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11/07/2008

Une installation

49de386bfe2b55b6546f97fb3f1f135d.jpgUne dizaine de grands ballons gonflables, sous une magnifique halle. Posés délicatement au sol ou suspendus à de massives poutrelles d’acier. D’énormes ballons tous invariablement roses à pois noirs. Entre eux, Shu Uemura qui distribue son dernier rouge à lèvres, «Rouge Unlimited». Et, coupe de champagne à la main, de ravissantes Asiatiques qui évoluent silencieusement, comme fascinées par ce spectacle tout en carmins. C’était hier, en fin de journée. Cela se passait à la Villette. C’était le vernissage d’une installation monumentale de Yayoi Kusama. Et c’était un joli moment.

 

Un de ces grands ballons roses était avachi au sol. Il semblait respirer lourdement, comme une bête fatiguée. En son intérieur, on découvrait un igloo douillet, fait de coussins pelucheux et de lumières chaudes. Dans lequel on se serait bien enfermé pendant des heures, à l’abri des agressions du monde extérieur. Plus loin, au cœur d’un autre ballon, un jeu de miroirs multipliait à l’infini les globes de lumière et les pois noirs. L’effet était vraiment saisissant. Dans un troisième ballon, vu par un œilleton, on retrouvait le même jeu de miroirs mais cette fois dans les teintes métalliques et argentées, d’un violet violemment saturé. L’effet était si réussi qu’on en éprouvait presque un vertige.

 

«Dots Obsession» («L’Obsession du Point»), le nom de cette installation d’art contemporain, est visible en accès libre jusqu’à la mi-août à la Grande halle de La Villette. Son auteur, la japonaise Yayoi Kusama, est une artiste vraiment étonnante. C’est aussi une personnalité, on va dire, singulière: depuis trente ans, elle vit recluse, malade et épuisée, dans un établissement psychiatrique privé connu pour ses thérapies basées sur la pratique artistique.

 

60b7a3b3c1d22abf966cccc28a37a3a4.jpgAujourd’hui âgée de près de 80 ans, Kusama fut pendant toute sa vie obsédée par la thématique du pois, considérant sa propre existence comme «un pois perdu, parmi des milliers d’autres pois». Tout son travail artistique, depuis 40 ans, se décline sur ce thème du pois. Elle travailla avec des gens aussi intéressants que Ryû Murakami, Peter Gabriel ou Issey Miyake. Elle fut exposée dans des temples de l’art comme le MOMA ou la Biennale de Venise. En tant que figure de l’avant-garde new-yorkaise, elle fit les belles heures du pop art puis de la contestation pacifique et libertaire des années 60.

 

Et quarante ans plus tard, les sacs à main roses à pois noirs signés Kusama.se vendent toujours comme des petits pains dans des boutiques tel que «Colette», rue Saint-Honoré, depuis plus de dix ans l’antre de la branchitude (d'une certaine branchiture, en tout cas) parisienne.

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