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27/05/2008

Une obsession

«Il ne peut y avoir de régularisation massive et générale». Brice Hortefeux doit souffrir du syndrome du disque rayé. Dans une énième interview ce matin, le ministre de l’Immigration et de l’Identité nationale – quelle dénomination si connotée décidément, même un an après on ne s’y est toujours pas fait –  Brice Hortefeux donc a répété pour la énième fois sa position sur le dossier des travailleurs sans-papiers en grève depuis des semaines pour obtenir des titres de séjour. Ce ministre a-t-il l’impression d’être si peu entendu quand il parle, qu’il répète à longueur de journées, de semaines et de mois le même laïus, sans évoluer d’un iota?

 

 

A moins que Brice Hortefeux et derrière lui Nicolas Sarkozy ne commencent à se sentir quelque peu gênés aux entournures par ce dossier. Qui, de semaine en semaine, en vient à physiquement cerner les lieux les plus symboliques du pouvoir. Pour preuve. La grève des travailleurs clandestins a frappé le «Café de la Jatte », un des restaurants préférés du Président. On sait aussi que, via une entreprise sous-traitante, des sans-papiers ont été employés dans un chantier de restauration d’un palais national mené pour le compte du Premier ministre. Depuis quelques jours,  la grève des sans-papiers se rapproche physiquement de la présidence: plusieurs établissements des Champs-Elysées sont en grève, et un restaurant gastronomique de la rue Matignon, très couru entre 13 et 14 heures par les éminences élyséennes, est lui aussi perturbé.

 

 

Cerise sur le gâteau hier. On a appris qu’un des jeunes collégiens et des plus charismatiques acteurs d’«Entre les murs», le film couronné dimanche soir Palme d’Or de Cannes, était… un sans-papiers, en demande comme ses parents de régularisation. Quant à Laurent Cantet, le réalisateur du long-métrage primé (qui a été unanimement acclamé et s'est déjà vendu dans des tas de pays étrangers), c’est un ardent activiste de RESF, le réseau qui milite pour la régularisation des sans-papiers. On imagine la tête mortifiée qu’a dû tirer, ce week-end à Cannes, la ministre de la Culture Christine Albanel en apprenant cela. Elle qui,  en tant que ministre, se devait à la fois de féliciter les lauréats de la Palme, qu’ils aient des papiers ou pas, et incarner un gouvernement quotidiennement obsédé par l’expulsion de ces mêmes sans-papiers.

 

 

Les clandestins sont partout, doivent donc se dire en ce moment, en grimaçant, Brice Hortefeux et Nicolas Sarkozy. Ce matin même, d’ailleurs, au grand marché de Rungis visité à l’aube par le chef de l’Etat, Nicolas Sarkozy a bien dû, selon toute probabilité, serrer sans le savoir les mains de l’un ou l’autre travailleur sans-papiers. Qu’ont donc bien pu penser ceux-ci, quand ils ont entendu le Président prononcer dans son discours un si vibrant hommage aux «travailleurs qui se lèvent tôt»?

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