05.06.2008
Une misère
Les misères de la pub dans le métro de Paris, suite – et sans doute pas fin: on pourrait chaque jour ou presque écrire sur le sujet, tant le niveau moyen des campagnes est désolant. Ainsi, en ce moment, les voyageurs sont gratifiés d’une pub déshabillée (été oblige, sans doute) pour une grande chaîne de magasins de matériel informatique, le modèle étant montré quasiment nu mais ayant gardé sur lui «l’essentiel», à savoir tout son attirail de geek. Moche mannequin, moche tête, moche regard, moche corps, moche peau, moche photo, moches couleurs, moche mise en scène, moche slogan: quand on n’aperçoit qu'occasionnellement une moche affiche publicitaire, par hasard au détour d’un quai de métro, cela passe encore. On lève à peine les yeux au ciel et on passe son chemin. Mais quand, comme ici, des couloirs entiers du métro, sur tout leur long et à raison d’innombrables stations, sont tapissés d’une campagne aussi moche, on commence à sympathiser avec les «Déboulonneurs»: ces activistes qui, à Paris surtout mais en province aussi, militent ardemment contre l’agression publicitaire des usagers des espaces publics.
On subissait cela stoïquement l’autre soir – spectateur captif de toutes ces pubs, au gré des attentes du métro. Puis, station «Châtelet», on tombait sur un panneau publicitaire lui vraiment bien. Un panneau… complètement vide. Sans doute une erreur commise par la régie de la RATP dans le planning de réservation des espaces avait-elle momentanément laissé ce panneau sans aucune affiche. Du coup, l’espace avait été envahi par des centaines de tags et de grafs de toutes les couleurs. C’était très joli. On aurait dit de l’art moderne comme on l’aime: du Pollock ou du Twombly.
Si on devenait un jour le grand patron de la RATP, se disait-on dans la foulée – hypothèse hautement improbable et donc, on en convient, éminemment confortable –, on réserverait un panneau publicitaire de chaque station de métro à une œuvre d’art. On y afficherait en très grand format du Soulages, du Debré, du Schneider, du Rothko, du Hartung, du de Staël, et tout cela. Entre toutes ces pubs commerciales souvent si criardes et vulgaires, ces grandes toiles illumineraient le regard et aéreraient l’esprit. Un peu comme, sur France 2, les courts programmes «D’art d’art» (souvent bien faits, mais toujours trop courts et pas assez nombreux) éclairent les interminables tunnels de pub. Pourquoi ferait-on de la sensibilisation à l’art à la télé de service public et pas dans l’espace public que constitue le réseau de métro?
Ce serait d’autant plus nécessaire que le métro parisien manque cruellement d’œuvres d’art. Même dans le métro de Bruxelles, pour le souvenir qu’on en a gardé, il y en a davantage.
Il y a bien la station «Arts et Métiers» qui, toute en plaques de cuivre, est à elle seule une œuvre d’art (conçue soit dit en passant par un Belge: le dessinateur de bande dessinée François Schuiten). Il y a aussi les mosaïques de la Déclaration des droits de l’homme à «Concorde». Les autographes d’écrivains célèbres du Quartier latin sculptés sur la voûte de «Cluny La Sorbonne». Les moulages du Musée du Louvre à «Louvre Rivoli» et les sculptures de Rodin à «Varenne». Il y a aussi les boules de Noël de Jean-Michel Othoniel à «Palais Royal». Et, depuis plus récemment, la grande verrière bleutée installée à «Bir Hakeim» par l’artiste américaine Judy Ledgerwood. Au total cela fait à tout casser une dizaine de stations qui sont dédiées à l’art, pour un réseau qui en compte quelque 380 et est utilisé chaque jour par environ 5 millions d’utilisateurs. Une misère, ici aussi, donc.
10:15 Publié dans Dans le viseur | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : Métro, Paris, Publicité, Arts, Transports, Belgique, Télévision




Commentaires
La même enseigne du mannequin avait à une époque des pubs criardes de rouge... Mettez ca sur du 4 par 3, coté droit et gauche d'un interminable tunnel genre Place d'Italie entre le métro 6 et la sortie ...
Dur Dur ...
Écrit par : sylvain | 05.06.2008
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