiables sont comparés... à des yaourts. Il y a le yaourt brassé (pour le candidat qui «brasse de l'air mais à l'arrivée, c'est pareil que les autres»), la crème renversée («une rupture avec les recettes habituelles»), etc. Pour le moment, «Bayrou-crème caramel» l'emporte avec 55% des voix devant «Le Pen-crème brûlée» à 47% puis «Royal-yaourt à boire» et «Sarkozy-crème renversée» à égalité à 23%. Les pubards à l’origine de cette campagne la présentent comme «un éclairage ludique, sans prétention sur cette communication omniprésente, sur ce marketing politique qui veut donner du sens à la moindre poignée de mains, à la plus petite phrase ou à la couleur de la cravate ou du tailleur».
Soit. Ce qui est frappant surtout, c’est qu’il y a manifestement des sociétés pour investir des moyens humains et financiers non négligeables (ces sites sont souvent assez bien faits) dans des opérations de communication dont l’intérêt paraît a priori si ténu.
B.DL.

22.03.2007

Un monde fou

On n’avait jamais vu cela depuis qu’on vit à Paris. Une station de métro complètement inaccessible non parce qu’elle est fermée, mais parce qu’il y a déjà tellement de voyageurs à l’intérieur que, physiquement, plus un seul ne peut y pénétrer.
C’était mercredi soir sur le coup de 22 heures à la station Porte de Pantin, à deux pas du Zénith, là où François Bayrou tenait un méga-meeting. Le candidat centriste a fait le plein: 6500 spectateurs à l’intérieur et paraît-il autant restés dehors faute de place. Jamais en 25 ans de carrière il n’avait rempli une aussi grande salle. Jamais avant hier soir, pour notre part, on n’avait vu autant de Parisiens si ostensiblement ravis de la cohue dans le métro et des perturbations que cette sortie de meeting a occasionnées sur le trafic.
Le candidat de l’UDF a notamment chauffé le Zénith en poussant à fond les décibels de la sono. Et en lui passant en boucle le mythique «Supernature» de Cerrone remixé par le DJ Bob Sinclar: du disco-électro-techno-flamenco sautillant à en faire se relever les paralytiques.
Bayrou, le Cerrone de la politique française? Un tube au départ un peu désuet, puis remis spectaculairement au goût du jour, et qui finit par déplacer les foules?
Le roi du disco français a donné un méga concert de come-back au palais de Versailles, il n'y a pas si longtemps. Bayrou lui donnera-t-il la réplique en faisant de l'Elysée son propre palais?
Première réponse au premier tour. Dans un mois, jour pour jour.
B.DL.

21.03.2007

Un choix

medium_bleu.jpgNicolas Sarkozy a donc choisi: ce sera le bleu. L’UMP a désormais officiellement sa couleur. En avril, ce parti lancera dans tout le pays une grande opération baptisée «Vague bleue», au cours de laquelle tous les partisans de Nicolas Sarkozy seront invités à afficher sa couleur de prédilection.
Le bleu, donc.
C’est la couleur de la mer et du ciel en été, tout cela annoncé le jour du printemps – respect pour le plan de com’, vraiment. La couleur florale du romantique. La couleur des merveilles de Majorelle et d'Yves Klein. La couleur de si beaux yeux. La couleur de la tenue de travail de l’ouvrier. La couleur la plus télégénique. Celle de TF1. La couleur la plus consensuelle, celle que, d'après tous les sondages, les gens habituellement préfèrent, loin devant le rouge et le vert.
Mais le bleu est aussi la couleur du sang des nobles. La couleur des amateurs de bidoche les plus carnassiers. La couleur des hématomes. La couleur des nuits d’explosion en Corse. Celle des gens frigorifiés et des nouveaux-nés cyanosés. La couleur des novices. Et bien entendu celle des uniformes de CRS.
Le bleu. C’est décidément tout un symbole. Tellement un symbole sans doute que Ségolène Royal, dans l’habillage graphique de son site web et de toute sa com' électronique, vient de la bannir. Au profit du rouge.
B.DL.

20.03.2007

Une perle

Sans vouloir paraître le moins du monde donneur de leçons (les coquilles et fautes de français, on connaît cela en presse écrite aussi), la chaleur du direct en télé fait parfois dire vraiment n’importe quoi aux candidats à l’Elysée. Ainsi, cette perle de Nicolas Sarkozy hier soir au 20 Heures de France 2. «Je ne veux pas qu’aucun Français ne soit condamné à l’inactivité», a asséné le candidat UMP.
On en a sursauté. Voulait-il dire en fait: «Je veux qu’aucun Français ne soit condamné à l’inactivité»? Ou, à la rigueur: «Je ne veux pas qu’un (seul) Français soit condamné à l’inactivité»? Mais là -- du moins si on se souvient bien et si on a bien compris les règles grammaticales d’enfance sur les doubles négations qui s’annulent --, il avait l’air de proclamer, avec aplomb qui plus est, le souhait de l’UMP de… condamner tous les Français à l’inactivité.
C’était tout de même un fameux revirement doctrinal, et donc un tournant dans la campagne électorale. Mais comme les agences de presse n’alignaient pas les dépêches urgentes sur cette conversion umpiste aux délices de l’oisiveté, on en a déduit qu’en effet, ce n’était qu’une erreur de français. Et, en stoïque condamné, on en est retourné à nos activités.
B.DL.

19.03.2007

Un candidat

medium_kerel.gifIl s’appelle Constant Kérel. Il est jeune. Il est beau. Il est dynamique, volontaire et intrépide. Il est breton, veuf et père d'un enfant, médecin de formation. Il est député de la 2ème circonscription du Morbihan. En tant que chef de file du Rassemblement des démocrates sociaux (RDS), il a décidé d’être candidat à l’Elysée.
A l’inverse des 110 propositions de Ségolène Royal, lui promet «30 changements garantis». Son RDS, comme l’UDF de François Bayrou, ambitionne de voir «la gauche et la droite rassemblées». Et à l’instar de tous les présidentiables, Constant Kérel a un blog, où il répond personnellement aux questions des électeurs. C’est le candidat qu’on voit le moins souvent à la télévision? Mais c'est celui dont on parle énormément en ce moment.
Et pour cause. Constant Kérel détient un terrible secret sur le Président sortant. Un secret si explosif que sa fille a été récemment kidnappée par les hommes de main de l’Elysée, pour faire pression sur le témoin qui le lui avait révélé. L’enfant n’a pu être sauvé que grâce à un raid spectaculaire à Notre-Dame de Paris. Depuis, Constant Kérel et son précieux témoin ont pris la fuite. Mais ils comptent bien revenir à Paris et parvenir à obtenir la fameuse levée de l’immunité présidentielle.
Y réussiront-ils ? Pour le savoir, il faudra attendre quelques mois, le temps que sorte chez Casterman le prochain numéro des aventures de Constant Kérel: candidat à l’Elysée mais aussi et surtout… héro de bande dessinée.
Ses aventures de présidentiables sont certes un peu trop incroyables pour être vrai, le monde politique dans lequel il évolue est parfois un brin trop caricaturé (valises d’argent liquide et petites pépées à l’Elysée, etc.) pour être crédible, mais ses aventures se lisent sans déplaisir.
En tout cas ce week-end, entre une pile de pensums plus sérieux à finir et de énièmes débats télévisés sur la campagne à se farcir, ce n'était pas désagréable de passer une heure avec un tel candidat.
B.DL.

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