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30/06/2008

Un bateau

7e855fb063ab91a9e82560e37fc47fea.jpgMême pas encore au mois de juillet, mais un air tellement estival sur la capitale que, déjà, de furieuses envies de grand bleu et d’embruns. A Paris, on se consolera comme on peut. Par exemple, en voguant à bord du «Voguéo», le nouveau métro fluvial inauguré ce week-end.

 

Pendant deux ans, à titre expérimental, il reliera la capitale (gare d’Austerlitz, Bercy et Grande bibliothèque) aux villes d’Ivry et de Maisons-Alfort, en banlieue. Quatre catamarans vert et bleu, flambants neufs, de 75 places chacun. Accessibles notamment avec le pass «Navigo», qui n’aura jamais aussi bien mérité son nom. Cinq escales et des navettes toutes les 20 minutes aux heures de pointe.  Oh… pas de quoi attraper le mal de mer. Et, au contraire, tout le temps d’admirer le panorama. Dans un premier temps, en effet, la vitesse de ces catamarans sera limitée à 12km/h.

 

Il n’empêche. Elles sont bien symboliques, cette navettes fluviales et derrière elle la tentative de Paris d’enfin se réapproprier la Seine à des fins de déplacements urbains – au-delà du si cher et touristique «Batobus» Pour preuve, le premier lundi d’utilisation de ce métro fluvial survient alors que, sur les routes, l’ensemble de la Région parisienne est une fois de plus aujourd’hui complètement saturée et donc totalement polluée, les opérations de blocage des transporteurs routiers en colère venant s’ajouter à la congestion automobile habituelle. Combien d’automobilistes parisiens coincés dans les embouteillages n’auraient-ils pas préféré contempler les flots et respirer l’air du grand large?

27/06/2008

Un tableau

8d40d66f805dec79a117a7d147f2fca5.jpgUn peu d’art, pour terminer la semaine en beauté – on n’a jamais assez d’art dans la vie. C'est un tableau. Cela s’appelle «La Grande Vallée IV». C’est le clou (enfin, selon nous) du nouvel accrochage, inauguré mercredi, de la galerie du Musée national d’art moderne (au Centre George Pompidou, place Beaubourg) consacrée aux grands formats de l’abstraction gestuelle.

C’est une œuvre tardive de la peintre américaine Joan Mitchell (1926-1992). Une personnalité fascinante; elle épousa Barney Rosset, l’éditeur du légendaire «Tropique du Cancer» d’Henry Miller,  vécut la moitié de sa vie à Paris puis à Vétheuil, le village où peignit Monet, devint une des rares femmes à émerger dans le courant de la peinture abstraite. C’est un tableau immense, magnifiquement expressif,  mouvementé et furieux. Avec des bleus et des verts d’une saisissante intensité, des jaunes qui rappellent Van Gogh.

Il est entouré de tas d’autres oeuvres intéressantes – car ce Musée dispose décidément d’une collection sublime. Perché en haut de Beaubourg, il offre évidemment aussi une des plus belles vues qui soient sur Paris: cela fait des années qu’on la connaît et on ne s’en lasse jamais. Allez-y sans trop tarder, admirer Mitchell et tant d’autres peintres. Il y a du monde à Beaubourg en ce moment mais, l’afflux touristique n’étant pas encore maximal à Paris, c’est encore supportable - en août,  ce ne le sera plus.

26/06/2008

Une menace

On risque d’être pris pour un ratophobe, mais il faut bien y revenir à nouveau. Dès aujourd’hui, en effet, les Parisiens risquent d’en voir, des rongeurs. Et, comme les rats, les odeurs vont être à la fête dans les rues de la capitale. Car les 7000 éboueurs de la ville entament ce jeudi une grève reconductible et illimitée. La collecte des déchets et le nettoyage des rues risquent donc de s’en trouver très grandement perturbés.

A l’origine de ce mouvement de grogne, la décision que va bientôt prendre le maire de Paris de privatiser encore un peu plus la collecte des ordures. En étendant à quatre arrondissements supplémentaires le système mixte déjà à l’œuvre dans huit arrondissements: les camions et les chauffeurs dépendent d’une entreprise privée, mais les éboueurs ont le statut d’employés municipaux.

Les grévistes, qui ont le soutien des alliés verts et communistes de Bertrand Delanoë, assurent que si cette privatisation est votée, la qualité générale du service rendu aux Parisiens va se dégrader (*), notamment à cause des impératifs de rentabilité inhérents au privé. La mairie, elle, promet au contraire une plus grande efficacité dans la collecte des ordures et le nettoyage des rues (*).

En attendant, c’est la menace de ressembler bientôt à Naples qui plane à partir d’aujourd’hui sur Paris. On s’en souvient bien: en 2003, deux semaines de grève des éboueurs avaient été un cauchemar olfactif et sanitaire pour les Parisiens. Mais encore à l'époque était-on au printemps. Cinq ans plus tard, on n’ose imaginer l’effet d’une même grève mais au début de l’été cette fois, alors que la température ici dépasse allègrement les 25 degrés. Et alors que, avec la belle saison, les touristes étrangers par milliers débarquent chaque jour dans la capitale – bienvenue dans la plus belle ville du monde.

(*) Mais, en termes de propreté, la situation à Paris peut-elle vraiment être encore pire que maintenant? Franchement, on ne voit pas.

25/06/2008

Une parodie

On avait parlé dernièrement (ici) de cet hallucinant et si controversé clip musical de “Stress”, le tube du groupe électro-rock français “Justice”, réalisé par Romain Gavras, le fils du grand réalisateur Costa Gavras. L’affaire est désormais devant les  tribunaux, qui devront déterminer si, oui ou non, ce clip véhicule un message raciste, caricatural et stigmatisant sur les habitants de la banlieue.

 

En attendant, le fameux clip a déjà été détourné. Une parodie (voir ci-dessous), baptisée “Justesse, No stress” a été réalisée, et va sans doute autant faire fureur que le vrai clip sur internet. Elle montre des voyous, de pacotille cette fois, qui tentent à leur tour de terroriser la ville. Ils jouent à saute-mouton par dessus des poubelles, lisent des bandes dessinées, effraient les pigeons, jouent au Uno, ne parviennent même pas à voler une voiture car ils n’ont pas le permis de conduire, réussissent vaguement à faire sauter un pétard mais échouent à enflammer un cocktail-molotov.

 

C’est assez bien fait (par des gens issus de la pub) et même plutôt drôle. Le clip est présenté comme signé par un certain... Charles Villeneuve. C'est évidemment un canular et c'est assez farce, s'agissant de l’ex et si viril journaliste de TF1 à l’origine de tant et tant de reportages terrorisants sur la banlieue.

 

 

24/06/2008

Une plaie (encore)

Deux millions de rats – autant que d’habitants – à Paris, rappelait-on l’autre jour (ici). Le fléau frappe même les plus beaux quartiers. Et il peut être à l’origine de mouvements sociaux.

Ainsi ce week-end, dans le très chic sixième arrondissement, les indésirables rongeurs ont motivé un arrêt de travail. Les employés du McDonald’s de la rue de Rennes – le troisième plus grand McDo de la région parisienne après celui de Disneyland et celui des Champs – ont cessé le travail samedi. Ils ont manifesté devant les portes du restaurant pour dissuader les clients d’y entrer vu les «conditions d’hygiène déplorables» y régnant. Et ont distribué des tracts disant «Stop aux cafards et aux souris». La direction de l’établissement a reconnu être confrontée en ce moment à «une recrudescence des nuisibles rue de Rennes». Et a assuré avoir fait renforcer les traitements et contrôles sanitaires. Les grévistes – qui comme leurs collègues du McDo de Tolbiac (dans le treizième) réclament aussi  «des conditions de travail respectables» en termes de carrière et de salaire – ont été tellement peu convaincus par ces explications qu’ils se croiseront probablement à nouveau les bras samedi prochain.  

Ils racontent notamment qu’il leur arrive de trouver des cafards dans les machines à boissons et des souris en train de grignoter des hamburgers. Cela donne envie.

23/06/2008

Un coup de chaud

3dda2b81ead61538169cf079622d5a3f.jpgLes humains finalement, les jours de forte chaleur, ne sont-ils guère plus évolués que les animaux, qu’excite l’imminence de l’orage? On est en droit de se poser la question au vu du bilan de ce week-end parisien de moiteur et de sauvagerie.

 

Vendredi soir, des dizaines de casseurs se sont mêlés à quelques milliers de lycéens qui fêtaient la fin du bac au Champ de Mars, puis ont transformé celui-ci en champ de bataille avec les forces de l’ordre, avant d’aller casser des vitrines et vandaliser des boutiques dans le quinzième. Le lendemain, dans le quartier des Buttes Chaumont, un gamin de 17 ans a été passé à tabac par des voyous, vraisemblablement parce qu’il portait une kippa -  ce matin encore, il est entre la vie et la mort. Le même soir, la Fête de la musique à Paris a donné lieu à près d’une centaine d’interpellations d’abrutis avinés. Dimanche, enfin, les sans-papiers du Centre de rétention de Vincennes sont entrés en révolte, pour protester notamment contre la mort la veille de l’un d’entre-eux. Une vingtaine de personnes ont été blessées dans l’incendie des bâtiments du centre, que les flammes ont complètement dévasté.

 

Cela commence fort à Paris, l’été.

20/06/2008

Un masque?

C’est de plus en plus tendance en ce moment dans les rues de Paris. C’est visiblement le dernier accessoire à la mode parmi les cyclistes. Hier soir encore, dans les heures de pointe, on en a croisé plusieurs qui arboraient cela. Un masque pour se protéger de la pollution atmosphérique et automobile. Un petit masque blanc qui rappelle un peu l’hôpital, en tissu ou en carton léger, accroché avec deux cordons passant derrières les oreilles.

 

Jusqu’à il y a peu, c’était assez rare de croiser des cyclistes masqués dans les rues de Paris, A présent, c’est devenu très fréquent. Jusqu’à hier, on se demandait si ces cyclistes flippés et/ou délicats des bronches n’exagéraient tout de même pas un peu. Ou s’il n’y avait pas un peu de frime là-dessous. Non pas qu’on prenne pour argent comptant les discours lénifiants de Bertrand Delanoë selon lesquels l’air est merveilleusement respirable à Paris. Mais tout de même, hormis à certains endroits et à certains moments précis de la journée, le niveau général de pollution de cette ville justifie-t-il un accoutrement aussi dramatisant?

 

La réponse est oui. C’est en tout cas ce qu’on s’est dit à la lecture du communiqué alarmant diffusé hier par l’Institut de veille sanitaire, et bizarrement complètement passé inaperçu.

 

En effet, cet organisme officiel a établi pour la première fois en France l’existence d’un lien épidémiologique indéniable entre le niveau de particules présent dans l’air ambiant et le risque de mortalité induit pour les gens qui respirent cette atmosphère. La grande étude qu’il a menée pendant quatre ans auprès de 11 millions d’habitants de neuf villes de l’Hexagone, dont Paris, «confirme que pour les niveaux de pollution atmosphérique couramment rencontrés en milieu urbain, la qualité de l’air présente une menace pour la santé des populations».

 

Evidemment, on pouvait déjà s’en douter. Mais maintenant, c’est clair et scientifiquement attesté. Ce sont les cyclistes masqués depuis des années, malgré tant de regards narquois des passants, qui doivent jubiler.

19/06/2008

Une étoile

620cee73eef70ca9a08f353f5e8777c5.jpgRévolution (de velours, comme il se doit) dans le monde feutré des palaces. La nouvelle ne concernera sans doute que peu de lecteurs de ce blog, dans leur vie quotidienne. Car qui donc de normalement constitué peut se permettre de passer la nuit dans une chambre d’hôtel à 730 euros (le premier prix au «Ritz» de Paris: on a vérifié ce matin)? Mais enfin, on la donne quand même. Les palaces de France vont enfin avoir leur cinquième étoile: le ministre français du Tourisme l’a confirmé hier.

 

Jusqu’à présent, l’Hexagone faisait exception dans le paysage touristique international. En effet, la limite la plus haute du classement hôtelier y est fixée à «4 étoiles luxe», alors que dans la plupart des pays, elle est de 5 étoiles. Cette incongruité explique pourquoi un Sofitel à Bangkok est cinq fois étoilé alors que le même à Paris ne l’est pas. Les touristes étrangers s’y perdaient; on va donc remédier à cela et du coup rendre l’offre hôtelière hexagonale plus lisible.

 

Autre décision, concernant quantitativement plus de monde, annoncée aux Assises nationales du tourisme, qui se déroulent en ce moment à Paris: un fonds d'investissement doté de 8 milliards d’euros va être mis en place pour la rénovation des hôtels en France. Ce n’est pas du luxe, au propre comme au figuré. En effet, sur 18.000 hôtels classés que compte ce pays, 5.000 sont considérés comme vétustes. Ces établissements sont pour l’essentiel situés dans les zones les moins touristiques du pays, et leur construction remonte pour la plupart aux années 80. C’est d’ailleurs de cette époque (1986, pour être précis) que date le système de classification hôtelière en vigueur en France. C’est la raison pour laquelle lui aussi va être remis au goût du jour. Certains critères, en effet, sont complètement dépassés. Ainsi, le fait par exemple d’avoir une cabine téléphonique dans le hall de l’hôtel est pris en compte pour l’attribution de la deuxième étoile. A l’heure du portable et du Wifi, c’est un brin désuet.

 

Tiens, parlant tourisme, les résultats d’une étude à nouveau catastrophiques pour la France sont tombés dernièrement. Menée par un grand nom du voyage en ligne, elle a porté sur les habitudes et les comportements des voyageurs en vacances. Quelque 4.000 hôteliers dans le monde entier ont été interrogés sur la nationalité des touristes qu’ils préfèrent, en fonction de critères comme le savoir-vivre, la politesse, la connaissance des langues étrangères ou la curiosité pour la vie locale. Comme en 2007, les Français terminent bons derniers du classement européen. Parce qu’ils passent leurs journées à se plaindre, parce que la politesse leur fait souvent défaut, ou parce que ce sont les plus réfractaires aux langues étrangères.

18/06/2008

Un appel

L’«appel du 18 juin», tout le monde connaît: l’appel radio lancé depuis Londres par le général de Gaulle le 18 juin 1940, il y a donc aujourd’hui 68 ans jour pour jour, invitant ses compatriotes à rejoindre les forces de «la France libre». L’«appel du 18 joint», en revanche, on connaît moins, à l’étranger en tout cas. Beaucoup moins consensuel, il n’en est pas moins fêté chaque année le 18 juin en France.

Lancé en 1976 par le journal «Libération», cet appel réclame «la dépénalisation totale du cannabis, de son usage, sa possession, sa culture (autoproduction) ou son introduction sur le territoire français en quantité de consommation courante». Il prône aussi l’ouverture de centres d'information sur les substances psychotropes. Très populaire à l’époque, cet appel a été signé par une kyrielle de personnalités: par des intellectuels (Gilles Deleuze, Philippe Sollers, etc.), par des artistes (Bernadette Laffont, Bertrand Tavernier, Isabelle Huppert, Maxime Le Forestier, Bulle Ogier, etc.), mais aussi par des politiques, parmi lesquels un certain… Bernard Kouchner.

Une trentaine d’années après avoir signé cet appel, le même Bernard Kouchner n’en est pas moins devenu le meilleur ami du monde d’un certain Nicolas Sarkozy, qui a de tous temps été un grand pourfendeur du cannabis. Pour le chef de l’Etat, «il n’existe pas de distinction entre drogues douces et drogues dures: il n’y a que des drogues interdites, et toutes les drogues sont néfastes».

Désireux de «redonner une valeur à l’interdit», le Président favorise l’imposition systématique de sanctions aux fumeurs de joints. Très longtemps, la loi de 1970 sur les stupéfiants n’a pas été appliquée. Elle promet théoriquement un an de prison et 3750 euros d’amende aux usagers de cannabis mais, dans les faits, ceux-ci (les mineurs, en tout cas) n’héritaient la plupart du temps que d’un rappel à la loi et d’un avertissement. Mais en 2007, la loi a été durcie. Désormais, une sanction peut être infligée à tout fumeur dès l’âge de 13 ans pris en flagrant délit. Ces sanctions peuvent être assorties de stages payants de sensibilisation aux dangers du cannabis.

Tout cela n’empêchera sans doute pas les effluves prohibés de parfumer l’air de Paris aujourd’hui, dès la fin de l’après-midi. En effet, chaque 18 juin, les promoteurs de l’«appel du 18 joint» ont pris l’habitude de convier «les amateurs de petite fumette à se réunir sur les pelouses du parc de La Villette pour partager des idées, des pétards et demander l'abrogation de la loi de 1970». Il va y avoir de la maréchaussée dans les parages…

17/06/2008

Une armée, ou l’autre

2e6287e2378d34b813427bc221f191dc.jpgL’armée française au régime. Nicolas Sarkozy l’annonce ce matin: 54.000 emplois en moins, 50 régiments supprimés, des bases aériennes fermées, moins de chars, des dizaines d’avions, d’hélicos et de camions datant de Mathusalem envoyés à la casse, etc. L’objectif est de faire mieux avec moins d’argent, d’avoir une armée moins pléthorique (moins mexicaine?) mais mieux équipée.

Le seul poste militaire qui verra son budget s’accroître dans les années à venir sera celui du renseignement: les satellites espions, les centres d’écoute ultra perfectionnés, et tout cela. «Ouais, c’est cela: on va donner de grandes oreilles à notre armée, mais on va lui couper les bras et les jambes», grommelait un commentateur particulièrement bougon, à la radio ce matin.

A Boboland, en tout cas, c’est une autre armée qui est en train de se déployer, en ce moment. Ces derniers jours, les murs du onzième arrondissement sont envahis par un régiment d’armes nouvelles et menaçantes. Il y a le chou vert dont le cœur cache une mine hérissée de picots menaçants. Il y a la marguerite dont les pétales sont autant de revolvers. Il y a l’arum dont le pistil ressemble à un missile. Il y a la rose protégée d’une couronne de barbelés d’épines. Etc.

b4fc057c40e45c93154c946452ea3532.jpgCes créatures étranges sont l’œuvre d’un jeune graphiste parisien, un certain Ludo, qui est manifestement un peu perturbé par le devenir de la planète. Avec cette série de dessins muraux intitulée «Nature’s Revenge», il interroge le passant sur la morphologie qu’adopterait le monde végétal s’il devait un jour réagir et se défendre contre les errances technologiques d’une modernité si peu respectueuse de l’environnement. Ses armes végétales perturbent le regard. Vues de loin, elles semblent complètement anodines. Plus on se rapproche, plus on sent que quelque chose, dans leur physionomie, ne va pas. Quand on se retrouve nez à nez avec elles, le détail dérangeant saute aux yeux et l’on ne voit plus que cela. Un univers morbide et obsessionnel. Sinistre, lugubre voire glaçant les jours gris ou les soirs de pluie.

16/06/2008

Une idée

024811b4e329a650a78569235ddbff19.jpgLe bac commence aujourd’hui, avec l’épreuve de philo ce matin. Pour les très exactement 615.625 candidats bacheliers de cette édition 2008, les jours et les semaines à venir seront synonymes de stress.

 

Dans la foulée de la note de vendredi, ces deux chiffres: en France, 14,3% des enfants de 3 à 17 ans sont en surpoids et 3,5% souffrent d’obésité. Un des plus grands chefs français, le multi-étoilé Alain Ducasse, vient de lancer une idée originale. Son objectif est de mettre le bac à contribution dans la lutte contre les kilos en trop et pour la sensibilisation aux réflexes de bonne alimentation dès le plus jeune âge. Concrètement, les élèves partenaires de ce projet se verraient proposer de signer un contrat santé. Celui-ci jouerait sur deux ans. A l’issue de cette période, si ces candidats bacheliers sont parvenus à maintenir leur poids en équilibre, ils gagneraient  des points supplémentaires au bac.

 

Le grand chef va soumettre sa petite idée aux ministères de la Santé et de l’Education. Ce dernier, en attendant, a fait distribuer ce matin une barre chocolatée au quelque demi-million de candidats bacheliers planchant sur la philo, histoire de leur fournir un peu d’énergie nécessaire mais aussi beaucoup de glucides supplémentaires.

13/06/2008

Une aggravation

Les chiffres sont tombés cette semaine, et ils sont encore plus mauvais que ce qu’on redoutait. Ils émanent d’une vaste enquête médicale menée entre 2005 à 2007 auprès de 4.800 Français âgés de 35 à 74 ans, résidant dans les régions de Lille, Toulouse et Strasbourg. Et ces données le confirment sans le moindre doute: les Français sont trop gros. Et d’année en année, ils prennent de plus en plus de poids. En France, selon cette enquête scientifique, 67% des hommes et 50% des femmes sont en surcharge pondérale. Ce sont des chiffres beaucoup plus alarmants que tout ce qu’on avait imaginé jusqu’à présent. Les précédentes études, en effet, évaluaient à 30% environ la population française en surpoids. Elles chiffraient aussi à quelque 17% la prévalence de l’obésité chez les adultes. Les données publiées cette semaine rehaussent ce chiffre à 20%.

Cela dit, quand on voit ce que les Français mangent, ces chiffres n’ont rien d’étonnant. Deux illustrations.

Selon des données du ministère de l’Agriculture dévoilées récemment, entre 1997 et 2005 en France, les achats de fruits frais ont reculé de 12% et ceux de légumes de 14%. Les Français ne mangent plus en moyenne que 340 grammes de fruits et légumes frais par jour, soit même pas la dose quotidienne de 400 grammes recommandée par l’Organisation mondiale de la santé. Pour justifier leur faible consommation de fruits et légumes, les Français évoquent souvent le prix prohibitif de ces produits. C’est en partie vrai. Sur un an, les prix des fraises, des kiwis, des pommes, des asperges ou des endives ont augmenté respectivement de 4,6%, 35,7%, 5,7%, 13% et 15,7%. Mais, dans le même temps, le prix d’autres produits frais ont baissé: les carottes (-5,8%), les concombres (-15,3%) ou les tomates (-5,6%). Et, comme le rappelait l’autre jour une professionnelle du secteur, le produit le plus cher n’est pas toujours celui qu’on croit: «Avec un kilo de cerises à 5 euros, vous avez un dessert pour cinq ou six personnes. C’est moins cher que la majorité des produits de l’industrie agroalimentaire» - qui eux sont en majorité trop gras et trop sucrés.

En outre, en rue, les tentations de malbouffe se multiplient. Dans n’importe quelle grande ville de n’importe quel grand pays du monde, ou presque, vous trouverez sans trop de difficultés des pommes, des bananes ou des produits laitiers dans les distributeurs automatiques installés sur la voie publique. En France, en revanche, la plupart de ces distributeurs ne proposent encore que des friandises ou des boissons qui toutes font invariablement grossir. Jusqu’à la caricature. Il y a quelques mois (relire ici), des distributeurs automatiques de frites ont vu le jour dans le Nord-Pas de Calais et dans certaines stations balnéaires du Languedoc-Roussillon. A présent, c’est un autre type de distributeur qui semble faire fureur, en banlieue parisienne cette fois. On en trouve déjà à Levallois-Perret (Hauts de Seine) et à Aubergenville (Yvelines). Et on en trouvera demain à Bagneux et à La Garenne-Colombes (Hauts de Seine). Des distributeurs à… pizzas! Ces automates sont baptisés «Pizza’Lib», comme «Vélib’». Et ils préparent des pizzas en en 3 minutes, 7 jours sur 7 et 24 heures sur 24.

Bienvenue au pays de la grande gastronomie.

12/06/2008

Une promenade

f28889150633335f3d1986f6bc4548ce.jpgLa tribu des skateurs de Paris est aux anges – tribu très nombreuse soit dit en passant, alors qu’on a l’impression que le roller (grande mode parisienne du début des années 2000) marque un peu le pas. Aux anges, car «Skate or Die» est sorti hier en salles. Ce film d’action narre les tribulations de deux skateurs qui sont un jour les témoins involontaires d’un homicide, et qui, du coup, sont pris en chasse dans Paris par les assassins. La course-poursuite en skate dans la ville est, paraît-il, époustouflante, et les cascades impressionnantes. Les deux rôles principaux sont tenus par deux skateurs parisiens qui ont tenté leur chance à un casting et ont été choisis alors qu’ils n’avaient aucune expérience cinématographique – mais visiblement beaucoup de talent en planche à roulettes.

C’est l’occasion ou jamais, si vous avez le temps ou l’envie de vous octroyer une petite pause détente, de visionner (ci-dessous) un film amateur dénommé «Parisien», qui connaît depuis quelques mois son petit succès sur le net, où il a déjà été vu par plus de 170.000 personnes. Ce court-métrage montre un skateur élégant (look plus trentenaire BHL qu’ado baggy) en train de déambuler en skate dans les rues de Paris, lors d’une promenade qui le conduit des grands boulevards jusqu’à Montmartre en passant par les Halles, les Champs, le musée d’Orsay, le Trocadéro, le Louvre ou le Palais Royal – et même le métro.

L’escapade urbaine, joliment filmée, a une gentille bluette en fond musical, qui adoucit agréablement le vacarme de la planche sur le macadam – qu'on a toujours rangé parmi les bruits urbains les plus agressifs. Le film rappelle surtout combien, même et y compris filmé au ras du bitume et à hauteur des pots d’échappement, Paris est une ville qui a énormément de charme.

 

 

 


PARISien
envoyé par prospective

11/06/2008

Une énigme

98a9ed61c4d51decf69e52945b4ed77e.jpg«Remontons les siècles. Cherchez l'origine d'avant et vous obtiendrez les quatre éléments qui composent l'endroit où la pensée d'Empédocle s'est possiblement arrêtée. Quel est le nom de cet endroit?»

 

Ce salmigondis n’a pas surgi de notre cerveau mal réveillé. C’est l’énoncé de la très officielle énigme qui vient d’être dévoilée par la mairie de Paris. Cette énigme sert de préambule à la troisième grande chasse au trésor qui se déroulera début juillet dans la capitale. Trouver la réponse à cette question obscure donne la possibilité de gagner une nuit d’hôtel à Paris le 5 juillet prochain.

 

Ce jour, comme chaque été, la chasse au trésor réunira des milliers de participants dans la capitale – 15.000 l’an dernier. Seuls ou par équipe, ces aventuriers urbains, dont beaucoup de touristes étrangers de passage ici, arpenteront pendant toute une journée le Paris «mystérieux et envoûtant» (bigre) à la recherche d’indices leur permettant de mettre la main sur le fameux trésor. L’aventure se déroulera majoritairement dans «des lieux insolites souvent méconnus: jardins cachés, ruelles étroites ou autres passages secrets». Ce sera l’occasion pour les participants à la fois de découvrir un Paris (un peu) hors des sentiers battus (*) et, tout en cherchant à se faire aider pour trouver les indices, de faire connaissance avec les Parisiens: «commerçants, artisans, artistes ou associations de quartiers». C’est d’ailleurs l’objectif affiché de ce «tourisme participatif et interactif».

 

La mairie aurait dû, dans cette liste d’interlocuteurs, ranger les concierges, gardiens et gardiennes d’immeubles. En effet, ce sont des auxiliaires indispensables à toute chasse au trésor digne de ce nom. Ce sont aussi de valeureuses mémoires vivantes de Paris qui d’année en année, hélas, tendent à disparaître, les digicodes remplaçant de plus en plus souvent les concierges arrivés à la retraite.

4a4f3832688b97220cfca3ed532653be.jpgPas toujours d’un abord très commode, les concierges parisiens: on prévient charitablement les futurs chasseurs non parisiens. Le plus souvent charmants en fait, quand on les connaît bien. Mais aussi et surtout défenseurs très consciencieux de leurs domaines, auxquels dès lors les intrus ne peuvent espérer avoir accès qu’à force de patience, de persuasion et d’amabilités. A la maison, on le vit chaque été, à chaque chasse au trésor, et c’est toujours assez drôle: la vieille gardienne (au compteur plus de 40 ans de bons et loyaux services) passe sa journée complètement affolée à courir après d’innocents chercheurs de trésor invariablement pris pour «des voleurs»

(*) Parcours intégralement accessible aux personnes à mobilité réduite: un bon point pour la mairie.

10/06/2008

Une clameur

C’était hier soir, en plein centre de Paris. A un moment, une énorme clameur a retenti. S’est échappée des fenêtres des appartements, le plus souvent ouvertes vu le beau temps. Et s’est répandue de rue en rue. On se disait bien que cela devait être lié au foot. Mais on ne comprenait pas trop le tumulte vu qu’à cette heure, si on avait bien saisi, la France avait déjà achevé depuis belle lurette son mauvais match. On s’est mis la radio à l’oreillette, histoire ne serait-ce que de ne pas mourir idiot si on était écrasé par une voiture en traversant au prochain carrefour. Et on a découvert que la dite ovation avait salué en fait la victoire des Pays-Bas.

 

Mais les gens exultant hier soir dans Paris étaient trop nombreux pour être des touristes hollandais. C’est donc plutôt la défaite de l’Italie qui, à ce moment, était applaudie par les Français. L’Italie, ce maudit pays qui, il n’y a pas si longtemps, priva l’Hexagone de la Coupe du Monde. Et plongea la France dans un mémorable psychodrame national avec l’épisode du coup de boule de Zidane. Sportivement, a-t-on déduit, un peu déçu, de cette clameur, le peuple de France est décidément très rancunier et pas très fair-play.

 

Il est très prudent aussi – limite timoré, pour le coup. Cela saute aux yeux quand on se promène les soirs de match dans Paris. Lors de la Coupe du Monde, la plupart des bistrots de la capitale avaient décoré leurs vitrines avec des scènes ou des joueurs de foot, des grands écrans avaient été installés un peu partout, et les drapeaux tricolores étaient omniprésents. Hier soir, en revanche, peu de monde, peu d’ambiance et encore moins de drapeaux. Les Français, dont tous les sondages indiquent qu’ils ont en ce moment le moral au plancher, ont l’air d’être très pessimistes en ce qui concerne le football également.

 

Ce qui n’empêche qu’ils refont les matchs en boucle et à longueur de journées. C’est devenu une grande spécialité française, la solution de facilité journalistique par excellence: donner la parole au public, qui est invité à commenter après coup le match du jour ou de la veille. Cela s’appelle l’interactivité entre les médias et l’opinion. C’est la grande mode. Le matin par exemple, dans les tranches d'info à la radio, il n'y a quasiment plus que cela.

 

En termes informatifs, évidemment, cela n’a strictement aucun intérêt d’entendre M. Machin jouer au sélectionneur, M. Trucmuche se croire entraîneur et Mme Michu noter les joueurs. C’est même souvent insupportable. Il n’y a rien de plus fatigant que ces donneurs de leçons qui utilisent le «On» («On aurait dû…», «On n’a pas eu de chance… », «On a été gêné par la chaleur…», etc.), qui savent toujours tout mieux que tout le monde, qui sont si prompts aux lazzis. Alors que le seul exploit de ces sportifs de canapé a été de se goinfrer de bières et de chips devant leur télé.

09/06/2008

Un progrès

23ec25235b1c2aab85b796c79578eab2.jpgPas plus qu’une hirondelle ne fait le printemps, un bon sondage n’assure pas forcément une popularité sur le long terme. Il n’empêche, l’enquête d’opinion parue dimanche à propos de Carla Bruni marque un spectaculaire progrès dans sa perception par le public français.

 

Au début de son idylle avec Nicolas Sarkozy, les Français étaient extrêmement réservés sur la personnalité de l’ex-mannequin. Même et y compris après son mariage, l’opinion s’interrogeait. Ainsi, selon une enquête Opinion Way effectuée après la visite d’Etat du couple Sarkozy au Royaume Uni, les sondés applaudissant Carla Bruni (40%) restaient moins nombreux que ceux refusant de se prononcer sur la question de savoir si elle représentait bien ou mal la France à l’étranger (45%). Et 15% des personnes interrogées (ce qui n’est tout de même pas rien) répondaient par la négative à cette question.

 

Dimanche, renversement complet de tendance. Selon Ifop, près de sept Français sur dix (68%) sont satisfaits de Carla Bruni comme première Dame de France. 64% trouvent qu’elle représente bien la France à l’étranger, 60% qu’elle renouvelle le rôle de Première Dame, et 52% qu’elle a une influence positive sur le chef de l’Etat.

 

Malgré des débuts très laborieux, Carla Bruni a donc incontestablement réussi son entrée en politique.

10:55 Publié dans Dans le vent | Lien permanent | Commentaires (7) | Tags : Bruni, Sarkozy

06/06/2008

Une légende

Une légende de la culture française, qui d’habitude fuit les médias, sort de son silence. Et, malgré ses quelque 85 printemps, se jette avec une énergie juvénile dans la polémique musicale la plus virulente du moment. Et c’est assez réjouissant.

Cette légende, c’est Chris Marker. Le nom de ce cinéaste (mais aussi vidéaste, écrivain, éditeur, photographe, documentariste, grand voyageur, etc.: un talent multiforme donc) ne dit aujourd’hui plus grand-chose à grand monde en France, a fortiori auprès des jeunes générations. A l’étranger, pourtant, son nom est vénéré – on connaît même un bar dans les bas fonds de Tokyo qui a été baptisé “La Jetée”, en hommage au film éponyme et culte réalisé par Chris Marker en 1962. Ce génial artiste sort donc de son silence et vole au secours de “Justice”, le groupe électro-rock français dont le dernier clip musical, “Stress”, alimente une furieuse controverse.

“Stress”, pour ceux qui ne sont pas encore au courant de l’affaire ni n’ont vu ce clip qui a incendié internet (auquel cas, ils pourront le visionner en bas de cette page-ci), c’est 6 minutes 44 secondes de folie furieuse. Un clip haletant sur fond de musique électrisante, qui montre des ados en train de faire le coup de poing et laisse le spectacteur pantois par son extrême violence. Un moment hallucinant de cinéma signé Romain Gavras, le fils du grand réalisateur Costa Gavras.

“Justice” assure avoir fait ce clip non «pas pour choquer gratuitement», mais «pour ouvrir le débat, susciter des questions, comme le font régulièrement le cinéma, la littérature ou l’art contemporain». Ce film, assurent ses auteurs, «n’a jamais été envisagé comme une stigmatisation de la banlieue, comme une incitation à la violence ou, surtout, comme un moyen larvé de véhiculer un message raciste». Il n’empêche, “Justice” a été traîné devant les tribunaux  par le Mouvement contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples (MRAP). L’association reproche au groupe, outre d’avoir des accointances avec le Front national, d’avoir commis un film «porteur de stéréotypes et de clichés racistes». Et considère dès lors que cette «immonde production» propage une «vision caricaturale de la réalité des quartiers populaires et de leurs habitants».

Chris Marker donc, hier, a répliqué. Il voit dans “Stress” «un poème noir, violent, sans concession, sans alibi, magnifiquement écrit (encore faudrait-il qu’on s’intéresse à l’écriture cinématographique, vaste débat) et dans la ligne d’un certain nombre de ces poèmes qui dans toutes les langues, à un moment donné, ont dérangé et troublé, et dont certains en effet ont fini devant les tribunaux». Le film de Romain Gavras lui rappelle même «le parallélépipède que Kubrick dresse, dans “2001”, près d’un troupeau de singes endormis. Incongru, incompréhensible au point que c’est à force de n’y rien comprendre que s’éveillera l’idée qu’il y a quelque chose à comprendre. Les singes ont évolué. Les censeurs, ça reste à voir».

La question implicitement posée est celle-ci. Au moment où tout, et la culture y compris, se règle devant les tribunaux   voir cette semaine encore le rappeur Hamé, de “La Rumeur”, poursuivi pour un pamphlet jugé diffamatoire par la police –, au moment où, dans un pays, les rapports sociaux sont si tendus que la moindre représentation, y compris artistique, d’un groupe donné est connotée comme suspecte et est susceptible de mettre le feu aux poudres, dans ce contexte, un Kubrick époque “Orange Mécanique” pourrait-il encore exister, avoir sa place et créer?

05/06/2008

Une misère

f7f292366e45d1b4eb2461ab48a04eb7.jpgLes misères de la pub dans le métro de Paris, suite – et sans doute pas fin: on pourrait chaque jour ou presque écrire sur le sujet, tant le niveau moyen des campagnes est désolant. Ainsi, en ce moment, les voyageurs sont gratifiés d’une pub déshabillée (été oblige, sans doute) pour une grande chaîne de magasins de matériel informatique, le modèle étant montré quasiment nu mais ayant gardé sur lui «l’essentiel», à savoir tout son attirail de geek.

Moche mannequin, moche tête, moche regard, moche corps, moche peau, moche photo, moches couleurs, moche mise en scène, moche slogan: quand on n’aperçoit qu'occasionnellement une moche affiche publicitaire, par hasard au détour d’un quai de métro, cela passe encore. On lève à peine les yeux au ciel et on passe son chemin. Mais quand, comme ici, des couloirs entiers du métro, sur tout leur long et à raison d’innombrables stations, sont tapissés d’une campagne aussi moche, on commence à sympathiser avec les «Déboulonneurs»: ces activistes qui, à Paris surtout mais en province aussi, militent ardemment contre l’agression publicitaire des usagers des espaces publics.

33ac8b2af532c96543106d7041512de7.jpgOn subissait cela stoïquement l’autre soir – spectateur captif de toutes ces pubs, au gré des attentes du métro. Puis, station «Châtelet», on tombait sur un panneau publicitaire lui vraiment bien. Un panneau… complètement vide. Sans doute une erreur commise par la régie de la RATP dans le planning de réservation des espaces avait-elle momentanément laissé ce panneau sans aucune affiche. Du coup, l’espace avait été envahi par des centaines de tags et de grafs de toutes les couleurs. C’était très joli. On aurait dit de l’art moderne comme on l’aime: du Pollock ou du Twombly.

Si on devenait un jour le grand patron de la RATP, se disait-on dans la foulée – hypothèse hautement improbable et donc, on en convient, éminemment confortable –, on réserverait un panneau publicitaire de chaque station de métro à une œuvre d’art. On y afficherait en très grand format du Soulages, du Debré, du Schneider, du Rothko, du Hartung, du de Staël, et tout cela. Entre toutes ces pubs commerciales souvent si criardes et vulgaires, ces grandes toiles illumineraient le regard et aéreraient l’esprit. Un peu comme, sur France 2, les courts programmes «D’art d’art» (souvent bien faits, mais toujours trop courts et pas assez nombreux) éclairent les interminables tunnels de pub. Pourquoi ferait-on de la sensibilisation à l’art à la télé de service public et pas dans l’espace public que constitue le réseau de métro?

Ce serait d’autant plus nécessaire que le métro parisien manque cruellement d’œuvres d’art. Même dans le métro de Bruxelles, pour le souvenir qu’on en a gardé, il y en a davantage.

bd118985a8486697edf2507fdd3fc696.jpgIl y a bien la station «Arts et Métiers» qui, toute en plaques de cuivre, est à elle seule une œuvre d’art (conçue soit dit en passant par un Belge: le dessinateur de bande dessinée François Schuiten). Il y a aussi les mosaïques de la Déclaration des droits de l’homme à  «Concorde». Les autographes d’écrivains célèbres du Quartier latin sculptés sur la voûte de «Cluny La Sorbonne». Les moulages du Musée du Louvre à «Louvre Rivoli» et les sculptures  de Rodin à «Varenne». Il y a aussi les boules de Noël de Jean-Michel Othoniel à «Palais Royal». Et, depuis plus récemment, la grande verrière bleutée installée à «Bir Hakeim» par l’artiste américaine Judy Ledgerwood. Au total cela fait à tout casser une dizaine de stations qui sont dédiées à l’art, pour un réseau qui en compte quelque 380 et est utilisé chaque jour par environ 5 millions d’utilisateurs. Une misère, ici aussi, donc.

04/06/2008

Un incident

Décidément, ce milieu du foot est vraiment pénible. Sexisme (comme encore souligné ici avant-hier), racisme, homophobie, hooliganisme: les raisons de désespérer du monde footeux ne manquent pas, et hier soir encore s’est ajoutée la bêtise politique la plus effarante.

L’incident s’est déroulé au Stade de France, à l’occasion du match de préparation à l’Euro entre la France et la Colombie. Le comité de soutien à Ingrid Betancourt, la Franco-Colombienne détenue en otage en Colombie depuis des années, voulait profiter de cette occasion pour sensibiliser l’opinion au sort des otages, sans perturber le moins du monde le match. Mais à leur arrivée au stade, les militants de ce comité ont vite compris qu’ils n’étaient pas les bienvenus.

Leurs pancartes ont été confisquées par les services de sécurité. Pour pouvoir gagner les tribunes, ils ont dû enlever leurs tee-shirts arborant le portait d’Ingrid Betancourt et le slogan «No más secuestros» («Plus jamais de prise d’otages»). D’autres tee-shirts formant le mot «Libertad», que les militants étaient parvenus à faire entrer dans le stade, ont ensuite été confisqués. Finalement, si la banderole «Ingrid, Courage» a bien pu être déployée par des supporteurs, le lâcher de colombes qui était prévu a dû être annulé.

Du coup ce matin, les membres du comité de soutien à Ingrid Betancourt ne peuvent que se dire «amers et confus»: «Nous ne pouvons pas comprendre que l’on nous interdise de réclamer la libération des otages, sans la moindre agressivité ni la moindre politisation du thème. Nous trouvons incroyable que les valeurs de courage et d’abnégation, si chères au sport, aient été laissées de côte pour mieux rendre absents Ingrid et les otages de ce match».

Sans doute quelques bonnes âmes vont-elles encore justifier l’attitude des forces de sécurité en ressortant le couplet du sport qui ne doit jamais être mêlé à la politique. Il n’empêche, on en arrive à des situations tout de même insensées dans les stades français. Des banderoles haineuses traitant de dégénérés les habitants de toute la partie nord du pays peuvent y pénétrer sans problèmes et y être déployées, ou des caméras de vidéosurveillance tomber miraculeusement en panne (comme ce fut le cas au stade de Bastia) lorsque des abrutis déploient des banderoles avec des slogans racistes, panne qui du coup ne permet pas leur identification. En revanche, des messages de soutien à des compatriotes martyrisés à l’étranger y sont purement et simplement déclarés indésirables. Curieux pays, décidément.

03/06/2008

Un symbole

e1e722f2ddc8910eac64150c4095b8f7.jpgUne armée de poings levés. La plupart très militairement alignés dans le même axe. Tous peints en quelques heures à peine sur la chaussée, avec une peinture blanche aux reflets argentés. Hier après-midi, à la suite sans doute d’une opération de commando rondement menée, ces poings sont apparus par dizaines sur le bitume du onzième arrondissement, entre Bastille et République notamment.

Bigre, s’est-on dit en les découvrant. L’heure doit être grave pour que Boboland soit ainsi submergé par une telle déferlante activiste. Et puis finalement, sans doute que non: même pas, en fait.

En effet, sur l’avant-bras de tous ces poings levés, comme un tatouage, apparaît une forme familière, qui rappelle le symbole félin d’un célèbre équipementier sportif. Ces pochoirs, du coup, ne doivent probablement que faire partie d’une opération de teasing publicitaire, n'être qu'une sorte de gadget conçu par quelques commerciaux en mal de marketing viral et de buzz urbain.

Quarante ans après mai 68, le symbole révolutionnaire du poing levé est donc recyclé par une grande marque commerciale, fleuron de l’empire mondial du luxe que constitue le groupe PPR. Cela en dit pas mal sur le chemin parcouru.