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14/02/2008

Un stéréotype

09e04f4588057102e1daf3ec6f0f3748.jpgComme chaque 14 février, Saint-Valentin aujourd’hui. Ce soir, pour les amoureux qui ne trouvent pas cette fête ringarde ou commerciale mais qui, au contraire, souhaitent la célébrer dignement, les grands restaurants de Paris mettront les petits plats dans les grands.

Au «Murano Urban Resort», l’hôtel design, très branché et prisé des people du quartier de la République, les convives dégusteront un menu aux intitulés de circonstance: «Coup de foudre» (champagne et sucette de foie gras, cristalline de roses), «Préliminaires» (huîtres pochées, eucalyptus et perles au gingembre) et «Pour faire durer» (Saint-Jacques, fraise et caramel de balsamique). Dont coût: 130 euros par personne hors boissons (mais avec une coupe de champagne). Un peu plus cher (180 euros) est le menu de Saint-Valentin du «Lancaster», un des hôtels de grand luxe de la capitale. Il faut dire qu’il est signé par le triple-étoilé Michel Troisgros – une légende vivante de la gastronomie française. Au programme ici: vichyssoise à la truffe noire, homard breton grillé et flambé au cognac, foie gras poêlé du sud-ouest, consommé de canard et dessert meringué arrosé d’une crème de litchi et de gelée à la rose.

Formule différente, mais prix identique, au restaurant du «Meurice», le palace de la rue de Rivoli. Là, on a un menu pour les femmes: Belles de Fontenay aux truffes, homard à la nage, petites côtes d’agneau, et un très bling-bling gâteau praliné en forme de lingot d’or. Et un menu pour les hommes: gelée de tourteau au gingembre, asperges au vin jaune, filet de risotto à l’or fin (bling-bling toujours) et velours au chocolat lacté au cœur passion. A «L’Espadon», le restaurant gastronomique du «Ritz», c’est plus cher: 950 euros par couple (un salaire minimum donc, en gros), participation incluse à une tombola dont le premier prix est «un magnifique bijou offert à l’une des heureuses élues par un joaillier de la Place Vendôme». Mais ici aussi, le concept est le même: on se rassasiera selon son genre. Pour madame, ce sera la crème légère à la vanille et le confit acidulé à la violette, pour monsieur la crème légère au chocolat et le confit acidulé au café.

Les menus clairement clivés masculin/féminin sont donc tendance dans les restaurants parisiens, en cette Saint-Valentin. Comme ils se déclinent invariablement par paires constituées de deux éléments différents, on souhaite bien du plaisir aux maîtres d’hôtel qui, ce soir, devront servir des tables d’amoureux du même sexe.

8bb8dac972c00f49b3d69bc1972d750e.jpgOu gérer des amoureux désireux de bousculer l’ordonnancement si conventionnel, si Ken & Barbie, si stéréotypé, de cette gastronomie de 14 février. Pour les dames donc, le goût un peu mièvre, douillet limite écoeurant, voire tartouille de la violette, de la vanille et des brillants – même les côtes d'agneau sont petites parce que, vous comprenez, elles ont les doigts si fragiles. Pour les mâles, les vertus aphrodisiaques du gingembre et les propriétés sans doute excitantes du confit au café – que voulez-vous la nuit d’amour de l’année, il faut assurer.

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