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23/10/2007

Une colère

C’était un spectaculaire moment de tension télévisée. Une colère qu’on n’avait plus vue à la télé depuis le fameux duel entre Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy, pendant les présidentielles. C’était hier soir, sur le plateau du «Grand Journal».

Augustin Legrand, le charismatique leader de l’association «Don Quichotte», à l’origine des campements de tentes de SDF qui ont fleuri dans la capitale l’an dernier, et Jean-Pierre Raffarin, l’ex-Premier ministre, étaient les invités. Le premier s’insurgeait: un an après, les 27000 places d’hébergement promises l’hiver dernier aux SDF n’ont même pas encore été toutes livrées. Le second, plus notable ronronnant et patelin que jamais, invitait à de paisibles caucus, à de consensuelles tables rondes. Augustin Legrand trouvait son indolence insupportable. Il pointa du doigt vers l’ancien chef du gouvernement et lui dit qu’à ce titre, pour n’avoir rien ou très peu fait, il  avait une part de responsabilité personnelle dans le désastre des mal-logés. Raffarin n’apprécia pas. Accusa son interlocuteur, comédien de profession, de «faire du spectacle». Regretta qu’il lui manque de respect. Le leader des SDF leva les yeux au ciel, comme si le respect sauvait des vies quand la température descend à 3 degrés la nuit en ce moment, à Paris.

Michel Denisot tenta alors de s’interposer. Peine perdue, l’affrontement continuait. Cinq minutes plus tard, l’animateur cloua le bec à Augustin Legrand en lui faisant remarquer que les 10 minutes octroyées à ce sujet par la conduite de l’émission étaient déjà largement dépassées - «vous comprenez, on a nous aussi des obligations» et bla bla bla. Legrand lui lança un regard sidéré. Dans lequel on voyait bien ce qu’il se demandait: «Mais dans quel monde vit-on? Que diable valent donc une ou deux minutes de plus ou de moins quand on parle de la vie de gens? Quand cet hiver, on va encore mourir la nuit dans les rues de Paris?» Le leader des SDF manqua d’exploser devant une telle légèreté qui confinait tant à l’indignité. Il eut la sagesse de ne rien dire. Mais, avec raison, quitta le plateau.

Puis ce fut la météo, la pub, le zapping avec Victoria Beckham ou Britney Spears on ne sait plus trop, les Dieux du Stade et Marc Lavoine en plateau. Le cirque habituel et écoeurant de la télé promo.

Commentaires

Drôle de monde, le surréalisme déborderait-il de notre frontière?

D'autres absurdités du genre : Britney ou Paris Hilton ont des soucis... la une... Des morts, des centaines de mort la pluspart des enfants... Rien, pas bon pour l'audimat... pas assez vendeur...
La pauvreté, la misère c'est chic, mais pas trop longtemps et sans l'odeur svp...ah, et pas à l'heure du repas, hein!!!

Écrit par : Homo politicus | 23/10/2007

Et Augustin Legrand a fait parler de lui. Je propose qu'une partie de l'important budget consacré aux intermittants du spectacle soit reversé pour les SDF.

Écrit par : GED | 23/10/2007

GED, je pense qu'il y a d'autres budgets à dégraisser avant, non? Les intermittents, ce sont juste des hommes et des femmes qui réclament les moyens de vivre décemment de leur talent et de leur art parce qu'ils ne peuvent matériellement pas les exercer 365 jours par an. Alors oui, tout le monde a été atterré par la réflexion du sarkozyste Steevy (un assisté, sans doute) qui pointe aux Assedic quand il ne preste pas sans se soucier du fait qu'il a gagné de l'or en barre en prestant la veille mais, la plupart du temps, ce n'est vraiment pas ça... Comme toujours et comme partout, c'est la disparité entre ce que gagnent les grosses vedettes et l'immense masse des autres qui est choquante...

Écrit par : Catherine | 24/10/2007

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