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30/04/2008

Une plaie

a77693c8c89e96638eaa105ced28cfc1.jpgC’est de loin un des aspects les moins ragoûtants de la vie à Paris . Même si la capitale française n’est pas seule en cause, et partage ce fléau avec toutes les grandes métropoles de la planète. On veut parler des rats (à ce moment, frisson immédiat de dégoût du lectorat;-). On comptabilise deux millions de rats dans la Ville lumière, soit autant que le nombre d’habitants. C’est classique. A Rome, Londres ou New York également, on dénombre généralement un rat par habitant. A Paris, d’ailleurs, on peut tomber très facilement sur  ces rongeurs. Ainsi, dans les stations de métro, il suffit d’observer un peu attentivement l’environnement pour apercevoir des rats – en contrebas des quais, par exemple, se faufilant le long des rails –, à toute heure de la journée. Le soir, sur les grands boulevards, on en a déjà entendus en train de se goinfrer dans les poubelles. Et la nuit tombée, en footing au parc ou au bois de Vincennes, on les a déjà vus s’éparpiller en masse quand ils sont dérangés par les vibrations provoquées par les pas du coureur approchant.

Comme chaque année à cette époque, les services vétérinaires de la préfecture de police de Paris mènent en ce moment une grande opération de dératisation. Cette année plus encore que les précédentes, les contrôles seront renforcés. Ces dernières semaines, en effet, plusieurs supermarchés des quartiers populaires du nord de la capitale ont défrayé la chronique pour avoir dû fermer leurs portes quelques jours, tant ils étaient infestés de  souris et de rats. Mais le fléau touche évidemment aussi les beaux quartiers: une boulangerie très cotée et des restaurants ayant pignon sur rue y seraient actuellement confrontés.

D’ici au 27 juin, les propriétaires, gérants ou syndics d’immeubles parisiens sont invités par la préfecture de police à «prendre toutes les mesures nécessaires en vue d'assurer la destruction des rats et des souris». Passée cette date, si ces mesures d’éradication n’ont pas été prises par les particuliers, l'unité de la préfecture chargée de la prévention des nuisances animales dressera procès verbal. En attendant, la mairie réitère les mesures quotidiennes de prévention contre les rongeurs: poubelles étanches, denrées alimentaires inaccessibles, caves et cours en bon état de propreté, trous bouchés et bas de portes renforcés, soupiraux grillagés, étanchéité des tampons du tout-à-l’égout vérifiée.

 

b05b05a97830d6aa386bb1e6b959c8c4.jpgCar les rats, qui pullulent dans les égouts de Paris, profitent du moindre orifice pour s’en échapper et gagner les caves et cours d’immeubles (*). Là, ils rongent tout ce qui leur tombent sous la dent: du bois à l’aluminium en passant par l’ardoise, le cuivre et même le plomb – d’où des risques de courts-circuits, d’incendies et de fuites d’eau. Ces bestioles ont aussi la désagréable particularité de se reproduire rapidement: leur longévité est de sept ans et ils peuvent avoir trois ou quatre portées par an, de six à douze petits chacune. Pour les éradiquer, le service municipal d’actions de salubrité et d’hygiène (le bien nommé SMASH) utilise essentiellement des «anticoagulants à action différée», qui terrassent en quelques jours les rongeurs entrés en contact avec eux. Mais les employés municipaux ou préfectoraux n’ont pas la tâche facile. Outre que le rat est, paraît-il, un animal prodigieusement intelligent, il est doué, assure la mairie de Paris, «de capacités physiques étonnantes». Ainsi, «il peut grimper le long d’un mur en crépi, sauter à 60 cm en hauteur et 4,5m en longueur». (Nouveau frisson d’horreur du lectorat)

Bienvenue dans la vraie vie urbaine et parisienne. On est loin de la figure sympathique et malicieuse de “Ratatouille”, le rat parigo-hollywoodien qui s’est si bien exporté sur les écrans de cinéma du monde entier.

(*) Mais on ne sait pas si, comme son cousin new-yorkais d’«American Psycho», le best-seller de Bret Easton Ellis, le rat de Paris est assez bon nageur pour pouvoir remonter tout droit des égouts jusque… dans les cuvettes des WC pour ensuite, hop, ni vu ni connu et encore tout poisseux, sauter illico sur le carrelage de la salle de bains et conquérir l’appartement (troisième sursaut, là carrément épouvanté, du lectorat, qui n’en peut plus). Nous, en tout cas, depuis la lecture de ce passage littéraire horrifique, et en vertu du fameux et si français principe de précaution, on ne laisse plus jamais un WC ouvert – mais on ne se prend pas (encore) pour Patrick Bateman.

Commentaires

Si je comprends bien, à Paris il y a autant d'habitants que de rats.

Écrit par : François Collette | 05/05/2008

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