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31/10/2007

Un paradoxe

C’est la grande mode: on décentralise. Pour montrer à l’opinion (ou lui en donner l’impression, en tout cas) que, non, tout ne se décide pas à Paris, les plus hautes autorités du pays établissent de temps à autres leurs quartiers, et toute l’intendance annexe, en province. Ainsi, la ministre de la Ville Christine Boutin avait récemment déménagé tout son cabinet dans des préfabriqués à Lyon. On a aussi eu droit à un conseil des ministres décentralisé à Strasbourg. Rebelote ce mercredi, avec un nouveau conseil des ministres décentralisé, cette fois à Ajaccio.

 

Les dégâts collatéraux de cette politique ne sont pas minces. Ces derniers jours, par exemple, les médias français se sont amusés à calculer le coût environnemental de l’escapade corse du gouvernement, et le résultat est assez affolant.

 

Pour que l’ensemble du conseil des ministres puisse être transféré dans l’île de Beauté, il a fallu mobiliser, dans l’ordre: le Falcon présidentiel pour Nicolas Sarkozy et sa suite, un deuxième Falcon voyageant à vide pour servir en cas de panne du premier, le Falcon du Premier ministre François Fillon et de ses collaborateurs, un Airbus A319 pour les ministres,  un A310 pour les journalistes, et une quinzaine de vols militaires pour acheminer vers la Corse les unités de gendarmes et de CRS chargés d’assurer la sécurité du gouvernement. Sans oublier deux hélicoptères Puma pour transférer le Président et sa suite de Bastia à Ajaccio et une kyrielle de véhicules pour le cortège officiel.

 

Rien que les vingt vols d’avion aller-retour utilisés pour cette escapade insulaire ont consommé 900 tonnes d’équivalent CO2. Si l’on additionne tous les gaz à effets de serre émis, on arrive au double: 1800 tonnes au bas mot. Au total, ce conseil des ministres décentralisé aura donc occasionné en deux jours le rejet dans l’atmosphère de 2000 tonnes d’équivalent CO2. L’équivalent de ce que rejettent 200 Français sur toute une année.

 

C’est évidemment une facture environnementale impressionnante. Et un brin paradoxale, quelques jours à peine après l’achèvement en si grandes pompes d’un «Grenelle de l’Environnement» centré notamment sur la lutte contre le réchauffement climatique et les gaz à effet de serre.

30/10/2007

Une bombe?

1ea8931c6619fac576dd5540ee8c862d.jpgCela circulait hier, cela s’est confirmé ce matin: l’Assemblée nationale se penchera donc demain sur un projet d’augmentation de 140% du salaire de… Nicolas Sarkozy.

 

Le Président français gagne actuellement 8300€ bruts (soit quelque 6000 € nets) par mois. Comme notamment tous ses frais sont intégralement pris en charge, son salaire est moins élevé que celui de la plupart des hauts fonctionnaires de l’Etat. Ainsi, le Premier ministre François Fillon gagne un peu plus de 20.000 € bruts par mois et le moindre de ses secrétaires d’Etat est payé 12.000 € environ, soit près de deux fois le salaire du Président.

 

L’Elysée suggère donc d’assainir tout cela et de porter le salaire du chef de l’Etat à la hauteur de celui du chef de gouvernement. Ce faisant, remarque le palais présidentiel, avec ses quelque 240.000 € de rémunération annuelle brute, Nicolas Sarkozy resterait largement en dessous des émoluments dont bénéficient le Britannique Gordon Brown (260.000), l’Allemande Angela Merkel (272.000) ou l’Américain George Bush (342.000).

 

Ajoutons que les salaires des plus hauts dirigeants politiques demeurent infiniment ridicules si on les compare à ceux des grands patrons. Pour mémoire, en 2006, la rémunération annuelle de Carlos Ghosn (Renault) s’est élevée à plus de 21 millions d’euros, celle de Bernard Arnault (LVMH) à 15 millions et celle d’Henri de Castries (AXA) à 7 millions.

 

 

Sans doute. Il n’empêche, cette augmentation salariale présidentielle de 140% pourrait au pire constituer une bombe pour le pouvoir, au mieux alimenter des grognements poujadistes dans les chaumières - et donc encore renforcer la mauvaise image des politiques. En effet, elle interviendrait après le refus gouvernemental, cet été, de donner un coup de pouce au salaire minimum. Alors que les députés viennent à peine de voter les franchises, qui imposeront aux malades de payer encore plus pour leurs soins de santé. Alors aussi que de difficiles négociations sur le pouvoir d’achat ont à peine démarré. Et avant un probable plan de rigueur si vaste qu’il n’épargnera personne et y compris les plus modestes.

Pas sûr, dès lors, que c’était vraiment le moment idéal pour annoncer cela.

PS: Le tag de bombinette figurant en illu était apparu dans le quartier Bastille (rue Amelot, notamment) au mois de mai dernier, juste après l’élection de Nicolas Sarkozy à l’Elysée. Alors que tous les autres nés sur les murs à l’époque ont depuis été effacés, celui-là, assez incompréhensiblement, est demeuré.

PS2: Finalement, tout a été beaucoup plus vite que prévu, puisque la disposition rehaussant le salaire présidentiel a été adoptée à l'Assemblée dès mardi soir. Jamais sans doute, dans toutes les annales de la Cinquième République, un texte n'avait connu parcours parlementaire aussi rapide. Parce que le sujet était vraiment trop explosif pour le faire traîner?

29/10/2007

Un énervement

Nicolas Sarkozy n’aime visiblement pas qu’on l’interroge sur Cécilia. Au sommet de Lisbonne, il y a dix jours, il avait sèchement fait la leçon à la presse qui le titillait sur ce délicat sujet, souhaitant de sa part plus de pudeur et de discrétion – ce qui, venant d’un chef d’Etat ayant toujours mis en scène sa vie privée, était assez culotté. Quelques jours avant cette incartade, a-t-on donc appris ce week-end, il s’était déjà emporté contre une journaliste américaine qui l’interviewait pour la célèbre émission «Sixty Minutes», diffusée hier soir sur CBS. Jamais depuis François Mitterrand avec la RTBF en 1993, après des questions insistantes des journalistes belges sur l’affaire des écoutes de l’Elysée, un Président n’avait ainsi claqué la porte d’une interview.

 

Le passage de l’énervement présidentiel (disponible notamment ici) a évidemment été regardé par toute la France, ce week-end. Le chef de l’Etat y traite quelqu’un d’«imbécile». Mais qui est cet «imbécile»? Depuis 48 heures, les internautes se passionnent pour cette question.

 

Deux versions. L’hôte de l’Elysée insultait Lesley Stahl, la journaliste qui a eu l’affront de lui poser la question qui tue. Il aurait donc dit, en fait,  «Quelle imbécile!», au féminin. C’est la première version qui a circulé sur les blogs et dans les forums ce week-end, avec les commentaires que l’on imagine sur la goujaterie élyséenne, son goût des journalistes inféodés et complaisants qui ne posent que les questions arrangeant tout le monde, etc.

 

Une deuxième version, depuis, circule: le chef de l’Etat visait en fait son propre porte-parole, David Martinon, qui aurait été insulté pour n’avoir pas, avant l’interview, briefé la journaliste américaine sur les thèmes qu’elle ne devait absolument pas aborder. Sur la vidéo, il est vrai, on aperçoit ledit Martinon qui lève ses bras ballants, comme en signe d’impuissance face à des journalistes incontrôlables.

 

C’est le moment le plus intéressant de la vidéo. Avec, bien sûr, ce plan serré sur le visage médusé de la journaliste américaine, qui ne comprend vraiment pas où est le problème et pourquoi on l’engueule alors qu'elle n’a jamais fait que son métier. Deux fugaces images qui en disent long, et plus que tout discours, sur les différences de conception du journalisme.

26/10/2007

Un homme, ou l'autre

35c339c1b6015fc5ddd99f103c885494.jpgUne note de futilité pour bien terminer la semaine. Les canons esthétiques de la virilité seraient-ils en train de changer à Paris? Certes, cela n’a pas été flagrant ces dernières semaines, le Mondial de rugby ayant plus que jamais remis le style Musclor à l’honneur. On va tout de même se poser la question dès janvier prochain dans la capitale, lorsque démarrera le nouvelle campagne de pub pour Lafayette Homme. Là, en effet, c’est l’homme style freluquet qui est mis en avant.

 

Le mannequin de cette campagne n’est autre que l’écrivain Frédéric Beigbeder, érigé en «nouveau dandy» du grand magasin car censé représenter une nouvelle élégance masculine tout en en «recul», en «décalage» et en «humour». Sur la photo, Beigbeder tient dans les mains «La société de consommation» de Baudrillard.  Et les Galeries de se pâmer de cette «petite pirouette sarcastique», qui montre bien selon elles combien leur nouvel homme sandwich «joue avec humour sur son caractère narcissique qui ne se prend jamais complètement au sérieux».

 

Sur les panneaux d’affichage, dans les spots télé, sur internet ou dans les catalogues, Beigbeder torse nu donnera-t-il vraiment envie d’acheter? Ou fera-t-il surtout se gondoler? Réponse dès janvier.

 

29926f6ab22b119b497b5276061581b7.jpgCe qu’on peut d’ores et déjà constater, en tout cas, c’est que le fait pour les Galeries de recourir à sa plastique masculine très anodine pour vendre sa soupe s’inscrit plutôt dans l’air du temps. En effet, tout comme la Star Ac permet au commun des mortels de devenir une vedette du jour au lendemain, le quidam, même s’il a un physique de crevette, s’invite désormais sur les panneaux d’affichage en 4 par 3 et joue les mannequins.

 

Un autre grand magasin parisien va en faire l’illustration dans dix jours. Du 7 au 9 novembre, au cœur du Marais, le BHV Homme organise un grand casting ouvert à tous, à l’issue duquel le vainqueur se verra proposer de figurer aux côtés de mannequins professionnels dans le prochain catalogue de la marque. «Toutes tailles, tous style recherchés», précise bien l’annonce. Ici aussi donc, ce n’est pas l’homme au physique top canon que l’on cherche à débusquer, mais le mâle dont le corps et le look indiquent qu’il a de la personnalité – que l’intéressé soit «trendsetter ou réfractaire, expert ou dandy, business class ou sport chic».

 

5ebe56307676f4137a7c99a91ad7ce33.jpgLe tout-venant, l’homme de la rue, celui dont le physique ne culpabilise aucun client, celui auquel, au contraire, tout le monde peut globalement s’identifier: c’est exactement la cible et l’argument publicitaire des magasins Célio. Dans le magasin de la rue de Rivoli par exemple, leurs «shoppenboys»  qui permettent aux dames faisant du shopping non accompagnées de voir des vêtements essayés sur des mannequins vivants – sont loin d’être des Jude Law, des Keanu Reeves ou des Nicolas Duvauchelle. Ce sont des grands maigres ou des petits gros. Là aussi, d’ailleurs, un casting est en cours. Et on trouve même des exercices pour s’entraîner. Au vu de la tonalité générale de la chose, il ne faudra pas être Apollon pour l’emporter.

Dès lors dans les rues de Paris cet automne, même les hommes normaux – et pas seulement les gravures de mode qu’on y croise à longueur de journées – auront le sourire. Quelle ville décidément merveilleuse.

25/10/2007

Un luxe?

La Grande-Bretagne l’a fait depuis des années, la France s’y met tout doucement, mais en traînant les pieds. A partir de janvier prochain et pour six mois, quatorze musées dans le pays offriront l’accès gratuit à leurs collections permanentes. Parmi ces établissements, trois sont situés à Paris, et ils sont tous formidables: le Musée Guimet des Arts asiatiques, le Musée Cluny (Moyen-Age) et le Musée des Arts et métiers. Parallèlement, des institutions comme le Louvre, Orsay ou le Centre Pompidou élargiront leurs mesures de gratuité partielle à l’attention de publics particuliers comme les jeunes de 18-25 ans.

Ce n’est pas une mince innovation, dans un pays où, selon les statistiques, 55% des habitants ne mettent jamais les pieds dans un musée et ne vont jamais voir une exposition. Cette expérimentation, voulue par Nicolas Sarkozy, fait néanmoins grincer pas mal de dents.Sont ainsi ressorties les mêmes sempiternelles études savantes que l’on ressort depuis des ans, en vertu desquelles «la gratuité dope le nombre d’entrées sur une courte période mais, après cet effet lune de miel, la fréquentation retombe souvent ». La gratuité serait donc «secondaire dans la construction et la réalisation d’un projet de visite culturelle». Il s’agirait même d’une «fausse bonne idée». Ainsi, selon «Le Figaro», «l’accès libre aux musées ne ferait qu’accroître le sentiment pernicieux d’une gratuité de la culture. Un sentiment déjà nourri par le développement d’internet et l’explosion du piratage de la musique et du cinéma. Or, sans paiement, plus de rémunération pour l’auteur, plus de création et, in fine, plus d’artiste».

La gratuité, au demeurant, n’amènerait pas un nouveau public dans les expositions: ses grands bénéficiaires seraient surtout les habitués des musées et les touristes étrangers. Enfin, «est-ce que la gratuité suscite le désir ou est-ce qu’elle banalise les œuvres d’art?»  C’est le traditionnel argument-massue des opposants à la gratuité: ce qui n’a pas de prix n’a pas de valeur, une contribution ne fût-ce que symbolique est donc nécessaire pour qu’on puisse l'apprécier comme il se doit.

Outre que ce dernier argument n’est jamais asséné que par des nantis - vous avez déjà entendu une personne à revenus modestes, voire sans revenus, se plaindre que quelque chose était gratuit? -, toutes ces réserves résonnent tout de même un peu bizarrement quand on les confronte à deux réalités indéniables de la vue culturelle parisienne. Un: la longueur impressionnante et interminable des files d’attente devant le Louvre ou Orsay les jours et heures où leur accès est gratuit. Comme l’incroyable succès populaire des grandes expositions à l’Hôtel de Ville, qui sont toutes en libre accès, cet engouement montre qu'il y a tout de même un problème. Deux: le prix moyen des expos à Paris. Actuellement - et on ne parle même pas de la FIAC à... 25€! -, c’est 9€ pour Soutine à la Pinacothèque, 10€ pour Courbet au Grand Palais ou pour Giacometti à Pompidou, et 11€ pour Arcimboldo au Luxembourg. Avec un audioguide (souvent nécessaire pour apprécier à sa juste valeur), cela fait rarement moins de 15€. Est-ce vraiment à la portée de toutes les bourses?

24/10/2007

Un nettoyage

bb323963d83d10095ba8cfbd6e8c6fac.jpgLes forces de l’ordre ont évacué puis démantelé ce matin un campement de tentes établi en bordure du périphérique, pas loin de la porte de Bagnolet. L’opération, imposante, a mobilisé des dizaines d’agents. A Paris intra-muros, on traite plus discrètement le problème des mal-logés. On se l’est encore dit hier en descendant le canal Saint-Martin, le long duquel les SDF avaient été si nombreux à venir planter leurs tentes, l’hiver dernier.

Ainsi, à la hauteur de la rue des Ecluses, les pelleteuses sont en train de s’activer. Officiellement, il s’agit d’aménager un joli square à flanc de canal, avec arbres, plantations et tout et tout. Dans les faits, constatent des élus locaux, les lieux seront réaménagés de telle sorte que des tentes de SDF n’auront plus physiquement la possibilité de s’y installer.

La mairie de Paris n’apprécie pas qu’on la soupçonne de vouloir ainsi mener une discrète «chasse aux pauvres». Et juge que les nombreuses solutions d’hébergement pour les SDF qu’elle a mises en place depuis un an, dans ce quartier comme ailleurs, témoignent de ses bonnes intentions en la matière.

455d2c2d6faaa6b5b75515481ff44c1e.jpgIl n’empêche, quelques dizaines de mètres plus haut toujours le long de ce canal, non loin de la station de métro Jaurès, elle a fait couler des dizaines de blocs de béton, par ailleurs très peu esthétiques, à un autre endroit où, l’hiver dernier, nombre de SDF avaient installé un campement. La conséquence de cet aménagement est identique: cet hiver-ci au moins, on n’y verra pas la moindre tente.

Ce genre de dispositif fait un peu penser aux potelets qu’avait installés, il y a quelques hivers, le magasin de meubles «Habitat» devant ses vitrines, place de la République. Là où les clochards et autres mendiants avaient pris la mauvaise habitude de venir s’asseoir pour quêter. Sans doute les responsables de ce magasin ont-ils jugé ce voisinage peu attractif pour leurs clients.

Cela fait aussi penser aux banquettes que la RATP installe désormais systématiquement dans ses stations de métro rénovées. Elles sont affublées d’accoudoirs. Accoudoirs purement décoratifs et qui ne servent à rien puisqu’ils sont placés beaucoup trop bas pour que les personnes assises sur ces banquettes puissent y reposer les coudes. Mais qui ont sans doute l’avantage de gêner les miséreux qui voudraient s’allonger là.

f8c67a0646d96f76c4779f1eb6cae222.jpgPour éloigner les nécessiteux du regard, il y a donc d’autres solutions, moins tapageuses, que le «Malodor», ce puissant répulsif que la mairie d’Argenteuil avait fait vaporiser l’hiver dernier dans les endroits où s’attroupaient les SDF, avant de devoir faire marche arrière vu le tollé suscité par cette initiative assimilant peu ou prou des êtres humains à des insectes nuisibles à éradiquer.

Tiens, au bas de ce canal Saint-Martin, un artiste a peint une fresque représentant des naufragés stylisés, entassés sur une embarcation de fortune, tendant désespérément les bras vers le ciel, agitant autant de mouchoirs blancs symboles de demandes d’aide et de soutien.

23/10/2007

Une colère

C’était un spectaculaire moment de tension télévisée. Une colère qu’on n’avait plus vue à la télé depuis le fameux duel entre Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy, pendant les présidentielles. C’était hier soir, sur le plateau du «Grand Journal».

Augustin Legrand, le charismatique leader de l’association «Don Quichotte», à l’origine des campements de tentes de SDF qui ont fleuri dans la capitale l’an dernier, et Jean-Pierre Raffarin, l’ex-Premier ministre, étaient les invités. Le premier s’insurgeait: un an après, les 27000 places d’hébergement promises l’hiver dernier aux SDF n’ont même pas encore été toutes livrées. Le second, plus notable ronronnant et patelin que jamais, invitait à de paisibles caucus, à de consensuelles tables rondes. Augustin Legrand trouvait son indolence insupportable. Il pointa du doigt vers l’ancien chef du gouvernement et lui dit qu’à ce titre, pour n’avoir rien ou très peu fait, il  avait une part de responsabilité personnelle dans le désastre des mal-logés. Raffarin n’apprécia pas. Accusa son interlocuteur, comédien de profession, de «faire du spectacle». Regretta qu’il lui manque de respect. Le leader des SDF leva les yeux au ciel, comme si le respect sauvait des vies quand la température descend à 3 degrés la nuit en ce moment, à Paris.

Michel Denisot tenta alors de s’interposer. Peine perdue, l’affrontement continuait. Cinq minutes plus tard, l’animateur cloua le bec à Augustin Legrand en lui faisant remarquer que les 10 minutes octroyées à ce sujet par la conduite de l’émission étaient déjà largement dépassées - «vous comprenez, on a nous aussi des obligations» et bla bla bla. Legrand lui lança un regard sidéré. Dans lequel on voyait bien ce qu’il se demandait: «Mais dans quel monde vit-on? Que diable valent donc une ou deux minutes de plus ou de moins quand on parle de la vie de gens? Quand cet hiver, on va encore mourir la nuit dans les rues de Paris?» Le leader des SDF manqua d’exploser devant une telle légèreté qui confinait tant à l’indignité. Il eut la sagesse de ne rien dire. Mais, avec raison, quitta le plateau.

Puis ce fut la météo, la pub, le zapping avec Victoria Beckham ou Britney Spears on ne sait plus trop, les Dieux du Stade et Marc Lavoine en plateau. Le cirque habituel et écoeurant de la télé promo.

22/10/2007

Un petit mot

fca0b79d3e926088e8982da7b4223a75.jpg«Votre horodateur a refusé mon chèque», griffonné par une main féminine sur une feuille de bloc-notes déchirée à la va-vite et ponctuée du dessin d’une petite fleur, comme pour s’excuser. On voit ce petit mot sur tous les parebrises des voitures en stationnement dans les rues de Paris, en ce moment.

Il est tellement bien fait que, quand on l’a vu la première fois, avant de s’apercevoir qu’il avait en fait été glissé sous des milliers d’essuie-glaces, on a vraiment cru à une excuse bidouillée en vitesse par une automobiliste pressée soit très étourdie, soit passablement de mauvaise foi, qui n’avait pas de pièces de monnaie sur elle pour alimenter l’horodateur et découvrait, ou faisait mine de découvrir, que celui-ci n’acceptait pas les chèques. D’où le petit mot pour amadouer les pandores et éviter une amende.

Mais ce n’était rien de tout cela. Ce n’était qu’une pub pour le porte-monnaie électronique Moneo, que l’on peut utiliser désormais dans tous les horodateurs de Paris et de 20 villes de la région parisienne. «Ne cherchez plus d’excuses, simplifiez-vous le stationnement», conseillait donc le dépliant publicitaire.

Le problème est moins anecdotique qu’il n’y paraît. Seul un Parisien sur deux possède une voiture, et seuls 12% de ces automobilistes parisiens utilisent chaque jour leur véhicule. Pour éviter les embouteillages et par peur de galérer pour retrouver une place de stationnement, ces Parisiens ne prennent le volant qu’à des occasions très particulières (sorties tard le soir, shopping du samedi dans les grands magasins d’ameublement de banlieue, dimanche à la campagne, etc.). Afin que ce stationnement au long cours ne leur revienne pas trop cher, un tarif résidentiel beaucoup plus avantageux (2,5 euros par semaine, soit 50 centimes par jour) a été créé. Mais les Parisiens pestent contre le nombre insuffisant de places ouvertes à ce type de stationnement – même s’il va encore augmenter de 6000 d’ici à la fin de l’année.

La mairie, elle, est un peu prise entre deux feux. D’un côté, pour limiter la circulation et la pollution, elle a évidemment intérêt à inciter ces automobilistes à rester des conducteurs du dimanche. De l’autre côté, elle ne peut réserver des quartiers entiers aux voitures-ventouses: ce serait le cauchemar pour le stationnement des voitures de visiteurs et, comme ces derniers paient le prix plein, une très mauvaise affaire financière pour elle.

 

56963292b21b2ece73ebf82e32c49a61.jpgPS, mardi matin: parlant d'horodateurs, une coïncidence. Une bonne partie des horodateurs du onzième arrondissement ont été rendus inutilisables cette nuit par une opération de commando menée par les internes en médecine, qui sont en grève pour certains depuis deux mois. Les grévistes ont coiffé les horodateurs de sacs poubelle sur lequels ils ont scotché leurs tracts. Résultat, les machines étaient inutilisables y compris par les automobilistes les plus disciplinés. Ce type d'action syndicale doit sans doute être plus populaire auprès du grand public que celui des cheminots et autres conducteurs de RER ou de métro...

19/10/2007

Une bonne affaire

0917347bab4512c00638e21efa590c07.jpgOnze minutes, soit plus du tiers de la durée totale du journal télévisé, au 20 heures de TF1 hier, le sujet étant même traité avant la grande journée de grève. Douze minutes au 20 heures de France 2. L’«affaire Cécilia» hystérise les journalistes. Idem en presse écrite. Au kiosque ce matin, les Unes de quotidiens ou de magazines sur l’ex-Première Dame étaient si nombreuses qu’on n’est jamais parvenu à les faire entrer toutes dans une seule photo. «Tu n’imagines pas: c’est la folie», nous confiait notre copain, le marchand de journaux. «Cela se vend comme des petits pains. Les gens, depuis des jours, ne me parlent que de cela».

En termes de chiffres de vente ou d’audience pour les médias, Cécilia Sarkozy était une très bonne affaire. Le «Paris Match» qui, en 2005, l’avait mise en couverture avec son amant de publicitaire s’est vendu à 900.000 exemplaires, contre 700.000 habituellement. «Gala» faisant sa couv’ avec «Cécilia l’insoumise » a bondi à 417.000 numéros vendus, devançant même les 400.000 sur le couple Eva Longoria-Tony Parker.

Dès lors, le départ de Cécilia Sarkozy de l’Elysée est-il une mauvaise affaire et donc une mauvaise nouvelle pour le business de l’info? Même pas sûr.

Désormais officiellement et irrémédiablement absente du barnum télévisuel présidentiel, l’ex-Première Dame va devenir un sujet médiatique plus rare - et donc plus cher.

Et nul doute que tous les pararazzis de France et de Navarre se frottent déjà les mains. Ils vont s’en mettre plein les poches avec les innombrables clichés qu’ils vont pouvoir vendre de femmes photographiées aux côtés du Président et qui, du coup, seront toutes invariablement soupçonnées et susceptibles de devenir la prochaine First Lady.

Le cirque ne fait que commencer.

18/10/2007

Une galère

17162a49b137e935411e7f503d819d32.jpgJournée de grève (presque) générale, donc. Et non, hélas, de «rêve générale –utopiste debout», comme on l’a vu placardé ce matin. Journée habituelle de galère dès lors pour les usagers des transports en commun parisiens. Et aussi, mais cela c’était moins attendu, journée de galère pour… les utilisateurs de Vélib.

Ce matin, il était encore plus difficile que les autres jours de trouver un vélo libre aux bornes. Vélib, en effet, a été pris d’assaut dès l’aube par les employés désireux d’aller au boulot malgré l’absence de bus et de métros. A 9 heures, on comptait encore 27.000 utilisateurs en selle, deux fois plus que d'habitude à la même heure.

Surtout, un grand nombre de ces cyclistes d’un jour, craignant de ne pas avoir de vélo pour rentrer chez eux ce soir, ont pris le parti de le conserver toute la journée. D’où les innombrables Vélib que l’on a vu ce matin cadenassés en rue et non remis à leurs bornes.

Pour ces emprunteurs au long cours, la grève se paiera cash: une journée de location d’un vélo Vélib non remis toutes les demi-heures vaut au bas mot 80 euros.

La société gérant le système avait accru ses effectifs de maintenance de 30% ce jeudi, notamment pour améliorer «la régulation» des Vélibs. En clair, pour  veiller à ce que toutes les stations dans la capitale soient également pourvues de vélos. Cette précaution n’a manifestement pas suffi.

71a5468e479f0df79ae0a08afc9eefde.jpgC’est d’ailleurs le problème majeur de Vélib depuis sa création. On s’est rendu compte qu’en semaine en tout cas, les déplacements d’usagers se font majoritairement dans le même sens. Le matin, la plupart des cyclistes gagnent les arrondissements centraux et quartiers d’affaires de Paris. Le soir, ils rejoignent leurs habitations dans les arrondissements périphériques. Du coup, en l’absence d’une régulation vraiment efficace, un Vélibeur moyen le matin galérera avant de trouver un vélo pour partir de chez lui, la plupart des bornes de son quartier étant vides. Arrivé près de son boulot, il galérera pour trouver un point d’ancrage lui permettant de rendre son vélo, la plupart des stations étant cette fois remplies. Idem à l’envers le soir: galère pour trouver un vélo libre en sortant du boulot car les usagers sont trop nombreux, galère pour trouver une borne où l’accrocher en arrivant à la maison car il y a trop de vélos par rapport au nombre de stations.

Le problème énerverait souverainement, paraît-il, la mairie de Paris. Selon les ragots, l’adjoint au maire chargé des déplacements, l’écologiste Denis Baupin, passerait lui-même sa vie à chercher un Vélib. La société gérant le dispositif a donc été sommée par la ville d’améliorer tout cela au plus vite.

Mais manifestement, ce n’est pas le seul problème de jeunesse que connaît Vélib: en témoigne le succès fou, ces dernières semaines, des blogs (comme ici) racontant les déboires des Vélibeurs.

Cinq millions d'utilisateurs en quelques mois à peine, mais visiblement pas cinq millions de satisfaits.Cela aurait été trop beau.

17/10/2007

Une misère

Journée mondiale du refus de la misère ce mercredi en France aussi, pays comptant 7 millions de pauvres, à savoir de personnes se situant sous le plancher de ressources de 817 euros par mois. Puisque c’est à peu près la seule utilité de ce genre de Journées internationales, allons-y avec quelques chiffres.

Paris, ville richissime selon le cliché. En effet, les revenus déclarés y sont plus élevés que partout ailleurs dans l’Hexagone. Mais, entre Parisiens, les écarts de revenus sont très importants: le quart des familles parisiennes les plus aisées déclarent quatre fois plus que le quart des familles plus modestes. Et le coût de la vie dans la capitale est évidemment beaucoup plus élevé que dans le reste du pays.

Du coup, la précarité n’est pas absente. Selon les statistiques officielles, 16% des foyers parisiens, ce qui n’est tout de même pas rien, sont considérés comme à bas revenus (moins de 1500 euros pour un ménage de deux enfants). Ce pourcentage bondit à 33% pour les familles monoparentales (*).

D’année en année, d’ailleurs, le basculement des gens de la précarité vers la misère se fait de plus en plus visible à Paris, et il faut vraiment être aveugle pour ne pas le remarquer.

On se faisait encore la réflexion l’autre jour en fin de marché, Boulevard Richard Lenoir, en voyant des miséreux fouiller les poubelles laissées par les commerçants et se disputer à grands cris les  fruits ou légumes gâtés qui n’avaient pu être vendus aux clients. On le verra encore plus ostensiblement dès les prochains grands froids, quand les campements de SDF gagneront jusqu’aux beaux quartiers et que les queues d’attente s’étireront interminablement devant les soupes populaires.

Ce sera à nouveau très déprimant.

(*) Or, les familles monoparentales sont en nombre beaucoup plus important à Paris qu’en province. En gros, une famille parisienne sur quatre (26 %) est monoparentale ou recomposée, pour 17% seulement dans le reste de la France.

11:40 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : Paris, Social, Pauvreté

16/10/2007

Une petite chanson

f1edd458f7a11d9cdc7ced1568149e80.jpgUne collègue de bureau, journaliste française un brin facétieuse, chantonne une célèbre rengaine du matin au soir, en ce moment. En voici les paroles.

Non pour se moquer ou pour dénigrer – de quel droit se le permettrait-on ? – mais pour compatir avec l’intéressée. En effet, au-delà de toute considération politique, et même si certains trouveront qu’elle l’a bien cherché, cela doit être vraiment pénible de voir ses états d’âme présumés et démêlés conjugaux putatifs ainsi étalés impudiquement dans tous les médias.

«Cécilia, ton lit est trop dur

Pourtant on y fait de beaux rêves

O Cécilia, ton vin est trop doux

Mais j'aime son goût sur tes lèvres

Cécilia, quand on a vingt ans

On a tout le temps d'être fidèle

O Cécilia, si tu ne l'es pas

Je ne t'en veux pas pour autant

Tu es belle et dans ton sixième

Quand on s'aime c'est le septième ciel

Et tant pis si quelques fois

Les fleurs que tu reçois sont d'un autre que moi

Cécilia, ton lit est trop dur

Pourtant on y fait de beaux rêves

O Cécilia, ton vin est trop doux

Mais j'aime son goût sur tes lèvres

Tu es belle, tu as vingt ans

Et tu m'aimes pour passer le temps

Et le temps passe et la saison

Viendra où j'aurai seul la clé de ta maison

Cécilia, ton lit est trop dur

Pourtant on y fait de beaux rêves

O Cécilia, ton vin est trop doux

Mais j'aime son goût sur tes lèvres »

(«Cécilia», Joe Dassin)

15/10/2007

Un grand moment

Paris n’a donc pu faire la fête au rugby samedi soir – on a tellement entendu pleurer là-dessus ce week-end qu’on n’y reviendra pas. Dimanche matin, en revanche, elle fut le cadre d’une magnifique fête de la course à pied.

En effet, avec le semi et le marathon, les 20 Kilomètres de Paris constituent un jalon majeur de l’année sportive dans la capitale. L’édition 2007 de cette épreuve fut d’autant plus inoubliable qu’elle se déroula sous un soleil quasi estival.

Dès le lever du jour donc, la toute grande foule s’agglutina sur le Pont d’Iéna, lieu majestueux de départ au pied de la tour Eiffel. Dès le coup de sifflet donné, ce fut la bousculade dans la montée du Trocadéro. Les rangs s’étirèrent un peu dans le bois de Boulogne, mais il y avait tellement de monde que les pas martelés des milliers de coureurs sur le bitume faisaient un bruit vraiment impressionnant.

Comme chaque année, le meilleur moment de la course survint juste après le onzième kilomètre. Au moment donc où les jambes commencent à peser, où les genoux commencent à cogner, où les pieds dans les godasses commencent à chauffer, où le souffle dans les montées commence à manquer. A la sortie du Bois, au détour du Boulevard Exelmans, surgit soudain la magnifique perspective de la Seine, que les coureurs descendent puis remontent pendant les neuf derniers kilomètres de la course. Cette année, vu l’automne clément, le ciel était si intensément lumineux et la vue si dégagée qu’on put embrasser d’un seul coup d’œil le ruban de flots bleutés jusqu’au coude formé par le quai Branly.

Comme dopés par ce panorama grandiose, les coureurs alors accélérèrent le pas. Cours Albert Ier et quai des Tuileries, le passage dans les tunnels fut comme chaque année fabuleux, des milliers de spectateurs s’étant massés à leurs entrées et sorties pour acclamer les coureurs. Les trois derniers kilomètres sur la rive gauche furent une formalité, tant courir dans un cadre aussi beau fait s’envoler toutes les souffrances. Et le franchissement de la ligne d’arrivée fut comme chaque fois un moment particulièrement émouvant.

En fin de matinée hier, affalés dans l’herbe du stade Emile Anthoine, torses nus et beaux comme à la plage, des milliers d’athlètes fourbus mais ravis jouissaient d’un repos bien mérité et profitaient d’un soleil inespéré. Des amis venus spécialement de Bruxelles pour y participer en convenaient alors de bonne grâce: ces 20 Kilomètres de Paris figurent sans doute parmi les plus belles courses du monde.

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12/10/2007

Un bol d'air

25c6fcfa1d45f86ce0483494c272077e.jpgPour aller au boulot ou en revenir, sauter dans un bateau plutôt que dans un bus. Et joindre l’utile à l’agréable en profitant du grand air et du paysage grandiose de la Seine.Vu la densité de la circulation automobile et la fréquence des embouteillages à Paris, les autorités y pensent de plus en plus. Ce n'est pas trop tôt.

Les navettes Batobus desservent depuis 2003 une dizaine d’arrêts dans la capitale: des Champs-Elysées au Louvre en passant par Saint-Germain des Prés, Hôtel de Ville ou Notre-Dame. Mais ces bateaux sont très peu utilisés par les Parisiens: ni leurs tarifs (forfait de 12 euros la journée), ni leur fréquence (un bateau toutes les 15 à 30 minutes) ne sont compétitifs par rapport au bus ou au métro. Du coup, la plupart du temps, on ne voit que des touristes à bord de ces Batobus. Ce moyen de transport est d’ailleurs largement sous-utilisé. Si son trafic est en hausse constante d’année en année, il ne concerne aujourd’hui que quelque 800.000 voyageurs à l’année. Ce qui ne fait en gros que 2000 passagers à la journée, soit à peine la contenance de trois rames de la ligne de métro n°1.

Les choses vont peut-être changer. Cette semaine, Batobus a décroché le marché d’un véritable projet de métro fluvial qui sera expérimenté pendant deux ans à partir de l’été prochain et reliera la capitale à sa grande banlieue. Cette nouvelle ligne mettra le centre de Paris (des arrêts à Gare d’Austerlitz, Grande bibliothèque et Bercy) à 40 minutes de Maisons-Alfort (Val de Marne). L’accès aux bateaux sera possible avec le Pass Navigo ou un ticket spécial vendu au prix de 3 euros. Si l’expérimentation porte ses fruits, la ligne pourrait être prolongée jusqu’à Suresnes (Hauts de Seine) et Vitry (Val de Marne). A terme, plus de 4 millions de voyageurs potentiels sont concernés.

Les banlieusards qui n’en peuvent plus de la galère quotidienne du RER se laisseront-ils tenter?

11/10/2007

Une fronde

63b6859ac9c1451f74b18a9fa1377518.jpgLes sondages en témoignent: avec cette histoire de tests ADN pour les étrangers candidats au regroupement familial, Nicolas Sarkozy ne s’est pas coupé de l’opinion. En revanche, il s’est clairement mis à dos la planète «people».

Même ses plus clinquantes recrues pendant la campagne électorale pour la présidentielle commencent à le lâcher. Ainsi, Enrico Macias ce matin, dans une interview retentissante, juge carrément cette idée d’ADN «honteuse».

Dimanche au Zénith, plusieurs personnalités clameront d'ailleurs leur colère contre ce projet, à l’occasion du «Grand meeting contre les tests ADN » organisé par SOS Racisme, «Libération» et «Charlie Hebdo». S’exprimeront notamment les comédiennes Isabelle Adjani et Josiane Balasko, les rappeurs Soprano et Stomy Bugsy (photo) et les chanteurs Bénabar, Tiken Jah Fakoly et Renaud.

La liste des participants à ce grand meeting anti-sarkozyste n’est pas encore close. Mais si montent sur scène tous les «people» qui, comme plus de 100.000 quidams, ont signé la pétition contre l’amendement Mariani, cela va faire une fameuse affiche. Parmi les signataires de cette pétition, en effet, on retrouve le gratin du show-biz.

Des comédiens: Lambert Wilson, Antoine de Caunes, Hippolyte Girardot, Charles Berling, Pierre Arditi, Jeanne Moreau, Michel Piccoli, Sylvie Testud ou Philippe Torreton. Des écrivains: Samuel Benchetrit, Amélie Nothomb, Yves Simon, Marek Halter, Aimé Césaire, Jorge Semprun, Elisabeth Roudinesco ou Marie Darrieussecq. Des chanteurs: de Yannick Noah à Michel Delpech en passant par Marianne James ou Akhénaton. Ou des humoristes: Smaïn, Cyril Hanouna, Omar et Fred ou Michel Boujenah.

Une fronde aussi paillettes et glamour: voilà qui doit être très modérément apprécié à l’Elysée, où l'on aime tant les revues de papier glacé.

10/10/2007

Un fatras

«Nous avons en France plus de lois que le reste du monde», constatait déjà Montaigne. Dans un pays où plus de 10.000 lois et 120.000 décrets s’appliquent aujourd’hui et où chaque année, 1000 pages de loi nouvelles sont votées, l’adage «Nul n’est censé ignorer la loi» ne correspond évidemment plus à rien. Les députés ont dès lors décidé de faire le ménage parmi quelque 126 lois et règlements considérés comme obsolètes. On trouve des petites merveilles dans ce fatras.

Ainsi:

-La loi du 26 Brumaire an IX réservant le port du pantalon aux seules femmes faisant du cheval ou du vélo et imposant à toutes les autres femmes désireuses de porter un tel vêtement de se présenter à la préfecture de police pour en obtenir l’autorisation;

-Le décret du 2 novembre 1877 permettant de poursuivre en France «tout Français qui se sera rendu coupable en Belgique de délits et de contraventions en matière forestière, rurale et de pêche»;

-La loi du 26 août 1943 autorisant l’émission de pièces de monnaie de 2 francs, 1 franc et 0,50 franc;

-La loi du 11 juillet 1906 «relative à la protection de sardines, de légumes et de prunes contre la fraude étrangère», qui interdit l’entrée en France de «boîtes de sardines étrangères d’un poids supérieur à un kilogramme»;

-La loi du 21 juillet 1932 étendant aux sirops et liqueurs de framboises, de fraises et de groseilles les dispositions de la loi sur les sirops et liqueurs de cassis;

-L’ordonnance du 24 avril 1944 limitant, «dans les zones affectées par les événements de guerre», la responsabilité des chemins de fer en cas de retard, de pertes ou d’avaries de bagages ou de marchandises;

-L’ordonnance du 16 janvier 1945 nationalisant les usines Renault ;

-Etc, etc.

Toutes ces lois sont supposées être encore en vigueur en 2007.

La France, cela dit, ne semble pas avoir le monopole du ridicule en la matière. Ainsi, seraient toujours d’application aujourd’hui aux Etats-Unis des lois interdisant de renifler dans le train, d’amener des lions dans les cinémas à Baltimore ou d’exciter les putois dans le Minnesota...

09/10/2007

Un magot

522fd4c55b5c9443e1dd9b9d252ea932.jpgAvec les camelots de la pub au moins, on n’est jamais déçus: ils sont toujours les premiers sur la balle, prêts à rebondir sur les dernières passions de l’opinion. Deux illustrations avec des nouvelles tombées ce matin.

Un: Sébastien Chabal, vient de confirmer son agent, va tourner un spot publicitaire pour… Gillette. Bon sang mais c’est bien sûr, quelle trouvaille, comme c’est spirituel et drôle: le rugbyman le plus hirsute et poilu du Mondial, limite Cromagnon, qui fait de la réclame pour des rasoirs, cela va cartonner.

Deux: TF1 a finalement haussé de 120000 à 150000 euros le tarif de ses spots publicitaires de 30 secondes pour la soirée télévisée de rugby de samedi prochain, qui verra les Bleus affronter l’Angleterre. Allongez la monnaie: une seconde de bidoche ou de détartrant WC vaudra donc 5000 euros, quatre SMIC en gros. Et si les Bleus parviennent en finale, les 30 secondes dépasseront carrément les 200000 euros. Avec de tels tarifs, même si les Bleus s'arrêtent samedi dans la compétition, la chaîne privée est d’ores et déjà assurée de rentrer dans ses frais. On est ravi pour elle.

Vu l’actuel climat d’euphorie nationale autour de ce Mondial, interdiction formelle, absolue et rigoureuse évidemment de jouer les gâte-sauces et de bougonner que toutes ces folles sommes d’argent liées aux business dérivés de la compétition auraient peut-être pu être utilisées à meilleur escient.

08/10/2007

Une fête

c4d8a4acbfeb2071a99894030271d201.jpg«Paris est une fête», écrivait Ernest Hemingway dans les années 30 déjà. Samedi soir, c’était plus que jamais le cas. Quelque 2 millions de fêtards ont envahi les rues de la capitale française. La douceur du climat, les innombrables animations programmées dans le cadre de la «Nuit Blanche» et, bien sûr, la victoire inattendue des Bleus face aux Néo-Zélandais ont littéralement hystérisé les rues de la capitale. Sans aller jusqu’aux Champs – il faut vraiment adorer la foule pour s’y risquer, ces soirs-là –, on a vécu cette explosion collective de joie dans les rues du onzième puis du Marais. Et c’était aussi réjouissant qu’impressionnant.

De tous côtés, les drapeaux tricolores avaient été déployés. Depuis leurs balcons, dès la fin du match, les gens hélaient les passants et les exhortaient à manifester leur joie. Sur les grands boulevards, les voitures circulaient à tombeaux ouverts en klaxonnant à tue-tête. Dans les ruelles bondées, des «vélibistes» extasiés slalommaient dans la foule, guidon dans une main, canette de bière dans l’autre. Un peu partout en rue, des gens hilares vous accostaient  pour tout et pour n’importe quoi, avant tout pour exprimer leur joie. Vers 1 heure du matin, la place de l’Hôtel de Ville, où plus tôt 25.000 personnes avaient suivi la partie sur écran géant, avait toutes les apparences d’un énorme champ de bataille tant les reliefs de la fête étaient nombreux et divers. Et dans les fontaines de la place paraît-il, des jeunes gens délurés se sont baignés comme ils l’avaient fait ce mémorable soir d’été 1998 où l’Hexagone avait remporté la Coupe du monde de foot.

Sur le chemin du retour, notre convive de «Nuit Blanche», pareillement originaire d’un plat pays beaucoup moins cocardier, en avait volontiers convenu: au-delà des réserves d’usage (*), la vue de tous ces visages souriants, par delà les générations, petits et grands, invariablement peinturlurés aux trois mêmes couleurs, vibrant à l’unisson, communiant dans une même ferveur, avait quelque chose de profondément touchant.

(*) La frontière ténue entre le légitime et enthousiasmant sentiment d’appartenance à un même peuple et le culte rance d’une identité national(ist)e excluante, la vulgarité des foules avinées, etc.

11:05 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : Paris, Sports

05/10/2007

Un parler

On trouve décidément plein de choses passionnantes et réjouissantes dans le «Lexik des Cités» publié cette semaine (aux éditions Fleuve Noir) par une dizaine de jeunes du quartier du Bois-Sauvage, à Evry (banlieue parisienne).

Ne pas dire fourgon de police mais «boîte de six» (par allusion à la boîte de six morceaux de poulet vendue dans un célèbre fast-food), affectueusement (intimement même, pour le coup!) rebaptiser mon pote «ma couille», dire «être Alcatraz» (comme la célèbre prison) pour être interdit de sortie, ou parler d’un garçon amoureux comme d’un «Frolo» (du nom de l’inoubliable héro de «Notre-Dame de Paris»), tout cela démontre que le langage des jeunes des cités est beaucoup plus riche et inventif qu’on ne le dit généralement.

Mais on trouve tout autant, dans ce «parler racaille», des choses désespérantes, qui témoignent d’un sexisme d’une rare violence lorsque les femmes sont assimilées à de purs produits de consommation ou à des morceaux d’anatomie. Ainsi, si l'on en croit ce dictionnaire, comment dit-on:

-Il y a beaucoup de filles? «Il y a de la cuisse»;

-Une fille (blanche)? «Un pain au lait»;

-Une fille noire? «Un pain au chocolat»;

-Une fille métisse? «Un pain au chocolat au lait»;

-Une fille qui a des boutons? «Un pain aux raisins»;

-Une fille qui n’a pas de poitrine? «Une planche à pain »;

-Une fille pas très jolie? «Un pain perdu».

Effarant.

04/10/2007

Un constat

9ebe98883899647badbd7136e7ee6dce.jpgUn nouveau village de toile a vu le jour cette nuit à Paris. A l’initiative de l’association Droit au Logement (DAL), 130 familles de mal-logés – dont une soixantaine d’enfants en bas âge et de nombreuses femmes enceintes –  ont établi un campement d’une quarantaine de tentes au cœur du deuxième arrondissement, devant le "ministère de la crise du logement", un bâtiment vide squatté depuis près d’un an par des associations et des familles mal-logées.Ces campeurs, qui pour la plupart vivaient auparavant dans des hôtels, des foyers ou des hébergements précaires, réclament leur relogement dans des habitations dignes ainsi que l’usage par l’Etat du droit de réquisition des logements vacants.

Le campement s’est établi rue de la Banque, à deux pas de la Bourse. On imagine que le choix de cet emplacement n’est pas un hasard, au lendemain de la révélation du méga-scandale des délits d’initiés chez EADS, qui a vu plus d’un millier de cadres et hauts dirigeants du groupe aéronautique empocher aussi grassement qu’irrégulièrement près de 90 millions d’euros de plus-values boursières.

Familles mal-logées et délits d’initiés: le catapultage de ces deux actualités est quelque peu embarrassant pour le pouvoir en place (*). En effet, sur le terrain de la lutte contre la pauvreté comme sur celui de la moralisation du capitalisme financier, on ne peut que faire un constat: la «rupture» sarkozyste tarde à produire ses effets.

(*) Sans même revenir sur l’installation ce matin par Rachida Dati du «Groupe de travail sur la dépénalisation des droits des affaires», qui pour le coup tombe vraiment mal.