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31/03/2008

Un retard

7cb6cdce95db980197dd161b2b8a8305.jpgAvis aux retardataires et/ou aux étourdis: l’échéance fatidique est fixée ce 31 mars à minuit, pas une minute de plus. Passée cette heure, en effet, les billets de 200 FF à l’effigie de Montesquieu ne pourront plus être échangés et ne vaudront donc plus rien du tout.

 

A première vue, on aurait cru que, six ans après l’introduction de l’euro, une poignée seulement de Français disposaient encore de ces vieux francs dans leur bas de laine. Et bien, pas du tout, et on est même tombé des nues en découvrant le chiffre: la Banque de France recense quelque 3,74 millions de billets Montesquieu encore en circulation. L’Hexagone a d’ailleurs prévu des délais d’échange très larges pour les anciens francs. Si le 100 francs Delacroix perdra sa valeur courant 2009, le 500 francs Curie, le 200 francs Gustave Eiffel, le 100 francs Cézanne, le 50 francs Saint-Exupéry et le 20 francs Debussy pourront être échangés jusqu’en 2012.

Tiens, au fond, parlant de monnaie, une récente étude de l’Insee a montré que là aussi, comme dans l’échange des anciens billets, la France souffrait d’un certain retard. En effet, une minorité non négligeable de quatre Français sur dix comptent encore parfois en francs.

Tout dépend en fait du montant de la transaction. Pour un montant inférieur à 100 euros, seules 2 pc des dépenses sont converties en francs. Mais le chiffre monte à 5% pour les dépenses jusqu’à 1500 euros et à 11% pour les dépenses au-delà de ce montant. Les grosses dépenses donc, à savoir celles qui nécessitent une réflexion voire génèrent un stress, sont régulièrement converties dans l’ancienne monnaie. Ainsi, lors de l’achat d’une voiture, moins d’un Français sur trois pense uniquement en euros, mais six Français sur dix réfléchissent en francs. D’autres facteurs que le montant de la dépense jouent également. Par exemple, le retard dans l’adoption mentale de l’euro est plus fréquent chez les personnes peu diplômées et à revenus modestes que chez les autres. Il se rencontre aussi plus fréquemment en province et en outre-mer qu’en région parisienne. Et il touche moins les jeunes. Selon l’Insee, pour une dépense donnée, une personne de plus de 55 ans est cinq fois plus susceptible d’utiliser mentalement le franc qu’un jeune de moins de 25 ans.

28/03/2008

Un printemps

69f871097ce74102235e827d24eff4a3.jpgMétro «Saint-Germain des Prés». Comme chaque année, dès les premiers jours du printemps et jusqu’à fin juin, les voûtes de briques émaillées de la station sont utilisées comme écran géant, sur lesquels sont projetés des poèmes. Dans les vitrines qui s’étirent tout au long des quais, plus de cent ouvrages de poésie sont également exposés: recueils, anthologies, albums, livres d’artistes, etc. Il y a tant d’ouvrages que, l’autre soir, en attendant le métro, on n’a pas eu le temps de tout voir.

Chaque année, cette station de métro de la ligne 4 s’associe de cette manière à l’opération «Printemps des Poètes». Et chaque printemps, on se dit que cela ne mange pas de pain comme initiative, mais que c’est vraiment bien. Peut-on trouver façon plus créative que de faire patienter les voyageurs avec, sous le nez ou le nez en l’air, de la poésie? Cette année, des poèmes bénéficieront également d’une large diffusion dans des lieux a priori aussi peu poétiques que les abords des grandes gares SNCF et 250 parkings automobiles répartis dans tout le pays.

«Le Printemps des Poètes» a été créé par Jack Lang en 1999. L’objectif est d’«imaginer, susciter, fédérer des actions originales pour que la poésie, sous toutes ses formes, de toutes les époques et dans toutes les langues, soit accessible au plus grand nombre». Cela se fait via une kyrielle d’ateliers d’écriture, de promenades poétiques, de lectures publiques, de rencontres avec des auteurs et des tas d’autres activités épatantes de cet acabit. L’opération a remporté un tel succès qu’elle a essaimé depuis bien longtemps à l’étranger. Point particulièrement positif: cette année, une série de manifestations mêlant poésie et langue des signes ont été spécialement conçues à destination du public malentendant.

48be9eae39b7013d8be398bb3da2725e.jpgParadoxalement, c’est alors même que se déroule, à la RATP notamment, ce «Printemps» que circule le bruit selon lequel la régie des transports parisiens pourrait bien faire disparaître ce qui constitue à ce jour la plus ancienne campagne de promotion de la poésie dans la capitale: les extraits de poèmes affichés depuis quinze ans dans les rames du métro. La RATP ne confirme ni n’infirme. Mais l’éditeur à l’origine de cette initiative, Francis Combes, est très inquiet. Selon lui, «il y a aujourd’hui une grande incertitude sur l’avenir» de cette opération, «la nouvelle programmation n’est toujours pas établie».

Des études ont montré que ces vers affichés dans le métro, dont la thématique change tous les trois mois, sont lus par près de 80% des usagers. Ces messages poétiques, en tout cas, constituent de reposantes respirations pour l’œil et  l’esprit, entourés qu’ils sont d’une myriade de messages publicitaires criards, dans ce métro ultra mercantile qui commercialise désormais la moindre de ses surfaces.

7a6c11516a90c7f6ec84f90d29db9d4a.jpgMais ces derniers jours, dans les rames, on a cherché un peu partout ces fameuses rimes du métro menacées de disparition. En vain. En revanche, à leur place, on a vu sans cesse le même et minable slogan publicitaire en faveur d’un site internet d’achat et de vente pour les particuliers: «Devenez radin». Pour la radinerie culturelle, c'est bien parti. 

27/03/2008

Un danger

A la radio ce matin, la satisfaction vraiment très mesurée d’un dirigeant de la préfecture de police de Paris, concernant les chiffres de l’insécurité routière dans la capitale pour 2007, qui viennent de sortir. Certes, jamais on ne s’est aussi peu tué dans les rues de Paris. Avec 37 morts dans les accidents de circulation (contre 64 en 2006), on y enregistre même une diminution historique (-42%) de la mortalité routière. Mais d’autres données sont beaucoup moins réjouissantes.

Le nombre de blessés graves déplorés dans la capitale française a augmenté, passant l’an dernier de 714 à 774. Ce qui fait tout de même plus de 2 blessés graves par jour. Et le nombre de cyclistes tués à Paris a, lui, carrément explosé, passant de 2 à 5 (+150%), alors qu’on a recensé 780 cyclistes blessés. Résultat des courses: alors qu’ils ne constituent que 2 à 3% du trafic, les cyclistes représentent désormais 7% de la totalité des victimes de l’insécurité routière. Selon la préfecture de police, l’an dernier dans la capitale, leur exposition au risque s’est accrue de plus de 37%.

C’est incontestablement l’effet Vélib’. Les chiffres sont éloquents. Un cinquième des cyclistes accidentés à Paris l’an dernier l’ont été… sans la moindre intervention extérieure d’un autre usager de la route! Ce qui, selon la préfecture, «signifie qu’ils n’ont pas su s’adapter au milieu routier». Ce qui indique donc qu’il s’agissait de cyclistes occasionnels maîtrisant mal leur véhicule et/ou connaissant mal la ville et ses dangers. D’ailleurs, quand des «vélibeurs» sont accidentés, leur responsabilité est mise en cause dans 60% des cas, soit deux fois plus fréquemment que la responsabilité des autres cyclistes.

Le «vélibeur» est donc souvent un cycliste inconscient et incivique, et en plus il roule comme un manche: il suffit d’être piéton à Paris pour le constater quasiment chaque jour. On n’est pas sûr, toutefois, que cette réalité suffise à expliquer ces mauvais chiffres de l’insécurité pour les deux roues. Deux autres facteurs, au moins, doivent jouer, qui sont un brin plus embarrassants pour les autorités mais qu'elles devront bien un jour finir par admettre.

D’une part, la dangerosité parfois des aménagements de la ville de Paris. Avec, encore trop souvent, des pistes cyclables au cheminement conçu en dépit du bon sens, quand elles n’abandonnent pas purement et simplement le cycliste complètement démuni en plein carrefour. D’autre part, la qualité du matériel mis à la disposition des «vélibeurs». Structurellement, ces bécanes sont trop lourdes et donc pas assez souples et mobiles. Parallèlement, il n’est pas toujours si facile que cela de fixer son attention comme il le faudrait sur les dangers de la route quand on est, si fréquemment, distrait par un pneu en train de se dégonfler, une selle impossible à bien régler, un panier branlant ou une chaîne qui a l'air de vouloir dérailler.

26/03/2008

Un dépit

8efb395ef0acb39348df49f34303d544.jpgOn avait d'emblée localisé l’accent. La voix ne nous était pas inconnue, mais on ne l’avait pas identifiée immédiatement. C’était en fait Freddy Thielemans, le bourgmestre de Bruxelles. Qui, à la radio l’autre jour, paraissait très dépité. Un peu énervé même, pour tout dire.

Il faut dire qu’une enquête réalisée après de 1110 voyageurs par le site de voyages TripAdvisor vient de classer Bruxelles comme… la ville la plus ennuyeuse d’Europe. Devant Zurich, Oslo, Varsovie et Zagreb. A l’attention de tous les auditeurs et potentiels visiteurs français, le maire de la capitale belge tentait donc de rectifier l’image de sa cité. Non, non, assurait-il et répétait-il en boucle, on ne s’ennuie nullement à Bruxelles. Proportionnellement à sa superficie, cette ville accueille même, sur son territoire, la plus grande concentration au monde de théâtres.

Selon ladite étude, Paris est le meilleure ville d’Europe pour la cuisine, le shopping et la mode. C’est aussi, avant Venise et Rome, la cité la plus romantique du vieux continent. Zurich décroche la palme de la ville la plus propre, Prague celle de la plus économique. Londres est la ville la plus sale et la plus chère. Au total, dans ce classement, Paris ne s’en sort pas trop mal. Certes, c’est la deuxième ville la plus chère et la plus sale d’Europe. Et elle est considérée comme la moins accueillante de toutes. Mais, citée dans 9 des 14 catégories du questionnaire, elle est aussi la capitale la plus nominée de toutes les villes européennes.

22712a88484f651a40628be8578e68aa.jpgL’étude, en gros, consacre et alimente tout de même pas mal de vieux clichés sur les grandes capitales européennes, au premier rang desquels l’image d’Epinal d’un Paris chic, savoureux et tendance mais peuplé de Parisiens peu aimables voire carrément teigneux. Au téléphone hier soir, un attaché de relations publiques pour TripAdvisor, un peu gêné, recadrait la portée de ce classement. Ce n’est qu’«une enquête de perception, qui ne reflète pas forcément la réalité», rappelait-il. Elle a été menée en majorité «auprès de voyageurs anglo-saxons, majoritairement Américains», donc elle peut être biaisée. En outre, touristiquement, les voyageurs interrogés sont «relativement immatures», dans le sens où ils ne passent souvent qu’en coup de vent en Europe et «n’y synthétisent en vitesse que deux, trois choses». Avant de passer à autre chose.

Et notre interlocuteur de pousser l’amabilité belgophile jusqu’à préciser que, pour sa part, il trouvait que certains quartiers de Bruxelles ressemblaient agréablement «aux quartiers branchés de New York: Soho, Tribeca, etc». Connaissant les deux villes, on ne voyait pas très bien ce qu’il voulait dire, mais on ne doutait pas qu’une telle appréciation allait mettre quelque baume au cœur des Bruxellois.

27444626b20eac703d0f85264d991281.jpgFreddy Thielemans se consolera également en prenant connaissance d’une autre étude internationale, elle beaucoup plus favorable à la capitale belge. Il s’agit de l’édition 2008 du «Top35 des villes du monde où il fait bon vivre pour les Européens». Bruxelles y pointe en sixième place à égalité avec Luxembourg, loin devant Paris (en vingtième position). La capitale française est même devancée par Strasbourg.

PS: Ce critère de l’enquête du TripAdvisor: «la ville européenne avec le plus de gens beaux». Réponse des sondés, dans l’ordre: Rome, Paris puis Stockholm. Ici, pas de doute même si on adore Rome: on aurait classé Paris très largement en tête.

25/03/2008

Un mouvement

C’était samedi après-midi. On flânait dans le quartier Bastille. A un moment, rue du Faubourg Saint-Antoine, en approchant du «Monoprix», on se dit qu’on devrait faire quelques courses. Mais il y a un petit attroupement devant les portes du  magasin. Ce sont une demi-douzaine de salariés qui forment un piquet de grève. Ils  dénoncent la dégradation de leurs conditions de travail et la misère salariale dans le secteur de la grande distribution alimentaire. Ce secteur emploie plus de 600.000 personnes en France, souvent à temps partiel contraint. Le premier niveau de sa grille de salaires se situe en dessous du Smic.

Tiens, remarque-t-on alors, ces manifestants ont tous une chose en commun: la couleur foncée de leur peau. On ne s’en étonne même plus trop. A Paris comme ailleurs, ce sont à 99% des gens de couleur qu’on retrouve évidemment dans tous les boulots les plus mal payés: balayeurs de rues, caissières de supermarché, agents de la préfecture chargés de verbaliser les véhicules mal garés, personnel de nettoyage des parties communes dans les copropriétés, etc.

«S’il vous plaît, Monsieur, n’entrez pas!»,  implore un gréviste du «Monop’». Lui et ses collègues n’interdisent pas aux clients de pénétrer dans le magasin: ils essaient juste de les sensibiliser à leur cause, puis leur laissent le choix d’entrer ou pas. La plupart des gens se faufilent entre les grévistes et pénètrent dans le magasin sans même prendre le temps de les écouter. Le piquet de grève, il est vrai, est misérable. Il a été cantonné devant une porte secondaire. La banderole, pas trop bien faite, où on parvient à peine à lire le mot «PRECARISATION», n’a pas la place d’être déployée. Aucun tract n’a été prévu. Cela sent le mouvement social improvisé, voire à peine toléré.

On rebrousse chemin. «Vous pouvez aller au Franprix, juste là», nous renseigne, comme en s’excusant, le gréviste en nous montrant du doigt un autre supermarché à deux pas. Mais la situation des caissières est-elle meilleure au «Franprix» qu’au «Monop'»? On n’en est pas trop sûr. Du coup, on décide de purement et simplement faire une croix sur les courses. Poursuivant la promenade, baladeur sur les oreilles, on entend à la radio locale que ce week-end également, à Barbès, les vendeuses du magasin «Tati» ont débrayé pour dénoncer leurs conditions salariales. «Les nouveaux employés gagnent à peine 900€ par mois», témoigne une syndicaliste: «Qui peut vivre à Paris en gagnant si peu?». Personne, lui répond-on mentalement.

A la Fnac également, la plupart des magasins de la région parisienne ont été touchés par des débrayages, ce week-end. Et un peu partout dans le pays, les caissières d’enseignes comme «Auchan», «Carrefour», «Leclerc» ou «Casino» se sont tout autant croisé les bras. Dans leur collimateur notamment: ces journées de travail sans cesse coupées par des pauses oisives et non rémunérées pendant les tranches horaires où le client ne vient pas, mais par contre sans cesse allongées de plus en plus tard en fin de journée pour servir la masse de clients qui sortent tard du boulot.

Abonné aux courses tardives, enchanté que le supermarché du coin ait récemment retardé sa fermeture de 20 à 21 heures, fan de Tokyo où, chaque été, on trouve si fabuleusement pratique que les supérettes soient ouvertes sans interruption jour et nuit, 24heures sur 24 et 7 jours sur 7, on culpabilise un peu.

11:05 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : Paris, Social, Activisme

21/03/2008

Un niveau

378d14fbdcbb9f926230a72a8dd4c58b.jpgVoilà qui va intéresser les millions de banlieusards de la région parisienne qui, à longueur de journées, galèrent dans le RER. L’aveu est signé Guillaume Pépy lui-même, président de la SNCF, et il a été fait il y a quelques jours: dans le RER, «le niveau de service n’est pas acceptable».

Le patron des chemins de fer évoquait particulièrement le RER D, cette très longue ligne qui relie la capitale aussi bien avec le sud-est de la région parisienne (jusque la Forêt de Fontainebleau et au-delà) qu’avec toute sa banlieue nord. La SNCF promet «un plan de transformation en profondeur» du réseau, afin d’aider à le «remettre à niveau». L’objectif est d’«obtenir en 24 mois des premiers résultats tangibles sur la régularité, l’information et la sécurité».

Une autre innovation, déjà en route elle, concerne le RER C, la ligne qui dessert toute la banlieue ouest de la capitale, dont Versailles. La SNCF est en train de remplacer toutes les semelles de frein des rames, de manière à diminuer les frottements des roues contre les rails et, du coup, de réduire considérablement les nuisances sonores provoquées par le trafic. Grâce au nouveau dispositif, un train lancé à 90km/h émet 10 décibels de moins, son volume sonore étant dès lors divisé par deux. A terme, lorsque la réforme aura également été étendue au RER D, un demi-million de riverains seront soulagés.

c4e31a99e141202e8ff42ec0b5f5eddf.jpgA propos de nuisances dans les transports en commun parisiens, l’an dernier, la RATP et le gouvernement, par la voix de la secrétaire d’Etat à l’Ecologie Nathalie Kosciusko-Morizet, avaient promis de briser la confidentialité des mesures de la pollution effectuées dans le métro et le RER. Cet engagement avait été pris après la divulgation des résultats très inquiétants d’une étude sur la pollution par les particules à laquelle les voyageurs sont exposés. Dès 2008, avait-on promis, les mesures de la qualité de l’air effectuées pendant toute l’année par les capteurs dans différentes stations de métro («Franklin Roosevelt » et «Châtelet») et de RER («Châtelet-les Halles», «Auber» et «Nation») seraient rendues publiques. A partir de janvier, avait-on assuré, les résultats de ces mesures seraient publiés chaque semaine sur le site web de la RATP.

Ce matin, trois mois après l’échéance, on a eu beau chercher sur ledit site en tous sens, on n'a trouvé nulle trace de ces mesures. C’est vraiment se moquer du monde.

20/03/2008

Une audition

3b24950b133c12037c2cdd2db76b1a57.jpgCela commence aujourd’hui. Cela fait sans doute des jours que des tas d'artistes en herbe attendent cela, et se sont réveillés ce matin avec le stress au ventre. C'est le grand casting (*) organisé par la RATP pour recruter les prochains musiciens du métro parisien. Et, si on n'avait pas été retenu par des devoirs plus austères, on aurait bien été faire un tour là pour voir à quoi cela ressemble.

Depuis plus de dix ans maintenant, tous les six mois, au printemps (donc aujourd’hui, mais oui) puis à l’automne, une filiale de la société de transports spécialement chargée de l’animation musicale et artistique du réseau auditionne des candidats sélectionnés par un jury. A l’issue de leur sélection, les heureux élus reçoivent un badge les autorisant à se produire dans l'enceinte du métro et du RER  – à l’inverse des musiciens-quêteurs dans les trains, qui eux sont théoriquement interdits. Chaque année, un demi millier d’artistes environ sont auditionnés dans ce cadre. Qui fonctionne tellement bien, paraît-il, qu’il a été ou va être copié par les métros de Rotterdam, Londres, Tokyo ou Osaka.

Parmi ces artistes et musiciens sélectionnés, il y a évidemment un peu de tout, et donc, trouvera-t-on parfois, en fonction des goûts et des couleurs, un peu n’importe quoi. Certains couloirs et passages précis du métro parisien (aux stations «Châtelet» ou «République», par exemple) n’en sont pas moins connus et prisés des usagers pour leur animation musicale. Animation certains jours même endiablée, vu notamment l’acoustique phénoménale des lieux, où la moindre note résonne et prend d’étonnantes proportions.

On a croisé souvent des attroupements de gens qui, sur le chemin du bureau ou d’ailleurs, décidaient subitement, visiblement ravis, de se poser un peu devant ces musiciens. Voire carrément se lâchaient en chantant, en battant la mesure, en tapant dans les mains, en se dandinant ou en leur réservant un triomphe d’applaudissements. Ce genre de scènes, cela change du tout au tout un voyage dans les transports en commun.

De grandes carrières, dit-on, ont débuté de cette façon. Selon la RATP, Michel Polnareff, Jacques Higelin ou Alain Souchon, Lââm, Dany Brillant ou Keziah Jones, Manu Dibango, Touré Kounda ou Ben Harper ont fait leurs débuts en poussant la chansonnette dans les couloirs du métro parisien.

(*) Si vous êtes à Paris et vous sentez des talents musicaux: RATP Espace Métro Accords, 102 ter rue de Charonne, 75011 PARIS, tél. 01 58 77 40 74.

19/03/2008

Une fermeture

cf300bfc6add1e7a548f386a8814e13f.jpgLa nouvelle est tombée il y a une dizaine de jours déjà, mais, à cause de la campagne électorale, on n’avait pas eu le temps d’en parler ici. Il n’est jamais trop tard, puisque, dix jours après, a-t-on encore constaté hier, les gens ne parlent toujours que de cela, dans le Marais: la fermeture de «Goldenberg».

«Goldenberg», c’était, depuis plus de soixante ans, une des adresses les plus célèbres du Marais juif. Une enseigne incontournable de la rue des Rosiers. Un restaurant traiteur qui a longtemps fait figure d’institution de la cuisine juive d’Europe centrale. Cet établissement avait été ouvert par Joseph et Abraham Goldenberg, les enfants de Nahoum Goldenberg, arrivé en 1920 à Paris après avoir fuit les pogroms en Russie.

En août 1982, le restaurant avait tragiquement marqué l’actualité. Des terroristes du groupe Abou Nidal avaient lancé une grenade vers sa terrasse puis mitraillé les clients en train d’y déjeuner. Cet attentat antisémite avait fait 6 morts et 22 blessés. L’an dernier, la plaque commémorative a été arrachée et dérobée. D’autres souvenirs, moins douloureux, étaient, il n’y a pas si longtemps encore, affichés en quantité en vitrine de «Goldenberg»: des dizaines de photos jaunies et émouvantes d’innombrables personnalités    stars du show-bizz, des lettres, de la politique, etc. –  qui, pendant toutes ces années, ont fréquenté cet établissement.

5c9dc71be917404d93d63cf640ff618f.jpgAujourd’hui, les lieux sont totalement vides. En vitrine, on n’aperçoit plus qu’une vieille bouteille de champagne toute poussiéreuse. Et quelques petits écriteaux de mets qui ne renvoient désormais plus à rien: kneïdlech, poitrine d’oie, pastrami, vodka zubrovka blanche, esturgeon, blinis et tarama. Bien visible, en revanche, accroché au grillage, un énorme panneau: «A LOUER».

Après avoir dû fermer ses portes pour des problèmes administratifs en 2006, «Goldenberg» avait été repris par les frères Costes, qui gèrent toute une série de restaurants branchés à Paris. Mais l’investisseur ayant récemment racheté ce fonds de commerce veut en tirer un meilleur loyer, conforme aux prix du marché dans ce quartier très coté. «Goldenberg » a donc définitivement mis la clé sous le paillasson. A sa place, dans quelques semaines, on trouvera sans doute une boutique de jeans, un Starbucks Café ou un H&M.

92431348b7ab4516ddfb1537f058c5fb.jpgA moins que la mobilisation des riverains ne porte ses fruits? L’autre soir, une centaine d’habitants du quartier ont manifesté pour que, dans les affectations commerciales, soit mieux respecté le caractère historique et culturel de la rue des Rosiers. Une pétition circule dans le Marais. Elle appelle les autorités à réagir contre la disparition des «commerces de tradition et de proximité» chassés du Marais juif par la flambée des loyers. En quelques années, affirme cette pétition, «des dizaines» de ces commerces ont fermé: 3 coiffeurs, 6 boucheries, 1 teinturerie, 4 restaurants, 1 hammam, 1 marchand de journaux, 1 PMU, etc.

Cette évolution du Marais juif, d’ailleurs, saute aux yeux quand on s’y promène. Certes, «Sacha Finkelsztajn» est toujours là, avec ses vatrouchkas de fromage. La belle librairie «Chir Hadach» aussi. Et on fait toujours autant la queue pour les baygels et les mazurkis devant le salon de thé «Korcarz». Mais, de tous côtés et de plus en plus, ont surgi les boutiques de vêtements ou de déco, les lunetteries, les bars branchés, etc. La communauté juive ne le supporte plus. Et entend bien ne pas laisser cette partie du Marais se transformer «en une promenade dominicale où l’on vient photographier les restes d’un quartier juif disparu».

e52793cc44fe4d5f0242fd210842c255.jpgLe dimanche, nous en tout cas, dans le Marais, depuis belle lurette on n’y va plus. Tous les jours de la semaine, quand on veut et chaque fois avec plaisir – on y est d’ailleurs souvent: on n’a qu’un boulevard à traverser – mais le dimanche, plus jamais ô grand jamais. Ce jour-là, en effet, depuis que les boutiques y sont ouvertes toute la journée, la masse de touristes et de promeneurs y est insupportablement dense. C’est comme si la ville entière, grégaire, bruyante voire vulgaire, s’était donné rendez-vous dans ce quartier. Qui, du coup, en perd irrémédiablement une grande partie de son indéniable charme. A moins d'aimer la foule, évidemment.

18/03/2008

Une descente

L’info a été révélée par le JDD dimanche, mais elle est passée complètement inaperçue à cause du second tour des élections municipales: le parquet de Paris vient d’être saisi des agissements d’une bande de jeunes nazillons qui, cet automne, a effectué une descente dans le métro parisien.

Ils étaient une quinzaine, la plupart âgés d’une vingtaine d’années à peine, et qui arboraient le look habituel: bérets militaires, crânes rasés, grosses godasses, treillis et croix celtiques. Ils se sont offerts une balade en métro sur la ligne 14, la ligne automatique. Comme, il y a quelques mois, dans le métro de Madrid, un skin s’en était pris à coups de pied à une voyageuse d’origine latino-américaine, ces nazillons parisiens ont importuné des voyageurs de couleur et leur ont proféré des insultes racistes. Parmi les slogans qu’ils ont braillés pendant leur voyage, sous le regard éberlué des passagers: «Bleu, Blanc, Rouge, la France aux Français!», «Skinheads en action, écrasons l’immigration!» ou même carrément «Sieg Heil». Après leur parade sur la ligne 14, ils se sont retrouvés dans un square parisien où, entre deux rasades de bières, ils ont fait des saluts nazis.

Les agents des Renseignements généraux seraient inquiets: cela faisait une dizaine d’années que Paris n’abritait plus de groupe structuré de sympathisants néonazis. Or, plusieurs membres de cette bande ont déjà été identifiés, et ils habitent bel et bien soit dans la capitale, soit en banlieue. Pour les identifier, les policiers se sont notamment servis de la vidéo de leurs exploits que les nazillons ont réalisée et posée sur le site d’échange Dailymotion.

Cette vidéo fait plus de 8 minutes. Elle est de piètre qualité, manifestement tournée à l’aide d’un téléphone portable de base. On ne fera pas ici de lien vers elle, ni on n’en donnera le titre. Ce serait servir les desseins de ces individus, qui veulent et cherchent évidemment que, sur le net notamment, leurs agissements soient vus par le plus de monde possible.

En lieu et place, et plus utilement, on rappellera combien l’extrême droite a toujours été très minoritaire à Paris. C’est d’ailleurs une constante électorale en France: le Front National réalise systématiquement ses moins bons scores dans la capitale. A titre d’exemple, dans notre onzième arrondissement, aux dernières élections municipales, le FN a recueilli très exactement 1357 votes. Sur quelque 47.000 suffrages, cela lui confère misérablement 2,9% des voix. C’est encore moins bien qu’aux  municipales de 2001, où il avait obtenu quelque 4% des voix.

17/03/2008

Une vedette

adb1e0ef8cd4e3b9383a50ff8afbd8d4.jpgHier, incontestablement, ce fut lui la vedette de la soirée électorale dans la capitale: l’ancien maire de Paris (1995-2001) Jean Tiberi, qui, avec 225 voix d’écart seulement, a réussi in extremis à conserver sa mairie du cinquième arrondissement. Ce fut lui la vedette bien plus que Bertrand Delanoë, qui a certes rempilé à l’Hôtel de Ville mais n’est pas parvenu à faire basculer à son profit l’un ou l’autre arrondissement supplémentaire et donc surtout pas ce fameux cinquième. Il se raconte d’ailleurs que, derrière ses sourires de façade, Bertrand Delanoë, hier soir, était fou de rage de voir sa candidate socialiste dans le cinquième, Lyne Cohen-Solal, à nouveau défaite par ce décidément indéboulonnable Jean Tiberi: depuis 25 ans maire et depuis 40 ans député du cinquième.

Il faut dire que c’est un lascar, cet homme-là. On s’en était rendu compte lors de la campagne pour les législatives de 2002. On l’avait alors suivi toute une journée sur le terrain, dans son fief aux pieds du Panthéon. On en avait gardé un très bon souvenir.

Car Jean Tiberi est un homme vraiment très drôle. Il n’a jamais sa langue (de vipère) en poche, il est mordant, roublard et fielleux à souhait, il a tant de répartie qu’il accepte sans problème d’être chambré, il a une mauvaise foi délicieusement crasse, il a toujours dans sa poche une anecdote dévastatrice et un bon mot assassin. Tutoiement facile, main constamment sur l’avant bras de son interlocuteur, clins d’yeux permanents, larges sourires dévoilant ses dents de la chance: il a aussi ce contact très physique, limite charnel, avec les gens qui est l’apanage des grands professionnels de la politique.

C’était un moment plaisant mais aussi très instructif. Rue Mouffetard ou place de la Contrescarpe, Tiberi connaissait absolument tout le monde, faisait la bise à quasiment chaque passant, tutoyait tous les commerçants, appelait la plupart des gens par leur prénom sans jamais se tromper. Et malgré le train d’enfer de sa campagne, il prenait interminablement le temps de répondre à toutes les sollicitations des habitants croisés, notait soigneusement la moindre de leurs demandes dans son petit cahier,  promettait faveurs, services et interventions à longueur de journée. Un modèle de «proximité», se vantait-il. Un sommet de «clientélisme», selon ses détracteurs. Du grand art, en tout cas.

 

Ce qui risque d’être très artistique aussi, voire carrément baroque, c’est la cohabitation qui va se nouer dès demain sur les bancs du Conseil de Paris entre Jean Tiberi – multirécidiviste patenté de la mise en examen et des affaires: «Tiberi en prison!» ont scandé ses opposants hier  soir  –  et sa collègue voire possible chef de groupe UMP Rachida Dati, ministre de la Justice. On ne trouvera pas plus beau contraste politique entre ce vieux Corse adepte de la politique et des méthodes de papa, très quatrième République en somme, et l’égérie de la modernité sarkozienne.

14/03/2008

Une fin

Plus que deux fois dormir et la France en aura donc fini avec ces élections municipales. Il est grand temps, d’ailleurs, que la campagne se termine.

A Marseille, on l’a vu hier, les colleurs d’affiches et distributeurs de tracts des deux camps en viennent à se taper dessus. A Paris, en revanche, les jeux semblent tellement faits qu’on s’ennuie à mourir – il fallait vraiment être passionné pour ne pas tomber en narcolepsie hier en fin de soirée devant l’émission spéciale consacrée à ce scrutin parisien par France 3-Ile de France. A Neuilly, le berceau historique de la Sarkozie, après les coupes de champagne dimanche dernier, ce sont les insultes antisémites que, dorénavant, l’on se lance à la tête. A l’UMP, on frise le n’importe quoi puisque le meilleur ami du Président, le député Patrick Balkany, en vient à flinguer en public Patrick Devedjian, le patron du grand parti présidentiel. A la Sofres, Ipsos, BVA ou autres instituts de sondages, on en arrive à publier, pour Toulouse par exemple, des enquêtes d’intention de vote pointant les deux candidats à 50-50. Or, si vous posez la question en privé à n’importe quel grand patron d’institut de sondage, il vous confirmera qu'un résultat annoncé comme cela n'a absolument aucun sens. Il vous expliquera que vu notamment la marge d’erreur, s’il fallait être tout à fait honnête, un tel sondage devrait être présenté de la sorte: «Les deux candidats sont dans une fourchette entre 48 et 52 mais nous sommes dans l’impossibilité la plus totale de déterminer lequel des deux finira par l’emporter». Conclusion honnête mais évidemment peu vendable à la Une des journaux. Du coup, on résume à 50-50, ce faisant on entretient le suspense, donc on stimule la commande de nouvelles enquêtes, dès lors on fait tourner le business.

Les sondeurs d’ailleurs, au premier tour dimanche dernier, ont tout de même pas mal cafouillé, a-t-on assez peu souligné. Sur le taux d’abstention par exemple, qui fut donné d’abord remarquablement bas puis finalement historiquement haut. Le sommet de la cacophonie, néanmoins, fut sans conteste atteint par le ministère de l’Intérieur, qui a connu un énorme bug informatique ayant considérablement retardé la validation et la publication des résultats. Rebelote dimanche pour le second tour? Il ne manquerait vraiment plus que cela, en guise de pénible fin de scrutin.

13/03/2008

Un goût

8dcd5fdd693af69dd77bf26ba2c3be8f.jpgLes fabricants et vendeurs de sandwichs voient-ils leurs chiffres de vente exploser en campagne électorale? Si tous les journalistes de France, de Navarre et d’au-delà, qui suivent la campagne pour ces élections municipales, sont au même régime alimentaire que nous, la réponse à cette question est incontestablement oui. Dans ces périodes, en effet, on n’a que le temps de manger des sandwichs: matin, midi et soir.

Si donc, pour les plumitifs en tout cas, la politique hexagonale avait un goût   à supposer qu’on puisse parler de saveur s’agissant d’une nourriture si industrielle et si peu roborative – ce serait assurément… celui du sandwich.

On s’était déjà fait la réflexion la semaine dernière. En coursant à Paris des candidats comme Rachida Dati (en Dior et bottes à talon vertigineux), Christine Lagarde (en béquille pour cause d’entorse, dès lors plus facile à suivre) ou Jean-Marie Cavada (en très petite forme dans ses discours, avait-on trouvé – au vu de la gifle qu’il s’est prise dimanche soir, les électeurs du douzième arrondissement ont été du même avis).

On a de nouveau expérimenté ce grand classique gastronomique des campagnes électorales françaises ce mercredi. A Toulouse (*), en suivant Pierre Cohen, le député socialiste qui rêve de faire basculer à gauche la Ville rose, gérée depuis 37 ans par la droite. De nouveau, cela a été une journée 100% sandwich.

Ce jeudi, à Marseille cette fois, on n’aura d’autre choix que de regoûter aux plaisirs du sandwich sur le pouce. En compagnie toute la journée du maire UMP Jean-Claude Gaudin, qui brigue un nouveau mandat. Au vu de son agenda (des rendez-vous presse à 11h30, 15h et 16h30, excusez du peu), on craint de n’avoir, une fois de plus, pas le temps de s’offrir une bouillabaisse sur le vieux port avec les mouettes, notamment, comme aimable compagnie.

Au moins, lors de cette campagne électorale-ci – qui, vu le timing, a été plus Air France que SNCF – a-t-on  tenté un léger saut qualitatif, en troquant le sandwich mou des chemins de fer contre le plateau-repas des compagnies aériennes. Pas sûr, cependant, qu’on y a gagné au change.

(*) La dernière fois qu’on était venu en reportage ici, s’est-on souvenu hier, c’était l’an dernier, en compagnie de Ségolène Royal et du Premier ministre espagnol José Luís Zapatero, à la veille du premier tour des présidentielles. Cela n’a pas trop porté chance à l’intéressée. Porterait-on la poisse aux socialistes à Toulouse? Réponse dimanche soir.

12/03/2008

Une confiance

Dimanche soir, les Français auront donc élu leurs maires. Ceux-ci sont généralement très  populaires dans l’opinion.

Pour preuve, lorsqu’on interroge les Français sur la fonction politique en laquelle ils font le plus confiance, comme TNS-Sofres l’a fait le mois dernier dans un sondage, leur réponse est sans équivoque. Pour 72% d’entre eux, il s’agit des maires. Ceux-ci arrivent loin devant les députés (30%), les conseillers régionaux (19%), les conseillers généraux (16%), les ministres (15%), les députés européens (9%) et les sénateurs (9%). Plus de sept Français sur dix (72%) se disent satisfaits de leur maire, et 58% souhaitent qu’il soit réélu à la faveur de ces élections.

En novembre 2007 déjà, une enquête CSA menée pour le compte de l’Association des maires de France avait montré que 83% des Français avaient une bonne opinion de leur édile. Mais cette appréciation positive n’est pas inconditionnelle. Les citoyens demandent aussi à leurs maires de mieux les associer aux décisions municipales, que ce soit par des consultations plus fréquentes de la population (72%), la mise sur pied de conseils de quartier (65%) ou l’organisation de débats participatifs (65%).

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11/03/2008

Un score

6c2bd369ff3b0b093086880f1383e956.jpgLes habitants du sixième arrondissement sont cool. Dimanche, à l’occasion du scrutin municipal, ils ont réservé un plutôt bon accueil électoral à un candidat pourtant très atypique puisqu’il s’agit d’un… SDF, Jean-Marc Restoux.

L’homme, âgé de 54 ans, outre qu’il tient un blog, fait la manche depuis des années à Saint-Germain des Prés – quasi impossible d’aller prendre un verre au «Flore» ou au «Deux Magots» sans le croiser. Histoire notamment d’apporter «un autre son de cloche» à la campagne municipale parisienne et de «prouver que les gens dans la rue ne sont pas des abrutis»,  il présentait à la mairie une liste soutenue par l’association «Salauds de pauvres», liste sur laquelle, en guise de «people», figurait l’écrivain Frédéric Beigbeder. Sur les quelque 15.000 votants du sixième, 577 lui ont donné leur voix. Ce qui assure à ce candidat un score de 3,7%, soit quasiment autant que les Verts (3,8%) et beaucoup plus que le Front national (2,3%).

Comme toutefois il n’a pas atteint la barre des 5% des suffrages, Jean-Marc Restoux ne verra pas ses frais de campagne (1800€) remboursés. Dès dimanche soir, dès lors, l’homme s’est remis au travail: a recommencé à faire la manche boulevard Saint-Germain.

PS: Parlant de SDF, la réalité parfois égale dramatiquement la fiction. Les fabuleux romanciers Murakami Ryû (dans «Miso Soup») et Bret Easton Ellis (dans «American Psycho») ont écrit des scènes hallucinantes de SDF massacrés par des psychopathes: de grands moments littéraires, même si ces passages sont presque illisibles tellement ils sont insoutenables de cruauté et de violence gratuite. Hier à Lille – mais cela aurait très bien pu se passer à Paris aussi – deux ados de 12 et 17 ans ont été mis en examen et écroués pour avoir tenté d’assassiner un SDF. Samedi soir, le miséreux aurait refusé de leur donner de l'alcool. En retour, les gamins se seraient acharnés sur lui à coups de couteau à la gorge et aux reins. Les jours de la victime, grièvement blessée, ne sont plus en danger.

10/03/2008

Une confirmation, ou l'autre

On n’a pas le moins du monde été surpris en apprenant hier soir que les Parisiens avaient très peu voté dimanche, au premier tour des élections municipales. Dans 18 des 20 arrondissements de la capitale, le taux d’abstention a dépassé 40% - 45% même dans une demi-douzaine d’arrondissements. Ce résultat n’a fait que confirmer le pressentiment qu’on avait eu la semaine dernière, en nous basant simplement sur le nombre de nos connaissances parisiennes qui soit n’étaient pas à Paris dimanche (les congés scolaires ne s’y sont achevés que ce matin), soit que ce scrutin faisaient bâiller d'ennui et qui ne paraissaient dès lors pas très motivées pour aller voter. On s’était dit alors que si notre entourage était plus ou moins représentatif de l’électorat de base, l’élection n’allait pas briller par son taux de participation. Cela s’est vérifié.

L’annonce hier soir du taux d’abstention élevé à Paris a aussi confirmé ce qu’on avait pu constater dimanche sur le terrain. Sur le coup de midi, l’école qui abritait notre bureau de vote était quasiment déserte, sa petite cour n’accueillant que de rares passants fuyant sous la pluie. En revanche, au même endroit en mai 2007, à l’occasion des élections présidentielles, on avait vu s’étirer pendant toute la journée des queues interminables d’électeurs. Dans notre bureau de vote dimanche, seules trois personnes patientaient devant nous. Du coup, notre premier vote en France, qu’on attendait depuis si longtemps, fut expédié en moins de trois minutes.

Ce vote a d’ailleurs aussi confirmé une autre impression qu’on avait depuis longtemps mais qu’on n’avait jamais eu l’occasion d’expérimenter: le système de vote français est tout de même plus pratique que le système belge. Des élections dans le plat pays, on a gardé le (lointain) et épique souvenir de listes encombrantes comme des cartes routières qu’il fallait déplier dans l’isoloir, du temps mis à retrouver le nom du ou des candidats de prédilection sur ces listes kilométriques, et de l’écriteau interdisant aux électeurs de mâchonner le crayon rouge utilisé pour voter. Le tout ne dégageait pas une grande impression d’efficacité, de commodité et de modernité. En France, c’est tout différent. On explique pour les lecteurs qui n’y habitent pas: en entrant dans le bureau de vote, on prend sur une table toutes les listes (format A4) se présentant aux suffrages des électeurs, on se rend dans l’isoloir, on met la liste de son choix dans une mini-enveloppe, on jette les autres à la poubelle, on met l’enveloppe dans l’urne, et basta. Ce système, hier, nous a semblé plus commode et plus rapide que son homologue belge. Mais pas sûr qu’il soit très écologique, en termes de consommation de papier. Ainsi, rien que dans notre onzième arrondissement par exemple, où l’on a compté 47.591 votants et sept listes en présence, on a jeté à la poubelle hier quelque … 280.000 feuilles de papier A4!

Mais le second tour dimanche prochain, en tout cas, sera plus écologique dans cet arrondissement, puisqu’on ne votera carrément pas, le maire ayant été élu dès le premier tour. Encore une confirmation donc apportée par le scrutin hier: l’est parisien vote à gauche. Comme bon nombre d'habitants de la capitale d’ailleurs, si l’on en juge au score de maréchal que s’est offert hier soir Bertrand Delanoë.

07/03/2008

Une misère

4c458f51b2bff72b9a407281c18d230b.jpgDans quelques heures, le week-end. Qui sera marqué par deux événements: la Journée internationale des femmes, demain, et le premier tour des élections municipales, dimanche. Fâcheuse coïncidence pour la France, car cela va rappeler combien, en matière de représentation politique des femmes comme des citoyens issus de l’immigration, ce pays a encore beaucoup de progrès à faire.

Certes, depuis l’application des lois sur la parité, le nombre de conseillères municipales a progressé: il s’établit désormais à 30% à l’échelle du pays (contre 21% au milieu des années 90). Mais à l’inverse du mandat de conseiller municipal, le poste de maire, lui, reste essentiellement masculin. En France, 89,1% des maires sont des hommes. Et sur les 37 villes de plus de 100.000 habitants, cinq seulement sont dirigées par des femmes: Lille (Martine Aubry), Strasbourg (Fabienne Keller), Caen (Brigitte Le Brethon), Montpellier (Hélène Mandroux) et Aix-en-Provence (Maryse Joissains).

La situation n’a que peu de chances de fondamentalement s’améliorer après ce scrutin. L’UMP affiche 15% de femmes chefs de file dans les villes de 30.000 habitants et plus. Le PS fait un poil mieux, avec des têtes de listes féminines dans 25% des villes de plus de 20.000 habitants. C’est un progrès par rapport aux municipales, assurent ces deux partis, qui, en sept ans, ont respectivement multiplié par 3 et 2,5 leur représentation féminine en tête de liste.

Il n’empêche, selon les estimations, à l’issue du scrutin de ces deux prochains dimanches, au maximum 15% de femmes seront maires de villes de plus de 20.000 habitants. On est loin de la parité.

06/03/2008

Une couleur

Depuis des années, le onzième arrondissement, historiquement un quartier populaire de Paris, se «boboïse» à une vitesse impressionnante. Cet embourgeoisement, cette «gentrification» comme disent les spécialistes, tend à uniformiser le profil sociologique de ses habitants. Malgré tout, les gens que l’on croise ici à longueur de journées, dans les rues, au supermarché, au bureau de poste ou au resto, sont d’origine assez variée: blacks, beurs, asiatiques et blancs. Du coup, on ne peut qu’être frappé par une chose, à la vue des photos de tous ces candidats aux municipales qui s’affichent en ce moment sur les panneaux électoraux. En lieu et place de ce métissage quotidien que l'on voit dans la rue, une seule couleur de visage prédomine largement sur les affiches électorales: le blanc.

Ce matin au petit déj’, au départ des documents électoraux reçus hier à la maison, on a compté, par curiosité, le nombre de candidats issus «de la diversité», comme on dit maintenant, figurant sur les listes des différents partis en lice dans le onzième, qui présentent toutes 33 candidats.

Résultat de ce rapide comptage? Le PS présente 2 candidats visiblement issus de l’immigration, l’UMP 2 également, le Modem 4, les Verts 3 (dont leur tête de liste), la LCR 1 et Lutte ouvrière 2. Le FN on ne sait pas, sa documentation électorale ne listant pas ses candidats, mais on croit pouvoir supputer sans trop de crainte de se tromper que les candidats blacks ou beurs ne doivent en tout cas pas être majoritaires sur sa liste. Au mieux donc (4 sur 33), la diversité, si l’on compte bien, est représentée à concurrence de 12 pc sur les listes électorales du onzième arrondissement.

Bien sûr, cela ne veut pas dire que les élus de cet arrondissement, demain, seront illégitimes ou incompétents. Ni qu’ils feront mal leur travail. Ni qu’ils n’auront pas à cœur d’œuvrer au bénéfice de l’ensemble de la population de leur arrondissement d’origine, dans toutes ses composantes. Ni même que l’on plaide en faveur de quotas sur les listes électorales en fonction de la couleur de la peau. Mais cela indique, ni plus ni moins, qu’au départ, ces élus ne seront pas la photographie conforte, exacte et parfaite de leur électorat.

Il n’y a d’ailleurs pas que dans le onzième ou à Paris que la diversité a du retard à rattraper: la situation vaut pour l’ensemble de la France. Sur les villes de plus de 30.000 habitants et les arrondissements de Paris, Lyon et Marseille, l’UMP revendique 13 têtes de liste issues de la diversité, contre, selon ses comptages, 7 au PS. Ce qui, dans l’un ou l’autre cas, fait tout de même extrêmement peu.

05/03/2008

Une lettre

5575df38f5befcb15831c695e8fbdb55.jpgDans la boîte aux lettres ce matin, la fameuse carte d’électeur qui va nous permettre de voter aux élections municipales. On n’espérait plus trop la recevoir. On a dès lors été ravi en la découvrant. Dès dimanche, grâce à elle, on se sentira encore un peu plus Parisien.

Dans la même boîte aux lettres, le même jour, une lettre du député Patrick Bloche, tête de liste socialiste et probable futur maire de notre onzième arrondissement. Avec une grande photo de lui et du maire de Paris, Bertrand Delanoë. Dans son courrier, ledit Patrick Bloche nous félicite d’avoir, en tant que «citoyen d’un pays de l’Union européenne», choisi de vivre à Paris et dans cet arrondissement précis. Il se réjouit de notre inscription sur les listes électorales, «symbole fort du renforcement de la citoyenneté européenne et de l’entente entre nos pays respectifs». Il nous présente ses «sentiments très cordiaux et très européens». Nous assure combien, depuis l’arrivée de Bertrand Delanoë à l’Hôtel de Ville en 2001, Paris a «voulu prendre toute sa part dans le grand dessein européen». Nous annonce que «de nombreux citoyens européens figurent sur les listes» socialistes à Paris. Et conclut ainsi: «Nous comptons sur votre soutien» dimanche.

On a été assez estomaqué en découvrant ce courrier. Qu’en tant qu’inscrit sur les listes électorales, l’on reçoive désormais la littérature politique de tous les partis et candidats à une élection, rien que de très normal. Mais de là à recevoir un seul et unique courrier électoral invitant à voter en faveur de la liste du maire, le jour même où arrive la fameuse carte d’électeur signée par le même maire, on a trouvé cela, comment dire, assez gonflé. Que les fichiers d'électeurs circulent dans les partis en période électorale, nul ne s'en étonnera. Mais que le bureau des élections de la mairie, qui s’occupe d’enregistrer les Parisiens européens sur les registres électoraux, dispose de connexions aussi privilégiées et efficaces avec le QG de campagne de Bertrand Delanoë, on a trouvé cela, disons, pas anodin. Ce bureau transmet-il aussi rapidement les coordonnées des nouveaux électeurs aux autres candidats que le maire sortant? C’est en tout cas la question que, ce matin, on s’est posée.

04/03/2008

Un sport

C’est un peu comme courir le marathon. Quand on est journaliste de presse étrangère travaillant en France, courser des personnalités en campagne électorale, c’est un sport. Certes, dans les campagnes pour les élections présidentielles, les candidats à l’Elysée sont plutôt accessibles aux médias étrangers. Car, quand on ambitionne de devenir chef de l'Etat, se déplacer entouré de reporters de CNN ou du «Herald Tribune» peut évidemment contribuer à asseoir une stature internationale. En revanche, dans les campagnes locales, les grandes stars de la politique hexagonale se montrent moins immédiatement accueillantes envers la presse internationale. Logique. Ces candidats doivent se montrer proches de l’électeur local et de ses préoccupations. Une trop grande cohue médiatique autour d’eux peut donc les desservir, en donnant à l’électeur de base le sentiment que ces candidats viennent de haut et, très intéressés, ne font que passer avec leur Cour dans le quartier.

A chaque élection autre que présidentielle qu’on a couverte depuis qu’on travaille à Paris, on a été confronté au même problème. Et on est à nouveau en plein dedans, en ce moment. On a toutes les peines du monde à boucler quelques mini-reportages de terrain, pourtant très anodins, sur telle ou telle sommité en campagne – dont, charitablement, on taira les noms ici.  Non que leurs états-majors vous raccrochent au nez comme ils le faisaient sans vergogne il y a quelques années encore, après vous avoir benoîtement avoué que la presse étrangère n’était pas leur «priorité de communication» – sans même laisser le temps d’expliquer que votre job à vous, ce n’est pas la communication mais l’information. A présent, c’est plus subtil. On est très courtois avec vous au téléphone, on dit toujours qu’on va vous rappeler, mais on vous rappelle rarement ou carrément jamais. Et quand vous demandez telle ou telle précision d’agenda, comme par hasard le responsable n’est jamais là ou l’agenda n’est jamais finalisé. Autant de désagréments qui ne sont naturellement jamais infligés aux collègues de TF1 ou du «Monde».

C’est de bonne guerre, et on ne le prend pas spécialement pour nous. Mais cette attitude est rarement très productive, car elle a surtout le don d’exciter le journaliste de base. Pour qui, du coup, cela devient comme un jeu, une espèce de safari, de se taper l’incruste dans les meetings, de débusquer par des voies détournées les agendas ministériels cachés, d’embarrasser de pauvres secrétaires (qui n’en peuvent rien et ne demanderaient pas mieux) en les prenant en flagrant délit de dissimulation, etc. Le plumitif parvient généralement toujours à ses fins mais, en attendant, il a perdu tant de temps.

Tiens, au fond, autre grand classique des campagnes électorales françaises: il y a toujours un type particulier de personnalités politiques qui, elles, en revanche, sont en permanence charmantes, efficaces, courtoises, accueillantes et entièrement disponibles pour la presse internationale. Ce sont les leaders… des formations d’extrême droite ou d’extrême gauche. Vous êtes journaliste étranger et voulez le numéro de portable d’Olivier Besancenot ou d’Arlette Laguiller? Il n’y a quasiment qu’à les demander à leurs services de presse. Vous désirez faire un marché avec Marine Le Pen dans le Pas de Calais? C’est organisé en un seul coup de fil, on vous reçoit sur place avec le sourire en plus, et vous avez même des chances de prendre un café en tête à tête avec elle. Quel bonheur.

03/03/2008

Une épreuve

491c1c62177a1937f7f7f1f75280425e.jpgEn parler, c’est, une fois n’est pas coutume, tutoyer la périlleuse frontière entre le blog boulot et le blog perso, vu qu’on n’était pas du tout là en tant que journaliste. C’est aussi faire fuir en un seul clic tous les lecteurs que le sport fait irrémédiablement bâiller. On prend ce double risque. Parce qu’il s’agit tout de même d’un des grands moments de la vie parisienne, et donc qu’il peut aussi avoir sa place ici. Et parce que, on l’avoue, on ne s’en est pas encore tout à fait remis et, dès lors, on manque un peu d’énergie ce matin pour trouver un autre sujet du jour…

Hier donc, c’était le semi-marathon de Paris, un rendez-vous que ne manquent pour rien au monde tous les mordus d’athlé de France et d’au-delà (60 pays étaient  représentés, dont la Belgique avec quelque 150 coureurs).

A l’inverse des 20 kilomètres de Paris, c’est loin d’être une course facile et plaisante. D’abord, parce qu’elle se déroule en plein hiver – mais au moins hier, a-t-on évité la neige. Ensuite, parce qu’il y a foule: quelque 25.000 personnes, ce qui en fait le premier semi-marathon de France en termes de participants. Du coup, pendant les premiers kilomètres, tout le monde se bouscule et joue des coudes, ce qui est moyennement agréable. Enfin, parce que le profil de la course – qui, en gros, va du Bois de Vincennes à l’Hôtel de Ville, et retour – est traître. Relativement «roulant», comme on dit dans le jargon, dans sa première moitié, mais accumulant, dans sa seconde moitié, les raidillons exténuants et les faux plats épouvantables. Monotones, aussi, vu qu’une bonne partie de la course se déroule dans le bois, d’où moins de public et moins d’encouragements et surtout moins de panoramas urbains à admirer entre deux foulées.

«C’était beaucoup moins pénible que ce que tu nous avais décrit!», se réjouissaient  hier deux amis coureurs venus de Bruxelles spécialement pour l’occasion. Quasiment hilares, la ligne d’arrivée franchie. Visiblement shootés par les endorphines et le bon air parisien puisqu’ils en étaient presque à qualifier d’aimable cet infernal parcours. Sans doute n’ont-ils pas vu, à partir du kilomètre 17 ou 18, ces coureurs – souvent des jeunes gaillards en pleine forme, en plus – s’écroulant les uns après les autres d’épuisement sur le macadam, livides de fatigue, anéantis aurait-on dit, KO en tout cas, comme de grands blessés recouverts de couvertures de survie et entourés de pompiers affairés.

Autant on garde à chaque fois un bon souvenir des 20km, autant hier, comme les fois précédentes, on a pris peu de plaisir à ce semi-marathon. On en a même assez bavé, pour tout dire. Résultat des courses – c’est le cas de le dire ;-) –, le résultat a été assez catastrophique. Mais on s’en fiche assez, car une dizaine de minutes en plus ou en moins ne sont rien par rapport aux souvenirs inoubliables que laissent immanquablement ces grandes épreuves parisiennes d’athlétisme.

Il faut voir les métros de la capitale pris d’assaut par des myriades d’athlètes hystérisés. Se perdre sur l’esplanade du Château de Vincennes transformée en gigantesque barbecue à ciel ouvert ou dans le Parc floral reconverti en immense vestiaire. Sentir la pression physique de la foule qui piétine dans votre dos quand le coup de sifflet du départ est sur le point d’être donné. Entendre l’impressionnant martèlement en cadence de milliers de pas sur la chaussée. Assister à la cohue d’innombrables  bouteilles d’eau volant en tous sens après les ravitaillements. S’émouvoir à la vue de ces coureurs qui, même entre inconnus, s’encouragent et s’entraident. Vibrer au spectacle de tous ceux – trop peu entraînés, trop vieux, trop lourds, trop gros, trop ci, trop là –, qui sont toujours en train de terminer leur course si longtemps après votre arrivée. Qui, dans les cent derniers mètres, peinent, soufflent, grimacent, manquent de défaillir, fondent carrément en larmes parfois. Mais s’accrochent, continuent, puisent leurs dernières forces au plus profond d’eux-mêmes. Jusqu’à franchir à leur tour la fameuse ligne d’arrivée, littéralement portés par les applaudissements et les cris d’encouragement de la foule. Ce sont toujours des moments très poignants.

10:20 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : Paris, Sports, Santé