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30/11/2007

Un flop

597e5c84500544f9416d4673c163db34.jpgCe vendredi devait donc être en France la «Journée nationale sans Sarkozy dans les médias». Une association d’activistes de gauche, le «Rassemblement pour la démocratie à la télévision» avait appelé à ce que «pas une image, pas un son, pas une ligne sur les faits et gestes de Nicolas Sarkozy (ne sorte) ce jour-là dans les rédactions! Ni éloge, ni critique, ni commentaires! Rien de rien, s’il vous plaît, qu’un inhabituel et démocratique silence».

 

Ce rassemblement, on l’a compris, milite contre «la sarkozite médiatique», traduisez l’omniprésence du chef de l’Etat dans les médias, assimilée à de la «dictature médiatique». Son appel a été soutenu par plusieurs personnalités de gauche comme Jean-Pierre Chevènement, Laurent Fabius, Alain Krivine, Noël Mamère ou Jean-François Kahn.

 

 

L'initiative n’en a pas moins fait un flop: les médias français aujourd’hui, comme hier et comme demain, parlent énormément de Nicolas Sarkozy. Peut-être cet échec est-il dû au fait que le problème est un peu mal posé.

 

3dd6fe7a48a6e1e1ee64579354f5bdef.jpgCertes, la couverture médiatique de Nicolas Sarkozy est problématique d’un point de vue quantitatif. Ainsi, le fait que le temps de parole du Président dans les médias audiovisuels ne soit pas comptabilisé par les organes de régulation a de quoi interpeller. Cela a toujours été la règle en France? Car le Président est supposé s’exprimer non pas au nom d’un parti ou d’un gouvernement, mais au nom du pays? Oui, mais comme l’éditorialisait justement «Le Monde» l’autre jour, «ce qui valait pour François Mitterrand ou Jacques Chirac, délibérément économes de leur parole pour mieux apparaître au-dessus de la mêlée, n’a plus grand sens avec un Président (comme Nicolas Sarkozy) qui, chaque jour, entend aller au charbon, se porter en première ligne, et gouverner comme il ne cesse de le proclamer».

 

Il n’empêche, le problème posé par la couverture médiatique française de l’actualité sarkozyste nous paraît au moins autant qualitatif que quantitatif. C’est (hormis l’une ou l’autre rare exception) ce terrible manque de distance, cette espèce de complaisance généralisée, ou en tout cas cette absence d’irrévérence des médias français à l’égard du Prince.

 

Il serait déjà beaucoup moins gênant qu’un Président, qui plus est hyperactif, soit omniprésent dans les médias si ceux-ci se permettaient plus souvent d’éclairer les stratégies de marketing politique de l’intéressé. S’ils osaient décrypter à l’attention du grand public ce qui, d'une actualité venant de Nicolas Sarkozy, constitue effectivement une information ou ne relève que d'une politique de communication. Bref, si les médias faisaient leur boulot. Mais, c’est vrai, cela demande plus de temps, plus d’efforts et peut-être un peu plus de cran que de simplement jouer les scribes ou les porte-micros.

29/11/2007

Une idiotie, ou l'autre

Les petites phrases stupides d’hommes politiques se succèdent avec une telle rapidité en ce moment que, si cela continue, on n’aurait pas de mal à alimenter dans ce blog une rubrique hebdomadaire de bonnet d’âne. Pour preuve, les derniers exemples les plus nauséabonds.

-Brice Hortefeux, ministre UMP de l’Identité nationale et de l’Immigration, répondant dimanche soir à un journaliste télé qui lui demandait s’il y aurait «toujours des sans-papiers sur le territoire français»: «Ben, si vous rêvez d’une société idéale dans laquelle il n’y aurait que des citoyens honnêtes, propres… ». Depuis le mémorable «le bruit et l’odeur des étrangers» de Jacques Chirac en 1991, aucun dirigeant français n’avait ainsi osé faire allusion à la propreté des étrangers. En outre, en tant qu’étranger muni de papiers en règle, on se permet de rappeler à ce ministre qu’être sans-papiers, donc être clandestin, c’est être dans l’illégalité. Point. Ce n’est pas forcément être malhonnête. En revanche, des tas d’étrangers sans-papiers vivant en France sont indéniablement victimes de malhonnêtes eux 100% français: employeurs, marchands de sommeil ou même agents de l'Etat - comme l’ont montré les scandales de corruption ayant éclaboussé, il n’y a pas si longtemps, la préfecture de police de Paris.

-Henri Emmanuelli, député socialiste, évoquant hier soir les émeutes: les forces de l’ordre déployées en banlieue donnent «l’impression d’une police d’occupation». D’abord, déploie-t-on jamais assez de moyens quand il s’agit d’empêcher que des écoles et des bibliothèques publiques brûlent, ce qui est tout de même le sommet de la stupidité politique? Ensuite, comment peut-on encore utiliser impunément en France l’expression «occupation», si lourdement connotée historiquement?

 

-Mohammed Cherif Abbès, ministre algérien, dans «Le Figaro» hier, à quelques jours du voyage officiel en Algérie du chef de l’Etat, a ironisé sur «les origines du Président» et les «véritables architectes de l’arrivée de Sarkozy au pouvoir: le lobby juif». Dans le passé, l’obsession pour les «lobbys» (lobby juif, lobby franc-maçon, lobby gay, etc.) a toujours été l’apanage des pires dictatures. A présent, seule l’extrême-droite utilise cette thématique. Ce ministre étant toujours en place et n’ayant, aux dernières nouvelles, pas été sanctionné, Nicolas Sarkozy peut-il encore décemment se rendre dans ce pays? 

28/11/2007

Un grand classique

1fa552b3ef4e05c39863fc184d67a924.jpgLa nuit a donc été plutôt calme en banlieue. Les innombrables appels à la raison lancés par les familles des victimes et les élus locaux commenceraient-ils à porter leur fruit? A moins que les fauteurs de troubles n’aient été impressionnés par la promptitude de la réaction judiciaire ? Hier, quatre casseurs ont été condamnés à des peines de prison ferme allant jusqu’à dix mois de réclusion et quatre autres ont été placés en détention provisoire. Peut-être est-ce aussi l’impact du désormais très impressionnant dispositif policier: pas facile de continuer à faire le malin quand un millier de policiers et de CRS sont déployés (y compris le groupe d’élite du Raid, avec leurs fusils à lunettes de visée nocturne) et que les hélicos tournoient pendant toute la nuit dans le ciel.

 

En même temps, un autre facteur a peut-être aussi contribué au maintien hier soir d’un calme relatif dans le Val d’Oise. C’est un grand classique. Les forces de l’ordre connaissent bien ce facteur, et depuis très longtemps. Ce vieux principe ne vaut pas seulement pour la France, mais s’applique aux autres pays également. Il peut paraître à première vue complètement débile. Mais, lors notamment de la grande crise des banlieues d’il y a deux ans, il s’est appliqué avec une rigueur et une régularité impressionnantes.

 

Quoi cela? Dans une crise entraînant des mouvements de foules et des manifestations de rue, l’ampleur des troubles est généralement proportionnelle… à la clémence de la météo et à l’intérêt des programmes de télé. En clair, il n’y aura jamais autant de trublions dans les rues que les soirs où le climat est doux et où il n’y a rien à la télé. Or hier soir, il y avait un grand match foot. Et la température a brutalement chuté en grande couronne parisienne en début de nuit, pour plonger à l’aube jusqu’à -2 degrés. Deux conditions donc étaient réunies pour préférer rester chez soi.

 

0ca734c32d014e13915fd4bbe8d66160.jpgEt ce soir? D’un côté, d’après la météo, il va faire un peu moins froid qu’hier soir. Plutôt donc de quoi donner envie de sortir. Mais de l’autre côté, il y a l’OM et «Les Experts » à la télé. Pas trop facile, dès lors, sur base de ce seul critère, de faire des pronostics. Ce serait trop beau, pour les journalistes notamment, si on pouvait aussi aisément prévoir l’actualité.

27/11/2007

Une sobriété

Deuxième nuit consécutive d’échauffourées en banlieue parisienne, hier soir. Le climat aux abords de Paris est tendu donc, sans tout de même parler, comme un syndicat policier hier, de «climat insurrectionnel».

Dans ces périodes, chaque mot prononcé d’en haut est important car susceptible ou non d’envenimer les choses. Nicolas Sarkozy est bien placé pour le savoir, sans même reparler du mémorable épisode de la racaille et du nettoyeur à haute pression.

Il y a deux ans, au début des émeutes de Clichy, dans le feu de l’action, l’alors ministre de l’Intérieur avait un peu vite déclaré publiquement que les gamins morts électrocutés dans le transformateur EDF avaient préalablement été surpris par les policiers en train de commettre un cambriolage. L’enquête avait totalement et catégoriquement démenti ce point: ces mômes n’avaient strictement rien à se reprocher. Ses propos diffamatoires, à l’époque, n’avaient pas peu contribué à exciter les cités (*).

Deux ans plus tard, en revanche, dans un contexte émeutier similaire, le même Nicolas Sarkozy, depuis élu Président, est devenu bien plus prudent. Interrogé lundi sur le drame de Villiers-le-Bel et sur ses suites explosives, le chef de l’Etat s’est contenté d’appeler tout le monde à revenir au calme et à laisser la justice faire son travail.

Cette sobriété était tout à son honneur.

(*) Tiens, au fond, on n’a pas le souvenir que des journalistes français aient, depuis, jamais pensé demander à Nicolas Sarkozy s’il regrettait ses déclarations à l’emporte-pièce. Ou s’il s’en était excusé auprès des familles des victimes qu’il avait injustement salies.

26/11/2007

Une illumination, ou l'autre

04bd8a31af2e354b88988e6e906ca12c.jpgUne nuit chasse l’autre. Hier soir en banlieue parisienne, à la suite d’un dramatique accident de la route ayant coûté la vie à deux gamins d’une cité du Val d’Oise, la nuit a été illuminée par les incendies de voitures, les saccages de lieux publics et les gyrophares des CRS. A l’écoute des témoignages à la radio ce matin, on se serait vraiment cru revenu deux ans en arrière, à l’époque de la flambée des banlieues. Le pire étant qu’en haut lieu, nul ne doute probablement qu’il ne suffirait que d’une étincelle pour que toute la région à nouveau s’embrase. Tant la situation de fond, en termes d’emploi, de logement, d’insertion ou de discrimination – bref de ségrégation, aurait-on dit en d’autres temps en d’autres pays – ne semble guère s’être améliorée en deux ans.

Sans transition, ce soir à Paris, est donné le coup d’envoi des illuminations de Noël. Pour mériter plus que jamais son surnom internationalement connu et reconnu de «Ville Lumière», la capitale cet hiver encore mettra le paquet, financièrement notamment. Dès cette nuit jusqu’à la mi-janvier, quelque 100 quartiers dans toute la ville seront illuminés de loupiotes clignotantes – des diodes électroluminescentes encore bien, peu consommatrices d’énergie paraît-il.

bd4468cd49ea9f08c23948f432432e30.jpgRien que pour les Champs-Elysées, le budget de ces illuminations se monte à 850.000 euros, en hausse de 70% par rapport à l’année dernière et dont 240.000 euros sont financés par la mairie. Pour ce prix, «la plus belle avenue du monde» aura droit à «un effet de neige qui tombe et des parures de cristaux façon Swaroski», une rangée d’arbres «filante, donnant l’impression d’une pluie de stalactites» et une seconde rangée «qui s’allumera à la nuit tombée et clignotera toute la nuit comme des flashs».

Ce sera assurément magnifique. Cela resplendira tellement et si merveilleusement que l’on pourra admirer cela de loin et de partout, y compris depuis la banlieue de Paris.

23/11/2007

Un immobilisme

Lancement aujourd’hui de la grande campagne annuelle de collecte de nourriture au bénéfice des Banques alimentaires. Et lancement aussi, après le «Grenelle de l’Environnement», du «Grenelle de l’Insertion»: six mois de grands débats et de tables rondes pour «améliorer la performance globale des politiques d’insertion».

 

Il y a du pain sur la planche, visiblement. Selon un sondage pour l’association Emmaüs publié hier, tout comme l’an dernier, à peu près un Français sur deux (47%) craint de devenir un jour sans abri. Trois Français sur quatre (75%) estiment que, par rapport à l’hiver dernier, la situation des SDF dans le pays ne s'est pas améliorée, voire s’est dégradée. C’est d’ailleurs aussi le sentiment des principaux intéressés: 60 % des SDF se jugent toujours autant dans la galère que l’an dernier.

 

L’an dernier justement, à la même époque, dans une opération qui avait été extrêmement médiatisée pendant des mois, l’association «Les Enfants de Don Quichotte» avait envahi le canal Saint-Martin avec des dizaines de tentes de camping pour SDF, afin de dénoncer notamment les carences dans le dispositif d’hébergement d’urgence. Un an plus tard, 70% des Français plébiscitent cette action.

 

Cette année, les SDF parisiens militants, à l’initiative cette fois de l’association «Salauds de pauvres», se sont installés dans le treizième arrondissement, sous le pont Charles de Gaulle, au pied de la gare d’Austerlitz. Il y a quelques jours, ils y ont installé un campement de tentes. L’une d’elle, surmontée d’un gros Père Noël, rappelle combien, selon le leader du campement, «on nous fait croire au Père Noël depuis tellement de temps».

 

Eloignés des quartiers bobos branchés, cantonnés dans ce no man’s land sinistre en bord de Seine où aucun Parisien ne s’aventure jamais, ces SDF ne vont pas gêner grand monde. Du coup, parions qu’on les entendra et qu'on les verra beaucoup moins dans les médias que l’hiver dernier.

 

 

PS: Cette estimation officielle, relayée par la télé hier soir: en ce moment rien qu'à Paris, «entre 200 et 400» personnes dormiraient chaque nuit dehors. A elle seule, la largeur de cette fourchette dit bien combien les autorités sont dépassées.

22/11/2007

Un peu d'air

9a2e2ff20dcca245f668d5c502be1171.jpgUn vent de reprise du travail et du trafic semble donc souffler sur les transports en commun. S’il se confirme, il faudra bien encore quelques jours avant que le métro, le RER et le bus circulent normalement dans la capitale. Il n’empêche, les Parisiens respirent, au propre comme au figuré.

 

En effet, pendant tous ces jours de grève et d’embouteillages, on aurait bien porté un masque à gaz ici. On se faisait encore la réflexion hier en fin de journée, en suffoquant sur une  place de la République submergée de voitures, de camions et de scooters. L’air y était tout bonnement irrespirable.

 

A l’échelle de l’ensemble de la capitale, Airparif est plus nuancé. L’organisme qui mesure la qualité de l’air à Paris reconnaît (ici) toutefois que certains jours, sous l’effet conjugué d’un temps stable et du trafic routier soutenu causé par les grèves, le seuil de vigilance a bel et bien été atteint. Et alerte les automobilistes coincés dans les embouteillages: ce sont eux les principales victimes de la pollution.

 

Selon les calculs d’un ingénieur spécialisé, repris dans «Le Figaro» ce matin, cette grève dans les transports en commun, par le recours accru à l’automobile qu’elle a généré, a été une véritable catastrophe pour l’environnement et pour la lutte contre le réchauffement climatique. En quelque dix jours, elle a entraîné la production supplémentaire de 160000 tonnes d’équivalent CO2, soit en temps normal la quantité de gaz à effet de serre rejetée par 20000 Français pendant un an.

21/11/2007

Une conséquence

3ebebb6b51a46314107e18e497643d6c.jpgLa grève des transports en commun modifie la physionomie de la ville, au moins à trois égards.

 

L’impact le plus spectaculaire est évidemment le nombre de cyclistes qu’on croise dans les rues – sur les trottoirs aussi: grande mode à Paris, les piétons n’ont qu’à se pousser. Depuis que les bus et les métros sont à l’arrêt, Vélib tourne au rythme de 150000 locations par jour.

 

Plus subtil: si on observe bien, on peut remarquer qu’il y a beaucoup plus de piétons en rue. C’est particulièrement frappant le soir, à la sortie des bureaux. Ces nouveaux venus ne ressemblent en rien aux usagers habituels des trottoirs à ces heures-là: Parisiens rentrant chez eux chargés de la baguette et des courses pour le dîner, fêtards flânant les mains dans les poches à la recherche d’une terrasse pour l’apéro, touristes le nez en l’air et le guide à la main, etc. Ces néo-Parisiens se distinguent par leur marche à l’allure soutenue, par leur look d’employé de bureau et par leur regard fixe et concentré, comme s’ils étaient bien résolus à ne pas se laisser distraire par les quartiers traversés mais étaient rivés à un seul objectif: le retour à la maison. Ces néo-piétons parisiens sont des usagers de la RATP forcés de rentrer à pied faute de métros. On les croise beaucoup notamment dans les rues longeant les itinéraires des lignes les plus syndiquées et donc perturbées – sur les grands boulevards par exemple, le long de la ligne 8.

 

Mais il y a une conséquence plus sournoise et préoccupante des grèves. L’absence de transports en commun a transformé Paris en un énorme embouteillage permanent, ce qui a fait exploser l’insécurité routière. Selon la préfecture de police, depuis le début du mouvement social, le nombre d’accidents de la route survenus dans la capitale s’est envolé de plus de 70%. Désormais, les jours de semaine, on dénombre plus de 40 accidents corporels par jour dans Paris, contre 25 habituellement. Et ce sont évidemment les deux-roues et les piétons qui en sont les premières victimes.  

20/11/2007

Une «gesticulation»?

Parlons d’autre chose que de la grève, cela nous changera. Et, tiens, évoquons un autre sujet polémique: les célébrités qui s’engagent en politique.

 

On les croise un peu partout, ces derniers temps. Renaud chante pour la libération de l’otage franco-colombienne Ingrid Betancourt. Jane Birkin soutien les défenseurs des droits de l’homme en Birmanie. Guy Bedos est un activiste de longue date de la Ligue des droits de l’homme. Josiane Balasko a l’air de passer sa vie aux côtés des sans-papiers. Et, rue de la Banque à Paris, dans les campements de mal-logés, on a beaucoup vu, ces derniers jours, des actrices comme Romane Bohringer, Carole Bouquet ou Emmanuelle Béart.

 

Cette dernière comédienne hier soir, tant au 20 heures de la 2 que dans les colonnes du «Monde», fustigeait avec énergie à la fois «les Thénardier du monde moderne», ces marchands de sommeil qui exploitent les plus pauvres en leur louant des taudis à prix d’or, et les pouvoirs publics, qui, en envoyant les CRS déloger ces campements de mal-logés, jouent «les Tartuffe d’aujourd’hui: Cachez cette misère que nous ne saurions voir».

 

Au JT, elle se voyait demander si, avant de s’engager dans ces combats politiques, elle réfléchissait ou non à leur impact sur son image. La comédienne paraissait tomber des nues. Et démentait, à la fois agacée et interloquée. C’était le moment le plus significatif de son interview.

 

En effet, le procès implicite que lui faisait David Pujadas est bien dans l’air du temps. Ainsi, hier également «Le Monde» a raillé Carole Bouquet et Emmanuelle Béart, «grandes bourgeoises d’autrefois allant rendre visite à leurs pauvres». Un peu plus tôt, la ministre du Logement, Christine Boutin, a jugé que «la tragédie des mal-logés mérite mieux que des gesticulations (…) sous les caméras du JT de 20 heures». Sous-entendu: mérite mieux que les protestations de personnalités richissimes qui viennent épisodiquement se faire de la pub à bon compte sur des dossiers de pauvres dont elles ne connaissent strictement rien.

 

Ce à quoi Carole Bouquet répondait vertement, l’autre jour: «La situation des mal logés est non seulement inhumaine mais absurde et indigne de notre pays. Il n’y a pas besoin d’être une spécialiste du logement et des finances publiques pour le comprendre. (…) Ne pas être dans la difficulté ne m’empêche pas d’être solidaire et d’avoir envie d’agir pour les autres. Je refuse autant la société du «Profite et tais-toi» et celle du «Sois pauvre et tais-toi».

 

L’hiver ne faisant que commencer – à peine à la mi-novembre et déjà quatre SDF morts de froid, tout de même, dans ce beau pays  –, on n’a vraisemblablement pas fini d’en parler.

19/11/2007

Un silence

1a78286bf99348bad8f15b2f5ee6bf66.jpgSixième jour de grève. Et, comme chaque jour, une avalanche de commentaires. Il y en a un, en revanche, qu’on n’entend plus guère. Un qui n’a plus pris la parole depuis six jours. Un dont le silence devient vraiment assourdissant. On veut évidemment parler de Nicolas Sarkozy.

 

Le Président est toujours à la manœuvre, assurent ses conseillers. Il suit l’évolution de la situation heure par heure, répètent en boucle ses ministres. N’empêche, il se tait. Et n’apparaît plus à la télé. C’est la première fois depuis son élection à l’Elysée, il y a six mois, que Nicolas Sarkozy ne s’est plus exprimé et n’a plus été vu à la télé pendant une aussi longue période – puisque même pendant ses vacances sur son yacht ou aux Etats-Unis, cet été, on n’avait vu que lui.

 

C’est un dégât collatéral du changement de statut du Président qu’il incarne. Après six jours de grève, des centaines de millions d’euros d’addition sociale et des millions de voyageurs dans le pétrin, n’importe quel chef d’Etat français avant Nicolas Sarkozy n’aurait plus tardé à intervenir publiquement, à prononcer quelques paroles fortes et solennelles, à appeler le pays à la raison et à la conciliation, etc. Mais ce qui aurait fonctionné pour un Président se positionnant au dessus de la mêlée, jouant les arbitres impartiaux, laissant son Premier ministre aller au front, ne marche plus pour un Président qui, en s’impliquant lui-même et à ce point dans la réforme contestée, fait désormais figure de protagoniste principal du conflit en cours. Un Président dont la parole, jugée ultra-partiale, n’est, du coup, plus d’un grand secours pour sortir le pays de la crise.

 

Il sera intéressant de voir comment les Français jugeront  le silence sarkozien de ces derniers jours. Sauront-ils gré au Président de s’être tu et donc de n’avoir pas pris le risque d’être jugé comme jetant de l’huile sur le feu? Ou, au contraire, s’agaceront-ils du paradoxe de la situation d’un chef d’Etat omniprésent médiatiquement quand tout va bien, mais spectaculairement absent quand dans le pays, les choses commencent à tourner mal?

 

16/11/2007

Une consolation?

Troisième jour de grève. Aujourd’hui, cela circule un petit peu mieux que les deux jours précédents dans les transports parisiens, mais cela reste tout de même très très  galère. Les grandes grèves comme celles-ci ont beau être globalement mauvaises pour l’économie d’un pays, certains secteurs en tirent profit. Petit passage en revue, non exhaustif, de ces professions favorisées:

 

-les vendeurs et loueurs de vélos, on l’a déjà dit ici;

-les marchands de rollers, de trottinettes, de scooters, et en gros de tout ce qui permet de se déplacer quand les transports publics ne sont plus fiables;

-les commerces vendant l’attirail du parfait manifestant: fumigènes, pétards, mégaphones, etc.

-les hôtels des centres urbains, surtout dans le créneau bas et milieu de gamme. Certes, à la veille du mouvement, ils ont eu pas mal d’annulations de réservations de la part de touristes inquiets à l’idée de ne pas arriver à bon port ou de galérer pendant leur séjour. Mais, les soirs de grève, ils bénéficient souvent du passage de tous les banlieusards ne pouvant rentrer chez eux faute de trains;

-les cyber-commerçants: les portails payants qui mettent en relations les conducteurs automobiles et les passagers occasionnels pour du covoiturage, par exemple. Ou les sociétés du genre «Direct Nounou» ou «Baby-Sitter.Com», qui facturent au prix d’or les gardes d’enfants imposées par les heures tardives de retour du boulot. Ou même, paraît-il, les supermarchés ou grands magasins en ligne: les gens rentrent tellement épuisés de ces journées à rallonge qu’ils privilégient le shopping sur internet, qui leur évite aussi de devoir, à peine rentré du boulot, se retaper des embouteillages pour aller au centre commercial;

-les opérateurs de téléphonie mobile: les voyageurs en galère sont pendus à leur portable, notamment pour prévenir leurs proches de leur retard. Du coup, les forfaits et les factures explosent;

-les médias: que ce soit dans les journaux, à la radio, à la télé ou sur les sites web d'information, les gens cherchent à s’informer, donc les audiences des médias augmentent, dès lors leurs tarifs publicitaires aussi;

-les stations service, les grands groupes pétroliers et leurs actionnaires: moins de transports en commun, cela fait plus de trafic routier, plus d’embouteillages et du coup plus de carburant vendu et consommé;

-etc.

Ces jours de galère générale ne le sont donc pas pour tout le monde.

15/11/2007

Un théâtre

8b22ce5353b46e90595921ad3b589792.jpgDeuxième jour de grève. Les Français sont un peu comme ce clown que l’on voit beaucoup peinturluré sur les murs de Paris en ce moment, et qui a l’air de s’ennuyer à mourir devant un mauvais spectacle: ils attendent. Que la tension retombe. Que les protagonistes du conflit veuillent bien s’asseoir à la table de négociation. Que les transports publics ne soient plus perturbés et donc que leur vie normale reprenne son cours.

 

De toutes parts, on murmure, on entend, on lit et on voit  que les choses ne sont pas si mal parties, qu’elles pourraient bientôt rentrer dans l’ordre, que dans les coulisses l’on s’active et qu’en haut lieu, on n’est pas trop pessimistes sur une prochaine sortie de crise. Mais alors, tant qu'à faire, pourquoi celle-ci n’est-elle pas déjà intervenue? Parce que, avant toutes choses, il faut y mettre les formes. Respecter les grandes règles de la dramaturgie. Permettre à chaque protagoniste de tirer sa révérence sans avoir perdu la face.

 

La politique, c’est comme à la télé. On ne clôture pas un feuilleton palpitant d’un coup sec, en un seul épisode, sans quelques ultimes rebondissements. Les scénaristes s’arrangent même pour donner la possibilité à chacun des principaux personnages de prendre congé poliment du téléspectateur. La politique, c’est comme au sport. Un match de boxe au sommet, annoncé comme sanglant et attendu depuis longtemps, ne peut s’achever comme cela, au premier round. Les spectateurs en seraient frustrés, voire soupçonneux: l’un des deux boxeurs aurait-il été payé pour se coucher devant son adversaire?

 

Il faudra donc sans doute encore un peu de temps avant que syndicalistes et gouvernement enterrent, fût-ce temporairement, la hache de guerre. Un conflit social annoncé comme majeur depuis des semaines ne peut s’arrêter comme cela, après 24 heures. Les gens pourraient penser que les grands cris qui l’ont précédé n’étaient que rodomontades, postures, faux-semblants, jeux de rôle.

 

La vie politique, comme la vie tout court, c’est un théâtre. On se le redisait ce matin, en apprenant cette info à propos de Nicolas Sarkozy. Comme les plus grands acteurs, le Président s’est désormais adjoint les services… d’une maquilleuse professionnelle. Cette femme le suit en permanence dans tous ses déplacements. Elle s’occupe de son visage à longueur de journées. Atténue les poches. Dissimule les cernes. Camoufle les rides. Matifie. Gomme. Apaise. Hydrate. Détend. Colore. Fait tout pour que le visage présidentiel n’apparaisse jamais tendu, gris ou blafard. Pour qu'il soit toujours télégéniquement impeccable.

 

14/11/2007

Un nom, ou l'autre

9e8431ec5e62a322623c9afcb17768d8.jpgEn temps normal déjà, les jours où tout fonctionne dans la ville, les stations de métro du quartier ont des noms délicieux. Mais les jours de grève générale des transports publics, comme aujourd’hui, leurs noms deviennent carrément merveilleux. Ils se transforment en discrets et délicats hommages à tous ces anonymes de la grande ville condamnés à galérer.

 

Il y a «Saint-Sébastien» bien sûr, pour tous les martyrs parisiens des transports en commun. Il y a aussi «Filles du Calvaire», pour les Parisiennes qui n’en peuvent plus. Il y a encore «Chemin vert» (de rage), pour les uns comme pour les autres.

 

Notez qu’à deux pas, cela marche déjà beaucoup moins bien. Ainsi, les stations «Bastille» et «République» ont des noms bien trop lourdement connotés. Ces grandes grèves ont beau constituer des moments politiques importants de l’histoire contemporaine, elle ne s’apparentent tout de même pas à la Révolution de 1789 ni ne menacent – enfin, nous semble-t-il – le sacro-saint pacte républicain.

 

A l’autre bout de Paris, cela ne marche carrément plus du tout. «Invalides» est un nom de station de métro nettement exagéré: les jours de grève, les Parisiens, grâce à leurs pieds, au Vélib et aux rollers, conservent tout de même un semblant de mobilité. «Volontaires» est à côté de la plaque. «Gaieté», les jours de grève, est déplacé. «Liberté» est beaucoup trop polémique: on devrait à nouveau se farcir ces débats enflammés entre partisans de la liberté de faire grève et tenants de la liberté de travailler. «Place des Fêtes» est trop décalé pour une journée de grimaces et de soupirs. «Bonne nouvelle», tout le monde en conviendra, est insultant.

 

Non, décidément, il n’y a que dans cette partie du onzième en bordure du troisième arrondissement que cette magie des noms des stations de métro fonctionne, les jours de grève. Raison de plus pour rester dans notre quartier parisien préféré. Cela tombe bien: on serait malheureux comme une pierre, si on devait un jour le quitter.

 

 

PS: Remarque entendue ce matin chez le marchand de journaux, dans la bouche d'une vieille dame adorable – rides splendides, éclat de rire lumineux – , à propos d'une autre station de métro située pas loin, «Richard Lenoir», qui était fermée depuis des mois pour des travaux de rénovation: «Il paraît qu'ils la rouvrent aujourd'hui! C'est magnifique, non? Juste le jour où aucun métro ne circule!» 

13/11/2007

Une ruée

Pas de bus, à peine un métro sur dix et des RER fantomatiques: cela va vraiment être la galère demain dans les rues de la capitale, pour les usagers des transports en commun. Du coup, les Parisiens et les banlieusards s’organisent: ces derniers jours, ils se sont rués sur les vélos.

 

La preuve? D’habitude, devant la devanture de «Bicloune», le magasin à deux pas du bureau, boulevard Beaumarchais, des dizaines de bicyclettes sont exposées. Mais ce midi, il n’y en avait plus qu’une poignée. Et le jeu de l’offre et de la demande a manifestement déjà fait flamber les prix. Comptez 485€ pour un vélo de base, hollandais certes mais tout de même ordinaire.

 

Chez «Go Sport », place de la République, c’est un peu moins cher et il y a un peu plus de choix. En revanche, le Parisien cycliste moyen désireux d’acheter un brassard, un gilet, une sonnette ou une béquille téléscopique rentrera chez lui bredouille. En effet, le rayon des accessoires pour vélo, dévalisé ces derniers jours, est désormais quasi vide.

 

Quant aux petits vendeurs du rayon vélo et aux ouvriers de l’atelier de réparation, ils sont à cran et cernés, visiblement épuisés. «Travailler plus»: eux en tout cas, ces derniers jours, ont amplement appliqué le slogan emblématique de Nicolas Sarkozy. Ils en seront certainement récompensés.

12/11/2007

Une fête, ou presque

86305fbc69701cf599c133bae1c51bf5.jpgCela en agacera certains; cela en réjouira d’autres. Mais c’est tout Paris cela, et nul n’y échappera. Résolument imperméable à toute autre actualité, et notamment au climat de tension sociale qui s’appesantit sur le pays, la vie parisienne continue, imperturbable, de s’écouler même et y compris dans ses aspects les plus futiles  – dans le registre «Paris est une fête».

 

Ainsi dans la capitale ces derniers jours, alors qu’on n’est même pas à la mi-novembre, ont fait leur apparition… les premières grandes décorations de Noël.

 

Avant le BHV, avant le Bon Marché, avant le Printemps, les Galeries Lafayette ont été le premier grand magasin parisien à donner le coup d’envoi à la période des fêtes de fin d’année. Boulevard Haussmann, l’énorme temple du commerce, dont les façades sont illuminées de milliers d’ampoules électriques de toutes les couleurs, clignote désormais comme une gigantesque guirlande de sapin de Noël. Allure générale très kitsch garantie, mais effets tout de même assez grandioses – les nuées de touristes du quartier de l’Opéra, en tout cas, on l’a constaté ce week-end, semblent beaucoup apprécier et font la queue pour photographier cela.

bf33ded2a19656d41ff44739179a695a.jpgIl ne faudra donc plus attendre longtemps avant que l’hystérie annuelle du rituel des courses de fin d’année s’empare des grands magasins parisiens. Et surchauffe ceux-ci, au propre comme au figuré, au plus haut point. Cet hiver toutefois, le climat social morose pourrait quelque peu glacer l’enthousiasme des vendeurs.

En effet, selon une récente enquête consacrée à la consommation et au pouvoir d’achat réalisée par la Sofres auprès de 500 foyers, cette année, plus du quart des Français (26%) comptent dépenser moins pour leurs achats de Noël. Six Français sur dix consommeront dans les mêmes proportions qu’à la Noël 2006 et seule une infime minorité (12 %) prévoit de faire plus d’achats.

Sans surprise, les Français qui achèteront moins de cadeaux de Noël ces prochaines semaines seront avant tout  les précaires (33%). Mais, et c’est peut-être plus inquiétant pour le business – et pour le pouvoir? –, 27 % des Français considérés comme aisés assurent qu'eux aussi feront attention à leur porte-monnaie.

a8d33781806b3d0eb87b002427637a1f.jpgPS: Tiens, cela tombe bien: ce mardi, une étude du cabinet Deloitte chiffre précisément le budget moyen que les Français comptent consacrer cette année aux cadeaux de Noël: 313 € exactement. C'est moins qu'en 2006 (357 €), mais cela reste tout de même énorme. Le budget total des fêtes de Noël (incluant le coût du réveillon, etc.) dépasse carrément le demi-millier d'euros (548€).

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11/11/2007

Un chiffre

54%. C’est donc le nombre de Français qui, selon un sondage paru ce matin dans «Le Journal du Dimanche», se disent favorables, «en cas d’éclatement de la Belgique, au rattachement de la Wallonie, c'est-à-dire des provinces francophones, à la France». Quatre Français sur dix (41%) y sont opposés. Les «rattachistes» français sont un peu plus nombreux parmi les sympathisants de gauche (56%) que de droite (53%). Leur nombre est plus important (66%) dans les régions françaises frontalières de la Belgique: Nord-Pas de Calais, Ardenne et Meuse.

 

Invité par la radio France Info ce midi à commenter ce sondage, le ministre-président de la Région bruxelloise, Charles Picqué, avait tout de même l’air un peu gêné aux entournures. Il faut dire que le confrère lui avait carrément demandé s’il craignait «pour (sa) vie» – bigre: Bruxelles comme Rangoun ou Kaboul?- «et pour (sa) région»

 

Le socialiste bruxellois convenait que le résultat principal de ce sondage était «amical». Prudent, il estimait qu’en Histoire, on ne pouvait jamais préjuger de rien. Il rappelait toutefois que, dans ce cas de figure de l’éclatement de la Belgique et du rattachement de la Wallonie à la France, le petit million de Bruxellois francophones se trouveraient tout d’un coup bien esseulés – sans parler de ces Wallons rattachés à Paris qui perdraient du coup l’atout économique de la capitale européenne.

 

Peut-être Charles Picqué aurait-il pu ajouter que lors de toutes les élections tenues en Belgique ces dernières années, les rares listes électorales présentées dans une poignée de sous-régions de Wallonie par des partis prônant ouvertement le rattachement à la France n’ont recueilli qu’à peine… 1 ou 2 % des suffrages.

13:55 Publié dans Dans le vent | Lien permanent | Commentaires (7) | Tags : Belgique, Médias

09/11/2007

Un raté

d1c3f115b8925c9f04c9a0e9c2be258a.jpgC’est dans le grand quotidien milanais «Il sole-24 ore» que, via «Le Courrier International», l’on découvre cette perle. Le fameux et si populaire dispositif parisien de vélos en libre service «Vélib’» (de même que ses déclinaisons régionales: «Vélov» à Lyon, «Le Vélo» à Marseille, etc.) aurait pu voir le jour dans l’Hexagone … il y a près de 20 ans déjà! Si, à l’époque, les dirigeants français avaient fait preuve d’un peu plus de clairvoyance.

 

Si l’on en croit «Il Sole», en effet, en 1985 déjà, un ingénieur et génial inventeur italien du nom de Pedro Kanoff avait mis au point et déposé le brevet de ce dispositif, avec toutes ses spécificités actuelles (abonnement à prix modique, paiement par carte à puce, etc.). Et il l’a vainement proposé à la France.

 

Le 16 octobre 1989, précisément, il avait été reçu à sa demande à l’Elysée, dans l’espoir d’obtenir un soutien des autorités françaises au lancement de ce service à Paris et en province. Il avait été reçu poliment mais sans doute distraitement par Jacques Attali, qui était à l’époque un des plus proches conseillers du Président Mitterrand. L’entretien avait à peine duré un quart d’heure. A l’issue de celui-ci, le sherpa du chef de l’Etat avait décliné l’invitation. La lutte contre le réchauffement climatique, dû notamment à la pollution automobile, n’était pas encore un thème politique à la mode. Surtout, il ne fallait pas fâcher des lobbys puissants. «Nous ne sommes pas fous», aurait argumenté Jacques Attali: «Ce que vous proposez va contre l’industrie de l’automobile et du pétrole».

 

L’inventeur italien s’en était retourné bredouille et marri en Italie, où son invention n’avait, pas plus qu’en France, séduit les autorités. Ensuite, son brevet était tombé dans le domaine public. Ce qui a permis, vingt ans plus tard, au groupe français Decaux de l’exploiter pour pas un rond (mais en échange de juteuses contreparties financières de la part des municipalités concernées) et de le populariser un peu partout dans le monde…

08/11/2007

Un inventaire

Les médias français font ce qu’ils peuvent pour suivre le feuilleton de la Belgique politique qui se déglingue. Les innombrables subtilités institutionnelles de ce divorce annoncé sont déjà rébarbatives, on l’imagine, pour de nombreux Belges. Mais alors pour les Français, elles prennent un tour largement incompréhensible. Du coup, certains médias ici en viennent à prendre le parti de laisser tomber l’institutionnel pour privilégier le registre l’émotif.

 

Ainsi, ce matin, le quotidien «20 Minutes» (un gratuit certes, mais du coup un des plus gros tirages de la presse hexagonale), recense «60 raisons d’aimer la Belgique» (lire ici).

 

Cet inventaire à la Prévert est très inégal. Il est ennuyeux quand il s’étend sur les clichés habituels de la belgitude (Brel, Tintin, Eddy Merckx, les Diables Rouges, etc.) ou quand il joue au guide touristique pour Français à peine débarqués du Thalys à Bruxelles-Midi («les bars La Lunette, Le Cercueil et l'estaminet La Bécasse»). Il est réjouissant quand il rend légitimement hommage à quelques petites phrases cultes («Tu ne te permets juste rien du tout», de Benoît Poelvoorde dans le film «C'est arrivé près de chez vous») ou à des personnalités épatantes comme Arno ou Jean-Claude Van Damme. Il est carrément surréaliste quand, emporté par l’enthousiasme, il en vient à louer «l’odeur de la clope dans un vieux café de Bruxelles». Il est de bon goût quand il cite les modistes Olivier Theyskens, Kris Van Assche ou Martin Margiela. Branché, on le suppose, quand il encense «la discothèque «Culture Club» à Gand ». Emouvant quand il s’émeut du «soleil qui se couche à Ostende». Iconoclaste quand il prétend que les «croquettes de crevettes», on ne les déguste pas amoureusement mais on les «jette aux mouettes sur la digue de Newport» (sic).

 

Au total, en tout cas, tout cela, dévoré de grand matin dans le métro parisien, avait furieusement des saveurs de madeleines de Proust.

10:45 Publié dans Dans le vent | Lien permanent | Commentaires (10) | Tags : Belgique, Médias

07/11/2007

Une télé

814cff5cdc7c5515769f0eb7168a5252.jpgFrançoise de Panafieu peut se faire du souci. Et triplement. D’abord, la députée UMP, qui ambitionne de détrôner le maire de Paris, Bertrand Delanoë, aux élections municipales de mars prochain, est très en retard derrière lui dans les sondages. Ensuite, elle peine visiblement à constituer une équipe autour d’elle: l’annonce de la composition de ses listes électorales, qui était prévue ce matin, vient à nouveau d’être repoussée. Enfin, sa communication est en dessous de tout.

 

On trouve une lumineuse illustration de ce dernier point en jetant un coup d’œil sur «Panaf TV» (prononcer évidemment à l’américaine: «Panaf Tiviii»), la télé (sur le net) de la candidate. Cette dernière née du PAF, en ce moment dans la capitale, soit fait hurler de rire les gens (de gauche), soit (pour les gens de droite) les plonge dans un état d’effarement consterné (de consternation effarée, cela marche aussi).

 

Il y a de quoi. Cela commence mal dès la vidéo de lancement de la chaîne. La candidate a un débit trop lent, son arrière plan de fenêtre est totalement inintéressant, son dodelinement permanent de la tête est on ne peut plus agaçant, son manque de fraîcheur et d’enthousiasme est évident. Le clip consacré à un meeting récent de Panafieu dans le 17ème arrondissement est à l’avenant: la candidate est filmée de beaucoup trop loin, elle a l’air plongée dans l’obscurité et son auditoire semble assommé d’ennui. Bref, le téléspectateur normalement constitué tient maximum 45 secondes, puis zappe irrémédiablement. La vidéo de témoignage d’habitants du 18ème est (un peu) mieux, mais ponctuée tout de même d’enchaînements de séquences graphiquement et musicalement très datés, pour ne pas dire carrément ringards. Reste à se mettre sous la dent, pour le spectateur de «Panaf TV» particulièrement motivé, une déclaration de soutien de la secrétaire d’Etat à l’Ecologie Nathalie Kosciusko-Morizet (voilà qui va certainement motiver des centaines de milliers d’électeurs parisiens) et une invitation à une réunion de quartier qui se tient jeudi - là aussi, un monument d’horreur audiovisuelle (mur beigeasse atroce en arrière-plan, gestuelle beaucoup trop appuyée, ton soporifique, etc.)

 

Pas sûr, dès lors, que cette nouvelle «Panaf TV» va exploser l’audimat. Pas sûr non plus cette chaîne de télé va, comme c’était son objectif initial, booster la popularité et la notoriété de la candidate UMP à la mairie. Elle risque, au contraire, de miner sa crédibilité.

 

Notez que, ce que les électeurs parisiens demandent sans doute à Françoise de Panafieu, c’est de savoir gérer une ville, pas de savoir faire de la télé. Peut-être faudrait-il le rappeler à l’intéressée.

06/11/2007

Une panne

25b8d7c2f980096b1695ecf48414271b.jpgC’est le bon mot qui court dans le tout-Paris, en ce moment: si un de ces jours vous croisez un automobiliste en panne en train de faire du stop, venez lui en aide car il ne peut s'agir que d'un ministre du gouvernement Fillon, et en l’occurrence… de son ministre d’Etat et super ministre de l’Ecologie, l’ineffable Jean Louis-Borloo en personne. Ces jours-ci, en effet, le numéro 2 du gouvernement passerait ses journées à pester contre les problèmes mécaniques.

 

Depuis le succès de son «Grenelle de l’Environnement», l’autre jour, il s’était promis de mettre ses gestes quotidiens en accord avec ses grands discours écolos et donc de ne plus circuler qu’en voiture électrique. Jean-Louis Borloo s’était dès lors acheté une Cleanova. Une quoi? Une Cleanova. C’est une voiture électrique produite par le groupe français Dassault: une sorte de Kangoo rechargeable (200 kilomètres d’autonomie en ville, tout de même).

 

Mais voilà, manifestement le ministre est tombé sur un mauvais numéro. Plusieurs fois, ces dix derniers jours, il est resté en rade après que sa Cleanova soit tombée en panne. Ce qui, paraît-il, l’a mis dans une sainte colère et l’a forcé à piteusement appeler à la rescousse les grosses et si polluantes berlines à essence de son cabinet.

 

Jean-Louis Borloo devrait peut-être prendre contact avec Bertrand Delanoë. Le maire de Paris, en effet, circule depuis des années, et sans trop de problèmes apparemment, en voiture électrique. En attendant, chez Dassault on ne doit pas avoir le moral: après l’échec industriel spectaculaire de l’avion «Rafale» – que Nicolas Sarkozy essaie vainement de refourguer à ses hôtes à chacun de ses voyages de commerce – les bugs de la Cleanova, il ne manquait plus que cela.