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30.09.2008

Un abus

Avez-vous remarqué comme, depuis l’éclatement de la crise financière internationale, le vocabulaire le plus dramatique est utilisé? Comme si la situation n’était pas déjà sufisamment inquiétante et qu’il fallait encore en rajouter dans l’anxiogène.

On avait déjà eu droit au «Les Français ont peur» de Nicolas Sarkozy, qui rappelle le légendaire, et si critiqué à l’époque, «La France a peur» de Roger Gicquel - en 1976, au 20 Heures de TF1. On nous asséna ensuite que le monde était passé «à deux doigts de la catastrophe», que la planète était «au bord du gouffre», et que la finance mondiale était «dans la tourmente». Autant de termes qui, si on prend un peu le temps de s'attacher au poids des mots, ne signifient tout de même pas rien. Ce matin, on a lu un commentaire parlant carrément d’«apocalypse». Pour mesurer l’abus de langage, il suffit d’ouvrir le «Robert». Apocalpyse? «Fin du monde», rien de moins. Apocalyptique? «Qui évoque la fin du monde, de terribles catastrophes». Un paysage d’apocalypse? Un paysage «grandiose et terrifiant». Sans paraître idiotement lénifiant et dédramatisant, devant un telle avalanche de termes lexicalement si contestables, on était plutôt d’accord avec Christian Noyer en l’entendant à la radio ce matin. Le gouverneur de la Banque de France estimait que la situation était assez grave pour encore en rajouter et demandait que l’on «arrête de se faire peur collectivement».

Avez-vous remarqué comme, lorsqu’ils sont confrontés à une abondance de nouvelles préoccupantes, les médias, bons princes, aiment donner un peu de répit à leur public en accordant une large attention aux actualités les plus heureuses? On l’a encore vu hier, avec cette histoire d’accident d’avion manqué «d'extrême justesse» dimanche par le Premier ministre François Fillon. C’est une si merveilleuse histoire. A l’approche de l’aéroport militaire de Villacoublay, en banlieue parisienne, le Falcon 900 du chef de gouvernement a quasi miraculeusement échappé à une collision avec un petit Cessna égaré, qui s’était retrouvé à 60 mètres à peine de son appareil. En entendant ce modeste incident répété en boucle et à longueur de journées, les Français ont dû se dire que, tout de même, le monde n’allait pas si mal que cela puisqu'il y avait un pilote dans l'avion.

Avez-vous remarqué comme, dans cette dernière affaire, on a peu relevé une info collatérale révélée par cet incident? A savoir que, pour rentrer de week-end de son fief sarthois, le chef de gouvernement utilise donc l’avion. Alors qu’entre Angers et Paris le dimanche soir, il doit bien y avoir deux TGV par heure et que le trajet doit prendre à tout casser même pas deux heures. Ce choix de l’avion plutôt que du TGV, c’est pour éviter de devoir déranger les clients de la SNCF avec de fastidieuses et interminables opérations de déminage des trains, argumentait Matignon ce matin, sentant poindre un début de polémique sur ce recours abusif  (environnementalement, en tout cas) au transport aérien. Mais un commentateur peu charitable rappelait derechef que, pour l’inauguration du TGV-Est déjà, François Fillon avait couvert l’événement en avion. Alors que le train utilisé pour les cérémonies officielles avait évidemment été entièrement sécurisé et que donc son excuse favorite du déminage ne tenait pas le moins du monde…

29.09.2008

Un empire

Dans la foulée de la note de vendredi, sur la crise que traverse le secteur des cafés et des restaurants à Paris, certains parviennent à parfaitement tirer leur épingle du jeu, voire réussissent, malgré le contexte déprimé, à continuer à faire de plantureuses affaires. On y repensait ce week-end encore, attablé aux «Caves Saint-Gilles», une de nos cantines du quartier. En effet, ce bar à tapas du Marais appartient à un groupe qui est à la tête d’un empire dans la Ville Lumière: le groupe Costes.

Ces deux frères, Jean-Louis et Gilbert Costes, ont connu une véritable «success story» à l’américaine. Dans les années 70, ces fils de paysans aveyronnais sont montés à Paris, où ils ont enchaîné  les petits boulots dans des restaurants. Au début des années 80, ils ont ouvert le «Café Costes», aux Halles, décoré par un jeune artiste qui deviendra plus tard une icône internationale du design: Philippe Starck. Succès immédiat et début d’une ascension fulgurante.

Pour preuve: un quart de siècle plus tard, les frères Costes détiennent aujourd’hui une quarantaine d’établissements parisiens invariablement tous bondés chaque soir. On les retrouve aussi bien à Bastille («Iguana Café», «Sanz Sans», «China») qu’à Beaubourg (le «Café Beaubourg» de Portzamparc, «Le Georges» au sommet de Pompidou), au Louvre («Café Ruc», «Café Marly») ou dans les beaux quartiers de l’ouest parisien («L’Avenue», «La Grande Armée», L’«Hôtel Costes K», etc.). L’empire Costes, qui emploie 1500 personnes, ce ne sont pas seulement des bars, des restos et des hôtels, mais aussi des compilations musicales, un magazine et du parfum.

Une des explications de cet incroyable  succès? Le flair des deux hommes, qui ont le chic pour sentir les quartiers qui vont décoller. Ainsi, il y a dix ans, il fallait oser investir dans le «Café de la Musique» à la Cité du même nom, porte de Pantin. Idem ensuite avec le «MK2 Café», l’improbable mais gros succès de Jaurès-Stalingrad. Tandis que l’«Hôtel Amour», l’établissement qui a le plus alimenté la chronique parisienne l’an dernier, est à l’origine du décollage actuel du quartier Pigalle-Anvers, qui devient très branché alors que plus personne n’aurait parié sur lui.

La fortune sourit aux adacieux, dit l'adage. Cela vaut aussi à Paris et dans le monde de la nuit.

26.09.2008

Une crise

b0b3037576bee9381961982becbc8786.jpgDeux crises au menu de cette semaine. D’abord, évidemment, la grande crise financière et bancaire internationale, dont Nicolas Sarkozy hier soir encore disait qu’elle était la plus grave que le monde ait traversé depuis 50 ans. Crise qui occupe tous les esprits et qui, visiblement, préoccupe les gens – plus de sept Français sur dix se disent inquiets de ses répercussions sur leur vie quotidienne. Et puis, il y a une autre crise dont les médias français ont pas mal parlé cette semaine. Elle semble plus anecdotique car elle concerne un secteur bien déterminé de l’économie, mais elle a un impact important sur l’ambiance et sur le cadre de vie, en ville particulièrement et à Paris tout spécialement. C’est la grave crise traversée par le secteur des bars et des restaurants.

Les derniers chiffres sortis mardi ne laissent pas la moindre place au doute. Au premier semestre 2008, près de 3.000 restaurants, bars et cafés ont déposé leur bilan en France. Cela signifie qu’en moyenne, un café ferme ses portes chaque jour dans ce pays. Selon les régions, la fréquentation des cafés, bars, brasseries et restaurants a chuté de 10 à 30%. En 1997, 85% des Français se rendaient très régulièrement au resto et/ou au bistrot. Dix ans plus tard, ils ne sont plus que 41%. Selon les professionnels, cette dégringolade du secteur est la conséquence directe et combinée de la baisse du pouvoir d’achat, de la loi interdisant de fumer dans les lieux publics et des campagnes permanentes de sensibilisation à une moindre consommation d’alcool et à une alimentation moins riche.

Depuis la publication de ces chiffres, on est parvenu non sans mal à retrouver, cachées dans le fin fond de notre documentation, quelques données relatives à la capitale proprement dite. Et elles ne sont guère plus réjouissantes qu’à l’échelle du pays.

A Paris, on dénombre quelque 1367 cafés-tabacs et débits de boissons. Entre 2000 et 2006, ce nombre a chuté de 17%. Rien qu’entre 2003 et 2006, 251 bistrots ont fermé leurs portes dans la capitale. Si rien n’est fait, considèrent les professionnels du secteur, dans quinze ans, 60% des cafés de quartier auront disparu au profit des cafés des grandes chaînes et des établissements touristiques.

Un petit noir serré au zinc typique du coin? Ou un café en gobelet encartonné dans un Starbucks, exactement pareil à celui qu’on pourrait boire dans un établissement de cette chaîne à Rome, New York ou Tokyo? C’est peut-être un brin caricatural de résumer de la sorte la situation, mais c’est tout de même un peu cela la question.

25.09.2008

Un pari

«La musique adoucit les mœurs». Elle n’est donc pas du luxe, dans ce monde si «rude» qu’est la politique. C’est Ségolène Royal qui l’assurait hier soir, à la télé, en présentant le grand «Concert de la Fraternité» qu’elle organise ce samedi au Zénith. Le programme définitif de cette manifestation est désormais connu. Sur scène, on verra des peoples qui, l’an dernier, faisaient partie de son comité de soutien (Benjamin Biolay, Ariane Mnouchkine, Patrick Fiori, Cali, etc.), des jeunes qui montent (Ridan, da Silva ou Princess Aniès) et quelques vieilles gloires sorties pour l’occasion du formol (Trust, Hervé Villard ou Georges Moustaki). Bref, des «artistes engagés», qui, tous, «évoqueront les enjeux de fraternité et de lutte collective».

L’an dernier, à l’issue de sa campagne élyséenne, Ségolène Royal avait promis d’organiser une telle fête, pour remercier tous ceux qui l’avaient épaulée. Clairement, il ne s’agit pas uniquement d’un rendez-vous artistique: l’événement a une dimension nettement politique. En tentant d’amasser les foules de supporteurs autour d’elle, la socialiste espère se relancer, elle que les sondages donnent en perte de vitesse. Singulièrement, elle entend marquer les esprits des militants socialistes, qui sont actuellement en plein processus de désignation de leur prochain dirigeant.

A cet égard, Ségolène Royal s’est lancé un fameux défi, et a pris un gros risque, en jetant son dévolu sur le Zénith. En effet, cet immense paquebot amarré aux portes de Paris peut accueillir jusqu’à une demi-douzaine de milliers de personnes. Du coup, si d’aventure, samedi soir, il devait rester à moitié vide, l’effet médiatique et symbolique de cet échec serait catastrophique pour la socialiste, et aurait un impact politique indéniable.

C’est pourquoi son équipe va probablement veiller à habilement gérer les lieux. A la télé, tous les professionnels de la com’ vous le diront, il n’y a rien de pire que des plans de gradins clairsemés. Dès lors, on peut imaginer que lorsque le public entrera dans l’énorme hall de concert du Zénith, celui-ci ne lui apparaîtra pas d’emblée dans sa configuration la plus vaste. Au contraire, son cloisonnement en différentes aires plus petites et séparées de grands rideaux noirs, comme c’est possible, permettra aux organisateurs d’ouvrir progressivement de nouveaux espaces en fonction de la densité de la foule. Et donc de toujours veiller à ce que le rendu télévisuel de la manifestation donne une image d’affluence.

Depuis des semaines, au demeurant, les comités «Désirs d’avenir» se démènent sans compter pour assurer la promo de l’événement. On peut parier que, pour assurer le succès de ce «Zénith de la fraternité», la redoutable machine logistique royaliste ne manquera pas d’affréter des cars en provenance de tous les départements. Ségolène Royal elle-même, d’ailleurs, ces derniers jours, a multiplié les courriels adressés à ses sympathisants pour les presser de se rendre à Paris samedi. Et, au besoin, pour corriger les rumeurs malveillantes que ses opposants n’ont pas manqué de faire circuler à propos de son méga-concert. Ainsi, un bruit a couru récemment, selon lequel, pour pouvoir assister à cette manifestation annoncée pourtant comme gratuite, les spectateurs, à l’entrée, seraient en fait très fraternellement mais aussi et surtout très fortement invités à s’acquitter d’un montant minimal de dix euros. Un argument potentiellement dissuasif en ces temps de préoccupation populaire pour le pouvoir d’achat. Ségolène Royal l’a bien compris. Histoire de tordre d’emblée le cou à cette rumeur, elle s’est immédiatement fendue d’un démenti catégorique, rappelant que la participation aux frais serait totalement libre.

Verdict samedi soir pour voir si cela aura suffi et si la socialiste a gagné son pari.

24.09.2008

Une réprimande

Dans les colonnes du journal «Le Parisien» hier matin, Xavier de Rosnay et Gaspard Auge, les deux musiciens du groupe électro-pop français Justice, revenaient pour la première fois en longueur sur la furieuse polémique à propos de leur clip « Stress». En résumé (si vous avez loupé la controverse, relire ici ou ), ce clip ultra-violent, qui montrait des jeunes de banlieue en train de faire le coup de poing, a été accusé de propager une vision caricaturale et xénophobe de la jeunesse des «quartiers», comme on dit maintenant. Ce qui vaut au groupe d’être traîné en justice.

Les deux musiciens – eux aussi originaires de la banlieue parisienne, mais plutôt côté chic – assurent que le clip ne véhicule pas le moindre «message politique». Devant l’accusation de racisme, ils tombent des nues et lèvent les yeux au ciel. «Ce clip était juste l’illustration d’un morceau générant du stress, du malaise. Si on avait été Anglais en 1977, on aurait mis en scène des punks attaquant des petites vieilles ou des sosies de la reine d’Angleterre». Avant sa diffusion, la vidéo a été testée sur différents publics, y compris blacks ou beurs, sans poser de problèmes.

Il n’empêche, filmer des Noirs de banlieue attaquant des Blancs de la capitale n’allait-il pas forcément choquer? Le duo déplore une lecture raciale du film de Romain Gavras. Les jeunes voyous filmés «ne s’en prennent pas qu’à des Blancs», rappellent-ils. «La première personne qui se fait attaquer, c’est un Noir et c’est la seule à défendre une autre victime. Après, on y voit ce que l’on veut. Il n’y a pas que des Noirs dans ce clip. Non. Il n’y a que des Français. Le premier pas vers le racisme, c’est de faire une segmentation par race. Ceux qui résument le clip à cela révèlent un malaise sur le visage de la France d’aujourd’hui».

«Stress» n’a dû son formidable succès d’audience qu’à internet. Ce clip, en effet, n’a jamais été montré à la télé. Parce qu’il a été censuré par les diffuseurs, car jugé trop violent? Pas du tout, démentent Xavier de Rosnay et Gaspard Auge. «Des choses fausses ont été écrites. La vidéo n’a jamais été bannie de la télévision. Elle n’était que sur internet pour que les gens aient le choix de la voir ou pas».

 

De toute manière, si «Stress» leur avait été proposé, il y a fort à parier que les télés françaises y auraient regardé à deux fois avant de le diffuser. En effet, elles sont soumises à une très stricte surveillance de la part du Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA).

Pour preuve, tout récemment encore, le gendarme du PAF a adressé une très sèche réprimande à «Virgin 17», une chaîne de la TNT. En cause, la diffusion, un mercredi après-midi, d’un clip du fameux (et plutôt doué) rapeur américain Kanye West. Ce clip (plutôt vulgaire) illustre le morceau (plutôt moyen) «Flashing Lights». «En raison de la violence suggérée par la dernière scène», le CSA a sermonné la chaîne pour avoir diffusé ce clip accompagné uniquement  d’une signalétique de catégorie II (déconseillé aux moins de 10 ans). Pour l’organe de contrôle, le clip ne doit carrément pas être diffusé en journée, et a fortiori pas le mercredi, lorsque les gosses sont en congé. Le CSA vient donc de sommer «Virgin 17» de faire preuve désormais «de davantage de vigilance» dans sa programmation muscicale, sous peine d’être sanctionnée.

Le clip controversé ci-dessous, pour que chacun puisse juger. Dans la version qui circule sur internet, il est précédé – à l’inverse de «Stress» de Justice – d’un avertissement précisant qu’il ne s’agit que d’une expression artistique et invitant le spectacteur au discernement. Comme manifestement cela ne suffisait pas, une deuxième version, soft, du clip a été tournée et est désormais diffusée sur la plupart des télés. Toute trace de violence y a disparu: on n’y voit que des bimbos sculpturales se trémoussant lascivement. Le CSA n’a pas encore réagi.

 

23.09.2008

Un accueil (encore)

9a76f3a075fb757379b5344742396779.jpgTrois jours après, on en riait encore hier, rue Charlot. De la façon dont TF1, vendredi soir, a rendu inaudibles pour le téléspectateur moyen les quelques huées qui ont accueilli l’arrivée des premiers «star-académiciens» dans leur maison de cette artère du Haut-Marais, dont les habitants ne sont pas majoritairement acquis au célèbre télé-crochet.

«Dans le quartier, les gens ne parlent que de cela», nous confiait hier un ami qui habite depuis dix ans rue Charlot. Et qui est très mi-figue mi-raisin par rapport au show de TF1. Côte pile, certes, «cela a resserré les liens entre les habitants, a montré qu’il existait une vraie conscience de quartier». Côté face, notre interlocuteur est très remonté contre «la privatisation de l’espace public» amenée par l’implantation de la télévision commerciale dans la rue. Exemples? Le blocage d’une partie de l’artère, dès vendredi soir, par les policiers, ou les places de stationnement ventousées pour les besoins de la prod. «Dans la rue, il y a souvent des tournages de films ou de documentaires: jamais ils ne bénéficient d’un tel régime de faveur». «Mais ce qui énerve le plus les gens ici, c’est que les réalités de ce quartier ne sont pas médiatisées. C’est le fossé existant entre ce que l’on vit quotidiennement dans cette rue et ce qu’ils nous passent à la télé. C’est le décalage entre cette télé-poubelle normative et paillettes et la vraie vie de quartier».

5f705fdc4aca1f72eee0fb90695ea723.jpg En ce moment, rue Charlot, on retrouve le même discours sous la forme d'affichettes promotionnant la «Rue Charlot Academy». Le passant est invité à «devenir une star à la place d’un travailleur sans-papiers». Car des clandestins en quête de régularisation, on  en trouve plusieurs centaines ici: à l’autre extrémité de la rue, ils squattent depuis des mois la Bourse du travail.

Deux photographes qui ont leur atelier la rue Charlot ont donc profité de la venue de l’émission de télé-réalité pour attirer l’attention sur le sort de ces sans-papiers. Auparavant, ils s’étaient déjà illustrés en invitant les habitants de la rue à se faire prendre en photo à côté d’un clandestin en exhibant leur pièce d’identité. Aujourd’hui encore, ces témoignages de solidarité sont placardés sur un grand mur à l’entrée de la rue Charlot.

Désormais, chaque jour pendant plusieurs heures, devant l’immeuble occupé par les élèves de la Star Ac’, il est proposé aux passants de glisser leur tête dans l’une des trois silhouettes de carton grandeur nature représentant des travailleurs sans-papiers en tenue de travail: en habits de femme de ménage, de cuisinier ou de maçon. «Nous voulons montrer que les sans-papiers sont des travailleurs, alors que la Star Ac’ est une émission qui promet de devenir star pour travailler le moins possible», expliquait l’autre jour un des deux promoteurs de la «Charlot Academy».

11b1026ceb2e9d8042fbd52b99d0d5b2.jpg Il s’agit aussi d’attirer l’attention sur les disparités de conditions de logement dans la rue Charlot. Les familles de sans-papiers croupissent, entassées à 450 dans des locaux exigus. Les 15 gamins de la Star Ac’, eux, jouissent d’un hôtel particulier entièrement remis à neuf, qui totalise… 2500 m2 de surface. Vu ce contraste entre voisins d’une même rue, faut-il d'ailleurs encore parler de télé-«réalité»?

22.09.2008

Un revirement

C’était prévu pour survenir aujourd’hui, premier jour de l’automne. C’était attendu pour ce soir précisément, à Paris à la tombée de la nuit. Et cela n’allait certainement pas passer inaperçu aux yeux de millions de Parisiens et de touristes. Et puis non, finalement, la mesure a été reportée.

On parle de la tour Eiffel. Chaque soir depuis le 31 décembre 1999, vestige des festivités du passage à l’an 2000, le célèbre monument s’illumine et scintille pendant les dix premières minutes de chaque heure. Le spectacle est kitschissime à souhait, mais absolument grandiose, voire carrément féerique. Ce 22 septembre, ce dispositif aurait dû être revu à la baisse: le scintillement n’aurait plus duré que cinq minutes par heure. «Une décision symbolique»: les économies d’électricité ainsi réalisées étaient censées montrer le souci de la capitale française pour le développement durable.

Finalement, il n’en sera rien, a-t-on entendu dans un demi sommeil à la radio, tôt ce matin. La présidence française de l’Union européenne a prié la société gérant la tour de maintenir telle quelle la durée de scintillement du monument. Dans la foulée, est également conservée la décoration lumineuse bleue qui, dès la tombée du jour, éclaire l’édifice aux couleurs de l’Europe.

C’est la deuxième fois que les autorités reviennent sur un projet de réduction de l’illumination de la tour Eiffel. A la mi-2001, la «robe de diamants» dont on avait paré la tour pour l’an 2000 était arrivée techniquement en bout de course et avait été arrêtée. Mais la déception des touristes et les plaintes des Parisiens avaient ensuite conduit la ville à faire marche arrière. Du coup, en 2003, 20.000 nouvelles ampoules lumineuses dites «à éclats» avaient été installées sur toute la structure du monument. Ce sont elles qui, depuis, assurent chaque soir le grand spectacle.

Celui-ci se poursuivra donc, jusqu’à nouvel ordre. Ce ne sera pas très écologique (*). Mais, au moment où à Paris aussi, les jours raccourcissent et les soirées se refroidissent, cela rendra cette nouvelle saison un peu moins sinistre.

(*) Pour, tout de même, faire quelques économies d’électricité, est désormais étudiée la possibilité de poser des panneaux solaires sur les toits des restaurants hébergés dans la structure de la tour. 

19.09.2008

Une visite

A Paris comme partout ailleurs ce week-end, les Journées du Patrimoine. Parce que la petite histoire des grands de ce monde fait toujours recette, parce que les coulisses des lieux de pouvoir ont toujours excité la curiosité populaire, il y a fort à parier que cette année encore, la queue va être interminablement longue rue du Faubourg Saint-Honoré, devant les grilles du palais de l’Elysée.

L’an dernier, pour la première fois dans les annales, le bureau personnel du Président de la République avait été ouvert au public. Cette année, les visiteurs auront accès à trois salons supplémentaires dont le célèbre salon d’Argent, où Napoléon signa son acte d’abdication le 22 juin 1815, après avoir été défait à Waterloo. Sinon, à l’occasion de cette Journée, le chef de l’Etat a voulu «mettre l’Histoire en valeur sous un angle inédit». Du coup, dans le salon Napoléon III, seront présentés au public «les menus d’hier et d’aujourd’hui, donnés en l’honneur d’invités illustres». Et dans la Cour d’honneur, les visiteurs pourront s’extasier devant «une collection unique de voitures présidentielles des débuts de la Cinquième République».

Dans le petit dépliant de présentation du Palais qui leur sera remis à leur arrivée, les visiteurs de l’Elysée découvriront un cliché inédit du couple Sarkozy-Bruni, réalisé spécialement pour l’occasion par la grande photographe américaine Annie Leibowitz. La photo montre un couple plus amoureux et glamour que jamais, limite illu de couverture d’un bouquin de la collection «Harlequin».

Ce week-end, d’ailleurs, l’amour pourrait bien priver les visiteurs de l’Elysée du bonheur incommensurable d’une poignée de main avec le maître de maison. Nicolas Sarkozy, en effet, est attendu en début de semaine prochaine à l’Assemblée générale des Nations unies. Or, il se murmure qu’il pourrait anticiper son départ à ce week-end pour pouvoir jouir avec madame d’un merveilleux week-end en amoureux à New York.

Il n’y a pas à dire: ces gens savent vivre.

18.09.2008

Un artiste

b8157ef6fdfb8f4aa0e66e15ff7e30ef.jpgBelle rentrée culturelle à Paris, décidément, sur le plan des expositions. Après Koons à Versailles, inaugurée la semaine dernière, voilà cette semaine Villeglé à Beaubourg. Une rétrospective qui, outre son intérêt propre, a l’avantage de se dérouler au sixième et dernier étage du Centre Pompidou, d’où l’on jouit bien sûr d’une vue panoramique splendide sur la capitale (*)

Jacques Villeglé est généralement inconnu au bataillon du grand public. Ce vieux monsieur aujourd’hui âgé de 82 ans s’est pourtant illustré dans une technique artistique aussi particulière qu’intéressante: l’affiche lacérée marouflée sur toile. Pendant des décennies, il a parcouru le monde entier en observant les murs des villes, en a prélevé des affiches et les a recollées sur des toiles, parfois après les avoir recadrées. Et cela donne souvent un très beau résultat.

On peut s’en rendre compte en observant la centaine d’œuvres réunies à Beaubourg pour cette rétrospective. Nombre proviennent d’ailleurs des murs de notre cher quartier Bastille-Répu-Marais, Villeglé ayant longtemps eu son atelier rue au Maire, dans le Haut-Marais. Dans les toiles, on retrouve de vieilles affiches d’expositions, de spectacles ou de concerts mais aussi des affiches électorales ou publicitaires. De temps en temps, y surgissent des formes familières: le regard de Giscard, le visage de Barbara Streisand ou le torse d’Iggy Pop.

 

 

d429cf0765046152b62423260c15f62e.jpgMaculées, déchirées, raturées, dégradées, surcollées les unes sur les autres, abîmées par les passants, les ans ou le mauvais temps, ces pelures de murs, puisqu’il s’agit vraiment de cela, prennent une toute autre dimension. Les messages s’y télescopent, amenant souvent de savoureaux rapprochements. Les contours s’estompent, suscitant régulièrement l’interrogation. D’année en année, de ville en ville, de rue en rue et de mur en mur, ce sont des pans entiers de la petite histoire quotidienne qui nous sont rappelés. Esthétiquement, c’est souvent assez réussi, les déchirures de couleurs créant même parfois des fulgurances qui ne sont pas sans rappeler les grands maîtres de l’art abstrait.

 

Du coup, ces œuvres font figure de respirations urbaines qui ne devaient être qu’éphémères mais qui ont été miraculeusement préservées. De créations graphiques momentanées, devant lesquelles les gens n’ont sans doute fait que passer, sans le plus souvent même s’arrêter pour les regarder, mais qui, ici, ont été réhabilitées. Par la grâce de l’artiste, c’est donc un moment du temps de la ville et un souvenir de la trace de l’homme qui, pour la mémoire, ont été figés. Au total, un concentré assez fascinant d’urbanité/d’humanité.

 

 

(*) Il y a quelques années encore, d’ailleurs, avant que le contrôle des billets ne soit déplacé avant le grand escalator, les étages de Pompidou étaint en accès libre, ce qui permettait au tout-venant de jouir gratuitement de ce majestueux panorama. Désormais, celui-ci n’est plus accessible qu’aux détenteurs de billets. C’est vraiment regrettable.

17.09.2008

Une pratique

On a toujours bien aimé les vieux dictons populaires. Ce matin, en arrivant au bureau, on était donc ravi d’en trouver un dans notre boîte mail, un joli en plus: «Charbonnier est maître chez lui». C’est l’association «Union des familles en Europe» qui, dans un communiqué assez comiquement virulent, vient de rappeler cette maxime à la ministre française de la Famille, Nadine Morano.

Cette ministre, l’autre jour, a signé au nom de la France, l’appel lancé par le Conseil de l’Europe contre le recours à la pratique de la fessée dans l’éducation des enfants. L’association familiale ne décolère pas. «Sans se prononcer ni pour ni contre la fessée», elle estime que «les parents sont les meilleurs experts de l’éducation à donner à leurs enfants». La ministre est donc sommée de «s’occuper des questions qui la regardent, par exemple le pouvoir d’achat des familles, au lieu de disqualifier les parents par de telles prises de position!»

L’association en profite pour ressortir les résultats d’une enquête sur les châtiments corporels, qu’elle a réalisée l’an dernier auprès de 685 grands-parents, 856 parents et 776 enfants. Il en ressort que la pratique de la fessée est très courante: 95% des grands-parents, 95% des parents et 96% des enfants ont déclaré avoir déjà reçu une fessée. 84% des grands-parents et 87% des parents ont reconnu en avoir déjà donné une. Ce sondage indique également qu’une majorité de grands-parents (61%) et de parents (53%) – mais seulement une minorité d’enfants (39%) –   s’opposent à l’interdiction de la fessée.

«Qu’ils soient pour ou contre les fessées, les adultes interrogés ont demandé massivement que les pouvoirs publics se mêlent de ce qui les regarde», écrit l’Union des familles, partant du principe que «chacun éduque son enfant comme bon lui semble, sans abus bien sûr». Du reste, «beaucoup font la distinction entre la fessée bien méritée, qui n’a jamais tué son monde, et les autres châtiments corporels. Les familles ajoutent que ce qui vaut pour un enfant ne vaut pas forcément pour un autre». Plus de sept parents sur dix (77%) considèrent que les fessées qu’ils donnent ont une visée strictement éducative. Mais 21% des parents reconnaissent qu’il y chez eux aussi une part de défoulement dans l’octroi de cette punition. Un point de vue que partage plus d’un enfant sur quatre (28%).

28%. Ce chiffre est vraiment interpellant. On n’a pas vraiment de souvenir particulier, mais cela doit être vraiment bizarre, quand on est un enfant, d’avoir le sentiment et d’éprouver la sensation que son propre corps est en train de servir d’objet de défoulement, à ses parents qui plus est.

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