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08/02/2008

Un mot

«Garce». C’est donc le fameux terme qu’a utilisé «Le Parisien» mardi pour qualifier Carla Bruni. Le journal chroniquait un des nombreux ouvrages consacrés à la nouvelle Première Dame et estimait qu’il donnait d’elle l’image d’«une garce». Jeudi, le quotidien s’excusait platement. Dans un articulet intitulé «A nos lecteurs», le directeur des rédactions rappelait que la «volonté de bannir tout parti pris et de respecter la personne, quels que soient sa condition et son statut» figurait parmi les «principes intangibles» de ce journal. Il reconnaissait qu’en utilisant un terme aussi «offensant», il avait – «malencontreusement et sans volonté de nuire» dérogé à ce principe du respect des personnes. Et priait dès lors la Première Dame de bien vouloir accepter ses excuses.

 

Hier, on trouvait ce geste plutôt bien. Les journalistes ont généralement tellement d’ego et donc tant de difficultés à reconnaître publiquement leurs erreurs que, pour une fois que des excuses sont présentées, on trouvait cela assez sain. Et puis, à la mi-journée, dans l’émission de Morandini sur Europe 1, on entendait les deux chroniqueurs de service (le militant antilibéral Christophe Aguiton et le journaliste et écrivain Thierry Wolton, pour une fois d’accord) descendre en flammes ces excuses. Pas du tout nécessaires selon eux, la Première Dame n’étant «pas par essence inattaquable». Exemplatives même, à leurs yeux, de «la grande tradition de la presse française» de se coucher devant «le fait du prince», ou, au minimum, de le louer avec «complaisance».

 

On était un peu chamboulé en entendant cela, et pour tout dire on n’était pas trop d’accord. Les journalistes ont évidemment un devoir constant d’irrévérence envers le pouvoir, mais il y a, nous semble-t-il, des moyens plus subtils de l’exercer que de recourir à l’insulte. N’empêche, ce matin encore, en y repensant, on n’était pas trop sûr d’avoir raison. Et puis, un coup d’œil jeté au dictionnaire a achevé de nous convaincre que l’emploi de ce mot méritait bel et bien des excuses.

 

D’abord, parce que «garce» est un terme insultant. «Le Robert» le rappelle: il signifie «fille de mauvaise vie», «femme, fille méprisable ou méchante, dont on a à se plaindre». Par analogie, il désigne «une chose désagréable, fâcheuse: Cette garce de vie». Et le dictionnaire de renvoyer aux termes «putain», «chameau», «chipie», «vache», «salope» et «chienne».

 

Ensuite, parce que «garce» est un mot sexiste. Il est né au douzième siècle du mot «gars». Jusqu’au seizième siècle, il a même servi de féminin à ce terme. Depuis, il est exclusivement utilisé au féminin: jamais un homme ne sera traité de «garce». Mais avec sa féminisation, ce terme a pris une acception négative, insultante même, alors que son pendant masculin, lui, n’a aucune connotation péjorative. «Le Robert» toujours nous le confirme: «gars» signifie «garçon, jeune homme». A l’inverse de «garce», il ne renvoie qu’à des termes assez neutres: «mec», «type», «gaillard». Et les expressions consacrées dans lesquelles il apparaît sont (à l’exception d’«un drôle de gars») plutôt bien connotées : «un petit gars», «un brave, un bon gars», «un beau gars», «les gars de la marine» etc.

 

«Garce» fait donc partie de ces mots français par essence insupportablement sexistes. Mot que, du coup, à notre humble avis et sans vouloir donner de leçons à quiconque, les journalistes devraient se garder d’utiliser, que ce soit pour parler d’une Première Dame ou de n’importe quelle autre femme.

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