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28/09/2007

«Un alibi»

8b1a7a0c545f1b064f32a2a02a8c2f62.jpgOn les voyait énormément il y a quelques temps: leurs raids dans les stations du métro parisien, le vendredi soir, étaient souvent spectaculaires et ne laissaient jamais les voyageurs indifférents. Ce soir, ils repartent au combat. Les militants anti-pub du Collectif des déboulonneurs organisent une vaste opération de «barbouillage publicitaire» dans le treizième arrondissement.

Ces activistes dénoncent le «harcèlement publicitaire» et ses dommages esthétiques, psychologiques et écologiques – chaque panneau défilant installé sur les dispositifs de mobilier urbain consommerait à lui seul en un an autant d’électricité qu’un ménage parisien.

Autant sur le terrain, les anti-pubs ont eu maille à partir avec la maréchaussée, autant ils ont bénéficié jusqu’à présent de la clémence des tribunaux. Leurs cinq derniers procès se sont conclus par des dispenses de peine ou des amendes symboliques. Les badigeonneurs d’affiches n’ont été reconnus coupables que de dégradations légères alors qu’ils étaient poursuivis parfois pour dégradations volontaires de biens en réunion, un délit passible de 75000 euros d’amende et de cinq ans de prison.

Si les Déboulonneurs ressortent leurs bombes cet automne, c’est pour faire pression sur la Ville de Paris, qui doit incessamment revoir le règlement régissant la publicité dans la capitale. Vaste et délicat chantier. Une telle révision avait été décidée en 2001 et officiellement lancée en 2003. Quatre ans plus tard, le débat a bel et bien donné lieu à quelques idées spectaculaires, comme l’interdiction de l’affichage publicitaire le long des berges de la Seine et/ou des publicités lumineuses sur les toits haussmanniens. Mais il n’a jamais abouti. Le lobby publicitaire est puissant. Et la ville compte ses sous: la réclame lui rapporte quelque 20 millions d’euros par an. Du coup, les arbitrages fatidiques tardent.

Les Déboulonneurs craignent d’autant plus que la mairie se montre complaisante à l’égard des revendications des afficheurs qu’elle a fait intégralement financer Vélib’ par un groupe français qui est le leader mondial du mobilier urbain. Ce qui d’ailleurs, aux yeux des anti-pub, fait du fameux système parisien de vélos en libre service un «parfait alibi».

27/09/2007

Un toupet

Jean-Louis Borloo a donc demandé aux grands patrons de la presse française de s’engager fermement, par la signature d’une charte, à accroître leur couverture de l’actualité environnementale au sens large, et de l’actualité liée au réchauffement climatique en particulier.

On était triplement (un peu) énervé en entendant cela à la radio, ce matin.

-Pour qui donc se prend le ministre de l’Ecologie? Plus précisément, de quoi se mêle-t-il? Depuis quand le pouvoir politique se permet-il de donner ouvertement des injonctions rédactionnelles aux journalistes et, en plus, de s’en vanter publiquement en communiquant sur le sujet? Entre les politiques qui jouent les journalistes et les journalistes qui bossent pour des politiques, on va décidément de plus en plus loin en France dans la consanguinité malsaine.

-C’est vraiment se moquer du monde que de sous-entendre que l’actualité environnementale en général, et climatique en particulier, souffre en ce moment, d’un problème de sous-exposition médiatique. Des tas de causes au moins aussi nobles pleureraient pour bénéficier ne serait-ce que du tiers du quart de l'attention journalistique dont elle jouit.

-Fût-ce a contrario, le numéro 2 du gouvernement a la même démarche un peu primairement idiote que ces activistes militant pour une journée sans Nicolas Sarkozy à la télévision – on n’a pas encore eu le temps d'en parler, mais on y reviendra. En l’occurrence, est-ce vraiment la quantité de la couverture médiatique qui importe, ou plutôt sa qualité?

26/09/2007

Un comble

137dac7ce19cfe411284c9b00a5690f8.jpgC’est vraiment un comble, cela. La même semaine où une étude montre que les Français mangent de moins en moins de fruits, de légumes et de poissons – parce qu’ils trouvent que ces produits sont devenus trop chers –, on apprend qu’ont fait leur apparition en France… les distributeurs automatiques de frites!

 

Des distributeurs de ce type ont récemment été installés dans le Nord-Pas de Calais (dans les villes de Valenciennes, Cambrai et Anzin particulièrement) ainsi que dans le Gard (au Grau-du-Roi). Fabriquées en Espagne et commercialisées en France par une société bretonne, ces machines proposent des barquettes de 150 grammes de frites cuites en 120 secondes dans de l’huile chauffée en continu. La barquette, évidemment, est livrée avec la dose ad hoc de mayonnaise.

 

Selon les statistiques officielles, plus de 20 millions de personnes en France sont actuellement en situation de surpoids, dont 6 millions peuvent être considérées comme obèses. La situation française est particulièrement préoccupante en ce qui concerne l’obésité infantile. En la matière, estiment les plus grands spécialistes, l'Hexagone pourrait avoir rejoint le niveau des Etats-Unis en 2020.

 

Ah oui, ce détail encore. Les statistiques en matière d’obésité montrent des disparités régionales: des zones comme le Nord et le Languedoc sont plus touchées par ce fléau que d’autres. Tiens, quel merveilleux hasard, il s’agit précisément des régions où ces distributeurs automatiques de frites ont vu le jour.

 

Que fait Roselyne Bachelot, ministre de la Santé paraît-il?

25/09/2007

Un drame, donc

Mon Dieu, mon Dieu, l’heure est grave. Et on en est d’autant plus alarmé qu’on avait complètement sous-estimé le changement. Pour tout dire, mea culpa, on était totalement passé à côté de l’événement.

A partir de janvier, les numéros du département disparaîtront des plaques minéralogiques des nouveaux véhicules mis en circulation. Les plaques seront désormais attribuées à vie quel que soit le lieu de résidence, et leur numéro sera distribué chronologiquement sur le plan national. Ce sera donc la fin de ces plaques dont les deux derniers chiffres ont tué le temps de générations d’enfants s’ennuyant à mourir dans la voiture familiale sur la route des vacances.

On savait que ces plaques départementalisées étaient une spécificité si délicieusement française. Comme l’école le samedi matin ou le choix entre le fromage et le dessert. On commence à se demander si ces plaques ne font pas carrément partie de la fameuse exception culturelle hexagonale.

La fronde gronde, en effet. Dans le département de l’Essonne (91), apprenait-on lundi, les élus UMP ont déposé une motion de protestation contre cette réforme auprès du conseil général. Ce mardi, c’est le quotidien régional «La Dépêche du Midi» qui se désole de la disparition programmée de ce «bout d'histoire de la République», cette «ludique leçon de géographie».

Pour le coup, le chroniqueur de service paraît même inconsolable. «L' Ain sans son 01, rendu à l'anonymat alpestre. Paris ne sera plus Paris privé de ce 75 conspué au-delà du périph, parce qu'il roule trop les mécaniques. Certaines plaques valent des cartes d'identité. Le 13 n'a pas besoin de coller le logo de l'OM sur la vitre. 06, c'est de la belle cylindrée. Le 14 a un goût de Calva, le 9-3 un cœur de rappeur, le 64 habille Basques et Béarnais». Et, sous la fière banderole «Touche pas à mon numéro», le quotidien de partir en croisade contre cette réforme totalement «à côté de la plaque».

L’heure est grave, donc. Mais la fronde va-t-elle gagner les automobilistes parisiens? Ou ceux-ci seront-ils ravis finalement à l’idée de perdre leur célèbre 75, si lourd à porter dès qu’on arrive en province?

24/09/2007

Un léger doute

caf7a874fbc5cf96294a30e8a0b4ffd1.jpgOn a fait une moue légèrement dubitative ce week-end, à la lecture des conclusions de la dernière étude du magazine «Sélection» du Reader's Digest sur les villes du monde les plus respectueuses de l’environnement. Cette étude, qui recense des données émanant d’organismes comme l’Union internationale des transports ou la Banque mondiale, classe Paris comme la quatrième ville du monde la plus verte derrière Stockholm, Oslo et Munich – Bruxelles n’arrivant qu’à la seizième place.

Un coup d’œil au classement montre qu’en guise de critères, on a vraiment additionné des pommes et des poires. Sans doute l’application de réglementations anti-tabac est-elle, sur le plan des principes, importante. Mais mettre ce critère sur le même pied que la pollution atmosphérique ou la superficie d’espaces verts est méthodologiquement contestable. On remarque aussi que certains critères environnementaux pourtant importants en ville (comme les nuisances sonores) n'ont étrangement pas été pris en compte. De même, les chiffres globaux ne traduisent que peu le ressenti environnemental des habitants. Ainsi, si Paris est bien classée en matière de superficie d’espaces verts, c’est vraisemblablement parce qu’elle jouit sur ses deux flancs des deux immenses bois de Boulogne et de Vincennes. Mais quotidiennement, ce privilège profite tout de même peu aux habitants des arrondissements centraux les plus densément peuplés (comme le onzième), qui manquent eux cruellement d’espaces verts. Pareillement, la bonne performance alléguée en matière de pollution de l’air par les particules ne devrait pas faire oublier certaines situations ponctuelles manifestement plus alarmantes (relire ici ou ).

Cette étude alimentera en tout cas l’image de la France pays où il fait bon vivre. En effet, outre Paris, trois autres villes hexagonales ont réussi à figurer dans le classement: Lyon à la septième place, Nantes à la neuvième et Marseille à la trente-septième, cette dernière ville occupant même le cinquième rang mondial en matière d’espaces verts.

21/09/2007

Un mot

A chaque Président, son tic de langage. Jacques Chirac utilisait l’expression «tout naturellement» à longueur de phrases, en veillant bien à chaque fois la ponctuer d’un ample geste de la main. C’est «tout naturellement» qu’il répondrait aux questions des juges à sa sortie de l’Elysée, «tout naturellement» que la croissance reviendrait bientôt, «tout naturellement» qu’il soutenait le CPE, «tout naturellement» qu’il entretenait les meilleures relations du monde avec Nicolas Sarkozy, etc, etc. Les politologues et les lexicologues se marraient beaucoup: plus l’expression revenait dans la bouche du Président, plus il l’assénait avec aplomb, plus, en fait, elle traduisait a contrario la complète artificialité de l’assertion élyséenne et l'embarras du locuteur.

Quatre mois et quelque après son arrivée à l’Elysée, Nicolas Sarkozy voit déjà son tic de langage démasqué. Lui, le terme qu’il adore visiblement, c’est «remarquable».

Hier soir, lors de sa prestation télévisée, selon les premiers décomptes qui circulent déjà sur internet, il a prononcé ce mot pas moins de onze fois en cinquante minutes à peine, l’accolant à peu près à tous ses ministres ainsi que, bien sûr, à sa chère épouse.

Pour varier un peu les choses, Nicolas Sarkozy aurait pu de temps à autres utiliser les mots «épatant», «rare», «formidable», «extraordinaire», «marquant»«éminent», «insigne», «fameux», «méritoire» et on en passe. Mais non: sans doute la répétition de ce «remarquable» avait-elle été voulue et pensée à l’Elysée comme une grande stratégie de communication.

Ce soir toutefois,  à l’issue du match du Mondial de rugby où se jouera la qualification ou l’élimination des Bleus, le Président n’aura, en gros, qu’une chance sur deux de pouvoir replacer son mot favori. Une élimination du XV de France, en effet, serait digne d’être remarquée. Mais elle serait tout sauf remarquable.

20/09/2007

Un non-dit

e50858cc3625209d8fcf446dc2fc0c76.jpgC’est la controverse de la journée. Bertrand Cantat, incarcéré depuis 2003 pour avoir frappé à mort Marie Trintignant, doit-il ou non bénéficier d’une libération conditionnelle? La requête du chanteur de «Noir Désir» est examinée ce jeudi par le juge d’application des peines. La famille de la comédienne décédée s’oppose à sa remise en liberté.

A Paris depuis l'an dernier, dans le Marais Saint-Paul, un espace vert honore la mémoire de Marie Trintignant. Le petit square, cela dit, n’est vraiment pas terrible: quelques pauvres cerisiers, pas mal de mauvaises herbes, l’un ou l’autre banc de bois, et voilà. A l’entrée du minuscule jardin, ce matin, il n’y avait pas même un bouquet de fleur déposé par un fan.

La plaque commémorative est un modèle de politiquement correct. Y sont uniquement mentionnés le patronyme et la profession de la jeune femme, suivis de ses années de naissance et de décès desquelles on peut effectivement déduire qu’elle est «décédée prématurément» - comme l’on dit si délicatement.

Etait-ce vraiment impudique de dire clairement les choses sur cette plaque? D’y spécifier par exemple que l’intéressée avait été victime des violences faites aux femmes?

La mairie de Paris décidément, qui pourtant communique si bien habituellement, cultive parfois des non-dits très pesants. Limite insultants.

19/09/2007

Un test

C’est une info tellement décoiffante qu’au début, on a cru que c’était un gag. Mais non, cela a l’air vrai. C’est d’ailleurs une dépêche de la très sérieuse Agence France Presse qui la relate.

Le ministère de l'Intérieur l’a annoncé hier: il va tester un prototype de drone (avion sans pilote) ultra-léger «qui pourrait un jour être utilisé notamment pour surveiller des manifestations ou d’éventuelles violences dans les banlieues». Ce drone sera livré en décembre prochain. Il remplira trois missions: «surveillance de jour comme de nuit de rassemblements et de manifestations, aide aux forces de l’ordre lors de violences urbaines, recueil d’informations avant une intervention délicate».

Sans vouloir bien sûr fâcher les hauts gradés, juste trois questions:

1) L’annonce de ce projet militaire hier, le jour même où le Président Sarkozy adjurait la nation à conclure «un nouveau contrat social», traduit-il le pessimisme de l’état-major sur l’évolution des relations sociales dans ce pays – et singulièrement dans ses cités – ces prochains mois?

2) L’envoi à Clichy sous Bois, Juvisy, La Courneuve ou Ris Orangis d’avions militaires utilisés chaque jour contre les terroristes islamistes dans des pays aussi riants que l’Afghanistan ou l’Irak n’est-il tout de même pas, sur le plan des symboles, un geste très lourd?

3) Comme il n’arrive pas rarement que de tels avions sans pilote s’écrasent, si une telle catastrophe aérienne survenait demain dans une cité surpeuplée de banlieue, ses victimes seraient-elles reçues à l’Elysée?

18/09/2007

Une interrogation

348ee7c1729f98eb16d8870c335bf53b.jpgEn tant qu’étranger (en termes de papiers d’identité, en tout cas) vivant en France, théoriquement, on pourrait être personnellement concerné par l’amendement Mariani au projet de loi sur l’immigration, dont les députés commencent à débattre cet après-midi. Cet amendement permet de faire passer des tests ADN aux étrangers voulant faire venir leur famille en France, pour vérifier l’existence de liens réels entre ces candidats à l’immigration et l’étranger déjà établi dans le pays.

Au fond, sans même prendre position politiquement, comment réagirait-on humainement si, en tant qu’étranger, on voulait faire venir de la famille à Paris et si on était donc confronté à cette question de test ADN? C’est l’interrogation qui nous a fugacement traversé l’esprit au petit-déjeuner, ce matin.

On s’est dit qu’on serait sans doute un peu perturbé à l’idée de subir un test qui est réservé pour le moment aux seuls délinquants de tous poils. Qu’on ne serait a priori pas ravi à la perspective de cohabiter avec des criminels sexuels et des tueurs en série dans un fichier génétique national. Ce procédé ne témoignerait pas follement d’un sens national de l’hospitalité très développé, penserait-on probablement.

Mais, s’est-on illico rassuré, on serait vraisemblablement exempté d’une telle démarche, grâce au statut de ressortissant d’un Etat membre de l’Union européenne.

C’est là qu’a surgi à l’esprit l’image d’un immense fichier génétique rempli d’empreintes d’étrangers, mais uniquement... d'étrangers non Européens. Un fichier de femmes, d’hommes et d’enfants non blancs donc, pour parler clairement. Un fichier où, en somme, ne figureraient que des tests ADN de blacks, de beurs, d’asiatiques, etc.

C’était tellement énorme comme perspective, dans un pays comme la France qui plus est – «patrie des droits de l’homme», et tout cela –, qu’on a rapidement pensé à autre chose.

 

17/09/2007

Un luxe?

Parce c’est toujours un moment précieux de couleur locale, d'ambiance, de plaisir et d'observation, on a fait un saut samedi, comme chaque année, à la Techno Parade. L’édition 2007 de cette grande manifestation populaire était placée sous le signe de l’environnement. Des tas de mesures avaient donc été prises pour réduire les dégâts en termes de pollution créés par ce cortège de plusieurs centaines de milliers de personnes.

L’accent avait notamment été mis sur la réduction des nuisances sonores. Les organisateurs de la manifestation avaient passé un accord avec Bruitparif, l’Observatoire du bruit en Ile de France, en vertu duquel les chars s’engageaient à limiter à 105 décibels leur puissance sonore émise. Mais autant au début de la manifestation, la consigne a été suivie, autant au fil des heures, les DJ se sont lâchés et le volume sonore est monté jusqu’à 110, 115 voire 120 décibels.

Sur le plan des principes, on a doublement compati. Avec les participants au défilé d’abord, puisque ces niveaux sonores peuvent paraît-il, d'après les spécialistes, occasionner «une perte d’audition définitive en cas d’exposition prolongée». Avec le riverain parisien moyen ensuite, qui n’a rien plus en horreur que le bruit – dans la capitale, près d'un ménage sur deux (46 %) se déclare gêné par les nuisances sonores.

En termes de pur plaisir, toutefois, on s’est vraiment demandé si un tel engagement n’était pas un luxe. Et si, musicalement, la techno en particulier et les musiques électroniques en général avaient le moindre intérêt écoutées en sourdine, sans le ventre qui tressaute, les pieds qui démangent, les oreilles qui sifflent, et tout cela.

Les participants au défilé, en tout cas, avaient l’air de particulièrement apprécier ce vacarme.

14/09/2007

Une mauvaise foi

72c08ee4c2aa7c83610d49f204a4e375.jpgSelon les derniers comptages, 4 millions de Vélib’ ont déjà été empruntés depuis le lancement de cette opération à Paris, début juillet. Ce dispositif de vélos en libre service remporte donc un indéniable succès. Cela n’empêche cependant pas certains de continuer à le critiquer avec une insupportable mauvaise foi.

Ainsi Nathalie Kosciusko-Morizet, secrétaire d’Etat à l’Ecologie, longtemps chiraquienne de choc opportunément reconvertie néo-sarkozyste, et que l’UMP depuis nous présente comme une des consciences environnementales les plus brillantes de sa génération. Cela ne l’empêche pas de proférer des inepties.

Ainsi, dans une interview à «Metro», elle vient de descendre en flammes Vélib’. Parce que ce système «formidable» serait réservé à une minorité de Parisiens intra-muros privilégiés. Et parce qu’on n’a pas dès le départ pensé à son extension à la banlieue. Où, de toute manière, ce n’est pas envisageable parce que «Vélib a été financé avec des marchés de pub qui ne s’intéressent guère à la banlieue».

Cette Nathalie Kosciusko-Morizet n'y connaît rien et aurait mieux fait de se taire. Le Conseil régional d’Ile-de-France a précisément discuté cette semaine de l’extension de Vélib’ à plusieurs municipalités de la périphérie. Des villes comme Cergy-Pontoise l’ont déjà adopté. Et à l’occasion de la Semaine européenne de la mobilité puis sans doute plus tard structurellement, des stations de vélo vont prochainement être installées le long de la fabuleuse piste cyclable du canal de l’Ourcq, dans des villes comme Pantin ou Saint-Ouen.

On peut certes s’irriter que Bertrand Delanoë tente commodément de réduire le bilan de son mandat à quelques opérations spectaculaires comme Vélib’, la Nuit Blanche ou Paris Plage, histoire sans doute de faire oublier ses carences en matière de logement ou de lutte contre la pauvreté. Mais de là à dire n’importe quoi dans le seul but de le dénigrer... Si la droite ne trouve pas d’autres arguments contre lui, en tout cas, le maire de Paris n’a pas de soucis à se faire pour sa réélection aux municipales de mars prochain.

13/09/2007

Un palmarès

Cela doit être vrai puisque c’est le guide «Zagat» qui l’affirme. «Zagat»: une institution, la Bible des guides gastronomiques américains, depuis vingt ans le livre de chevet de tous les yuppies new-yorkais - et notamment de Patrick Bateman, l’infâme héro d’«American Psycho», le best-seller de Bret Easton Ellis.

«Zagat» donc a dressé le palmarès des villes les plus chères au monde pour une sortie au restaurant. Il en ressort qu’il vaut mieux être tokyoïte ou parisien que londonien. En effet, un repas de trois plats coûte en moyenne 57 euros dans un restaurant de la capitale britannique, qui est la ville au monde la plus chère en la matière. Dans ce palmarès, Londres détrône Tokyo, qui dégringole de la première à la troisième place mondiale avec une addition moyenne de 51 euros. Paris occupe la deuxième place de ce classement avec une douloureuse moyenne de 52 euros, New York est loin derrière avec 29 euros.

52 euros le resto à Paris, donc. Aux lecteurs étourdis, on rappellera qu’il ne s’agit que d’une moyenne. Tous les restaurants de la Ville Lumière ne se sont donc pas, comme par magie, alignés sur ce tarif. Ainsi, aux dernières nouvelles, le «menu dégustation» du Ritz («crémeux de petits pois médaillon de homard au caviar, moelleux de volaille et foie gras de canard cerises marinées aux poivres rares, St Pierre doré à la plaque en croûte parmesane émulsion de jus de coques», et autres merveilles du même acabit) est toujours à 220 euros. Comptez 305 euros avec les vins. Le menu de la Saint-Sylvestre d’ailleurs est déjà disponible, il est mirifique comme il se doit et ne vaut que la bagatelle de... 2008 euros. Quelle ville magnifique.

12/09/2007

Une réouverture

 

d6e197f1472457e5ad8f9b53e6e4c398.jpgUn peu de culture et de vieilles pierres parisiennes, pour changer. L’événement patrimonial de cette semaine, dans la capitale, c’est la réouverture ce mercredi matin de la Grande Halle de la Villette.

Cent quarante ans après sa construction, cet immense paquebot de fer et de verre (245 mètres de long sur 85 mètres de large!) en impose toujours autant. On le doit à Jules de Mérindol, un élève de Victor Baltard: le fameux architecte du Second Empire qui construisit les célèbres et si regrettées Halles centrales, protagonistes inoubliables du «Ventre de Paris» de Zola et démolies sous Giscard au profit d’un Forum des Halles depuis si contesté – et qui, on le sait, va être réaménagé (revoir cela ici).

Reconvertie en 1985 en lieu polyvalent de spectacles, l’ancienne Halle aux bœufs de la Villette, qui servit d’abattoirs jusqu’en 1974, avait bien besoin d’un lifting. Elle a donc bénéficié pendant deux ans d’importants travaux de rénovation. Un espace d’accueil du public a été créé et agrémenté d’une librairie ainsi que d’un lieu de restauration. Les couvertures de zinc de la toiture ont été entièrement reprises. Les peintures ont été refaites sur les charpentes anciennes. Des équipements scénographiques nouveaux ont été aménagés.

77b107417e4f53a0d3eedf7143a162a5.jpgLe résultat fait plaisir à voir. Il donne encore plus d’attrait à ce parc de la Villette certes situé aux confins de Paris, mais si attachant avec les clapotis des flots du canal en son flanc, ses très vastes pelouses, ses dix petits jardins thématiques et ses 26 «folies» rouges de Bernard Tschumi.

Les Parisiens, d’ailleurs, apprécient cet endroit. Chaque dimanche d’été, il sont une quinzaine de milliers à venir profiter de l’ambiance populaire, familiale et ensoleillée de ce grand parc.

11/09/2007

Un étonnement

Il s’appelle M'Hamed Bellouti. En octobre 2005, alors qu’il circulait place de la Concorde, il affirme que sa voiture a été accrochée par le scooter d’un certain Jean Sarkozy, un des fils du Président. Le jeune homme se serait enfui sans demander son reste ni proférer le moindre mot d’excuse. Mais, par contre, en lui faisant un doigt d’honneur (scène si typiquement et si délicieusement parisienne).

L’infortuné automobiliste s’étonne. Que les courriers de son assureur envoyés par recommandé au jeune homme soient restés sans réponse. Que le commissariat local se soit assis sur l’affaire. Que trois avocats aient refusé de le défendre en invoquant leur souci de ne pas briser leur carrière en se mettant à mal des puissants. Qu’il ait fallu près de deux ans pour que la justice assigne, ce matin, le célèbre rejeton devant un tribunal.

Au café du commerce, où l'on ne parle évidemment que de cela (et de «la nouvelle amitié» de Marc-Oliver Fogiel), deux types de réaction face à ce fait divers.

Les gens de gauche, en gros: «Dans ce pays où tout le monde ou presque est le doigt sur la couture du pantalon devant le grand chef, c’est l’étonnement de ce quidam qui est étonnant».

Les gens de droite, en vrac: «Fantasme paranoïde débile et déplacé. La meilleure preuve en est que ledit quidam, depuis quelques jours, passe en boucle dans tous les médias de France et de Navarre».

Mais est-il passé au 20 Heures de TF1? 

10/09/2007

Un manque de recul

2122f7ff19e0e33bc7c23cd8bdb72d21.jpgCe week-end, elle apparaissait décidément bien anachronique et exagérément optimiste, cette Une d’un grand hebdomadaire d’information qui est placardée dans tous les couloirs de métro de Paris.

Vendredi soir, en effet, deux heures et quelques passes de ballon foireuses ont suffi à déboulonner la France de son piédestal. La semaine dernière terreur autoproclamée du Mondial, elle est désormais menacée purement et simplement d’élimination.

La brutalité de ce changement de statut est saisissante, tout comme le manque de distance et de recul dont a fait preuve une grande partie de la corporation journalistique hexagonale avant la compétitition.

A l’instar de rédacteurs en chefs, certains grands patrons doivent être dans leurs petits souliers, en ce moment. Pour eux, en effet, une humiliation du XV de France ne serait pas qu’une défaite sportive, elle serait une catastrophe économique.

Michalak et ses petits amis piteusement renvoyés dans leurs foyers, imagine-t-on La Poste encore faire du tapage sur son nouveau timbre «Allez les petits!»? Volvic continuer son matraquage publicitaire sur «Quinze», «l’eau des hommes qui ont soif» (au passage, merci pour les femmes)? La Société générale (qui a investi 20 millions dans le Mondial) persister à orner tous ses distributeurs de petits ballons ovales?

Auquel cas, TF1 elle-même s’en mordrait les doigts. Le soir de la finale, le spot de pub de 30 secondes se vendra 175.000 euros si le XV de France est de la partie, mais seulement 97.000 si, entre-temps, il a été éliminé.

On comprend mieux la mine contrite de Claire Chazal, ce week-end.

 

07/09/2007

Un nettoyage?

C’est donc parti pour des semaines de rugbymania. Il va falloir faire preuve d’endurance si on veut tenir le coup et continuer à parler d’autre chose.

C’est curieux : dans toute cette logorrhée autour de la Coupe du monde – avec une sémantique tout de même souvent très guerrière, non? –, dans toute cette avalanche de reportages sur les coulisses de l’événement, il y a des sujets dont on parle peu.

Ainsi, ce cri de colère récent de trois associations: Médecins du Monde, Droit au logement et le Comité des sans-logis. Elles s'indignent du sort réservé aux plus démunis à la veille de ce Mondial. Campements de Roms aux abords des stades (à Saint-Denis, par exemple) évacués manu militari pour ne pas gâcher le paysage ovale, SDF hébergés à l’hôtel priés aimablement d’aller voir ailleurs et de céder la place aux supporters qui peinent à trouver à se loger (plus une chambre d’hôtel n’est libre sur Paris): selon ces associations, à la veille de la compétition, les autorités ont procédé à un «grand nettoyage social» dans le but de «cacher la misère» aux caméras du monde entier.

Les pouvoirs publics s’indignent évidemment qu’on puisse leur prêter une telle politique hygiéniste. Quant aux médias, ils n’enquêtent que peu sur le thème. Sans doute se disent-ils que des sujets sur les ronflements ou la pilosité de tel ou tel joueur du XV de France – on n'invente rien du tout: on a lu, entendu et vu cela –  intéressent davantage le grand public.

Dans l’abondance de comparaisons faites ces jours-ci avec le Mondial de foot de 1998, qui avait plongé le pays dans un climat d’hystérie analogue, ce ne serait pas forcément inintéressant, pourtant, de voir ce qui en dix ans a changé ou non en France sur le terrain de la grande pauvreté.

Mais probablement le constat serait-il trop déprimant.

06/09/2007

Un dilemme

d2abda7842d209397443de79df97ce61.jpgOn n’avait jamais trop envisagé, jusqu’à présent, d'acheter une carte d’abonnement illimité pour le ciné.

Parce qu’on n’aime pas les fils à la patte, quels qu’ils soient. Parce qu’on n’est pas grand consommateur des blockbusters hollywoodiens programmés majoritairement par les groupes proposant ce genre d’abonnement. Et parce que le choix du ciné entre copains est déjà assez compliqué comme cela: entre untel qui ne veut aller que dans telle salle où il pourra entrer gratuitement, un autre qui ne peut aller que dans telle autre, et un troisième qui est encore confronté à un impératif différent, on finissait absurdement par choisir moins le film qu’on allait voir que le réseau le distribuant.

De retour de vacances, tout de même, on avait sauté de joie en apprenant que les cinémas MK2 – la meilleure programmation de Paris, et depuis 20 ans un boulot fabuleux pour contribuer au développement de quartiers de la capitale hier pourris: Stalingrad, Tolbiac, etc. – allaient rejoindre la carte UGC illimitée. Un accès libre à 236 salles à la programmation variée et intéressante cette fois, le tout pour 19€80 par mois, voilà qui commence à devenir intéressant, s’était-on dit.

Depuis le lancement hier de cet abonnement, toutefois, on déchante en entendant les pleurs et cris d’alarme des producteurs et des salles indépendantes ainsi que des sociétés d’auteurs et de réalisateurs. Qui assurent qu’ils ne tiendront pas le coup longtemps face à une alliance regroupant plus des deux tiers des salles parisiennes.

En inconditionnel aussi des petits cinés du Quartier latin ou du Ciné des cinéastes, dans le XVIIIème, on se voit évidemment mal contribuer d’une façon ou d’une autre à leur perte. On a donc plutôt renoncé à s’abonner à quoi que ce soit.

Mais au prix de la place de cinéma achetée à la pièce tel qu’on le pratique à Paris (9€40, a-t-on encore constaté avec un certain énervement ce week-end), on a un peu l’impression d’être le dindon de la farce.

11:03 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : Paris, Culture, Cinéma

05/09/2007

Un gavage

Le Mondial ne commence que vendredi en France. Pourtant, on est déjà largement saoulé par le rugby. Même si on n’a rien contre le sport en général, ni contre celui-ci en particulier, ni a fortiori contre la plastique des rugbymen. Mais là, la coupe déborde à force d’avoir été déjà tant et tant remplie par les camelots.

Dans les vitrines des magasins de Paris, on ne voit plus que des tee-shirts «I cœur rugby», des produits de beauté labellisés «Dieux du Stade», des livres de cuisine genre «Le rugby se met à table», des coffrets de dégustation de la gastronomie du sud-ouest, et on en passe. Tout le monde s’y est mis. Pastis 51 a sorti une bouteille spéciale édition limitée. Colette a fait pareil avec un ballon signé Ralph Lauren. Chanel, Castelbajac, Marithé & François Gerbault et même Hello Kitty ont suivi. Roche-Bobois propose un canapé garni de coussins en forme de ballon. Nike, Puma et Adidas évidemment ramènent leurs panoplies complètes. La GMF s’est fait 60.000 nouveaux clients grâce à des comptes bancaires offrant des tas d’avantages liés au Mondial. Peugeot, Orange, Toshiba, Mc Do & Co, dans les jours à venir, vont eux aussi chacun proposer un produit 100 % estampillé ovale.

Rien que de plus normal, nous dit-on. C’est la loi du business.

Sans doute.

N’aurait-on pu, tout de même, affecter ne fût-ce qu’une infinitésimale partie de cette immense puissance de feu médiatique à des causes non strictement lucratives? A, par exemple, des campagnes grand public de promotion, d’éducation et de sensibilisation axées sur la santé, la condition physique, la convivialité, l’esprit d’équipe, le respect, etc?

Cela n’aurait pas fait de mal à ce pays. Et aurait peut-être permis au breuvage d’éviter de passer pour un vulgaire gavage.

 

10:55 Publié dans Dans le viseur | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : Sports, Paris

04/09/2007

Un jeu

1f4593a6cb878ea6a68bf39a681a0705.jpgGrand soleil sur la capitale ce matin. Cela tombe bien. Depuis ce mardi, en effet, les Parisiens risquent de se faire copieusement arroser et de devenir du coup des victimes collatérales de «StreetWars».

Il s’agit d’un jeu de rue pour adultes importé d’Amérique, dont l’édition parisienne a été lancée hier soir à minuit. Il réunit 200 participants pendant trois semaines. Armés de pistolets à eau, ils ont reçu pour mission de tuer, par jets d’eau interposés, une cible volontaire qui leur a été désignée, dont ils ont reçu la photo et dont ils connaissent l’adresse. Tout en essayant bien sûr de ne pas être, avant l'accomplissement de leur mission, eux-mêmes exécutés par d’autres tueurs en chasse dans les rues de Paris.

Les règles du jeu ne délimitent que peu de «zones sûres» où les victimes désignées bénéficient d’un certain répit: le quartier de leur boulot, les transports publics et les bars. En dehors de cela, que ce soit au parking, en rue, à l’épicerie du coin ou au cinéma, elles doivent s’attendre à tout moment à être fatalement arrosées par des tireurs embusqués. C’est dire qu’on risque de voir pas mal à l’œuvre ces jours-ci, dans les rues de la capitale, ces drôles de James Bond, pour la plupart trentenaires bien établis mais jouant passionnément les grands enfants.

On croyait le concept de ce jeu décidément trop américain, jusqu’à la caricature, pour être exporté en Europe. Manifestement on se trompait. L’exception culturelle française ne serait-elle plus ce qu’elle était?

10:50 Publié dans Dans le vent | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : Paris, Etats-Unis

03/09/2007

Un retour

Vingt-quatre heures. Trente-six, maximum. C’est le temps dont on a généralement besoin pour intégrer mentalement que les vacances sont terminées et pour se réaccoutumer à Paris.

Cette fin d’été, on l’avoue, on a eu un peu de mal, au début. Les premières impressions de la capitale retrouvée, en effet, n’étaient pas des plus glamour. La crasse - on n’avait pas gardé le souvenir d’une ville aussi salle. La grisaille. Les pauvres en pagaille. La promiscuité agressive de la foule, qui vous piétine sur les marchés, vous bouscule dans les transports en commun, vous klaxonne dans les rues.

On n’a toutefois pas de doute que le charme de Paris, très vite, va jouer. L’opération séduction a d’ailleurs déjà commencé.

Les couloirs du métro, redécouverts avec bonheur, sont fabuleusement sexy ces jours-ci, avec placardés un peu partout, au choix le visage de Jodie Foster (mais comment fait-elle pour rester aussi bien?) ou les visuels torrides de la dernière campagne de pub de Diesel. Les gens dans la rue sont toujours aussi impayablement et sublimement parisiens. Deux fois au moins l’a-t-on déjà constaté, ravi. Hier soir, en croisant dans le quartier un trentenaire si délicatement négligé: barbe de trois jours, cheveux ras, visage de mannequin à la mode, salopette CAT surtaillée de la poche de laquelle dépassait, même pas trop ostensiblement, une mini bouteille de champagne qu'on aurait bien illlico débouchée avec lui. Et ce matin, à la vue dans le bus de cette jeune fille en petite robe noire (genre Agnès B), jambes délicieusement effilées et bronzées, frissonnant élégamment en contemplant par la fenêtre cette bruine de septembre qui la surprenait si vite dès son retour de la plage.

La plage, au fond. Tout le monde n’a pas eu la chance de s’y rendre, cet été. Huit millions de Français, sur 21 millions de foyers, ne sont pas partis en vacances. C’est bien sûr particulièrement le cas des petits revenus: 45% des Français gagnant entre 800 et 1500 euros par mois n’ont pas pris de vacances. Si vacances il y a, du reste, leur durée variable traduit bien l’inéquité de la société: les gens les plus aisés prennent en moyenne 24,5 jours de congé en été, les plus modestes 10,7 jours seulement.

On avait vu ces chiffres officiels et savantes études avant de partir. On y a pensé cet été. Un peu. Pas trop, à dire vrai.