Blogs Lalibre.be
Lalibre.be | Créer un Blog | Avertir le modérateur

18/04/2008

Un livre

Encore sous le coup de l’annonce du décès d’Aimé Césaire, on a profité d’un trajet longuet en métro pour relire «Une tempête». C’est l’adaptation en théâtre nègre de la célèbre «Tempête» de Shakespeare. Cette pièce est moins connue et réputée que les grandes œuvres de l’écrivain martiniquais («Cahier d’un retour au pays natal», «Et les chiens se taisaient», etc.). Elle a été écrite en 1969 et jouée pour la première fois cette année-là au festival d’Avignon.

C’est une très courte pièce; elle fait moins de cent pages, à peine un aller-retour sur la ligne 8. Et pourtant, malgré sa brièveté, on a toujours trouvé qu’«Une tempête» était un grand livre. C’est une ode poignante à la liberté et à la fierté, une dénonciation implacable des injustices et de l’asservissement, un plaidoyer vibrant et salutaire en faveur de la lutte sans relâche contre toutes les discriminations, raciales et autres.

C’est aussi le portrait d’une île splendide, la Martinique, une déclaration d’amour au grand large. Car le plus beau, écrit Césaire, «c’est encore le vent et ses musiques, le salace hoquet quand il farfouille les halliers, ou son triomphe, quand il passe, brisant les arbres, avec dans sa barbe, les bribes de leurs gémissements». Souvent, l’écrivain met les beautés naturelles de sa terre natale au service de sa noble cause. Sous la plume du poète, la mer, le vent, les oiseaux, le sable, la forêt partent alors en guerre avec lui contre l’oppression.

Cela donne, dans la bouche de l’esclave noir Caliban, quand il célèbre «le jour conquis et la fin des tyrans»: «L’incisif colibri/au fond d’une corolle s’éjouit/fera-t-il fou, fera-t-il ivre/lyre rameutant nos délires/la Liberté ohé! La Liberté!/ Ramier halte dans ces bois/Errant des îles c’est ici le repos/la miconia est pillage pur/du sang violet de la baie mûre/de sang de sang barbouille ton plumage/ voyageur!/ Dans le dos des jours fourbus/qu’on entende/la Liberté ohé! La liberté!»

Ou ce sublime chant d’Ariel, le serviteur mulâtre: «Alezan des sables/leur morsure/ mouroir des vagues/langueur pure./Où s’épuise la vague./tous ici venez,/par la main vous tenez/et dansez./Blondeur des sables/leur brûlure!/langueur des vagues/ Mouroir pur/ Ici des lèvres lèchent et pourlèchent/nos blessures».

 

 

PS: Ségolène Royal nous agace assez souvent mais là, on l’avoue, on est plutôt d’accord avec elle. Aimé Césaire, pour son talent et pour tout ce qu’il représente dans l’Histoire de France, mériterait de faire son entrée au Panthéon. Mais, de son vivant, l'homme a toujours refusé tous les honneurs. Et peut-on l'imaginer reposer ailleurs que sur son île?

Les commentaires sont fermés.