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31/01/2008

Une sanction

b8516897b3c1a818a581d3d6f6e6ffc4.jpgLe dernier «Astérix» est sorti en salles hier – cela n’a pas pu vous échapper, puisqu’il est projeté sur pas moins de 6000 écrans dans toute l’Europe. L’accueil critique de ce film est assez moyen, en France en tout cas. Les producteurs, qui y ont investi un pactole  (78 millions d’euros), n’apprécient que modérément le peu d’enthousiasme des journalistes. Parfois, dès lors, ils leur infligent des réprimandes.

 

 

C’est ce qui est arrivé à la radio d’information continue «France Info». Dans son billet diffusé hier (ici), la chroniqueuse cinéma de cette station a révélé avoir été victime d’une mesure de rétorsion de la part des producteurs d’«Astérix». A l’antenne, cela donnait ceci: «Vous n’entendrez sur France Info aucune interview des comédiens de ce film, nos entretiens de presse ayant été annulés simplement parce que nous avons, sur cette antenne, évoqué la déception de certains téléspectateurs à l’issue d’une avant-première ainsi que nos propres réserves sur la qualité de ce film».

 

 

Cet incident peut être lu de deux manières. Côté pile, assez déprimant: on peut s’interroger sur la liberté de ton dont jouissent et/ou que s’autorisent les critiques de cinéma face aux pressions du lobby des producteurs et des distributeurs. Côté face, plus neuf: il est assez rare que les journalistes portent à la connaissance de l’opinion les pressions dont ils estiment être l’objet dans leur travail quotidien. Dès lors, le simple fait que cette sanction ait été évoquée explicitement dans une radio de grande écoute est assez réjouissant, de même que la diffusion en boucle de ladite chronique pendant toute la journée.

30/01/2008

Une curiosité

Une responsable de Robert Laffont l’admettait de bonne grâce, voire avec une certaine gourmandise, à la radio ce matin: les maisons d’édition sont en train de faire le siège du cabinet d’avocat défendant Jérôme Kerviel, le trader qui a fait sauter la Société Générale. Objectif de ces discrètes mais fiévreuses sollicitations? Conclure un contrat avec le jeune homme pour qu’il raconte son aventure dans un livre. Des producteurs seraient même intéressés par le rachat de ses droits, afin d’adapter son histoire au cinéma. La même chose arriva à Nick Leeson, le jeune trader installé à Singapour et dont les placements fous, en 1995, entraînèrent la faillite de la banque britannique Barings. Il vendit ses droits pour la bagatelle de 500 000 €. Et la radio de le préciser ce matin, en substance: «Depuis, d’ailleurs, Nick Leeson monnaie ses interventions dans les médias: c’est 1500€ l’interview».

 

Tiens, c’est curieux, s’est-on dit en entendant cela. On a lu, entendu et vu des interviews de ce Nick Leeson dans les médias français, depuis l’éclatement du scandale de la Générale. Mais jamais on ne nous a dit que ces interviews avaient été achetées. Ce n’est pourtant pas un détail anodin. Dans le paysage international de la déontologie médiatique, les journalistes français avaient déjà innové en acceptant de longue date que les personnalités interviewées relisent et corrigent leurs propos avant publication, ce que n’accepterait jamais, par exemple, un journaliste anglo-saxon. Si maintenant les médias français se mettent à monnayer ces mêmes interviews, on n’est pas sorti de l’auberge.

 

Autre curiosité journalistique dans cette affaire Kerviel, ce matin: les fuites sur la perquisition qui s’est déroulée vendredi dans l’appartement du jeune trader, à Neuilly-sur-Seine. Le grand public a eu droit à tous les détails. De la marque des cigares fumés par le jeune homme jusqu’à son livre de chevet ayant provoqué le plus de sarcasmes journalistiques: «un numéro de la revue Investir intitulé «Comment s’enrichir en 2008», voyez Messieurs-Dames comme c'est cocasse. En passant par la précision condescendante que son ameublement était «plutôt sommaire». Ou ce scoop: sur sa table de salle à manger, les enquêteurs ont trouvé… «une canette entamée». Pour peu, on nous aurait décrit par le menu le contenu du frigo de Jérôme Kerviel et la couleur des caleçons retrouvés dans sa garde robe.

 

Journalistiquement, quel est donc l’intérêt de ce genre d’informations? Que les médias dressant le portrait de Jérôme Kerviel, pour l’humaniser un peu et sortir du strict CV, y glissent que l’intéressé aime le judo et était sur Facebook, d'accord. Mais ici, on peine à trouver la valeur ajoutée de ces détails croustillants. En plus, cette confusion entre journalisme et voyeurisme, entre investigation et curiosité malsaine, enfreint allègrement le droit à l’intimité qui devrait bénéficier à toute personne et donc à tout accusé, a fortiori présumé innocent.

 

Ce déballage d’un goût douteux devient carrément minable lorsque les médias vont jusqu’à préciser que, dans la bibliothèque du trader, on a notamment retrouvé… «un exemplaire du Coran comprenant une version arabe et sa traduction en français». On imagine les frissons d’excitation qui ont dû parcourir les chaumières à la révélation de cette information: pensez-donc, Messieurs-Dames, on a retrouvé le livre saint de l'islam dans la bibliothèque du jeune «terroriste», comme l’avait décrit le PDG de la Générale, Daniel Bouton. Pénible. 

29/01/2008

Une galerie

8bf869caa5422fb5ac6d03a4a660ba55.jpgLes rues de Paris, à l’occasion, se transforment en véritable galerie d’art à ciel ouvert. On se l’est dit à plusieurs reprises ces derniers jours, en tombant un peu par hasard, dans notre onzième mais dans d'autres arrondissements aussi, sur des dessins qu’on aime plutôt bien, placardés un peu partout dehors. Dans une esthétique qui emprunte à la fois au manga, à la peinture expressionniste et au cinéma noir, ils transposent des scènes de la vie quotidienne dans un métro parisien peuplé des personnages du coup comme figés par les tumultes de la ville environnante.

 

On se demandait qui donc avait bien pu dessiner cela. Grâce à la signature de l’auteur figurant au bas du dessin, on a pu retrouver sa trace sur le net. Il s’agit de Yola, une artiste d’origine polonaise installée à Paris depuis six ans. Avec une autre artiste (Gersende Crepel), dont on voit beaucoup les petites créatures curieuses sur les murs de la capitale en ce moment, les deux jeunes femmes mènent des «actions d’encollage artistique» dans des quartiers comme le Marais, les Halles, les Abbesses, etc.

 

Ce faisant, elles revendiquent que les murs de la ville deviennent «une espèce d’espace accessible à tous, une poésie urbaine libre». Et d’expliquer la démarche: «Déambuler, coller des photos, des morceaux de papier ici et là sur des pans de murs qui s’offrent à nous», c’est créer «un art en liaison avec le quotidien, expression directe et sincère».

 

3bc4144c812d64425e61fda35a1901a4.jpg«Touche pas à mon image! Respecte la création!» A l’occasion, dans ce qui constitue un savoureux retournement de situation,  les deux jeunes femmes vont jusqu’à interpeller les passants qui dégradent leurs créations. Un vandalisme il est vrai aussi gratuit qu’idiot. Ces œuvres d’art, en effet, pour ce qu’on a pu en voir en tout cas, paraissent toujours collées très proprement et à des endroits qui ne peuvent que s’en trouver très embellis (murs aveugles, palissades sans intérêt, etc.). Le fait même qu’ils ne soient que collés leur confère d’ailleurs une certaine poésie. A l’inverse de ces grafs lourdement et plus durablement peinturlurés – et par ailleurs souvent moins intéressants voire un brin fatigants par leur narcissisme («Je suis passé ici, donc je signe»)  –, ces personnages de papier qui prennent vie sous nos yeux et peuplent les murs dans la ville n’y vivent que peu de temps, disparaissant sous les assauts conjugués de l’usure, des intempéries et de la concurrence d’autres créations les recouvrant. Ces éphémères Parisiens de papier n’en ont que plus de charme.

11:10 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : Paris, Arts, Métro

28/01/2008

Une spécificité

f34efe5b4d86fa14c1a5be405cd8871c.jpgL’espace d’un très court instant, on s’est demandé si on n’avait pas un peu trop fait la fête. C’était ce week-end. Le dernier métro dans lequel on avait pris place était en train de quitter une station. On levait distraitement les yeux de notre bouquin pour voir où on était. Et là, en une fraction de seconde, avant que le train plonge dans l’obscurité du tunnel, on apercevait l’image de la colonne de Juillet (*) complètement contorsionnée.

 

On n’avait pas rêvé. C’est un des visuels de la dernière campagne de pub pour une grande chaîne de salles de sport, qu’on voit partout dans le métro en ce moment et qui prend pour thème les grands monuments parisiens. Du coup, la colonne de la Bastille contorsionnée renvoie aux cours de danse orientale. Dans le même registre, plutôt réussi, l’obélisque de la place de la Concorde perdu dans la brume illustre le hammam, une tour Eiffel exagérément effilée promeut les cours de stretching, et une gargouille de Notre-Dame rehaussée de biscoteaux vante la musculation. Voilà qui confirme une fois de plus combien la capitale française est un éternel sujet d’inspiration pour les publicitaires.

 

Au fond – un copain nous le confirmait encore ce week-end –, les salles de sport pratiquent des tarifs exorbitants à Paris. Cela peut aller jusqu’à plus de 1000 euros l'abonnement annuel. Ces prix prohibitifs ne sont pas spécialement dus à la rapacité des exploitants de ces salles. Ils découlent surtout du prix affolant du m2 à Paris. C’est bêtement mathématique: un club de sport avec une salle de fitness, un espace dévolu à la danse ou aux arts martiaux, un sauna et des vestiaires, cela demande beaucoup de m2, donc cela coûte les yeux de la tête.

 

ce9a4926627917f89ed92a0836b406be.jpgL’exiguïté des lieux imposée par la cherté de l’immobilier, cela fait d’ailleurs partie de ces spécificités qui sautent immédiatement aux yeux des expatriés quand ils s’installent à Paris. On s’en souvient très bien: à nos débuts ici, on était effaré par la petitesse des appartements parisiens. Pareillement, l’exiguïté de certains lieux de loisirs (bars, restaurants, cinémas de quartier, etc.) était vraiment très dépaysante. Depuis, on ne remarque même plus ces formats mouchoir de poche. Sauf tout de même à la supérette du coin: l’espace entre les rayons est tellement étroit que les caddies y sont bannis et que, quand on y croise un autre client, tout le monde s’arrête et un des deux doit faire marche arrière. Comme en voiture sur ces petits chemins encaissés de campagne, si typiquement français…

 

(*) Pour les non-Parisiens, c’est l’immense colonne de bronze qui se dresse au centre de la place de la Bastille. Elle commémore les «Trois Glorieuses» (la révolution de juillet 1830 qui renversa Charles X et porta au pouvoir Louis Philippe) et est couronnée par «Le Génie de la Liberté», la fameuse statue d’angelot recouverte de feuilles d’or qui illumine tout le quartier Bastille.

25/01/2008

Un contraste

d336d61e71b0d4ae3226a27a0d578e7e.jpgC’est ce qu’on appelle un télescopage. Deux informations qui tombent au même moment, qui n’appelleraient pas de commentaires particuliers si on les considérait chacune isolément mais qui, quand on les met toutes les deux en rapport, suscitent le questionnement par l’effet de contraste né de cette juxtaposition. Ces jours-ci, c’est le Louvre – le plus beau musée du monde à notre humble avis, mais en tant que Parisien, sans doute n’est-on pas objectif – qui est le théâtre d’un joli télescopage de deux actualités le concernant.

 

Côté pile, les chiffres de 2007 le confirment, le Louvre conserve plus que jamais son statut si envié de plus grand musée du monde en termes de fréquentation. Les premières estimations pour l’année écoulée tablent sur un record de plus de 8,3 millions de visiteurs. A elles seules, les collections permanentes du musée (36 000 œuvres d’art exposées sur 70 000 m2 de surfaces) ont été visitées par 7,9 millions de personnes. C’est 300 000 visiteurs de plus qu’en 2006. Ce nouveau record annuel confirme l’extraordinaire engouement dont bénéficie ce grand musée parisien depuis plusieurs années. Ainsi, par rapport à 2001, sa fréquentation progresse de plus de 60%. Le Louvre est d’autant plus devenu un business très profitable que, depuis peu, il s’exporte à l’étranger: les Emirats, la Corée, l’Australie, Atlanta, etc.

 

84922e4d67f24908bd151186792bf20c.jpgCôté face, le Louvre n’en est pas moins confronté à des problèmes très prosaïques de  gestion des ressources humaines. Pour preuve, depuis mardi matin, les agents chargés du nettoyage de ce musée sont en grève. Les syndicats réclament une revalorisation salariale et de meilleures conditions de travail. Le Louvre a beau constituer un cadre de travail qui, au quotidien, doit être magnifique, c’est aussi un énorme paquebot dont l’immensité n’est pas simple à gérer en termes d’entretien et de nettoyage. Le musée compte 15 kilomètres de galeries à cirer et 800 fenêtres à nettoyer. Quelque 140 personnes sont chargées de son entretien. Elles réclament une augmentation salariale de 3%. Le niveau moyen de rémunération du personnel de nettoyage du Louvre est globalement supérieur à celui pratiqué dans le secteur, mais il reste peu élevé. A titre d’exemple, une employée chargée du nettoyage des espaces administratifs du musée,  avec dix ans d’expérience, gagne 1100 € nets par mois.

 

D’où la question que suscitera immanquablement ce télescopage: peut-on être grand, le plus grand même, et en même temps, sur certains aspects, un peu petit?

24/01/2008

Une recette

a252caf2e50ecc1c08a80df17168bc54.jpgParlons un peu du métro. Car, pour rappel – mais les lecteurs les plus assidus l’auront remarqué depuis belle lurette –, on a toujours raffolé du métro parisien. Dans la plupart des grandes villes du monde, les métros sont fascinants (avec Tokyo et New York en tête de notre palmarès perso), mais celui de Paris l’est peut-être encore plus que tous les autres. Ses lumières, ses décors visuels et sonores, ses odeurs, sa chaleur, ses foules, les codes et usages réglant cet univers souterrain, les incidents voire parfois les drames qui quotidiennement s’y nouent devant le regard de l’usager, la vie si atypique qu’y mènent ses habitués (commerçants, vendeurs à la sauvette, musiciens, nettoyeurs, resquilleurs, barbouilleurs anti-pub, mendiants, etc.): on a l’impression que chaque fois ou presque qu’on prend le métro ici, on en apprend un peu sur Paris et sur les Parisiens. On pourrait presque écrire à longueur de journées à propos du métro – peut-être devrait-on songer à devenir plumitif à la gazette de la RATP ;-)

 

 

En attendant aujourd’hui, émergeant de la masse habituelle et assez écoeurante du grand cirque du business de la promo, cette opération promotionnelle finalement assez sympa lancée par la RATP.  Il s’agit de promouvoir la sortie en DVD de «Ratatouille». Ce dessin animé de Walt Disney contant les aventures parisiennes d’un rat féru de gastronomie, le voilà associé à… un concours de cuisine. En jeu? Une grande soirée gastronomique en compagnie de chefs étoilés parisiens. Pour la remporter, il faut présenter une recette originale et inédite d’un plat bien de saison, sain et roboratif s’il en est: la soupe.

 

 

a8aad9846f2674c492912fbc98f01e2d.jpgOn se réjouissait déjà à l'idée d’affronter d’autres concurrents avec nos recettes de potage favorites. Le tout était finalement de parvenir à faire un choix. Carottes au gingembre ou potiron aux abricots secs? Endives, pommes golden et curry ou lentilles, noix de coco et cardamome? Velouté de cresson ou consommé de pommes au concombre? En fait, aucune de ces recettes ne marchera pour ce concours. En effet, celles soumises au jury doivent impérativement comporter un nom ou des ingrédients s’inspirant… du nom d’une station du métro parisien.

 

 

Avec des stations comme «Madeleine», «Poissonnière», «Parmentier» ou «Saint-Jacques», note la RATP, c’est jouable. Avec «Maraîchers», «Glacière» ou «Pyrénées», c’est possible aussi, ajoute-t-on. En revanche, il faudrait selon nous prévoir d'emblée un prix spécial récompensant le gastronome qui parviendra à tirer quelque chose de culinairement intéressant de stations de métro aux noms a priori aussi peu appétissants que «Télégraphe», «Invalides», «Wagram» ou «Javel»…

23/01/2008

Un paradoxe

Lorsqu’il s’agit de leur Président, de son style et de la manière dont les médias couvrent ces deux sujets, les Français sont décidément très ambyvalents. Un sondage publié dans «La Croix» vient encore le rappeler ce matin. Et illustre une fois de plus ce que, à notre modeste niveau - et sans vouloir nombrilistiquement tout ramener à nous - on expérimente avec ce blog: on se fait régulièrement engueuler par les lecteurs parce qu’on y parle trop de Nicolas Sarkozy mais, en même temps, les notes les plus lues et les plus commentées sont précisément… celles qui sont consacrées au Président.

 

Dans sa dernière partie, le sondage demande aux Français de donner leur avis sur la place qu’accordent les médias à Nicolas Sarkozy et singulièrement à sa vie privée. Une majorité de répondants (52%) trouve que ces médias accordent trop de place à l’action politique de leur Président, et la quasi-totalité des sondés (93%) juge qu’ils parlent trop de sa vie privée.

 

Mais en même temps, comme le rappellent les confrères de «La Croix», dans ce pays où les gens se disent incommodés par l’étalage de la vie privée, jamais les magazines «people» ne se sont autant vendus. Et dans ce pays qui dit friser l’overdose d’actus sarkozystes, jamais les newsmagazines «sérieux» ne réalisent de meilleurs chiffres de ventes que lorsqu’ils mettent Nicolas Sarkozy en «Une» et/ou se mettent eux aussi à décortiquer sa vie privée.

 

Sans surprise, les sondés qui sont le moins dérangés par la pipolisation de l’actualité politique sont les inactifs, les retraités, les gens qui n’affichent pas de préférences partisanes, qui sont sans diplôme ou certificat d’études, qui sont issus de la classe sociale dite moyenne inférieure ou modeste, et qui ne lisent jamais la presse. Tous les autres (actifs, diplômés, aisés, etc.), en revanche, sont nettement plus critiques sur l’évolution du paysage médiatique français et sur la couverture de l’actualité politique.

 

Un commentateur ce matin à la radio le disait un peu abruptement mais assez justement: en fait, cette dernière catégorie de Français… ment. En effet, l’audience médiatique des sujets «people» est telle en ce moment que, mathématiquement, il est impossible qu’elle repose uniquement sur la seule couche intellectuellement défavorisée de la population. «Le Français frime», analysait en substance ce commentateur. «Comme il n’avouera que rarement raffoler des potins et lire sous le manteau les magazine «people», il prétendra toujours que sa chaîne de télé préférée est Arte et non TF1». Il y a donc pas mal d’hypocrisie là dessous.

22/01/2008

Un désastre

01ceecbd303f6c0ea92f5a2d23727932.jpgCela s’est passé sans tambours ni trompettes, en catimini presque, ce week-end en plein cœur de Paris, et on en a à peine parlé. Cela risque de faire bailler d’ennui les lecteurs non-parisiens et pourtant, cela traduit un problème de fond. Qui, outre qu’il en dit long sur les conditions de vie dans la ville, modifie considérablement la physionomie et le panorama de celle-ci. Cela s’est déroulé dimanche matin précisément, le long des quais de la Seine à hauteur du quai des Tuileries notamment. On y a fait un saut hier, et effectivement, c’est assez triste à voir.

 

Seules quelques vagues mottes de terre bien ratissées en témoignent encore: une vingtaine de platanes ont été abattus sur les quais dimanche. Des Tuileries jusqu’au quai Henri IV en passant par les quais du Louvre, de la Mégisserie et de l’Hôtel de Ville, une trentaine d’autres devront également être rasés dans les trois semaines à venir. Ce qui signifie que 10% des 600 platanes – pour certains très vieux – longeant la Seine auront bientôt disparu.

 

d328a5f410768863452b00e875092bc1.jpgL’UMP a dénoncé un «coup de force» et «une opération commando». Les comités de riverains, qui n’avaient pas été prévenus, n’en sont pas encore revenus. La Ville, en fait, a dû agir dans l’urgence, un rapport d’experts reçu vendredi soir indiquant que ces arbres pouvaient à tout moment s’écrouler sur la voie publique. Ces platanes, en effet, sont malades. Ils sont rongés par deux champignons (pour les connaisseurs: le polypore hérissé et la phélinne tachetée) qui fragilisent leurs troncs et menacent leur stabilité. Le pourrissement de ces arbres malades a été accéléré par l’été humide que l’on a connu en 2007.

 

Ce problème de santé ne se pose pas que le long des quais et que pour les platanes. Sur les quelque 100 000 arbres parisiens, près de 1500 doivent être abattus chaque année pour raison de santé, à cause de parasites ou «de la pollution et du stress» selon l’adjoint au maire Yves Contassot. Entre 2004 et 2006, 300 marronniers du boulevard Arago (pas loin du Jardin des Plantes) ont été rasés. Les érables souffrent aussi énormément dans la capitale: rien que cet été, 36 ont dû être abattus.

 

afc310a8c939e25abae6a8059565523f.jpgD’ailleurs, et il ne faut pas être botaniste mais simple piéton relativement observateur et attentif pour le remarquer, les boulevards et trottoirs de Paris témoignent à suffisance de ce mauvais état de santé général du monde végétal. Ils sont jonchés de feuilles mortes à longueur d’années et non plus seulement en automne, ce qui ne doit  tout de même pas être très normal.

21/01/2008

Un prix

Un peu d’auto-promo, puisqu'on aime tant cela et que cela semblerait tout de même un peu bizarre si on n'en parlait pas. Ce week-end, “ParisLibre” a été primé à «La Coupe de l’Info». Il a remporté le «trophée des meilleurs blogs de l’info» dans la catégorie «blogs francophones». 

 

Bon, alors, on ne va pas en faire des tonnes sur le sujet. Parce que ce serait très immodeste. Parce que ce blog est assurément encore très perfectible – on fait ce qu’on peut avec les moyens du bord et le temps dont on dispose. Et parce qu’on n’avait même pas eu l’occasion de signaler ici la tenue de cette compétition, d’inviter les lecteurs à participer au scrutin, ou même de personnellement voter pour nous, donc là on n’a pas trop assuré.

Manifestement, les lecteurs de «ParisLibre» ne se sont pas moins mobilisés et ont voté en masse pour ce blog. Un tout grand merci à eux.

Surtout, «La Coupe de l’Info» ayant été créée dans l’objectif de «mettre en valeur l’implication des médias et des journalistes dans l’univers du blog», n’hésitez pas, à partir des liens ci-dessus, à aller faire un tour sur les autres blogs de confrères journalistes qui étaient nominés. Vous trouverez, qui sait, des tas de nouvelles lectures quotidiennes intéressantes.

PS : Samedi soir, on n’a pas été en mesure  faire un saut à Courchevel pour recevoir le trophée des mains de ce bon vieux PPDA. Mais on est sûr que, comme toutes les coupes, ce doit être une splendeur de cristal et/ou de dorures kitsch, et donc on se réjouit déjà à l’idée de le poser sur la cheminée ;-)

18/01/2008

Un «vandalisme»

48a58f365b1fdaa33c074ecb7641fcce.jpgLe face-à-face a lieu cet après-midi, à 15h30. Dans les bureaux feutrés et si chics du ministère de la Culture, rue de Valois, d’où l’on jouit d’une vue splendide sur les si beaux jardins du Palais Royal. Et ce face-à-face s’annonce tendu. D’un côté de la table, le célébrissime peintre, sculpteur et plasticien français Daniel Buren, dont les bandes verticales alternées blanches et colorées de 8,7 cm de largeur, répétées à l’infini sur d’innombrables supports, ont fait le tour du monde depuis leur invention au milieu des années soixante. De l’autre côté de la table, la ministre de la Culture Christine Albanel. Au centre de leurs discussions, l’avenir d’une des installations d’art contemporain les plus populaires et renommées de Paris: les fameuses colonnes de Buren, dans la Cour d’honneur du même Palais.

 

 

Fin décembre, le plasticien piquait une colère. Il menaçait carrément de démolir lui-même son œuvre si l’Etat persévérait à ne pas l’entretenir correctement. Ce ne sont pas les 260 colonnes proprement dites qui sont endommagées. Au contraire, depuis leur installation en 1986, elles ont même plutôt bien résisté aux affres du temps et aux assauts conjugués provenant des millions d’enfants qui les ont escaladées, de touristes qui s’y sont adossés, de promeneurs qui les ont frôlées et de skaters qui s’y sont juchés. Remarquez aussi que, fait exceptionnel, ces colonnes sont épargnées par les graffitis, ce qui témoigne du lien affectif qui les unit aux Parisiens. En piètre état, en revanche, est le reste de l’installation qui accompagnait à l’origine ces colonnes. Ainsi, depuis huit ans, la fontaine souterraine qui court sous la Cour d’honneur est asséchée et les éclairages multicolores qui devaient mettre le tout en valeur la nuit sont éteints. Ce n’est pas un vice originel de construction qui est en cause, mais un problème d’entretien de l’installation.

 

 

Du coup, Buren crie au «vandalisme d’Etat». Il s’insurge que le ministère de la Culture, propriétaire de l’œuvre, l’ait laissée «dépérir» alors qu’elle est classée aux monuments historiques. «A quoi sert de classer une œuvre si on la mutile faute de soins, de léthargie administrative ou d’incompréhension foncière de ce qu’est l’art?», interroge-t-il. Ce matin, il a réitéré sa menace: estimant son «droit moral» de créateur mis en jeu, il a averti qu’il réclamerait la destruction «de façon radicale» de son œuvre si l’Etat n’enrayait pas rapidement son processus de dégradation.

 

 

La ministre devrait tenter de calmer l’artiste en dégainant un plan pluriannuel de restauration du Palais royal s’étalant jusqu’en 2011. Plan dont bénéficieront, outre les façades de la rue de Valois, les locaux de la Comédie française et la galerie d’Orléans, les fameuses colonnes noir et blanc de Buren. Mais les défenseurs du plasticien dénoncent déjà «une réponse dilatoire». Dès lors, de très rapides travaux provisoires destinés à assurer la durabilité des colonnes, et accessoirement à clore cette vilaine polémique, pourraient être annoncés dès cet après-midi.

17/01/2008

Un retour

 

6c61bbd0c0011c09c7392d3a1a7899f1.jpgDes nouvelles du plus énorme chantier de restauration culturelle en cours dans la capitale: la rénovation du Grand Palais, sublime édifice parisien s’il en est, construit à l’occasion de l’Exposition universelle de 1900.

 

«La science en marche en dépit de l’ignorance», et «L’inspiration guidée par la sagesse». Tels sont les jolis noms des deux immenses statues de bronze qui, il y a quelques jours, ont fait leur grand retour de part et d’autre de la porte d’entrée monumentale du palais de la Découverte, avenue Franklin Roosevelt. Ces deux statues, hautes de plus de 4 mètres et pesant chacune 3,5 tonnes, ont été parfaitement et minutieusement restaurées.

 

Leur retour scelle une étape importante dans le chantier de restauration du bâtiment, entamé en 2001. Jusqu’en 2005, ce chantier a consisté à stabiliser l’assise de l’édifice, à l’assainir, ainsi qu’à restaurer sa charpente, sa toiture et sa nef, ce qui a permis la réouverture du bâtiment au grand public. Pour rappel, le Grand Palais avait dû être fermé en 1993 après la chute d’un rivet de sa charpente. Cet incident avait révélé les désordres structurels causés à l’édifice par l’abaissement du niveau de la nappe phréatique. Du coup, 15000 rivets ont été changés, 110000 m2 de surfaces ont été repeints, 16000 m2 de vitrages ont été remplacés et 6000 m3 de béton ont été coulés.

 

496c9a7f2674339ec575140ccd47177c.jpgCette première phase du chantier achevée, c’est la seconde qui est en cours depuis 2005. Elle concerne cette fois la rénovation des façades et de leurs décors. 45000 m2 de façades sont concernés, ainsi que 14 portes métalliques vitrées et 158 grilles. Les opérations de  nettoyage du dernier pan de façade encore sale (côté Seine) viennent de démarrer. Elles sont programmées pour durer douze mois. Leur achèvement clôturera un chantier culturel qui restera dans les annales de la République comme étant à l’origine du plus gros dérapage financier jamais enregistré. Selon un récent rapport de la Cour des Comptes, le coût de la rénovation du Grand Palais, estimé initialement à 34 millions d’euros, frise en fait les 115 millions, soit une explosion du budget de plus de 200%.

 

 

Pour ce prix, les 55 statues décorant l’extérieur du Palais seront évidemment toutes restaurées d’ici à 2009. Dans l’immédiat, le retour de «La science en marche en dépit de l’ignorance» et de «L’inspiration guidée par la sagesse» rétablit superbement l’harmonie de la façade de l’édifice. A fortiori depuis qu’en son sommet, trônent majestueusement les célèbres, monumentaux, et désormais eux aussi impeccables Quadriges de Georges Récipon.

16/01/2008

Un incontournable

a8a4aec01e389934718f4f055d5933b9.jpgL’hiver et ses plaisirs si typiquement et si délicieusement parisiens, dont on ne se lassera jamais. Le dimanche, prendre une douche brûlante après avoir longuement couru dans le froid majestueusement glacial du bois de Vincennes ou des voies sur berges. Dans ses déplacements en métro, privilégier la ligne 4 où, été comme hiver (mais c’est en hiver qu’on apprécie cela), la température ambiante dans les trains frise en permanence les 30 degrés. En rue, s’empiffrer de marrons chauds achetés à la sauvette, sentir leur chaleur roborative envahir les mains, la bouche puis le ventre, et poursuivre sa balade le nez en l’air tel un touriste ravi. En fin de journée, bouquiner au coin d’un apéro en terrasse de son bistrot préféré, à l’ombre rougie, douillette, ronronnante, vaguement bourgeoise pour tout dire, d’un parasol chauffant.

 

Cet hiver d'ailleurs, à Paris, les parasols chauffants sont plus courus que jamais. Voilà encore une conséquence de la nouvelle réglementation sur le tabac, qui, dans les bars, cafés et restaurants, a confiné les fumeurs en terrasse. Depuis, dans toute la France, les fabricants de parasols chauffants, de bâches et autres stores en plastiques ont vu leurs carnets de commande exploser. Chez Castorama et Leroy-Merlin, paraît-il, les rayons sont vides. Et, depuis début janvier, les ventes de bouteilles de propane, que l’on utilise pour les parasols à gaz, sont elles aussi en forte progression.

 

La mairie de Paris se frotte les mains. Chaque mètre carré de terrasse supplémentaire ouvert dans la capitale constitue pour elle une recette supplémentaire au titre de la redevance sur l’occupation des trottoirs acquittée par les restaurateurs. Les défenseurs de l’environnement et élus écologistes, eux, font la grimace. Les parasols chauffants, en effet, c’est très parisien, très confortable et très joli, mais ce serait tout sauf environnementalement correct.

Déjà, chauffer à longueur de journées une terrasse dont un côté est ouvert aux quatre vents relève de l’ineptie, en termes énergétiques. En plus, ces parasols chauffants consomment énormément (une bouteille de gaz toutes les 30 heures, en moyenne). Enfin, ils émettraient en fonctionnant un nombre considérable d’oxydes d’azote, au détriment de la santé des clients des terrasses qu’ils réchauffent.

L’idée donc a germé, dans la tête de l’adjoint au maire de Paris chargé de l’Environnement, le Vert Yves Contassot, de créer une taxe sur l’utilisation de ces parasols au gaz. S’estimant déjà surtaxés, les cafetiers menacent de monter au créneau. On n'a probablement pas fini d’en parler.

15/01/2008

Un règlement

0a25324ac777cc87a0b1c3d42d7b3276.jpgDeux semaines jour pour jour, ce mardi, qu’est entrée en vigueur la loi interdisant de fumer dans tous les lieux publics. Dans certains quartiers de Paris, cette nouvelle législation a déjà eu des effets spectaculaires. On s’en est rendu compte vendredi en fin de soirée dans les environs de la place de la Bastille, côté rue de la Roquette. Malgré l’heure avancée, les trottoirs étaient noirs de monde. De tous côtés, les bars, cafés et restaurants rejetaient sur la chaussée un flot de fumeurs venus assouvir leur addiction au grand air. Le tout, douceur du climat aidant, dans une atmosphère vraiment décontractée et bon enfant. L’ambiance du quartier s’en retrouvait plus festive que jamais.

 

Mais voilà qui ne va sans doute pas améliorer la qualité du sommeil des riverains. La nouvelle loi, au demeurant, pose pas mal de problèmes pratiques, qui sont encore loin d’avoir été tous réglés. Ce n’est pas pour rien si la mairie organise cet après-midi une «séance d’information» baptisée «La cigarette et la rue» et spécialement destinée aux «exploitants et salariés de restaurants, brasseries, hôtels, cafés, bars, bars-tabac, discothèques ou salles de jeux d’argent et de hasard» de la capitale. A l’ordre du jour des discussions, «les risques de nuisance sur le trottoir» qui découlent de cette interdiction de fumer.

 

La propreté est le premier souci municipal. Au petit jour, il est vrai, les rues de certains quartiers prennent l’aspect peu engageant de gigantesques cendriers. La mairie s’est donc lancée dans une grande campagne de distribution de cendriers de poche: petits boîtiers métalliques hermétiques, nettoyables et pouvant contenir plusieurs mégots. Elle invite aussi les exploitants d’établissements à mettre des cendriers sur pied ou muraux à la disposition de leur clientèle fumeuse, pour que celle-ci ne doive pas l’écraser sur le trottoir.

 

Mais dans ce merveilleux pays de paperasseries et de formalités qu’est la France, même l’installation de cendriers sur le trottoir n’est pas simple. Le règlement municipal stipule qu’une autorisation préalable «d’occupation du domaine public spécial cendrier mobile et sur pied» doit être demandée à la Ville. Cette autorisation est plus spécialement accordée par la «sous-direction du permis de construire et du paysage de la rue». N’importe quel cendrier ne peut être mis à la disposition du client. Il doit «être mobile, donc non scellé, sorti à l’ouverture et rentré à la fermeture de l’établissement», «de hauteur suffisante pour être aisément visible par les piétons», et ne peut pas «avoir d’angle vif, préférer les formes arrondies». Une fois le cendrier apposé sur le trottoir, «le passage pour la circulation des piétons doit être égal ou supérieur à 1,60m». Enfin, le propriétaire du cendrier devra acquitter un «droit de voie forfaitaire».

 

Lorsque donc toutes ces formalités auront été remplies, l’on pourra enfin commencer à penser à la propreté des trottoirs parisiens. Dans son infinie générosité, la mairie précise que «dès la demande d’autorisation déposée, la pose du cendrier sur pied sera tolérée pendant l’instruction de la demande». Cela doit être les Verts qui ont obtenu cela.

14/01/2008

Un chantier

9a116bd31c6179484d8f2da294c8df92.jpgOn vient de le constater en passant devant: les travaux de rénovation si longtemps attendus avancent bien à notre cher Opéra Bastille. L’illustre notamment la présence désormais, au bout de la rue de Lyon, d’une plate-forme de chantier aménagée de manière à permettre l'acheminement et le déchargement des matériaux sans nuire à la circulation de la place.

 

C’est la façade de l’Opéra qui est en cours de restauration. Lors de la construction de cet immense paquebot, entre 1985 et 1989, les 36 000 plaques de pierre calcaire blanche qui la composent avaient été mal fixées au corpus de béton de l’édifice. Du coup, en 1990, l’une de ces plaques (qui pèsent 60 kilos chacune) s’était décrochée puis fracassée trente mètres plus bas, sur la chaussée. Depuis cet accident, 12 000 m2 de filets de protection avaient dû être déployés sur une grande partie de la façade de l’Opéra pour éviter de nouveaux écroulements.

Ces filets sont parvenus au bout de leur durée de vie, rongés par l’usure, la pollution et les intempéries. Ce sont donc d’abord eux qui vont être remplacés. Ensuite seulement, l’on s’attaquera à la façade proprement dite. Ce sera un chantier de grande ampleur: pas moins de 30 % des 36 000 plaques devraient être remplacées. La facture des travaux sera astronomique: rien que le remplacement des filets coûtera 100 000 euros.

c9d18974f34635821738be5d227e40ce.jpgPour la petite histoire et pour mémoire, les malfaçons entachant Bastille avaient découlé de la volonté absolue du Président Mitterrand de faire se coïncider l’inauguration de ce grand chantier culturel avec la tenue des festivités commémorant le Bicentenaire de la Révolution française de 1789 - qui avait eu pour haut fait d’armes, chacun le sait, la prise de la Bastille. Du coup, les entreprises avaient été cornaquées par le pouvoir politique pour achever le bâtiment à un train d’enfer, et certains corps de métier avaient bâclé leur travail.

Ce n’est d’ailleurs pas le seul défaut ayant affecté un grand chantier culturel parisien. La Cité de la Musique, parc de la Villette, souffre elle aussi de gros vices de construction, qui touchent le bâtiment du Conservatoire national supérieur de musique. L’été dernier, après une procédure judiciaire interminable de douze années, l’Etat a obtenu réparation de la plupart des désordres constatés, la responsabilité de ses constructeurs et de l’architecte Christian de Portzamparc étant reconnue. Plus récemment encore, début décembre, la Cour des Comptes, dans un rapport de 150 pages accablant et controversé, a fustigé les dérapages de trente grands chantiers culturels (musée du Quai Branly, Cinémathèque, Grand Palais, etc.) tous entrés dans l’Histoire pour leurs retards de livraison et/ou l’explosion de leur budget. 

11/01/2008

Un arbre, ou l'autre

5ce89bab99198a028c65ea588b34b32f.jpgCe n’est pas tout à fait neuf comme initiative (la grande campagne de com' a eu lieu fin décembre, et le projet a été initié en octobre), mais on n’avait pas encore eu l’occasion d’en parler. On le fait d'autant plus volontiers aujourd'hui que, comme projet, cela ne mange pas de pain et c’est même terriblement consensuel - parfait donc pour une fin de semaine.

 

Le réchauffement climatique, la déforestation, les émissions de gaz à effet de serre et tout cela, tout le monde en a bien entendu parler, mais les occasions parfois manquent de s’impliquer concrètement pour agir dans ces domaines. Plus maintenant.

 

La ville de Paris, en effet, a lancé une opération (1 Parisien, 1 arbre) qui donne la possibilité à chaque habitant de la capitale, en faisant un don (y compris en ligne) de 5€, d’offrir un arbre à un pays du Sud victime de la déforestation. L’objectif de l’opération est de planter un arbre par habitant de Paris, soit au final 2 millions d’arbres sur une surface de 2000 hectares au Cameroun, à Madagascar et en Haïti. C’est la première fois qu’une opération caritative associe une ville et ses habitants aux efforts de la lutte contre le réchauffement climatique grâce à la création de puits de carbone.

 

Tiens, parlant d’arbres, le Premier ministre François Fillon, également à la fin de l’année dernière, en a planté un dans le parc de l’Hôtel de Matignon.

 

C’était Raymond Barre, qui, en 1979, avait inauguré cette tradition permettant à chaque chef de gouvernement de laisser un souvenir de son passage à Matignon en plantant un arbre dans le jardin. L’essence la plus généralement choisie par les chefs de gouvernement français est le chêne: chêne de Hongrie pour Pierre Mauroy, chêne des marais pour Laurent Fabius, chêne pédonculé pour Dominique de Villepin. Au fil des années, le domaine de Matignon s’est également agrémenté d’érables (Raymond Barre et Edouard Balladur), d’un tulipier de Virginie (Pierre Bérégovoy), d’un Ginkgo Biloba (Edith Cresson) ou d’un orme de Lutèce (Lionel Jospin).

 

dcdf0352754378547d02eebb93064775.jpgFrançois Fillon a au moins une chose: du goût. Son choix s’est porté sur une essence magnifique: un  «cornouiller des pagodes». Venu du Japon, cet arbre «à port étagé, tabulaire», présente une «silhouette très graphique» et une «architecture unique» grâce à son «tronc droit», ses «branches rigoureusement horizontales» qui «poussent en étages successifs, rappelant les toits des pagodes d’Extrême Orient», et son feuillage «de couleur vert foncé brillant panaché de blanc crème» - «le tout donnant une étonnante élégance que l’âge rend encore plus impressionnante». Au Japon, précise Matignon, «les poupées sont souvent taillées dans le bois de cet arbre». On espère pour François Fillon que lui-même ne se transformera pas pour autant en poupée manipulée au gré des humeurs d’un  Président le considérant comme un simple «collaborateur».

10/01/2008

Un arrêté

Fini l’alcool le soir, sur les Champs. Les fêtards ne vont parler que de cela, ce week-end à Paris. On précise tout de suite: les grands crus, les magnums de champagne et les cocktails exotiques pourront toujours couler à flots, à prix d’or et jusqu’au petit matin dans les bars lounge, clubs feutrés et autres discothèques enfiévrées de la plus belle avenue du monde. En revanche, comme c’est déjà le cas depuis très longtemps dans nombre de villes et d’Etats américains, la consommation d’alcool sera interdite sur la voie publique entre 16 heures et 7 heures du matin. Et, dès minuit, les épiceries de quartier ne pourront plus vendre de boissons alcoolisées à emporter aux petits banlieusards, touristes-routards et autres noctambules en goguette sur les Champs mais pas assez fortunés pour aller s'éclater dans ses hauts lieux de fête si astronomiquement tarifés.

 

C’est le sens d’un arrêté que vient de prendre le préfet de police de Paris. L’objectif est de limiter les nuisances sonores et les troubles à l’ordre public qui, d’après la préfecture, découlent trop souvent de la consommation nocturne d’alcool sur la voie publique.

 

Etendu à douze arrondissements, cet arrêté vaudra aussi pour nombre de quartiers de Paris un peu sympas et animés le soir: le Canal Saint-Martin, le Quartier latin, Montmartre, Beaubourg-les Halles, Oberkampf, etc. Et pour notre cher quartier Bastille, évidemment. Fini donc les fins de soirée à refaire le monde entre copains, au coin d’une Kro, sur un banc public boulevard Richard-Lenoir ou les pieds dans l’eau au Port autonome. Fini aussi le petit rosé à l’apéro autour d’une partie de pétanque endiablée quai de Jemmapes ou de Valmy. Les soirs d'été vont être différents à Paris – on en connaît qui ne s’en remettront pas. En même temps, au vu du nombre de gens qui, le samedi soir, déambulent une bière à la main dans les rues d’un quartier comme Bastille, on souhaite vraiment bonne chance aux pandores pour faire respecter cet arrêté préfectoral.

 

Après la cigarette interdite dans les lieux publics, l’alcool interdite sur la voie publique. L’autre soir sur M6, chez Fogiel, le chroniqueur-bouffon de service fustigeait ce qu’il présentait comme une dérive hygiéniste du pouvoir. Et chambrait la ministre de la Santé, Roselyne Bachelot, en lui demandant quand elle finirait par imposer la distribution de bouchons d’oreille aux entrées des boîtes de nuit, pour protéger l’ouïe des Français. La ministre, elle, ne plaisantait pas du tout. Et confirmait que son prochain chantier serait effectivement d’obtenir, par la loi s’il le faut, une diminution drastique du niveau sonore de la musique diffusée dans les établissements de nuit. Où cela va-t-il s’arrêter?

09/01/2008

Une bonne année

9ed60314aac9c3f3c80e58b63c082291.jpgContinuons vaillamment à essayer de parler d’autre chose que de notre si cher et si omniprésent Nicolas Sarkozy. Et, en ce mercredi, jour de sorties, continuons d’ailleurs à parler cinéma.

 

Si 2007 a été une mauvaise année en termes de fréquentation des salles obscures, elle a été nettement meilleure en ce qui concerne le nombre de tournages effectués à Paris. Selon les chiffres que vient de rendre publics la mairie, l’an dernier, la capitale française a été le cadre de 765 tournages contre 730 en 2006, soit une progression de 5%. Paris accueille chaque jour dix tournages en moyenne: longs et courts métrages, fictions TV, films publicitaires, clips vidéo, documentaires, etc. Un film français sur deux s’y tourne.

 

La Ville prend très au sérieux ce business, qui participe de son rayonnement international et est source d’emplois ainsi que de retombées économiques. Elle y consacre même désormais un site internet entièrement dédié, pour venir en aide aux professionnels du septième art dans toutes leurs démarches. On y trouve notamment un Guide et une Charte des tournages regorgeant d’éléments amusants.

Ainsi, les cinéastes tournant dans la capitale et qui utilisent des comédiens en uniformes (ambulanciers, pompiers, employés municipaux, etc) ou des véhicules ressemblant à ceux des services d’urgence sont invités à les recouvrir «aussi souvent que possible et notamment entre les prises de vues», pour éviter toute confusion dans le grand public. Les réalisateurs ayant recours à des «effets de pluie et de neige» sont priés de faire preuve de modération et de les encadrer (pour éviter les gaspillages d’eau et les accidents sur la chaussée). S’ils prévoient l’utilisation d’armes à feu, ils doivent prévenir la préfecture de police ainsi que les riverains et – prend même la peine de préciser la mairie – n’utiliser que des armes factices.

Point de vue financier, on apprend, dans ces documents, que les cinéastes et leurs équipes en tournage dans la capitale bénéficient d’une tarification forfaitaire, spécifique et avantageuse en terme de stationnement – n’importe quel automobiliste parisien en rêverait. En outre, leurs prises de vue du patrimoine municipal sont libres de droits. En revanche, ils doivent s’acquitter de «redevances d’occupation» quand ils tournent et donc occupent des espaces publics.

Rien que pour les forfaits journaliers (auxquels il faut ajouter un forfait par équipe, dont le montant varie en fonction du nombre d'opérateurs), tourner un film dans un jardin, un égout, un cimetière, un gymnase ou même un terrain vague parisien coûte 380€ la journée. Un tournage dans un établissement scolaire ou un local municipal est un peu plus cher (480€). Dans les grands salons de l’Hôtel de Ville, le forfait atteint carrément 3000 € la journée pour un long métrage, une fiction TV ou un film publicitaire. Mais c’est beaucoup moins cher pour un court métrage documentaire (250€). Et c’est trois fois rien pour une «photo artistique hors publicité commerciale» (85€). C'est sans doute cela, une politique cinématographique de gauche…;-)

11:15 Publié dans Dans le vent | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : Paris, Cinéma, Culture

08/01/2008

Une mauvaise année

Vite, vite: profitons que la grande conférence de presse de Nicolas Sarkozy, ce matin à l’Elysée, n’ait pas encore commencé pour essayer de placer autre chose. Avant que la grande parole élyséenne, tel un ectoplasme sournois et glouton, ne phagocyte irrémédiablement et pour toute la journée au moins toute autre actualité.

Et parlons culture. Ce sont des chiffres qui ont été publiés hier, et ils ne sont pas bons. Ils émanent du Centre national de la Cinématographie (CNC) et traitent de la fréquentation des salles obscures en France en 2007.

 

L’année écoulée n’a pas été bonne. Tous films confondus, on a enregistré 178,14 millions d'entrées en France, soit un recul de 5,6% par rapport à 2006. Ce repli s'explique avant tout par l'absence l’an dernier «de films français particulièrement porteurs», dixit la  Fédération nationale des cinémas français (FNCF). En 2006, en revanche, «Les Bronzés 3» avaient dopé les chiffres de fréquentation en s’assurant à lui seul 10 millions d’entrées. Les données de la FNCF invoquent également les grèves du mois de novembre (3 millions d'entrées en moins sur ce seul mois, dus aux difficultés de transports) et la météo clémente de l'automne, qui aurait moins poussé les gens vers les salles obscures (En même temps, ce dernier argument est bizarre puisque, à l’inverse, l’été 2007 ayant été historiquement pourri, les chiffres de fréquentation des cinémas auraient dû s’en ressentir positivement).

Autre mauvaise nouvelle, l’an dernier, les films français n’ont réalisé que 64,95 millions d'entrées  La part de marché des films hexagonaux a reculé de 44,6 % à 36,5 %. Les cinq premiers films du box-office français de 2007 sont d’ailleurs américains: ce sont les «Harry Potter», «Spider Man», «Pirate des Caraïbes», «Shrek» et autres «Ratatouille».

2008 sera sans doute meilleure que 2007 pour le cinéma français, grâce à la sortie prochaine d’«Astérix et les Jeux Olympiques»: en 2002, 14,6 millions de spectateurs avaient vu «Astérix et Obélix: Mission Cléopâtre». Cette année donc, la quantité sera au rendez-vous. Et la qualité?

 

Une campagne de promotion historiquement massive vient en tout cas de débuter pour ce film en France. Autant vous prévenir: on va en prendre pour des semaines et on va frôler l’indigestion. Pas un média n’y échappera, pas un produit dérivé ne nous sera épargné, pas un aspect de la vie quotidienne ne sera touché par les Gaulois. Cela a d’ailleurs déjà commencé, a-t-on constaté l’autre jour, gare du Nord à Paris, où même les quais du Thalys ont été réquisitionnés pour servir la potion magique, jusqu’à l’écoeurement, au spectateur-consommateur.

07/01/2008

Une avidité

1043833e53186d1f0d963bf9ebf1acbd.jpgIl y a au moins une chose incontestablement gênante dans toutes ces photos que l’on a vues ce week-end du couple Sarkozy-Bruni en escapade à Petra, en Jordanie. C’est l’attitude manifestée sur ces clichés par l’enfant de la chanteuse.

 

L’assaut des paparazzi perturbe visiblement très fort le gamin. Sur la plupart des clichés, on le voit exprimer son trouble en se cachant le visage derrière ses mains, en abaissant la capuche de sa veste sur ses yeux, en tentant de se dissimuler derrière son écharpe, etc. Son malaise est si évident et, pourtant, la séance photo se poursuit, comme si de rien n’était. Personne ne semble remarquer son malaise. Ni les deux personnalités, qui continuent à prendre la pose et à minauder devant les photographes. Ni ces derniers bien sûr, qui continuent à shooter leurs modèles sans état d’âme.

 

Cette double et réciproque avidité médiatique bouscule décidément tout le monde et ne respecte rien, même les plus fragiles. Une voracité qui semble d’ailleurs complètement entrée dans les mœurs: aucun cliché diffusé ce week-end n’a flouté le visage de l’enfant, pas plus que les commentaires sur cette séance photo ne se sont étendus sur le traitement pénible qui lui était réservé.

 

Le Président Chirac lui au moins, en accord avec sa fille Claude, a eu la décence, pendant de très longues années, de protéger son petit-fils du cirque politico-médiatique.

04/01/2008

Un coup de frein

9e2b0eb6bbedd20ca18ad92b13791d5e.jpgEnorme galère dans le métro parisien, ce matin. Une grosse panne technique a très fortement perturbé le trafic sur une demi-douzaine de lignes dont les plus fréquentées de la capitale, comme la 1 (Château de Vincennes-La Défense). Le chaos total ne fut évité que grâce au fait que de nombreux Parisiens sont encore en vacances et que la fréquentation du métro n’est donc pas à son maximum cette semaine. Mais si pareille panne se reproduit la semaine prochaine, ce sera vraiment le cirque.

 

Autre mauvaise nouvelle concernant les transports parisiens alternatifs à la bagnole, tombée elle hier. Le tribunal administratif a annulé la récente délibération du Conseil de Paris étendant le dispositif Vélib’ à trente villes de banlieue parisienne (relire ici). Paris et la petite couronne n’étant liées par aucune intercommunalité, les  magistrats ont jugé que cette extension ne pouvait s’inscrire dans le contrat initial signé par la capitale et l’opérateur Decaux. Elle doit faire l’objet d’un nouveau marché et donc d’un nouvel appel d’offres. L’Hôtel de Ville va faire appel, mais, dans les faits, l’installation des 300 nouvelles stations de vélos en banlieue est reportée aux calendes grecques.

 

Parlant de Vélib’, le quotidien «Le Parisien» confirmait hier qu’un seul quartier de la capitale resterait définitivement privé de ce dispositif: l’île Saint-Louis. Ce n’est pas un problème juridique qui est ici en cause, mais un problème patrimonial. La mairie et les architectes des Bâtiments de France ne sont pas parvenus à se mettre d’accord sur un lieu d’implantation de la station de vélo qui ne défigurerait pas cette île ultra-protégée. Ces mêmes exigences de protection du patrimoine contre les agressions visuelles expliquent l’absence de stations Vélib’ dans des sites également historiques et donc très protégés comme la place des Vosges ou le parvis de Notre-Dame.

 

ffe1023e8a38de9350003d5b9308abbb.jpgAu fond, on l’a peu dit: Decaux s’est récemment fait remonter les bretelles par la mairie de Paris pour les dysfonctionnements trop nombreux de son Vélib. Stations chroniquement vidées ou au contraire surchargées de vélos, matériel défectueux (pneus et chaînes trop fragiles), entretien lacunaire, etc.: l’opérateur é été invité à redresser la barre, à la faveur d’un vœu adopté à l’unanimité par le Conseil de Paris. Et a même été officiellement averti qu’il s’exposait, dès le début de cette année 2008, à des amendes si ces dysfonctionnements  perduraient.

 

Decaux plaide les circonstances atténuantes: ces dysfonctionnements ne seraient que les maladies de jeunesse d’un système novateur et extrêmement utilisé (plus de 12 millions d’usagers depuis juillet). Contrainte de faire provisoirement une croix sur la banlieue, l’entreprise, en tout cas, a désormais tout son temps pour améliorer son service à Paris.