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30/04/2008

Une plaie

a77693c8c89e96638eaa105ced28cfc1.jpgC’est de loin un des aspects les moins ragoûtants de la vie à Paris . Même si la capitale française n’est pas seule en cause, et partage ce fléau avec toutes les grandes métropoles de la planète. On veut parler des rats (à ce moment, frisson immédiat de dégoût du lectorat;-). On comptabilise deux millions de rats dans la Ville lumière, soit autant que le nombre d’habitants. C’est classique. A Rome, Londres ou New York également, on dénombre généralement un rat par habitant. A Paris, d’ailleurs, on peut tomber très facilement sur  ces rongeurs. Ainsi, dans les stations de métro, il suffit d’observer un peu attentivement l’environnement pour apercevoir des rats – en contrebas des quais, par exemple, se faufilant le long des rails –, à toute heure de la journée. Le soir, sur les grands boulevards, on en a déjà entendus en train de se goinfrer dans les poubelles. Et la nuit tombée, en footing au parc ou au bois de Vincennes, on les a déjà vus s’éparpiller en masse quand ils sont dérangés par les vibrations provoquées par les pas du coureur approchant.

Comme chaque année à cette époque, les services vétérinaires de la préfecture de police de Paris mènent en ce moment une grande opération de dératisation. Cette année plus encore que les précédentes, les contrôles seront renforcés. Ces dernières semaines, en effet, plusieurs supermarchés des quartiers populaires du nord de la capitale ont défrayé la chronique pour avoir dû fermer leurs portes quelques jours, tant ils étaient infestés de  souris et de rats. Mais le fléau touche évidemment aussi les beaux quartiers: une boulangerie très cotée et des restaurants ayant pignon sur rue y seraient actuellement confrontés.

D’ici au 27 juin, les propriétaires, gérants ou syndics d’immeubles parisiens sont invités par la préfecture de police à «prendre toutes les mesures nécessaires en vue d'assurer la destruction des rats et des souris». Passée cette date, si ces mesures d’éradication n’ont pas été prises par les particuliers, l'unité de la préfecture chargée de la prévention des nuisances animales dressera procès verbal. En attendant, la mairie réitère les mesures quotidiennes de prévention contre les rongeurs: poubelles étanches, denrées alimentaires inaccessibles, caves et cours en bon état de propreté, trous bouchés et bas de portes renforcés, soupiraux grillagés, étanchéité des tampons du tout-à-l’égout vérifiée.

 

b05b05a97830d6aa386bb1e6b959c8c4.jpgCar les rats, qui pullulent dans les égouts de Paris, profitent du moindre orifice pour s’en échapper et gagner les caves et cours d’immeubles (*). Là, ils rongent tout ce qui leur tombent sous la dent: du bois à l’aluminium en passant par l’ardoise, le cuivre et même le plomb – d’où des risques de courts-circuits, d’incendies et de fuites d’eau. Ces bestioles ont aussi la désagréable particularité de se reproduire rapidement: leur longévité est de sept ans et ils peuvent avoir trois ou quatre portées par an, de six à douze petits chacune. Pour les éradiquer, le service municipal d’actions de salubrité et d’hygiène (le bien nommé SMASH) utilise essentiellement des «anticoagulants à action différée», qui terrassent en quelques jours les rongeurs entrés en contact avec eux. Mais les employés municipaux ou préfectoraux n’ont pas la tâche facile. Outre que le rat est, paraît-il, un animal prodigieusement intelligent, il est doué, assure la mairie de Paris, «de capacités physiques étonnantes». Ainsi, «il peut grimper le long d’un mur en crépi, sauter à 60 cm en hauteur et 4,5m en longueur». (Nouveau frisson d’horreur du lectorat)

Bienvenue dans la vraie vie urbaine et parisienne. On est loin de la figure sympathique et malicieuse de “Ratatouille”, le rat parigo-hollywoodien qui s’est si bien exporté sur les écrans de cinéma du monde entier.

(*) Mais on ne sait pas si, comme son cousin new-yorkais d’«American Psycho», le best-seller de Bret Easton Ellis, le rat de Paris est assez bon nageur pour pouvoir remonter tout droit des égouts jusque… dans les cuvettes des WC pour ensuite, hop, ni vu ni connu et encore tout poisseux, sauter illico sur le carrelage de la salle de bains et conquérir l’appartement (troisième sursaut, là carrément épouvanté, du lectorat, qui n’en peut plus). Nous, en tout cas, depuis la lecture de ce passage littéraire horrifique, et en vertu du fameux et si français principe de précaution, on ne laisse plus jamais un WC ouvert – mais on ne se prend pas (encore) pour Patrick Bateman.

29/04/2008

Une récup'

035dd6f8514fcb0e5ef4b379e65d8798.jpgCe qui est rigolo avec les camelots, c’est leur effronterie. Leur culot. Leur absence totale de scrupules quand il est question de recycler tout et n’importe quoi à des fins purement et bassement commerciales. On le voit bien en ce moment en France, avec les célébrations du quarantième anniversaire de Mai 68. Cette commémoration est reprise et cuisinée à toutes les sauces du marketing.

On vient encore de s’en faire la réflexion en passant devant un grand chocolatier, boulevard Saint-Germain. Dans ce quartier, il y a quarante ans, les étudiants débraillés faisaient voler les vitrines en éclats à coups de pavés. Quarante ans plus tard, dans la vitrine de ce chocolatier, un monticule de pavés avait été aussi sagement que proprement amoncelé. Des pavés parisiens grisâtres, nervurés et granulés, assez joliment imités. Des pavés constitués en fait… de chocolat praliné. 600 grammes et 49 euros le pavé.

En quarante ans, s’est-on dit en voyant cela, le pavé du Quartier Latin est donc passé du statut de projectile étudiant révolutionnaire à celui de douceur chic et chère. On ne savait trop qu’en penser. Du coup, on a ravalé notre envie de sucré et on a passé notre chemin sans acheter.

28/04/2008

Un manque

Tous les chauffeurs de taxis clandestins qui officient à Paris ne sont pas des maniaques sexuels ni des assassins multirécidivistes. Les médias français auraient peut-être pu le rappeler ce week-end. Eux qui ont tant et tant insisté sur cette profession qu’exerçait le meurtrier présumé de Suzanna Zetterberg, dont le corps sans vie a été retrouvé en forêt de Chantilly il y a dix jours. Selon les enquêteurs, cette jeune étudiante suédoise de 19 ans, lasse d’attendre en vain un taxi officiel au sortir d’une discothèque parisienne, s’est probablement jetée sans le savoir dans les griffes de son meurtrier présumé en acceptant de monter dans son faux taxi.

Le nombre précis de faux taxis existant à Paris est inconnu, mais certains l’estiment au minimum entre 500 et 1000. On les trouve surtout aux abords des grandes gares, des deux aéroports parisiens et dans les quartiers animés le soir, aux heures de fermeture des bars et discothèques. Il s’agit de particuliers qui arrondissent leurs fins de mois en «racolant» les clients et en leur proposant de les ramener chez eux pour une poignée d’euros. Vu le manque de taxis officiels à Paris, de nuit en tout cas, il s’agit généralement d’un business très rentable.

Le phénomène a d'ailleurs paru suffisamment préoccupant au législateur pour qu’en mars 2004, il inscrive dans la loi un délit d’exercice illégal de l’activité de taxi. A la préfecture de police de Paris, et plus particulièrement au sein de son service chargé de la répression de la délinquance routière, une quinzaine d’agents sont affectés en permanence à la traque de ces chauffeurs de taxis clandestins. Ces policiers sont appelés les «Boers». Rien à voir avec les colons d’origine hollandaise d’Afrique du Sud. Ce nom, d’après la préfecture, «viendrait du mot ‘bourre’, mot d’argot désignant les policiers au début du vingtième siècle».

A l’année, ces «Boers» parisiens interpellent de 50 à 100 chauffeurs de taxis clandestins. Les sanctions vont du simple rappel à la loi jusqu’à des peines de prison, en passant par la confiscation du faux taxi. Les autorités, toutefois, sont au moins doublement mal armées pour lutter contre cette infraction.

D’une part, la réglementation n’est pas adaptée. Ainsi, les «Boers» ne peuvent agir que sur le territoire de la seule capitale. Mais la réglementation parisienne sur les taxis, elle, couvre non seulement Paris mais aussi 80 communes de trois départements de la petite couronne, le parc d’exposition de Villepinte et l’aéroport de Roissy CDG. La surveillance des taxis de Charles de Gaulle, par exemple, revient à la PAF, la police de l’air et des frontières, qui a évidemment d’autres chats plus importants à fouetter – d’où pour les policiers des problèmes de coordination et d’efficacité.

D’autre part, et surtout, à certaines heures, le manque de taxis officiels est tel dans la capitale que cela entretient une demande constante et croissante dont profitent les taxis clandestins. La disparition de ceux-ci, dès lors, ne pourra venir que de l’accroissement ou de la meilleure organisation de l’offre de taxis officiels parisiens – au nombre de 16.000 seulement aujourd'hui (soit, en gros, 3 fois moins qu’à Londres).

Jacques Attali avait proposé à Nicolas Sarkozy de quadrupler le nombre de taxis, notamment en instaurant la gratuité de la licence requise de tout taximan. Sa proposition a logiquement et légitimement été rejetée: elle aurait provoqué un drame social dans la profession. La plupart des chauffeurs de taxi, en effet, se sont endettés de plusieurs dizaines voire centaines de milliers d’euros pour acheter leur licence, et comptent sur le produit de sa revente pour assurer leur pension de retraite. Du coup, le ministère de l’Intérieur a prudemment encommissionné le dossier. Résultat des courses, c’est le cas de le dire, le manque perdure. Et les Parisiens noctambules non motorisés continuent, le soir, à battre le pavé. Ou, variante, à se disputer les Vélibs, ce qui est un tout aussi réjouissant plan de fin de soirée.

25/04/2008

Une substance

3c75393640bf6135dff0133378b49ef6.jpgLe week-end débute ce soir et le mois de mai, avec tous ses ponts, approche à grands pas. Les Français vont-ils profiter de tout ce temps libre à venir, et des beaux jours revenus, pour faire plus que jamais, voire immodérément, la fête? Dans l’Hexagone, en tout cas, le monde de la nuit vient de connaître une petite révolution: la mise sur le marché d’une célèbre boisson énergisante qui, si l’on en croit la pub, «donne des aiiiles» mais qui, jusqu’à présent, avait toujours été interdite en France. L’événement commercial n’a d’ailleurs pu échapper à personne vu le nombre de placards publicitaires à ce sujet publiés dans la presse ces dix derniers jours et le nombre de Minis qu’on a pu voir en rue, affublées de la reproduction géante de la fameuse canette bleue et argentée avec son taureau ailé.

 

L’arrivée d’un tel produit sur le marché français ne va évidemment pas impressionner les Belges, qui, eux, depuis quinze ans au moins, carburent à la vodka Red Bull en boîtes de nuit. Il ne va probablement pas non plus dissuader les frontaliers français de continuer à aller acheter cette boisson énergisante en Belgique.  En effet, le Red Bull français ne sera qu’une pâle copie de son voisin belge.

La recette traditionnelle de cette boisson est un cocktail de caféine, de vitamines et d’un acide aminé: la taurine. En France toutefois, cette dernière substance a été remplacée par un autre acide aminé: l'arginine. En effet, l’Agence française de sécurité sanitaire des aliments (Afssa) reste sceptique sur l’intérêt nutritionnel et surtout sur l’innocuité de la taurine. Selon un avis de l’Afssa relatif à cette substance, il est impossible «d’assurer avec certitude que les teneurs de taurine (…) relevées dans le produit ne présentent aucun risque pour la santé». L’Agence soupçonne même que la taurine puisse avoir, chez certaines personnes et dans certains modes d’utilisation, des «effets neuro-comportementaux indésirables». A son sens, l’effet de la taurine sur la glande thyroïde mériterait par exemple d’être étudié de manière plus approfondie.

N’y tenant plus, après avoir piaffé tant d’années à attendre aux portes de ce pays, le taureau ailé a donc fini par accepter de modifier sa recette magique pour être enfin autorisé à pénétrer le marché français. L’Hexagone n'en sera pas moins le seul pays du monde où les noctambules boivent du Red Bull sans taurine.

D’où, tout de même, quelques questions. Les fêtards français seraient-ils congénitalement plus fragiles que les noctambules d’autres pays? Le Red Bull à la taurine aurait-il pu être dangereux en France spécifiquement alors que, dans tous les autres pays du monde où il est vendu, il n’a, jusqu’à preuve du contraire, tout de même pas provoqué morts d’hommes? A l’heure où l’on prend l’avion aussi facilement que le train et où tout et n’importe quoi se vend et s’achète sur internet, quel est donc l’intérêt, l’efficacité, la cohérence et la crédibilité d’une mesure interdisant un produit alimentaire à Paris mais le tolérant à Bruxelles?

«Ce sont de très bonnes questions», a-t-on répondu quand on les a posées au service de com’ de l’Afssa. «Mais chaque pays a son propre mode de fonctionnement, c’est comme cela», a-t-on mollement argumenté. Dans ce dossier comme dans de nombreux autres concernant la santé en France, ce qui a joué ici, c’est donc une règle intangible, sacrosainte même, au point qu’aucun décideur politique n’ose plus désormais y déroger : le «principe de précaution». Face à lui, il n’y a plus qu’à s’incliner.

24/04/2008

Un cordon

Les journalistes ont donc (un peu) protesté hier midi, dans la cour du Palais de l’Elysée. A la sortie du Conseil des ministres, ils ont ostensiblement déposé par terre micros, stylos et caméras. Ce faisant, ils voulaient dénoncer le fait d’avoir été parqués en rang d’oignons derrière un cordon de sécurité. Alors que, d’habitude, ils évoluent librement dans la cour, ce qui leur permet d’interviewer au vol les ministres sortant du Conseil. Du coup, en lieu et place de la joyeuse agitation médiatique qui clôt habituellement les réunions hebdomadaires du gouvernement, c’est dans un silence de mort, et sans que la moindre question leur soit posée, que les ministres, souvent éberlués, ont regagné leurs voitures. La majorité des journalistes ont ensuite boycotté le compte rendu du porte-parole du gouvernement.

 Les journalistes tiennent à leur «stylo (ou micro) trottoir» ministériel hebdomadaire, le dernier exercice journalistique qui, par son immédiateté et sa spontanéité, casse (un peu) la communication si souvent très verrouillée des hommes politiques. A l’Elysée, si on veut mettre un terme à ce cirque médiatique, c’est officiellement parce qu’il pose des problèmes de sécurité. Comme l’a expliqué sans rire hier Franck Louvrier, le conseiller presse et communication de Nicolas Sarkozy, ce cordon a été mis en place car «la semaine dernière, deux ministres ont été fortement bousculés». «Il y a dans la cour de l'Elysée un nombre de médias beaucoup plus important qu'avant. Il faut donc trouver un dispositif qui permette aux uns et aux autres de travailler, pour que les journalistes ne soient pas bousculés par les voitures qui démarrent et qu'eux-mêmes ne bousculent pas les ministres ou se bousculent les uns et les autres». Pour la semaine prochaine, un dispositif plus adapté que le cordon est d’ores et déjà annoncé.Voilà pour la version officielle. Cela n’aurait toutefois rien d’étonnant que, dans les coulisses, cette décision d’éloigner les ministres des journalistes, en reléguant ces derniers derrière un cordon, ait été décidée avant tout pour cadenasser un peu plus la parole ministérielle et donc éviter les cacophonies et couacs gouvernementaux, si nombreux ces derniers temps. Ce coup du cordon journalistique est donc probablement la première mesure, et le coup de maître, du publicitaire Thierry Saussez, le grand ami de Nicolas Sarkozy, nommé récemment Délégué interministériel à la communication pour, précisément, resserrer les boulons médiatiques du gouvernement.

Ce serait d’autant moins étonnant que ce cordon, c’est un grand classique des publicitaires s’essayant à la communication politique. La droite n’a d’ailleurs pas du tout le monopole de cette technique. On s’en souvient parfaitement. Début 2002, la grande communicatrice Nathalie Mercier (venue elle d’Euro RSCG, la boîte de pub de Jacques Séguéla) avait débarqué à Matignon pour coacher la com’ et booster l’image du Premier ministre et futur candidat socialiste à l’Elysée Lionel Jospin. Le premier accessoire de presse qu’elle avait ressorti, c’était… ce fameux cordon. Pendant quelques mois, les journalistes ont bouffé du cordon à longueur de journées. Ils n’étaient autorisés à se positionner qu’à certains endroits bien particuliers: endroits qui avaient été préalablement sélectionnés et validés par les communicants de Matignon en fonction de leur rendu télévisuel et du jour favorable sous lequel ils feraient apparaître l’homme politique. A cette époque, pour éviter notamment les petites phrases mal dosées ou le «off» qui dérape, Lionel Jospin ne se déplaçait plus qu’entouré de gardes du corps tenant tous à la main un cordon de sécurité qui formait un cercle mouvant autour de lui et barrait l’accès aux journalistes.

Un tel dispositif était à la fois pathétique, ridicule et inefficace. Au bout de quelques mois, d’ailleurs, le fameux cordon a été abandonné. Et plus personne n’a jamais entendu reparler de la grande prêtresse de l’image politique Nathalie Mercier (recyclée depuis à la com’ du musée Branly). Peut-être faudrait-il rappeler ce flop mémorable à Thierry Saussez.

PS : Parlant de ce Thierry Saussez, notez qu’on peut être un grand communicant  «un des leaders de la communication institutionnelle et politique en France», se présente-il lui-même, de manière assez immodeste – et négliger sa propre communication. Prenez le site web du «Monsieur anti-couacs» du gouvernement. Outre un design un peu daté et de nombreuses coquilles,  sa rubrique «Actualités» n’a plus été actualisée depuis… la fin février.

23/04/2008

Un arbre

88804d30dcf11619b9dc53bef8ec7283.jpgJour J pour les quelque 600 à 700 travailleurs sans-papiers de la région parisienne qui, depuis une semaine, sont en grève pour obtenir des titres de séjour. C’est à partir de ce mercredi, en effet, que leurs demandes de régularisation commencent à être examinées dans les préfectures. La plupart de ces clandestins en grève ont un travail en règle, ils paient des impôts et des charges sociales, et sont employés dans des secteurs professionnels dits «sous tension», à savoir manquant chroniquement de main-d’œuvre (hôtellerie, restauration, bâtiment, etc.). Du coup, leurs dossiers devraient être examinés avec un a priori favorable par les autorités, qui s’en tiendront toutefois à une régularisation étudiée «au cas par cas» et non généralisée.

Parlant des sans-papiers, il y a quelques jours en plein centre de Paris, à deux pas de la place du Châtelet – précisément dans le square situé au pied de la tour Saint-Jacques (qui commence à être très joliment restaurée, soit dit en passant) –, un «arbre à papiers» a été planté par les associations de défense des étrangers. Ce petit mûrier se veut un «symbole de l’enracinement en France pour les familles de sans-papiers». Le symbole aussi «des luttes pour que notre pays redevienne le pays des droits de l’Homme et retrouve sa tradition d’accueil».

Puisque, ces deux derniers jours, on évoquait ici la communauté chinoise, cet arbre à la mémoire des clandestins à notamment été dédié à Chunlan Liu. Cette Chinoise Dongbei originaire de Fushun, une grosse ville industrielle du nord de la Chine, a trouvé la mort en septembre 2007 à Paris. Elle avait débarqué dans la capitale française trois ans plus tôt, avec en poche quelques centaines de yuans et la nécessité de refaire sa vie après son licenciement suite à la faillite de son usine textile dans son pays natal. Chunlan («orchidée du printemps» en chinois, paraît-il) vivait dans un  logement collectif pour clandestins, boulevard de la Villette. Le 20 septembre 2007, la police débarqua dans l’immeuble, même pas pour un contrôle d'identité mais pour une banale enquête de voisinage sur un vol. Apeurée, la femme tenta de se cacher sur les toits, mais glissa et se fracassa sur le trottoir. Elle décéda le lendemain des suites de ses blessures.

a5660748f0c5376f21e8663d048a0aee.jpgCette mort atroce par défenestration ainsi que d’autres drames similaires ayant touché des sans-papiers vivant en France ont directement inspiré une affiche très forte, assez saisissante même, qu’on a beaucoup vue cet hiver, collée sur les murs de Paris – notamment dans les quartiers chinois – ainsi que dans quelques villes de province. Réalisée par des associations, cette affiche montrait un drapeau français frappé en son centre d'un seul mot en lettres capitales: «EXPULSION». Drapeau duquel une silhouette tombait, comme irrémédiablement précipitée dans le vide de l’obscurité.

22/04/2008

Une communauté

Qui sont donc ces Chinois de Paris qui ont manifesté ce week-end pour les JO ? Et qui, hier, ont dû assez mal vivre la désignation du Dalaï Lama et du dissident Hu Jia comme citoyens d’honneurs de la capitale? Tout comme il y a plusieurs quartiers chinois à Paris, on distingue en fait plusieurs immigrations chinoises dans la capitale française. Pour faire court, et au risque de faire hurler les puristes, on va résumer tout cela en trois catégories.

La majorité des Chinois de Paris provient de Wenzhou, une grosse ville portuaire du sud-est de la Chine, située à 400 kilomètres de Shanghaï. Certains sont arrivés en France depuis les années 20, mais le gros de cette immigration a démarré dans les années 80. Ces Chinois sont généralement spécialisés dans la confection et la maroquinerie. Ce sont eux que l’on retrouve en majorité dans le haut Marais ainsi que dans le quartier des grossistes en textile du onzième arrondissement.

Le Chinatown du treizième arrondissement, en revanche, est peuplé plutôt d’immigrés du Sud-Est asiatique arrivés en France dès les années 70. Il s’agit le plus souvent de Chinois qui étaient établis au Laos, au Cambodge ou au Vietnam et qui ont fui ces pays lorsqu’ils sont tombés sous le joug communiste.

A Belleville, enfin, se regroupent beaucoup de Chinois Dongbei originaires de la province de Liaoning, une région du nord-est de la Chine qui, ces dix dernières années, a été touchée par une vague de restructurations d’entreprises textiles. Ces immigrés sont pour la plupart des ouvriers licenciés par les usines d’Etat.

Contrairement à ce qu’imagine le Parisien moyen, ces communautés chinoises n’ont pas forcément énormément de liens entre elles. Les Wenzhou, d’ailleurs, parlent un dialecte très particulier et peu compréhensible par les Chinois d’autres régions. Les Wenzhou ont aussi développé un système communautaire d’entraide financière très particulier et remarquablement efficace, qui explique en grande partie le dynamisme commercial de cette population.

A Paris ces dernières années, ce dynamisme s’est doublement illustré de manière spectaculairement visible. D’une part, on l’a dit hier, les Chinois ont racheté (parfois au prix fort) de très nombreux bars-tabac souvent tenus par des Français de souche âgés et désireux de prendre leur retraite. Dans le onzième arrondissement, c’est particulièrement frappant. Ainsi, dans un rayon de cent mètres autour du bureau, les deux tabacs de la rue Saint-Sébastien sont tenus par des Chinois et l’on en connaît encore au moins deux autres dans le même cas situés boulevard Beaumarchais. D’autre part, les Chinois ont massivement investi dans le dernier créneau gastronomique à la mode, et donc très rentable, à Paris: la cuisine japonaise. C’est au point que, à moins bien sûr d’être à «Little Tokyo» (quelques rues du quartier de l’Opéra investies par la communauté japonaise), si vous poussez la porte d’un restaurant japonais à Paris, il doit désormais y avoir huit chances sur dix pour que cet établissement soit tenu en fait par des Chinois. Ceux-ci ne feignent d’ailleurs plus d’être Japonais puisque leur personnel converse en chinois devant la clientèle. Qui, dans la plupart des cas, linguistiquement n’y comprend tout de même rien et culinairement, n’y voit que du feu. Du coup, les authentiques restaurants japonais de Paris se sont regroupés en une guilde, qui, en guise de signe distinctif, affiche généralement en vitrine de leurs établissements un petit logo en forme de fleur de cerisier.

21/04/2008

Une affiche

b529442b35f39dc50e987b2e10c0f71c.jpg«Faites l’amour, pas la guerre», proclamaient les murs de Paris il y a quarante ans. «Faites les Jeux Olympiques, pas de la politique», assènent en substance et en anglais ces mêmes murs, quarante ans plus tard. Accompagné d’un cœur tressé par des rameaux d’olivier, c'est le slogan d’une affiche qui est omniprésente en ce moment dans les quartiers chinois de Paris. C’est particulièrement le cas dans le onzième arrondissement, dans le quartier Sedaine-Popincourt plus précisément. Ces dernières années, ce quartier a vu affluer une importante communauté chinoise spécialisée dans le commerce de textile en gros. La plupart des vitrines de ces commerces affichent désormais l’affiche appelant les passants à «ouvrir leur cœur» et à soutenir les Jeux de Pékin.

C’est de ce quartier qu’est parti le gros de la mobilisation en faveur des JO menée par la communauté chinoise habitant en région parisienne (300.000 personnes). Cette mobilisation a culminé place de la République samedi, par une grande manifestation qui a réuni plus 4000 expatriés chinois, en majorité des jeunes, et transformé la place en impressionnante forêt de drapeaux rouges étoilés de jaune. La protestation se voulait également dirigée «contre l’injustice médiatique». «Allez en Chine. Jugez-la après», «Respectez la Chine, respectez la vérité», «Stop aux préjugés», «La liberté de la presse n’égale pas le droit de mentir»: tels étaient quelques-uns des nombreux slogans que l’on pouvait lire sur les pancartes et les banderoles.

La communauté chinoise de Paris n’est pas loin de mettre l’hostilité aux JO de Pékin et à leur pays sur le compte de la xénophobie. Et ce n’est pas la journée d’aujourd’hui – qui verra le Dalaï Lama devenir citoyen d’honneur de la ville de Paris – qui la fera changer d’avis.

Les critiques contre la Chine, si virulentes et fréquentes en ce moment en France, relèveraient donc de la sinophobie? C’est évidemment un argument aussi commode que caricatural. Toutefois, les Parisiens, et singulièrement les habitants du onzième, s’honoreraient à ne pas balayer cette accusation d’un revers de la main agacé et d’un lever de sourcils hautain, mais au contraire à prendre le temps d’y réfléchir un peu plus longuement.

Ces dernières années, en effet, d’évidents relents sinophobes ont, par moments, flotté dans le sillage de la mobilisation d’élus d’arrondissement et de comités de quartier contre les nuisances engendrées par les grossistes chinois. La mobilisation aurait-elle été d’une même ampleur si les nouveaux arrivants dans le quartier n’avaient pas tous aussi massivement et aussi visiblement appartenu à une communauté étrangère? Ces relents sont d’ailleurs apparus au grand jour lorsque les mêmes qui dénonçaient bruyamment la disparition, sous le rouleau compresseur des grossistes, des petits magasins de proximité se sont ensuite émus de voir des Chinois se diversifier en investissant en masse dans… un symbole même du commerce de proximité parisien: le bar-tabac. Là donc, ce n'était plus de commerce dont il était question, mais, clairement, de couleur de peau. 

PS: Ce slogan maculant un drapeau tricolore français brandi samedi par des manifestants chinois devant le magasin Carrefour, à Wuhan: «Jeanne d’Arc=Prostituée. Napoléon=Pervers. France=Nazi». A côté de cela, dans le registre débilement injurieux, les hooligans du PSG et leur banderole anti-ch’tis peuvent aller se rhabiller. Comme ironisait un humoriste à la radio ce matin, les «Boulogne Boys» devraient, par mesure d'équité, demander et obtenir la dissolution de la Chine.

18/04/2008

Un livre

Encore sous le coup de l’annonce du décès d’Aimé Césaire, on a profité d’un trajet longuet en métro pour relire «Une tempête». C’est l’adaptation en théâtre nègre de la célèbre «Tempête» de Shakespeare. Cette pièce est moins connue et réputée que les grandes œuvres de l’écrivain martiniquais («Cahier d’un retour au pays natal», «Et les chiens se taisaient», etc.). Elle a été écrite en 1969 et jouée pour la première fois cette année-là au festival d’Avignon.

C’est une très courte pièce; elle fait moins de cent pages, à peine un aller-retour sur la ligne 8. Et pourtant, malgré sa brièveté, on a toujours trouvé qu’«Une tempête» était un grand livre. C’est une ode poignante à la liberté et à la fierté, une dénonciation implacable des injustices et de l’asservissement, un plaidoyer vibrant et salutaire en faveur de la lutte sans relâche contre toutes les discriminations, raciales et autres.

C’est aussi le portrait d’une île splendide, la Martinique, une déclaration d’amour au grand large. Car le plus beau, écrit Césaire, «c’est encore le vent et ses musiques, le salace hoquet quand il farfouille les halliers, ou son triomphe, quand il passe, brisant les arbres, avec dans sa barbe, les bribes de leurs gémissements». Souvent, l’écrivain met les beautés naturelles de sa terre natale au service de sa noble cause. Sous la plume du poète, la mer, le vent, les oiseaux, le sable, la forêt partent alors en guerre avec lui contre l’oppression.

Cela donne, dans la bouche de l’esclave noir Caliban, quand il célèbre «le jour conquis et la fin des tyrans»: «L’incisif colibri/au fond d’une corolle s’éjouit/fera-t-il fou, fera-t-il ivre/lyre rameutant nos délires/la Liberté ohé! La Liberté!/ Ramier halte dans ces bois/Errant des îles c’est ici le repos/la miconia est pillage pur/du sang violet de la baie mûre/de sang de sang barbouille ton plumage/ voyageur!/ Dans le dos des jours fourbus/qu’on entende/la Liberté ohé! La liberté!»

Ou ce sublime chant d’Ariel, le serviteur mulâtre: «Alezan des sables/leur morsure/ mouroir des vagues/langueur pure./Où s’épuise la vague./tous ici venez,/par la main vous tenez/et dansez./Blondeur des sables/leur brûlure!/langueur des vagues/ Mouroir pur/ Ici des lèvres lèchent et pourlèchent/nos blessures».

 

 

PS: Ségolène Royal nous agace assez souvent mais là, on l’avoue, on est plutôt d’accord avec elle. Aimé Césaire, pour son talent et pour tout ce qu’il représente dans l’Histoire de France, mériterait de faire son entrée au Panthéon. Mais, de son vivant, l'homme a toujours refusé tous les honneurs. Et peut-on l'imaginer reposer ailleurs que sur son île?

17/04/2008

Une grève

e718126be53348558897ebc9e487ab2a.jpgRetour à la normale pour Vélib’ ce matin, même si plusieurs stations (boulevard Richard Lenoir, par exemple) étaient mystérieusement encore «provisoirement fermées». Hier pendant toute la journée, le service parisien de location de vélos en libre service a été perturbé par une grève des employés de Cyclocity, la filiale de JCDecaux qui s’occupe de la maintenance des bécanes.

C’est le côté obscur d’un système à la réussite si éclatante: selon les témoignages de grévistes entendus hier, les agents au gilet jaune fluo qu’on voit s’activer à longueur de journées et de soirées dans les rues de Paris n’en peuvent plus. Pour un salaire pas mirobolant (de l’ordre du smic), ils alignent des dizaines de kilomètres par jour dans les rues de la capitale à la recherche des vélos défectueux, qu’ils doivent réparer, charger et décharger en un temps record, dicté par une feuille de route implacable. Le taux de rotation du personnel de Cyclocity témoignerait du malaise des petits hommes jaunes. Depuis la création de cette société, en juillet 2007, 35% de ses effectifs ont déjà été renouvelés.

Les grévistes ont obtenu hier des promesses de revalorisation salariale voire d’amélioration de leurs conditions de travail. L’aspect le moins agréable de leur job, confiait un des ces agents hier, est d’être «sans cesse pris à partie par des utilisateurs de Vélib’ rendus furieux par le mauvais état général des vélos». Pneus crevés, chaînes déraillées, selles mal adaptées, antivols bloqués, cartes bancaires exagérément débitées: les Parisiens ne s’énervent pas rarement contre leurs Vélib’. Parfois, ils passent même carrément leurs nerfs sur ces pauvres vélos.

Résultat: depuis l’inauguration du service, plusieurs milliers de bicyclettes ont été vandalisées, sans compter 700 qui ont été purement et simplement volées. Sur 17 millions d’utilisations à ce jour comptabilisées, ce n’est finalement pas énorme. Mais ce n’est tout de même pas rien non plus. Du coup, la mairie de Paris et la Somupi, la société qui gère l’exploitation des Vélib’, ont obtenu il y a peu l’accord de la Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL) pour constituer une liste noire d’utilisateurs de Vélib’ pris en flagrant délit de vol, de dégradation ou d’utilisation frauduleuse de vélos. Outre l’encaissement de la caution de 150€, ils risquent désormais de voir leur abonnement suspendu pendant une durée pouvant aller jusqu’à trois ans.

16/04/2008

Une question

L’envolée historique des prix, les Français la sentaient et s’en plaignaient depuis des années. Hier, l’Insee (ici) l’a enfin reconnue. L’Institut l’a chiffrée à +0,8% sur un mois – en un seul mois donc, a été engloutie la moitié de la  hausse annuelle prévue pour toute l’année par le gouvernement: félicitations aux prévisionnistes de Bercy pour l’acuité de leur jugement. Et à +3,2% sur l’année: du jamais vu depuis 1991. Conséquence mécanique de cette valse folle des étiquettes: début mai, le salaire minimum sera augmenté de 2,3%, ce qui représente au bout du mois une vingtaine d’euros nets en plus sur la feuille de paie des quelque 2 millions de smicards.

Cette opération de rattrapage bénéficiant au smic – une première depuis 1996 – vient rappeler le niveau de cette rémunération, qui est versée à quelque 15% des travailleurs en France: très exactement 8€44 bruts de l’heure, ce qui donne par mois 1279€ bruts, soit quelque 1000€ nets.

D’où cette question, qui paraîtra infiniment tartouille mais qu’on s’est toujours posée depuis qu’on vit en France et à laquelle on n’a jamais obtenu de réponse convaincante. Comment donc fait-on pour vivre avec 1000€ par mois? Comment diable parvient-on à boucler ses fins de mois et à ne pas sombrer dans le surendettement avec un salaire d’un tel niveau? A fortiori quand on a des enfants à charge. Quand on est à temps partiel (4 smicards sur 10) et qu’on gagne donc encore moins que ces 1000 euros par mois. Et/ou quand on habite des villes comme Paris – dans notre quartier Bastille-Marais, cela met donc le prix moyen du moindre mètre carré… à 8 smics.

15/04/2008

Un symbole

90f6dbc649549234b52d352fb72273c3.jpgNombre de pays du Sud sont ravagés par des «émeutes de la faim». En France et à Paris au même moment, les gens se préoccupent… du prix du pain. Preuve que le sujet est vendeur en cette période de grogne de l’opinion française autour du pouvoir d’achat, le quotidien «Le Parisien», l’autre jour, a consacré deux pleines pages à «l’incroyable culbute du prix de la baguette»: un des symboles et des piliers s’il en est de l’alimentation hexagonale – il s’en vend 10 milliards par an dans ce pays.

Selon cette enquête, dans certains quartiers chics de la rive gauche de Paris, la baguette (bio et aux céréales certes, mais tout de même) se vend jusqu’à… 1€60! Ces dix dernières années, et donc bien avant la hausse récente du cours du blé et des céréales, le prix de la baguette s’est envolé de 47% chez le boulanger. Et un professeur d’économie de Paris-Dauphine de dénoncer: «La corporation des boulangers a un peu poussé». Le résultat de cette hausse de prix est mécanique: d’année en année, les Français mangent de moins en moins de pain.

Dans notre quartier du onzième, Nadia, qui, avec sa petite famille, tient la boulangerie du coin, rue Saint-Sébastien, n’estime pas avoir «un peu poussé» sur les prix de vente du pain. Chez elle, la baguette est à 90 centimes, soit pile-poil le prix de vente moyen de ce produit à Paris. «Les industriels cassent les prix», fulmine-t-elle, en faisant allusion aux baguettes à 40 centimes en vente chez «Carrefour». Elle, en tout cas, n’a pas le sentiment de voler le client. La noirceur de ses cernes et la longueur de ses journées de travail en témoignent. Entre le paiement des charges sociales, les matières premières qui flambent et le coût de l’énergie qui ne descend pas, Nadia n’a, depuis des semaines, envie que d’une chose: «un peu de repos». Du coup, dimanche, elle était aux anges: elle s’est fait une grasse matinée jusqu’à … 9 heures.

797839a3164899cd65a078f9b2a7b295.jpgTiens, parlant d’un symbole de la cuisine française, le prix du meilleur sandwich «jambon-beurre» de Paris a récemment été décerné. Prix très sérieux,  puisqu’il est remis chaque année par «Le Figaroscope», qui publie chaque semaine la chronique gastronomique la mieux tenue, à notre humble avis, de la presse quotidienne française. Les «jambon-beurre» candidats ont été testés à l'aveugle et notés en fonction de quatre critères: la qualité du pain, de la garniture, la saveur en bouche et le rapport qualité-prix. Cette année, le premier prix est revenu à «La Crêperie du Comptoir» (pour y aller, un plan ici), le petit établissement attenant et dépendant du restaurant «Le Comptoir – Relais de Saint-Germain», au carrefour de l’Odéon, dans le sixième. Une valeur sûre puisque cet établissement est tenu par Yves Camdeborde, une référence de la gastronomie parisienne, dont la cuisine depuis des années fait saliver les fins gourmets.

Son «jambon-beurre» a obtenu la note de 15,5 sur 20. Loin des 5 ou 4,5 sur 20 donnés aux sandwiches industriels de grandes chaînes comme «Pomme de Pain». On va rarement à Odéon, donc on n’a pas encore goûté le sandwich lauréat et on ne peut pas davantage en donner le prix. Mais vu le quartier, on peut, sans trop de risque de se tromper, avancer que ce «jambon-beurre», il ne ne sera pas donné…

14/04/2008

Une couronne

L’info n’a fait que quelques lignes dans l’un ou l’autre journal du week-end. Même pas une brève. Une «puce», comme on dit à «La Libre». Le bidonville qui, depuis six mois, existait à la porte d’Aubervilliers, vient de disparaître. Les quelque 300 Roms roumains et leurs enfants qui campaient dans des cabanes de fortune en bordure de périphérique ont déguerpi. Comme le leur avait ordonné récemment le tribunal de grande instance de Paris. Celui-ci avait été saisi par la mairie, qui voulait récupérer les terrains municipaux squattés par le campement.

Quelques habitants du bidonville sont désormais hébergés dans des hôtels de transit, et leurs enfants scolarisés. D’autres sont rentrés en Roumanie, dans le cadre des programmes d’aide au retour humanitaire. La plupart ont déménagé on ne sait trop où: sur des friches, bretelles d’autoroutes ou autres bandes improbables de terrain boueux d’où on les chassera sans doute dans quelques mois.

Les associations estiment que quelque 2500 Roms vivent dans la plus grande précarité en région parisienne. A longueur d’années et depuis d’innombrables années, les bidonvilles de Roms font inlassablement le tour du périphérique. Squattent le moindre de ses soubassements à l'abri du froid et du vent ou hauteurs vaguement arborées. Font l’objet de l’un ou l’autre rapide reportage télé. Puis finissent toujours par être délogés, avant d’aussi fréquemment se réinstaller ailleurs. Et ainsi de suite. Comme une couronne d’épines, de crasse et de honte qui coiffe Paris. Et s’est enracinée dans le paysage urbain.

11/04/2008

Une nouveauté

bf2ab47c24d31b2e8c080440aafcdcf0.jpgUn saut de quelques heures à la rédaction de Bruxelles, pour un recyclage informatique (on adore cela ;-). A une heure aussi affreusement matinale, on aurait sans doute été dans un état moins comateux si le bon vieux Thalys avait bénéficié du nouveau service que la SNCF a inauguré récemment dans ses trains de nuit entre Paris-Montparnasse et des destinations du Sud comme Nîmes, Montpellier, Perpignan, Saint-Jean de Luz ou Hendaye (et, à terme, Marseille).

Celle s’appelle l’«iDnight». C’est uniquement commercialisé sur internet. Cela a été conçu pour les jeunes voyageurs de 18 à 30 ans et leur est vendu sous ce slogan choc: «Ne perdez plus vos nuits à dormir!» En gros, cela consiste, pendant toute la durée du voyage jusqu’à l’arrivée à destination au petit matin, à transformer la traditionnelle voiture-bar en «dance floor» roulant, avec platines, disc-jockeys, «lounge bar», «smart drinks», et tout cela.

Les Français ne manquent décidément pas d’audace et de créativité pour inventer sans cesse de nouveaux lieux et concepts festifs. On se le disait encore l’autre jour, en entendant à la radio le DJ David Guetta raconter la fête que, l’été dernier, il avait organisée pour des centaines de clubbeurs réunis dans… un Boeing reconverti en discothèque, destination Ibiza. Ce fut une grande réussite, assurait-il. Avec juste un petit moment de stress: quand, au début de son show, le DJ a vu la masse de clubbeurs  s’agglutiner tous en même temps autour de ses platines, au point de menacer de déséquilibrer l’avion...

PS: Parlant de chemins de fer, le gouvernement pourrait donc tirer un trait sur les cartes de réduction pour les familles nombreuses, qui bénéficient aujourd’hui à 3 millions de familles. Pour raisons d’économies (70 millions d’euros l’an), ce régime devrait passer du domaine de la solidarité nationale à celui de la responsabilité commerciale de la SNCF. A charge pour l’entreprise publique de se débrouiller à l’avenir pour proposer des avantages tarifaires analogues à ses clients ayant nombre d’enfants. Rien que sur la forme, sans même donc se pencher sur le fond, l’annonce – en outre cacophonique, à nouveau –  de cette mesure d’austérité dans la foulée immédiate de la confirmation de la hausse de 5,5% des tarifs du gaz a de quoi laisser pantois. Deux si mauvaises nouvelles pour le pouvoir d’achat lâchées en une seule et même semaine: y a-t-il encore des communicants à l’Elysée et à Matignon?

10/04/2008

Une sanction?

2a6db410e866802d136f6694ba661619.jpgCe soir, les dirigeants du Paris Saint Germain (PSG) sont convoqués devant la commission de discipline de la Ligue française de football professionnel. En cause évidemment, l’affligeante banderole haineuse et insultante contre les Ch’tis déployée fin mars en plein match. En guise de sanction, le club de foot parisien risque une amende, un match à huis clos ou le retrait d’un point – ce qui n’arrangera rien aux mauvais comptes du PSG, déjà chroniquement menacé de relégation.

En outre, deux mesures de rétorsion supplémentaires, au moins aussi potentiellement préoccupantes pour le club, sont en cours d’étude dans d’autres instances. Sans parler des poursuites judiciaires dont font l’objet les idiots ayant conçu, réalisé et déployé la fameuse banderole: trois personnes ont été placées en garde à vue ce matin.

D’une part, le ministère de l’Intérieur envisage la dissolution administrative des «Boulogne Boys»: l’association de supporteurs la plus radicale, la plus ancienne et la plus importante (elle compte plusieurs centaines de membres) du PSG. Ses dirigeants, en effet, auraient au minimum fermé les yeux sur la confection et le déploiement de la banderole. D’autre part, le Conseil de Paris est à nouveau saisi d’une demande de suspension de la subvention (de plus de 3,5 millions euros) versée chaque année par la ville au club de foot.

Cela fait plusieurs années que ce genre de requête de sanction financière revient régulièrement, portée par des élus écologistes ou UMP. Cette fois c’est un conseiller et sénateur centriste, Yves Pozzo di Borgo, qui remonte au créneau. Il juge que «l’affaire de la banderole injurieuse montre une fois de plus que ce club ne remplit pas ses engagements de prévention et de lutte contre les discriminations». Or, l’octroi des millions de la mairie au PSG est désormais explicitement lié à l’engagement de ce club d’agir contre le hooliganisme, le racisme et les discriminations. Cette charte avait même été renforcée à la suite de la mort, fin 2006, d’un jeune supporteur parisien, en marge d’affrontements entre les hooligans du PSG et des supporteurs du club israélien de Hapoël Tel-Aviv.

Mais le maire de Paris a toujours refusé de couper les vivres au PSG en suspendant le «partenariat exigeant», selon ses mots, qui unit la Ville et le club parisien. Son argument massue? La convention porte «sur la mise à disposition des jeunes Parisiens de places de foot et le financement de mesures de sécurité et de prévention». En clair, l’arrêt du subventionnement public du PSG ferait plus de victimes collatérales innocentes que de tort aux hooligans.

Soit. Mais alors, on fait quoi?

09/04/2008

Un honneur

C’est une proposition du maire du quatorzième arrondissement, Pierre Castagnou (PS), qui, lundi déjà, avait hissé le drapeau tibétain sur sa mairie. Le Conseil de Paris en discutera dans une dizaine de jours. Il s’agit d’élever au rang de citoyen d’honneur de la capitale le dissident chinois Hu Jia, qui vient d’être condamné à trois ans et demi de prison pour délit d’opinion.

Ces dernières années, à raison d’une désignation par an, cinq hommes et femmes qui se battent dans le monde pour la démocratie et les droits de l’homme sont devenus citoyens d’honneur de la ville de Paris.

En 2001, ce fut Mumia Abou Jamal, Américain membre des Black Panther. En 1982, à l’issue d’un procès  inéquitable, il fut condamné à mort pour le meurtre d’un policier. Depuis, il croupit dans le couloir de la mort. Fin mars, celui qui fait figure de symbole mondial de la lutte contre la peine capitale a bénéficié d’une décision d’une cour fédérale d'appel américaine permettant que sa peine soit commuée en prison à perpétuité. En 2002, l’otage franco-colombienne Ingrid Betancourt a été élevée citoyenne d’honneur de la capitale. L’année suivante, le même hommage a été rendu a Iouri Bandajevski. Ce professeur biélorusse a été condamné par la justice de son pays pour avoir dénoncé l’«inertie» des autorités biélorusses face aux conséquences environnementales de la catastrophe de Tchernobyl. En 2004 et en 2005, deux femmes furent successivement honorées: la dissidente birmane et prix Nobel de la Paix Aung San Suu Kyi, assignée à résidence depuis d’innombrables années à Rangoun, et l’avocate nigériane Hauwa Ibrahim, qui a défendu bénévolement plus d’une soixantaine de femmes condamnées à mort par lapidation dans son pays.

 

Le jeune et courageux Hu Jia est donc désormais sur les rangs pour succéder à ces cinq lauréats parisiens. Dans cette sinistre compétition pour laquelle, de par le monde, les candidats hélas ne manquent pas.

08/04/2008

Un palais

49bb50f18c0477453cf692bf28482727.jpgC’est un petit restaurant du quartier Oberkampf, à deux pas de République. On en avait fait notre cantine il y a une dizaine d’années, quand on habitait tout à côté, à l’ombre d’un Cirque d’Hiver qui, à l’époque, n’avait pas encore été si joliment restauré. Hier soir, on s’attendait vraiment à trouver l’établissement bondé. Et bien, pas du tout. Il était plongé dans le noir, sa porte était close, et y figurait juste un petit écriteau annonçant qu’il était fermé.

C’est le «Norbulinga», un des deux, trois rares restaurants tibétains de Paris. Son nom fait référence au palais d’été du Dalaï Lama. Aux murs de l’établissement, d’ailleurs, entre décorations en tissus mordorés et petits hôtels bouddhistes, figure un portrait du guide spirituel tibétain. Sous ce célèbre regard rieur et apaisé, on s’y sustente de tas de choses légères, savoureuses et saines: pousses de soja sautées, galettes d’orge, beignets de légumes, épinards à la crème et thé Lapsang – cela ressemble un peu à la cuisine chinoise en moins gras et en plus simple.

18ea6efb04d24e18d3089aca7f619f0c.jpgHier soir donc, au «Norbulinga», il n’y avait personne. Sans doute les exilés tibétains tenant ce restaurant étaient-ils trop exténués pour travailler toute la soirée, après une si longue et éprouvante journée de protestation à l’occasion du passage à Paris de la flamme olympique des jeux de Pékin. Sans doute d’ailleurs faisaient-ils partie de cette foule qui s’était réunie dès le début de la matinée sur la place du Trocadéro, transformée pour l’occasion en immense forêt jaune de drapeaux tibétains.

Le moment le plus impressionnant de cette mobilisation eut lieu à 12h35, au moment précis où s’illuminait et clignotait la tour Eiffel en signe de départ du relais de la flamme olympique. Une vibrante clameur de colère s’est alors élevée du parvis des droits de l’homme.

Empêchés physiquement par les CRS et les barrières Nadar de rejoindre le Champ de Mars, les manifestants tibétains, souvent les larmes aux yeux, en ont été réduits à brûler de l’encens et à allumer des feux de Bengale. Mais dans leur infortune, les éléments naturels étaient de leur côté. Le vent, en effet, soufflait dans le bon sens.

b56d33c6c53dda9b413f56980ef453b4.jpgDu coup, les fumées âcres de leur révolte ont franchi sans encombres tous les barrages, ont nargué tous les dispositifs de sécurité, ont survolé en quelques secondes à peine les beaux jardins du Trocadéro. Pour s’abattre ensuite sur la tour Eiffel. Et plonger toute une journée olympique parisienne si cérémoniale, si protocolaire, si publicitaire, dans un mémorable chaos.

07/04/2008

Une image

«Une bulle». C’est la merveilleuse expression imagée inventée ce week-end par les grands communicants et stratèges de la préfecture de police de Paris pour désigner le dispositif de sécurité qui, ce lundi, entourera et protègera la flamme olympique pendant tout son séjour parisien. Cette «bulle» interdira à quiconque de s’approcher à moins de 200 mètres de la fameuse flamme. Elle sera à la fois terrestre, aérienne et fluviale. Elle sera constituée de 100 pompiers joggeurs, 100 policiers en rollers, 65 motards, 16 escadrons de gendarmerie, 28 compagnies de CRS, 3 vedettes fluviales, 1 hélicoptère et on en passe.

Dans le langage normal, un tel dispositif aurait été appelé «cordon de sécurité», «périmètre de protection», «garde rapprochée», etc. Mais non: dans la novlangue diplomatique et préfectorale parisienne, il s’agit d’«une bulle». Et c’est vraiment une belle image.

Dans l’air, quand elle est de savon, la bulle flotte, délicatement, légèrement, gracieusement, ses contours de déformant puis se réformant harmonieusement, jusqu’à éclater presque sans un bruit. C’est tellement charmant comme spectacle que c’est devenu un cliché pour clips publicitaires à la télé. Dans le fond de la mer, il n’y a pas plus belle vision que les longs chapelets de bulles d’air remontant gracieusement jusqu’à la surface de l’eau. Dans les bandes dessinées, la bulle c’est le symbole du dialogue et de la parole. Dans le verre ou la coupe que l’on tient à la main, la bulle elle pétille, tonique, malicieuse, festive. Dans la tête, la bulle c’est le cocon où l’on se retranche, où l’on se blottit quand la pression extérieure est trop forte: pour faire le vide en soi, se ressourcer, trouver les forces pour continuer à avancer.

Par où qu’on le prenne, donc – à l’exception de la note zéro à l’école – , ce terme «bulle» véhicule des connotations positives. Rien n’étant jamais innocent, c’est évidemment pour cela que les autorités ont choisi d’accoler l’image de la bulle au dispositif policier d’une ampleur sans précédent déployé dans Paris aujourd’hui. Et à cette journée olympique qui, malgré toutes les grosses ficelles de communication, restera probablement dans les mémoires comme celle des cris, des incidents et des polémiques.

04/04/2008

Un gage

159c16aef361fbc8e13a7804a39b5989.jpgMalbouffe en France, suite. Nouveau rappel, annoncé ce matin, de tonnes de steaks et de viande surgelés potentiellement avariés. Ce sera sans conteste l’info la moins ragoûtante de cette journée. Plus globalement, mauvaise période décidément pour les gourmets. Outre donc les merguez et les boulettes de boeuf pourries, on a eu successivement droit, en quelques jours, à la mozarrella à la dioxine, à la ricotta à la listeria et aux vins rouges aux pesticides. Ce dernier scandale, s’il a également touché d’autres pays, a particulièrement éreinté la France puisque des traces de produits chimiques ont été découvertes jusque dans des bouteilles millésimées de grands crus classés (Pessac Léognan, Saint-Estèphe, Pomerol et autres merveilles) et dans du vin labellisé bio.

Ce nouveau coup porté à la réputation du vin n’a pas empêché le lancement d’une innovation très particulière concernant ce produit. Cela se passe au Crédit Municipal de Paris, l’ancien Mont-de-Piété, autrement dit «Ma Tante» comme l’appellent les Parisiens (*). Cette «banque de proximité à vocation sociale», la plus ancienne institution financière publique de la capitale – elle a été créée en 1777 –, a accordé l’an dernier plus de 100.000 prêts sur gage. Et depuis peu, elle offre la possibilité à ses emprunteurs de mettre en gage… leurs bouteilles de grands vins.

Le montant du prêt accordé correspondra à 50% de la valeur du breuvage mis en gage, celle-ci étant estimée par un expert en fonction de la valeur des bouteilles en vente aux enchères publiques. Les bouteilles seront gardées dans les caves – «totalement sécurisées, avec une température et une hygrométrie régulées et optimales» – de «Ma Tante», qui occupe un somptueux édifice classé du quartier du Marais. Si l’emprunteur ne parvient pas à rembourser son prêt à la date convenue, ses grands crus seront mis aux enchères.

Toutefois, que les oenophiles sans scrupules, qui acceptent de se faire plaisir sur les malheurs financiers des autres, ne se réjouissent pas trop vite. En effet, ces ventes aux enchères motivées par des défauts de remboursement ne devraient pas être très nombreuses: 93% en moyenne des objets déposés en gage au Crédit Municipal sont récupérés par leur propriétaire…

(*) Ce sobriquet vient de François-Ferdinand-Philippe d’Orléans, Prince de Joinville (1818-1900) et troisième fils du roi Louis-Philippe.Ne souhaitant pas révéler à sa mère, la reine Marie-Amélie, qu’il avait mis sa montre en gage au Mont-de-Piété pour honorer des dettes de jeu, il prétexta, lorsque celle-ci s’étonna un jour de ne pas la lui voir porter, l’avoir oubliée chez sa tante.

03/04/2008

Un premier bilan

Trois mois après l’entrée en vigueur, début janvier, de l’interdiction de fumer dans les lieux publics, les autorités françaises dressent un premier bilan. Et, à leurs yeux, il est très satisfaisant.

En termes de santé publique, les données remontées de 32 services d’urgence hospitaliers disséminés dans le pays montrent une réduction de 15% du nombre d’infarctus du myocarde. C’est tout à fait dans l’étiage des pays voisins ayant adopté la même interdiction de fumer: 11% en Italie, 14% en Irlande, 17% en Ecosse, etc. A l’échelle de la France entière et sur un an, cela signifierait 10.000 infarctus de moins, ce qui n’est tout de même pas rien.

En ce qui concerne l’impact économique de l’interdiction du tabac sur le chiffre d’affaires des bistrotiers et restaurateurs, les choses seraient moins graves que prévu. En trois mois, la fréquentation des bars et restaurants n’aurait reculé que de 3%. C’est dix fois moins que ce que redoutaient les bistrotiers et deux fois moins que la baisse de fréquentation de 6% enregistrée dans le premier mois et demi ayant suivi l’entrée en vigueur de la mesure. Comme il fallait s’y attendre, la baisse de fréquentation est essentiellement constatée au moment du café du matin, entre 9 heures et 11h30, et à l’apéro de la fin de l’après-midi. Les restaurateurs notent toutefois un effet positif à l‘interdiction de fumer: les tables se renouvellement plus vite, les gens étant pressés de sortir fumer leur cigarette après avoir mangé.

Cela dit, cette baisse modérée de 3% de la fréquentation n’est valable que pour les établissements des grandes villes. En monde rural, les bistrots devenus non-fumeurs auraient vu leur nombre de clients chuter de 10%. Une buraliste de Toulouse en grève de la faim depuis le mois de mars sur la place du Capitole – qui envoie aux médias internationaux des mails d’appels au secours: «Help me, please, do not leave me in» –  parle elle d’une dégringolade de plus de 30% de son chiffre d’affaires.

En trois mois, d’ailleurs, on a constaté que des îlots de résistance s’étaient formés. Sur le web, des sites ont été créés, qui recensent les bars, restaurants ou discothèques ayant aménagés des lieux pour les fumeurs, ces aménagements étant notés et commentés par les internautes. A Paris, dans certains quartiers popu-bobos du nord et de l’est singulièrement, il est difficile de se promener sans tomber sur des bars à chicha exhibant des banderoles antigouvernementales en vitrine. Devant le centre Pompidou un dimanche après-midi par mois, des fumeurs en colère ont pris l’habitude de se réunir pour dénoncer le décret antitabac. La place devant Beaubourg baigne alors dans une atmosphère bleutée. Tandis que, un peu partout dans la capitale, les rues et trottoirs des quartiers animés le soir ont été transformés en immenses cendriers dans lesquels tout le monde est contraint de patauger – sans que la mairie, curieusement, paraisse s’en soucier.