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28/02/2008

Une répartie

95f8aea9fa36ca8257c1d5eda621ceda.jpg33%. Selon un sondage CSA à paraître demain, seuls 33% des Français – autrement dit, seul un Français sur trois – considèrent que l’action du Président va dans le bon sens. La popularité de Nicolas Sarkozy continue de dégringoler dangereusement. Et encore, cette enquête d’opinion a-t-elle été effectuée le 20 février, soit avant le dérapage présidentiel du Salon de l’agriculture, qui pourrait influer sur sa cote de popularité.

A propos, cinq jours après l’insulte sarkozienne, la blogosphère et les forums de discussion continuent de s’échauffer à longueur de journées sur le thème:«Il aurait dû, non il n’aurait pas dû, il a bien fait, non il nous fait honte, c’est un homme, non c’est un macho» etc. etc. Pendant ce temps, les mémorialistes de la Cinquième République ressortent des archives poussiéreuses les précédents de Présidents ayant été insultés en public et la manière dont, à l’époque, ils ont réagi.

Ainsi, Charles de Gaulle, croisant un excité criant «Mort aux cons!», lui aurait lancé: «Vaste programme, Monsieur». François Mitterrand, en direct à la télé à un Yves Mourousi lui demandant ce qu’il répondrait aux opposants scandant «Mitterrand, fous le camp!», aurait répliqué: «Cela rime, mais la rime est pauvre». Son successeur Jacques Chirac, au Salon de l’agriculture déjà, devant un agriculteur maugréant «Connard!», lui aurait rétorqué:«Enchanté, moi c’est Chirac!» Trois réparties qui, il faut bien le reconnaître, sont d’un autre niveau que le «Alors, casse-toi, pauvre con» de samedi dernier.

En ce qui concerne Jacques Chirac, cela dit, il faut tout de même rappeler qu’il n’a pas toujours réagi avec autant d’à propos quand il était pris à partie. Un jour même, le prédécesseur de Nicolas Sarkozy à l’Elysée a carrément été réduit à quia par les quolibets.

On s’en souvient comme si c’était hier: c’était en mars 2002, en pleine campagne pour les avant-dernières élections présidentielles, à l’époque où, à longueur de soirées, l’hôte de l’Elysée apparaissait aux «Guignols » de Canal+ sous les traits de la marionnette «Supermenteur», une déclinaison franchouillarde et politicarde pas vraiment flatteuse de Superman. En plein bain de foule au Val-Fourré, le quartier populaire de Mantes-la-Jolie, le candidat avait été chambré par des gamins qui, planqués dans la masse, lui avaient lancé quelques «Chirac menteur!» et «Chirac voleur!», puis avaient craché dans sa direction. Jacques Chirac, à l’époque, n’avait pas réagi: avait mis fin au bain de foule et s’était engouffré dans sa voiture comme si de rien n’était. Depuis, il a toujours soutenu qu’il ne s’était absolument rendu compte de rien, n’avait ni entendu les insultes ni vu les crachats. Ceux-ci, en revanche, n’avaient pas échappé à son entourage. Roselyne Bachelot, porte-parole du candidat Chirac en 2002, avait dénoncé, mais tout en minimisant leur ampleur, «quelques actes d’incivilité».

Commentaires

Le « Mort aux cons » gaullien que ressortent ces derniers jours certains mémorialistes approximatifs, pour tenter de faire une équivalence un peu émolliente qui amoindrirait la virile sortie de Sarközy, aurait été prononcé par le général dans un contexte différent de celui offensif du comice agricole de la Porte de Versailles.

C'est à Londres durant la guerre, à Carlton Garden, et où étaient installés le général et sa petite troupe de la France Libre, qu’un jour le général rentra à l'improviste dans un bureau dans lequel des collaborateurs (!) échauffés se motivaient mutuellement, et qu'un des protagonistes concluant une tirade énervée balança comme un défi programmatique ce « Mort aux cons » pour réaffirmer sa conviction pour les batailles futures. Et là le général qui passait par là poussa la porte et commenta le propos, dans l’embrasure, par ce « Lourde tâche… » qui a connu ensuite moult variations, «Vaste programme », etc. De Gaulle n’insultait ici personne mais commentait narquoisement.

Le capitaine Dronne, le premier officier de la deuxième DB (« Division Leclerc ») dont la jeep entra dans Paris à la Libération, avait agrémenté son véhicule de cette forte semonce…

Écrit par : CP | 28/02/2008

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