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31/10/2008

Un «bonnet de nuit»

bonnet de nuit.jpgC’est, entre autres raisons, pourquoi on n’habiterait pas ailleurs à Paris: notre onzième arrondissement ainsi que son voisin, le troisième, a toujours été le quartier de prédilection des noctambules, insomniaques et fêtards de tout poil. Cette joyeuse ambiance, cela dit, pourrait ne pas longtemps perdurer. Les amoureux de la nuit dans ce coin de Paris, en tout cas, sont très chagrinés par deux mesures prises par les autorités. Mesures qui, selon eux, traduisent une volonté de coiffer Paris d’«un bonnet de nuit» - et hop, tout le monde au lit.

 

La première mesure a été prise cet été. La préfecture de police a adopté un nouvel arrêté relatif aux horaires d’ouverture et de fermeture des bistrots. Résultat: plusieurs bars plutôt sympas du Marais doivent désormais fermer leurs portes comme tout le monde à 2 heures du matin alors qu’auparavant, ils restaient ouverts jusqu’à 4 heures au moins. Le préfet a «nié toute volonté de coiffer Paris d’un bonnet de nuit». Mais il est resté sourd aux récriminations des tenanciers de ces établissements, qui, leur activité étant réduite, ont dû licencier du personnel. Il n’a pas davantage été sensible aux arguments de la majorité de gauche au Conseil municipal. Celle-ci plaide pour «que Paris conserve, pour les touristes et pour les Parisiens, son énergie de ville dynamique et festive».

 

La deuxième mesure anti-fêtards vient d’être annoncée. Elle émane cette fois du député-maire socialiste du onzième, Patrick Bloche. Il s’agit à présent d’étendre très largement dans l’arrondissement le périmètre d’application d’un arrêté préfectoral. Cet arrêté limite, dès la nuit tombée, la consommation d’alcool sur la voie publique ainsi que la vente de bouteilles à emporter. La mairie invoque «un impératif de santé publique»: la lutte contre l’«alcoolisation» de ces quartiers, qui commencerait à poser «des problèmes d’aggressivité».

 

On est sensible à l’intérêt d’une politique de santé publique luttant contre l’alcoolisme, contre l’alcoolisme des jeunes en particulier. On se permet cependant de relever le caractère largement hypocrite de cette mesure. En effet, tout le monde sait très bien, et Patrick Bloche le premier, que cet arrêté préfectoral dont il veut étendre l’application n’est, dans les faits, … absolument pas respecté. Sans être adepte du binge drinking, on en a déjà fait maintes fois l’expérience. Après 21 heures, en effet, dans les Monop’ du quartier Bastille (rue de la Roquette, par exemple), on ne vous vendra plus la moindre canette de bière. Mais vous pourrez acheter sans problème et plus discrètement tout l’alcool que vous voulez... deux rues plus loin, chez le petit épicier du coin. C’est d’ailleurs la même chose et de longue date avec la réglementation qui réserve théoriquement la vente de cigarettes aux débits de tabac dûment agréés et annoncés avec le célèbre cône rouge. N’importe quel fumeur parisien sait très bien qu’avec un beau sourire, il arrivera sans trop de problèmes à acheter des clopes sous le manteau ou sous le comptoir (mais un peu plus cher) à l’épicerie ou au bistrot du coin.

 

D’où cette remarque tellement évidente qu’elle en paraît tartouille: avant d'étendre des arrêtés, il vaudrait peut-être mieux vérifier si, sur le terrain, ils sont appliqués. Et si ce n'est pas le cas, se demander pourquoi.

30/10/2008

Une fortune

Aujourd’hui, direction le septième arrondissement. Pour les lecteurs qui n’habiteraient pas Paris, le septième, c’est le quartier de la rive gauche autour de la tour Eiffel, du Champ de Mars, des Invalides, de la rue du Bac, et tout cela. Pourquoi s’intéresser à ce quartier? Parce que la réputation dont il jouit de longue date – celle d’être un des plus cossus de Paris – vient d’être très officiellement confirmée, par la direction des impôts en l’occurrence.

 

En effet, les dernières statistiques, portant sur l’exercice 2007, indiquent qu’à Paris, c’est dans ce septième arrondissement que l’on compte le plus grand nombre de foyers assujettis à l’impôt sur la fortune (ISF). Sur les quelque 57.000 habitants dénombrés dans cet arrondissement, très exactement 6.943 contribuables sont taxés spécialement pour leur fortune. Ils déclarent un patrimoine moyen de 3,3 millions d’euros. Et s’acquittent d’un ISF d’un montant annuel moyen de 24.936 euros. Par rapport à 2006, on dénombre dans ce quartier 481 assujettis de plus à l’ISF. Et, en un an, la valeur moyenne du patrimoine qui y est déclaré a augmenté de 200.000 euros. Ce n'est pas la crise pour tout le monde.

 

Dans nul autre arrondissement parisien, pas même dans les très chics seizième et sixième, on ne trouve autant de gens fortunés ni de patrimoines d’une telle valeur. La composition sociologique du quartier l’explique. Selon les propres chiffres de la mairie de Rachida Dati, 40% de la population de cet arrondissement est constituée de cadres et de professions supérieures, contre 30% dans l’ensemble de la capitale. En revanche, seuls 7% des habitants du septième sont ouvriers: c’est deux fois moins que la moyenne parisienne (14,5%).

 

Cela dit, quand on habite aux pieds de la tour Eiffel, on atteint très rapidement le seuil des 760.000 euros de patrimoine: le fameux seuil à partir duquel le fisc considère un contribuable comme fortuné et dès lors l’assujettit à l’ISF. L’immobilier, en effet, s’il est hors de prix en général à Paris, atteint ici des niveaux astronomiques. Faites comme nous hier l’expérience et allez jeter un coup d’œil sur les vitrines des agences immobilières de ce quartier. Vous y verrez des studios de 20 m2 à… 250.000 euros et des trois pièces même pas trop grands, disons 60 m2, à… 700.000 euros!

 

Du coup, et sans pour autant plaindre les intéressés  – il est des sorts tout de même plus scandaleux –, cela veut dire que, quand on vit dans un tel quartier, il ne faut pas spécialement posséder une limousine, des chevaux de course, des beaux bijoux, un bateau de plaisance ou un mas en Provence pour payer l’ISF. Il suffit d’avoir... un trois pièces et, disons, une voiture et l’un ou l’autre compte en banque.

29/10/2008

Un plébiscite?

calendrier.jpgNicolas Sarkozy «aime les Belges». Oui, oui, c’est le Président français en personne qui l’a assuré hier. Bonne nouvelle donc pour les relations franco-belges. L’an dernier, celles-ci avait été refroidies par un présentateur de JT de la RTBF qui avait eu l’impudence de se demander si l’hôte de l’Elysée avait bu de l’eau ou de la vodka lors d’une rencontre avec son homologue russe d’alors, Vladimir Poutine – rencontre à l’issue de laquelle le chef de l’Etat français était apparu dans un état un peu bizarre. A l’époque, l’Elysée n’avait pas du tout apprécié cette irrévérence, qui avait créé un énorme buzz sur internet. Mais l’incident est désormais clos, puisque donc Nicolas Sarkozy «aime les Belges». Il les aime même «beaucoup».

 

Le chef d’Etat français évoquait la Belgique lors de son déplacement sur l’emploi. «J’étais l’autre jour dans le Nord», a-t-il raconté. «Quelqu’un me disait ‘Monsieur Sarkozy, le dimanche on va tous en Belgique parce que les magasins sont ouverts’. Voilà qui est malin! J’aime beaucoup les Belges, mais je les aime tellement que je préférerais que cela soit eux qui viennent dépenser leur argent chez nous, plutôt que nous qui allions dépenser notre argent chez eux!» Et Nicolas Sarkozy de terminer cette anecdote par un vigoureux plaidoyer en faveur de l’ouverture des magasins le dimanche.

 

La modification de la vieille loi de 1906 sur le repos dominical: vaste sujet s’il en est. Et énorme débat depuis des mois, voire des années, en France. Au fond, qu’en pensent les Français? «Ils veulent travailler le dimanche!», claironnait l’autre week-end le «Journal du Dimanche», sur base d’un sondage Ifop. C’était intéressant comme info car, traditionnellement, dans les sondages sur ce sujet, les Français apparaissaient plutôt partagés. Problème? Ce sondage-ci est assez foireux. Du coup, il faudra attendre la prochaine enquête d’opinion, à supposer qu’elle soit mieux faite, pour être fixé.

 

travaildimanchemonchoix.jpgDeux problèmes au moins se posent dans le sondage du «JDD». Un problème dans la question posée aux sondés, d’abord. «Travailler le dimanche est payé davantage qu’en semaine. Si votre employeur vous proposait de travailler le dimanche, accepteriez-vous?» C’est une façon pour le moins biaisée de présenter les choses. En effet, dans la majorité des métiers d’astreinte par exemple (dont d’ailleurs le métier de journaliste…), le travail dominical n’est pas le moins du monde payé davantage que celui des autres jours. Un problème dans l’interprétation de la réponse, ensuite. Le «JDD» annonce un «plébiscite» populaire en faveur du travail dominical, qui recueillerait les suffrages de près de sept Français sur dix. La réalité des chiffres est plus nuancée. Certes, 67% des Français répondent globalement «oui» à la question posée. Mais 50% disent «oui, de temps en temps» au travail dominical et 17% seulement «oui toujours» à cette formule. Avec un Français sur deux disponible au cas par cas pour ce genre de travail et un sur trois (33%) qui le refuse dans tous les cas, peut-on vraiment parler de «plébiscite», à savoir (selon "Le Robert") d'approbation «à une majorité écrasante»?

 

Les opposants au travail dominical ont vu dans ce «sondage bidonné» une «manipulation» de l’opinion. A les en croire, cette opération de com’ politique aurait été directement et sciemment orchestrée par des cercles proches de Nicolas Sarkozy: par son grand ami l’industriel Arnaud Lagardère (dont l’empire médiatique inclut le «JDD») et par la dirigeante du patronat français Laurence Parisot (patronne de l’institut de sondages Ifop). C’est donc la théorie du grand complot.

 

C’est peut-être aussi bien, et tout simplement si l’on ose dire, une affaire de journalistes qui ont mal fait leur boulot. Et/ou se sont un peu fait mousser en vendant leur soupe avec une titraille un brin racoleuse. Ce ne serait pas la première fois que cela arriverait.

28/10/2008

Une descente

Voilà qui ne va pas calmer le débat autour de l’art contemporain. On ne l’a appris qu’hier soir: vendredi dernier, une escouade de policiers en civil a suscité un gros émoi au Grand Palais, en effectuant une descente musclée dans le saint des saints de l’art contemporain: la FIAC (Foire internationale d'art contemporain).

 

Les pandores en voulaient à une galerie d’art moscovite qui exposait les œuvres du Russe Oleg Kulik. Cet artiste aussi trash que tourmenté est un habitué des photos de nus mettant en scène des animaux. Les policiers étaient mandatés par le parquet pour faire respecter l'article 227-24 du Code pénal, qui punit la diffusion d'images à caractère violent, pornographique ou contraires à la dignité humaine et susceptibles d'être vues par des mineurs. Ils ont saisi les clichés litigieux, ont fait fermer le stand des galeristes puis ont placé ceux-ci en garde à vue pendant quelques heures.

 

Les milieux parisiens de l’art contemporain n’en sont pas encore revenus de cette descente policière. Ainsi, le directeur de la FIAC, Martin Bethenod, a défendu Oleg Kulik, le qualifiant d’«artiste de très, très grande qualité, dont l'intérêt artistique est tout à fait incontestable». Et de nombreuses voix se sont élevées pour critiquer un acte de «censure» de la justice. Justice qui, pour le coup, aurait fait preuve d’une inculture crasse en prenant des «mises en scène» artistiques de la zoophrénie, le concept fondateur d'Oleg Kulik, pour de vulgaires clichés faisant l’apologie de la zoophilie.

 

La censure et la création: ce n’est pas la première fois qu’une controverse de cet ordre agite les milieux de l’art en France (*). Ainsi, ces dernières années, la grande photographe américaine Nan Goldin a eu maille à partir avec les autorités françaises lorsqu’elle exposait dans l’Hexagone. Cette artiste se voyait reprocher des photos d’enfants nus (la célèbre «Klara et Edda faisant la danse du ventre», singulièrement) jugées comme flirtant d'un peu trop près avec la pédophilie. A Bordeaux, en 2000, une plainte déposée par une association familiale a même abouti à la mise en examen de l'organisateur d’une expo consacrée à cette artiste.

 

Quelques années plus tard, néanmoins, dans un saisissant retournement de situation, une rétrospective très courue de Nan Goldin était organisée… dans une église en plein cœur de Paris. Et la photographe américaine se voyait remettre en grandes pompes par le ministre de la Culture les insignes de Commandeur dans l’ordre des arts et des lettres.

 

Qui sait le même Oleg Kulik aujourd’hui voué aux gémonies par les procureurs de Rachida Dati sera-t-il demain décoré par Christine Albanel.

 

 

(*) Ces débats n’épargnent d’ailleurs pas la Belgique. L’a encore rappelé, il n’y a pas si longtemps, le tumulte provoqué par une rétrospective consacrée au grand photographe érotique japonais Nobuyoshi Araki. 

27/10/2008

Une surprise

La semaine dernière, en passant les coups de fil nécessaires à la note de vendredi sur la restauration rapide, on a appris que les McDo de France étaient y compris fréquentés par… les membres du gouvernement! Cela s’est passé le 9 octobre dernier précisément, à Bordeaux. Et la ministre dont question, c’est Christine Albanel.

 

Ce jour-là, la ministre de la Culture s’était rendue dans la ville d’Alain Juppé pour signer une convention avec l’opéra local puis pour discourir sur l’architecture à un colloque. A la fin de la journée, manifestement affamée, elle se voyait mal reprendre l’avion pour Paris avec l’estomac dans les talons. Du coup, sur la route de l’aéroport de Mérignac, elle a fait stopper son convoi après avoir avisé un McDo. Et, ni une ni deux, s’est engouffrée sans complexe avec son équipe dans le fast-food pour y engloutir en vitesse quelques burgers.

 

Dans la région, évidemment, on n’est pas encore revenu de cette visite surprise. Qu’une personnalité issue de la grande bourgeoisie toulousaine s’aventure ainsi dans le sanctuaire de la restauration populaire, ce n’est déjà pas banal. Ce qui l’est encore moins, c’est quand le symbole de la culture fast-food US qui est honoré par cette personnalité l’est par la ministre de la Culture. Et donc par le membre du gouvernement en charge de la sauvegarde et de la défense de la sacrosainte exception culturelle française – défense face aux invasions étrangères, américaines notamment.

 

Le service de com’ de McDo (*), quand on l’a interrogé pour qu’il confirme ou non cette visite ministérielle surprise, avant de finalement lâcher le morceau, a quelque peu minaudé, se retranchant derrière le «droit au respect de la vie privée» bénéficiant aux «personnalités» fréquentant ses établissements. C’était assez comique. Cela faisait comme si, dans les queues s’étirant devant les comptoirs de ces fast-food, on trouvait en permanence et quotidiennement plein de stars et de peoples en quête de milk-shakes, de nuggets ou de big macs...

 

 

 

(*) Service qui, en France, est assuré rien moins que par EuroRSCG (Séguéla, et tout cela), le géant français de la com’ et de la pub. Le simple fait qu’en France, McDo fasse appel à une boîte disposant d’une telle force de frappe montre bien que, dans ce pays, cette multinationale surveille son image de marque comme le lait sur le feu.

24/10/2008

Un poids

macdoburger.jpgFin hier soir de la saga politico-environnementale de la semaine: on ne taxera pas les sacs plastiques mis à disposition de la clientèle des supermarchés. La controverse autour de cette question a quelque peu éclipsé une autre actualité de la semaine en termes de lutte contre les déchets: la charte qu’ont signée l’Association des maires de France et le Syndicat national de la restauration rapide. Cette charte vise à améliorer la propreté autour des fast-food de France, en réduisant la quantité de détritus qui y sont abandonnés par les clients.

 

Cela concerne énormément de gens: chaque jour dans ce pays, pas moins de 2 millions de personnes vont dans un établissement de restauration rapide. La moitié de ces deux millions de clients quotidiens ne consomment pas sur place, d’où la crasse régnant souvent aux alentours des fast-food. Pour vous en faire une idée, allez vous promener un samedi après-midi dans les environs du McDo du Forum des Halles…

 

Pourtant, McDo  –  plus que jamais le leader de la restauration rapide en France: 1116 restaurants accueillant chaque jour 1,3 million de clients  –  ne reste pas inactif dans le domaine de la lutte contre la saleté. Ainsi, il vient de redessiner les poubelles se trouvant sur les parkings de ses restaurants. Ces nouvelles poubelles, dites «Service au volant», permettent aux mangeurs de burgers façon drive-in d’y jeter leurs déchets sans même devoir sortir de voiture. On peut donc présumer qu’elles seront davantage utilisées. Le groupe travaille aussi sur la valorisation des déchets organiques, à savoir les 15 kilos de restes alimentaires produits en moyenne par jour et par restaurant (burgers tombés par terre en cuisine, aliments pas consommés dans les délais fixés, etc.). Comme cela se fait depuis longtemps en Suède, ces déchets, au lieu d’être idiotement jetés à la poubelle comme aujourd’hui, pourraient bientôt être transformés en compost puis revendus aux agriculteurs.

 

mcdoclown.jpgMais parfois, la réduction des déchets n’est vraiment qu’une question de détail: une affaire de quelques grammes à peine, pour tout dire. Ainsi, ces dix dernières années, à force de recherches et d’améliorations technologiques, McDo a réduit d’1,5 gramme le poids du sachet de papier utilisé pour la vente à emporter. Idem pour l’étui de carton servant aux frites, qui pèse aujourd’hui 9,82 grammes contre 11,5 grammes en 1995. Anecdotique? Non. Ces quelques grammes gagnés ainsi que les mêmes mesures appliquées aux boîtes à nuggets, aux gobelets de coca, aux boîtes de sandwiches ou aux touillettes à café (passées du plastique au bois) permettent au groupe d’économiser chaque année 4100 tonnes de plastique et 4000 tonnes de papier.

 

Plus de 8000 tonnes d'emballages en moins: ce n’est tout de même pas rien. Même si ce n'est qu'une goutte d'eau dans la mer des 849 millions de tonnes de déchets produits chaque année en France. Et même si, on est d’accord, tout cela ne rendra pas les burgers plus appétissants ou meilleurs pour la santé. Ni ne fera maigrir les Français, qui mangent trop et mal et donc grossissent d’année en année. Mais cela, c’est une autre débat.

23/10/2008

Une quête

Reçu ce matin dans la boîte aux lettres, à la maison, un appel à dons émanant du diocèse de Paris. Accompagné d’une lettre du cardinal André Vingt-Trois, nous assurant de sa prière et nous exhortant à «avancer ensemble dans la lumière». Et un petit tiré à part, format marque-pages bien pratique, avec au recto une photo de Benoît XVI saluant la foule devant la cathédrale Notre-Dame et au verso un «Notre Père».

 

On n’a pas encore trop bien compris pourquoi ni comment nos coordonnées personnelles avaient abouti à l’archevêché, mais on a profité de ce courrier pour consciencieusement y dénicher des tas d’informations passionnantes sur l’église catholique à Paris.

 

Ainsi, si l’on veut contribuer par prélèvement bancaire automatique au «denier de l’Eglise», comme cela s’appelle, le montant minimum est fixé à 10€ par mois. Comme c’est le cas pour toutes les associations agréées, 66% de ces dons donnent droit à une réduction d’impôt. «Par exemple, un don de 100€ vous revient à 34€ après votre réduction d’impôt», explique merveilleusement bien le dépliant de l’archevêché. On y apprend aussi que plus de 500 messes sont célébrées chaque jour à Paris, que 543 prêtres sont en activité dans la capitale, que 23.000 enfants y suivent le catéchisme, que 230 adultes y sont baptisés chaque année et que, dans les 107 paroisses parisiennes, 144.000 personnes vont à la messe chaque semaine – 144.000 sur, pour mémoire, une population de, grosso modo, 2 millions de Parisiens.

 

Pour sensibiliser le lecteur moyen de son appel à dons aux dures réalités matérielles, l’Association diocésaine de Paris y dévoile quelques dessous de ses finances. Ainsi, on apprend qu’un prêtre gagne un salaire mensuel brut de 1000€, que le chauffage d’une paroisse en hiver coûte entre 1500 et 4000 €, et que le budget de l’Eglise catholique de Paris s’élève à 58,2 millions d’euros. Côté dépenses, le plus gros poste est consacré au paiement des salaires des laïcs (16 millions), trois fois plus important que le traitement du clergé (4,9 millions). Côté recettes, l’Eglise catholique de Paris touche 10,9 millions d’euros (=18,8 % de son budget) de ses «produits immobiliers», les «offrandes, cérémonies et messes» lui rapportent 3,2 autres millions (5,5%), et les «recettes troncs, cierges et ventes de charité» 13,5 millions (23,2%).

 

Les «quêtes ordinaires», elles, rapportent chaque année 8,6 millions d’euros à l’archevêché, soit 14,7% de son budget. Ce chiffre nous permet d’être odieusement indiscret et de calculer le montant moyen donné par le fidèle parisien moyen à la collecte à la messe. Si l’on divise la recette annuelle par le nombre de semaines puis de jours de l’année (car comme le rappelle le dépliant: «L’Eglise ne prend pas de vacances, ses services s’échelonnent tout au long de l’année»), on obtient le montant d'une journée de quête dans les églises de Paris: quelque 23.000 euros. Si ensuite on divise ce chiffre par le nombre de fidèles assistant à la messe dans la capitale (144.000 par semaine = en gros 20.500 par jour), cela donne environ… 1€ par collecte et par personne. Ce qui est sans doute honorable, par ces temps de crise.

 

Mathématiquement, si l'on divise le nombre quotidien de fidèles parisiens (20.500) par le nombre de messes tenues par jour dans la capitale (plus de 500), cela donne une quarantaine de participants à chaque office. Ce qui n'est déjà pas énorme. Pratiquement, la majorité des fidèles allant surtout à la messe le dimanche et pas les autres jours, cela doit donner des messes encore moins suivies et des églises donc très très vides en semaine. On comprend mieux, du coup, pourquoi un tel appel à dons.

22/10/2008

Une amélioration

Tiens, puisqu’on parlait de la presse hier, la situation des kiosques à journaux commence à s’améliorer petit à petit à Paris, semble-t-il. On revient de loin. Il y a quelques années, en effet, ce secteur commercial était vraiment en crise. Nombre de kiosquiers étaient dégoûtés du métier. Dégoûtés de la maigreur des commissions touchées sur les ventes, de la diminution de ces ventes due à la concurrence des journaux gratuits, de la masse chaque jour plus importante de publications à manipuler, et des conditions de travail physiquement difficiles (exiguïté des kiosques, absence de toilettes, horaires à rallonge, etc). Résultat des courses? A Paris, les kiosques voyaient leurs chiffres d’affaires s’effondrer (-6% en 2006, par exemple). Et ils fermaient les uns après les autres, au rythme d’une quinzaine de cessations d’activité par an.

 

En 2005, la mairie a décidé de réagir contre cette hécatombe. Elle a accordé à une filiale du groupe Hachette-Lagardère et des Messageries de la presse une délégation de service public pour redynamiser le réseau de kiosques.Cela a conduit à la fois à la réduction de l’assortiment des titres mis à disposition, à la diminution des quantités de journaux livrées (pour limiter les invendus, qui demandent tant de travail aux kiosquiers) et à l’augmentation (à 20%) du taux de la commission. Le résultat de cette politique commence à se faire sentir.

 

Ainsi, cette année, 46 kiosques ont rouvert et 19 ont été créés à de nouveaux emplacements – ce qui porte à 333 le nombre de kiosques parisiens. C’est une excellente nouvelle à la fois pour la diffusion de la presse, donc pour la démocratie, et pour l’animation des rues de la ville.

 

 

PS : On suggère à la mairie de Paris, quand elle aura achevé de remettre ce secteur économiquement sur pied, de se pencher enfin sur l’esthétique des kiosques. En effet, si l’on excepte évidemment les plus anciens, ces édicules sont esthétiquement le plus souvent hideux – spécialement ceux qui ont vu le jour dans les années 80 et 90, avec cette structure tubulaire en alu d’un goût complètement effarant.

 

10:53 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : paris, médias, economie

21/10/2008

Un nouveau venu

velopresse.jpgCes jours-ci, les Etats généraux de la presse écrite évoquent les problèmes de distribution rencontrés par les journaux. On parlait l’autre jour (ici) de la nécessité pour la presse écrite, en France comme ailleurs, de ne pas rester retranchée dans les kiosques, mais au contraire d’aller au devant de nouveaux publics, de descendre sur le terrain pour arracher de nouveaux marchés avec les dents, de créer de nouvelles habitudes d’achat, etc. Et bien, à Paris, en la matière, les initiatives se succèdent.

  

Ainsi, il y a un bon mois, les vendeurs de journaux à la criée avaient fait leur réapparition dans le réseau du métro. Ce dimanche, ce sont carrément des kiosques ambulants qu’on a pu voir dans les rues de la capitale. L’initiative émane des Messageries de la presse. Elle vise à pallier la fermeture de nombreux points de vente de presse traditionnels le dimanche – pas de chance: juste le jour où les gens ont un peu le temps de lire.

  

Les «vélopresse», comme les Messageries les ont baptisés, sont des triporteurs qui, le dimanche, proposent à la vente une sélection d’une trentaine de titres de presse quotidienne nationale, magazine et étrangère. Tous ces prochains dimanches jusqu’à début décembre, on trouvera ces kiosques ambulants sur les huit grands marchés parisiens (les marchés couverts Saint-Germain, Saint-Martin, Saint-Quentin, etc.) ainsi que dans les grands lieux touristiques et/ou très fréquentés par les Parisiens en fin de week-end (le Trocadéro, les Tuileries, le Jardin d’Acclimatation, etc.). Leur offre sera adaptée en fonction de la clientèle potentielle. Ainsi, les triporteurs officiant près de la tour Eiffel seront particulièrement garnis en presse étrangère, alors que ceux basés au Jardin d’Acclimation auront un assortiment de titres destinés aux enfants.

 

Trouver un kiosque ouvert le dimanche à Paris, y compris en plein centre-ville, peut parfois être galère, a fortiori si vous avez fait la grasse matinée, de nombreux points de vente fermant après le rush des acheteurs matinaux des journaux dominicaux. Dès lors, les triporteurs des NMPP devraient se tailler un franc succès. Ce fut d’ailleurs déjà le cas, paraît-il, lorsqu’ils furent expérimentés pour la première fois cet été, à «Paris Plage» ainsi que dans une trentaine de stations balnéaires.

11:03 Publié dans Dans le vent | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : paris, médias, presse

20/10/2008

Un plan

Grands débats et gros éclats de voix en perspective aujourd’hui à la mairie de Paris. En effet, c’est ce lundi que le conseil municipal examine un plan extrêmement controversé, qu’on pourrait appeler «Plan 1226». Parce qu’il prévoit l’installation à terme de pas moins de 1226 caméras de surveillance supplémentaires dans les rues de la capitale.

 

A la préfecture de police – où on a visiblement suivi quelques séminaires de communication – , on ne parle désormais plus de vidéosurveillance mais de «vidéoprotection»: un néologisme évidemment beaucoup plus à même de rassurer le quidam flippé. Les futures caméras parisiennes (dont coût 50 millions d’euros, tout de même) seront installées dans les arrondissements en fonction des statistiques locales de la criminalité. Le paquet sera donc mis sur les quartiers du nord de la capitale, qui recevront parfois jusqu’à près de 100 caméras par arrondissement. Notre onzième sera gratifié de 49 caméras, et nos voisins du troizième de 31.

 

Plusieurs dispositions vont être prises, assure-t-on déjà, pour que toutes ces caméras immortalisant la ville 24 heures sur 24 ne violent tout de même pas exagérément le droit au respect de la vie privée des Parisiens. Ainsi, elles ne filmeront a priori que la voie publique: lorsque des entrées d’immeubles apparaîtront dans le champ, elles seront automatiquement floutées, ce qui interdira de recenser qui entre chez qui, à quelle heure, voire avec qui. En outre, l’entreprise privée qui va installer et gérer le réseau de caméras pour le compte de la préfecture n’aura pas accès aux images enregistrées.

 

Ces précautions sont jugées totalement insuffisantes par les opposants à la vidésurveillance. Ainsi, ce matin à la radio, un certain Jean-Claude Vitran, chargé des questions des libertés et des technologies à la Ligue des droits de l'Homme, a mis les Parisiens en garde contre les atteintes répétées à leur droit à l’image, contre la violation permanente de leur intimité, et contres les dérives qui, selon lui, ne manqueront pas de résulter de la sous-traitance des données filmées par des intervenants qui, contrairement aux policiers, ne seront tous «pas forcément» assermentés.

 

Vint ensuite, dans la bouche de ce militant des droits de l’homme, une analogie historique retentissante. En substance: «On nous rétorque toujours que seuls les gens qui ont des choses à se reprocher redoutent cette vidéosurveillance. Mais, dans les années 40, les juifs, les opposants politiques, les tziganes et les homosexuels n’avaient absolument rien à se reprocher. Cela n’a pas empêché plusieurs millions d’entre-eux de terminer dans les camps. Si à l’époque, les caméras de vidéosurveillance avaient existé, ils auraient été deux fois plus nombreux à être exterminés».

 

Gros mouvement de recul, tout de même (un peu comme quand on reçoit une gifle en pleine figure), à l’écoute de ce parallélisme historique. Dans le genre, on trouve plus sobre et plus convaincant le président de la Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL), selon lequel ce n’est pas parce qu’on n’a rien à se reprocher qu’on n’a pas de droits à faire valoir en matière de protection de sa vie privée – sous-entendu: c’est la moindre des citoyennetés que de s’assurer avec vigilance que ses droits ne sont pas violés.

17/10/2008

Un plaisir

dufyrose.jpgUn peu de culture, pour bien terminer la semaine. Vous avez envie de vous faire une expo à Paris ce week-end? Mais, pour autant, vous n’avez vraiment pas envie de faire comme tout le monde? D'être à la mode? Auquel cas, fuyez les foules qui piétinent devant Picasso et allez calmement au Musée d’art moderne de la Ville de Paris, où débute ce matin une grande rétrospective consacrée à Raoul Dufy (1877-1953).

 

Alors, on entend déjà d’ici les hauts cris. «Comment?! Dufy plutôt que Picasso?!» «Ouh!», «Ah!», «Oh!» ... Dans les milieux de l’art, en effet – enfin, dans certains milieux artistiques parisiens, volontiers prescripteurs de fatwas – il a toujours été de bon ton de rabaisser Dufy. De ne le considérer que comme un aimable coloriste. Un peintre si immédiatement «décoratif», si léger, si prolifique et si accessible qu’il ne peut forcément qu’être mineur. Hier midi, pourtant, au vernissage de cette rétrospective, l’inanité de ce jugement méprisant sautait aux yeux.

 

En effet, à notre humble avis, on trouve des tas de bonnes choses (ce qui n’exclut évidemment pas quelques croûtes) parmi les 120 peintures, 90 œuvres graphiques et autres objets exposés – dans ce qui constitue la plus vaste exposition jamais consacrée à Dufy dans la capitale française. Ainsi, dès la première salle, consacrée à la période de Martigues et Marseille, on tombe sur des ocres et des verts splendides. Puis sur des paysages de pins et de palmiers qui font penser à Gauguin. Viennent ensuite d’admirables petites gouaches sur tissu. Des pièces de céramique qu’auparavant, on n’avait jamais vues. Puis évidemment les célèbres huiles et aquarelles géantes des années 30 et les séries qui ont fait le succès de l’artiste.

 

Tout cela est coloré, enlevé, ciselé. D’une infinie légèreté, grâce au fameux coup de pinceau de Dufy. A peine une petite touche, comme une esquisse et pourtant déjà si fine et précise. Un trait si fugace, aérien comme «un vol de papillons» – disait assez joliment hier le commissaire de l’exposition. Dans les tableaux de Dufy, on voit des tas de choses plaisantes, toutes si joliment croquées. Des réceptions mondaines, de grandes bourgeoises aux courses, des nuées de pigeons place Saint-Marc, des champs de blé qui se dorent au soleil, des papillons qui virevoltent, des bouquets de fleurs multicolores, des perroquets qui s’envolent, des terrasses de plage qui paressent, des placettes provinciales qui ronronnent.

 

dufybouquet.jpgEn parcourant l’expo, on comprend bien pourquoi les grands penseurs de l’art lèvent les yeux au ciel au nom de Dufy. Le plus souvent, son oeuvre respire une telle frivolité que, non, décidément, elle ne peut pas être prise au sérieux. C’est David Hockney qui disait cela – tiens, David Hockney que, comme Dufy, on aime plutôt bien, et pourtant Dieu sait si on n’est pas très figuratif – : «Les tableaux de Dufy en appellent au principe du plaisir», là où, dans l’art, le plaisir est souvent «proscrit car jugé futile». Le plaisir. C’est exactement cela. Et c’est le titre si judicieusement trouvé de cette exposition. Dufy, ce n’est pas Picasso. C’est seulement du plaisir. Mais, par moments, cela n’a pas de prix.

 

 

PS : Juste une petite réserve, concernant l’illustration sonore de cette exposition. Au lieu du Stravinski qui passe en boucle, morceau certes écrit en hommage à Dufy mais qu’on a tout de même trouvé un brin trop pesant, on aurait plutôt mis du Satie. Ou, évidemment, du Debussy. 

16/10/2008

Un refrain

Dans tout ce tumulte suscité hier par cette histoire de «Marseillaise» sifflée au Stade de France, on était plutôt d’accord avec ceux qui trouvaient que Lââm n’avait pas manqué de cran, mardi soir. La chanteuse avait été prévenue que l’hymne national qu’elle interpréterait risquait d’être sifflé par la foule. Elle ne s’est pas débinée pour autant. Et ne s’est pas laissée démonter lorsque, en effet, elle a été chahutée. Cela dit, et au-delà de cela, mardi soir, devant notre télé, en l’entendant et en la voyant chanter, on s’est tout de même demandé si elle n’avait pas commis une grosse faute de goût.

 

Lââm, en effet, a cru bon de faire des effets de voix et des vocalises sur la dernière strophe du refrain de «La Marseillaise». Sur le passage fameux et si controversé de l’hymne national qui appelle à ce «qu’un sang impur abreuve (les) sillons» de la France. On n’est pas sûr que c’était forcément une bonne idée d’insister à ce point vocalement sur ces quelques mots.

 

Alors, évidemment, il faut replacer les choses dans leur contexte historique. Lorsqu’il composa «La Marseillaise», Rouget de Lisle (1760-1836) écrivit forcément un hymne, comme tout hymne d’ailleurs, par nature cocardier, nationaliste, voire carrément guerrier, puisque son but originel était de galvaniser les foules. Mais enfin, trois siècles plus tard, en ces temps d’exaltation de l’«identité nationale» en France et de boucheries menées en Europe même au nom de la purification ethnique, cette stigmatisation de l’impureté sanguine fait tout de même assez froid dans le dos.

 

Du coup, a resurgi hier l’idée de modifier les paroles de ce refrain. Ainsi, le journaliste et écrivain François de Closets a dit sa «honte que ce pays n’ait pas encore modifié les paroles de son hymne national». Selon lui, c’est d’ailleurs «la stupidité» insigne de ce passage du refrain sur le sang des sillons qui a poussé des générations entières d’écoliers à le tourner en dérison en le ponctuant de la rime: «queue de cochon!».

 

En tout cas, si d’aventure les Français devaient un jour se pencher sur les paroles de leur hymne national, on ne saurait trop leur conseiller d’aller au-delà de ces fameux sillons. Et de relire attentivement la version longue de «La Marseillaise» (ici). Y sont notamment dénoncées les «cohortes étrangères» qui «feraient la loi dans nos foyers».

 

Ces termes si connotés de «cohortes» (ou de «hordes») d’étrangers sont vociférés en boucle à la tribune de tous les meetings de Jean-Marie Le Pen ou de Philippe de Villiers et applaudis à tout rompre par des foules racistes et xénophobes en délire. Du coup, ce n’est pas manquer de respect à «La Marseillaise» que de poser la question: des exhortations aussi haineuses ont-elles vraiment leur place dans cet hymne? – hymne qui plus est d’un pays se proclamant  urbi et orbi comme la patrie des droits de l’homme.

15/10/2008

Une vente

Les Français – enfin, des Français – seraient-ils nostalgiques de l’Ancien Régime? Mardi, en tout cas, une vente aux enchères organisée chez Christie's à Paris a fait un tabac. Il s’agissait de liquider la succession du comte et de la comtesse de Paris: Henri de France (1908-1999) et son épouse Isabelle d'Orléans-Bragance (1911-2003). La collection était constituée de 480 lots: des pièces d'orfèvrerie, des tableaux, du mobilier, des objets d'art et des bijoux. Initialement estimée entre 700.000 et un million d'euros, elle s’est envolée pour atteindre une somme record de... 2,4 millions d’euros!

Ainsi, une pochette de soie brodée par Marie-Antoinette pendant sa captivité au Temple est partie à 97.700 euros. Un pan d'une robe qu'elle portait en prison s’est vendu à 55.700 euros. Et un portrait de son fils Louis XVII incarcéré a trouvé preneur à 46.100 euros.

Plus anecdotiquement, si l’on consulte le site officiel de la vente, on peut constater que, parmi le gratin mondain réuni hier chez Christie's (dont Bernadette Chirac), il s’est trouvé des gens qui ont dépensé 1250 euros pour un petit pot à lait en porcelaine, 750 euros pour un seul et unique verre à pied en cristal, 2000 euros pour une paire de chenets de style Louis XV ou 2500 euros pour une canne en bois ayant appartenu au Roi Louis-Philippe.

En ces temps d’effondrement du CAC 40, les reliques des Rois de France seraient-elles devenues un placement refuge?

14/10/2008

Une épave

lasama.jpgC’est une épave au cœur de la ville, un vieux paquebot vide, comme piteusement amarré en bord de Seine depuis trois ans maintenant. Mais ce mardi, son sort pourrait bien se jouer. On parle de «La Samaritaine», l’ex et célèbre grand magasin de la rue de Rivoli, qui attend une nouvelle destinée depuis la fermeture de ses portes, le 15 juin 2005.

 

Ce mardi, la direction du groupe LVMH (propriétaire des lieux), les représentants du personnel du grand magasin, la mairie de Paris ainsi que celle du premier arrondissement tiennent une grande réunion du «comité de site» de «La Sama». Sur la table, le projet concocté par LVMH pour le site. Enorme projet: 26.000 m2 de bureaux et autant de commerces, quelques logements sociaux (2.400 m2) et, surtout, un hôtel de luxe qui serait situé dans la partie historique du bâtiment, celle à front de Seine et qui dispose en son sommet d’un belvédère avec une vue splendide sur Paris. Si ce projet est accepté, cet hôtel pourrait ouvrir en 2013.

 

A la mairie d’arrondissement, on estime, enthousiaste, qu’«un hôtel à cet endroit, ce serait un événement. Ce serait génial. Cela aurait une classe formidable». Moyennant quelques aménagements (l’assurance de la présence de commerces de proximité rue de Rivoli, par exemple), le projet de LVMH y est bien reçu. En tout état de cause, le maire d’arrondissement estime qu’«on ne peut pas continuer à avoir cette épave au cœur de Paris. Maintenant, il faut aller le plus vite possible».

 

En effet, la relance de cet énorme îlot situé en plein centre ville est indispensable pour  la vie de quartier et pour l’emploi à Paris. En termes de patrimoine également, ce serait une bonne nouvelle. En effet, le paquebot de «La Sama» a une grande valeur architecturale. Cet édifice, construit entre 1926 et 1928, est dû à Henri Sauvage (1873-1932), l’un des seuls architectes français de sa génération à avoir brillamment réussi le passage de l’Art nouveau au modernisme. Sauvage a aussi laissé à Paris de très beaux immeubles à gradins rue Vavin (huitième arrondissement) et rue des Amiraux (dix-huitième) ainsi que le fameux «Studio Building» (seizième): un sublime ensemble d’ateliers d’artistes en duplex dont la façade est carrelée de grès émaillé polychrome.

 

Pour la petite histoire, et parce que cela fournit un argument de plus en faveur de sa réhabilitation, «La Sama» fut aussi le théâtre d’une légendaire «success story» parisienne. L’irrésisistible ascension de son maître d’ouvrage, fondateur et propriétaire, Ernest Cognacq (1839-1928). Un homme à la vie fascinante, orphelin à l’âge de 12 ans, qui débuta comme petit commis dans une boutique puis comme vendeur de tissus dans la rue, au pied du Pont neuf, avant de gravir un à un les échelons et de finir à la tête d’un immense empire de grands magasins parisiens.

 

 

PS : BlogSpirit cafouille visiblement beaucoup, en ce moment. Une opération de maintenance de cette plateforme, lundi matin, a causé pas mal de problèmes, de mise en page notamment, à «Paris Libre». Dont – les lecteurs l’auront remarqué – des variations saugrenues et erratiques dans les polices de caractères utilisées dans ce blog. Juste donc pour préciser que nous ne sommes nullement responsables de ces si énervantes facéties électroniques. Sur lesquelles comme d’habitude, personne ne semble avoir beaucoup de prise – les joies de la technologie informatique, suite. Mais enfin, on imagine qu'on ne devrait pas trop se plaindre puisque certains utilisateurs de cette plateforme, paraît-il, n'y ont carrément plus accès. Dès lors, si l'un ou l'autre jour prochain, ce blog reste silencieux, n'en déduisez pas qu'on est parti à la plage: en lieu et place, on sera probablement en train de pester, impuissant, devant ce fichu ordinateur...

13/10/2008

Un business

 

20KM1.jpg

Les 20 Kilomètres de Paris, hier. Est-ce dû au soleil radieux dont a bénéficié cette année l’épreuve-reine de l’automne athlétique parisien? Toujours est-il que, pour sa trentième édition, cette course (*) a réuni la toute grande foule.

 

Les organisateurs avaient promis de s’en tenir à 20.000 participants. Ils n’ont pas tenu parole. Hier, dans les rues de la capitale, on a compté plus de 25.000 engagés et 21.000 arrivants, soit 2.000 de plus qu’en 2007. C’est évidemment beaucoup trop. L’année dernière déjà, c’était limite. Cette année, c’était invivable: on a autant piétiné que couru, on a plus joué des coudes qu’on ne s’est détendu. Du coup, franchie la ligne d’arrivée, nombre de coureurs pestaient contre les organisateurs, accusés d’avoir sacrifié le sport au profit du business.

 

Il n’y a pas de secret. Des courses à pied aussi populaires que les 20km de Paris, comme tous les grands événements sportifs en général, sont aussi et avant tout de gros magots. Multipliez les 25.000 coureurs engagés par le coût de l’inscription (de 23 à 31€ par personne, selon la date de l’inscription) et vous aurez une idée de l’enjeu financier. Et le pactole n’est pas amoindri par le personnel mobilisé pour ces événements: il est très nombreux certes, mais constitué majoritairement de bénévoles (au nombre de 700 hier).

 

Tiens, parlant business: dans la foule des coureurs et plus spécialement parmi les innombrables participants courant au profit d’associations caritatives, il y avait la «Lehman Brothers Paris Running Team», l’équipe de course à pied de la filiale française de la banque américaine qui, récemment, fit faillite de manière si retentissante. Cette équipe reversera les dons qu’elle a collectés à l’Association Laurette Fugain. Les yuppies, brokers et autres traders, à l’origine de la crise mondiale et de tous les malheurs qu’elle entraîne, qui à présent suent sang et eau contre la leucémie et pour venir en aide aux enfants malades. Quelle merveilleuse histoire.

 

 

 

 (*) Course que, pour l’anecdote, on a complètement – et même magistralement – loupée. Visiblement, c’est comme cela, avec la course à pied: il y a des jours où ça ne va pas. On a beau s’être bien entraîné, avoir fait tout ce qu’il faut avant la course, en vouloir à fond le jour dit, avoir la meilleure play-list qui soit dans l’iPod, ou pester comme un charretier pendant toute l’épreuve, rien ne va: on n’avance pas –  comme si on était comme irrémédiablement collé au bitume. Il suffit vraiment d’un rien pour qu’une course tourne au calvaire. Un soleil un peu trop insistant, un petit coup de stress, une chaussure mal lacée, un dérapage sur des pelures d’orange jetées par terre au ravitaillement, un ongle incarné, un peu mal au ventre, une crampe au mollet… Et la sanction tombe, imparable: les minutes au chrono s’envolent, la position au classement général dégringole.

 

20KM2.jpgCes jours-là, ne reste que la seule et maigre satisfaction d’avoir au moins franchi la ligne d’arrivée – à la limite, un peu la sensation qu’on éprouve en sortant de chez le dentiste: au moins, c’est fini. Et le bonheur d’être parvenu à franchir le «mur». Le «mur» : ce satané moment-clé de chaque course à pied, lorsque les coureurs, terrassés par la fatigue, n’avancent plus, voire abandonnent à la pelle. Lors de ces 20 km-ci, d’après nombre de témoignages qu’on a recueillis, le mur était situé aux treizième et quatorzième kilomètres, sur les quais de Seine écrasés de soleil, avenue de New-York juste avant le souterrain de l’Alma. Hier, sur le coup de 11 heures du matin, les coureurs y tombaient comme des mouches.

 

 

11:36 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : paris, sports, economie

10/10/2008

Un chiffre

Puisqu’on parlait de fric hier, poursuivons dans le même registre. Et évoquons ce qui fut assurément la mauvaise nouvelle de la semaine, pour le portefeuille des Parisiens. Oh, bien sûr, dans cette ambiance médiatique de fin du monde, elle paraîtra bien anodine. Il n’empêche, elle va peser sur le pouvoir d’achat des habitants de la capitale, qui n’en demandaient sans doute pas tant.

A sa décharge, il avait prévenu. Avant les élections municipales de mars, Bertrand Delanoë avait joué cartes sur tables: il avait annoncé une hausse des taxes municipales, après six ans de stabilité, s’il était élu. Une hausse légère, avait-on retenu. Mais le chiffre sorti cette semaine de la mairie de Paris est vraiment tout sauf léger: c’est en fait de 9% que les impôts, d’un coup, vont augmenter. En moyenne, pour un locataire, cela correspondra à un surcoût annuel de 35€ (le prix d’un resto, en gros). Pour un propriétaire, ce sera 140€  (un lunch à une table étoilée, pour le coup). Ce n’est tout de même pas rien.

L’opposition, estomaquée, a dénoncé «un coup de massue». Selon elle, la mairie a besoin de ce surplus de recettes fiscales pour financer «la politique de poudre aux yeux de Bertrand Delanoë, qui a laissé filer les dépenses de la mairie». L’Hôtel de ville, pour essayer de mieux faire passer la douloureuse, promet en tout cas que le produit de ces nouveaux impôts ne sera pas affecté à l’augmentation du nombre de fonctionnaires municipaux. Celui-ci restera stable, à 48.000 personnes.

Tiens, arrêtons-nous un instant à ce chiffre. 48.000, donc. Cela confirme qu’à elle seule, la ville de Paris (sous Delanoë comme du temps de Chirac ou de Tiberi) emploie davantage de personnel que toute la Commission de Bruxelles (32.000 fonctionnaires), voire que l’ensemble des institutions européennes (40.000), dans les 27 pays de l’Union. C’est décidément une réalité et un chiffre qu’il faudrait plus souvent rappeler à tous ces politiciens français eurosceptiques, qui ne cessent de dénoncer le poids et la gabegie financière de la bureaucratie eurocrate.

09/10/2008

Une réputation

C’est fou la vitesse avec laquelle une réputation peut se défaire. On se le disait encore hier soir. On était dans un resto de la place de la République. Au moment de payer l’addition, on avait tendu notre carte bleue. Le garcon, y jetant un coup d’œil distrait en la passant dans le sabot, s’était un peu raidi. «Heu… Excusez-moi, mais vous êtes vraiment sûr que cela va marcher, là?», avait-il demandé, mi-goguenard, mi-inquiet. Il n’était pas encore au stade de refuser la carte, mais enfin, on sentait bien qu’il n’aurait pas été fondamentalement mécontent si on l’avait payé avec une autre carte ou en liquide. Et pour cause, ladite carte dont il semblait remettre en doute la fiabilité était libellée au nom de… Fortis.

 

Fortis Banque France, s’entend. L’ex-Banque Parisienne de Crédit (BPC) donc, longtemps cousine de l'ex-Générale de banque belge avant d’être rebaptisée Fortis France il y a quelques années. La deuxième banque étrangère en France (275 000 clients particuliers, 55 000 entreprises et professions libérales), mais qui est aussi bien protégée que toutes les banques hexagonales. Ainsi, à l’inverse de son homologue belge, elle bénéficie d’un plafond de garantie fixé conformément à la réglementation française, à savoir de 70.000 euros par déposant. Une banque qui plus est dorénavant contrôlée par la BNP Paribas, devenue cette semaine la plus grande banque de dépôt de la zone euro. Mais une banque qui visiblement, depuis ces dix jours où elle a fait la Une de l’actualité financière, a désormais un nom un peu difficile à porter.

Les dirigeants de Fortis se consoleront de cette réputation écornée en constatant que cette sinistre actualité leur a au moins permis d’installer la notoriété de leur marque dans le grand public hexagonal. En effet, il y a quinze jours encore, rarissimes étaient les Français moyens qui avaient ne serait-ce que déjà entendu le nom de Fortis. Ainsi, on ne compte plus les fois où, à l’un ou l’autre ami français ayant aperçu notre carte bleue, on a dû ressortir le traditionnel laïus explicatif: «Fortis, une institution en Belgique, la plus grande banque et le premier employeur du plat pays, un géant de la bancassurance au Bénélux, et blablabla». Quinze jours plus tard,  il n’est plus besoin de présenter Fortis, qui est désormais connue par le premier garçon de café parisien venu...

08/10/2008

Une débauche

Le Parlement entame aujourd’hui l’examen du grand projet de loi traduisant le «Grenelle de l’Environnement» tenu l’an dernier. Parmi les innombrables mesures en faveur de l’écologie que contient ce texte, il en est une qui va sans doute ravir les joyeux lurons du «Clan du Néon». Ces activistes, cousins des militants anti-pub, luttent contre le suréclairage commercial nocturne. A Paris mais également dans de nombreuses villes de province et jusqu’en Belgique: à Namur et à Bruxelles notamment.

(Avant de poursuivre plus bas la lecture de cette note, celles et ceux qui ne connaîtraient pas ces anti-néonistes feront ci-dessous une petite pause vidéo explicite, qui plus est sur un fond musical sautillant, dû au groupe électro-pop français «The Fortune Tailors»)


Clan du Néon PARIS - Phase 6 Passy with The Fortune Tailors
envoyé par ClanDuNeon

L’article 36 de ce projet de loi Grenelle donne pour la première fois aux pouvoirs locaux les moyens réglementaires de «prévenir, supprimer ou limiter» les émissions lumineuses nuisibles. Le but du gouvernement? Faire en sorte qu’en France bientôt, «on n’éclaire pas forcément moins, mais mieux» selon les mots de la secrétaire d’Etat à l’Ecologie, Nathalie Kosciusko-Morizet. Longtemps justifié pour des raisons de lutte contre l’insécurité ou simplement par goût de prestige, le suréclairage nocturne est désormais de plus en plus critiqué. Parce qu’il incommode les astronomes, désoriente les oiseaux et les insectes, dénature les paysages et, évidemment, est peu écologique et très coûteux.

D’autant que l’Hexagone a du retard à rattraper. Pour l’éclairage public, en effet, les Français consomment chaque année en moyenne 91kWh par an et par habitant. C’est 20kWh de plus qu’en 1990 et c’est une consommation deux fois plus élevée que celle de l’Allemagne (43kWh). Rien que les 9 millions de lampadaires que compte la France consomment chaque nuit… l’équivalent de l’énergie produite par une centrale nucléaire. Revoir l’éclairage public pourrait donc constituer une source d’économie d’énergie importante. Ainsi, les spécialistes estiment que rien que le changement des ampoules des lampadaires permettrait aux collectivités territoriales de réduire de 40 % leur facture d’éclairage.

Si la loi est votée, les élus locaux pourront, demain, imposer des contraintes en matière de puissance, d’orientation ou d’horaires d’utilisation de l’éclairage nocturne. Sur les bancs du Parlement,  figure également une proposition de loi, déjà signée par une trentaine de députés, qui cible plus particulièrement les excès de l’éclairage commercial.

A Paris, ce ne serait pas du luxe, tant parfois, le suréclairage dénature le panorama de manière caricaturale. On s’est encore fait la réflexion l’autre soir. On était attablé avec un ami pour dîner à une brasserie du Quai de la Mégisserie: vue sublime sur les flots de la Seine et sur la silhouette si harmonieuse de la Conciergerie. Un immense bateau-mouche bondé de touristes est alors arrivé, surmonté de dizaines de spots blafards et agressifs, déchirant brutalement la pénombre. Cet éclairage était ridiculement excessif: on se serait cru en plein jour, voire sur une scène de théâtre. Sur la Seine, paradoxalement, cette débauche de lumières ne va d'ailleurs pas sans poser de problèmes aux forces de sécurité. En effet, elle rend quasi invisibles les feux de signalisation des petits bateaux qui circulent sur le fleuve. C’est pourquoi ce facteur a été évoqué parmi les causes possibles du naufrage mortel survenu récemment sur la Seine.

07/10/2008

Une évolution

Arrêts de travail, manifestations et perturbations dans les transports publics au programme en France ce mardi, à l’occasion de la Journée mondiale pour le travail décent. «Il y aura des taxis à la gare du Nord?», nous demandait hier un Belge de passage aujourd’hui en région parisienne et qui, à la descente du Thalys, désespérait de trouver un RER pour la banlieue. On lui a répondu que comme déjà, en temps normal, les taxis à la gare du Nord c’était un peu galère, il fallait être vraiment très optimiste pour espérer en trouver un rapidement en ce jour de perturbations annoncées dans les transports en commun. Cela dit, la situation en la matière va peut-être s’améliorer.

C’est en tout cas l’objectif de la SNCF. Les chemins de fer français font visiblement un constat identique sur le manque de taxis aux grandes gares parisiennes. Pour y remédier, ils viennent donc de proposer de carrément entrer dans le marché du taxi. La société a débloqué un budget de 30 millions d’euros, qui lui permettra d’acheter 200 licences de taxi. Elle accordera ensuite ces licences à des chauffeurs indépendants qui rouleront pour la SNCF, seront reliés à une centrale de réservation exclusivement dédiée à ses clients, et attendront ceux-ci à la descente de leurs trains.

«Le taxi, c’est l’un des points noirs du train», justifie le patron de la SNCF, Guillaume Pépy. Selon lui, il est fréquent que des clients d’Eurostar en provenance de Londres doivent patienter près d’une heure à la gare du Nord pour avoir un taxi, la même mésaventure survenant souvent aux clients du TGV-Med débarqués gare de Lyon.

Mais la corporation des taxis parisiens a très mal réagi à ce projet de la SNCF, qu’elle a qualifié hier de «délirant» et d’«inadapté». Selon elle, s’il n’y a pas assez de taxis aux heures de pointe devant les gares parisiennes, c’est avant tout parce que ceux-ci sont coincés dans les embouteillages, souvent encore plus inextricables aux abords des grandes gares que dans le reste de la ville. Pour réduire les délais d’attente des voyageurs aux stations de taxi, il faudrait donc avant tout désengorger la ville. Les taxis parisiens pointent également la propre responsabilité de la SNCF sur ce problème, en ce qui concerne la gestion de ses horaires. Ainsi, si on manque tellement de taxis en semaine et aux heures de pointe à la gare du Nord, ce serait aussi parce que tous les trains grande ligne les plus fréquentés (le Thalys, l’Eurostar et le Lille-Paris) y arrivent aux mêmes heures.

Bref, on n’est pas sorti de l’auberge, et les voyageurs n’auront vraisemblablement qu’à continuer à prendre leur mal en patience. En termes de symbole, néanmoins, les choses bougent décidément à une vitesse stupéfiante en France.

Pour rappel, avant cette annonce du lancement des chemins de fer dans l’activité de taxis, Air France, récemment, avait fait part de son intention d’exploiter, à terme, ses propres trains à grande vitesse. Bientôt, dès lors, on téléphonera à la SNCF pour réserver une voiture et on roulera sur Air France comme hier on volait sur cette compagnie...

06/10/2008

Un chantier

01ab86068f4ca290802ba16277153d6d.jpgUn énorme chantier mené au cœur d’un fleuron du patrimoine, ce n’est habituellement ni agréable, ni joli. Au Palais royal en ce moment, cependant, le ministère de la Culture a réussi à joindre l’utile et l’agréable. En effet, le vaste chantier de restauration des célèbres colonnes de Buren, lancé il y a peu dans la cour d’honneur du Palais, a été mis en scène de manière aussi intéressante qu’efficace.

C’est Daniel Buren en personne qui a signé cette mise en scène, avec l’accord des architectes des Monuments historiques. La palissade qui, pour des raisons de sécurité, devait impérativement être installée autour du chantier, a été agrémentée des fameuses bandes verticales noir et blanc de 8,7 cm de largeur qui ont fait la réputation mondiale du plasticien. Surtout, elle a été percée à intervalles réguliers de fenêtres qui permettent au grand public de suivre l’évolution du chantier. Jolie trouvaille: ce sont des panneaux de verre de couleur qui constituent ces fenêtres. Bleu, vert, rouge, jaune, orange: aperçue par ces ouvertures colorées, du coup, l’enceinte majestueuse du Palais royal prend soudain un relief et un aspect encore plus séduisants que d’habitude. Et, lorsque le soleil s’y reflête, ces touches de couleur agrémentent elles-mêmes les galeries du Palais d’éclats malicieusement colorés. Le grand public, en tout cas, visiblement adore cela. Ainsi, samedi après-midi, on faisait quasiment la queue derrière ces carreaux de couleur pour admirer le panorama.

56cd3a4046f1ced0b155d348582b0ed4.jpgCe chantier de restauration n’a été dû qu’à un coup de gueule. Il y a quelques mois (relire ici), Daniel Buren avait carrément menacé de démolir son œuvre monumentale si l’Etat persévérait à ne pas l’entretenir correctement. Finalement, à l’issue de plusieurs réunions de crise, un budget de 5 millions d’euros a pu être débloqué. Il permettra la réfection des 260 colonnes proprement dites ainsi que de l’asphalte et des caillebotis, puis la réhabilitation du mécanisme de la fontaine et des éclairages qui sont censées mettre en valeur l’installation mais dont l’état, depuis 1986, s’était considérablement dégradé.

Avant que le plan pluriannuel de restauration du Palais royal s’attaque aux façades de la rue de Valois et à la galerie d’Orléans, les architectes vont surtout achever de traiter les gros problèmes d’étanchéité de la dalle supportant l’œuvre monumentale de Buren.

 

83f4205043fe9cfc2fe6d61d91527094.jpgCes problèmes affectent particulièrement la Comédie française, qui a trois salles de répétition en sous-sol de l’installation de Buren. Ces salles ont été inutilisables pendant des années à cause d’infiltrations d’eau, ce qui a obligé la célèbre institution à délocaliser ses répétitions sur trois plateaux aménagés au Grand Palais et au Théâtre Récamier. Les sociétaires de la Comédie française, qui se se voient mal répéter sous la poussière et les marteaux piqueurs, devront désormais patienter jusqu’à l’achèvement du chantier Buren, prévu dans un an, pour reprendre possession de ces locaux.