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28.11.2008

Un cadeau de Noël

parfum.jpgSi l’on en juge aux nombreux paquets dont ils sont affublés en rue ou dans le métro, les Parisiens ont déjà commencé à sacrifier au rite annuel des courses pour les fêtes de fin d’année. Il est donc plus que temps de les informer de la sortie ces jours-ci d’un cadeau qui pourrait bien devenir un must dans certains milieux parisiens. On veut parler de la nouvelle game de produits de beauté et de cosmétique aux couleurs du Paris-Saint-Germain – le parfum du footballeur, en somme. Commercialisé par une société au nom merveilleux de «Brume de Rêve».

 

Alors, on entend déjà d’ici les rires moqueurs: les sarcasmes des anti-footeux primaires se demandant quel peut bien être l’intérêt de se parfumer avec des senteurs de sueur, des odeurs de vestiaires, des effluves de gazon mouillé ou des relents de merguès grillés. Mais non, pas du tout. "L’eau de sport" du PSG permet «aux fervents supporteurs de partager l’intimité de leur équipe préférée». C’est même carrément un parfum «magique». En effet,  «une touche de cette fragrance transforme les soirées parisiennes en une fête avec les plus jolies filles de la capitale. Cela sent déjà bon au Parc ou sur les Champs».

 

Parce que c’est Noël, dans "la trousse supporter", on trouve aussi un shampooing: «une vraie fraîcheur matinale aux couleurs de PARIS. Testé et approuvé par les joueurs du club après tous les matchs, pour mieux vivre ton club au quotidien». Il y a encore un gel coiffant: «un gel fruité plein de vigueur et de force pour mieux ressembler à Jérôme ROTHEN!»

 

rothenlabonne.jpgEt puis, tant qu’on y est et parce qu'il n'y a pas de mal à se faire du bien, c’est l’occasion rêvée d’aller refaire un tour dans la si splendide e-boutique du PSG. Plein de très belles choses nous y attendent, idéales pour déposer aux pieds du sapin de Noël et qui feront le bonheur des petits et des grands. Une vénéneuse «nuisette PSG Sport blanc rouge-Femme-PSG 13 euros». Un très chouette «lot 2 paires chaussettes PSG blanc bleu-Junior-PSG 4euros50». Et bien sûr la «médaille PSG logo argent-PSG 40 euros». D’accord, 40 euros, ce n’est pas donné. Mais, c’est «l’indispensable!» 

27.11.2008

Une expérimentation

La presse en France, comme ailleurs au demeurant, ne va pas bien. C’était déjà vrai avant la grande crise économique internationale. Cela l’est encore plus depuis que cette crise a éclaté. Certes, dans un premier temps, elle a profité aux chiffres de diffusion et d’audience des médias, le public alarmé cherchant à s’informer. Mais, dès demain, si ce n’est déjà le cas dès maintenant, les médias seront les premières victimes de l’hémorragie attendue des recettes publicitaires: le premier poste dans lequel sabrent habituellement les entreprises en difficultés. Très concrètement, à Paris et en France en général, la morosité du secteur de la presse s’est ressentie récemment, avec le bilan très décevant des nouveaux tabloïds sportifs qui ont été lancés il y a quelques semaines. Mais, et c’est là une conséquence plus positive de la crise de la presse, ce climat morose pousse sans cesse les diffuseurs à innover, dans l’espoir de conquérir de nouveaux publics et de décrocher de nouveaux marchés. C’est particulièrement frappant et visible à Paris.

 

Dans la capitale française, en effet, plus un mois ne passe sans qu’une initiative nouvelle soit prise pour attirer de nouveaux lecteurs. En septembre (relire ici), c’était les vendeurs de journaux à la criée qui avaient fait leur réapparition dans le réseau du métro et du RER. En octobre, c’était les «vélopresse» (), kiosques ambulants sur triporteurs, qui, les dimanches, avaient envahi les quartiers touristiques. Ce mois de novembre, sur les Champs-Elysées – au n°99 exactement, soit à l’angle de l’avenue George V –, vient de s’achever une première expérimentation de ce que l’on appelle l’«i-kiosque».

 

Comment ça marche? L’«i-kiosque» se présente sous la forme d’un écran apposé sur le côté d’un kiosque, à l’emplacement des panneaux publicitaires traditionnels. Le passant est invité à approcher la main. Le balayage de la main à dix centimètres de l’écran permet au lecteur de tourner virtuellement les pages d’un magazine, dans un sens comme dans l’autre, et donc de le feuilleter et de le lire exactement comme s'il s'agissait d'une revue réelle. En l’occurrence, dans le cadre de cette expérimentation, quatre magazines étaient proposés à la lecture: ‘Gala’, ‘Paris Match’, ‘Côté Paris’ et ‘Femmes’. Lorsque le piéton a achevé sa lecture et s’en va, la couverture du magazine apparaît à nouveau en plein écran, lisible comme une annonce classique, en attendant que le prochain passant actionne à son tour le dispositif.

 

En cours d’évaluation, l’expérimentation a, a priori, séduit tout le monde. Ce support interactif inédit répondrait à la fois à la curiosité du consommateur et au souci de visibilité de l’éditeur. Dès lors, l’expérience pourrait bien être reconduite, voire à terme ces «i-kiosques» se généraliser dans les rues de Paris.

26.11.2008

Une disparition

Cela doit être la première mesure prise par Martine Aubry, qui a été proclamée hier soir nouvelle patronne du Parti socialiste.

 

Hier encore, en fin d’après-midi, sur le site d’enchères eBay.fr, on pouvait trouver un objet intitulé «Parti socialiste, peu utilisé, vendu sans capitaine» mis en vente par un petit plaisantin. Il était classé dans la catégorie «Sports collectifs». Annoncé «de couleur rouge» ainsi qu’à l’«état d’occasion». «Le vendeur n'accepte pas les retours pour cet objet», était-il précisé dans l’annonce. Mais la livraison était entièrement gratuite. L’objet avait été mis en vente le 16 novembre, soit au lendemain du calamiteux congrès de Reims. Son prix, à l’époque, avait été fixé à un euro. Depuis, il avait suscité 20 enchères, qui avaient fait grimper sa valeur jusqu’à 10 millions d’euros.

 

Rebondissement. Ce matin, sur la même page d’eBay, plus rien. Plus de PS mis aux enchères. Disparu. Volatilisé comme par enchantement. N’y subsistent que de misérables et cafardeux jeux de cartes, pin’s, cravates et autres gadgets logotés socialistes. Autant d’objets qui, visiblement, n’intéressent personne. Ce matin,  les 22 articles référencés socialistes proposés sur eBay n’avaient totalisé qu’une demi-douzaine d’enchères. Et personne ne surenchérissait même sur de merveilleux pin’s de la fédération du Nord, le fief de Martine Aubry, proposés 3 euros la pièce. Si ça tombe bien demain matin, pour laver cet affront, les grands communicants de la rue de Solférino les auront dicrètement fait disparaître d’eBay.

25.11.2008

Un jugement

tentesSDF.jpgC’est un jugement qui est tombé hier en fin d’après-midi, émanant du tribunal de police de Paris. Dans la capitale, cette décision a plongé dans l’effarement et la consternation d’innombrables intervenants associatifs. L’association ‘Droit au logement’ (DAL) a été condamnée à 12.000 euros d’amende pour avoir «embarrassé la voie publique en y laissant des objets». Les objets dont question, c’était les tentes de camping, remplies de personnes mal-logées, qui ont servi l’hiver dernier pour le campement établi par l’association rue de la Banque, à deux pas de l’Opéra. Dans la foulée, le même tribunal a confisqué les 198 tentes qu’avait utilisées une autre association, ‘Les Enfants de Don Quichotte’, pour une installation éphémère quai Montebello, aux pieds de Notre-Dame - avant d’y être délogée de manière musclée par la police.

 

Dépôt illégal d’objets sur la voie publique. C’était donc la qualification officiellement retenue pour évoquer le sort d’hommes, de femmes et d’enfants logeant dans la rue. Et ce, au moment même où, dans sa dernière campagne de sensibilisation, le Samu social présente un spot montrant des éboueurs ramassant des poubelles sur le trottoir mais y laissant un SDF dormant dans son carton – suit un slogan disant en substance: «En hiver, même vos poubelles, on ne les laisse pas passer la nuit dehors».

 

«On n’est pas des rebuts, ni des embarras», ont protesté hier, devant le tribunal, les membres du DAL après leur condamnation.  Jusqu’au sein du gouvernement, ce jugement suscite l’incompréhension voire l’indignation. Ainsi, ce matin à la radio, le propre collègue de la Garde des Sceaux, le haut commissaire gouvernemental à la pauvreté Martin Hirsch, a dit sa colère que la justice puisse ainsi vouloir «mettre à genoux», en les étranglant financièrement par des amendes, des associations caritatives qui, même si on ne partage pas toujours leurs modalités d’action, oeuvrent légitimement et inlassablement en faveur de la défense des plus pauvres.

 

sdf.jpg«Il y a une volonté de chasser les associations et les SDF des centres-villes», a diagnostiqué hier le DAL. Repousser la misère loin du regard. Jusque dans les forêts parisiennes, où l’on meurt à petit feu. Deux jours avant ce jugement condamnant les tentes de SDF à Paris, on apprenait la mort d’un SDF occupant un de ces campements de fortune du Bois de Vincennes où ils sont quelque 200 à survivre. En octobre dernier déjà, un autre SDF habitant (si l'on peut dire) ce bois était décédé. Ce décès-ci n’est «pas lié à la vague de froid», a précisé la préfecture, puisque «le corps était en état de décomposition avancé quand il a été retrouvé». Une précision bien macabre pour désamorcer une bien vilaine polémique, les associations s’alarmant que le Bois de Vincennes devienne «un mouroir» de SDF. Un mouroir? Les détails de la préfecture indiquent que c'est encore pire, qu’on est déjà passé au stade suivant, celui carrément de la morgue à ciel ouvert. Puisque, à deux pas des grands boulevards parisiens, un corps sans vie peut donc passer inaperçu pendant plusieurs jours.

 

Mais enfin, les pauvres de Paris et d’ailleurs se consoleront en pensant que le plus dur est passé et qu’ils n’ont plus qu’un hiver à tenir. En effet, dans six mois, la France bénéficiera d’une politique d’hébergement d’urgence digne de son nom. Oui, oui, c’est Nicolas Sarkozy en personne qui l’avait promis, pendant sa campagne. Promis, juré: deux ans après son accession à l’Elysée (en mai 2007), plus aucune personne en France ne serait forcée de dormir dans la rue faute de places dans les structures d’hébergement. Et le candidat UMP avait martelé le même slogan de meeting en meeting: «Moi, si je suis élu, je ne vous trahirai pas, je ne vous mentirai pas, je ne vous décevrai pas». Les SDF de Paris se réjouissent déjà, en mai prochain, de voir cela. 

24.11.2008

Un nombre

42. C’est donc, avant les recomptages et éventuelles corrections de ce lundi, le nombre de voix d’avance de Martine Aubry sur Ségolène Royal pour la direction du PS. Quelques heures à peine après l’achèvement du psychodrame de vendredi soir, cette référence historico-politique avait déjà été ajoutée à la rubrique consacrée à ce chiffre par Wikipédia. «L’encyclopédie libre» et participative du net a beau voir sa fiabilité régulièrement contestée, au moins donc sait-elle à l’occasion faire preuve d’une belle réactivité. En plus, si on la lit bien, cette notice encyclopédique sur le 42 renvoie à des tas de choses qui, par analogie, conviendraient bien à la situation au PS.

 

Ainsi, 42 est, à une centaine de mètres près, le nombre de kilomètres d’un marathon. Voilà qui ne pouvait mieux tomber, s’agissant au PS d'une interminable course de succession. C’est aussi «le numéro atomique du molybdène, un métal de transition». Mais après cela, elle ne va pas être facile la transition, dans ce parti. 42 est également «le nombre de types distincts de fromages requis dans le sketch de la fromagerie des Monty Python». D’un sketch comique à l’autre, cela méritait d’être rappelé. A moins qu’au PS, on ne soit pas en présence d’une comédie mais d’une tragédie? Auquel cas, il n’y a qu’à demander, Wiki fournit illico une référence: «Dans 'Roméo et Juliette', la potion que donne Frère Laurent à Juliette la maintient 42 heures dans un état de mort». Menacé à terme de mort, le PS a, depuis vendredi soir, le feu peu ou prou à tous ses étages. Normal: 42 est «le titre original et la durée approximative en minutes de l’épisode 'Brûle avec moi' de la série Doctor Who». C’est encore «le nombre d’années de mariage des noces de nacre». Mais de toute évidence, les aubrystes et les royalistes ne sont pas prêts de les célébrer, ces épousailles.

 

 

 

PS: Pour que nos lecteurs n’aient décidément pas perdu leur journée, signalons que 42 est également «le numéro de l’inode du répertoire root dans un système de fichier resiser4», le nom donné «par les chercheurs d’Umbrella à la plante gigantesque occupant le poste de garde dans le jeu 'Resident Evil'», ou «le nombre de portes protégeant 'Le grimoire des secrets' dans l'épisode 13 des 'reflets d’Acide'». Décidément, toutes ces sous-cultures et toutes les connaissances encyclopédiques auxquelles elles donnent lieu chez leurs initiés sont assez fascinantes.

21.11.2008

Une révélation

Il n’a pas tout perdu, Benoît Hamon: le candidat à la direction du PS qui, cette nuit, s’est fait évincer du second tour final au profit de Ségolène Royal et de Martine Aubry. Le jeune eurodéputé n’a pas tout perdu, puisque, à la faveur de cette course à la présidence, il a au moins acquis une notoriété. Aujourd’hui, si vous le googlisez, vous obtenez quasiment un demi-million de références. Certes, ce n’est rien par rapport à l’audience de ses deux rivales. Mais ce n’est tout de même pas mal pour quelqu’un qui était totalement inconnu du grand public il y a six mois à peine. Tous les ans, un prix décerné par des journalistes couronne la révélation politique de l’année. Pour 2008, le Besancenot du PS pourrait légitimement prétendre à cette distinction.

Par sa jeunesse, son style calme et cool, son look «boy next door», son talent télégénique et sans doute aussi par son discours – brut de décoffrage, les deux pieds bien sur terre, compréhensible, moins langue de bois que les autres –, Benoît Hamon n’est pas passé inaperçu sur le net non plus. Certains forums notamment ont amplement commenté sa plastique de jeune premier.

Signe d’une certaine popularité, le rugbyman amateur fait même déjà l’objet de parodies sur les sites de partage vidéo. Ainsi, ce mini-clip ci-dessous. C’est évidemment purement gratuit, les deux intéressés n’étant absolument pas liés. Par rapport aux enjeux de fond, c’est certainement très futile. Et les grincheux auront même quelques raisons de trouver cela carrément débile. Mais, on l’avoue, on a trouvé que le casting – le si avenant socialiste et la si glamour et talentueuse journaliste – était vraiment très réussi. Un couple tellement joli qu’à la vision de cette bluette imaginaire, on a trouvé ce duo charmant et on a souri.

 

20.11.2008

Un gag?

C'est annoncé pour demain soir dans le Marais, dans un lieu encore tenu secret mais proche de Bastille. C’est tellement curieux comme événement qu’à ce stade, on ne sait pas trop s’il aura vraiment lieu ou s’il ne s’agit que d’un gag propagé par le net,  voire d’une trouvaille de marketing et de promo à des fins donc bassement mercantiles. C’est une course à pied. Mais une course un peu spéciale. Réservée aux femmes, elle se court exclusivement… en escarpins.

 

Sur la ligne de départ, sont annoncées 32 équipes composées chacune de trois filles. Ces dames s’affronteront dans un relais de 3x60 mètres. Le règlement stipule qu’elles devront impérativement être chaussées d’escarpins dont les talons ont au moins 8 centimètres de haut. Les équipes engagées portent des noms aussi olé-olé que «Les follasses sur échasses», «Les Shoes Addiiiict», «Les piqueuses de talons» ou les «S.H.O.E.S», pour «Satyres hautement obsédées par les escarpins sophistiqués». Sur le site web de la course, des coaches recommandent aux participantes de s’entraîner en courant les magasins et les apéros mondains chaussées d'escarpins. «Cette course folle est avant tout un bon moyen de fuir la sinistrose ambiante», précisent les organisateurs.

 

A première vue, quand on a découvert l’existence de cette course à pied décidément pas comme les autres, on trouvait cela plutôt farce. Une touche de légèreté, de dérision et d’esprit ludique bienvenue dans un monde de la compétition sportive qui se prend si au sérieux. Une féminisation salutaire de l’univers souvent si péniblement macho qu’est le sport. Et puis, en y repensant, on n‘est plus trop sûr que ce genre d’événement (s’il ne s’agit pas d’un gag, encore une fois) grandirait vraiment l’image de la femme. On n’a jamais essayé cela, mais, en tant qu’adepte de la course à pied, on ne l’imagine que trop bien: rien que par la posture du corps, piquer un sprint en hauts talons ne peut que donner lieu à un spectacle hautement ridicule. Avec probablement à la clé de spectaculaires gadins – la Croix Rouge sera d’ailleurs présente à l'événement. Du coup, on frémit d’avance à l’idée de demoiselles chaussées sur des escarpins effilés qui se rétament en masse et misérablement sur le bitume, sous les rires bien gras d’un public évidemment majoritairement mâle.

 

Dans ce cas de figure, cette course à pied se rapprocherait des matchs de catch féminin et de leurs variations les plus glauques (combats de femmes dans la boue, etc.). Qui, avec leurs déclinaisons light estivales (genre, les concours miss tee-shirt mouillé),  constituent tout de même le sommet de la beauferie sexiste ordinaire.

19.11.2008

Un gaspillage?

champs%20elysees.jpgCela se passe ce soir, vers 18 heures: c'est le coup d’envoi donné aux grandes illuminations de Noël des Champs-Elysées, en compagnie d’un aréopage d’officiels et de people – cet hiver, c’est l’actrice Marion Cotillard qui officiera en tant que maîtresse de cérémonie. Une fois encore, on imagine que la scénographie sera grandiose. Sur les 2,4 km de «la plus belle avenue du monde», de la Concorde à l’Arc de Triomphe, 400 arbres seront décorés d’un million de points lumineux. Leurs troncs seront parés de brillants de couleur bleue pour rappeler la présidence française de l'Union européenne, qui s'achève à la fin de l'année.

 

Comme chaque année, cette animation de Noël suscite la controverse. La mairie et les commerçants des Champs mettent en avant le recours aux ampoules à basse consommation, qui réduirait le coût énergétique de cette opération à la consommation moyenne d’électricité d’une famille de quatre personnes pendant un mois. Plusieurs associations de défense de l’environnement (le Réseau action climat, Sortir du nucléaire, etc.) n’en dénoncent pas moins «un grand gaspillage». Et avancent , elles, un bilan carbone de 600 à 700 grammes de CO2 par kilowattheure consommé. Au total, la surfacturation d’électricité générée par ce dispositif engloutirait à elle seule les économies découlant du passage à l’heure d’hiver. Ces opposants n’exigent pas l’arrêt des illuminations de Noël mais au moins leur limitation tant dans leur durée que dans leur ampleur.

 

Pendant les fêtes de fin d'année, les grands magasins parisiens – qui réalisent 25% de leur chiffre d’affaires annuel lors de cette seule période  –, déploient eux aussi la grosse artillerie lumineuse. Ainsi, au Printemps, rien que pour les décors extérieurs, ont été mobilisés «2500 boules jaunes noires pailletées argent ou encore à facettes, 85.760 diodes électroluminescentes, 5000 grosses ampoules led, 3000 ampoules flash reliées par 2800 mètres de câbles de fête foraine, 48 étoiles de 2 à 4 mètres, 2000 guirlandes lumineuses soit 100.000 points lumineux, 3,5 kilomètres de tube de lumière». A cela, il faut ajouter, pour les décors intérieurs, «50.000 mètres de guirlandes lumineuses soit 1.670.000 ampoules, 15.000 étoiles, 3750 m2 de moucharabiehs et 90.000 sequins». Sans oublier les vitrines animées, dont le montage prend à lui seul 200 heures de travail. 80 personnages animés et 1000 objets sont utilisés pour ce décor. Pendant la durée de leur exposition, soit deux mois, ces personnages animés «effectueront 5 millions de fois le même geste et parcourront l'équivalent d'un aller-retour Paris-Strasbourg».

 

printemps.jpgTrès joli tout cela, mais, ici aussi, très très énergivore, non? «Pas du tout!», assurait-on hier, avec un bel enthousiasme, à la direction du grand magasin. Le recours notamment aux ampoules led permettrait de «réduire au minimum les nuisances et l’impact sur l’environnement». L’enseigne se refuse toutefois à communiquer le moindre chiffre concernant le coût financier et énergétique de ce dispositif de Noël: «Vous comprenez: cela tuerait le rêve». On comprend.

 

Tiens, au fond, en cette période de crise économique mondiale, au moment où en France tant de ménages se désespèrent de leur pouvoir d’achat voire craignent pour leur logement ou pour leur emploi, toutes ces dépenses si somptuaires sont-elles vraiment à propos? Cette année, un peu plus de sobriété, un peu moins d’étalage donc, n’aurait-il pas été bienvenu, voire de bon goût? «Aucun client ne nous a jamais fait de remarque allant dans ce sens», assure-t-on au Printemps. «Ici, on est dans le rêve le plus absolu, dans la magie de Noël. Cela n’a rien d’indécent».

 

 

18.11.2008

Une réticence

Mauvaise période, décidément, pour le maire de Paris. Bertrand Delanoë vient de spectaculairement échouer dans la course à la direction du PS. Voilà à présent que, sur le terrain parisien, une de ses marottes urbanistiques est en train de prendre l’eau: les tours.

 

Les tours ou plutôt les «immeubles de grande hauteur», comme dit pudiquement le néologisme. Confronté à un problème d’espace dans la capitale, la mairie a commis six grands projets de tours, dont le plus connu, la pharaonique tour Triangle, est actuellement soumis à consultation – et fait d’ailleurs l’objet d’une mobilisation associative. Ce faisant, le maire a balayé d’un revers de la main l’avis majoritaire des Parisiens. Ceux-ci, dans une consultation en 2004, s’étaient opposés à plus de 60 % au retour des gratte-ciel dans la capitale. Sur ce point, Bertrand Delanoë a aussi fait exploser sa majorité, les Verts refusant de cautionner ses vues urbanistiques. Depuis, est survenue la grande crise économique et financière actuelle, qui va forcément ralentir les méga-programmes immobiliers. Dernière mauvaise nouvelle en date sur ce sujet pour le maire: un sondage publié hier a montré que sont également réticents aux tours leurs premiers occupants présumés (s’agissant majoritairement de projets de bureaux), à savoir les entreprises.

 

Selon cette enquête Médiamétrie, seules 17% des 979 entreprises parisiennes consultées se déclarent prêtes à s’installer dans un gratte-ciel à Paris. La mairie biaise en rétorquant que les entreprises sondées sont surtout des PME ; or ce sont les grandes sociétés qui sont les premiers clients visés par les promoteurs de tours. Il n’empêche, le rejet des gratte-ciel est massif. Les raisons pour lesquelles les entrepreneurs parisiens refusent les tours sont, dans l'ordre, leur taille inhumaine, leur proximité avec le périphérique, leur coût trop important (charges, etc.), leur non-conformité avec la physionomie traditionnelle du tissu parisien, et (malgré tous les progrès qu’on a accomplis dans ce domaine) le fait qu’une tour est toujours plus énergivore et donc moins écologique qu’un bâtiment de taille plus raisonnable.

 

«ll y a une grande dimension psychologique dans ce refus des tours», expliquait en substance un spécialiste de l’urbanisme, à la radio ce matin. «Quand une société veut que son siège soit à Paris, c’est beaucoup pour une question de prestige et d’image de marque. Elle va donc vouloir s’installer dans les beaux quartiers centraux. Et pas dans une tour, aussi belle soit elle, dont les occupants disposeront d’une vue imprenable… sur le périphérique et sur la banlieue». 

17.11.2008

Un pugilat

Cela a volé bas, samedi.  On ne parle pas des coups bas entre camarades socialistes réunis en congrès à Reims. Au moins ces affrontements-là ne furent-ils que verbaux – du moins si l’on excepte l’un ou l’autre gnon perdu dans les bousculades médiatiques. En revanche, à Paris le même jour, c’est carrément à coups de poings, de barres de fer, de battes de base-ball et de bombes de gaz lacrymogène que l’on s’est affrontés.

 

C’était en plein centre-ville, en fin de journée. Cela s’est passé au Forum des Halles – lieu que, décidément, on n’aime pas –, Porte Lescot précisément, sous les regards médusés de centaines de badauds. C’était deux bandes rivales qui s’affrontaient: l’une réunissant des gamins de la banlieue ouest de Paris, l’autre des gosses du même âge mais originaires eux de la banlieue nord de la capitale. Résultat? Un pugilat général dans lequel furent impliquées plus de 70 personnes, sans compter une trentaine de policiers débordés, des vitrines et du mobilier cassés, des blessés et une dizaine des jeunes interpellés, dont certains âgés à peine de seize ans. Avant de faire le coup de poing aux Halles, ces hurluberlus avaient déjà, il y a plusieurs mois, semé la panique dans le quartier de la gare du Nord et à Pigalle.

 

Coïncidence: c’est juste au lendemain de ce week-end houleux que le centre commercial des Halles inaugure, ce lundi, ses illuminations de fin d’année. Pour l’occasion, dès la nuit tombée et jusqu’à début janvier, le Forum s’illumine tout en rose, avec notamment un sapin de Noël de dix mètres de haut installé sur la place basse du mall. Les organisateurs promettent une «frénésie rose», qui transportera les usagers et visiteurs des Halles «dans un tourbillon de rêve et de lumières». Si au moins cette animation pouvait en calmer un peu quelques-uns, ce ne serait déjà pas mal.

 

Dans la foulée, puisque la culture, comme la musique, adoucit les moeurs, on ne peut que se réjouir de la réouverture aux Halles, début décembre, du "Forum des Images" entièrement rénové après trois années de travaux. Cette très belle réalisation – dont la déco intérieure fait elle aussi largement appel au magenta – proposera au public une bibliothèque du cinéma, un restaurant, un bar et cinq salles de projection différentes. On ne sait si, au vu des incidents de ce week-end, les programmateurs oseront ou non programmer «West Side Story».

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