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25/11/2008

Un jugement

tentesSDF.jpgC’est un jugement qui est tombé hier en fin d’après-midi, émanant du tribunal de police de Paris. Dans la capitale, cette décision a plongé dans l’effarement et la consternation d’innombrables intervenants associatifs. L’association ‘Droit au logement’ (DAL) a été condamnée à 12.000 euros d’amende pour avoir «embarrassé la voie publique en y laissant des objets». Les objets dont question, c’était les tentes de camping, remplies de personnes mal-logées, qui ont servi l’hiver dernier pour le campement établi par l’association rue de la Banque, à deux pas de l’Opéra. Dans la foulée, le même tribunal a confisqué les 198 tentes qu’avait utilisées une autre association, ‘Les Enfants de Don Quichotte’, pour une installation éphémère quai Montebello, aux pieds de Notre-Dame - avant d’y être délogée de manière musclée par la police.

 

Dépôt illégal d’objets sur la voie publique. C’était donc la qualification officiellement retenue pour évoquer le sort d’hommes, de femmes et d’enfants logeant dans la rue. Et ce, au moment même où, dans sa dernière campagne de sensibilisation, le Samu social présente un spot montrant des éboueurs ramassant des poubelles sur le trottoir mais y laissant un SDF dormant dans son carton – suit un slogan disant en substance: «En hiver, même vos poubelles, on ne les laisse pas passer la nuit dehors».

 

«On n’est pas des rebuts, ni des embarras», ont protesté hier, devant le tribunal, les membres du DAL après leur condamnation.  Jusqu’au sein du gouvernement, ce jugement suscite l’incompréhension voire l’indignation. Ainsi, ce matin à la radio, le propre collègue de la Garde des Sceaux, le haut commissaire gouvernemental à la pauvreté Martin Hirsch, a dit sa colère que la justice puisse ainsi vouloir «mettre à genoux», en les étranglant financièrement par des amendes, des associations caritatives qui, même si on ne partage pas toujours leurs modalités d’action, oeuvrent légitimement et inlassablement en faveur de la défense des plus pauvres.

 

sdf.jpg«Il y a une volonté de chasser les associations et les SDF des centres-villes», a diagnostiqué hier le DAL. Repousser la misère loin du regard. Jusque dans les forêts parisiennes, où l’on meurt à petit feu. Deux jours avant ce jugement condamnant les tentes de SDF à Paris, on apprenait la mort d’un SDF occupant un de ces campements de fortune du Bois de Vincennes où ils sont quelque 200 à survivre. En octobre dernier déjà, un autre SDF habitant (si l'on peut dire) ce bois était décédé. Ce décès-ci n’est «pas lié à la vague de froid», a précisé la préfecture, puisque «le corps était en état de décomposition avancé quand il a été retrouvé». Une précision bien macabre pour désamorcer une bien vilaine polémique, les associations s’alarmant que le Bois de Vincennes devienne «un mouroir» de SDF. Un mouroir? Les détails de la préfecture indiquent que c'est encore pire, qu’on est déjà passé au stade suivant, celui carrément de la morgue à ciel ouvert. Puisque, à deux pas des grands boulevards parisiens, un corps sans vie peut donc passer inaperçu pendant plusieurs jours.

 

Mais enfin, les pauvres de Paris et d’ailleurs se consoleront en pensant que le plus dur est passé et qu’ils n’ont plus qu’un hiver à tenir. En effet, dans six mois, la France bénéficiera d’une politique d’hébergement d’urgence digne de son nom. Oui, oui, c’est Nicolas Sarkozy en personne qui l’avait promis, pendant sa campagne. Promis, juré: deux ans après son accession à l’Elysée (en mai 2007), plus aucune personne en France ne serait forcée de dormir dans la rue faute de places dans les structures d’hébergement. Et le candidat UMP avait martelé le même slogan de meeting en meeting: «Moi, si je suis élu, je ne vous trahirai pas, je ne vous mentirai pas, je ne vous décevrai pas». Les SDF de Paris se réjouissent déjà, en mai prochain, de voir cela. 

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