Blogs Lalibre.be
Lalibre.be | Créer un Blog | Avertir le modérateur

19/03/2008

Une fermeture

cf300bfc6add1e7a548f386a8814e13f.jpgLa nouvelle est tombée il y a une dizaine de jours déjà, mais, à cause de la campagne électorale, on n’avait pas eu le temps d’en parler ici. Il n’est jamais trop tard, puisque, dix jours après, a-t-on encore constaté hier, les gens ne parlent toujours que de cela, dans le Marais: la fermeture de «Goldenberg».

«Goldenberg», c’était, depuis plus de soixante ans, une des adresses les plus célèbres du Marais juif. Une enseigne incontournable de la rue des Rosiers. Un restaurant traiteur qui a longtemps fait figure d’institution de la cuisine juive d’Europe centrale. Cet établissement avait été ouvert par Joseph et Abraham Goldenberg, les enfants de Nahoum Goldenberg, arrivé en 1920 à Paris après avoir fuit les pogroms en Russie.

En août 1982, le restaurant avait tragiquement marqué l’actualité. Des terroristes du groupe Abou Nidal avaient lancé une grenade vers sa terrasse puis mitraillé les clients en train d’y déjeuner. Cet attentat antisémite avait fait 6 morts et 22 blessés. L’an dernier, la plaque commémorative a été arrachée et dérobée. D’autres souvenirs, moins douloureux, étaient, il n’y a pas si longtemps encore, affichés en quantité en vitrine de «Goldenberg»: des dizaines de photos jaunies et émouvantes d’innombrables personnalités    stars du show-bizz, des lettres, de la politique, etc. –  qui, pendant toutes ces années, ont fréquenté cet établissement.

5c9dc71be917404d93d63cf640ff618f.jpgAujourd’hui, les lieux sont totalement vides. En vitrine, on n’aperçoit plus qu’une vieille bouteille de champagne toute poussiéreuse. Et quelques petits écriteaux de mets qui ne renvoient désormais plus à rien: kneïdlech, poitrine d’oie, pastrami, vodka zubrovka blanche, esturgeon, blinis et tarama. Bien visible, en revanche, accroché au grillage, un énorme panneau: «A LOUER».

Après avoir dû fermer ses portes pour des problèmes administratifs en 2006, «Goldenberg» avait été repris par les frères Costes, qui gèrent toute une série de restaurants branchés à Paris. Mais l’investisseur ayant récemment racheté ce fonds de commerce veut en tirer un meilleur loyer, conforme aux prix du marché dans ce quartier très coté. «Goldenberg » a donc définitivement mis la clé sous le paillasson. A sa place, dans quelques semaines, on trouvera sans doute une boutique de jeans, un Starbucks Café ou un H&M.

92431348b7ab4516ddfb1537f058c5fb.jpgA moins que la mobilisation des riverains ne porte ses fruits? L’autre soir, une centaine d’habitants du quartier ont manifesté pour que, dans les affectations commerciales, soit mieux respecté le caractère historique et culturel de la rue des Rosiers. Une pétition circule dans le Marais. Elle appelle les autorités à réagir contre la disparition des «commerces de tradition et de proximité» chassés du Marais juif par la flambée des loyers. En quelques années, affirme cette pétition, «des dizaines» de ces commerces ont fermé: 3 coiffeurs, 6 boucheries, 1 teinturerie, 4 restaurants, 1 hammam, 1 marchand de journaux, 1 PMU, etc.

Cette évolution du Marais juif, d’ailleurs, saute aux yeux quand on s’y promène. Certes, «Sacha Finkelsztajn» est toujours là, avec ses vatrouchkas de fromage. La belle librairie «Chir Hadach» aussi. Et on fait toujours autant la queue pour les baygels et les mazurkis devant le salon de thé «Korcarz». Mais, de tous côtés et de plus en plus, ont surgi les boutiques de vêtements ou de déco, les lunetteries, les bars branchés, etc. La communauté juive ne le supporte plus. Et entend bien ne pas laisser cette partie du Marais se transformer «en une promenade dominicale où l’on vient photographier les restes d’un quartier juif disparu».

e52793cc44fe4d5f0242fd210842c255.jpgLe dimanche, nous en tout cas, dans le Marais, depuis belle lurette on n’y va plus. Tous les jours de la semaine, quand on veut et chaque fois avec plaisir – on y est d’ailleurs souvent: on n’a qu’un boulevard à traverser – mais le dimanche, plus jamais ô grand jamais. Ce jour-là, en effet, depuis que les boutiques y sont ouvertes toute la journée, la masse de touristes et de promeneurs y est insupportablement dense. C’est comme si la ville entière, grégaire, bruyante voire vulgaire, s’était donné rendez-vous dans ce quartier. Qui, du coup, en perd irrémédiablement une grande partie de son indéniable charme. A moins d'aimer la foule, évidemment.

Commentaires

Euh, faudrait p'têt quand même rappeler que la dernière fois que l'on a causé de cette gargote, c'est quand les services d'hygiène on fait une descente dans les cuisines et qu'ils y ont trouvé des horreurs, genre viandes faisandées et autres frichtis pourris, que l'on servait joyeusement aux clients au prix fort !

Il en couta 4 mois de prison avec sursis et 140 000F d'amende pour le manque d'hygiène au tenancier !

Écrit par : CP | 19/03/2008

Merci CP pour la cruelle vérité ... et à BDL ...vive le journalisme d'investigation !

Écrit par : stef | 20/03/2008

Quelques rectifications à votre article :

- La nouvelle de la fermeture de Goldenberg ne vient pas de "tomber", ce restaurant est fermé depuis 2006 déjà. Et un rachat éventuel par les frères Coste était déjà à l'ordre du jour début 2007. Ce n'est peut être pas un "H et M" qui va s'y installer, étant donné que cette chaine a déjà prévu de racheter l'ex Hammam Saint Paul un peu plus loin dans la rue (hamam déjà remplacé par un magasin Chevignon dans les années 90, et suite par autre chose que j'ai oublié)

- Goldenberg n'a pas fermé pour "raisons administratives" comme vous le dites, mais parce que les services de l'hygiène et de la répression des fraudes y avaient trouvé des choses épouvantables. Et ce, malgré un avertissement de ces mêmes services il y a quelques années déjà . Vraiment dommage, et triste, pour ce restaurant mythique et cette belle affaire.

- la mobilisation des riverains pour sauvegarder le caractère de la rue des Rosiers n'était pas "l'autre soir", mais l'après midi du dimanche 2 mars.

Ces rectifications sont des broutilles mais quand on voit les erreurs ou approximations de journalistes sur des sujets qu'on connaît bien, on a un peu peur pour les sujets qu'on ne connaît pas...

Globalement il est vrai que la rue des Rosiers et tout le quartier autour (rues pavée, des écouffes, des Hospitaliers st gervais etc) est complètement dénaturé depuis plusieurs années, et que les aménagements de la Mairie de Paris n'ont pas arrangé les choses : le quartier est en état de "boboïsation" avancée, et ce ne sont pas seulement les commerces traditionnels juifs qui en pâtissent (même s'il va devenir de plus en plus difficile de trouver des produits ashkenazes dans le quartier..) mais aussi les commerces populaires et traditionnels "parisiens", comme dans tout Paris hélas. Je ne donne pas longtemps à la charcuterie "Ville d'Aurillac" avec ses saucissons pendus (qui ne dérangent absolument pas les Juifs du quartier même très pieux) pour être remplacée par un énième commerce de fringue branchouille.
Zadig et Voltaire a déjà bouffé le délicieux commerce d'angle de la fille aux doigts de fée qui faisait des pâtisseries algériennes à tomber par terre.
Ben oui la rue des Rosiers c'est fini. Tout comme Belleville, qui n'appartient plus qu'aux Chinois, et le Canal Saint Martin qui n'a plus rien à voir avec les BD de Tardi ni les films de Duvivier.. C'est le vieux Paris qui meurt et on n'y peut rien.


(Note BDL : Merci à CP et à Thalyssette pour ces précisions. Elles seront certainement utiles au lecteur vu que le format blog – qui, Stef, ne nous semble pas le plus idéal pour le «journalisme d’investigation»; si tant est qu’il y ait des journalismes de seconde zone qui, eux, ne feraient pas d’investigation, mais c’est un autre débat… – format blog donc qui impose inévitablement des raccourcis pouvant passer, à la lecture, pour des «approximations» voire pour «des erreurs». On n’a d’autre choix que d’assumer le risque inhérent à l’exercice de ce genre journalistique effectivement rarement complet et donc gratifiant sur le fond.
Par nécessité de faire relativement court, on avait ramassé toute la saga judiciaire et médiatique autour de l’hygiène défectueuse de ce restaurant, dans ses dernières années, sous la formule très lapidaire de «problèmes administratifs». Sans doute était-ce un peu rapide et aurait-on pu/dû développer. Qui sait peut-être – inconsciemment, tout comme on ne dit jamais de mal d’un mort? – n’a-t-on pas voulu tirer sur l’ambulance en s’étendant outre mesure sur cet épisode si malheureux d’une si longue vie de gastronomie. Vie qui, par ailleurs et globalement, restera tout de même dans les annales parisiennes, rares sont ceux qui en disconviennent.
L’établissement, en effet, était fermé depuis ces désastreux problèmes. Mais si on a bien compris, ce qui est neuf et est intervenu début mars, c’est que l’incertitude qui régnait toujours, dans le cœur de ses voisins en tout cas, autour de son hypothétique réouverture a, elle, définitivement été levée avec la remise officielle des lieux en location.
Quant à la manifestation du dimanche, on avait eu des échos d’habitants du Marais comme quoi, entamée effectivement l’après-midi, elle s’était prolongée jusque tard dans la soirée aux sons des instruments de musique. D’où l’expression commode «l’autre soir», mais cela en effet, c’est une « broutille »)

Écrit par : Thalyssette (+ note BDL) | 21/03/2008

Les commentaires sont fermés.