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30/05/2008

Un style

284ea31621559d7937c6f082221e7dd7.jpgUne femme, retour d’une journée de shopping, s’adresse à son mari qui fait la moue en la voyant essayer les chaussures qu’elle vient d’acheter: «J’achète deux paires parce que, quand tu fais cette tête, ça m’enlève la moitié du plaisir». Une autre, au volant de sa voiture, tente d’amadouer un pandore sur le point de la verbaliser: «Je préfère ne pas vous remettre mes papiers, si vous êtes marié: ils empestent le parfum». Deux copines attablées dans un bistrot parisien: «Tu crois qu’ils ont remarqué, à Cannes, que nous boudions le Festival?» Une mère en vison sermonne une ado boudeuse: «Mais Françoise, je ne comprends pas ce qui t’empêche de vivre intensément avenue Foch». Deux copines encore, bavardent à la plage: «Il me demande si je suis libre ce soir. Ai-je une tête à avoir une soirée libre?» Un couple en tenue de soirée sur un balcon, elle répond à son prétendant: «Il y a en moi plusieurs femmes. Comment voulez-vous que je puisse me contenter d’un seul homme?» Plus tard, la même en robe de nuit et au téléphone: «Quelle surprise, Henri, de vous entendre avec le faux numéro que je vous ai donné».

Ces réparties, c’est du Kiraz tout craché. Edmond Kirazian dit Kiraz, le célèbre dessinateur de presse, qui depuis la fin des années 50, croque les Parisiennes dans des magazines de papier glacé: «Jours de France» pendant trente ans, puis «Match», «Gala», «Elle», «Playboy», etc. Les Parisiennes de Kiraz, sur leurs vertigineux talons hauts, ont fait le tour du monde. Leurs silhouettes longilignes ont même été exportées jusqu’au Japon. Elles ont aussi fait de la pub pour des édulcorants, des boissons gazeuses ou des panties. Et n’ont pas peu contribué à populariser le cliché mondial de la Parisienne élégantissime. De leur père spirituel, le couturier Christian Lacroix dit d’ailleurs qu’il n’avait pas son pareil pour «dessiner des décors formidables et capter l’essence de la mode».

f1db5088d05602a82d4db2b696f05698.jpgCarnavalet, le musée  de l’Histoire de la Ville de Paris (ici), rend hommage en ce moment à Kiraz, en lui consacrant une rétrospective qui réunit plus de 200 de ses œuvres: gouaches, dessins, esquisses ou croquis. En visitant l’expo, cela saute aux yeux: Kiraz, c’est vraiment un style. Aussi enlevé sur la forme (ses gouaches sont toujours très joliment colorées) que connoté sur le fond.

La Parisienne, la vraie, probablement se bat avec les horaires des crèches, transpire en Vélib’, peste contre des taxis inexistants, arrive en retard au spectacle, fraude dans le métro, n’a pas le temps d’arroser les plantes de son balcon, râle de ne plus pouvoir fumer au café, milite dans un comité de quartier, sacrifie quelques calories à un bon verre de vin, et fait surtout du shopping en période de soldes. La Parisienne de Kiraz, elle, passe ses journées dans les grands restaurants, dans les boutiques de luxe, au volant de son cabriolet, en rendez-vous galants, en vacances à la plage ou au manège équestre. Significatif: parmi toutes les oeuvres de Kiraz exposées, une seule et unique montre une Parisienne se livrant à une activité quotidienne dénuée de glamour: descendre les poubelles.

La Parisienne, la vraie, a probablement un caractère bien trempé, mais son tempérament ne se laisse pas résumer par quelques réparties en forme de clichés. La Parisienne de Kiraz, elle, de dessin en dessin invariablement depuis trente ans, est parfois spirituelle, toujours ravissante, mais le plus souvent passablement nunuche : sorte de poupée Barbie réduite à sa frivolité affective ou vestimentaire. La Parisienne de Kiraz, finalement, est un peu à la Ville Lumière ce que Carrie Bradshaw, de «Sex and the City», est à New York.

865a017b5f13a8076c7b52419c2d476b.jpgDu coup, en parcourant l’expo hier, on n’était plus trop sûr que cette futilité féminine ainsi honorée, supposément rafraîchissante, n’était pas en fait très agaçante par sa misogynie sous-jacente. On remarquait alors que, parmi les visiteurs, l’écrasante majorité était des femmes. Et que des éclats de rire guillerets et des murmures amusés fusaient régulièrement de leurs bouches.

29/05/2008

Une dispute

Cela se passe samedi, à 14 heures devant Beaubourg. C’est destiné aux Parisiens stressés (pléonasme?), qui n’en peuvent plus. Cela doit se situer quelque part entre la thérapie de groupe, le happening urbain (genre «flash mob», «freezing», etc.),  le jeu de rôle et le théâtre de rue. Ou tenir d’un peu tout cela en même temps et à la fois. C’est organisé par le collectif «Disputes gratuites».

L’obectif? «Recycler la colère, l’énervement et le stress». Le principe? «Il vaut mieux se disputer sans raison avec le premier venu qu’avec ses proches». Le concept? Le collectif fixe sur internet un lieu et une heure de rendez-vous dans Paris. Ensuite, «on y va, on s’insulte, on se dispute et on se crie dessus». On se dispute donc entre gens qui ne se connaissent pas le moins du monde, qui n’ont a priori rien à se reprocher, et qui n'ont dès lors pas la moindre raison de se disputer. Mais tous ensemble, pourtant, on joue voire on surjoue la dispute. L’avantage? «Ces disputes sont impersonnelles. Personne ne se sent visé. Personne n’est blessé. Et on peut rentrer chez soi ou à son boulot détendu, calme, en ‘socio durable partner’ accompli».

On irait bien.

28/05/2008

Une addiction

e4d9bfe5c794c2b6e8341ec3ee471a87.jpgDes semaines que son visage s’étale en grand format sur les panneaux publicitaires des couloirs du métro de Paris. Cette fois, ça y est, elle est là. Ce mercredi, Carrie Bradshaw, alias Sarah Jessica Parker, débarque dans 500 salles de cinéma de Paris et de France avec ses copines Samantha, Miranda et Charlotte pour l’adaptation en long métrage de la cultissime série télé «Sex and the City». Le film devrait faire un tabac. L’autre jour déjà, venue à Paris présenter et dédicacer la nouvelle (et très chère) gamme de parfums qu’elle vient de lancer, Sarah Jessica Parker a bien failli provoquer une émeute tant ses fans étaient nombreux.

N’importe qui ayant regardé ne serait-ce qu’un seul épisode de «Sex and the City» pourra le confirmer: Carrie Bradshaw est une passionnée de chaussures. En vraie «fashion addict», elle ferait n’importe quoi pour une paire de Manolo Blahnik. Du coup, l’institut de sondages TNS-Sofres profite de l’arrivée sur les grands écrans français de l’icône new-yorkaise de la mode pour rendre publics les résultats d’une enquête d’opinion essentielle, réalisée il y a quelques mois, sur… les Françaises et les chaussures.

Ce sondage indique qu’un peu plus de 4 femmes sur 10 (42%), contre à peine 2 hommes sur 10 (17%), aiment s'arrêter pour regarder les vitrines des magasins de chaussures, voire ont du mal à résister à la tentation de rentrer dans ce magasin quand elles ont aperçu un modèle qui leur plaît. Seules 20% des femmes disent ne pas faire attention aux devantures des magasins de chaussures.

 

efc0f5c5c9c9f002584e4ad8714cea3e.jpgEn moyenne, les Françaises possèdent 9 paires de chaussures (contre 6 pour les hommes). La moitié d'entre elles (50%) en possèdent 7 paires ou plus, contre 28% des hommes seulement qui sont dans ce cas. Les femmes détenant plus de 9 paires de chaussures font partie des catégories aisées (avec un record de 14 paires en moyenne) mais appartiennent aussi aux catégories moyennes supérieures (11). Onze, c’est le nombre moyen de paires de chaussures que l’on retrouve dans la garde-robe des Parisiennes.

Seules 13% des Françaises admettent posséder un grand nombre de chaussures, voire avouent, comme Carrie Bradshaw, les collectionner. Six Françaises sur dix considèrent détenir un nombre raisonnable de chaussures. Cette notion de raison, toutefois, est éminemment variable. Pour preuve, 33% des Françaises possédant plus de 20 paires de chaussures trouvent cette quantité raisonnable…

27/05/2008

Une obsession

«Il ne peut y avoir de régularisation massive et générale». Brice Hortefeux doit souffrir du syndrome du disque rayé. Dans une énième interview ce matin, le ministre de l’Immigration et de l’Identité nationale – quelle dénomination si connotée décidément, même un an après on ne s’y est toujours pas fait –  Brice Hortefeux donc a répété pour la énième fois sa position sur le dossier des travailleurs sans-papiers en grève depuis des semaines pour obtenir des titres de séjour. Ce ministre a-t-il l’impression d’être si peu entendu quand il parle, qu’il répète à longueur de journées, de semaines et de mois le même laïus, sans évoluer d’un iota?

 

 

A moins que Brice Hortefeux et derrière lui Nicolas Sarkozy ne commencent à se sentir quelque peu gênés aux entournures par ce dossier. Qui, de semaine en semaine, en vient à physiquement cerner les lieux les plus symboliques du pouvoir. Pour preuve. La grève des travailleurs clandestins a frappé le «Café de la Jatte », un des restaurants préférés du Président. On sait aussi que, via une entreprise sous-traitante, des sans-papiers ont été employés dans un chantier de restauration d’un palais national mené pour le compte du Premier ministre. Depuis quelques jours,  la grève des sans-papiers se rapproche physiquement de la présidence: plusieurs établissements des Champs-Elysées sont en grève, et un restaurant gastronomique de la rue Matignon, très couru entre 13 et 14 heures par les éminences élyséennes, est lui aussi perturbé.

 

 

Cerise sur le gâteau hier. On a appris qu’un des jeunes collégiens et des plus charismatiques acteurs d’«Entre les murs», le film couronné dimanche soir Palme d’Or de Cannes, était… un sans-papiers, en demande comme ses parents de régularisation. Quant à Laurent Cantet, le réalisateur du long-métrage primé (qui a été unanimement acclamé et s'est déjà vendu dans des tas de pays étrangers), c’est un ardent activiste de RESF, le réseau qui milite pour la régularisation des sans-papiers. On imagine la tête mortifiée qu’a dû tirer, ce week-end à Cannes, la ministre de la Culture Christine Albanel en apprenant cela. Elle qui,  en tant que ministre, se devait à la fois de féliciter les lauréats de la Palme, qu’ils aient des papiers ou pas, et incarner un gouvernement quotidiennement obsédé par l’expulsion de ces mêmes sans-papiers.

 

 

Les clandestins sont partout, doivent donc se dire en ce moment, en grimaçant, Brice Hortefeux et Nicolas Sarkozy. Ce matin même, d’ailleurs, au grand marché de Rungis visité à l’aube par le chef de l’Etat, Nicolas Sarkozy a bien dû, selon toute probabilité, serrer sans le savoir les mains de l’un ou l’autre travailleur sans-papiers. Qu’ont donc bien pu penser ceux-ci, quand ils ont entendu le Président prononcer dans son discours un si vibrant hommage aux «travailleurs qui se lèvent tôt»?

26/05/2008

Une course

736e9df65fe0eff74b6c0180b71df539.jpgC’était dimanche. C’était le lieu de rendez-vous de pas mal de Parisiens mordus de course à pied, qui auraient été ravis de courir hier les 20 kilomètres de Bruxelles – une course manifestement assez populaire y compris en France – mais qui s’y étaient pris trop tard et n’avaient donc pu s’inscrire. C’était un semi-marathon. Cela se passait en banlieue parisienne… sur une base aérienne de l’armée, au cœur donc d’un immense domaine militaire, protégé sur tout son long par d’imposantes clôtures de barbelés. Et c’était assez drôle.

L’ambiance, en effet, rappelait immanquablement le film «Top Gun». Il y avait en fond sonore, et à tue-tête, de la mauvaise musique de variétoche telle que celle écoutée par Tom Cruise dans le bar où il essaie d’emballer sa supérieure. Il y avait, évoluant dans ce décor spartiate (vestiaire à ciel ouvert sur le tarmac, pas de douches, ravitaillements réduits au minimum, etc.), des militaires en treillis patrouillant en jeeps ou en compagnie de molosses patibulaires, des officiers aviateurs impeccables et multi-galonnés, et des athlètes galbés comme des médaillés olympiques. Il y avait aussi un cockpit d’avion de chasse dans lequel on pouvait s’asseoir et se faire photographier, un stand où l’armée de l’air essayait d’appâter de futures recrues, et même une tombola où l’on gagnait des baptêmes de l’air.

3a7835aee8f0e04c9f51e29b74b0b573.jpgOn n’avait jamais couru, auparavant, sur les pistes d’un aérodrome. Ce fut assez impressionnant d’aligner, sur 21 bons kilomètres, les plaques de bitume invariablement toutes identiques et rigoureusement ponctuées de diodes lumineuses bleues. Sur les bas-côtés des pistes, parmi les graminées, des coquelicots poussaient et des lapins gambadaient. L’horizon de cet aéroport, si infiniment plat et ras à perte de vue, ne mettait que plus en valeur les constructions boursouflées d’un ciel tourmenté de nuages d’orage.

Nombre de participants à cette course étant visiblement des militaires, le niveau a été assez rapide. Les quinze premiers kilomètres ont été sublimes. Déjà, d’habitude, il n’y a rien de tel, pour se laver l’esprit de ses soucis, que de se concentrer pendant environ 1 heure et demi sur le seul rythme de ses foulées (inspirer sur deux pas, expirer sur trois pas, et ainsi de suite, un nombre incalculable de fois). Mais là hier, le silence impressionnant qui régnait aux confins de cette base militaire immense n’était que plus propice à l’évasion des préoccupations. Les quatre kilomètres suivants ont été plus pénibles. Les deux derniers ont été carrément atroces. A de tels degrés d’épuisement, on implorerait tous les Dieux de la terre, on maudirait même père et mère pour que cela s’arrête.

c7d5a0067001fec7628b1ae6ebc96ef0.jpgLa ligne d’arrivée franchie, sous un soleil de plomb et dans un état second, on est resté une à deux minutes limite groggy, comme anéanti par la violence physique de l’effort, prostré et persuadé qu’on n’arriverait jamais plus à se relever. C’est ensuite seulement, quand le pouls se calme, quand le souffle s’apaise, que la sensation la plus fabuleuse qui soit s’immisce petit à petit. Puis, de seconde en seconde, envahit le corps et l’esprit. C’est à ce moment qu’on le sent: on revit. Ressentir ce plaisir si intense est, chaque fois, un moment vraiment fascinant.

23/05/2008

Une alerte

On a vraiment cru qu’on avait la berlue. C’était hier. Soudain, dans tout Paris ainsi que dans trois départements de la petite couronne parisienne, les sirènes du Réseau national d’alerte ont retenti. Ces sirènes, qui datent de la guerre 40-45, sont supposées alerter la population en cas de catastrophe majeure: nuage toxique, accident nucléaire, etc. Du  coup, évidemment,  la brigade des sapeurs-pompiers de Paris a reçu d’innombrables coups de téléphone de gens angoissés. Des citoyens d’autant plus inquiets qu’on était un jeudi. Or, ce n’est pas le jeudi mais le mercredi, à midi pile, qu’une fois par mois, sur tout le territoire national, ces sirènes sont testées par un signal d’essai. Donc, dans l’esprit des gens appelant les pompiers, ces sirènes ne pouvaient retentir que pour signaler une catastrophe et non un essai.

 

Finalement, il ne s’agissait que d’une fausse alerte. Ni à Paris ni ailleurs hier, aucun nuage toxique n’a jamais pointé à l’horizon et aucune catastrophe industrielle majeure n’a été déplorée. L'origine de cette fausse alerte n'a pas été déterminée ni communiquée.

 

Voilà qui va de nouveau faire jaser sur l’état des 4500 sirènes d'alerte constituant ce Réseau, dont près de la moitié n’ont pas été remplacées depuis les années 40. Au début des années 2000, un vaste programme de rénovation de ces sirènes avait été élaboré, mais il était longtemps resté dans les cartons faute de budget. A l’époque, plusieurs problèmes avaient été diagnostiqués: anodins en temps normal, mais potentiellement embarrassants en cas de catastrophe.

 

Ainsi, le système de télécommande des sirènes obligeait les préfets à déclencher celles-ci sur l’ensemble du territoire du département - et donc à affoler quantité de gens - même et y compris quand le danger était circonscrit à un seul village ou quartier d’une ville. Autre problème: les sirènes installées dans les usines cataloguées Seveso (établissements à risque élevé, essentiellement dans le secteur de la chimie ou de la pétrochimie) n’étaient pas reliées au réseau général. C’est ce qui explique pourquoi, lors de catastrophe meurtrière de l’usine AZF à Toulouse en 2001, aucune sirène n’a retenti immédiatement après l’explosion, la sirène de l’usine AZF ayant été soufflée par la déflagration.

 

Depuis, le plan de rénovation des sirènes est censé avoir été mis en œuvre. L’incident de jeudi, toutefois, de même que le manque de transparence sur son origine et ses causes, ne rassureront pas les plus paranoïaques sur l’état de la défense civile en région parisienne.

22/05/2008

Un véhicule

98a25c65ac3bb578bb4785f560dd7bb4.jpgJournée de grève en France ce jeudi, et donc journée d’embarras dans les transports publics – même si, pour une fois, cela ne semble pas être l’énorme galère. Parlant modes de déplacement, en ce moment, on aperçoit de plus en plus des véhicules un peu bizarres dans les rues de Paris. Entre le vélo-taxi, le tricycle électrique et le rickshaw asiatique, ils servent le plus souvent de promène-touristes, mais seraient également utilisés par de vrais Parisiens pour des courts déplacements effectués dans l’hyper-centre de la capitale.

 

Ce mode de déplacement fonctionne tellement bien à Paris que plusieurs sociétés (ici ou ) se disputent déjà le marché. Avec une vitesse revendiquée de 25km/h maximum au compteur, le vélo-taxi est évidemment un mode de déplacement moins rapide que le taxi traditionnel. Cela revient aussi moins cher: 1,5 à 2€ la prise en charge, plus la même somme par personne transportée et kilomètre parcouru. Au total, selon ses promoteurs, ce «véhicule 100% écologique» constitue «la réponse efficace aux problèmes de pollution et d’encombrements dans les grandes agglomérations».

 

Peut-être. N’empêche, le tricycle de ce type qu’on a aperçu l’autre jour immobilisé en pleine heure de pointe et en plein embouteillage dans le quartier Madeleine faisait quelque peu peine à voir. Et les touristes qu’il transportait avaient l’air de moyennement apprécier la situation, plongés qu’ils étaient dans leurs mouchoirs pour essayer d’échapper à une suffocation due aux gaz d’échappement.

21/05/2008

Une détente

68f74ac48312f378f7b71986823a50d1.jpgLa vie est si dure. Parfois. Si on veut tenir le coup, il faut pouvoir, de temps en temps, s’offrir des petits moments de détente. Même et y compris quand on est Président. C’est sans doute ce qu’on s’est dit ces jours-ci au palais de l’Elysée. En ce moment, en effet, l’agenda présidentiel contient l’une ou l’autre pause détente aussi délassante que télégénique.

Ainsi, ce matin à 11h30, Nicolas Sarkozy reçoit à l’Elysée le cinéaste et producteur américain Steven Spielberg. Pile poil le jour de sortie du dernier «Indiana Jones» dans les salles françaises: que voilà un plan de communication merveilleusement bien conçu. Qui sait, l’ami de Tom Cruise et le papa d’E.T. l’extraterrestre trouveront-ils le temps de visionner ensemble quelques séquences du «Royaume du crâne de cristal» dans la salle de cinéma privée de l’Elysée.

Demain à 18h, le chef de l’Etat reçoit en grandes pompes Céline Dion, en pleine tournée en ce moment à Paris. La chanteuse se verra remettre les insignes de Chevalier de la Légion d’honneur. Rien ne figurant à l'agenda présidentiel officiel à l’issue de cette cérémonie, qui sait le Président de la République, qui adore pousser la chansonnette au coin d’une guitare avec ses copains, vocalisera-t-il quelques instants avec Céline, Carla et l’un ou l’autre ami. Ce sera un moment si joli. Et c’est sûr qu’après cela, cela ira beaucoup mieux dans le pays.

20/05/2008

Un transport

Décidément, cela ne va pas très fort en ce moment, dans les transports. Côté train, aucun Thalys ne circule ce mardi entre la France et la Belgique, pour cause d’un mouvement de grève des cheminots belges. Et jeudi, c’est en France cette fois que les transports seront à l’arrêt, à l’occasion de la journée syndicale d’action sur l’emploi et les retraites. Côté bateau, la plupart des ports de l’Hexagone – et bientôt les dépôts de carburant ? –  sont bloqués par les marins en colère contre la flambée du prix du gasoil. Côté voiture, ce n’est pas la joie non plus: même les automobilistes roulant au gasoil sont désormais dans la galère puisque, entendait-on ce matin à la radio, l’écart moyen entre le litre du gasoil et le litre d’essence sans plomb n’est plus que de trois centimes. Côté taxi, enfin, ce matin c’était carrément l’énorme pagaille à l’aéroport de Roissy, à la suite d’un mouvement de protestation des taxis officiels contre les clandestins.

Trains, bateaux, bagnoles et taxis en carafe: comparativement, le vélo, lui, se porte comme un charme. C’est particulièrement vrai à Paris. Avant même de fêter son premier anniversaire (en juillet), Vélib’ compte désormais 70.000 utilisateurs par jour en moyenne et vient de dépasser le cap des 20 millions d’utilisations. Les Vélibeurs sont globalement ravis, si l’on en croit un sondage réalisé par la mairie de Paris, qui pointe 94% d’opinions tout à fait ou plutôt satisfaites. C’est évidemment une façon très avantageuse de présenter les choses, et qui cache mal une réalité plus nuancée. En effet, six utilisateurs de Vélib sur dix trouvent qu’il y a des progrès à faire en ce qui concerne la disponibilité des places pour déposer son vélo en station et la disponibilité des vélos attendant le client en station. Et près d’un sur d’eux (44%) réclame des améliorations en ce qui concerne l’état général des vélos.

Les deux premières récriminations reposent le problème de l’insuffisante régulation de Vélib. En clair, et en gros, tous les Parisiens empruntent et remettent les vélos globalement aux mêmes endroits et aux mêmes heures de la journée, ce qui entraîne en permanence des stations soit désertes, soit qui débordent. Parmi les stations désertes, la centaine (sur les 1200) qui sont situées sur les hauteurs de Paris: au sommet de la Butte Montmartre, des Buttes-Chaumont, de Ménilmontant ou de Belleville. Il fallait s’y attendre: autant les cyclistes sont ravis d’emprunter des Vélib’ pour dévaler ces collines (d’où des stations bondées à leurs pieds), autant la plupart des Parisiens préfèrent les remonter en métro plutôt qu’à vélo. Cela oblige les régulateurs de Decaux à remonter à longueur de journées des camions entiers de bicyclettes au sommet de ces collines.

Du coup, la mairie va essayer d’arranger cela en lançant, courant juin, un nouveau système de gratification. Cela s’appelle «V’+» et cela fonctionne avec des «stations bonus». Ces stations sont précisément celles installées en hauteur de Paris. Les Vélibeurs qui y rendront leur vélo se verront récompenser de leurs efforts physiques par un crédit temps gratuit et cumulable.

En mai 2007, Nicolas Sarkozy s’était fait élire avec son slogan «Travailler plus pour gagner plus». En mai 2008, Bertrand Delanoë en invente une déclinaison parisienne, sportive et écologique: «Pédaler plus pour payer moins». Cet homme, décidément, ira loin.

19/05/2008

Une substance (suite)

6d4e458882c139d3a5e09e8f531a6097.jpgCe n’est pas forcément ce qu’il y a de plus intéressant dans l’actu du jour, mais c’est probablement ce que les gens vont en retenir: après avoir chassé le tabac des lieux de convivialité, le gouvernement français s’attaque donc à l’alcool. Selon «Le Parisien» de ce matin, sur le bureau du Premier ministre François Fillon, figure une note officielle de la Mission interministérielle de lutte contre la drogue et la toxicomanie (Mildt) lui recommandant de serrer vigoureusement la vis contre toutes les pratiques incitatives à la consommation d’alcool.

Visée: l’«happy hour», ces tarifs avantageux pratiqués par les bars à l’heure de l’apéro, pour s’attirer la clientèle dans l’espoir qu’elle reste en soirée. Une pinte de bière pour le prix d’un demi, c’est le genre de tarifs pratiqués à Paris pendant ce créneau horaire. Invoquant notamment l’alcoolisme grandissant chez les jeunes, la Mildt recommande à François Fillon d’interdire purement et simplement ces tarifs promotionnels. D’autres offres assimilées à l’«happy hour» sont visées: l’«open bar», la vente d’alcool à la bouteille dans les discothèques, etc.

Si une telle mesure est prise, les fêtards pourront toujours se rabattre sur les boissons énergisantes comme le Red Bull. En effet, dans un spectaculaire retournement de situation depuis la dernière note sur le sujet (ici), le gouvernement vient finalement d’autoriser la commercialisation en France, dès la mi-juillet, de la célèbre boisson ailée dans sa version originelle: à base donc de taurine, cette fameuse substance aux effets si controversés. En quinze jours, toutes les réserves sanitaires émises envers la taurine, qui avaient justifié le lancement sur le marché hexagonal uniquement d’une version allégée du Red Bull, ont donc volé en éclats, comme par magie. C’est le fruit d’un lobbying redoutable, exercé à coups d’avocats impitoyables. Le fabricant de Red Bull (troisième boisson non alcoolisée la plus consommée au monde derrière Coca et Pepsi) avait introduit plusieurs procédures devant le tribunal administratif de Paris, et réclamait 300 millions d’euros de dédommagement à l’Etat français pour avoir refusé la commercialisation de son produit. Grâce à l’accord qui vient d’intervenir avec Bercy, Red Bull a retiré sa plainte.

L’avantage à cette info, c’est qu’au moins elle donne la valeur marchande du fameux principe de précaution, clé de voûte du processus décisionnel français: il vaut donc 300 millions d’euros.

16/05/2008

Un bruit

71024d29c79edd22adb89d11b8ec0190.jpgTous les Parisiens ne sont pas chagrinés par le rafraîchissement de la météo intervenu dans la capitale depuis les orages de mercredi soir. Au contraire, ce rafraîchissement soulagera sans doute tous ces habitants des quartiers animés le soir et qui n’en peuvent plus du bruit des fêtards. Ce vacarme, en effet, va croissant avec la température ambiante, les clients des bars et bistros surchauffés ayant tendance à préférer la fraîcheur des trottoirs, où, en plus, on peut fumer librement. Dans certains quartiers de Paris, les soirs d’été les plus chauds, la tension est réelle entre les riverains qui essaient de dormir et les noctambules qui jouissent des plaisirs de la fête. Témoin notamment de cette tension, cette énorme banderole «LE BRUIT… CA SUFFIT!» vue l’autre jour aux abords du parc de Bercy: elle a été déployée par des riverains mécontents au sommet d’un immeuble à appartements qui surplombe plusieurs bars très fréquentés.

Le Conseil supérieur d’hygiène publique de France fixe à 60 décibels (dB) le seuil de nuisances sonores à ne pas dépasser sur une journée. C’est une recommandation purement théorique: une rue à fort trafic routier dégage un niveau sonore moyen de 80 dB. Et un coup de klaxon entendu à une distance de deux mètres fait carrément exploser l’intensité sonore à 100dB (Pourquoi croyez-vous que tous les piétons du monde fusillent du regard les abrutis d’automobilistes qui klaxonnent à leurs côtés?).

Fin 2007, une enquête épidémiologique menée par 78 médecins auprès de plus de 4000 malades de la région parisienne a montré qu’un tiers de ces patients se sont spontanément plaints du bruit. Elle a confirmé aussi que l’exposition au bruit a incontestablement un impact désastreux sur la santé. Dans Paris et sa région, la prise de médicaments contre l’hypertension artérielle est 5,6 fois plus fréquente chez les hommes de 40 à 69 ans dont le domicile est survolé par des avions à basse altitude. Les troubles du sommeil et les problèmes de santé sont deux fois plus fréquents chez les femmes subissant chaque jour plus d’une heure de transports en commun ou deux heures de trajet en voiture.

Un observatoire du bruit travaille depuis plusieurs années à quantifier et à tenter de réduire les nuisances sonores dans la capitale. Selon ses données, environ 360 000 habitants de la petite couronne subissent en journée, dans leur logement, une pollution sonore liée au trafic routier qui dépasse les 70 dB. L’on sait par ailleurs que plus de 2 millions d’habitants de la région parisienne sont affectés par des survols aériens à basse ou moyenne altitude.

Les cartes du bruit routier à Paris sont très colorées. Les espaces verts y apparaissent … en vert (intensité sonore faible, environ 50 dB). La Seine forme un long ruban jaune (bruit modéré, moins de 60 dB). Les voies sur berges et les grands boulevards sont en rouge (intensité élevée: de 65 à 75dB). Les Champs-Elysées et ses environs, les boulevards du quartier Opéra-Madeleine, le périphérique sur tout son pourtour, ainsi que les grandes gares de la capitale de même que leurs abords sont en bleu foncé (intensité sonore très élevée: plus de 75 dB) - et le demeurent y compris en soirée.

247809b26536e7e58878296a17a654a7.jpgFace à toutes ces nuisances, les conseils, rebaptisés «écogestes», donnés par la mairie de Paris pour réduire la pollution sonore liée à la vie quotidienne paraissent délicieusement dérisoires et décalés: «Je ne claque pas les portes dans l’immeuble», «J’amortis les bruits avec des meubles en bois, des tapis, des rideaux aux fenêtres», «Je pense à mes voisins: je baisse le son et je respecte le silence de la nuit». Surtout, ce merveilleux: «Je danse sans chaussures».

15/05/2008

Une colère

d39b638801811db0b3480a8f470f87fd.jpgSa voix en tremblait, ce matin à la radio, tant il était en colère. Martin Hirsch, l’ancien dirigeant d’Emmaüs et actuel haut commissaire au sein du gouvernement chargé des solidarités, s’emportait contre une pub d’un loueur de bagnoles, publiée ces jours-ci dans des pleines pages de quotidiens.

«Les pauvres sont dégueulasses. Ils polluent», dit cette pub, qui est présentée comme un manifeste en faveur du «droit à la voiture propre pour tous». Ce message critique en fait les insuffisances du dispositif gouvernemental du bonus-malus automobile, qui avantage l’achat de voitures propres et pénalise l’acquisition de voitures peu écologiques. Selon ce loueur de voitures, les véhicules propres n’en restent pas moins financièrement hors de portée des revenus bas ou moyens. La pollution automobile n’est donc «pas un problème de conscience écologique mais un problème de pouvoir d’achat». Comme «tout le monde n’a pas les moyens de changer sa voiture», «sur un parc automobile de 36 millions de véhicules, 15 millions de voitures de plus de 11 ans circulent en France, dépourvues des technologies environnementales nouvelles». Du coup, l’annonceur promet une offre de location de véhicules à bas prix, pour pousser les Français à se séparer de leurs si polluantes épaves.

Le slogan de cette campagne n’est «pas à prendre au premier degré», nuançait, hilare, le patron de la boîte de location, ce matin. «Comme Coluche disait ‘Salauds de pauvres’, on fait de la provocation pour alerter le gouvernement sur le fait que, s’il laisse filer, l’écologie va devenir un luxe». Martin Hirsch, lui, ne trouvait pas du tout cela drôle. L’ex-proche de l’abbé Pierre flinguait les pubards qui recourent à ce genre d’«humour pour types qui n’ont pas d’idées». Fulminait contre «la vulgarité méprisable» de ces businessmen qui «essaient de se faire de l’argent sur le dos des pauvres» en prétextant de les défendre, mais qui cherchent en fait surtout à vendre leur camelote, en l'occurrence ici à louer des bagnoles.

C’est d’ailleurs la journée des pubs qui se veulent spirituelles mais ne sont que pénibles voire vulgaires. Témoin, cette autre annonce parue ce matin dans les journaux, qui s’adresse elle à l’extrémité exactement opposée de l’échelle sociale. Elle vante… une carte de fidélité pour hommes d’affaires, qui leur permet d’avoir «un avion privé à disposition sur un simple coup de fil». Et promet aux futurs détenteurs de cette carte que, pour le même prix, ils vont «se faire d’un seul coup tout plein de (vrais) amis». Curieux système décidément, où la rapacité et l'hypocrisie deviennent des arguments de vente.

14/05/2008

Une pétition

Quelques semaines à peine après le mea culpa du patron de la SNCF à propos du niveau déplorable du service offert aux voyageurs de la ligne RER D (ici), c’est au tour des usagers du RER A de ne plus accepter d’être traités comme du bétail. Cela ne va peut-être pas parler à beaucoup de lecteurs de ce blog, mais, quantitativement, cela concerne énormément de monde. Le RER A, en effet –  qui, sur 76 kilomètres de long, traverse la région parisienne d’est en ouest et inversement –, est une des lignes de transport urbain les plus fréquentées au monde: en moyenne un million de personnes au bas mot l’empruntent chaque jour. Et, visiblement, elles endurent une galère insupportable.

Sous la houlette d’une association d’usagers, une pétition vient d'être lancée pour l’amélioration de cette liaison. Ce matin, sa version internet avait recueilli 750 signatures. Et aux heures de pointe devant les gares, lorsqu’elle est soumise aux voyageurs, elle fait paraît-il un tabac: jusqu’à 200 signatures par heure. Cette pétition réclame notamment la mise en circulation de davantage de rames à deux étages. Ce qui, en attendant l’augmentation du nombre de trains, permettrait déjà que les usagers soient un peu moins entassés les uns sur les autres. Ce n’est pas anecdotique. Dans les trains du RER A, les gens sont tellement compressés que l’on dénombre 400 malaises de voyageurs par an.

Il y a un an déjà, le directeur des RER à la RATP avait reconnu une «situation difficile» sur ce RER A, due notamment à l’accroissement de 15% du nombre de ses utilisateurs entre 2003 et 2006. Depuis, à l’évidence, la situation ne s’est guère améliorée. Pour s’en convaincre, il suffit de lire les récits de voyageurs, par témoignages écrits ou par vidéos interposées, figurant sur les nombreux blogs tenus par des usagers de transports en commun parisiens qui n’en peuvent plus (ici ou ).

Hier encore, une utilisatrice racontait pourquoi elle avait renoncé au RER A. Marre d’y transpirer, même en plein hiver, «comme une grosse vache» vu la densité de la foule. Marre d’avoir envie de «pleurer» dès que les galères s’accumulent. Marre des reproches de son patron à chaque retard au boulot indépendant de sa volonté. Marre de «se sentir totalement prisonnier» de ces transports urbains à l’état si désastreux. Tandis qu’un autre banlieusard disait son exaspération pour le Parisien moyen, «gonflé d'orgueil, de suffisance et d'égoïsme», qui oublie tout savoir-vivre dès qu’il emprunte les transports en commun, qui «cherche l'importance là où on peut: la bousculade, le déni des autres».

On a pris l’habitude de visiter de temps en temps ces blogs d’usagers en colère. Parce qu’ils viennent utilement rappeler combien sont nombreux les gens qui n’ont pas le privilège comme nous d’habiter et de travailler en plein cœur de Paris et combien, du coup, leur vie quotidienne n’est pas toujours facile. A fortiori en ces périodes de fortes chaleurs sur la capitale, quand rien que l’idée de s’entasser dans un RER bondé a de quoi faire suer. A la radio locale, ce matin encore, un banquier travaillant dans le quartier d’affaires de La Défense disait son ras-le-bol de voyager en costume cravate «dans des rames à 40 degrés». Ce qui le faisait arriver au boulot non seulement trempé, avec la seule envie de prendre illico une douche et de se changer, mais aussi déjà très en retard et bien trop stressé – alors pourtant que sa longue journée de travail ne fait que commencer. Un jour occasionnellement cela va, mais à longueur de journées, de mois et d'années, cela doit être insupportable.

13/05/2008

Une solution?

599d60dcd8fca87a143854ab53055741.jpgLong, chaud et beau week-end. Mais il ne fut pas beau pour tout le monde. En effet, le pont de Pentecôte, comme invariablement chaque grand week-end en France, a été catastrophique en termes de sécurité routière: une vingtaine de personnes au moins ont trouvé la mort sur les routes du pays, ces derniers jours. Ce fut notamment le cas de cinq jeunes Français tués aux petites heures dimanche dans leur Clio sur l’autoroute A1, de retour d’une discothèque en Belgique où ils avaient fait la fête toute la nuit.

D’où la mesure annoncée par le ministre Jean-Louis Borloo: l’installation d’éthylotests dans les débits de boisson ouvrant jusqu’à deux heures du matin, de manière à donner à la clientèle la possibilité de tester son aptitude à la conduite en fin de soirée. A terme, 35.000 bars-cafés, 3000 discothèques et 6000 bars à ambiance musicale sont concernés.

Comme le rappelait une grande campagne d’information ce week-end, en France, «l’alcool est la première cause de mortalité sur la route: il est présent dans plus d’un accident mortel sur quatre. En 2006, si tous les conducteurs avaient respecté la limite de 0,5 gramme d’alcool par litre de sang, 1271 vies auraient pu être sauvées». Trois personnes sont tuées chaque jour dans l'Hexagone dans un accident de la route lié à la consommation d’alcool. Du coup, se dit le gouvernement, la mise à disposition d’éthylotests à la clientèle des débits de boisson ne peut qu’être bénéfique. Les cafetiers, sans être enthousiasmés, n’y paraissent pas résolument opposés. Quant aux associations de lutte contre la délinquance routière, elles estiment que ce ne sera pas la solution miracle. La mesure pourrait même avoir des effets pervers. En effet, témoignait une responsable associative ce week-end, des jeunes détournent parfois complètement les éthylotests mis à disposition dans les bars. En effet, ils s’en servent délibérément comme d’un instrument de mesure non pour savoir s’ils sont aptes à conduire mais… pour déterminer le vainqueur du concours du plus grand buveur de la soirée. Puis, le vainqueur couronné grâce à l’éthylotest, tous reprennent évidemment le volant.

c33828ad07d6663ede7fd36d45049d79.jpgTiens, parlant de bistrots, depuis la dernière note sur le sujet (ici), la mairie de Paris a pris une nouvelle mesure pour tenter d’amoindrir un des effets pervers environnementaux de la loi anti-tabac interdisant depuis le début de l’année de fumer dans les lieux de convivialité. Cette loi chasse les fumeurs dehors, à savoir là où, le plus souvent, il n’y a pas de cendrier. Les trottoirs de certains quartiers animés de la capitale ont donc tendance à se transformer en immenses dépotoirs à mégots (voir les quartiers Bastille et Oberkampf). Du coup, pour inciter les bistrotiers à en équiper leurs trottoirs, les cendriers mobiles installés sur le domaine public sont désormais exonérés de toute taxe de voirie. L’impact budgétaire de cette exonération est minime pour la ville de Paris, qui n’en espère pas moins un retour en termes de qualité de vie. Comme le disait l’autre jour l’adjointe au maire chargée du commerce, Lyne Cohen-Solal, «nous préférons que les cafés multiplient les cendriers plutôt que la ville ne devienne un cendrier géant!» L’été venu, en effet, il y plus ragoûtante perspective que de patauger dans les mégots en tongs ou autres sandalettes.

09/05/2008

Un raccourci

Rues vides, commerces en grand nombre fermés, parcs et jardins bondés de gens s’adonnant au farniente: la plupart des Parisiens – et, au-delà, la majorité des Français – sont visiblement en congé aujourd’hui. Il faut dire que cette année, le pont du 8 mai s’apparente à un viaduc, le Lundi de Pentecôte étant redevenu un jour férié.

Du coup évidemment, comme invariablement chaque année à cette période des congés de mai, on lit, voit et entend un peu partout ces sempiternelles analyses un brin culpabilisatrices, selon lesquelles les Français seraient les champions du monde de la paresse. Ce jugement doit vraiment être nuancé.

Certes, une récente étude comparative menée dans huit pays montre que les travailleurs salariés français se voient accorder chaque année 37 jours de congé. C’est bien plus que les jours de repos dont bénéficient les travailleurs en Espagne (31), Allemagne (27), Grande-Bretagne (26), Autriche (28), Italie (33), Pays-Bas (28) et Etats-Unis (14). La même étude révèle que seuls 20% des salariés français acceptent de ne pas prendre la totalité de leurs jours de congé sur l’année. Ici encore, la France fait exception dans le paysage. A part en Allemagne, dans tous les autres pays analysés, un bien plus grand nombre de travailleurs acceptent d’abandonner des jours de congé à leur entreprise. Selon les chiffres de l’OCDE, le nombre d’heures travaillées en France est inférieur de 7% à la moyenne européenne et de 15% par rapport à la situation aux Etats-Unis. Cela veut dire qu’en gros, le Français moyen passe chaque année quelque 1.500 heures de sa vie au boulot, contre 1.800 heures pour l’Américain moyen.

Les Français travaillent peu, donc. C’est la conclusion implicite de toutes ces études internationales. Cette assertion relève néanmoins du raccourci, voire du cliché. En effet, ces dernières années dans l’Hexagone, la productivité horaire n’a cessé de grimper, au point d’être maintenant une des plus fortes au monde. Et selon une enquête menée dans 80 pays, la France pointe au trentième rang (soit devant les Etats-Unis et la Grande-Bretagne) en ce qui concerne l’appétence des salariés au travail.

En gros, dès lors, s’il fallait résumer toutes ces données, on pourrait dire que les Français travaillent peu mais qu’ils travaillent bien. Qu'en penser? C'est le verre à moitié vide ou à moitié plein. L’idéal, dans le système économique actuel, aurait sans doute été que les Français travaillent beaucoup et bien. Mais ils auraient pu aussi travailler peu et mal…

08/05/2008

Une trouvaille

9b0c0fb9423637dd63f09524ed3a0b05.jpgJour férié ce jeudi en France. Mais à Paris, jeudi de congé ou pas, les manifestants vont une fois de plus battre le pavé. Cette fois, c’est le mouvement radical des «Indigènes de la République» qui descend dans la rue, au départ de Barbès. Samedi, les antiracistes remettront le couvert. A l’issue d’une marche de commémoration de l’abolition de l’esclavage, il y a 160 ans en France, ils formeront «une chaîne humaine géante» de 2000 personnes autour de la colonne de la Bastille, puis «briseront symboliquement les chaînes qui entravent encore notre République».

Tiens, parlant d’activisme, le piéton moyen du onzième arrondissement l’aura sans doute remarqué: la grande mode en ce moment consiste à décliner les slogans non plus verticalement sur les murs, mais horizontalement sur le macadam. En témoigne par exemple ce grand pochoir «Désobéissance» aperçu près de la rue de la Roquette (*). Ou ce «Non au licenciement d’Akila» peinturluré sur le bitume devant l’entrée du «Monoprix» en haut de la même rue, place Léon Blum. Ladite Akila est une déléguée syndicale CGT, vendeuse au rayon lingerie de ce supermarché, qui a été mise à pied et placée en garde à vue au commissariat de police après avoir été accusée de vol par sa direction. Le pochoir a été peint sur le macadam par ses camarades en grève réclamant sa réintégration.

C’est assez futé, cette trouvaille de revendiquer sur le macadam plutôt que sur les murs.

385eacbfd776c38a1a375f826f3f28b9.jpgD’abord, le regard du passant, quand il marche en rue, est tout de même naturellement orienté plutôt vers le bas que vers ses côtés. C’est d’autant plus vrai dans une ville sale comme Paris, dont les trottoirs sont encombrés de crottes de chien. Du coup, un slogan est beaucoup plus visible sur le sol que sur les murs. Ce n’est pas pour rien si les publicitaires utilisent de longue date le macadam pour des pochoirs à caractère commercial.

Ensuite, on trouve infiniment moins de messages par terre qu’autour de soi. Dès lors, un pochoir éclatant de blancheur trônant seul en plein milieu d’un trottoir a beaucoup plus de chances d’attirer le regard qu’une énième affiche figurant sur un mur déjà surencombré de messages.

Enfin, qui sait, peut-être les activistes auront-ils moins maille à partir avec les autorités s’ils revendiquent en horizontal plutôt qu’en vertical. Coller une affiche sur un mur, une cabine téléphonique ou la vitrine d’un commerce à louer peut, si les pandores sont mal lunés, relever du vandalisme et de la dégradation. Idem pour un slogan bombé sur une façade ou une palissade. De même, des tracts retrouvés par terre peuvent théoriquement valoir des amendes à leur auteur. Mais de pareilles sanctions peuvent-elles frapper le militant qui appose un pochoir sur un trottoir ou à même le macadam d’une rue? A savoir sur des espaces dont la fonction première est d’être, à longueur de journées, foulés aux pieds et donc quelque part salis, usés, dégradés? Pas sûr.

9db1bdb3518d29f37655e5e81b250cc2.jpgEn tout cas, l’engouement parisien pour les inscriptions par terre a déjà débordé le strict cadre de l’activité militante. Hier soir encore, rue Amelot, on a aperçu des pochoirs promotionnant sur le bitume ce qu’on a compris comme étant un groupe de musique. Et ces dernières semaines, un peu partout en ville, l’on tombe de plus en plus fréquemment sur des messages persos bombés à même le macadam. Du genre «Untel, je t’aime», «Untel est vraiment un mec super», «Bon anniv Unetelle!» ou «Vive Untel, que j'adore!»

Le matin en sortant de chez soi, découvrir subitement son nom écrit en grand sur le trottoir, avec à côté plein de mots doux: cela doit quand même être sympa.

(*) Qui sait ce «Désobéissance» s'adresse-t-il à... Nicolas Sarkozy? Puisque, selon les dires de François Fillon mardi soir, le Président est… «un militant», voire un authentique «rebelle»! En entendant ces propos énamourés du Premier ministre envers le chef de l’Etat, nombre d’authentiques «rebelles», on en connaît, ont dû s’étrangler. Ou, au choix, s’esclaffer.

07/05/2008

Un changement

En 366 jours de présence de Nicolas Sarkozy au palais de l’Elysée, il y a en tout cas une catégorie de Français qui a expérimenté la rupture: les adeptes de la course à pied – pas un si micropublic que cela, puisqu’il rassemble tout de même quelques millions d’âmes. Le changement fut même spectaculaire.

Il y eut d’abord l’âge d’or du sarkozysme: les premiers mois de mandat du nouveau chef d’Etat. A l’époque, toutes les télés de France retransmettaient quasi en boucle les images du Président en train de faire son jogging. On voyait et revoyait cela tellement souvent la télé que le Président avait l’air de s’entraîner à longueur de journées. Il y eut successivement le jogging version capitale avec François Fillon dans les rues de Paris, le jogging version virile avec les gardes du corps aux alentours du Fort de Brégançon, le jogging version plagiste de luxe à Malte entre deux siestes sur le yacht du milliardaire Vincent Bolloré, le jogging version comique à New York en compagnie d’un Bernard Kouchner rubicond et essoufflé, etc., etc. La surexposition médiatique et la surexploitation politique de ce sport étaient telles qu’on déplora vite un dégât collatéral. A l’époque, le footing était si connoté UMP qu’il n’était pas rare que de simples quidams en train de s’adonner à la course pied soient subitement apostrophés par des «Allez Sarkozy!» (ou les variantes: «Plus vite, Sarko!», etc.) lancés par des passants hilares et moqueurs. On n’invente rien. C’est tellement véridique qu’on a personnellement vécu cela plusieurs fois - alors que, physiquement, on n’a pas grand-chose en commun avec le Président ;-). Et on connaît des coureurs à qui est survenue la même mésaventure. C’était tout simplement le dernier cliché à la mode: n’importe quel coureur à pied votait forcément UMP et ne rêvait que de singer l’hôte adoré de l’Elysée.

Cela, c’était il y a quelques mois. Mais cette époque appartient au passé. Avez-vous remarqué? On ne voit plus du tout d’images de Nicolas Sarkozy en train de pratiquer la course à pied – si on ne se trompe pas, le dernier grand footing télévisuel présidentiel remonte à la fin décembre 2007, à Louxor. Du coup, comme par magie, tous les coureurs à pied de France peuvent à nouveau pratiquer leur sport favori en toute quiétude, sans crainte d’être chambrés. Il ne viendrait plus à l’idée de quiconque de héler un coureur avec le nom du Président: la plaisanterie apparaîtrait définitivement datée.

Dimanche, lors d’un long (et sublimement estival) entraînement au Bois de Vincennes, on se réjouissait de cette tranquillité de sportif retrouvée. Entre deux foulées, toutefois, on se disait qu’avec les grands communicants de l’UMP et ce merveilleux athlète résidant à l’Elysée, on ferait mieux de rester sur nos gardes. De fait. On est tombé depuis, avec un peu de retard, sur une opération promotionnelle organisée il y a peu par les Jeunes UMP. Tenez-vous bien… un grand «Footing pour les Réformes» (de splendides photos ici). Du coup, on craint à nouveau le pire.

06/05/2008

Un an

01b15b1ad26d23a39c3b968c35877b54.jpg6 mai 2007-6 mai 2008. Un an. Un an donc, jour pour jour, qu’il a été élu à l’Elysée. Un an déjà qui s’est écoulé depuis ce dimanche soir si mémorable où, avec tous ses copains pipol et show bizz, il a fêté son triomphe populaire au Fouquet’s. Le temps passe décidément si vite. Pour commémorer dignement l’événement, on a évidemment, et avec ravissement, fait un saut à la célèbre brasserie des Champs-Elysées. Pas pour manger (pas sûr que la hiérarchie aurait apprécié la note de frais ;-) Juste pour voir. Et on s’est régalé.

Ne serait-ce que pour sa ligne, s’est-on dit, il devrait vraiment y retourner. En effet, avec les beaux jours, les «Mets forme» ont fait leur apparition sur la carte du plus sarkozyste des grands restaurants de Paris. Et c’est vraiment très appétissant. En entrée, cela donne «minestrone de légumes printaniers et son filet de rouget» (315 calories, 28€) ou «Sot-l’y-laisse en salade, concombre, radis, yoghourt mentholé» (190 calories, 26€). Pour suivre, en plat, on a le choix entre le «Thon à la planche, wok de légumes et écume de carotte» (370 calories, 36€) ou la «Paillarde de veau, bouquetière de légumes» (380 calories, 39€).

Evidemment, point de vue pouvoir d’achat, tout cela n’est pas précisément donné. Si l’on calcule bien, en optant pour l’entrée et le plat les moins chers de ce menu, on en a pour 62€ et 560 calories. Ce qui facture tout de même la moindre petite calorie à la bagatelle de 9€. Mais ces «Mets forme» ne sont vraiment pas chers par rapport à certains plats à la carte: 95€ par exemple la (petite) «assiette de caviar et d’œufs de saumon». Surtout, le Fouquet’s jouit de deux atouts incomparables par rapport aux autres grandes brasseries des Champs.

D’abord, sa clientèle: délicieusement show off. Ainsi hier soir, il y avait l’une ou l’autre très belle Ray Ban, voire quelques ravissantes gourmettes, à mater en terrasse. Ensuite, la possibilité, dans ce restaurant, de dîner à la belle étoile tout en demeurant merveilleusement incognito. En effet, une petite haie de houx et de lierre, discrète mais très efficace, protège impeccablement les convives attablés aux terrasses latérales des regards inquisiteurs de vulgum pecus déambulant sur le trottoir. De la vue de la France d’en bas, pour tout dire.

05/05/2008

Une grande réussite

990a38778ecba3510f484c690d76dfd2.jpgAprès avoir été aisément réélu maire de Paris en mars dernier, Bertrand Delanoë se lance dans sa grande opération de conquête du Parti socialiste, les yeux probablement rivés sur l’élection présidentielle de 2012. Cette semaine, un texte de réflexion dans la perspective du congrès du PS en novembre. Puis un livre d’entretien dans lequel il dévoilera sa vision pour la France. Ensuite une campagne de com’ en béton et une tournée de promo dans tout le pays. Et enfin une journée d’étude fin mai rassemblant tous ses soutiens. La mécanique Delanoë est bien rôdée et, dans les semaines à venir, elle va montrer toute son efficacité.

En même temps, cette machine peut aussi connaître de spectaculaires ratés. Vient d’en témoigner, sur le plan européen, le sort qui a été réservé ces derniers jours par les électeurs aux trois personnalités politiques auxquelles le maire de Paris a ostensiblement apporté son soutien.

Ce fut d’abord, à la mi-avril, Walter Veltroni, longtemps maire de Rome et grand ami du maire de Paris, que ce dernier est venu soutenir dans la dernière ligne droite de sa campagne en tant que leader de la gauche italienne aux élections législatives. Résultat: Veltroni a été battu à plates coutures par Silvio Berlusconi. Ce fut ensuite le ministre italien de la Culture Francesco Rutelli, qui était candidat de la gauche aux municipales de Rome et auquel Bertrand Delanoë a officiellement apporté son soutien. Résultat: lundi dernier,  après vingt ans de gestion de gauche, la mairie de Rome a basculé à droite, tombant même aux mains d’un post-fasciste, Gianni Alemanno. Ce fut enfin, la semaine dernière, Ken Livingstone, le maire travailliste de Londres, qui briguait un troisième mandat et auquel, le dernier week-end d’avril, Bertrand Delanoë avait rendu visite. Résultat: ce week-end, «Ken le Rouge» a été spectaculairement battu par son opposant conservateur.

La diplomatie du maire de Paris affiche donc une grande réussite: trois soutiens, trois déroutes. Bertrand Delanoë n’y est sans doute pas personnellement pour beaucoup. Il n’empêche, ne serait-ce que sur le plan symbolique, son ego et son plan de carrière auraient sans doute espéré autre chose avant de se lancer à son tour dans la bataille.

02/05/2008

Un hommage

C’était hier, en fin de matinée. Un attroupement sur les bords de Seine, au Pont du Carrousel plus précisément. Un endroit d’où l’on a une vue époustouflante sur Paris. D’un côté l’enfilade des quais du Louvre et de la Mégisserie puis la silhouette si élégante du Pont des Arts et le Square galant en proue majestueuse de l’Ile de la Cité, de l’autre côté l’harmonie du jardin des Tuileries puis le fleuve à perte de vue jusqu’à la tour Eiffel. Cadre sublime donc, entaché pourtant à jamais par un drame sinistre dont il fut le théâtre, et que des Parisiens ont commémoré hier matin.

C’était le premier mai 1995. Deux abrutis avinés en goguette sur les quais, retour de la manifestation organisée en l’honneur de Jeanne d’Arc par le  Front national (*), avisent un beur qui traîne dans le coin. Le prennent à partie. L’accablent d’injures racistes. L’empoignent. Puis finissent par le pousser à l’eau. Le jeune Marocain ne sait pas nager. Il coule à pic et se noie. Il s’appelait Brahim Bouarram. Il avait 29 ans. Depuis treize ans, chaque premier jour de mai, les organisations anti-racistes et de défense des droits de l’homme et des étrangers se réunissent sur le Pont du Carrousel pour lui rendre hommage. Depuis 2003, une plaque à sa mémoire a été apposée sur le Pont du Carrousel.

Hier, alors qu’au même moment, quelques dizaines de mètres plus loin, les troupes de Jean-Marie Le Pen paradaient, les orateurs ont dénoncé «la banalisation des thèses du Front national» dans la classe politique. «Le vent mauvais du racisme décomplexé qui souffle sur la société française». La succession effarante de profanations de cimetières et de lieux de culte juifs ou musulmans qui a eu lieu ces dernières semaines. Et, globalement, «le poison raciste qui se répand dans la société» française. Ils ont aussi cité quelques noms figurant sur la longue liste des victimes de crimes racistes ou antisémites en France: Brahim Bouarram donc, mais aussi, la même année 1995, Ibrahim Ali (jeune Comorien abattu par des colleurs d’affiches du FN) et Imed Bouhoud (lui aussi agressé puis noyé, au Havre). Et, plus récemment, le jeune Ilan Halimi (torturé pendant des jours dans une cave en banlieue parisienne, puis que ses agresseurs ont abandonné nu et agonisant le long d’une voie de chemin de fer) ou Chaib Zehaf (abattu de trois balles tirées à bout portant en pleine rue, en banlieue lyonnaise).

Derrière une banderole réclamant «une justice exemplaire» pour les auteurs de crimes racistes, les manifestants sont ensuite descendus le long de la Seine, à l’endroit précis où Brahim Bouarram avait été jeté l’eau. En silence, ils ont lancé des fleurs dans le fleuve, en souvenir de sa mémoire.

En suivant du regard ces roses partant au loin, emportées par le courant, on ne savait pas trop ce qu’il fallait retenir, finalement, de cette cérémonie d’hommage. Le verre à moitié vide ou à moitié plein? Le très petit nombre de manifestants présents pour honorer la mémoire de ce jeune Parisien victime de la haine? Quelques dizaines de personnes tout au plus, une centaine au grand maximum ce qui n’est vraiment rien. Ou le fait que treize ans plus tard, ce drame ne soit toujours pas tombé dans l’oubli? Puisque, d’année en année, chaque premier mai, il se trouve encore et toujours des gens pour venir sur place dénoncer ce crime insupportable ce qui est plutôt bien.

(*) Le parti de Jean-Marie Le Pen, parfois décidément si peu courageux, a toujours démenti que ces deux assassins aient jamais eu le moindre lien avec lui.