30.11.2007
Un flop
Ce vendredi devait donc être en France la «Journée nationale sans Sarkozy dans les médias». Une association d’activistes de gauche, le «Rassemblement pour la démocratie à la télévision» avait appelé à ce que «pas une image, pas un son, pas une ligne sur les faits et gestes de Nicolas Sarkozy (ne sorte) ce jour-là dans les rédactions! Ni éloge, ni critique, ni commentaires! Rien de rien, s’il vous plaît, qu’un inhabituel et démocratique silence».
Ce rassemblement, on l’a compris, milite contre «la sarkozite médiatique», traduisez l’omniprésence du chef de l’Etat dans les médias, assimilée à de la «dictature médiatique». Son appel a été soutenu par plusieurs personnalités de gauche comme Jean-Pierre Chevènement, Laurent Fabius, Alain Krivine, Noël Mamère ou Jean-François Kahn.
L'initiative n’en a pas moins fait un flop: les médias français aujourd’hui, comme hier et comme demain, parlent énormément de Nicolas Sarkozy. Peut-être cet échec est-il dû au fait que le problème est un peu mal posé.
Certes, la couverture médiatique de Nicolas Sarkozy est problématique d’un point de vue quantitatif. Ainsi, le fait que le temps de parole du Président dans les médias audiovisuels ne soit pas comptabilisé par les organes de régulation a de quoi interpeller. Cela a toujours été la règle en France? Car le Président est supposé s’exprimer non pas au nom d’un parti ou d’un gouvernement, mais au nom du pays? Oui, mais comme l’éditorialisait justement «Le Monde» l’autre jour, «ce qui valait pour François Mitterrand ou Jacques Chirac, délibérément économes de leur parole pour mieux apparaître au-dessus de la mêlée, n’a plus grand sens avec un Président (comme Nicolas Sarkozy) qui, chaque jour, entend aller au charbon, se porter en première ligne, et gouverner comme il ne cesse de le proclamer».
Il n’empêche, le problème posé par la couverture médiatique française de l’actualité sarkozyste nous paraît au moins autant qualitatif que quantitatif. C’est (hormis l’une ou l’autre rare exception) ce terrible manque de distance, cette espèce de complaisance généralisée, ou en tout cas cette absence d’irrévérence des médias français à l’égard du Prince.
Il serait déjà beaucoup moins gênant qu’un Président, qui plus est hyperactif, soit omniprésent dans les médias si ceux-ci se permettaient plus souvent d’éclairer les stratégies de marketing politique de l’intéressé. S’ils osaient décrypter à l’attention du grand public ce qui, d'une actualité venant de Nicolas Sarkozy, constitue effectivement une information ou ne relève que d'une politique de communication. Bref, si les médias faisaient leur boulot. Mais, c’est vrai, cela demande plus de temps, plus d’efforts et peut-être un peu plus de cran que de simplement jouer les scribes ou les porte-micros.
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29.11.2007
Une idiotie, ou l'autre
Les petites phrases stupides d’hommes politiques se succèdent avec une telle rapidité en ce moment que, si cela continue, on n’aurait pas de mal à alimenter dans ce blog une rubrique hebdomadaire de bonnet d’âne. Pour preuve, les derniers exemples les plus nauséabonds.
-Brice Hortefeux, ministre UMP de l’Identité nationale et de l’Immigration, répondant dimanche soir à un journaliste télé qui lui demandait s’il y aurait «toujours des sans-papiers sur le territoire français»: «Ben, si vous rêvez d’une société idéale dans laquelle il n’y aurait que des citoyens honnêtes, propres… ». Depuis le mémorable «le bruit et l’odeur des étrangers» de Jacques Chirac en 1991, aucun dirigeant français n’avait ainsi osé faire allusion à la propreté des étrangers. En outre, en tant qu’étranger muni de papiers en règle, on se permet de rappeler à ce ministre qu’être sans-papiers, donc être clandestin, c’est être dans l’illégalité. Point. Ce n’est pas forcément être malhonnête. En revanche, des tas d’étrangers sans-papiers vivant en France sont indéniablement victimes de malhonnêtes eux 100% français: employeurs, marchands de sommeil ou même agents de l'Etat - comme l’ont montré les scandales de corruption ayant éclaboussé, il n’y a pas si longtemps, la préfecture de police de Paris.
-Henri Emmanuelli, député socialiste, évoquant hier soir les émeutes: les forces de l’ordre déployées en banlieue donnent «l’impression d’une police d’occupation». D’abord, déploie-t-on jamais assez de moyens quand il s’agit d’empêcher que des écoles et des bibliothèques publiques brûlent, ce qui est tout de même le sommet de la stupidité politique? Ensuite, comment peut-on encore utiliser impunément en France l’expression «occupation», si lourdement connotée historiquement?
-Mohammed Cherif Abbès, ministre algérien, dans «Le Figaro» hier, à quelques jours du voyage officiel en Algérie du chef de l’Etat, a ironisé sur «les origines du Président» et les «véritables architectes de l’arrivée de Sarkozy au pouvoir: le lobby juif». Dans le passé, l’obsession pour les «lobbys» (lobby juif, lobby franc-maçon, lobby gay, etc.) a toujours été l’apanage des pires dictatures. A présent, seule l’extrême-droite utilise cette thématique. Ce ministre étant toujours en place et n’ayant, aux dernières nouvelles, pas été sanctionné, Nicolas Sarkozy peut-il encore décemment se rendre dans ce pays?
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28.11.2007
Un grand classique
La nuit a donc été plutôt calme en banlieue. Les innombrables appels à la raison lancés par les familles des victimes et les élus locaux commenceraient-ils à porter leur fruit? A moins que les fauteurs de troubles n’aient été impressionnés par la promptitude de la réaction judiciaire ? Hier, quatre casseurs ont été condamnés à des peines de prison ferme allant jusqu’à dix mois de réclusion et quatre autres ont été placés en détention provisoire. Peut-être est-ce aussi l’impact du désormais très impressionnant dispositif policier: pas facile de continuer à faire le malin quand un millier de policiers et de CRS sont déployés (y compris le groupe d’élite du Raid, avec leurs fusils à lunettes de visée nocturne) et que les hélicos tournoient pendant toute la nuit dans le ciel.
En même temps, un autre facteur a peut-être aussi contribué au maintien hier soir d’un calme relatif dans le Val d’Oise. C’est un grand classique. Les forces de l’ordre connaissent bien ce facteur, et depuis très longtemps. Ce vieux principe ne vaut pas seulement pour la France, mais s’applique aux autres pays également. Il peut paraître à première vue complètement débile. Mais, lors notamment de la grande crise des banlieues d’il y a deux ans, il s’est appliqué avec une rigueur et une régularité impressionnantes.
Quoi cela? Dans une crise entraînant des mouvements de foules et des manifestations de rue, l’ampleur des troubles est généralement proportionnelle… à la clémence de la météo et à l’intérêt des programmes de télé. En clair, il n’y aura jamais autant de trublions dans les rues que les soirs où le climat est doux et où il n’y a rien à la télé. Or hier soir, il y avait un grand match foot. Et la température a brutalement chuté en grande couronne parisienne en début de nuit, pour plonger à l’aube jusqu’à -2 degrés. Deux conditions donc étaient réunies pour préférer rester chez soi.
Et ce soir? D’un côté, d’après la météo, il va faire un peu moins froid qu’hier soir. Plutôt donc de quoi donner envie de sortir. Mais de l’autre côté, il y a l’OM et «Les Experts » à la télé. Pas trop facile, dès lors, sur base de ce seul critère, de faire des pronostics. Ce serait trop beau, pour les journalistes notamment, si on pouvait aussi aisément prévoir l’actualité.
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27.11.2007
Une sobriété
Deuxième nuit consécutive d’échauffourées en banlieue parisienne, hier soir. Le climat aux abords de Paris est tendu donc, sans tout de même parler, comme un syndicat policier hier, de «climat insurrectionnel».
Dans ces périodes, chaque mot prononcé d’en haut est important car susceptible ou non d’envenimer les choses. Nicolas Sarkozy est bien placé pour le savoir, sans même reparler du mémorable épisode de la racaille et du nettoyeur à haute pression.
Il y a deux ans, au début des émeutes de Clichy, dans le feu de l’action, l’alors ministre de l’Intérieur avait un peu vite déclaré publiquement que les gamins morts électrocutés dans le transformateur EDF avaient préalablement été surpris par les policiers en train de commettre un cambriolage. L’enquête avait totalement et catégoriquement démenti ce point: ces mômes n’avaient strictement rien à se reprocher. Ses propos diffamatoires, à l’époque, n’avaient pas peu contribué à exciter les cités (*).
Deux ans plus tard, en revanche, dans un contexte émeutier similaire, le même Nicolas Sarkozy, depuis élu Président, est devenu bien plus prudent. Interrogé lundi sur le drame de Villiers-le-Bel et sur ses suites explosives, le chef de l’Etat s’est contenté d’appeler tout le monde à revenir au calme et à laisser la justice faire son travail.
Cette sobriété était tout à son honneur.
(*) Tiens, au fond, on n’a pas le souvenir que des journalistes français aient, depuis, jamais pensé demander à Nicolas Sarkozy s’il regrettait ses déclarations à l’emporte-pièce. Ou s’il s’en était excusé auprès des familles des victimes qu’il avait injustement salies.
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26.11.2007
Une illumination, ou l'autre
Une nuit chasse l’autre. Hier soir en banlieue parisienne, à la suite d’un dramatique accident de la route ayant coûté la vie à deux gamins d’une cité du Val d’Oise, la nuit a été illuminée par les incendies de voitures, les saccages de lieux publics et les gyrophares des CRS. A l’écoute des témoignages à la radio ce matin, on se serait vraiment cru revenu deux ans en arrière, à l’époque de la flambée des banlieues. Le pire étant qu’en haut lieu, nul ne doute probablement qu’il ne suffirait que d’une étincelle pour que toute la région à nouveau s’embrase. Tant la situation de fond, en termes d’emploi, de logement, d’insertion ou de discrimination – bref de ségrégation, aurait-on dit en d’autres temps en d’autres pays – ne semble guère s’être améliorée en deux ans.
Sans transition, ce soir à Paris, est donné le coup d’envoi des illuminations de Noël. Pour mériter plus que jamais son surnom internationalement connu et reconnu de «Ville Lumière», la capitale cet hiver encore mettra le paquet, financièrement notamment. Dès cette nuit jusqu’à la mi-janvier, quelque 100 quartiers dans toute la ville seront illuminés de loupiotes clignotantes – des diodes électroluminescentes encore bien, peu consommatrices d’énergie paraît-il.
Rien que pour les Champs-Elysées, le budget de ces illuminations se monte à 850.000 euros, en hausse de 70% par rapport à l’année dernière et dont 240.000 euros sont financés par la mairie. Pour ce prix, «la plus belle avenue du monde» aura droit à «un effet de neige qui tombe et des parures de cristaux façon Swaroski», une rangée d’arbres «filante, donnant l’impression d’une pluie de stalactites» et une seconde rangée «qui s’allumera à la nuit tombée et clignotera toute la nuit comme des flashs».
Ce sera assurément magnifique. Cela resplendira tellement et si merveilleusement que l’on pourra admirer cela de loin et de partout, y compris depuis la banlieue de Paris.
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23.11.2007
Un immobilisme
Lancement aujourd’hui de la grande campagne annuelle de collecte de nourriture au bénéfice des Banques alimentaires. Et lancement aussi, après le «Grenelle de l’Environnement», du «Grenelle de l’Insertion»: six mois de grands débats et de tables rondes pour «améliorer la performance globale des politiques d’insertion».
Il y a du pain sur la planche, visiblement. Selon un sondage pour l’association Emmaüs publié hier, tout comme l’an dernier, à peu près un Français sur deux (47%) craint de devenir un jour sans abri. Trois Français sur quatre (75%) estiment que, par rapport à l’hiver dernier, la situation des SDF dans le pays ne s'est pas améliorée, voire s’est dégradée. C’est d’ailleurs aussi le sentiment des principaux intéressés: 60 % des SDF se jugent toujours autant dans la galère que l’an dernier.
L’an dernier justement, à la même époque, dans une opération qui avait été extrêmement médiatisée pendant des mois, l’association «Les Enfants de Don Quichotte» avait envahi le canal Saint-Martin avec des dizaines de tentes de camping pour SDF, afin de dénoncer notamment les carences dans le dispositif d’hébergement d’urgence. Un an plus tard, 70% des Français plébiscitent cette action.
Cette année, les SDF parisiens militants, à l’initiative cette fois de l’association «Salauds de pauvres», se sont installés dans le treizième arrondissement, sous le pont Charles de Gaulle, au pied de la gare d’Austerlitz. Il y a quelques jours, ils y ont installé un campement de tentes. L’une d’elle, surmontée d’un gros Père Noël, rappelle combien, selon le leader du campement, «on nous fait croire au Père Noël depuis tellement de temps».
Eloignés des quartiers bobos branchés, cantonnés dans ce no man’s land sinistre en bord de Seine où aucun Parisien ne s’aventure jamais, ces SDF ne vont pas gêner grand monde. Du coup, parions qu’on les entendra et qu'on les verra beaucoup moins dans les médias que l’hiver dernier.
PS: Cette estimation officielle, relayée par la télé hier soir: en ce moment rien qu'à Paris, «entre 200 et 400» personnes dormiraient chaque nuit dehors. A elle seule, la largeur de cette fourchette dit bien combien les autorités sont dépassées.
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22.11.2007
Un peu d'air
Un vent de reprise du travail et du trafic semble donc souffler sur les transports en commun. S’il se confirme, il faudra bien encore quelques jours avant que le métro, le RER et le bus circulent normalement dans la capitale. Il n’empêche, les Parisiens respirent, au propre comme au figuré.
En effet, pendant tous ces jours de grève et d’embouteillages, on aurait bien porté un masque à gaz ici. On se faisait encore la réflexion hier en fin de journée, en suffoquant sur une place de la République submergée de voitures, de camions et de scooters. L’air y était tout bonnement irrespirable.
A l’échelle de l’ensemble de la capitale, Airparif est plus nuancé. L’organisme qui mesure la qualité de l’air à Paris reconnaît (ici) toutefois que certains jours, sous l’effet conjugué d’un temps stable et du trafic routier soutenu causé par les grèves, le seuil de vigilance a bel et bien été atteint. Et alerte les automobilistes coincés dans les embouteillages: ce sont eux les principales victimes de la pollution.
Selon les calculs d’un ingénieur spécialisé, repris dans «Le Figaro» ce matin, cette grève dans les transports en commun, par le recours accru à l’automobile qu’elle a généré, a été une véritable catastrophe pour l’environnement et pour la lutte contre le réchauffement climatique. En quelque dix jours, elle a entraîné la production supplémentaire de 160000 tonnes d’équivalent CO2, soit en temps normal la quantité de gaz à effet de serre rejetée par 20000 Français pendant un an.
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21.11.2007
Une conséquence
La grève des transports en commun modifie la physionomie de la ville, au moins à trois égards.
L’impact le plus spectaculaire est évidemment le nombre de cyclistes qu’on croise dans les rues – sur les trottoirs aussi: grande mode à Paris, les piétons n’ont qu’à se pousser. Depuis que les bus et les métros sont à l’arrêt, Vélib tourne au rythme de 150000 locations par jour.
Plus subtil: si on observe bien, on peut remarquer qu’il y a beaucoup plus de piétons en rue. C’est particulièrement frappant le soir, à la sortie des bureaux. Ces nouveaux venus ne ressemblent en rien aux usagers habituels des trottoirs à ces heures-là: Parisiens rentrant chez eux chargés de la baguette et des courses pour le dîner, fêtards flânant les mains dans les poches à la recherche d’une terrasse pour l’apéro, touristes le nez en l’air et le guide à la main, etc. Ces néo-Parisiens se distinguent par leur marche à l’allure soutenue, par leur look d’employé de bureau et par leur regard fixe et concentré, comme s’ils étaient bien résolus à ne pas se laisser distraire par les quartiers traversés mais étaient rivés à un seul objectif: le retour à la maison. Ces néo-piétons parisiens sont des usagers de la RATP forcés de rentrer à pied faute de métros. On les croise beaucoup notamment dans les rues longeant les itinéraires des lignes les plus syndiquées et donc perturbées – sur les grands boulevards par exemple, le long de la ligne 8.
Mais il y a une conséquence plus sournoise et préoccupante des grèves. L’absence de transports en commun a transformé Paris en un énorme embouteillage permanent, ce qui a fait exploser l’insécurité routière. Selon la préfecture de police, depuis le début du mouvement social, le nombre d’accidents de la route survenus dans la capitale s’est envolé de plus de 70%. Désormais, les jours de semaine, on dénombre plus de 40 accidents corporels par jour dans Paris, contre 25 habituellement. Et ce sont évidemment les deux-roues et les piétons qui en sont les premières victimes.
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20.11.2007
Une «gesticulation»?
Parlons d’autre chose que de la grève, cela nous changera. Et, tiens, évoquons un autre sujet polémique: les célébrités qui s’engagent en politique.
On les croise un peu partout, ces derniers temps. Renaud chante pour la libération de l’otage franco-colombienne Ingrid Betancourt. Jane Birkin soutien les défenseurs des droits de l’homme en Birmanie. Guy Bedos est un activiste de longue date de la Ligue des droits de l’homme. Josiane Balasko a l’air de passer sa vie aux côtés des sans-papiers. Et, rue de la Banque à Paris, dans les campements de mal-logés, on a beaucoup vu, ces derniers jours, des actrices comme Romane Bohringer, Carole Bouquet ou Emmanuelle Béart.
Cette dernière comédienne hier soir, tant au 20 heures de la 2 que dans les colonnes du «Monde», fustigeait avec énergie à la fois «les Thénardier du monde moderne», ces marchands de sommeil qui exploitent les plus pauvres en leur louant des taudis à prix d’or, et les pouvoirs publics, qui, en envoyant les CRS déloger ces campements de mal-logés, jouent «les Tartuffe d’aujourd’hui: Cachez cette misère que nous ne saurions voir».
Au JT, elle se voyait demander si, avant de s’engager dans ces combats politiques, elle réfléchissait ou non à leur impact sur son image. La comédienne paraissait tomber des nues. Et démentait, à la fois agacée et interloquée. C’était le moment le plus significatif de son interview.
En effet, le procès implicite que lui faisait David Pujadas est bien dans l’air du temps. Ainsi, hier également «Le Monde» a raillé Carole Bouquet et Emmanuelle Béart, «grandes bourgeoises d’autrefois allant rendre visite à leurs pauvres». Un peu plus tôt, la ministre du Logement, Christine Boutin, a jugé que «la tragédie des mal-logés mérite mieux que des gesticulations (…) sous les caméras du JT de 20 heures». Sous-entendu: mérite mieux que les protestations de personnalités richissimes qui viennent épisodiquement se faire de la pub à bon compte sur des dossiers de pauvres dont elles ne connaissent strictement rien.
Ce à quoi Carole Bouquet répondait vertement, l’autre jour: «La situation des mal logés est non seulement inhumaine mais absurde et indigne de notre pays. Il n’y a pas besoin d’être une spécialiste du logement et des finances publiques pour le comprendre. (…) Ne pas être dans la difficulté ne m’empêche pas d’être solidaire et d’avoir envie d’agir pour les autres. Je refuse autant la société du «Profite et tais-toi» et celle du «Sois pauvre et tais-toi».
L’hiver ne faisant que commencer – à peine à la mi-novembre et déjà quatre SDF morts de froid, tout de même, dans ce beau pays –, on n’a vraisemblablement pas fini d’en parler.
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19.11.2007
Un silence
Sixième jour de grève. Et, comme chaque jour, une avalanche de commentaires. Il y en a un, en revanche, qu’on n’entend plus guère. Un qui n’a plus pris la parole depuis six jours. Un dont le silence devient vraiment assourdissant. On veut évidemment parler de Nicolas Sarkozy.
Le Président est toujours à la manœuvre, assurent ses conseillers. Il suit l’évolution de la situation heure par heure, répètent en boucle ses ministres. N’empêche, il se tait. Et n’apparaît plus à la télé. C’est la première fois depuis son élection à l’Elysée, il y a six mois, que Nicolas Sarkozy ne s’est plus exprimé et n’a plus été vu à la télé pendant une aussi longue période – puisque même pendant ses vacances sur son yacht ou aux Etats-Unis, cet été, on n’avait vu que lui.
C’est un dégât collatéral du changement de statut du Président qu’il incarne. Après six jours de grève, des centaines de millions d’euros d’addition sociale et des millions de voyageurs dans le pétrin, n’importe quel chef d’Etat français avant Nicolas Sarkozy n’aurait plus tardé à intervenir publiquement, à prononcer quelques paroles fortes et solennelles, à appeler le pays à la raison et à la conciliation, etc. Mais ce qui aurait fonctionné pour un Président se positionnant au dessus de la mêlée, jouant les arbitres impartiaux, laissant son Premier ministre aller au front, ne marche plus pour un Président qui, en s’impliquant lui-même et à ce point dans la réforme contestée, fait désormais figure de protagoniste principal du conflit en cours. Un Président dont la parole, jugée ultra-partiale, n’est, du coup, plus d’un grand secours pour sortir le pays de la crise.
Il sera intéressant de voir comment les Français jugeront le silence sarkozien de ces derniers jours. Sauront-ils gré au Président de s’être tu et donc de n’avoir pas pris le risque d’être jugé comme jetant de l’huile sur le feu? Ou, au contraire, s’agaceront-ils du paradoxe de la situation d’un chef d’Etat omniprésent médiatiquement quand tout va bien, mais spectaculairement absent quand dans le pays, les choses commencent à tourner mal?
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