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31/05/2007

Un monde fou

De passage hier, en vitesse, au Louvre (*), on est tombé à la renverse – au figuré, mais au propre presque aussi – devant le monde fou qu’il y avait là. On était en pleine semaine, en journée dans les heures de bureau, et pourtant la densité de la foule était insupportable.

A la sortie de la station de métro de la ligne 1, on se serait cru sur la Yamanote Line à Tokyo. Dans le brouhaha de la galerie du Carrousel, une queue immense s’étirait devant les portiques de sécurité. Sous la Pyramide inversée, on se marchait sur les pieds. Dans le Hall Napoléon, il y avait tellement de touristes que les flashes n’arrêtaient pas de crépiter. Dans les galeries du musée, c’était un brouhaha continuel et inouï – un vrai vacarme même, dans les sections les plus courues.

Comment donc peut-on apprécier l’art dans un tel chahut? Plutôt que de courir d’année en année après les chiffres de records de fréquentation, le plus beau musée du monde n’aurait-il pas intérêt a privilégier la qualité sur la quantité? Et, s’il ne s’y astreint pas, combien de temps faudra-t-il encore avant que les visiteurs, dégoûtés des conditions de visite, finissent par le fuir?

 

(*) Pour le vernissage d’une ravissante petite expo de dessins de Camille Corot (1796-1875): des croquis de voyage en Italie qui donnent envie de sauter dans le train, des paysages de forêts et de campagnes qui séduisent même les plus urbains, de saisissants fusains de crépuscules et «Les Jardins d’Horace» : un cliché-verre (technique intermédiaire entre le dessin, la gravure et la photographie) époustouflant.

30/05/2007

Un désintérêt

569215cafb9ea37e67b6f162c6d2b5a3.jpgEn meeting au Havre et à Paris respectivement, Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal ont tous deux tenté hier soir de mobiliser l’électeur en vue des législatives des 10 et 17 juin prochains. Ce n’est pas un luxe. Ces scrutins, en effet, semblent susciter un assez large désintérêt dans la population.

Dans le quartier, en tout cas, c’est patent. On l’a encore constaté dimanche: sur les marchés, une poignée à peine de militants tractent chacun dans leur coin en baillant – on est vraiment loin de l’ambiance électrique de la présidentielle. Dans les rues, on l’a réalisé ce matin, les trois quarts des panneaux électoraux sont encore vides. Les rares affiches placardées ça et là attirent d’autant moins l’attention qu’elles montrent des visages la plupart du temps complètement inconnus des passants.

Selon un récent sondage, 55 % des Français sont incapables de citer le nom de leur député. Ce chiffre est plus élevé chez les femmes (deux tiers d’ignorantes) que chez les hommes (un ignorant sur deux). Et il atteint des proportions affolantes chez les jeunes: 71 pc des moins de 35 ans ignorent l’identité de leur élu à l’Assemblée.

29/05/2007

Un raté

 

da21ad1d86965d2801f68819f38fc1bb.jpgBeaucoup bourlingué dans Paris ce long week-end (quel bonheur de retrouver la ville après ces mois de week-end de travail forcé), et notamment pas mal pris le métro (avec le temps de mois de novembre qu’il faisait dehors, on aurait bien passé la journée sous terre).

Passant par la station Montparnasse samedi, on se réjouissait déjà de reprendre le fameux tapis roulant ultrarapide installé il y a cinq ans dans le long tunnel qui relie les lignes 4 et 12 aux lignes 6 et 13. On a été très déçu. La chose, en effet, était de nouveau en panne. Comme, paraît-il, elle est HS à peu près six jours sur sept depuis son inauguration.

Avec sa vitesse de 11 km/h (contre 4 km/h pour les tapis classiques), ce tapis ultrarapide devait faire gagner une minute trente aux 100.000 voyageurs empruntant chaque jour ce tunnel. Une minute trente, autant dire une éternité pour n’importe quel Parisien. Le dispositif expérimental a toutefois tourné à la catastrophe, causant d’innombrables et mémorables chutes d’usagers. La réduction de sa vitesse à 10 puis 9 km/h n’y ayant rien changé, le dispositif est chroniquement à l’arrêt.

Ce ne serait qu’une aimable plaisanterie si cette innovation foireuse n’avait tout de même pas coûté près de 5 millions d’euros. Or, on aurait pu en faire des choses avec 5 millions d’euros à la RATP: améliorer les fréquences dans la calamiteuse ligne 13 (notoirement la pire de Paris) par exemple. Ou renouveler les trains sur la ligne 4 (les plus caniculaires du réseau: il n’y règne jamais une température inférieure à 35 degrés).

Ou, tiens, différer la nouvelle augmentation des tarifs, qui interviendra le 1er juillet.

25/05/2007

Un regard

Première destination touristique au monde, Paris accueille tout au long de l’année des visiteurs venus du monde entier. Mais là, avec les beaux jours, les touristes sont vraiment très très nombreux dans la capitale. Dans les arrondissements centraux, on ne peut guère faire un pas sans en croiser. Ils sont d’ailleurs souvent assez mignons, avec invariablement leur petit guide à la main et leurs regards extasiés.

Parlant de regard, dans le métro, c’est amusant de voir ceux que leur lancent les Parisiens. Regards de haine quand les valises toujours énormes de ces visiteurs gênent tout le monde dans les trains bondés aux heures de pointe. Regards ébahis quand leur tenue de plage arborée en pleine ville tranche avec la légendaire élégance parisienne. Regards énervés quand ces touristes stationnent complètement perdus en plein milieu d’un quai ou d’un trottoir et bloquent le passage de Parisiens par nature toujours pressés. Regards narquois quand ces voyageurs tentent de bredouiller quelques mots dans un Français approximatif. On l’a déjà souvent constaté: le Parisien vit du tourisme mais n’est vraiment pas toujours sympa avec l’étranger de passage chez lui.

C’est d’ailleurs l’image (le cliché?) que l’on a du Français moyen dans les autres pays, comme l’a encore confirmé hier l’enquête réalisée par l’institut GfK auprès de 15.000 hôteliers européens.

Dans un classement portant sur 28 pays, les Français arrivent à la première place des peuples réfractaires à l’apprentissage des langues étrangères, à la deuxième place des voyageurs les plus impolis, à la troisième place des touristes les moins ouverts à l’art culinaire étranger, et à la quatrième place des visiteurs jamais contents. Du reste, ce n’est peut-être pas un hasard que les Français soient si peu nombreux  à passer leurs vacances à l’étranger: 17% à peine contre 59% pour les Britanniques et 64% pour les Allemands.  

10:50 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : Paris, Tourisme

24/05/2007

Une candidate

465a468b39eb1a16e2d45433cb281933.jpgEntre les vieilles affiches des présidentielles et les nouvelles affiches des législatives, les murs de Paris, du coup vraiment très chargés en ce moment, ne laissent que peu de place aux autres candidats, ceux dont les médias ne parlent jamais et qui, pourtant, devraient faire l’unanimité.

C’est le cas de Sabrina, enseignante de 30 ans, dont on a croisé le portrait ce matin au détour d’une rue dans le onzième arrondissement. Ce n’est pas une candidate fictive: elle existe réellement. Mais elle n’est candidate à rien, à aucun poste en tout cas: elle est juste candidate… à un rein.

Comme Jean-Marc, candidat à une greffe cœur-poumons depuis un an, comme Philippe, candidat à un rein depuis cinq ans, Sabrina, en attente d’un rein depuis trois ans, sont les protagonistes, par affiches pseudo-électorales interposées, de l’«opération de guérilla marketing» menée par la Fondation Greffe de vie.

Tous les deux jours en France, un candidat à une greffe meurt à cause d’avoir trop attendu l’organe qui l’aurait sauvé. En effet, chaque année dans ce pays, seuls un tiers des malades en attente d’une greffe sont transplantés.

Pendant la campagne, de cela on n’a évidemment pas du tout parlé. Comme on a peu parlé en général des thèmes relatifs à la santé – ce qui est un peu curieux vu le nombre de gens pour qui l’accès aux soins commence à devenir vraiment problématique.

Pour que l’on reparle un peu du retard français en matière de greffes (23 donneurs prélevés par million d’habitants en France, contre 35 en Espagne), il a fallu la mort fin avril du jeune StarAcadémicien Grégory Lemarchal, atteint de la mucoviscidose et décédé à cause d’avoir trop attendu de nouveaux poumons. Depuis son décès, 33.000 demandes de cartes de donneurs d’organe ont été enregistrées. Dommage qu’il faille une mort pour en arriver là et que les campagnes de sensibilisation ne suffisent pas.

23/05/2007

Un retrait

8ff4e6eae464118055ce526285e71cbe.jpgBéatrice Schönberg a donc renoncé à présenter le 20 Heures de France 2 le week-end, lasse des tensions et pressions professionnelles continuelles depuis son mariage avec le n°3 du gouvernement, Jean-Louis Borloo.

On la comprend parfaitement. Il doit être insupportable de faire son métier de journaliste en étant  en permanence sur la sellette. En s’estimant continuellement épié. En étant sans cesse accusé d’arrière-pensées. En devant courber l’échine, se brider voire s’auto-censurer pour éviter les règlements de comptes et ne pas exciter les donneurs de leçons.

On l’a d’ailleurs vécu en direct ce week-end. L’inconfort de cette situation était aussi patent qu'un coup de poing en pleine figure dans «France Europe Express», dimanche soir.

François Bayrou était l’invité de Christine Ockrent. A un moment, puisqu’on ne pouvait pas ne pas évoquer le sujet dans un débat sur la recomposition politique de l’après 6 mai, il a bien fallu parler de son mari Bernard Kouchner. «Bon, ben on va oublier là les affaires de famille», a lancé ironiquement Bayrou en regardant Ockrent, avant de prononcer une violente diatribe contre le «french doctor» néo-sarkozyste.

Le réalisateur de l’émission avait-il reçu des consignes? Pendant toute cette charge, pas un plan de coupe de l’intéressée n’a été montré, alors que n’importe quel téléspectateur moyen n’attendait évidemment que de voir sa tête. A l’issue de la diatribe, ce sont ses co-animateurs qui, comme si de rien n’était, ont mené le débat. Puis cinq minutes plus tard, de marbre et comme si absolument rien ne s’était passé, Christine Ockrent lançait un sujet et l’on passait à autre chose.

Tout ce non-dit était vraiment très pesant.

B.DL.  

22/05/2007

Un père

«Il a élevé la bande dessinée à la dignité d’un art, d’un style et d’une philosophie!» Dans «France Soir» ce matin, André Santini rend hommage, en citant le philosophe Michel Serres, à Hergé, le père de Tintin, dont on commémore ce mardi le centenaire de la naissance.

Le facétieux et télégénique député-maire d’Issy-les-Moulineaux voue une véritable passion au plus célèbre des journalistes belges, jusqu’à estimer ce matin que son auteur, avec l’album «Tintin chez les Soviets», «a sûrement contribué à la chute du Mur de Berlin».

La tintinophilie n'épargne évidemment pas la France – en a encore témoigné le succès de la grande expo à Beaubourg. Elle a d'ailleurs gagné les plus hauts sommets de l'Etat. Le gouvernement Fillon, en effet, compte en son sein un très éminent tintinophile: le raffarinien Dominique Bussereau, secrétaire d’Etat aux Transports.

Mais il arrive bon dernier dans l’ordre protocolaire de cette fine équipe – encore un effort, mille sabords.

B.DL.

21/05/2007

Un avis

c4606c5d07d35f99d4ee88377a5d8038.jpgOn avait parlé à l’époque (ici) de cette campagne publicitaire pour une marque de lingerie qui, lors des présidentielles, avait fait hurler les associations féministes. Elle montrait une jeune femme en sous-vêtements avec deux slogans: «Enfin une candidature bien soutenue» et «Avec moi, pas d’abstention».

L’association «La Meute» avait protesté contre l’utilisation en pleine campagne électorale du vocabulaire politique pour vendre des sous-vêtements, ce qui revenait selon elle à «dévaloriser les femmes qui se présentent à nos suffrages en les associant à des corps offerts».

Le Bureau de vérification de la publicité (BVP) vient de remettre son avis sur la chose. En deux phrases, l’«Association des professionnels pour une publicité responsable» balaie d’un revers de la main les récriminations des féministes. Pour lui, «aucune ressemblance physique entre la jeune femme en lingerie et une des candidates en lice pour la présidentielle ne permettait de craindre un rapprochement douteux. Et pour ce qui concerne l’atteinte potentielle à l’image globale des femmes en politique, aurait-on soupçonné une atteinte à l’image de leurs homologues masculins si la publicité avait représenté un homme?»

Il n’en demeure pas moins que le BVP, consulté par l’agence de pub avant la diffusion de cette campagne, lui avait conseillé de modifier les deux slogans, «la référence au vote et à la politique en période électorale» suscitant ses réticences. Il n’a donc pas obtenu gain de cause.

En revanche, ses remarques sur les visuels de la campagne, au «motif de la dignité des femmes», ont été suivies. Les publicitaires, en effet, n’ont pas retenu un troisième visuel «où la jeune femme blonde était représentée allongée sensuellement sur un lit, un doigt dans la bouche et disait «Avec moi, pas d’abstention».

B.DL.

18/05/2007

Un progrès, mais pas deux

La parité homme/femme donc au nouveau gouvernement qui vient d'être annoncé ce matin. Il était temps. La France était si en retard sur ce plan. Elle faisait même partie des pays européens ayant la lanterne rouge en matière de représentation des femmes en politique.

Ce vendredi consacre donc une grande innovation qu'il faut saluer. Même si elle a été très tardive.

Là où, en revanche, la France reste encore très loin, à des années lumières même de la plupart des grandes démocraties (et de la Belgique singulièrement), c’est dans la représentation politique des minorités dites visibles. Ce nouveau gouvernement l’illustre une fois de plus: parmi ses 20 membres, un seul (une seule en l’occurrence: Rachida Dati) est issu de l’immigration.

Sur ce point dès lors, pas le moindre progrès n’a été accompli: la France reste un pays gouverné par les Blancs.

B.DL.

17/05/2007

Une caricature

5d7e897d30c57a335f1812b43d125bae.jpgVisiblement, la France s’interroge de nouveau beaucoup en ce moment sur les liens entre journalistes et politiques (*). On en a encore eu l’illustration hier après-midi dans la manifestation des jeunes anti-sarkozystes entre Bastille et Nation, où on a eu droit à pas mal de regards en coin et de petites réflexions. Qui allaient toutes invariablement dans deux sens.

D’une part, le mode compatissant et bienveillant, du type: «Ca va? Tu parviens encore à faire ton travail? Tu ne subis pas trop de pressions?» Avec regards un peu déçus et mines déconfites quand on assurait que vraiment, tout allait bien à ce niveau.

D’autre part, le mode teigneux voire agressif, du genre «Casse toi, journaliste, je ne réponds pas à tes questions: t’es à la botte du pouvoir». Avec des regards cette fois agacés et narquois quand on démentait tout aussi calmement.

Les médias donc soit victimes, soit complices du prince. Les journalistes soit nabots, soit suppôts.

C’est très bien que l’on s’interroge sur le quatrième pouvoir, mais on gagnerait à être tout de même un peu moins caricatural.

B.DL.

(*) Et la confirmation ce matin à la fois de l’embauche de trois grandes plumes de la profession comme conseillers spéciaux à l’Elysée et à Matignon, et de l'arrivée à TF1 de l'ancien directeur de campagne adjoint de Nicolas Sarkozy ne va sans doute pas calmer ces interrogations.

16/05/2007

Un signe, ou pas

«Si je vais bien? Evidemment! Vous avez vu la couleur du ciel!», avait lancé un Nicolas Sarkozy hilare aux journalistes quelques jours avant le second tour, l’index pointé vers un ciel ce jour-là immensément et intensément bleu, ce bleu qui est la couleur de l’UMP. Le 6 mai, effectivement, le temps avait été splendide et son triomphe électoral écrasant.

Ce matin, Nicolas Sarkozy a peut-être regretté d’avoir tenu ces propos et vu dans la météo un signe du destin pour sa carrière politique.

En effet, en ce mercredi où il est officiellement investi, le ciel sur Paris est uniformément gris, désespérément plombé, irrémédiablement pourri, avec un thermomètre bloqué à 16 degrés. En fait, depuis le moment où Nicolas Sarkozy a affublé le ciel bleu d’une étiquette UMP, on a perdu dix degrés, on est retourné à l’automne en oubliant l’été.

Une moitié de la France aura vu ce matin dans ce ciel gris la confirmation que cela ne fait que commencer et que pendant cinq ans, elle va en baver. L’autre moitié aura présenté cette absence d’insolence bleutée comme l’illustration bienvenue de son souci d’ouverture et de son sens de l’humilité.

Si ces deux Frances pouvaient au moins, ce matin, se dire qu’à partir d’aujourd’hui, c’en est fini d’un côté de se lamenter et de l’autre côté de se congratuler. Et que dès ce mercredi, on se bouge pour faire avancer ce pays. Dans un sens ou dans un autre peu importe finalement. Mais de grâce que l'on soit de nouveau dans le mouvement.

Les périodes de transition, les interrègnes,  les cérémonies, le décorum, les falbalas, les palabres et consultations et même les coups de canon, cela va bien un moment, mais la vie, cela reste tout de même l'action.

B.DL.

15/05/2007

Un départ

075e42666e3ce9157f0a97fc515109ac.jpgTous devant la télé ce soir à 20 heures, pour tourner une page d’Histoire avec les grands adieux de Jacques Chirac aux Français.

Le Président sortant va probablement, comme à son habitude, la jouer pudique, souriante et décontractée, sur le mode «Il y a tout naturellement une vie après la politique». Il n’empêche, on imagine le désarroi de celui qui non seulement demain matin prendra sa retraite (ce qui n’est déjà pas une étape facile à franchir pour n’importe quel travailleur), mais aussi perdra le pouvoir: ce sacré pouvoir pour lequel il lutta tant et qu’il détint si longtemps.

Jacques Chirac aura sans doute en tête ce soir les mauvais sondages qui accompagnent son départ. En effet, la majorité (54 %) des Français jugent son bilan plutôt mauvais ou très mauvais. Il se consolera peut-être avec trois constatations:

-ses adieux cathodiques aux Français ne pourront pas être pires que les précédents et à ce jour les seuls qui furent adressés au peuple via la télé par un Président finissant: ceux de VGE en 1981, qui (avec ce «Au revooooir» trop empesé, suivi d’un plan interminable sur son fauteuil resté vide) restèrent dans les annales comme la prestation présidentielle la plus involontairement comique de la Vème République;

-François Mitterrand en 1995 avait quitté l’Elysée affublé d’une impopularité similaire. Puis finit par être réhabilité dans le jugement des Français. Comme si, les ans passant, avaient surtout tendance à rester en mémoire les bons souvenirs, finalement;

-il quittera ses fonctions le jour de la Saint-Honoré. Ce qui augure tout de même pas mal de sa postérité.

B.DL.

14/05/2007

Une discrétion

5dcf119a3f836093767468648da67dd9.jpgIl fallait vraiment bien tendre l’oreille ce matin pour entendre parler sur Europe 1 (radio du groupe Lagardère) de la dernière «affaire Cecilia» : la non-parution hier dans «Le Journal du dimanche» (journal du groupe Lagardère) d’un papier sur les «fortes dissensions» qui auraient resurgi entre le Président élu et son épouse, dues notamment au fait que celle-ci n’aurait pas voté le 6 mai. Selon les versions divergentes circulant depuis 48 heures, ce papier serait passé à la trappe à la suite de pressions exercées par Arnaud Lagardère (ami de Nicolas Sarkozy) et par l’entourage du Président élu ou à la suite d’une décision prise «en âme et conscience» par le directeur de la rédaction du JDD, ce qui relèverait de l’autocensure. Ce matin, Europe 1 n’a évoqué l’affaire que sur un mode allusif, par quelques phrases rapides au détour de l’une ou l’autre chronique.

La même discrétion était de rigueur hier soir à «France Europe Express». Christine Ockrent et ses invités y ont disserté pendant 90 minutes de la recomposition politique née du 6 mai, et notamment du flirt de Nicolas Sarkozy avec des personnalités de gauche, sans s'étendre sur le sort d’un certain Bernard Kouchner.

Ce n’est pas avec des pudeurs de cet acabit, qui alimentent évidemment les procès en connivence entre médias et politiques, que l’on évitera les slogans du type «Médias complices» que l’on a vus et entendus en marge des récentes manifestations anti-sarkozystes.

B.DL.

11/05/2007

Une tenue (encore)

Poursuivons donc dans le registre léger (@Sylvain: en effet, après les semaines qu’on vient de vivre, on l’a bien mérité) et en l’occurrence vestimentaire (@ RoseNoire: le tout bien sûr toujours au second degré).

Depuis la note d’hier, on a découvert que l’on pouvait aisément acheter sur le net ce genre de tee-shirts disons un brin guerriers, à la NYPD (@ nos amis qui s’inquiètent déjà à l’idée de nous côtoyer en rue avec un tel look, précisons que cette recherche était motivée uniquement par la curiosité, et non pour acheter).

Si on le veut, depuis Paris et donc depuis Bruxelles aussi, on peut en quelques clics à peine et moyennant à la fois un peu de chance (ces modèles sont  manifestement très demandés, donc sont souvent en rupture de stock) et une carte bleue (ce n’est généralement pas donné) arborer fièrement les couleurs par exemple des soldats russes sévissant en Tchétchénie ou des milices paramilitaires d’extrême droite massacrant les petits paysans en Colombie. Cela doit sans doute être considéré comme le fin du fin de la branchitude vestimentaire.

Au bas d’un de ces sites vendant de tels vêtements si magnifiques (là normalement, on aurait mis un lien, mais on s’abstient: le souci d’information a ses limites) et notamment des tee-shirts NYPD de toutes les couleurs, on a trouvé cet avis: «ATTENTION. L’utilisation de ces tee-shirts à des fins de tromperie, d’abus d’autorité ou de tout autre délit entraînerait irrémédiablement des poursuites de la part des autorités compétentes».

On imagine que l’avertissement a été rédigé à l’attention des jeunes lascars qui portent ces vêtements et pas du Président élu.

B.DL.  

 

10/05/2007

Une tenue

dc734d3272b80eb4490d8539bdae4be7.gifSourions un peu, puisque cela a l’air de se calmer un peu dans les rues (1). Avez-vous vu la tenue de jogging de Nicolas Sarkozy hier à Malte (2)?

On ne parle pas du ravissant petit short jaune, ni des lunettes de soleil style Tom Cruise époque «Top Gun». Mais du tee-shirt du Président élu, ostensiblement logoté NYPD, la police new-yorkaise.

Comme l’intéressé savait parfaitement qu’il allait rencontrer des journalistes pendant son jogging et donc que son look allait passer sur toutes les télés du monde, il a dû  choisir sa tenue à dessein.

Pour envoyer quel message à l’opinion? A priori, on en voit quatre ou cinq possibles; on interrogera son entourage, à l’occasion:

-«Je suis Sarko l’Américain: j’ai reçu ce tee-shirt en cadeau de mes amis policiers new-yorkais, qui d’ailleurs ont payé un lourd tribut à la défense de la démocratie le 11 septembre 2001»;

-«Même en vacances, j’arbore les couleurs des forces de l’ordre et suis donc solidaire avec elles. Ce n’est pas de la monomanie, c’est de la cohérence. En tant que Président, je ne trahirai pas, je ne décevrai pas»;.

-«Je n’ai pas l’intention de me cacher, de mentir, de m’excuser. Je ne vois pas où est la polémique»;

-«C’est ma tenue de jogging pour les jours impairs. Les jours pairs, je cours avec un tee-shirt ‘I love Neuilly’;

-«Dans la perspective de mon accession à l’Elysée, j’essaie déjà de créer des liens avec tous ces jeunes banlieusards que l’on croise dans le quartier des Halles ou à Bastille le samedi après-midi et qui portent invariablement des tee-shirts ‘FBI’, ‘SWAT’ ou 'Police Department’. Je serai un Président qui rassemble».

B.DL.

(1) En même temps, avec des peines de 6 mois de prison ferme pour des jets de canette de Kro, il faudrait vraiment être idiot pour continuer à faire le malin.

(2) Précision à l’attention de nos lecteurs sympathisants de l’UMP: on ne pose absolument pas la question méchamment, cet homme étant évidemment libre de s’habiller comme il le veut, a fortiori pendant ses congés.

 

09/05/2007

Une "décrue"

 

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Troisième soirée consécutive de tension dans le quartier Bastille hier. Cette fois, les incidents se sont produits du côté du boulevard Richard Lenoir. Un magasin d'électroménager, une pharmacie, une agence bancaire et un vendeur de motos ont notamment été vandalisés. Vers 10 heures ce matin, des dizaines de jeunes attendaient un peu dépités devant le McDo, qui n'avait pas ouvert ses portes et duquel s'échappaient de fortes odeurs de brûlé.

De toutes parts, les condamnations des manifestants anti-sarkozystes affluent. Dernier en date à s'exprimer, le maire Bertrand Delanoë a fustigé «des comportements (qui) n'ont rien à voir avec l'expression des convictions». Dans ce climat, les jeunes qui soutiennent être dans la rue uniquement pour exprimer pacifiquement leur désarroi et qui n'apprécient pas d'être confondus avec les casseurs et traités comme tels par les forces de l'ordre sont évidemment inaudibles.

Ce matin à la radio, le ministre de l'Intérieur François Baroin tentait de dédramatiser la situation et parlait de «décrue». A l'échelle du pays hier soir, seules 200 voitures ont été incendiées et 80 personnes interpellées. C'est effectivement sans comparaison avec le millier de véhicules brûlés et les près de 700 personnes arrêtées pendant les deux nuits ayant suivi l'élection.

B.DL.

11:14 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (15) | Tags : Paris, Sarkozy

08/05/2007

Un commencement?

Bon, il ne faudrait bien sûr pas donner plus d’ampleur qu’ils ne le méritent à ces incidents, ni évidemment présenter le pays comme étant à feu et à sang. Mais s’agissant d’un blog sur la vie quotidienne dans la capitale, on ne peut pas non plus les passer sous silence.

Cela a encore chauffé hier soir dans les rues de Paris. Habitant à deux pas de Bastille, on l’a d’ailleurs constaté en direct pendant une bonne partie de la nuit. Même sans avoir allumé la télé, on avait l’impression de suivre «Starsky & Hutch» tant on entendait de sirènes de voitures de policiers.

Le quartier, ce matin encore, portait les traces des affrontements. Avenue Parmentier, on ne comptait plus les vitrines de magasins brisées. Une agence bancaire, une entreprise de pompes funèbres, un salon de coiffure, un supermarché arboraient à leurs devantures de grands panneaux de bois avec chaque fois un sticker invitant les propriétaires de ces commerces à se mettre en relation avec la société qui, pendant la nuit, avait «procédé à la fermeture et à la sécurisation» de leurs établissements.

Rue de la Roquette, des éclats de verre et des morceaux de pneus brûlés jonchaient la chaussée. Un magasin de chaussures, un caviste, une boutique de téléphonie mobile, un pressing, un supermarché, une compagnie d’assurances ont subi des déprédations; même «La fée verte», aimable bistrot du coin, n’y a pas échappé.

Sur la façade d’un supermarché, on lisait: «Vive la peur de l’autre. Ya pas que dans les banlieues qu’on brûle d’envies que ça change». Plus loin, sur une banque: «La France facho a gagné mais on est encore là, salaud!»

«5 ans de malheur», «Sarko générateur de haine», «Sarko danger», «Démocratie des minorités»: les urnes ont tranché, la démocratie a parlé, mais deux jours après, les murs du quartier Bastille continuent de hurler.

Et l’assurent: «Cela ne fait que commencer».

B.DL.

11:25 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (11) | Tags : Paris, Sarkozy

07/05/2007

Un lendemain

cc06fbb726b89ba22ba8d103bbfe3a0b.jpgCa a chauffé dans le quartier. Boulevard Beaumarchais, un conteneur à verres et des palissades de chantier ont été renversés sur la chaussée. Place de la Bastille, tous les abribus sont en miettes. La colonne de 1830 est jonchée d’immenses graffitis: «Sarko Facho», «Sans toi, tout devient possible», «Sarko et son gène de dictateur, danger», «Insurrection No Pasaran Guerre civile Grève générale». Toutes les vitres en rez de chaussée de l’Opéra sont étoilées.

Un peu plus loin, sur un kiosque à journaux vandalisé, un slogan rageur a été taggué: «Medias complices». «Bank au karcher», peut-on lire sur la vitrine d’une agence bancaire. Un peu partout, des slogans machistes, sexistes et obscènes contre Cecilia.

Dans une rue donnant sur la gare de Lyon, des dizaines de scooters et de motos ont été renversés. Plusieurs ont été brûlés. Et l’on voit encore des carcasses de voitures calcinées. Un sex-shop, une boutique, un hôtel, un bureau de change, une banque, un salon de coiffure et une pharmacie ont vu leurs vitrines voler en éclats.

«Cela fait dix ans que j’habite ce quartier; je n’avais jamais vu cela», assurait une voisine sur le trottoir ce matin: «C’était des scènes de guerre». «Qui sème le vent récolte la colère», commentait un jeune.

Dans le métro, d’innombrables affiches publicitaires ont été dégradées et tagguées. Un slogan revient souvent : «Seuls les faibles éprouvent le besoin d’avoir un homme fort à leur tête».

B.DL.

11:20 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (10) | Tags : Paris, Sarkozy

06/05/2007

Un petit debriefing

Le journal bouclé, quelques nouvelles de la fine équipe.

-Sabine, rue de la Boétie, a eu droit à une bise d’un Didier Reynders (pour les lecteurs français: le Nicolas Sarkozy belge) hystérisé; elle n’en demandait pas tant. Place de la Concorde, elle a vu Michèle Alliot-Marie escalader militairement les barrières Nadar. Puis, grande professionnelle, elle a actualisé son papier en pleine rue, grâce à une borne Wifi providentielle. En fin de soirée, elle essayait de dégoter une invitation VIP pour aller danser (enfin, travailler) toute la nuit au «Showcase» avec les jeunes sarkozystes.

-Caroline s’est fait marcher sur les pieds rue de Solférino, où c’était la cohue: 1200 journalistes s’y bousculaient. Pour l’anecdote, si Ségolène Royale est montée à la tribune à 20h01 puis en est redescendue, laissant toutes les télés de France qui attendaient sa prise de parole médusées, c’était parce que cette première apparition n’était qu’un shooting photo. Mais manifestement, les télés n’avaient pas été prévenues.

-Bernard a travaillé au son si charmant des sirènes des voitures de police, qui ont coursé les anti-sarkozystes pendant toute la soirée dans le onzième arrondissement, où se situent les bureaux de «La Libre». Il a un peu frustré de ne pouvoir faire du terrain à Bastille. Il a été coupé du monde par une panne d'internet pendant trois heures. Il s’est aussi (un peu) inquiété de l’absence de Cecilia, et n’a été rassuré qu’à son apparition en fin de soirée. Il a éteint le son de la télé quand Gilbert Montagné et Mireille Mathieu ont poussé la chansonnette. Avec Gérald, chef de service étranger, il s’est demandé si le choix du restaurant où a dîné le Président élu (le si select Fouquet’s) était vraiment idéal en termes d’image. Mais bon, on n’attendait pas non plus de lui qu’il aille se sustenter au kebab du coin.

A demain

Et hauts les coeurs.

B.DL.

Un dénouement

 

64ef33431285f9d9f1f61a8c76feb81a.jpgJour J donc. Et verdict à 20 heures. Vraisemblablement beaucoup plus tôt pour les Belges et pour les Français qui se connectent en Belgique – du moins si Internet n’y explose pas comme le 22 avril.

On s’est réveillé avec un nœud à l’estomac ce matin. Pas tant causé par la perspective de la soirée électorale. Comme les précédentes, journalistiquement, cela devrait globalement bien se passer. En tout cas, on a fait ce qu’on a pu.

Au saut du lit d’ailleurs, ces contingences bassement professionnelles nous semblaient vraiment très accessoires par rapport à l’enjeu d’aujourd’hui: l’avenir de ce pays.

Alors, bien sûr, quel que soit le résultat, on aura droit pendant toute la soirée – venant de nous sans doute aussi – à des analyses très optimistes: sur l’extraordinaire mobilisation des électeurs, sur le sursaut démocratique auquel ce scrutin a donc donné lieu, sur la réappropriation de la politique par les citoyens, sur l’énorme investissement de la jeunesse, sur la page du séisme de 2002 qui a été tournée, sur la nouvelle génération de dirigeants politiques qui a vu le jour, etc, etc, etc.

Ce qui n’empêche pas de constater que la France sort extrêmement clivée de ces élections.

C’est la règle du jeu et l’habitude qu’un pays se déchire en deux à chaque scrutin présidentiel? Sans doute. Mais on avait quand même rarement vu une campagne d’une telle violence. Et, sur ses derniers jours surtout, vécu en son sein la généralisation de sentiments aussi stériles que la hargne, la rancœur, l’agressivité, la prétention, la peur.

Bonne chance, la France.

Et, pour que tout le monde puisse aller de l’avant, de grâce que dès ce soir, le camp vainqueur évite l’arrogance et l’intolérance. Et que le camp vaincu ne tombe pas dans la désespérance.

B.DL.