28/10/2008
Une descente
Voilà qui ne va pas calmer le débat autour de l’art contemporain. On ne l’a appris qu’hier soir: vendredi dernier, une escouade de policiers en civil a suscité un gros émoi au Grand Palais, en effectuant une descente musclée dans le saint des saints de l’art contemporain: la FIAC (Foire internationale d'art contemporain).
Les pandores en voulaient à une galerie d’art moscovite qui exposait les œuvres du Russe Oleg Kulik. Cet artiste aussi trash que tourmenté est un habitué des photos de nus mettant en scène des animaux. Les policiers étaient mandatés par le parquet pour faire respecter l'article 227-24 du Code pénal, qui punit la diffusion d'images à caractère violent, pornographique ou contraires à la dignité humaine et susceptibles d'être vues par des mineurs. Ils ont saisi les clichés litigieux, ont fait fermer le stand des galeristes puis ont placé ceux-ci en garde à vue pendant quelques heures.
Les milieux parisiens de l’art contemporain n’en sont pas encore revenus de cette descente policière. Ainsi, le directeur de la FIAC, Martin Bethenod, a défendu Oleg Kulik, le qualifiant d’«artiste de très, très grande qualité, dont l'intérêt artistique est tout à fait incontestable». Et de nombreuses voix se sont élevées pour critiquer un acte de «censure» de la justice. Justice qui, pour le coup, aurait fait preuve d’une inculture crasse en prenant des «mises en scène» artistiques de la zoophrénie, le concept fondateur d'Oleg Kulik, pour de vulgaires clichés faisant l’apologie de la zoophilie.
La censure et la création: ce n’est pas la première fois qu’une controverse de cet ordre agite les milieux de l’art en France (*). Ainsi, ces dernières années, la grande photographe américaine Nan Goldin a eu maille à partir avec les autorités françaises lorsqu’elle exposait dans l’Hexagone. Cette artiste se voyait reprocher des photos d’enfants nus (la célèbre «Klara et Edda faisant la danse du ventre», singulièrement) jugées comme flirtant d'un peu trop près avec la pédophilie. A Bordeaux, en 2000, une plainte déposée par une association familiale a même abouti à la mise en examen de l'organisateur d’une expo consacrée à cette artiste.
Quelques années plus tard, néanmoins, dans un saisissant retournement de situation, une rétrospective très courue de Nan Goldin était organisée… dans une église en plein cœur de Paris. Et la photographe américaine se voyait remettre en grandes pompes par le ministre de la Culture les insignes de Commandeur dans l’ordre des arts et des lettres.
Qui sait le même Oleg Kulik aujourd’hui voué aux gémonies par les procureurs de Rachida Dati sera-t-il demain décoré par Christine Albanel.
(*) Ces débats n’épargnent d’ailleurs pas la Belgique. L’a encore rappelé, il n’y a pas si longtemps, le tumulte provoqué par une rétrospective consacrée au grand photographe érotique japonais Nobuyoshi Araki.
11:32 Publié dans Dans le viseur | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : art, culture, justice, paris




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