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06/11/2008

Un effondrement

Alors, pour le coup, par rapport à la révolution planétaire qui a fait l’actualité d’hier, cela va évidemment paraître très terre-à-terre comme note, voire au ras des pâquerettes. Mais enfin, même donc si à première vue, c’est très anodin, on a pu constater hier, en y passant, que les gens ne parlent que de cela au Quartier Latin. De ce spectaculaire accident survenu mardi rue des Ecoles, pas loin de la Sorbonne. De ce qui aurait même pu tourner à la catastrophe. De… cet arbre qui, sans crier gare, s’est subitement effondré... sur la terrasse d’un café.

 

Deux personnes ont été blessées, dont une assez grièvement. L’arbre, un ailante vieux de 115 ans, mesurait plus de dix mètres. Sa chute impromptue sur la chaussée, en pleine heure d’affluence, a heureusement pu être amortie par une voiture. Inspecté récemment par les services municipaux, l’arbre avait été décrété comme étant en parfait état phytosanitaire. Comme le vent ne soufflait pas sur Paris à ce moment-là, son effondrement est probablement dû soit à des travaux de voirie effectués récemment et à proximité dans le sous-sol (qui auraient fragilisé son assise), soit à une pourriture non détectée de ses racines.

 

Du coup, rétrospectivement, on s’en veut un peu d’avoir si souvent pesté contre la mairie de Paris, si prudente qu’à la moindre petite bourrasque soufflant sur la capitale, elle ferme illico les squares et jardins pour éviter les chutes de branches voire d’arbres sur les passants. Vu les chiffres, en effet, le principe de précaution a de quoi être de mise.

 

La mairie gère 180.000 arbres (hors les deux bois: Boulogne et Vincennes) dont 100.000 en bordure de rues et 80.000 dans les parcs, jardins et cimetières. Cette végétation a beau être scrupuleusement contrôlée chaque année, son état de santé général souffre paraît-il beaucoup du mode de vie urbain, et notamment du stress infligé par les travaux de voirie et les vibrations souterraines. Cela explique pourquoi, à Paris (mais sans doute aussi dans les autres grandes capitales mondiales), les arbres plantés le long des rues ont une longévité souvent limitée à 60 ou 80 ans (*). Et cela oblige la mairie à abattre chaque année quelque 1.500 arbres trop vieux et/ou malades. Ce qu’elle ne fait qu’avec réticence car cela suscite souvent la controverse et la mobilisation des comités de quartier (relire ici).

 

La Ville se doit d’être d’autant plus prudente que, malgré leurs pieds d’argile, ces arbres sont souvent des géants, dès lors dotés d’une taille et d’un poids potentiellement très menaçants. Pour preuve, en plein centre de Paris, on en trouve qui dépassent allègrement les 30 mètres de haut. Dans les bois parisiens, où l’on dénombre 300.000 arbres, leurs dimensions sont encore plus impressionnantes. Pour l’anecdote, le Bois de Boulogne compte un séquoia géant (planté en 1872) qui fait… 6,55 mètres de circonférence. Tandis qu’au Bois de Vincennes, le plus grand des platanes (planté en 1860) va sur ses… 45 mètres de hauteur. La prochaine fois qu’on passera en dessous, on essayera de ne pas trop penser à l’effondrement de la rue des Ecoles.

 

 

(*) Sauf exceptions notoires, bien sûr. Ainsi, le célèbrissime robinier du Square René-Viviani: quai de Montebello, face à Notre-Dame, à côté de la belle petite église de St-Julien le Pauvre. Planté en 1601, c’est le plus vieil arbre de la capitale.

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