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29/02/2008

Une campagne

5df2b14601d6ba56237c7f5a04818aea.jpgDébut ce soir du dernier week-end avant les élections municipales, dont le premier tour aura lieu le 9 mars. Ce scrutin, à Paris en tout cas, n’a pas l’air de vraiment passionner les foules. Peut-être est-ce l’effet des sondages, selon qui tout est joué d’avance en faveur du maire socialiste sortant Bertrand Delanoë, qui est crédité au minimum d’une dizaine de points d’avance sur sa rivale UMP Françoise de Panafieu.

Du coup, c’est dans l’indifférence générale que, ces derniers jours, les affiches des candidats ont fait leur apparition sur les panneaux électoraux. Alors qu’aux présidentielles, les portraits des candidats étaient constamment vandalisés, graffités ou détournés, ici, tout le monde a l’air de passer devant ces panneaux sans les regarder. Sur les marchés, on le constate chaque dimanche, les militants peinent à distribuer leurs tracts. Au comptoir des bistrots ou dans les dîners en ville, on doit sans doute parler plus de Nicolas Sarkozy, de Dany Boon, d’Ingrid Betancourt ou de Katoucha que de Marielle de Sarnez, d'Yves Contassot ou de Jean-Marie Cavada.

Mais ce scrutin, en tout cas, n’indiffère pas les Européens résidant dans la capitale. Par rapport aux dernières élections municipales, en 2001, ils sont 58% de plus à s’être inscrits sur les listes électorales, leur nombre passant de 9000 à 14000. En regard des quelque 130.000 ressortissants de l’Union européenne habitant à Paris, cela reste peu (pas plus de 10%). Mais rien que l’année dernière, le nombre d’Européens inscrits sur les listes dans la capitale a augmenté de 25%. Sur les 14.104 électeurs parisiens de nationalité non-française, figurent 980 ressortissants belges (contre 594 en 2001).

On en fait partie. On est très content, voire pour tout dire légèrement ému, de voter pour la première fois en France. On n’y croit pas trop, toutefois. A une grosse semaine du scrutin, en effet, on n’a encore reçu par la poste ni carte d’électeur, ni convocation, ni professions de foi des candidats.

2002eb8032de0930d1587d9a3364810d.jpgAfin de relancer l’intérêt pour ce scrutin, certains Parisiens n’ont pas lésiné sur les moyens. Ainsi, ils ont lancé une pétition (qui a déjà recueilli plus de 8000 signatures) visant à promouvoir la candidature à la mairie de Paris d’une célébrité internationale, dont les frasques affolent à longueur de journées la planète pipol dans le monde entier. Le programme de l’intéressée? «Recréer une vraie vie nocturne parisienne», organiser chaque semaine une opération «Nuit Blanche» qui transformerait «la capitale entière en gigantesque boîte de nuit», ouvrir un centre de chirurgie esthétique dans chaque arrondissement afin que «faux seins, bouche gonflée et implants de pectoraux soient à la portée de toutes et de tous»,  créer un Bentlib’ (une déclinaison du célèbre  Vélib’ fonctionnant avec des limousines Bentley) ou repeindre en rose de nombreux espaces publics dans la capitale. Malheureusement trop beau pour être vrai.

28/02/2008

Une répartie

95f8aea9fa36ca8257c1d5eda621ceda.jpg33%. Selon un sondage CSA à paraître demain, seuls 33% des Français – autrement dit, seul un Français sur trois – considèrent que l’action du Président va dans le bon sens. La popularité de Nicolas Sarkozy continue de dégringoler dangereusement. Et encore, cette enquête d’opinion a-t-elle été effectuée le 20 février, soit avant le dérapage présidentiel du Salon de l’agriculture, qui pourrait influer sur sa cote de popularité.

A propos, cinq jours après l’insulte sarkozienne, la blogosphère et les forums de discussion continuent de s’échauffer à longueur de journées sur le thème:«Il aurait dû, non il n’aurait pas dû, il a bien fait, non il nous fait honte, c’est un homme, non c’est un macho» etc. etc. Pendant ce temps, les mémorialistes de la Cinquième République ressortent des archives poussiéreuses les précédents de Présidents ayant été insultés en public et la manière dont, à l’époque, ils ont réagi.

Ainsi, Charles de Gaulle, croisant un excité criant «Mort aux cons!», lui aurait lancé: «Vaste programme, Monsieur». François Mitterrand, en direct à la télé à un Yves Mourousi lui demandant ce qu’il répondrait aux opposants scandant «Mitterrand, fous le camp!», aurait répliqué: «Cela rime, mais la rime est pauvre». Son successeur Jacques Chirac, au Salon de l’agriculture déjà, devant un agriculteur maugréant «Connard!», lui aurait rétorqué:«Enchanté, moi c’est Chirac!» Trois réparties qui, il faut bien le reconnaître, sont d’un autre niveau que le «Alors, casse-toi, pauvre con» de samedi dernier.

En ce qui concerne Jacques Chirac, cela dit, il faut tout de même rappeler qu’il n’a pas toujours réagi avec autant d’à propos quand il était pris à partie. Un jour même, le prédécesseur de Nicolas Sarkozy à l’Elysée a carrément été réduit à quia par les quolibets.

On s’en souvient comme si c’était hier: c’était en mars 2002, en pleine campagne pour les avant-dernières élections présidentielles, à l’époque où, à longueur de soirées, l’hôte de l’Elysée apparaissait aux «Guignols » de Canal+ sous les traits de la marionnette «Supermenteur», une déclinaison franchouillarde et politicarde pas vraiment flatteuse de Superman. En plein bain de foule au Val-Fourré, le quartier populaire de Mantes-la-Jolie, le candidat avait été chambré par des gamins qui, planqués dans la masse, lui avaient lancé quelques «Chirac menteur!» et «Chirac voleur!», puis avaient craché dans sa direction. Jacques Chirac, à l’époque, n’avait pas réagi: avait mis fin au bain de foule et s’était engouffré dans sa voiture comme si de rien n’était. Depuis, il a toujours soutenu qu’il ne s’était absolument rendu compte de rien, n’avait ni entendu les insultes ni vu les crachats. Ceux-ci, en revanche, n’avaient pas échappé à son entourage. Roselyne Bachelot, porte-parole du candidat Chirac en 2002, avait dénoncé, mais tout en minimisant leur ampleur, «quelques actes d’incivilité».

27/02/2008

Un coup de poing (encore)

7ba640c1b215b17624e0767d88967051.jpgDepuis la note d’hier, et toujours sur le thème du coût de la vie à Paris, on a retrouvé une intéressante étude sur la question, qui a été réalisée très récemment par le cabinet de consultance internationale Mercer, et qui compare le coût de produits et services dans onze grandes capitales internationales, dont Paris et Bruxelles. Alors évidemment, vu le public visé par le commanditaire de l’étude, n’est pas soupesé ici l’habituel et fameux «panier de la ménagère», mais plutôt l’attaché-case du cadre expatrié. L’étude en dit long, malgré tout, sur la différence de coût de la vie entre les capitales française et belge.

Ainsi, une chemise lavée et repassée au pressing coûtera en moyenne 4€20 à Paris et 3€50 à Bruxelles. Le loyer mensuel d’un appartement de 3 chambres s’élèvera à 4000€ à Paris, contre 2000€ à Bruxelles. Dans la capitale française, un menu dans un bon restaurant coûtera en moyenne 40€ ; ce sera 35€ dans la capitale belge.  A Bruxelles, une télévision LCD de 63cm vaut environ 719€ ; c’est nettement plus cher (777€) à Paris. En fait, sur un seul de ces cinq biens de consommation sélectionnés, les dépenses mensuelles pour une ligne de téléphone, le Bruxellois paiera plus (17€50) que le Parisien (16€).

Au total, si l’on pose à 100 l’indice du coût de la vie à Paris, Bruxelles sera nettement meilleure marché (94). Beaucoup moins chères que la capitale française sont aussi des villes comme Berlin (96), Madrid, Budapest et Pékin (93), New York (90), Varsovie (89) ou New Delhi (77). En revanche, le coût de la vie à Rome (100) est similaire à celui de Paris. En fait, en matière de coût de la vie, les capitales française et italienne sont uniquement battues par Londres (115), où une chemise repassée, un appart et un resto coûtent respectivement 7€57, 5783€ et 44€75.

93848a5f732594e6e964258ba40a0740.jpgLes Parisiens ayant des problèmes de pouvoir d’achat ne pourront se consoler, par rapport à leurs cousins bruxellois, en misant sur la qualité de vie dans leur ville. Dans cette même étude, en effet, l’indice de la qualité de la vie – à savoir l’environnement naturel, l’offre de loisirs, l’offre de transports, etc. –  est meilleur à Bruxelles (102) qu’à Paris (100). En termes de qualité de vie, la capitale belge partage carrément la première marche du podium avec son homologue allemande. Paris arrive juste derrière ce duo de tête, et devance tout de même des villes rivales comme Londres, Rome ou Madrid.

26/02/2008

Un coup de poing

e223a52e72cb71f2312de2fde2015f81.jpgLes Français risquent de ne parler que de cela, aujourd’hui. Ce matin, le gouvernement lance une «opération coup de poing» contre la flambée des prix dans le secteur de l’alimentation. Les résultats des dernières études, il est vrai, ont de quoi donner le tournis. Pour ne prendre que quelques exemples, rien que de novembre à fin janvier, la valse des étiquettes dans les rayons a fait croître le prix des yaourts, du lait, du camembert et des pâtes de 40%, 37%, 32% et 45% respectivement.

Cela tombe vraiment bien cette opération coup de poing, se disait-on pas plus tard que ce matin: avant même le petit-déjeuner, retour affamé de l’épicier du coin où on avait fait un saut et acheté une boîte de céréales, pour dépanner. 7€50! Grande, la boîte, certes, mais jamais remplie que de flocons et dès lors de beaucoup d’air.On n’en revenait tellement pas d’un prix aussi astronomique, pour une denrée alimentaire aussi banale, qu’en les mangeant, on s’est surpris à faire, comme les petits vieux, la conversion en anciens francs. Cela faisait tout de même près de 50 FF ou 300 FB la boîte de céréales. Qui donc aurait payé cela, il y a quelques années?

Les prix prohibitifs qui vous éclatent à la face comme un coup de poing, à Paris, on connaît bien cela, à longueur de journées et pas seulement dans les magasins d’alimentation. On ne va pas revenir une fois de plus ici sur les tarifs des spectacles, des expos ou simplement de la séance de cinéma, on donnerait l’impression de radoter. Juste raconter trois anecdotes récentes.

cd42bf63f80984d79931f4bae697458a.jpgCe week-end, on a vu qu’un nouveau bien avait fait son apparition dans la vitrine de l’agent immobilier du quartier: un studio de 26m2, a priori moche et sombre, 191.000 euros. L’autre soir, dans un bar (même pas trop branché) du Marais, on a rougi de honte pour cette ville à la vue de la mine de l’ami bruxellois de passage qui se décomposait en découvrant le prix de la pinte de bière blanche (même pas belge: hollandaise, pas terrible donc) qu’il venait d’offrir: 9€25. Et le dimanche d’avant, en terrasse à Bastille, on avait surpris la conversation d'un couple de touristes américains, à la table d’à côté, qui trouvait que plus de 8€ le capuccino, ce n’était tout de même pas donné.

C’est cela aussi, au jour le jour, Paris: 8 € le capuccino. Mais il avait l’air exquis: des copeaux de chocolat, un cumulus énorme de Chantilly, etc. De cette terrasse, la vue sur l’Opéra, étincelant sous le soleil, était carrément sublime. Aux pieds de l'édifice, le clapotis des vaguelettes du port autonome et le parfum d’herbe coupée des parterres faisaient déjà penser à l’été. Et ce dimanche, avec tant et tant de choses à faire et à voir dans cette belle ville, s’annonçait résolument épatant.

25/02/2008

Un symbole?

a74807a2361c77264ac08806a6fb54b0.jpgTombé sur ce graffiti dans les rues de Paris, samedi. Au moment même où, au Salon de l’Agriculture, porte de Versailles, éclatait  la fameuse algarade entre un badaud et le Président Sarkozy. Depuis, on se demande un peu s’il ne faut pas voir dans cette expression murale un symbole du niveau effarant où tend à tomber, de plus en plus souvent, le débat politico-médiatique en France... Mais bon, comme tirer sur l’ambulance est peu charitable, voire franchement minable, on ne va pas ici épiloguer sur ce pitoyable incident (*). Et donc on va parler du mur et non de l’homme.

D’autant que ce graffiti en forme de rouleau de papier de toilette, sobrement signé pq, fait un tabac en ce moment, dans les rues de Paris. On le voit un peu partout. En rose, en bleu, en mauve ou en violet. Dans le quartier Beaubourg comme près du Sacré-Cœur. Et à Bastille évidemment: rue de la Roquette, dans notre cher quartier Saint-Sébastien, etc. Une version avec du joli papier à fleurs a même été collée dans une rue très passante du Marais.

Dans la blogosphère de la capitale ainsi que sur les sites web dédiés à l’art urbain parisien, on parle pas mal de ce dessin. Des internautes alertent qu’ils l’ont également vu dans les rues de Grenoble et de Marseille. Même sur les murs de Barcelone, attestent des photographies, se déroule en ce moment cet énigmatique papier de toilette.

Tout le monde s’interroge sur le message véhiculé. Pas grand monde ne comprend la symbolique utilisée. Sur la toile comme sur le trottoir, quand ils tombent nez à nez sur ce genre de dessin, les gens se posent des questions, supputent, imaginent, dialoguent, argumentent, défendent, condamnent, comparent, s’excitent. En attendant, qui sait, que l’auteur un jour se dévoile. Que son identité et son projet artistique soient peut-être révélés. Qu’ils essaiment comme une traîne de poudre sur le net. Qu’ils y disparaissent probablement rapidement, au profit d’un autre artiste de rue et d’un nouveau buzz. Et que tout le monde passe à autre chose.

C’est bien. C’est cela la ville. C’est cela Paris. Cela bouge. Cela parle. Cela change. Cela vit. Du coup, alors qu’on était dubitatif voire réservé quand on l'avait découvert, il y a quelques semaines, on commence à plutôt bien l’aimer, cet anodin mais si symbolique rouleau de PQ. Qui pendouille vaguement, dans le vent. Léger, avant de s'en aller. 

(*) Incident qui en tout cas, et c’est au moins cela, amuse et passionne la planète internaute. Selon les derniers comptages, la vidéo de l’énervement présidentiel aurait été visionnée pendant le week-end par… un million de personnes! Le nom de domaine cassetoipauvrecon.com a déjà été acheté, et un quidam a mis aux enchères la petite phrase  présidentielle «qui déchire le quinquennat». Dans la même veine, un site baptisé situreviensjannuletout.com existe déjà aussi. Mais, assurait la radio ce matin, le nom de domaine aveccarlacestdusérieux.com serait encore libre.

22/02/2008

Un refus

dc05822acdc78e803e970138f7d341b3.jpgDécidément, il en fait des vagues, cet édito anti-sarkozyste de nos confrères espagnols d’«El País», qui moque un Président français malade d’une «hypertrophie probablement incurable» de son ego et accusé d’avoir, par l’étalage de sa vie privée voire par son «exhibitionnisme», rabaissé la France «au niveau de la Principauté de Monaco». Hier, le brûlot avait fait s’égarer le ministre Michel Barnier. Aujourd’hui, comme l’a révélé Rue 89, il vaut rien moins qu’à … Barack Obama de se voir interdit de publicité dans le métro parisien. Ce n’est évidemment pas le candidat à l’investiture démocrate qui est nommément visé ici, mais il est indirectement victime du climat d’animosité régnant entre Nicolas Sarkozy et les médias.

L’Américain, en effet, figurait en couverture du numéro de cette semaine du «Courrier International». Mais dans la partie supérieure de sa Une, le magazine renvoyait aussi au fameux édito d’«El País» avec cette accroche: «Vu de Madrid, Sarkozy ce grand malade». La société Métrobus, la régie publicitaire de la RATP, a jugé cette accroche offensante et a donc refusé d’afficher les pubs pour le «Courrier».

Ce genre de refus de campagnes publicitaires de la part de Métrobus n’est pas fréquent, mais pas rare non plus. En gros, une fois par an, la régie publicitaire des transports parisiens est accusée de «censure».

Ainsi, en septembre 2006, une campagne de pub axée sur Nicolas Sarkozy déjà avait été interdite. Elle émanait du magazine «Télérama». L’affiche reprenait un courrier attribué à un lecteur et, via l’allusion à une célèbre et très politiquement correcte émission télé dominicale, moquait les liens de connivence supposés entre le grand patron de l’UMP et l’establishment médiatique. Cela donnait ceci: «Dimanche 15 janvier. "Vivement dimanche". Nicolas Sarkozy devrait faire attention. C’est déjà la troisième fois qu’il invite Michel Drucker dans son émission». Suivait le slogan : «Nous sommes durs, vous êtes pires». A l’époque, Métrobus avait démenti toute censure mais avait rappelé que, dans le cadre de sa convention passée avec la RATP, elle était tenue «à une neutralité» passant par l’interdiction de «quelque communication à caractère politique que ce soit».

ec60603ccccdfeb48621f1fafc1fa498.jpgUn an auparavant, à l’automne 2005, c’était une autre campagne qui avait posé problème à la RATP. Pas du tout politique, cette fois, dans le sens premier du terme en tout cas. Il s’agissait de la promo pour un salon gay, «Rainbow Attitude», montrant des couples de filles et de garçons en train de s’embrasser. Dans un premier temps, Métrobus avait rejeté ces visuels, considérés comme indécents et susceptibles «de choquer l’ensemble des voyageurs». Les organisateurs du salon en avaient été réduits à faire diffuser une version light des deux clichés, montrant les couples s’enlaçant et non plus s’embrassant. Puis, furieux d’une «censure d’images aussi inoffensives, prônant simplement l’amour et la tolérance», ils avaient saisi la Haute autorité de lutte contre les discriminations (Halde). Et avaient finalement obtenu gain de cause, Métrobus s’inclinant «par souci d’apaisement» et consentant à afficher les premiers visuels. Sitôt leur apparition dans les couloirs et sur les quais du métro, toutefois, lesdites affiches avaient souvent été lacérées et/ou recouvertes de graffitis haineux.

21/02/2008

Une puérilité

Ce matin au petit-déjeuner, on est tombé de la chaise – expression à prendre au figuré et non au propre, rassurons d’emblée le lectorat ;-) – en entendant le ministre Michel Barnier sur France Inter. En queue de revue de presse, il était interrogé sur un édito visiblement assez virulent du quotidien madrilène «El País» (excellent journal, soit dit en passant), qui descendait en flammes l’ego présenté comme surdimensionné du Président Sarkozy. Et Michel Barnier, entre agacement et mépris condescendant, de lancer en substance: «Oh, mais vous savez, cette presse étrangère, elle n’a jamais été obligée d’aimer la France ni les Français».

 

Ce commentaire est affligeant, d’abord parce qu’il renvoie subliminalement mais assez peu aimablement au célèbre slogan anti-étrangers de Jean-Marie Le Pen, repris et recyclé par Nicolas Sakozy: «La France, on l’aime ou on la quitte». Slogan simpliste s’il en est puisque, comme chacun sait, l’amour, cela marche rarement à sens unique et cela fonctionne d’autant mieux si, des deux côtés, on se sent un peu aimé et désiré.

 

En plus, voilà une conception très curieuse de l’amour. En quoi l’amour (pour un pays comme pour une personne, c’est la même chose) devrait d’office impliquer une approbation béate, voire bénie oui-oui, de tous ses aspects? Devrait contraindre, à défaut, en cas de désapprobation donc, à un silence qui serait considéré ici comme le sommet du patriotisme? L’amour, si l’on comprend bien, impose le consensus et l’unanimisme? Le débat, l’échange, la remise en question, tout cela tue l’amour? C’est une vision vraiment très puérile des relations.

 

Puérile aussi est la conception affective du journalisme que ce propos ministériel traduit. La mission d’un journaliste consisterait donc à «aimer» son sujet, et non à informer sur lui? L’activité journalistique ne se logerait pas quelque part du côté du cerveau – là où pourtant, même très modestement, on la situait jusqu’à ce matin – , mais au niveau du ventre, dans la région du cœur? On serait donc plus ici dans le registre de l’émotion que de la réflexion? Davantage dans l’affect que dans l’intellect? Curieux.

 

On sursautait en entendant cela, donc. Ce qui n’empêchait pas Michel Barnier de s’enfoncer encore un peu plus dans sa seconde phrase. En gros, après avoir fait cette réflexion si pénétrante sur le manque d’amour de la presse étrangère pour la France, le ministre moquait ces journaux étrangers qu'il trouvait si incohérents et frivoles car aujourd’hui critiques envers Nicolas Sarkozy alors qu’hier, ils encensaient le même Sarkozy pour avoir sauvé l’Europe avec son traité institutionnel simplifié.

 

Deux choses. D’abord, c’est surtout en France que les médias ont présenté l’Europe comme étant sauvée par Nicolas Superman Sarkozy. Dans les autres pays d’Europe, la fin de l’impasse institutionnelle européenne a été mise au crédit de Nicolas Sarkozy certes, mais pas uniquement de lui. Ensuite, à nouveau quelle vision puérile des choses et quelle étrange conception du journalisme. Sous prétexte qu’on a encensé quelqu’un un jour, on ne pourrait donc plus jamais le critiquer un autre jour? Les journalistes devraient donc définitivement et irrémédiablement choisir leur camp affectif? On devrait être pour ou contre? Et pas nuancé, pondéré, précis, impartial, etc?

 

Décidément, ces propos de Michel Barnier sur la presse, c’était vraiment du tout grand n’importe quoi. Sans doute n’était-il pas bien réveillé – ce qui, vers 8 heures du matin, est encore parfaitement son droit.  Du moins, c’est ce qu’on préfère penser. Parce que si un ancien ministre français des Affaires étrangères et ex-commissaire européen à Bruxelles, qui rêverait en plus de devenir Président de l’Union européenne, a une telle conception des médias, alors ce serait légèrement inquiétant.

20/02/2008

Une “situation problématique”

30e7296f9d61cb43e111af50f987d640.jpgVous habitez Paris ou la région parisienne et éprouvez soudain l’envie, ou le besoin, d’un bon bol d’air? Ce n’est peut-être pas toujours une bonne idée de se précipiter à la fenêtre ou dans les rues, si l’on en croit le bilan 2007 de la qualité de l’air en région parisienne, dressé par AirParif. Plus que jamais, en effet, ce rapport confirme qu’on respire souvent mal, dans la capitale. Ce n’est assurément pas le meilleur aspect du bilan de Bertrand Delanoë mais, curieusement, on parle assez peu de la pollution en ville, dans cette campagne électorale pour les municipales.

L’année écoulée fut d’autant plus mauvaise en région parisienne qu’on a eu droit à deux bizarreries météorologiques, à l’origine de pics de pollution inattendus: une période de chaleur estivale en avril et une courte vague de froid intense les deux jours avant précédé Noël. Si le gendarme de la qualité de l’air à Paris note d’emblée «une tendance générale à la poursuite de l’amélioration», cela doit être par pure précaution oratoire et pour ne pas trop déprimer les lecteurs de son rapport, qui, dans les faits, identifie d’innombrables problèmes.

Passons rapidement sur les rares polluants sous contrôle, car ils sont en nombre si réduit: monoxyde de carbone, dioxyde de soufre ou métaux lourds tel le plomb. Pour tous les autres polluants, en revanche, AirParif diagnostique une «situation toujours problématique».

45cd1b9d2ea7d9ac8ccb34ebe17299b5.jpgL’ozone? «Les niveaux moyens de l’agglomération ont quasiment doublé depuis quinze ans», la seule (maigre) consolation étant que cela «se vérifie à l’échelle de toute l’Europe». Le dioxyde d’azote? A proximité du trafic routier (en bordure du périphérique, par exemple), les niveaux de pollution restent «forts» («deux fois supérieurs à la réglementation»). Du coup l’an dernier, 3,4 millions d’habitants de la région parisienne ont été exposés à un air de qualité inférieure à l’objectif annuel fixé. Les oxydes d’azote? «La moyenne 2007 n’évolue que très faiblement à la baisse par rapport à 2006, marquant ainsi une atténuation très nette du rythme de baisse régulière enregistrée depuis 1992». Le benzène? «Le niveau annuel est encore supérieur à l’objectif de qualité français».

Mais ce sont surtout les particules qui posent un gros problème. Depuis 2000, le niveau parisien de pollution par les particules s’était stabilisé. Mais 2007 «vient rompre cette tendance avec pour la première fois une remontée des niveaux moyens en Ile de France de 6 à 8% ». C’est habituel le long des axes routiers, où le seuil réglementaire a été «largement dépassé pour la cinquième année consécutive». Mais grosse innovation en 2007: «la réglementation est dépassée pour la première fois loin du trafic également».

4bf3d14ed0b3882ddce9b45a4f3f8f9f.jpgLa situation est-elle à ce point préoccupante qu’elle impose désormais une information et une vigilance accrues des Parisiens? Pour la première fois cette année, en tout cas, ceux-ci y verront un peu plus clair sur l’air qu’ils respirent chaque jour. Dès le printemps, en effet, le grand ballon montgolfière flottant au-dessus du parc André Citroën, dans le quinzième arrondissement, va servir d’outil d’information des habitants. Grâce à un système de diodes électro-luminescentes et selon les niveaux de pollution relevés au sol dans la capitale, ce ballon s’illuminera en vert (très bonne qualité de l’air), en orange (qualité médiocre) ou en rouge (très mauvaise qualité).

En 2007, il se serait majoritairement illuminé en orange voire en rouge. Et cette année? Pas sûr que ce sera beaucoup mieux. Mais au moins les Parisiens en seront-ils informés.

19/02/2008

Un grand classique

C’est un grand classique, une vieille règle électorale. Jamais l’étalage de «people» n’a suffi à assurer l’élection d’un homme politique. Mais jamais non plus un homme politique n’a réussi à se faire élire sans s’afficher avec des personnalités. Aussi, les élections municipales approchant à grand pas, les «people» sont omniprésents aux côtés des politiques, en ce moment.

Ainsi hier, Bertrand Delanoë a présenté les «Talents» qui le soutiennent dans son ambition d’être réélu. Il y en a tellement qu’on se demande si son adversaire Françoise Panafieu en trouvera encore. Aux côtés du maire de Paris, se tiennent en vrac des comédiens (Jeanne Moreau, Lambert Wilson, Anouk Aimée, Pierre Arditi, Francis Huster, Sylvie Testud, Nadine Trintignant, etc.), des chanteurs (bénabar, Marc Lavoine, Olivia Ruiz), des écrivains (Mazarine Pingeot, Samuel Benchetrit, Bernard Henri-Lévy, Jean Lacouture), des cinéastes (Costa-Gavras), des stylistes (Agnès B, Isabelle Marant) ou des sportifs (Vikash Dhorasoo, Fabien Galthié). Pas de surprise donc, ici. En gros, il s’agit invariablement de ces mêmes personnalités du show-bizz parisien plus ou moins étiquetées à gauche  – la gauche-caviar du café de Flore, raille l’UMP – que le PS ressort à chaque élection, qui avaient soutenu Ségolène Royal aux dernières présidentielles, avant elle Lionel Jospin en 2002, etc., etc.

Une sensation, tout de même, sous la forme d’une transfuge venue de la droite. Line Renaud figure en effet dans le comité de soutien du maire socialiste. Or, jusqu’à présent, à chaque élection, cette amie proche de Jacques Chirac avait soutenu mordicus la droite. Mais elle ne votera donc pas pour la candidate sarkozyste à l’Hôtel de Ville. Qui sait, en mesure de rétorsion Françoise de Panafieu sortira-t-elle bientôt des «people» de gauche de son chapeau?

PS: Abondance aussi de «people» mais sur les listes électorales, carrément. La dernière annoncée en date était, hier, l’animatrice de télé Sophie Favier sur une liste dissidente de droite à Neuilly. Candidats aussi, à droite, le comédien Bernard Menez (à Paris), les anciennes animatrices de télé Danièle Gilbert (Châtellerault) et Denise Fabre (Nice), l’ex-tennisman Henri Leconte (Neuilly), l’entraîneur de foot Guy Roux (en Bourgogne), le journaliste sportif Henri Sannier (en Picardie), le navigateur Gérard D’Abbovile (Paris) ou même le magicien Gérard Majax (Paris). A gauche, briguent les suffrages des électeurs des personnalités comme les comédiens Philipe Torreton (Paris) et  Sophie Duez (Nice) ou l’humoriste Marc Jolivet (à Paris, pour les Verts).

18/02/2008

Un engagement

4a38566f8dceab61ade89ff5008eb12e.jpgEn matière de régularité et de ponctualité des transports en commun, ayant expérimenté les deux villes, on a toujours eu le sentiment que Paris s'en sortait un peu mieux que Bruxelles, que la RATP était plus efficace que la STIB – très mauvais souvenirs gardés notamment de bus 71 attendus interminablement à De Brouckère le soir après d’interminables journées de travail à la rédaction, située à l’époque Boulevard Jacqmain. Mais la RATP et la SNCF peuvent visiblement encore faire mieux dans ce domaine, et elles vont le faire si l’on en croit l’engagement contenu dans le contrat pluriannuel 2008-2014 qu’elles viennent d’adopter.

Ce projet se fixe comme objectif  98% de métros et 94% de RER A et B à l’heure. Nouveauté: cette ponctualité sera désormais mesurée ligne par ligne et non plus globalement pour l’ensemble du réseau, ce qui empêchera la RATP de camoufler des défaillances ponctuelles flagrantes (la ligne 13, par exemple) sous une bonne performance globale. SNCF et RATP s’engagent aussi à ce qu’en cas de panne, les voyageurs soient informés rapidement: 3 minutes dans le métro et 5 minutes dans le RER. Une même rapidité sera de mise  pour les réparations d’ascenseurs et d’escalators dans les gares, qui devront être effectuées dans les 48 heures. Au total, une batterie de 150 indicateurs de qualité (contre une cinquantaine auparavant) a été mise en place, avec des amendes financières à payer s’ils ne sont pas respectés par les sociétés de transport concernées.

db85daed6ee4f9dbbf7e8bff9e2c015d.jpgLa propreté des gares et des stations fait partie de ces critères. Là, il y a du boulot. Les quatre sociétés privées qui se partagent le nettoyage du métro et du RER parisiens ont en charge 1,3 million de m2 de surfaces au sol, un millier de trains et 400 kilomètres de voies. Dont coût 299 millions d’euros par an. Il y a quelques mois, la RATP a durci leur cahier des charges. Les stations et rames doivent désormais être nettoyées après chaque événement exceptionnel (grande manif, match de foot, etc.). La rémunération de ces prestataires est d’ailleurs fonction des résultats des contrôles effectués par la RATP.

A propos, tous les spécialistes de l’espace public conviennent que la propreté, c’est un peu comme l’insécurité: le sentiment importe au moins autant que la réalité. C’est la raison pour laquelle, depuis quelques semaines, plusieurs gares de la région parisienne («Musée d’Orsay», «La Défense», «Versailles», etc.) sont l’objet d’une expérimentation... olfactive! Des diffuseurs distillent des extraits de parfum sous forme de vapeur sèche dans les couloirs. Patchouli, thé, miel-pommes vertes et champs-herbe coupée sont les effluves qui sont alternativement diffusées. L’on envisage de créer des ambiances olfactives différentes en fonction des saisons de l’année. Le parfum muguet est déjà programmé dans les stations «Musée d’Orsay» et «Invalides» pour le mois de mai. Et la senteur sapin de Noël sera diffusée dans l’ensemble du réseau pour les fêtes de fin d’année. On se réjouit déjà d’y être.

15/02/2008

Une sécurité

bf8076e9d784f701255250cb9953c86b.jpgQuinze points. Si l’on en croit le dernier sondage publié cette semaine, Françoise de Panafieu, la candidate UMP à la mairie de Paris, a quinze points de retard sur Bertrand Delanoë – il y a de quoi en perdre son sang-froid (*) . Dans son programme, figure notamment l’engagement d’installer chaque année dans Paris 500 caméras de vidéosurveillance supplémentaires. Ce qui ferait 3.000 caméras au cours de la mandature. Elles seraient «mises dans des endroits qui doivent être particulièrement surveillés». Ces dernières années déjà, la vidéosurveillance s’est beaucoup développée à Paris. A chaque grand carrefour ou presque, il suffit de lever les yeux pour apercevoir des caméras.

Cet engagement électoral représente «un très gros investissement», admet la candidate UMP. C'est le moins que l'on puisse dire. Une caméra du type de celles qui surveillent les rues de Paris, cela coûte au bas mot 30.000 euros. Soit, pour 3.000 unités, une facture d’achat de 90 millions d’euros. Montant auquel il faut ajouter 20.000 euros de frais de fonctionnement par an et par caméra. Ce qui fait encore 10 millions d’euros à débourser en plus chaque année.

De telles dépenses sont-elles justifiées? Les statistiques officielles, en tout cas, montrent que l’insécurité est plutôt sous contrôle dans la capitale.

A en croire la préfecture de police, pour la sixième année consécutive, la délinquance générale (tous types de faits confondus) a encore baissé à Paris en 2007: précisément de 4,4% par rapport à 2006. La violence contre les personnes a reculé de 5,7% (une première depuis 2004), les atteintes aux biens ont baissé de 8,1%, et la criminalité économique a régressé de 5,2%. Mais la plus forte baisse (10,1%) enregistrée en matière de criminalité dans la capitale provient… de la délinquance sur la voie publique. Or, c’est précisément à la surveillance de la voie publique que contribuera ce bataillon de nouvelles caméras – paradoxe tout de même un peu curieux.

(*) Hier, pour tout argument, elle a traité Bertrand Delanoë de «tocard». Selon elle, c’est un mot «sympa». Selon le dictionnaire, cela désigne un «mauvais cheval, aux performances irrégulières», une «personne incapable, sans valeur». Voilà qui, en tout cas, rehausse le niveau du débat.

14/02/2008

Un stéréotype

09e04f4588057102e1daf3ec6f0f3748.jpgComme chaque 14 février, Saint-Valentin aujourd’hui. Ce soir, pour les amoureux qui ne trouvent pas cette fête ringarde ou commerciale mais qui, au contraire, souhaitent la célébrer dignement, les grands restaurants de Paris mettront les petits plats dans les grands.

Au «Murano Urban Resort», l’hôtel design, très branché et prisé des people du quartier de la République, les convives dégusteront un menu aux intitulés de circonstance: «Coup de foudre» (champagne et sucette de foie gras, cristalline de roses), «Préliminaires» (huîtres pochées, eucalyptus et perles au gingembre) et «Pour faire durer» (Saint-Jacques, fraise et caramel de balsamique). Dont coût: 130 euros par personne hors boissons (mais avec une coupe de champagne). Un peu plus cher (180 euros) est le menu de Saint-Valentin du «Lancaster», un des hôtels de grand luxe de la capitale. Il faut dire qu’il est signé par le triple-étoilé Michel Troisgros – une légende vivante de la gastronomie française. Au programme ici: vichyssoise à la truffe noire, homard breton grillé et flambé au cognac, foie gras poêlé du sud-ouest, consommé de canard et dessert meringué arrosé d’une crème de litchi et de gelée à la rose.

Formule différente, mais prix identique, au restaurant du «Meurice», le palace de la rue de Rivoli. Là, on a un menu pour les femmes: Belles de Fontenay aux truffes, homard à la nage, petites côtes d’agneau, et un très bling-bling gâteau praliné en forme de lingot d’or. Et un menu pour les hommes: gelée de tourteau au gingembre, asperges au vin jaune, filet de risotto à l’or fin (bling-bling toujours) et velours au chocolat lacté au cœur passion. A «L’Espadon», le restaurant gastronomique du «Ritz», c’est plus cher: 950 euros par couple (un salaire minimum donc, en gros), participation incluse à une tombola dont le premier prix est «un magnifique bijou offert à l’une des heureuses élues par un joaillier de la Place Vendôme». Mais ici aussi, le concept est le même: on se rassasiera selon son genre. Pour madame, ce sera la crème légère à la vanille et le confit acidulé à la violette, pour monsieur la crème légère au chocolat et le confit acidulé au café.

Les menus clairement clivés masculin/féminin sont donc tendance dans les restaurants parisiens, en cette Saint-Valentin. Comme ils se déclinent invariablement par paires constituées de deux éléments différents, on souhaite bien du plaisir aux maîtres d’hôtel qui, ce soir, devront servir des tables d’amoureux du même sexe.

8bb8dac972c00f49b3d69bc1972d750e.jpgOu gérer des amoureux désireux de bousculer l’ordonnancement si conventionnel, si Ken & Barbie, si stéréotypé, de cette gastronomie de 14 février. Pour les dames donc, le goût un peu mièvre, douillet limite écoeurant, voire tartouille de la violette, de la vanille et des brillants – même les côtes d'agneau sont petites parce que, vous comprenez, elles ont les doigts si fragiles. Pour les mâles, les vertus aphrodisiaques du gingembre et les propriétés sans doute excitantes du confit au café – que voulez-vous la nuit d’amour de l’année, il faut assurer.

13/02/2008

Une avidité (suite)

31ac5a56a8627617c2f76f292de630d8.jpgDans sa première interview accordée à la presse en tant que Première Dame, Carla Bruni-Sarkozy revient cetet semaine, dans le newsmagazine «L’Express», sur la si pénible exhibition de son fils aux paparazzi, lors de son voyage à Pétra, en Jordanie, en compagnie du Président début janvier (relire cela ici). On avait parlé d’avidité et de voracité médiatiques gênantes. L’intéressée reconnaît elle-même «une erreur». Qualifie de «choquante, violente, obscène» l’image donnée par cet épisode. Et confesse que l'affaire lui «a procuré de la honte en tant que mère».

Suit une explication: «A Pétra, après quarante-cinq minutes de marche, j'étais épuisée à force de porter mon fils; Nicolas l'a pris sur ses épaules, et j'ai apprécié ce geste sans réfléchir. Quand j'ai vu les photographes qui étaient là, j'ai dit à mon fils de se cacher le visage, parce que je pensais qu'il valait mieux qu'il ne soit pas reconnaissable sur les clichés. Mon erreur a été de ne pas prendre la mesure de ce qui allait arriver, de ne pas réagir assez vite lorsque j'ai vu les 600 photographes réunis soudainement. Quelques secondes ont suffi. (…) Mon erreur la plus grande, bien sûr, a été d'emmener mon fils dans cette visite à Pétra. Ce n'est pas l'erreur de Nicolas, c'est la mienne».

Beaucoup moins consensuel, voire qui va carrément faire du bruit, est le jugement porté par Carla Bruni sur la publication récente par «Le Nouvel Obs» du fameux texto présumé de Nicolas à Cécilia Sarkozy. «A travers son site Internet, Le Nouvel Observateur a fait son entrée dans la presse people. Si ce genre de sites avait existé pendant la guerre, qu'en aurait-il été des dénonciations de juifs?»

Il y a de quoi rester pantois devant la violence hallucinante du parallèle historique ainsi établi par l'épouse du chef de l'Etat. Son interview ayant probablement été relue à l’Elysée avant publication, nul doute que ce parallèle est avalisé par Nicolas Sarkozy en personne, ce qui en dit long sur l'état de fureur de ce dernier vis-à-vis du «Nouvel Obs».

 

Comme il l’a recommandé lui-même mardi pour une autre affaire, du «calme» et du «sang-froid» seraient sans doute bienvenus ici aussi.

 

 

PS: Visiblement, la nuit porte conseil. Ce matin, Carla Bruni a fait publier sur le site de «L’Express» ses excuses pour avoir «comparé, à tort, les méthodes employées dans les sites internet avec celles employées par la presse collaborationniste. Si j'ai pu blesser quelqu'un, j'en suis extrêmement désolée. J'ai juste voulu dire tout le mal que je pense de ces attaques ad hominem, qui dégradent l'information. Et le danger potentiel qu'elles représentent» Dont acte. Il n'empêche, une bourde aussi énorme dès la première prise de parole officielle, cela promet bien du plaisir pour la suite.

12/02/2008

Un progrès

Poursuivons à propos des textos. Comme on n’arrête pas le progrès, ce moyen de communication si populaire n’a plus de secret pour les autorités non plus. Même si, dans cette affaire du fameux texto présidentiel présumé à Cécilia Sarkozy, un gros problème juridique risque de se poser – comment donc vérifier que ledit SMS a bel et bien été envoyé du portable du chef de l’Etat alors que ce dernier, constitutionnellement, ne peut faire l’objet du moindre acte d’instruction pendant toute la durée de son mandat? Bonne question.

 

Mais sinon, au-delà de ce cas d’espèce un peu particulier, les textos, les magistrats et les policiers connaissent bien cela. Ainsi, début mai 2007, dans l’entre-deux tours de l’élection présidentielle, le ministère de l’Intérieur a discrètement mis en place une «plate-forme technique d’interception des données de connexion aux systèmes de communication». Derrière cette appellation barbare, se cache une grosse machine sophistiquée qui (moyennant diverses autorisations, évidemment) permet aux forces de l’ordre de tracer en temps réel, outre les mails envoyés ainsi que les adresses IP et forums fréquentés, tous les appels vocaux et messages SMS passés par téléphone mobile. Cette plate-forme est aujourd’hui amplement utilisée – à raison de 300 requêtes par semaine, dit-on –  dans le cadre de la lutte anti-terroriste. Physiquement, elle est localisée dans les locaux ultrasécurisés des services de renseignement de la police nationale, à Levallois-Perret, en banlieue parisienne.

 

La justice, de son côté, depuis cet été, est en train d’expérimenter son propre système d’interception et de surveillance des SMS pour répondre aux réquisitions des juges d’instruction et des procureurs. A terme (et là aussi moyennant bien sûr diverses autorisations), via l’opérateur téléphonique réquisitionné pour la cause, il suffira d’un simple clic pour faire basculer les textos de n’importe quel téléphone portable d'un particulier vers l’ordinateur d’un magistrat, et ce pour une durée maximale d’un mois. Seront concernés, surveillés et conservés à la fois les identités de l’émetteur et du récepteur de ces textos ainsi que le contenu intégral des messages.

11/02/2008

Un message

bea7fb8596adeef77c1aef561bebf823.jpgParlons téléphonie mobile. Et SMS, plus précisément. Cela tombe bien, vu que c’est un SMS qui agite toute la planète médiatico-politique depuis quelques jours. Pour ceux qui auraient été sur la planète Mars la semaine dernière et qui n’auraient donc pas suivi, Nicolas Sarkozy, une semaine avant son remariage, aurait envoyé un texto à son ex-épouse, dans lequel il se serait dit prêt à annuler ses noces si elle revenait à la maison. Notez que cela fait tout de même beaucoup de conditionnels en peu de mots. Cela fait donc plus ragot qu’info? On n’est pas loin de le penser. Mais, après tout, puisqu’elle a été saisie, que la Justice fasse son travail. Et départage ces deux camps qui, aussi caricaturalement l’un que l’autre, s’accusent d’être des fossoyeurs de la liberté de la presse ou des charognards.

 

Sinon, au moment précis où éclatait cette énième anicroche entre la Sarkozie et les médias, tombaient des chiffres historiques pour ce secteur économique. Les opérateurs de téléphonie mobile, en effet, ont enregistré un troisième trimestre record en 2007, au cours duquel ils ont glané 2,2 millions de clients supplémentaires. Ce qui porte à 55,3 millions le nombre de Français disposant d’un portable, soit un «taux de pénétration» de 87,8 %. Parallèlement, dans ce pays dont les télés montrent désormais souvent le chef de l’Etat en train de pianoter des textos en pleines cérémonies officielles, le trafic SMS est en train d’exploser. Pendant ce même trimestre, les Français ont échangé 5,8 milliards de textos, soit une hausse de 21% par rapport au trimestre précédent. Cela donne une moyenne de 37 SMS par mois par Français – nous, en tout cas, on est très largement au-dessus.

 

Au fond, la France se distingue des autres pays francophones par l’appellation «texto» qui est souvent donnée aux SMS. Mais, à l’origine, «texto» était une marque commerciale, qui avait été déposée en 2001 par l’opérateur SFR pour désigner son service de «messagerie écrite pour radiotéléphone». Le tribunal de grande instance de Paris, saisi d’une plainte pour contrefaçon, vient de décréter que SFR ne pouvait plus revendiquer la jouissance exclusive de cette marque. Il a relevé que, désormais, «le terme texto est employé comme un terme usuel désignant les messages courts envoyés par le biais d’un téléphone portable». Et a donc jugé que ce terme était de facto tombé dans le domaine public. L’opérateur a fait appel de ce jugement.

 

S’il n’obtient pas gain de cause, tous les opérateurs du marché français et tous les annonceurs pourront utiliser librement l'appellation «texto». Ce qui la banaliserait et la répandrait encore plus. Ce serait plutôt bien. Comme on préfère «courriel» à «mail»,  «centime» à «cent», «portable» ou «mobile» à «GSM», on ne pleurera pas la marginalisation de l’appellation «SMS». Il n’y a rien de plus opaque, glaçant et dépersonnalisé, dans la communication, que les initiales, abréviations et autres acronymes.

08/02/2008

Un mot

«Garce». C’est donc le fameux terme qu’a utilisé «Le Parisien» mardi pour qualifier Carla Bruni. Le journal chroniquait un des nombreux ouvrages consacrés à la nouvelle Première Dame et estimait qu’il donnait d’elle l’image d’«une garce». Jeudi, le quotidien s’excusait platement. Dans un articulet intitulé «A nos lecteurs», le directeur des rédactions rappelait que la «volonté de bannir tout parti pris et de respecter la personne, quels que soient sa condition et son statut» figurait parmi les «principes intangibles» de ce journal. Il reconnaissait qu’en utilisant un terme aussi «offensant», il avait – «malencontreusement et sans volonté de nuire» dérogé à ce principe du respect des personnes. Et priait dès lors la Première Dame de bien vouloir accepter ses excuses.

 

Hier, on trouvait ce geste plutôt bien. Les journalistes ont généralement tellement d’ego et donc tant de difficultés à reconnaître publiquement leurs erreurs que, pour une fois que des excuses sont présentées, on trouvait cela assez sain. Et puis, à la mi-journée, dans l’émission de Morandini sur Europe 1, on entendait les deux chroniqueurs de service (le militant antilibéral Christophe Aguiton et le journaliste et écrivain Thierry Wolton, pour une fois d’accord) descendre en flammes ces excuses. Pas du tout nécessaires selon eux, la Première Dame n’étant «pas par essence inattaquable». Exemplatives même, à leurs yeux, de «la grande tradition de la presse française» de se coucher devant «le fait du prince», ou, au minimum, de le louer avec «complaisance».

 

On était un peu chamboulé en entendant cela, et pour tout dire on n’était pas trop d’accord. Les journalistes ont évidemment un devoir constant d’irrévérence envers le pouvoir, mais il y a, nous semble-t-il, des moyens plus subtils de l’exercer que de recourir à l’insulte. N’empêche, ce matin encore, en y repensant, on n’était pas trop sûr d’avoir raison. Et puis, un coup d’œil jeté au dictionnaire a achevé de nous convaincre que l’emploi de ce mot méritait bel et bien des excuses.

 

D’abord, parce que «garce» est un terme insultant. «Le Robert» le rappelle: il signifie «fille de mauvaise vie», «femme, fille méprisable ou méchante, dont on a à se plaindre». Par analogie, il désigne «une chose désagréable, fâcheuse: Cette garce de vie». Et le dictionnaire de renvoyer aux termes «putain», «chameau», «chipie», «vache», «salope» et «chienne».

 

Ensuite, parce que «garce» est un mot sexiste. Il est né au douzième siècle du mot «gars». Jusqu’au seizième siècle, il a même servi de féminin à ce terme. Depuis, il est exclusivement utilisé au féminin: jamais un homme ne sera traité de «garce». Mais avec sa féminisation, ce terme a pris une acception négative, insultante même, alors que son pendant masculin, lui, n’a aucune connotation péjorative. «Le Robert» toujours nous le confirme: «gars» signifie «garçon, jeune homme». A l’inverse de «garce», il ne renvoie qu’à des termes assez neutres: «mec», «type», «gaillard». Et les expressions consacrées dans lesquelles il apparaît sont (à l’exception d’«un drôle de gars») plutôt bien connotées : «un petit gars», «un brave, un bon gars», «un beau gars», «les gars de la marine» etc.

 

«Garce» fait donc partie de ces mots français par essence insupportablement sexistes. Mot que, du coup, à notre humble avis et sans vouloir donner de leçons à quiconque, les journalistes devraient se garder d’utiliser, que ce soit pour parler d’une Première Dame ou de n’importe quelle autre femme.

07/02/2008

Un palmarès

d59e1c94729c2a2c2a35bf20a68e2a29.jpgCe qui est bien en début d’année, c’est que, de semaine en semaine, tombent les statistiques relatives à l’année qui vient de s’écouler, qui nous apprennent souvent plein de choses. Ainsi, les chiffres de fréquentation des grandes expositions artistiques de la saison 2006-2007 indiquent qu’à Paris – mais il paraît que la chose est valable en province aussi –, le grand public ne s’est jamais autant précipité pour voir des œuvres d’art.

 

Première en termes de fréquentation, avec 482.179 visiteurs, l’expo «De Cézanne à Picasso» que le musée d’Orsay a consacrée cet été aux chefs-d’œuvre de la galerie Vollard. Juste derrière elle, avec 460.000 visiteurs, la rétrospective Gustave Courbet au Grand Palais. L’autoportrait du peintre ayant servi pour l’affiche de l’expo explique en partie ce succès inattendu. Car, comme l’expliquait récemment la directrice de la communication de la Réunion des musées nationaux, «c’est une image très moderne, qui accroche le regard. Sur ce tableau, Courbet fait penser à Johnny Depp…» Les trois suivants dans ce palmarès sont l’expo Arcimboldo du Musée du Luxembourg (430.000 visiteurs), la première rétrospective consacrée par le Centre Pompidou au sculpteur Giacometti (360.000) et «Dalida, une vie» à l’Hôtel de ville (300.000).

 

Ce qui est moche en début d’année, c’est que ces mêmes statistiques viennent rappeler tout ce qu’on n’a pas eu le temps de faire les douze mois précédents. Cézanne, Courbet, Arcimboldo, Giacometti, Dalida: c’était donc, dans le domaine artistique, le quintet parisien gagnant en 2006-2007. En découvrant ce palmarès l'autre jour, on a tiré une tête effarée qui ressemblait presque à l'autoportrait de Courbet (même si on n'a jamais eu la prétention de ressembler au beau Johnny Depp;-). En effet, on l'avoue piteusement: alors qu’on habite au coeur de Paris et qu'on est fan d’art et d’expos, on n’a vu... aucune de ces cinq grandes expos parisiennes.

 

Il va vraiment falloir qu’on prenne garde, ces douze prochains mois, à ne pas ressembler à la caricature du Parisien pressé stressé, qui court à longueur de journées et, en plus, en est tellement fier et grisé qu’il n’arrête pas de faire savoir à tout le monde qu’il est débordé…

06/02/2008

Un «accident»

c58d624f1e252d7e5960082199335e2f.jpgC’est ce que la RATP appelle pudiquement «un accident grave de voyageurs». Un suicide donc, pour parler clairement. Le dernier en date est survenu pas plus tard que lundi midi. Cela s’est passé en plein centre-ville et en plein pendant la pause-déjeuner, à une heure d'affluence donc, sur la ligne 4, à la station "Etienne Marcel" précisément. Un homme s’est jeté sur les rails à l’arrivée du train et a été écrasé. Il a été évacué vivant et conscient par les pompiers. Ces derniers jugeaient toutefois son état extrêmement préoccupant et pour cause: il a eu les deux jambes sectionnées.

 

Ce genre d’atroce fait divers n’est pas rare dans le métro parisien. Le comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail de la RATP a comptabilisé 189 suicides en 2005 et 149 en 2006 dans le métro et le RER. Ces chiffres sont relativement stables ces dix dernières années, malgré la forte augmentation du trafic. Ils n’en sont pas moins affolants. A la grosse louche, cela fait tout de même un suicide tous les trois jours dans les transports en commun souterrains parisiens. La RATP estime d’ailleurs qu’en moyenne, chaque conducteur du métro est témoin d’une tentative de suicide dans sa carrière.

 

Des mesures ont été prises pour tenter d’endiguer ce fléau. Les voies de la ligne 4 (la plus dangereuse, car c’est celle où les trains roulent le plus vite) ont été équipées de «fosses anti-suicide»: des petits abris creusés sous les quais, où les suicidés ont une petite chance d’être poussés par les trains qui les percutent, au lieu de finir écrasés sur les rails. Sur toute la ligne 14 (ligne automatique, sans conducteur donc), des portes-palières équipant chaque quai interdisent l’accès aux voies. Une dizaine de stations de la ligne 13 (la plus fréquentée) vont également être munies de ces portes. Idem d’ici à 2011 pour la ligne 1, elle aussi très fréquentée.

 

3c4a642b7b6a9cf41d0ba81568103774.jpgSi tant est qu’il y ait une gradation dans le malheur, il faut être particulièrement désespéré pour se suicider de manière aussi violente qu’en se jetant sous un RER ou un métro. Ceux qui décident de finir leurs jours de cette façon le savent-ils? La moitié des personnes qui tentent de se suicider de la sorte survivent. Mais sortent évidemment dans un état épouvantable de ce genre d’accidents.

 

Le problème dépasse bien sûr largement le cadre du métro et de Paris, et concerne de manière alarmante l’ensemble du pays. L’Union nationale pour la prévention du suicide (UNPS) comptabilise chaque année en France quelque 11.000 décès par suicide. Celui-ci est devenu la première cause de mortalité chez les 35-44 ans. Dans trois cas sur quatre, ce sont des hommes qui décèdent de suicide, les femmes commettant elles proportionnellement beaucoup plus de tentatives. Quelque 40.000 tentatives de suicide seraient dénombrées chaque année chez les adolescents. Après les accidents de la route, les suicides constituent la deuxième cause de mortalité chez les 15-24 ans. Autant de données au cœur des débats des «Journées nationales pour la prévention du suicide», qui ont débuté hier et se tiendront un peu partout en France cette semaine.

 

PS: C’est le jour, décidément. Ce mercredi après-midi, une dépêche AFP annonce qu’une femme de 25 ans s’est grièvement blessée ce midi en se jetant du premier étage de la tour Eiffel. Malgré les filets et barrières de sécurité, elle est parvenue à se lancer dans le vide à une hauteur de près de trente mètres. De source policière, son état est très sérieux.

05/02/2008

Un pays

5bd07fc8cfc5631312ba10d93016e3ee.jpgC’était hier soir. Sur le coup de 20h30, on avait rendez-vous à la maison avec notre «agent recenseur», l’agent qui procède donc au recensement de la population. Au lieu d’être effectuées une fois tous les sept ans dans tout le pays, ces enquêtes sont désormais menées en continu chaque année auprès d’une partie de la population. Le onzième arrondissement de Paris ayant été sélectionné pour l’enquête 2008, on ne pouvait pas y échapper.

 

L’agent devait nous remettre en mains propres les documents à remplir, qu’il viendrait rechercher dans trois jours. C’était un jeune gars charmant, dynamique et souriant, qui, allant d’appartement en appartement, déambulait avec énergie dans tout l’immeuble. Aussitôt salué, on lui dit qu’en tant qu’étranger, on n’était pas trop sûr de devoir remplir ses formulaires. Le recensement portait-il sur toutes les personnes vivant en France ou uniquement sur les Français? Question toute bête, mais à laquelle on n’avait étrangement trouvé nulle réponse sur les affiches annonçant le passage de notre agent. Celui-ci nous répondait que oui, oui, même les non-Français étaient recensés. Et d’ajouter: «Je vous l’assure, Monsieur: les étrangers sont les bienvenus dans ce pays».

 

C’était dit de façon très gentille. Avec un sourire à la fois bienveillant et réconfortant. Sans même un rictus sardonique ou un ton sarcastique. Dans la bouche d’un jeune homme lui-même d’origine visiblement étrangère, c’était vraiment touchant. C’est bien simple, l’assurance calme et posée d’une telle assertion faisait immédiatement se dissiper dans les limbes toutes les autres images de la France qu’on pouvait éventuellement avoir à l’esprit: le pays de l’identité nationale, des grèves de la faim et des défenestrations de clandestins, des 25 000 expulsions annuelles de sans-papiers, des manifestations quasi hebdomadaires en faveur de leur régularisation, des rapports accablants des organisations internationales de défense des droits de l’homme sur les centres de rétention, et tout cela. Tout d’un coup, par la grâce de ce jeune homme, comme s’il avait vraiment voulu qu’on passe une merveilleuse soirée, la France était un peu devenue... le pays de Candy.

 

 

6812c831378c786c122b0e8bfc8fc4c1.jpgAprès cela, même le caractère très intrusif des six pages du questionnaire de recensement passait très bien. Sans coup férir, sur des documents même pas anonymisés, on s’apprêtait de bonne grâce à tout dire de notre vie: du nombre d’enfants jusqu’à au nombre de mètres carrés de l’appartement, de la manière dont on se rend chaque jour au travail jusqu’à notre état matrimonial légal. Tout cela allait immédiatement être ingurgité et conservé à vie dans les grandes machines des ministères? Mais les statistiques finales, assurait le questionnaire, ne comporteraient ni noms, ni adresses. Et puis, était-il écrit en tout petit, le «Conseil national de l’information statistique» avait donné un «avis favorable» à cette enquête. Et enfin, l’on disposait évidemment d’«un droit d’accès et de rectification» pour les données nous concernant.  En lisant tout cela, on se disait qu’on avait vraiment de la chance d’habiter ici. Que tout allait bien et rien n’était jamais fondamentalement préoccupant, dans le pays de Candy.

04/02/2008

Une concision

Vingt-six mots. C’est très exactement la longueur du communiqué que le «Service permanence et information» de l’Elysée a envoyé aux rédactions samedi à 17h44. «Madame Carla BRUNI TEDESCHI et Monsieur Nicolas SARKOZY annoncent qu’ils se sont mariés ce matin en présence de leurs familles dans la plus stricte intimité». Point barre, basta.  Le chef de l’Etat a manifestement décidé de ne plus en faire de trop sur sa vie privée. C’est sans doute l’impact de tous ces sondages qui, de semaine en semaine, et encore ce lundi, témoignent de l’irritation des Français à l’écart de la mise en avant de sa vie personnelle.

 

Autre illustration de ce revirement, les consignes rigoureuses qui ont visiblement été données aux rares participants au dîner de noce de samedi soir: pas d’échos, pas de ragots. Deux jours plus tard, du coup, les plumitifs ne sont toujours pas parvenus à faire rêver dans les chaumières avec les habituelles indiscrétions sur le menu du dîner et les grands crus servis à table, qui était assis à côté de qui, qui a offert quel cadeau de mariage, est-ce qu’elle a, en fin de soirée, poussé la chansonnette et joué de la guitare au coin du feu etc etc. Ici encore: rien, nada. Cette sobriété, cela change tout de même agréablement de tous les déballages de ces derniers mois.

 

Oui, tout de même, ce week-end, un détail de la cérémonie de mariage a fuité: écho issu de l’Elysée on imagine, donné à des médias en manque comme on jette un os à ronger aux chiens affamés. Il avait trait à la tenue des jeunes mariés. Pour lui, «costume sombre et cravate». Pour elle: «robe Hermès blanche ourlée à la hauteur des genoux d’un galon bleu marine de dix centimètres de largeur».

 

Ici aussi donc, les mots sont comptés. Ils sont très peu nombreux, mais remarquez qu’un nom de marque commerciale est néanmoins parvenu à s’y glisser. Il ne faut tout de même pas trop en demander.