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24/04/2008

Un cordon

Les journalistes ont donc (un peu) protesté hier midi, dans la cour du Palais de l’Elysée. A la sortie du Conseil des ministres, ils ont ostensiblement déposé par terre micros, stylos et caméras. Ce faisant, ils voulaient dénoncer le fait d’avoir été parqués en rang d’oignons derrière un cordon de sécurité. Alors que, d’habitude, ils évoluent librement dans la cour, ce qui leur permet d’interviewer au vol les ministres sortant du Conseil. Du coup, en lieu et place de la joyeuse agitation médiatique qui clôt habituellement les réunions hebdomadaires du gouvernement, c’est dans un silence de mort, et sans que la moindre question leur soit posée, que les ministres, souvent éberlués, ont regagné leurs voitures. La majorité des journalistes ont ensuite boycotté le compte rendu du porte-parole du gouvernement.

 Les journalistes tiennent à leur «stylo (ou micro) trottoir» ministériel hebdomadaire, le dernier exercice journalistique qui, par son immédiateté et sa spontanéité, casse (un peu) la communication si souvent très verrouillée des hommes politiques. A l’Elysée, si on veut mettre un terme à ce cirque médiatique, c’est officiellement parce qu’il pose des problèmes de sécurité. Comme l’a expliqué sans rire hier Franck Louvrier, le conseiller presse et communication de Nicolas Sarkozy, ce cordon a été mis en place car «la semaine dernière, deux ministres ont été fortement bousculés». «Il y a dans la cour de l'Elysée un nombre de médias beaucoup plus important qu'avant. Il faut donc trouver un dispositif qui permette aux uns et aux autres de travailler, pour que les journalistes ne soient pas bousculés par les voitures qui démarrent et qu'eux-mêmes ne bousculent pas les ministres ou se bousculent les uns et les autres». Pour la semaine prochaine, un dispositif plus adapté que le cordon est d’ores et déjà annoncé.Voilà pour la version officielle. Cela n’aurait toutefois rien d’étonnant que, dans les coulisses, cette décision d’éloigner les ministres des journalistes, en reléguant ces derniers derrière un cordon, ait été décidée avant tout pour cadenasser un peu plus la parole ministérielle et donc éviter les cacophonies et couacs gouvernementaux, si nombreux ces derniers temps. Ce coup du cordon journalistique est donc probablement la première mesure, et le coup de maître, du publicitaire Thierry Saussez, le grand ami de Nicolas Sarkozy, nommé récemment Délégué interministériel à la communication pour, précisément, resserrer les boulons médiatiques du gouvernement.

Ce serait d’autant moins étonnant que ce cordon, c’est un grand classique des publicitaires s’essayant à la communication politique. La droite n’a d’ailleurs pas du tout le monopole de cette technique. On s’en souvient parfaitement. Début 2002, la grande communicatrice Nathalie Mercier (venue elle d’Euro RSCG, la boîte de pub de Jacques Séguéla) avait débarqué à Matignon pour coacher la com’ et booster l’image du Premier ministre et futur candidat socialiste à l’Elysée Lionel Jospin. Le premier accessoire de presse qu’elle avait ressorti, c’était… ce fameux cordon. Pendant quelques mois, les journalistes ont bouffé du cordon à longueur de journées. Ils n’étaient autorisés à se positionner qu’à certains endroits bien particuliers: endroits qui avaient été préalablement sélectionnés et validés par les communicants de Matignon en fonction de leur rendu télévisuel et du jour favorable sous lequel ils feraient apparaître l’homme politique. A cette époque, pour éviter notamment les petites phrases mal dosées ou le «off» qui dérape, Lionel Jospin ne se déplaçait plus qu’entouré de gardes du corps tenant tous à la main un cordon de sécurité qui formait un cercle mouvant autour de lui et barrait l’accès aux journalistes.

Un tel dispositif était à la fois pathétique, ridicule et inefficace. Au bout de quelques mois, d’ailleurs, le fameux cordon a été abandonné. Et plus personne n’a jamais entendu reparler de la grande prêtresse de l’image politique Nathalie Mercier (recyclée depuis à la com’ du musée Branly). Peut-être faudrait-il rappeler ce flop mémorable à Thierry Saussez.

PS : Parlant de ce Thierry Saussez, notez qu’on peut être un grand communicant  «un des leaders de la communication institutionnelle et politique en France», se présente-il lui-même, de manière assez immodeste – et négliger sa propre communication. Prenez le site web du «Monsieur anti-couacs» du gouvernement. Outre un design un peu daté et de nombreuses coquilles,  sa rubrique «Actualités» n’a plus été actualisée depuis… la fin février.

Commentaires

Claude Chirac avait aussi imposé un système de cordes mobiles pour empêcher aux médias d'approcher de papa lors de ses déplacements et sorties en public. L'émission "Arrêt sur image" en avait détaillé le procédé... Avec les ministres de Sarkozy, c'est pour empêcher qu'ils racontent n'importe quoi, du fait qu'ils sont là comme pour un casting de télé, et non pour porter en solo une parole politique. Pour Chirac, c'était surtout pour dissimuler l'age de plus en plus marqué du capitaine.

Écrit par : CP | 24/04/2008

ridicule, le mot est bien trouvé...

Écrit par : sylvain | 24/04/2008

Les commentaires sont fermés.