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05/02/2008

Un pays

5bd07fc8cfc5631312ba10d93016e3ee.jpgC’était hier soir. Sur le coup de 20h30, on avait rendez-vous à la maison avec notre «agent recenseur», l’agent qui procède donc au recensement de la population. Au lieu d’être effectuées une fois tous les sept ans dans tout le pays, ces enquêtes sont désormais menées en continu chaque année auprès d’une partie de la population. Le onzième arrondissement de Paris ayant été sélectionné pour l’enquête 2008, on ne pouvait pas y échapper.

 

L’agent devait nous remettre en mains propres les documents à remplir, qu’il viendrait rechercher dans trois jours. C’était un jeune gars charmant, dynamique et souriant, qui, allant d’appartement en appartement, déambulait avec énergie dans tout l’immeuble. Aussitôt salué, on lui dit qu’en tant qu’étranger, on n’était pas trop sûr de devoir remplir ses formulaires. Le recensement portait-il sur toutes les personnes vivant en France ou uniquement sur les Français? Question toute bête, mais à laquelle on n’avait étrangement trouvé nulle réponse sur les affiches annonçant le passage de notre agent. Celui-ci nous répondait que oui, oui, même les non-Français étaient recensés. Et d’ajouter: «Je vous l’assure, Monsieur: les étrangers sont les bienvenus dans ce pays».

 

C’était dit de façon très gentille. Avec un sourire à la fois bienveillant et réconfortant. Sans même un rictus sardonique ou un ton sarcastique. Dans la bouche d’un jeune homme lui-même d’origine visiblement étrangère, c’était vraiment touchant. C’est bien simple, l’assurance calme et posée d’une telle assertion faisait immédiatement se dissiper dans les limbes toutes les autres images de la France qu’on pouvait éventuellement avoir à l’esprit: le pays de l’identité nationale, des grèves de la faim et des défenestrations de clandestins, des 25 000 expulsions annuelles de sans-papiers, des manifestations quasi hebdomadaires en faveur de leur régularisation, des rapports accablants des organisations internationales de défense des droits de l’homme sur les centres de rétention, et tout cela. Tout d’un coup, par la grâce de ce jeune homme, comme s’il avait vraiment voulu qu’on passe une merveilleuse soirée, la France était un peu devenue... le pays de Candy.

 

 

6812c831378c786c122b0e8bfc8fc4c1.jpgAprès cela, même le caractère très intrusif des six pages du questionnaire de recensement passait très bien. Sans coup férir, sur des documents même pas anonymisés, on s’apprêtait de bonne grâce à tout dire de notre vie: du nombre d’enfants jusqu’à au nombre de mètres carrés de l’appartement, de la manière dont on se rend chaque jour au travail jusqu’à notre état matrimonial légal. Tout cela allait immédiatement être ingurgité et conservé à vie dans les grandes machines des ministères? Mais les statistiques finales, assurait le questionnaire, ne comporteraient ni noms, ni adresses. Et puis, était-il écrit en tout petit, le «Conseil national de l’information statistique» avait donné un «avis favorable» à cette enquête. Et enfin, l’on disposait évidemment d’«un droit d’accès et de rectification» pour les données nous concernant.  En lisant tout cela, on se disait qu’on avait vraiment de la chance d’habiter ici. Que tout allait bien et rien n’était jamais fondamentalement préoccupant, dans le pays de Candy.

Commentaires

Merci

Écrit par : toujoursraison | 05/02/2008

El sendero de la vida.

Éste es el dulce
y tímido sendero
de la vida, aquí
la silente tristeza
del sol reside beata
como franca armonía,
y éste es el sueño,
el amor embelesado
que canta en la flor.

Francesco Sinibaldi

Écrit par : Francesco Sinibaldi | 05/02/2008

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