21.04.2008
Une affiche
«Faites l’amour, pas la guerre», proclamaient les murs de Paris il y a quarante ans. «Faites les Jeux Olympiques, pas de la politique», assènent en substance et en anglais ces mêmes murs, quarante ans plus tard. Accompagné d’un cœur tressé par des rameaux d’olivier, c'est le slogan d’une affiche qui est omniprésente en ce moment dans les quartiers chinois de Paris. C’est particulièrement le cas dans le onzième arrondissement, dans le quartier Sedaine-Popincourt plus précisément. Ces dernières années, ce quartier a vu affluer une importante communauté chinoise spécialisée dans le commerce de textile en gros. La plupart des vitrines de ces commerces affichent désormais l’affiche appelant les passants à «ouvrir leur cœur» et à soutenir les Jeux de Pékin.
C’est de ce quartier qu’est parti le gros de la mobilisation en faveur des JO menée par la communauté chinoise habitant en région parisienne (300.000 personnes). Cette mobilisation a culminé place de la République samedi, par une grande manifestation qui a réuni plus 4000 expatriés chinois, en majorité des jeunes, et transformé la place en impressionnante forêt de drapeaux rouges étoilés de jaune. La protestation se voulait également dirigée «contre l’injustice médiatique». «Allez en Chine. Jugez-la après», «Respectez la Chine, respectez la vérité», «Stop aux préjugés», «La liberté de la presse n’égale pas le droit de mentir»: tels étaient quelques-uns des nombreux slogans que l’on pouvait lire sur les pancartes et les banderoles.
La communauté chinoise de Paris n’est pas loin de mettre l’hostilité aux JO de Pékin et à leur pays sur le compte de la xénophobie. Et ce n’est pas la journée d’aujourd’hui – qui verra le Dalaï Lama devenir citoyen d’honneur de la ville de Paris – qui la fera changer d’avis.
Les critiques contre la Chine, si virulentes et fréquentes en ce moment en France, relèveraient donc de la sinophobie? C’est évidemment un argument aussi commode que caricatural. Toutefois, les Parisiens, et singulièrement les habitants du onzième, s’honoreraient à ne pas balayer cette accusation d’un revers de la main agacé et d’un lever de sourcils hautain, mais au contraire à prendre le temps d’y réfléchir un peu plus longuement.
Ces dernières années, en effet, d’évidents relents sinophobes ont, par moments, flotté dans le sillage de la mobilisation d’élus d’arrondissement et de comités de quartier contre les nuisances engendrées par les grossistes chinois. La mobilisation aurait-elle été d’une même ampleur si les nouveaux arrivants dans le quartier n’avaient pas tous aussi massivement et aussi visiblement appartenu à une communauté étrangère? Ces relents sont d’ailleurs apparus au grand jour lorsque les mêmes qui dénonçaient bruyamment la disparition, sous le rouleau compresseur des grossistes, des petits magasins de proximité se sont ensuite émus de voir des Chinois se diversifier en investissant en masse dans… un symbole même du commerce de proximité parisien: le bar-tabac. Là donc, ce n'était plus de commerce dont il était question, mais, clairement, de couleur de peau.
PS: Ce slogan maculant un drapeau tricolore français brandi samedi par des manifestants chinois devant le magasin Carrefour, à Wuhan: «Jeanne d’Arc=Prostituée. Napoléon=Pervers. France=Nazi». A côté de cela, dans le registre débilement injurieux, les hooligans du PSG et leur banderole anti-ch’tis peuvent aller se rhabiller. Comme ironisait un humoriste à la radio ce matin, les «Boulogne Boys» devraient, par mesure d'équité, demander et obtenir la dissolution de la Chine.
11:20 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Paris, Sports, International, Personnalités, Economie, Racisme




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