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23/09/2008

Un accueil (encore)

9a76f3a075fb757379b5344742396779.jpgTrois jours après, on en riait encore hier, rue Charlot. De la façon dont TF1, vendredi soir, a rendu inaudibles pour le téléspectateur moyen les quelques huées qui ont accueilli l’arrivée des premiers «star-académiciens» dans leur maison de cette artère du Haut-Marais, dont les habitants ne sont pas majoritairement acquis au célèbre télé-crochet.

«Dans le quartier, les gens ne parlent que de cela», nous confiait hier un ami qui habite depuis dix ans rue Charlot. Et qui est très mi-figue mi-raisin par rapport au show de TF1. Côte pile, certes, «cela a resserré les liens entre les habitants, a montré qu’il existait une vraie conscience de quartier». Côté face, notre interlocuteur est très remonté contre «la privatisation de l’espace public» amenée par l’implantation de la télévision commerciale dans la rue. Exemples? Le blocage d’une partie de l’artère, dès vendredi soir, par les policiers, ou les places de stationnement ventousées pour les besoins de la prod. «Dans la rue, il y a souvent des tournages de films ou de documentaires: jamais ils ne bénéficient d’un tel régime de faveur». «Mais ce qui énerve le plus les gens ici, c’est que les réalités de ce quartier ne sont pas médiatisées. C’est le fossé existant entre ce que l’on vit quotidiennement dans cette rue et ce qu’ils nous passent à la télé. C’est le décalage entre cette télé-poubelle normative et paillettes et la vraie vie de quartier».

5f705fdc4aca1f72eee0fb90695ea723.jpg En ce moment, rue Charlot, on retrouve le même discours sous la forme d'affichettes promotionnant la «Rue Charlot Academy». Le passant est invité à «devenir une star à la place d’un travailleur sans-papiers». Car des clandestins en quête de régularisation, on  en trouve plusieurs centaines ici: à l’autre extrémité de la rue, ils squattent depuis des mois la Bourse du travail.

Deux photographes qui ont leur atelier la rue Charlot ont donc profité de la venue de l’émission de télé-réalité pour attirer l’attention sur le sort de ces sans-papiers. Auparavant, ils s’étaient déjà illustrés en invitant les habitants de la rue à se faire prendre en photo à côté d’un clandestin en exhibant leur pièce d’identité. Aujourd’hui encore, ces témoignages de solidarité sont placardés sur un grand mur à l’entrée de la rue Charlot.

Désormais, chaque jour pendant plusieurs heures, devant l’immeuble occupé par les élèves de la Star Ac’, il est proposé aux passants de glisser leur tête dans l’une des trois silhouettes de carton grandeur nature représentant des travailleurs sans-papiers en tenue de travail: en habits de femme de ménage, de cuisinier ou de maçon. «Nous voulons montrer que les sans-papiers sont des travailleurs, alors que la Star Ac’ est une émission qui promet de devenir star pour travailler le moins possible», expliquait l’autre jour un des deux promoteurs de la «Charlot Academy».

11b1026ceb2e9d8042fbd52b99d0d5b2.jpg Il s’agit aussi d’attirer l’attention sur les disparités de conditions de logement dans la rue Charlot. Les familles de sans-papiers croupissent, entassées à 450 dans des locaux exigus. Les 15 gamins de la Star Ac’, eux, jouissent d’un hôtel particulier entièrement remis à neuf, qui totalise… 2500 m2 de surface. Vu ce contraste entre voisins d’une même rue, faut-il d'ailleurs encore parler de télé-«réalité»?

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