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11/09/2008

Un événement

f46ecfd1210cb6da89745f364b763292.jpgC’est incontestablement l’événement de la rentrée culturelle parisienne, l’exposition qui défraie la chronique, qui déchaîne les passions et dont tout le monde va parler ces prochains mois: Jeff Koons, la star américaine de l’art contemporain, au château de Versailles. Le vernissage avait lieu hier. On y était. Et c’était vraiment un très bon moment.

En effet, il y avait beaucoup d’ambiance. Il s’agissait sans doute du vernissage le plus fliqué de France, avec des attachées de presse rigides, énervantes et stressées à souhait et des vigiles musclés un peu partout. La valeur des œuvres exposées, il est vrai, atteint des sommets jamais égalés pour l’art contemporain, Jeff Koons étant l’artiste le mieux coté sur le marché en ce moment. En plus, vu la contestation régnant autour de cette exposition, on pouvait craindre des déprédations. Finalement, seules quelques dizaines de protestataires, pour l’essentiel très âgés, manifestèrent contre la présence de l’icône du kitsch en des lieux aussi nobles que le château royal, qualifiée de «provocation» et de «scandale».

On n’est absolument pas d’accord avec ce genre d’anathèmes. Au contraire, on a trouvé cette expo aussi passionnante que réjouissante.

568f1cb8e4cf03cdc11465e06b7368ac.jpgCar la confrontation des styles versaillais et koonsien crée évidemment des contrastes fascinants. Comme le Louvre il y a quelques mois avec l’expo Jan Fabre, comme en ce moment le château de Fontainebleau grâce à sa collaboration avec le palais de Tokyo, le patrimoine historique n’est jamais aussi beau que lorsqu’on le sort de son formol, lorsqu’on le bouscule et on le réveille en lui faisant côtoyer d’autres formes d’expression artistique. Cela crée des tensions, ou au contraire des rapprochements, qui sont souvent très éclairants. Cela découvre aussi de nouveaux points de vue sur ce patrimoine, et donc contribue à sa remise en valeur.

Ainsi, on ne peut que se demander où est le kitsch quand, à côté des œuvres de Koons, on contemple les robes froufrouteuses des tableaux de Fragonard, les dorures des brocarts, la frivolité des soieries, la préciosité des cofffres à bijoux en nacre et en acajou. Ainsi, la grande et somptueuse Galerie des glaces éblouit d’autant plus quand elle se reflète dans le bleu métallique de l’énorme scultpure «Moon ». Cette remise en valeur de Versailles est d’autant plus évidente que le choix de l’emplacement des œuvres de Koons est souvent remarquable. L’énorme «Hanging Heart», si voyant, réveille au regard du visiteur et donc réhabilite l’alcove et l’escalier de la Reine, d’habitude négligés. La structure géométrique du grillage métallique auquel sont accrochées les bouées en forme de tortues souriantes de «Chainlink Fence» renvoie aux losanges de marbre de la décoration murale de la salle des Gardes. L’énorme sculpture en forme de vase de fleurs exposée dans la chambre de la Reine se fond à merveille dans le décor floral des nobles tapisseries.

849c8f26e97b0d918064046c7538db3e.jpgA cet égard, en contemplant cette structure en bois polychrome, on ne peut qu’être bluffé par la maestria technique de l’artiste. Un «fumiste», Koons? Un «imposteur»? Que ceux qui croient cela observent d’un peu plus près la texture de ses sculptures en acier chromé («Lobster», par exemple): elles sont d’une telle finesse qu’elles ressemblent à s’y méprendre à de fragiles baudruches de plastique gonflable. Ou qu’ils aillent faire quelques pas dans le jardin de l’Orangerie et contemplent la fameuse sculpture végétale «Split Rocker». L’œuvre  maîtresse de Koons est aussi une prouesse technique. Haute de plus de dix mètres, elle est plantée de plus de 90.000 fleurs et équipée d’un système d’arrosage automatique constitué de pas moins de 10.700 goutteurs.

Hier, au pied de cette œuvre immense, la star américaine était presque touchante avec son petit costume de premier communiant et son enthousiasme juvénile. Aux anges, il convenait que cette grande rétrospective à Versailles était pour lui «un rêve devenu réalité».

9ccb6d7f0dccc9c20f4084aa49cadb4f.jpgC’est en tout cas une fabuleuse initiative, pleine d’audace et de créativité – loin de la conception d’un patrimoine poussiéreux et fossilisé. Ceux qui protestent aujourd’hui sont sans doute les mêmes qui, dans les années 80, ont tempêté contre la Pyramide du Louvre. Vingt ans plus tard, l’œuvre magistrale de Pei fait l’unanimité. L’Histoire donne toujours tort aux conservatismes.

Commentaires

C'est moche, c'est laid... Bienvenue dans la branlette intellectuelle

Écrit par : sylvain | 11/09/2008

C'est sûr, la plupart des gens n'oseront pas trouver ça laid et déplacé dans le château de Versailles, car ils ont la trouille de se faire traiter de vieux cons réacs et conservateurs. Ce que vous faites d'ailleurs, tout comme l'intelligentsia de gauche bobo parisienne.
Il est évident qu'il FAUT aimer l'art contemporain et même s'extasier devant un amoncellement de poubelles (comme il y a quelques années à une expo de sculpture).
Ceci est valable pour un certain cinéma et certaines créations théâtrales et de danse contemporaine.
De toutes façons dans une société où tout est égal à tout, il est interdit de trouver des choses moches, sauf si elles sont anciennes et acceptées par "l'ordre établi", alors là elles deviennent "kitsh". Comparer Fragonard et le homard géant, ça vient vraiment d'un cerveau formaté par la pensée unique...
Vous devriez relire le conte "les habits neufs de l'Empereur".
Vous savez bien, les habits que seuls les gens très très intelligents peuvent voir... Et tout le monde de s'extasier sans se rendre compte que l'Empereur est nu .
Arf !

Écrit par : thalyssette | 11/09/2008

Sans porter de jugement, je trouve votre chronique très enlevée.
Merci pour la visite : c'est vivant, visuel, et ça laisse à penser - what else?

Écrit par : Tania | 12/09/2008

C'est marrant, au moment même où j'ai lu l'article de BD, j'ai su avec une certitude absolue qu'en cliquant sur "commentaires", je trouverais une "beuglante" du style Thalyssette...
Je soupçonne même BD d'avoir écrit son humeur du jour rien que pour ça ;))
Et, à la réflexion, je trouve que les deux opinions se défendent ou, après réflexion, qu'au contraire, aucune n'est pertinente...
Rien dans l'art, après tout, n'est ni kitsch, ni à condamner, ni à proscrire, etc. L'art doit tenter de parler au coeur de chacun mais chacun se laissera séduire par une forme d'art différente.
Perso, j'ai du mal avec l'art contemporain, je l'avoue, il ne me parle pas, ne m'émeut pas mais je ne suis pas contre une nouvelle expérience, donc oui à cette confrontation insolite dans Paris!
Et, pour la pyramide du Louvre, par contre, mille fois oui et depuis le début!

Écrit par : Catherine | 13/09/2008

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