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01/02/2008

Une vogue

0290daa885267d6109ad05ad6fbc32a5.jpgIl y a plus subtil, quand on veut se faire de la pub avec des personnalités politiques, que de bidouiller en vitesse une photo du couple Sarkozy-Bruni montrant cette dernière en train de se réjouir, dans un moche phylactère, des prix pratiqués par une compagnie aérienne low cost, censés faciliter l’organisation de son mariage. Cette pub vaut d’ailleurs à Ryanair de se voir réclamer 500 000 euros de dommages et intérêts par la chanteuse. A ce prix-là, le créatif qui a imaginé cette campagne risque bien de détrôner Jérôme Kerviel, le trader de la Générale, sur le podium du salarié le plus ruineux pour son entreprise. Jugement mardi.

 

En attendant, une autre campagne de pub, plus fine celle-là, est apparue dans le métro de Paris, mettant en scène des politiques. On la doit au «Monde de la philosophie». Logiquement, elle se décline autour de maximes de philosophes accolées à des photos de personnalités et montrant combien «les grands philosophes n’ont jamais été autant d’actualité». Ainsi, au-dessus d’une photo de Ségolène Royal et des éléphants socialistes Strauss-Kahn, Fabius et Hollande réunis à un congrès du parti, cette citation de Pascal: «Si les hommes savaient ce qu’ils disent les uns des autres, il n’y aurait pas quatre amis dans le monde». Ou ce cliché de Nicolas Sarkozy en pleine action, fendant la foule de ses conseillers et de cameramen, surmonté de cette maxime du philosophe allemand Gottfried Leibniz: «L’homme doit agir le plus possible car il doit exister le plus possible».

 

Cette fois, c’est plutôt réussi. Il n’empêche, à la longue, la récupération des politiques par la pub risque de tourner à la tarte à la crème. Les intéressés, d’ailleurs, apprécient peu la chose. Ainsi, Ségolène Royal, quand RTL l’avait représentée en 2006 aux côtés de son compagnon de l’époque François Hollande sous le slogan «Vivre ensemble», avait parlé de «méthode discourtoise et déplacée». De même, Dominique de Villepin – représenté pareillement avec Nicolas Sarkozy sous le même slogan – avait jugé que les politiques n’avaient «pas vocation à devenir des mannequins publicitaires». «La réflexion devrait conduire ceux qui engagent ce type de publicité à considérer que la politique, ce n’est pas un produit», avait sermonné celui qui était alors Premier ministre.

d740bd1f5d6ae8ef630900a0626aec83.jpgDans un avis qu’il avait rendu à l’époque, le Bureau de vérification de la publicité (BVP, l’organe d’auto-régulation de la profession) n’avait pas dit autre chose. Il avait  rappelé les règles d’usage: nécessité pour les publicitaires de demander à la personnalité représentée l’autorisation de publier sa photo dans ce contexte, de veiller à ne pas attenter à sa vie privée, et de ne pas tomber dans le dénigrement, etc. Puis avait constaté, un peu désabusé, que la vogue de ce genre de pubs reflétait bien «la désacralisation de la politique». Et avait conclu en lançant une mise en garde: «A transformer nos hommes, femmes et événements politiques en signifiants publicitaires, la publicité accentue inévitablement le phénomène de désenchantement du politique».

Commentaires

Je vous trouve sévère avec les publicitaires de RyanAir.

Une telle publicité, même à 500.000 euros (que le juge n'octroiera jamais), c'est rentable, tout le monde en parle !

Écrit par : Be | 01/02/2008

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