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26/07/2008

Une pause

5d4c9d93f9abd24ec30022df371b29d8.jpgAu sommet de la République, c’est l’heure du départ à la plage. Les parlementaires sont partis en congé jeudi soir, éreintés après une année qui a vu l’adoption de 55 textes de loi – du jamais vu. Le Premier ministre François Fillon s’envole lundi soir pour deux semaines en Toscane, où il va soigner sa sciatique et reposer son dos. Le couple Sarkozy prendra lui aussi le chemin des vacances lundi.

 

Cet été, pas de voyage aux Etats-Unis pour le Président. Très sobrement, le chef de l’Etat séjournera au fort de Brégançon, la résidence d’été des hôtes de l’Elysée. Le couple présidentiel résidera également dans la propriété familiale de la Première dame: au cap Nègre, dans le Lavandou (Var).

 

Peu de risques, cet été, de voir s’étaler des photos disgracieuses, intrusives et/ou non autorisées du chef de l’Etat à la Une des magazines de papier glacé. En effet, le ministère de la Défense a pris un arrêté pour interdire le survol du cap Nègre pendant que le couple présidentiel y résidera et même au-delà: jusqu’au 15 septembre. Exit donc les paparazzi people qui auraient voulu tenter de réaliser des clichés aériens avec vue plongeante sur la piscine de Carla Bruni.

 

Les journalistes étant ainsi invités en haut lieu au repos, on va en profiter nous aussi, même si on n’a rien d’un paparazzo, pour partir à la plage, prendre congé de ce blog et se désintoxiquer (un peu) de l’actualité. Retour ici, normalement, vers la fin août. A toutes et tous, un bel été!

25/07/2008

Un bruit chic

Cela nous éloigne un peu de Paris. Mais c’est une nouvelle parfaite puisque très de saison et qui nous rapproche géographiquement de la route de la plage: il y a des bruits ploucs et des bruits chics.

A Paris par exemple, les habitants se prennent la tête pour des nuisances sonores très peu glamour: le trafic automobile un peu partout, les coups de klaxon inévitables aux carrefours,  les marteaux-piqueurs des chantiers en rue à longueur de journées, et, à la maison, le vacarme des bricoleurs, surtout le samedi matin – les marteaux-piqueurs et les bricoleurs, on prévient: on les déteste vraiment. A Saint-Tropez en ce moment, c’est une nuisance sonore en revanche un brin plus chic qui exaspère les riverains: le ballet incessant des hélicoptères qui transportent la cohorte des people, stars, jet-setteurs et autres paparazzi en villégiature dans la célèbre presqu’île.

 

Le golfe de Saint-Trop’ compte une cinquantaine d’«hélisurfaces», comme semble-t-il on appelle cela. Ce sont des aires d’atterrissage et de décollage privées aménagées dans les vignobles ou à proximité des résidences de luxe. Elles sont très pratiques pour les estivants fortunés, car on les rejoint en une vingtaine de minutes à peine depuis les aéroports de Nice, Toulon ou Monaco. Tellement pratiques que, selon les comités anti-bruit des communes de Ramatuelle, Grimaud ou Cogolin, l’été à Saint-Tropez, c’est chaque jour et pendant deux mois l’ambiance défilé aérien du 14 juillet. Les jours les plus fous, les habitants ont comptabilisé un vol d’hélico toutes les 7 minutes et ce de 7h30 à 21 heures: de quoi devenir fou.

La réglementation n’est donc, de toute évidence, pas respectée. Théoriquement, elle limite le nombre de vols quotidiens, les restreint à certaines plages horaires, et impose le respect d’une hauteur minimale de vol. Du coup, les protestataires ont menacé de faire du grabuge: rien moins que de bloquer la route des vacances menant à Saint-Tropez. L’Etat s’est aussitôt exécuté. Après avoir constaté une kyrielle d’infractions, il a imposé cette semaine la fermeture de l’hélisurface du fameux Château de Pampelonne, à Ramatuelle. Et d’autres sanctions du même type sont d’ores et déjà promises si les nuisances ne diminuent pas.

Même les plus fortunés impitoyablement sanctionnés: les gendarmes de Saint-Tropez, décidément, sont à féliciter.

PS: A propos de gendarmes et de Saint-Tropez, en ce moment la télévision M6, décidément la chaîne des daubes, programme tous les jeudis un épisode de la célèbre série des Louis de Funès – a-t-on constaté avec effarement hier soir. Un de Funès tous les dix ans, quand on est nerveusement très fatigué, soit et même volontiers. Mais chaque été la même série des «Gendarmes» invariablement reprogrammée par et sur la même chaîne: il devrait y avoir des procédures d’avertissement du Conseil supérieur de l’audiovisuel pour ce genre de fonctionnement si paresseux.

24/07/2008

Une bestiole

4d31f58bab092efc57f35bafddd1023e.jpgAujourd’hui, une note qui intéressera plus particulièrement les lecteurs parisiens de ce blog qui, en ces nuits d’été, ont comme nous le bonheur – et l’immense privilège, dans cette ville si bruyante – de pouvoir dormir avec les fenêtres grandes ouvertes. Et qui, du coup, en ce moment, sont probablement couverts de piqûres de moustique. S’ils ne l’ont pas déjà fait, ils auraient tout intérêt à se procurer au plus vite de l’anti-moustiques. En effet, le chikungunya pourrait bien avoir fait sa première victime en région parisienne.

 

Le chikungunya est une maladie virale particulièrement douloureuse voire invalidante (fortes fièvres, violents maux de tête, sévères courbatures, etc.), contre laquelle il n’existe ni vaccin, ni traitement spécifique. Cette maladie tropicale est transmise par un moustique, baptisé «Aedes albopictus» ou «moustique tigre» (bigre) par les entomologistes. En 2006, le chikungunya a décimé les îles françaises de l’Océan indien (La Réunion et Mayotte). Et y a causé «une crise sanitaire d’une ampleur inégalée», dixit à l’époque le gouvernement: 30% à 40% de la population de ces départements ont été atteints par le virus.

 

Jusqu’à présent, les très rares cas de chikungunya diagnostiqués en métropole n’étaient pas des contaminations autochtones. Il s’agissait de gens qui avaient été piqués par un moustique lors d’un voyage en outre-mer puis avaient développé la maladie à leur retour. On se souvient également d’une contamination accidentelle d’un personnel soignant qui, en réalisant un prélèvement sanguin sans gant, avait été exposé au sang d’une personne infectée. Mais cette fois, les choses pourraient bien se corser.

 

En effet, la patiente habitant la banlieue parisienne qui est soupçonnée d’avoir contracté le chikungunya, qui est en cours d’examen à la Direction générale de la Santé, outre qu’elle n’a jamais eu de contact de ce type avec un malade, affirme n’avoir pas du tout quitté sa région ces derniers mois. Or, jusqu’à présent, les rares moustiques tigres recensés en métropole ne l’avaient été que dans quelques départements méditerranéens (Corse, Var ou Alpes maritimes). Mais jamais à Paris ni en région parisienne. Du coup, si la contamination est confirmée, l’hypothèse la plus probable, pour expliquer la présence de ce moustique dans le nord du pays, serait que la bestiole se soit glissée dans un avion en provenance du sud. Mais ces avions sont supposés être tous désinfectés. Les spécialistes en perdent donc leur latin.

 

Et le Parisien moyen dormant avec les fenêtres ouvertes de s’interroger s’il doit ou non changer ses habitudes. Pour nous, il n'en est pas question. Les autorités (ici) n’ont pas l’air plus alarmées que cela. Et, surtout, la canicule arrive à grand pas – 30 degrés annoncés aujourd’hui à Paris. Donc, on va juste redécouvrir l’odeur acidulée et si estivale de la citronnelle, en somme joindre l’utile à l’agréable.

10:35 Publié dans Dans le vent | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : Santé, Paris

23/07/2008

Une rumeur

A chaque été dans la capitale française, sa grande (ou petite, c’est selon) polémique culturelle. Cette année, la controverse porte sur une des occupations favorites des Parisiens pendant les chaudes soirées de juillet et d’août: les séances de cinéma en plein air, au festival «Paris Quartier d’été» ou «Cinéma au clair de lune» par exemple. Et surtout au cycle «Cinéma en plein air», qui chaque soir d’été depuis 18 ans maintenant, réunit des milliers de gens sur la grande pelouse du Parc de la Villette.

 

Cet été, c’est le tumulte à la Villette. Pour la première fois, en effet, l’accès aux séances n’est plus gratuit mais facturé 2 euros par personne. Du coup, une pétition circule contre cette innovation. Elle a déjà recueilli plus de 2000 signatures.

 

La direction de la Villette présente cet accès payant comme «nécessaire pour continuer le cinéma en plein air que nous aimons». En effet, renoncer à la gratuité permettrait au festival de ne pas tomber sous le coup d’un règlement qu’aurait pris le Centre national de la cinématographie (CNC), et qui imposerait des contraintes aux organisateurs de séances gratuites de cinéma en plein air, en termes de programmation par exemple. L’objectif de ce texte est de limiter le nombre de ces manifestations, afin de ne pas faire trop concurrence aux exploitants de cinémas. Assez curieusement, toutefois, on ne trouve nulle trace dudit règlement dans la communication du CNC, et il ne paraît pas s’appliquer aux autres festivals.

 

Du coup, la rumeur qui court dans Paris en ce moment (et qui a notamment été relayée par «Télérama» récemment) met la fin de la gratuité des pelouses cinéphiles de La Villette plutôt sur le compte… de «la pression» en ce sens qu’aurait exercée MK2. MK2: le groupe spécialisé dans le cinéma d’auteur, qui possède dix multiplexes à Paris parmi lesquels les MK2 Quai de Loire et Quai de Seine, dont on parlait encore ici jeudi dernier. Ces cinémas sont situés de part et d’autre du bassin de la Villette, et donc à deux pas du parc du même nom. Selon cette thèse (qui émeut pas mal de festivaliers parisiens), MK2 aurait intrigué pour rendre payantes les soirées cinéma de La Villette, afin que les chiffres de fréquentation de ses propres salles ne souffrent pas trop de cette concurrence gratuite pendant la durée du festival.

 

Marin Karmitz, à qui on en parlait hier, ne décolère pas contre cette rumeur. Le fondateur et patron du groupe l’attribue à «une volonté délibérée, qui existe depuis un certain temps, de salir MK2». Il ne voit pas en quoi ce festival lui poserait des problèmes et, si c’était le cas, comment il réussirait  à lui faire renoncer à la gratuité. Marin Karmitz dément d’ailleurs l’existence même du fameux règlement attribué au CNC. Et soupçonne les responsables de La Villette de «faire porter à d’autres leur propre responsabilité», ce festival lui semblant «désormais entré dans un système marchand», comme l’illustreraient les tarifs prohibitifs imposés aux annonceurs pour les spots de pub projetés avant les films.

 

Une guerre estivale du cinéma à Paris? Les salles payantes contre les pelouses gratuites? Pas du tout, se défend le patron de MK2. Les fédérations d’exploitants ont conclu, il y a plusieurs années déjà, un pacte avec les municipalités organisatrices de festivals en plein air, portant notamment sur la programmation. Le deal est le suivant : aux salles payantes les films récents ou en cours d’exploitation, aux pelouses gratuites la mémoire du septième art. Chacun, en gros, s’y retrouverait plutôt. «Lorsqu’elles mettent en valeur l’Histoire du cinéma, les projections gratuites de films en plein air ne nuisent absolument pas au circuit commercial», soutient Marin Karmitz. «Au contraire, elles sont bienvenues: elles assurent la transmission de la mémoire et de la découverte du cinéma. Donc, globalement, elles donnent plus envie aux gens d’aller voir des films et remplissent une véritable mission d’éducation culturelle».

 

Une mission de service public qui, à La Villette en tout cas, est désormais moins bien assurée. Deux euros la place de cinéma, cela peut sembler peu par rapport aux tarifs pratiqués dans les salles parisiennes. Mais cela doit sans doute peser dans le budget des familles nombreuses qui ne partent pas en vacances et veulent malgré tout offrir des moments privilégiés à leurs enfants. A fortiori quand ces familles viennent des alentours de la Villette: les quartiers Stalingrad, Jaurès et tout cela, qui malgré le début de leur «boboïsation», ne font tout de même pas encore partie des plus privilégiés de Paris, loin s’en faut.

22/07/2008

Une trouvaille

dda483bd9e434ea643336e512f1e5bb2.jpgLa réforme institutionnelle enfin votée hier au Congrès de Versailles – par une seule et unique petite voix de majorité: parfois décidément, ce qui est ténu arithmétiquement est énorme politiquement – , la classe politique s’achemine tout doucement vers la plage, et on ne va d’ailleurs plus trop tarder à l’imiter.

Comme chaque été depuis trois ans, «les Jeunes Populaires», à savoir la section jeunesse de l’UMP, autrement appelés «Jeunes Pops» en jargon sarkozyste, partent aujourd’hui de Paris pour leurs «Caravanes de l’Eté». Il s’agit d'aller «à la rencontre des Français sur leurs lieux de vacances», afin de «revenir sur les réformes en cours ou à venir et faire participer les citoyens au débat: ‘Avec Nicolas Sarkozy, faisons bouger la France’». Dans les semaines à venir, deux caravanes de «Jeunes Pops» parcourront 54 villes du pays: sillonneront l’Alsace, écumeront les plages du Nord-Pas de Calais, de Normandie et de Bretagne, traverseront le Poitou-Charentes, l’Aquitaine et le Languedoc et, bien sûr, séviront sur le littoral de Provence et de Côte d’Azur.

Cet été donc, entre deux bains de mer, deux apéros au camping, deux slows collants, deux randos ou deux visites de cloîtres romans, parler niches fiscales, TIPP sur les carburants, économies dans l'assurance-maladie ou recours en inconstitutionnalité: quel bonheur - on est sûr que les Français vont se précipiter à ces grands débats des «Caravanes de l’Eté». Pour encore mieux les y inciter, les Jeunes UMP vont ressortir cet été ce merveilleux accessoire qu’ils avaient naguère inventé, brillantissime trouvaille de marketing politique: la tong de plage. Griffée sur sa semelle au sigle du parti, elle permet de laisser des empreintes logotées sur le sable. L’édition 2008 de la tong sarkozyste est bleue (évidemment): courroie bleu clair et plante des pieds bleu foncé parsemée de petits bonhommes rouges et jaunes. C’est décidément merveilleux, l’UMP l’été.

10:50 Publié dans Dans le vent | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : UMP, Politique, Jeunes

21/07/2008

Un retour

Comme chaque été à la fin juillet, retour ce lundi de «Paris Plages», jusqu’au 21 août inclus.  Comme l’été dernier, l’opération débordera des quais de Seine pour, via le canal Saint-Martin, rejoindre le bassin de la Villette. Les Parisiens détestant la foule mais désireux tout de même de se prélasser au bord de l’eau devront se replier sur la rive gauche. Cette année, en effet, contrairement aux deux étés précédents, aucune animation n’est prévue sur cette rive-là. L’extension de «Paris Plages» aux quais de la Grande bibliothèque n’a semble-t-il pas rencontré le succès escompté (trop «peuple» pour plaire à la si chic rive gauche, «Paris Plages»?)

 

Aux pieds de la même bibliothèque, retour aussi, ce lundi, de la piscine Joséphine Baker: la fameuse piscine flottante de Paris, amarrée depuis deux ans quai François Mauriac (*). Elle était fermée depuis cet automne. Elle rouvre après quelques travaux de rénovation, comme dit pudiquement la mairie de Paris. Ce fut bien plus que cela. Pour tout dire, depuis son ouverture en juillet 2006, ladite piscine s’est transformée en véritable cauchemar pour la ville de Paris.

 

D’abord, quatre jours à peine après son inauguration, elle dut fermer à cause d’une malfaçon affectant le carrelage du bassin. Plus de dix jours de travaux furent nécessaires pour réparer cela. Ensuite, fin octobre 2007, ce fut carrément la panique. Un jour, les responsables réalisèrent que la piscine flottante commençait à gîter dangereusement. Et menaçait donc, si rien n’était fait,… de s’enfoncer dans la Seine. Les pompiers furent appelés en urgence Une dizaine de véhicules et une cinquantaine de sapeurs, dont de nombreux plongeurs, se déplacèrent. Ils durent constater que la piscine flottante, en effet, … prenait l’eau! Il semblerait qu’à la suite d’une opération d’entretien des carénages de l’édifice, de l’eau se soit introduite dans les flotteurs du bassin, qui est construit sur des barges. Du coup, à nouveau de nombreux mois de travaux et de fermeture furent nécessaires.

 

La préfecture de police, après une visite de sécurité, vient de donner son feu vert à la réouverture de la piscine, qui aura donc lieu aujourd’hui. Les responsables de la mairie doivent se croiser les doigts et espérer qu’en termes d’avarie, la règle du jamais deux sans trois ne vaudra pas.

 

(*) Précisons, à l’attention des sportifs qui voudraient cet été aller faire quelques longueurs dans ce cadre sublime, que «Joséphine Baker» n’est pas du tout une piscine pour nager: bassin pas très grand (25m x 10m), lignes de nage rarement délimitées par des flotteurs, monde fou dans l’eau à longueur de journées, marmaille qui braille en pagaille, etc. C’est donc plus un endroit pour, au choix, barboter, frimer, mater, bronzer (sur un très beau solarium en teck), faire un spa (oui madame), admirer le panorama (évidemment fantastique), ou tout cela à la fois. Mais cela plaît beaucoup, manifestement: l’été, les queues à l’entrée sont souvent longuettes. Et ce malgré un prix d’accès plus élevé que celui des autres piscines municipales.

11:10 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : Paris, Sports, Tourisme

18/07/2008

Une illisibilité

8ab5d1703a2bdd58df953a59fee1fed5.jpgSa mise en vente est autorisée depuis lundi, mais on ne l’a encore trouvé nulle part, dans les magasins du quartier: ni au «Monop'», ni chez «Franprix», ni chez «Shopi», ni aux épiceries du coin. Rien. On veut parler du «Red Bull», du vrai «Red Bull»: cette boisson énergisante qui a tant défrayé la chronique en France, ces derniers mois (relire ici ou ). Dans les rayons de la plupart des grands magasins du onzième arrondissement, c’est encore le faux «Red Bull» que l’on trouve: la version soft du soda, sans la fameuse taurine susceptible de donner des ailes. Il faudra encore quelques jours, voire l’une ou l’autre semaine, pour que les anciens stocks soient écoulés, puis tout le monde pourra enfin goûter le breuvage énergisant le plus consommé au monde (3,5 milliards de canettes vendues en 2007).

 

On n’est pas spécialement à la recherche de produits qui permettraient de rendre les journées encore plus longues. A fortiori à ce prix: 1€43 la canette de 25 cl, ce qui fait cher l'acide aminé, même ailé. N’empêche, si un de ces jours on tombe sur ce nouveau «Red Bull», on regoûtera. Ne serait-ce que pour se faire un plan «madeleine de Proust» en mémoire aux années 90, lorsque ce soda était si à la mode dans le monde de la nuit à Bruxelles.

 

Cela dit, les consommateurs doivent tout de même se poser des questions. D’un côté, la mise en vente de ce produit a été autorisée. Mais de l’autre côté et dans le même temps, la ministre de la Santé appelle publiquement les gens à le boycotter. En raison de son absence d’«intérêt nutritionnel ou énergétique» mais surtout de ses «dangers importants», sur lesquels l’Agence française de sécurité sanitaire a déjà alerté. D’un côté, la toxicité de la taurine n’a pas pu être prouvée, ce qui est a priori plutôt rassurant. Mais d’un autre côté et dans le même temps, la ministre de la Santé assure qu’elle n’hésitera pas à interdire la vente du soda dès qu'elle a «le moindre élément» attestant de cette toxicité – ce qui entretient tout de même le doute. D’un côté la vente est autorisée mais de l’autre côté et dans le même temps, elle sera interdite dans les établissements scolaires et déconseillée aux femmes enceintes et aux enfants. Enfin, d’un côté on lance un vaste plan de lutte contre l’alcoolisme des jeunes. Mais de l’autre côté et dans le même temps, on autorise une boisson que les jeunes associent quasi systématiquement à de l’alcool car le «Red Bull» en potentialise les effets excitants et en diminue les effets dépressifs – ce qui inquiète tous les médecins et alcoologues.

 

Tout cela, décidément, ne fait pas une politique de Santé publique extrêmement lisible.

17/07/2008

Une ouverture

Voilà qui va ravir les routards – mais lisent-ils ce blog? Et, plus globalement, tous les touristes étrangers qui trouvent exagérément cher l’hébergement hôtelier à Paris, ce qui est d’ailleurs souvent vrai. Une nouvelle auberge de jeunesse est inaugurée ce matin, dans le dix-neuvième arrondissement, les pieds dans l’eau du bassin de La Villette: 275 lits accessibles à un tarif situé entre 17 et 30€. Cela faisait quinze ans qu’on n’avait plus inauguré une auberge de jeunesse à Paris. En plus, ici, le concept est plutôt sympa puisqu’il ne s’agira pas d’un ghetto pour touristes: tous ses lieux de convivialité (bar restaurant, cyber-café, salle de spectacles, etc.) seront accessibles aux jeunes Parisiens.

Double bonne nouvelle, que cette inauguration. Urbanistiquement, c’est une étape supplémentaire qui est franchie dans le vaste programme de rénovation des quais de Seine, à savoir la partie haute du canal Saint-Martin. L’auberge a même pris place dans un des deux Magasins généraux bouclant la perspective du bassin, qui avait été détruit dans un incendie dans les années 90. Petit à petit, en quelques années, grâce notamment à l’arrivée des cinémas MK2 (joli flair urbanistique, décidément), le bassin de la Villette a complètement changé de physionomie. Longtemps délaissé et donc délabré, ce quartier est devenu le paradis des bobos. Et l’ouverture, dernièrement, d’une grande terrasse de bistrot supplémentaire – bénéficiant d’un ensoleillement imprenable – sur le côté sud du bassin est même en train de jouer sur l’ambiance de la place de Stalingrad, jadis si mal famée. Revers de la médaille: désormais, le week-end pendant toute l’année et en soirée pendant tout l’été, ce quartier spectaculairement embelli est évidemment bondé en permanence, donc infréquentable si on n’adore pas la foule.

Bonne nouvelle aussi économiquement, que cette auberge de jeunesse supplémentaire. Car Paris est confrontée à une pénurie d’hébergement hôtelier très bon-marché. Sur l’ensemble de la région, les lieux ne manquent pas (voir ici) et y compris dans leurs formes les plus délicieusement désuettes (les foyers pour jeunes filles, par exemple). Mais dans les lieux d’accueil situés en plein cœur des quartiers animés de la capitale, l’on se bouscule souvent dans toutes les langues et à longueur d’années.

16/07/2008

Une nuance, ou l'autre

71dabeaad2d1db895173c0eb184b30a8.jpgLa Belgique périclite. Enfin, la Belgique politique – nuance. La Belgique culturelle, elle, continue visiblement à bien se porter. Et à s’exporter aux quatre coins du monde, notamment en France et à Paris. C’est ce qu’on se disait hier soir encore en arpentant les couloirs du métro. En effet, de «Bastille» à «Châtelet», d’«Odéon» à «République», dans toutes les stations ou presque, la plupart des panneaux publicitaires célèbrent désormais un des fleurons du neuvième art belge: Largo Winch.

Le film tiré de la célèbre bande dessinée belge de Francq et Van Hamme ne sortira que le 17 décembre 2008 sur les écrans français. Mais six mois auparavant, le visage du fameux golden-boy de phylactère et de papier s’étale déjà en format géant – sur fond d’une très belle photo du skyline de Hong Kong (*).

Tomer Sisley incarnera Largo Winch – aux côtés de la si séduisante Kristin Scott Thomas, quelle chance il a. Dans le registre bel homme, séducteur et briseur de coeurs, l’acteur français pourrait le faire. Un détail, toutefois, a de quoi troubler. Juste une nuance. Pour tout dire, une question… de cheveux (sujet de conversation éternel et merveilleux). Autant Largo était indéniablement blond, autant Tomer est indubitablement brun.

Après Daniel Craig en James Bond blondinet, alors que le héros de Ian Fleming se doit évidemment d’être châtain, voilà donc un deuxième grand tabou capillaire violemment brisé. Le public va-t-il en être perturbé?

 

 

(*) Panorama urbain reconnaissable entre mille par la célèbre «Bank of China Tower» de Ieoh Ming Pei (l’architecte de la Pyramide du Louvre) : 367 mètres d’élégance et de brio à l’état pur. Au passage, on aurait tant aimé voir un gratte-ciel de ce type dans le quartier d’affaires de La Défense, au lieu de ce projet de «Tour Signal» de Jean Nouvel pour lequel, désolé, malgré toute notre bonne volonté, on ne parvient décidément pas (encore?) à s’enthousiasmer.

15/07/2008

Un an

Vélib’ fête son premier anniversaire aujourd’hui. Avec 27 millions d’utilisations enregistrées à ce jour et quelque 200.000 abonnés de longue durée, le système parisien de location de vélos en libre service peut estimer avoir réussi son pari. Outre qu’il est en train d’essaimer en banlieue parisienne, il s’exportera d’ailleurs bientôt dans des villes comme Chicago, Helsinki et Lisbonne.

Revers de la médaille? 3000 vélos vandalisés et autant volés en un an. Ce qui n’est tout de même pas rien. Surtout, une explosion (+21%) du nombre de cyclistes victimes d’accidents de la route. A ce propos, le discours sur la sécurité des cyclistes dans Paris est en train d’imperceptiblement changer. Jusqu’à présent, les responsables affirmaient plutôt que la hausse du nombre de ces victimes était hélas mathématiquement inévitable: plus il y a de cyclistes dans les rues, plus on en retrouve à l’hôpital. Ces derniers jours, on entend plus volontiers une autre thèse, davantage vendable à l’opinion en ce jour anniversaire. En substance, l’accroissement du nombre de deux roues dans la capitale ralentit la vitesse moyenne de circulation de l’ensemble des usagers de la route et donc contribue à globalement faire diminuer l’insécurité routière au bénéfice de tous. CQFD.

Il n’empêche, près de 130 cyclistes ont été blessés et trois se sont tués dans les rues de Paris depuis le lancement de Vélib’. C’est énorme par rapport à la part encore modeste (2 à 3%) occupée par le vélo dans les modes de déplacement des Parisiens. Mais 3 morts sur 27 millions de vélibistes, c’est somme toute très peu, entend-on aussi, de toutes parts, ces derniers jours, dans les commentaires faits autour de cet anniversaire. C’est une déduction statistiquement très pertinente mais humainement odieuse.

Cela voudrait dire qu’il y aurait d’office une espèce de prix minimal à payer en termes de mortalité. Les familles des trois vélibistes parisiens décédés – tiens: trois femmes, si on ne se trompe pas – seront ravies d’être ainsi rangées dans la catégorie des dégâts collatéraux inévitables. Cela passe aussi sous silence les conditions atroces dans lesquelles ces décès sont survenus: imaginez ce que cela doit être de périr sous les roues d’un camion, d’un bus ou d’une benne à ordures. Surtout, il est clair que cette part de risque prétendument inévitable pourrait parfaitement être réduite quasiment à la portion congrue par les investissements ad hoc (amélioration du réseau de pistes cyclables, choix de vélos plus adaptés au trafic urbain, etc.). C’est donc beaucoup moins une question de fatalité mathématique que de choix politique.

14/07/2008

Une fierté

Quinze jours après la «gay pride», la «kaki pride» ce lundi à Paris. C’est le grand patron des armées lui-même, le général Georgelin, qui (bien involontairement sans doute) a implicitement placé le traditionnel défilé militaire du 14 juillet sous le même registre démonstratif que celui de la Marche des fiertés. Pour le chef d’état-major, ce 14 juillet est «le jour où les forces armées sont fières de se montrer au pays». C’est «le jour de l’année où l’opinion perçoit le mieux le Président de la République en tant que chef des armées». Bref, «le jour de la rencontre de l’armée avec la nation».

Fête nationale ou pas, il apparaissait toutefois bien penaud, ledit général 5 étoiles, à la télé ce matin. Lorsque son intervieweur lui demandait le coût de ce défilé militaire. «Vous me posez une colle, là...», balbutiait  le chef d’état-major, avant de se dire totalement incapable de citer un chiffre.

Curieux, tout de même, que le grand chef de l’armée ne puisse pas répondre à une question aussi simple. Peut-être qu’en ces temps de disette budgétaire (et de fermetures annoncées de casernes militaires), il n’est pas de bon ton de s’appesantir outre mesure sur le coût de ce défilé. D’autant que ce coût n’est pas anodin. D’abord, vu l’ampleur de la manifestation: 5000 hommes, 312 véhicules, 675 avions et une trentaine d’hélicoptères mobilisés. Ensuite, vu l’explosion récente du prix des carburants, ce qui a sans doute dû accroître encore un peu plus la facture.

Tiens, il est une facture de la «kaki pride» dont on parle assez peu: la facture écologique. C’est paradoxal, au moment où campagne après campagne, on n’arrête pas, depuis des mois, de culpabiliser le Français moyen sur le coût écologique que représentera son misérable aller-retour annuel en avion à la plage. Et alors que ce 14 juillet, rien qu’en 1h30, les dizaines de Gazelle, Tigre, Cougar, Puma, Super Frelon, Panther Fennec, Rafale, Alpha Jet, Mirage 2000 et autres Falcon 50M qui survoleront les Champs-Elysées à eux seuls réchaufferont sans doute  bien plus la planète que des centaines de charters de quidams partant au soleil de Benidorm. Mais la fierté, comme chacun sait, cela n’a pas de prix.

PS: Lignes écrites au moment précis où les avions et hélicos à destination ou de retour des Champs-Elysées survolent notre bon vieux quartier Bastille, dans un vacarme impressionnant. On se croirait à «Apocalypse Now». C’est charmant.

11/07/2008

Une installation

49de386bfe2b55b6546f97fb3f1f135d.jpgUne dizaine de grands ballons gonflables, sous une magnifique halle. Posés délicatement au sol ou suspendus à de massives poutrelles d’acier. D’énormes ballons tous invariablement roses à pois noirs. Entre eux, Shu Uemura qui distribue son dernier rouge à lèvres, «Rouge Unlimited». Et, coupe de champagne à la main, de ravissantes Asiatiques qui évoluent silencieusement, comme fascinées par ce spectacle tout en carmins. C’était hier, en fin de journée. Cela se passait à la Villette. C’était le vernissage d’une installation monumentale de Yayoi Kusama. Et c’était un joli moment.

 

Un de ces grands ballons roses était avachi au sol. Il semblait respirer lourdement, comme une bête fatiguée. En son intérieur, on découvrait un igloo douillet, fait de coussins pelucheux et de lumières chaudes. Dans lequel on se serait bien enfermé pendant des heures, à l’abri des agressions du monde extérieur. Plus loin, au cœur d’un autre ballon, un jeu de miroirs multipliait à l’infini les globes de lumière et les pois noirs. L’effet était vraiment saisissant. Dans un troisième ballon, vu par un œilleton, on retrouvait le même jeu de miroirs mais cette fois dans les teintes métalliques et argentées, d’un violet violemment saturé. L’effet était si réussi qu’on en éprouvait presque un vertige.

 

«Dots Obsession» («L’Obsession du Point»), le nom de cette installation d’art contemporain, est visible en accès libre jusqu’à la mi-août à la Grande halle de La Villette. Son auteur, la japonaise Yayoi Kusama, est une artiste vraiment étonnante. C’est aussi une personnalité, on va dire, singulière: depuis trente ans, elle vit recluse, malade et épuisée, dans un établissement psychiatrique privé connu pour ses thérapies basées sur la pratique artistique.

 

60b7a3b3c1d22abf966cccc28a37a3a4.jpgAujourd’hui âgée de près de 80 ans, Kusama fut pendant toute sa vie obsédée par la thématique du pois, considérant sa propre existence comme «un pois perdu, parmi des milliers d’autres pois». Tout son travail artistique, depuis 40 ans, se décline sur ce thème du pois. Elle travailla avec des gens aussi intéressants que Ryû Murakami, Peter Gabriel ou Issey Miyake. Elle fut exposée dans des temples de l’art comme le MOMA ou la Biennale de Venise. En tant que figure de l’avant-garde new-yorkaise, elle fit les belles heures du pop art puis de la contestation pacifique et libertaire des années 60.

 

Et quarante ans plus tard, les sacs à main roses à pois noirs signés Kusama.se vendent toujours comme des petits pains dans des boutiques tel que «Colette», rue Saint-Honoré, depuis plus de dix ans l’antre de la branchitude (d'une certaine branchiture, en tout cas) parisienne.

10/07/2008

Un gros effort

600 millions d’euros débloqués pour le RER A, 200 millions supplémentaires consacrés aux lignes C et D, plus de 300 millions investis dans la rénovation des gares de la région parisienne: ces prochaines années, un gros effort financier va être consacré par les pouvoirs publics à l’amélioration de la qualité (aujourd’hui assez calamiteuse) du réseau de transports publics en région parisienne. C’est ce qui est ressorti de la réunion de crise tenue hier, entre la SNCF et la RATP notamment, au Syndicat des transports d’Ile-de-France.

Pour le RER A, cela signifie notamment l'acquisition de rames à deux étages devant permettre de «décongestionner» cette ligne de transport urbain, qui est la plus fréquentée du monde. On parle aussi de systèmes de vidéoprotection embarqués. Et d’un dispositif d’information des voyageurs annonçant les gares de façon visuelle et sonore – enfin: cela existe dans à peu près toutes les grandes capitales du monde. Les usagers, toutefois, devront s’armer de patience. Très concrètement, les premières rames à deux étages n’arriveront pas avant la fin 2010. Et il faudra attendre 2016 avant que la totalité des trains Transilien SNCF soient neufs ou entièrement rénovés.

Les usagers risquent d’assez mal prendre ce gros effort de patience supplémentaire qui leur est demandé. En effet, majoritairement ils n’en peuvent plus de la situation actuelle. Récemment encore, début juillet, le réseau de transports parisien a même connu une cohue et une désorganisation d’une ampleur mémorable.

Le même jour, en effet, deux lignes ont été complètement perturbées. Sur la ligne E, un train est tombé en panne en plein milieu du tunnel de Magenta, ce qui a totalement interrompu le trafic dans les deux sens. Le train demeurant à l’arrêt, les usagers excédés ont fini par en sortir et ont poursuivi leur voyage à pied. Parmi les centaines de personnes forcées à crapahuter dans l’obscurité du tunnel, certaines ont été prises de malaise. Au même moment, sur la ligne A, le trafic a été interrompu par un mouvement de grève inopiné, causé par l’agression d’un conducteur. Là aussi, cela a été la cohue dans les couloirs. Au point que les usagers en sont arrivés à devoir cheminer sur les rebords surélevés des tapis roulants de la station Châtelet…

Ces incidents ont été abondamment évoqués sur les blogs et les forums. Ils ont aussi été filmés à l’aide de téléphones portables d’usagers, ces vidéos amateurs étant ensuite postées sur des sites de partage. A titre d’exemple, les deux petits films ci-dessous. Ils sont d’une qualité technique assez médiocre. Mais ils donnent une idée à la fois de la pagaille qui, certains jours, règne dans les transports en commun parisiens et du gros effort qu’il reste à accomplir pour améliorer tout cela.


RER E perturbation
envoyé par _Mario_77

09/07/2008

Un manque

Estimez-vous manquer d’argent pour être heureux? N’aimez-vous pas parler d’argent? Si vous avez répondu par l’affirmative à ces deux questions, il y a de fortes chances pour que vous soyez… Français(e). C’est en tout cas l’enseignement que l’on peut tirer d’une enquête d’opinion que vient de rendre public l’institut de sondages Ifop, et qui a été menée dans cinq pays européens: l’Allemagne, l’Espagne, l’Italie, le Royaume-Uni et la France.

Il en ressort que plus de six Français sur dix (61%) estiment manquer d’argent «pour être tout à fait heureux». Cette carence est citée bien avant… l’amour (33%). Des cinq pays analysés, c’est en France que ce manque d’argent est le plus souvent cité. Les Britanniques et les Espagnols placent également cette récrimination financière en tête, mais celle-ci distance moins nettement les autres. Quant aux Allemands et aux Italiens, ils attendent surtout de l’amour et des amis pour être heureux.

Autre spécificité hexagonale: les réticences à parler d’argent. C’est en France que ce sujet est le plus perçu comme étant tabou ou incorrect. Une forte majorité de Français (59%) sont de cet avis. En revanche, dans les quatre autres pays analysés, seule une minorité de gens (de 28 à 47%) jugent incorrect de parler d’argent.

 

Du coup, on peut en déduire que plus on a le sentiment de manquer d’argent, et plus on en est malheureux, moins on est disposé à en parler. Ce serait assez humain, voire logique. Mais l’étude ne dit pas explicitement si l’inverse marche aussi: si moins on manque d’argent pour être heureux, plus on aime parler fric. Cela dit, ce serait bien en accord avec une certaine culture bling-bling.

08/07/2008

Un «troupeau»?

9ea56d4059424ea98058791a7c0a169d.jpgSinon – au-delà donc de toute autre actualité plus fondamentale –, la principale info de ce début juillet, pour les usagers des transports parisiens, est très prosaïquement la nouvelle et énième augmentation des tarifs. Le carnet est dorénavant à 11€40 – on se souvient comme si c’était hier des 10 tickets pour 10 euros. Le ticket à l’unité (désormais à 1€60) augmente lui carrément de 7%.

Dans la plupart des stations de métro de Paris, depuis plusieurs mois, on peut voir des affiches ou entendre des messages pressant les détenteurs de la carte orange (pour les non-Parisiens: le coupon magnétique d’abonnement) de remplacer celle-ci par un «pass Navigo». Ce pass est une carte rechargeable à des bornes automatiques, elle est d’une durée de vie de plusieurs années et permet (mais moyennant un bip assez intrusif) un passage plus rapide aux lignes de contrôle.

Ce pass, pour autant, est loin de faire l’unanimité. Ainsi, un réseau d’activistes (ici, par exemple) est né, qui condamne «Navigo» au nom des libertés et a déjà organisé des manifestations contre lui dans le métro. Le pass, en effet, contient une puce dite RFID, c’est-à-dire lisible à distance par ondes radio. Du coup, «à chaque validation du pass, grâce à sa puce, on sait que vous étiez là, à telle heure», dénoncent ces opposants. Or, «la RATP est tenue de conserver et de fournir ces informations à la police si elle les lui demande. Accepter le traçage systématique de nos déplacements, c’est renoncer à la liberté de circuler anonymement, déjà largement mise en cause par les caméras». C’est donc accepter de se transformer en «troupeau humain traçable à distance».

3316ee534668cb080ac1ce834b7f37ea.jpgLa RATP dément tout «flicage» de ses clients. Elle reconnaît que le pass permet de tracer les trajets des utilisateurs. Mais assure que leurs validations sur les appareils de contrôle «sont enregistrées anonymement» et servent uniquement «à réaliser des statistiques de trafic». La régie des transports assure même être «très vigilante sur ce sujet». D’autres réticences, toutefois, ont vu le jour. Les opposants au pass invoquent par exemple les craintes de revente des fichiers de clients «Navigo» à des entreprises commerciales ou les éventuels risques pour la santé des puces RIFD. Selon eux, «comme les ondes électromagnétiques du portable ou du wifi, le peu que nous en savons indique clairement que ces puces nuisent à notre santé».

 

Devant toute cette polémique, le grand public, lui aussi, est devenu réticent. La RATP avait prévu que tous ses clients abandonnent la carte orange et passent donc à «la télébilletique totale», comme elle appelle cela, avant la fin 2008. Mais les propres enquêtes de la régie montrent qu’un bon million d’usagers au bas mot (soit un usager sur trois, en gros) rechignent au changement. Dès lors, l’échéance de l’abandon définitif du coupon magnétique a dû être reportée sine die.

07/07/2008

Une réussite

L’an dernier (relire ici), le ministère de la Culture avait instauré, à titre expérimental, la gratuité d’accès pendant six mois aux collections permanentes de quatorze musées du pays, dont trois musées situés à Paris. L’objectif était notamment de voir si des motivations financières expliquent le fait que 55% des Français ne mettent jamais les pieds au musée et ne vont jamais voir une expo.

 

Six mois plus tard, les premiers chiffres de cette expérimentation, qui a pris fin début juillet, viennent de tomber ce week-end. Et ils sont éloquents. En effet, grâce à ce régime de gratuité, les six musées de la région parisienne choisis pour cette expérimentation ont tous vu leur fréquentation exploser. Pour ce qui concerne Paris, le Musée Cluny du Moyen-Age a vu son nombre de visiteurs doubler, le Musée des Arts et Métiers a enregistré une hausse de fréquentation de 80%, et le Musée Guimet de 20%.

 

A la rentrée de septembre, le ministère de la Culture décidera de pérenniser ou non, voire d’étendre, ce régime de gratuité. D’ores et déjà, cependant, malgré les bons résultats de l’expérimentation, les défenseurs de l’accès gratuit ont de quoi être sceptiques. Les musées devenus gratuits devront évidemment voir leur manque à gagner compensé par la Culture. Or, dans ce département également, aux dernières nouvelles et selon la fameuse petite phrase élyséenne, «les caisses sont vides»...

04/07/2008

Un recul

C’était hier en fin de soirée, devant les news du jour à la télé. A un moment, on a eu, on va dire, comme un imperceptible mais très physique mouvement de recul.

 

C’était le résumé de l’actualité Betancourt du jour. Quelques heures plus tôt, on avait entendu à la radio (ou lu sur les dépêches d’agences de presse, on ne sait plus trop) que les retrouvailles entre l’ex-otage franco-colombienne et ses enfants s’étaient déroulées dans le cadre relativement privé de l’avion mis à la disposition de la famille Betancourt par la présidence de la République. En entendant ou lisant cela, on s’était dit que c’était plutôt bien. Qu’après tant d’années de séparation et de médiatisation, cette famille avait bien le droit à des retrouvailles dans l’intimité.

 

Et puis non, en fait. Pas du tout, découvrait-on devant le «Soir 3».  «Ce sont de très belles images», avait prévenu Marie Drucker. Exactement comme elle aurait dit «C’est une très belle scène» en parlant d’un film de cinéma. Ou «C’est un très beau passage» à propos d’un chapitre de roman – d'ailleurs, «Ingrid Betancourt est une héroïne de roman», s’extasiait ce matin une éditorialiste, à la radio. Et on eut droit, effectivement, et en très gros plans, aux images des retrouvailles de Lorenzo, Mélanie et Ingrid Betancourt.

 

Léger mouvement de recul donc, en voyant (voir comme «voyeur») cela. Disons qu’on n’avait pas forcément envie d’être là. On était évidemment en empathie avec leur bonheur. Leurs effusions n’avaient rien d’indigne ni d’impudique. La scène était même maîtrisée juste ce qu’il faut. C’était «de très belles images», en effet. Mais on ne voyait pas trop à quel titre, et de quel droit, on assistait à tout cela. Pour tout dire, on ne savait pas trop où se mettre. On se sentait un peu dans la peau de quelqu’un qui s’était incrusté dans une fête à laquelle il n’avait pas été invité. On voyait cette famille s’embrasser, se caresser, se sentir, se toucher. Et on sentait que ces moments si intimes, si physiques, en fait, on les voyait mais ils ne nous regardaient pas.

 

 

 

PS: Identique mouvement de recul, on l'avoue, en entendant hier soir à la radio le porte-parole du comité de soutien à Ingrid Betancourt. Qui comparait l’ex-otage à Nelson Mandela et à Gandhi.  Et réclamait pour elle le prix Nobel de la Paix.

03/07/2008

Une méconnaissance

ea950104425c9e3f19139f669f47a7ee.jpgC’est si loin, l’Amérique latine. Cela intéresse si peu de gens, ce sous-continent. Hormis bien sûr quand la vie d’une otage en partie française est en jeu, on en parle si peu de cette partie du monde. Du coup, évidemment, quand l’actualité s’emballe et exige qu’on la commente à chaud, toutes les failles et la méconnaissance réapparaissent à la surface, implacables.

Ainsi, ce matin à la radio, un chroniqueur de France Info, par ailleurs habituel donneur de leçons, parlait du chef de l'Etat colombien comme d’un certain «Président Alvaro». L’intéressé s’appelant en réalité Alvaro Uribe, c’est aussi absurde comme dénomination que si un journaliste colombien, parlant de l’hôte de l’Elysée, l’avait appelé le «Président Nicolas». La veille déjà, sur la même antenne, un journaliste s’était emmêlé les pinceaux en direct. Il avait qualifié l’ancienne guérilla colombienne du M-19 (extrême gauche) de «groupe paramilitaire», une appellation qu’en Colombie, on réserve exclusivement aux milices… d’extrême droite. Le sommet, toutefois, a été atteint quelques minutes plus tard par le député socialiste Pierre Moscovici. Interrogé peu après l’annonce de la libération d’Ingrid Betancourt, il l’a attribuée notamment à la déstabilisation de la guérilla des Farc entraînée par le décès fin mars de leur leader historique, Manuel Marulanda. Sauf que, dans la bouche de Pierre Moscovici, ce Manuel Marulanda donnait quelque chose comme «Manoel Marandula». Et à plusieurs reprises en plus, donc il ne s'agissait pas d'un lapsus.

«What’s in a name?», disait William Shakespeare. Sans doute. Mais tout de même. Marulanda a été le plus vieux guérillero de la planète, qui a sévi pendant plus de quarante ans. Et, ici, l'erreur n’a pas été commise par un simple journaliste d’astreinte, qui n’y connaît sans doute pas grand-chose et essaie de faire ce qu'il peut. Mais par un ancien ministre des Affaires européennes, et donc à ce titre un ex-pilier du quai d’Orsay. Par quelqu’un qui, en plus, est candidat déclaré à la direction du PS. Et donc qui, demain, si les socialistes revenaient au pouvoir, occuperait sans doute de hautes fonctions. Du coup, c’est assez effarant, la légèreté que cette bévue traduit ainsi que la méconnaissance pour une partie du monde qui, à la grosse louche, compte tout de même 400 millions d’habitants.

02/07/2008

Un palmarès

Ils ont été décernés lundi soir, et on n’avait pas encore eu l’occasion d’en parler – donc il est plus que temps: les Prix Press Club, humour et politique», édition 2008. Cette année, c’est le ministre de l’Ecologie Jean-Louis Borloo qui a été couronné, pour une petite phrase raillant implicitement l’hyperprésidence et l’omniprésence de Nicolas Sarkozy, au détriment de son chef de gouvernement François Fillon: «Sarkozy, c’est le seul qui a été obligé de passer par l’Elysée pour devenir Premier ministre».

 

Parmi les nominés, on n’a pas trop été enthousiasmé par la petite phrase de François Hollande en pleine période de cacophonie gouvernementale («Sarkozy est passé de la présidence bling-bling à la présidence couac-couac»): le leader du PS, un des hommes politiques les plus drôles de sa génération, peut faire beaucoup mieux. Idem pour la tirade de François Bayrou au lendemain de son échec aux élections municipales («Je vous le promets, nous aurons d’autres victoires»): le patron du Modem devrait verser des droits d’auteur à Ségolène Royal, qui avait dit peu ou prou la même chose le soir de sa défaite au second tour des présidentielles de 2007.

 

En revanche, on adore particulièrement cette sortie du secrétaire d’Etat aux Sports Bernard Laporte, en déplacement aux Dom-Tom: «Je voulais voir les Antilles de vive voix». C'est vraiment merveilleux. Cela rappelle le légendaire «à l’insu de mon plein gré» de Richard Virenque. Cela aurait même pu être dit par notre Jean-Claude Van Damme national. Une référence, comme chacun sait.

01/07/2008

Un mandarin

La France occupe donc, depuis ce matin 0 heure, la présidence de l’Union européenne. Cette présidence avait été annoncée en haut lieu comme «modeste». Elle n’en bénéficiera pas moins des services d’un «directeur artistique» et non des moindres puisqu’il s’agit de Philippe Starck.

 

Pour vendre la France à l’Europe, l’Elysée a donc choisi de faire appel au Johnny Hallyday du design français. Qui a bâti sa fortune et sa renommée internationale en relookant des nouilles pour Panzani, en dessinant des couteaux pour Laguiole, en vendant des maisons dans le catalogue 3 Suisses, ou en affublant tous les restaurants qu’il a décorés de par le monde de lustres, de dorures et de verroteries versaillaises. Ce choix convient parfaitement à Nicolas Sarkozy: Philippe Starck n’est-il pas le plus bling-bling des créateurs français?

 

On se le demandait ce matin encore, en l’entendant dégouliner de suffisance et d’affectation à la radio. Où il était complaisamment interrogé sur les 22 maisons qu’il possède de par le monde. «Non, non, ce ne sont que des petites cabanes», minaudait le multimillionnaire. Vulgaire comme avant-hier, lorsqu'il avait frétillé d’excitation en imaginant dans la poche d’un jean la pièce de 2 euros qu’il a créée pour cette présidence.

 

Un Christian Lacroix ou une Andrée Putman, par exemple, auraient fait des ambassadeurs de France un peu plus intéressants, se disait-on ce matin. Mieux encore: au lieu de promouvoir un mandarin qui n’en a vraiment plus besoin, on aurait pu profiter de ce tremplin international pour populariser des créateurs moins connus, pour valoriser des jeunes talents – dans le design notamment, la France en découvre tant (ici, notamment).

Vue sous cet angle, et en attendant de voir ce qu’il va faire de ce poste, la désignation de Starck comme directeur artistique de la présidence européenne apparaît comme une belle occasion ratée.