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28/11/2008

Un cadeau de Noël

parfum.jpgSi l’on en juge aux nombreux paquets dont ils sont affublés en rue ou dans le métro, les Parisiens ont déjà commencé à sacrifier au rite annuel des courses pour les fêtes de fin d’année. Il est donc plus que temps de les informer de la sortie ces jours-ci d’un cadeau qui pourrait bien devenir un must dans certains milieux parisiens. On veut parler de la nouvelle game de produits de beauté et de cosmétique aux couleurs du Paris-Saint-Germain – le parfum du footballeur, en somme. Commercialisé par une société au nom merveilleux de «Brume de Rêve».

 

Alors, on entend déjà d’ici les rires moqueurs: les sarcasmes des anti-footeux primaires se demandant quel peut bien être l’intérêt de se parfumer avec des senteurs de sueur, des odeurs de vestiaires, des effluves de gazon mouillé ou des relents de merguès grillés. Mais non, pas du tout. "L’eau de sport" du PSG permet «aux fervents supporteurs de partager l’intimité de leur équipe préférée». C’est même carrément un parfum «magique». En effet,  «une touche de cette fragrance transforme les soirées parisiennes en une fête avec les plus jolies filles de la capitale. Cela sent déjà bon au Parc ou sur les Champs».

 

Parce que c’est Noël, dans "la trousse supporter", on trouve aussi un shampooing: «une vraie fraîcheur matinale aux couleurs de PARIS. Testé et approuvé par les joueurs du club après tous les matchs, pour mieux vivre ton club au quotidien». Il y a encore un gel coiffant: «un gel fruité plein de vigueur et de force pour mieux ressembler à Jérôme ROTHEN!»

 

rothenlabonne.jpgEt puis, tant qu’on y est et parce qu'il n'y a pas de mal à se faire du bien, c’est l’occasion rêvée d’aller refaire un tour dans la si splendide e-boutique du PSG. Plein de très belles choses nous y attendent, idéales pour déposer aux pieds du sapin de Noël et qui feront le bonheur des petits et des grands. Une vénéneuse «nuisette PSG Sport blanc rouge-Femme-PSG 13 euros». Un très chouette «lot 2 paires chaussettes PSG blanc bleu-Junior-PSG 4euros50». Et bien sûr la «médaille PSG logo argent-PSG 40 euros». D’accord, 40 euros, ce n’est pas donné. Mais, c’est «l’indispensable!» 

27/11/2008

Une expérimentation

La presse en France, comme ailleurs au demeurant, ne va pas bien. C’était déjà vrai avant la grande crise économique internationale. Cela l’est encore plus depuis que cette crise a éclaté. Certes, dans un premier temps, elle a profité aux chiffres de diffusion et d’audience des médias, le public alarmé cherchant à s’informer. Mais, dès demain, si ce n’est déjà le cas dès maintenant, les médias seront les premières victimes de l’hémorragie attendue des recettes publicitaires: le premier poste dans lequel sabrent habituellement les entreprises en difficultés. Très concrètement, à Paris et en France en général, la morosité du secteur de la presse s’est ressentie récemment, avec le bilan très décevant des nouveaux tabloïds sportifs qui ont été lancés il y a quelques semaines. Mais, et c’est là une conséquence plus positive de la crise de la presse, ce climat morose pousse sans cesse les diffuseurs à innover, dans l’espoir de conquérir de nouveaux publics et de décrocher de nouveaux marchés. C’est particulièrement frappant et visible à Paris.

 

Dans la capitale française, en effet, plus un mois ne passe sans qu’une initiative nouvelle soit prise pour attirer de nouveaux lecteurs. En septembre (relire ici), c’était les vendeurs de journaux à la criée qui avaient fait leur réapparition dans le réseau du métro et du RER. En octobre, c’était les «vélopresse» (), kiosques ambulants sur triporteurs, qui, les dimanches, avaient envahi les quartiers touristiques. Ce mois de novembre, sur les Champs-Elysées – au n°99 exactement, soit à l’angle de l’avenue George V –, vient de s’achever une première expérimentation de ce que l’on appelle l’«i-kiosque».

 

Comment ça marche? L’«i-kiosque» se présente sous la forme d’un écran apposé sur le côté d’un kiosque, à l’emplacement des panneaux publicitaires traditionnels. Le passant est invité à approcher la main. Le balayage de la main à dix centimètres de l’écran permet au lecteur de tourner virtuellement les pages d’un magazine, dans un sens comme dans l’autre, et donc de le feuilleter et de le lire exactement comme s'il s'agissait d'une revue réelle. En l’occurrence, dans le cadre de cette expérimentation, quatre magazines étaient proposés à la lecture: ‘Gala’, ‘Paris Match’, ‘Côté Paris’ et ‘Femmes’. Lorsque le piéton a achevé sa lecture et s’en va, la couverture du magazine apparaît à nouveau en plein écran, lisible comme une annonce classique, en attendant que le prochain passant actionne à son tour le dispositif.

 

En cours d’évaluation, l’expérimentation a, a priori, séduit tout le monde. Ce support interactif inédit répondrait à la fois à la curiosité du consommateur et au souci de visibilité de l’éditeur. Dès lors, l’expérience pourrait bien être reconduite, voire à terme ces «i-kiosques» se généraliser dans les rues de Paris.

11:12 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : paris, médias, presse

26/11/2008

Une disparition

Cela doit être la première mesure prise par Martine Aubry, qui a été proclamée hier soir nouvelle patronne du Parti socialiste.

 

Hier encore, en fin d’après-midi, sur le site d’enchères eBay.fr, on pouvait trouver un objet intitulé «Parti socialiste, peu utilisé, vendu sans capitaine» mis en vente par un petit plaisantin. Il était classé dans la catégorie «Sports collectifs». Annoncé «de couleur rouge» ainsi qu’à l’«état d’occasion». «Le vendeur n'accepte pas les retours pour cet objet», était-il précisé dans l’annonce. Mais la livraison était entièrement gratuite. L’objet avait été mis en vente le 16 novembre, soit au lendemain du calamiteux congrès de Reims. Son prix, à l’époque, avait été fixé à un euro. Depuis, il avait suscité 20 enchères, qui avaient fait grimper sa valeur jusqu’à 10 millions d’euros.

 

Rebondissement. Ce matin, sur la même page d’eBay, plus rien. Plus de PS mis aux enchères. Disparu. Volatilisé comme par enchantement. N’y subsistent que de misérables et cafardeux jeux de cartes, pin’s, cravates et autres gadgets logotés socialistes. Autant d’objets qui, visiblement, n’intéressent personne. Ce matin,  les 22 articles référencés socialistes proposés sur eBay n’avaient totalisé qu’une demi-douzaine d’enchères. Et personne ne surenchérissait même sur de merveilleux pin’s de la fédération du Nord, le fief de Martine Aubry, proposés 3 euros la pièce. Si ça tombe bien demain matin, pour laver cet affront, les grands communicants de la rue de Solférino les auront dicrètement fait disparaître d’eBay.

25/11/2008

Un jugement

tentesSDF.jpgC’est un jugement qui est tombé hier en fin d’après-midi, émanant du tribunal de police de Paris. Dans la capitale, cette décision a plongé dans l’effarement et la consternation d’innombrables intervenants associatifs. L’association ‘Droit au logement’ (DAL) a été condamnée à 12.000 euros d’amende pour avoir «embarrassé la voie publique en y laissant des objets». Les objets dont question, c’était les tentes de camping, remplies de personnes mal-logées, qui ont servi l’hiver dernier pour le campement établi par l’association rue de la Banque, à deux pas de l’Opéra. Dans la foulée, le même tribunal a confisqué les 198 tentes qu’avait utilisées une autre association, ‘Les Enfants de Don Quichotte’, pour une installation éphémère quai Montebello, aux pieds de Notre-Dame - avant d’y être délogée de manière musclée par la police.

 

Dépôt illégal d’objets sur la voie publique. C’était donc la qualification officiellement retenue pour évoquer le sort d’hommes, de femmes et d’enfants logeant dans la rue. Et ce, au moment même où, dans sa dernière campagne de sensibilisation, le Samu social présente un spot montrant des éboueurs ramassant des poubelles sur le trottoir mais y laissant un SDF dormant dans son carton – suit un slogan disant en substance: «En hiver, même vos poubelles, on ne les laisse pas passer la nuit dehors».

 

«On n’est pas des rebuts, ni des embarras», ont protesté hier, devant le tribunal, les membres du DAL après leur condamnation.  Jusqu’au sein du gouvernement, ce jugement suscite l’incompréhension voire l’indignation. Ainsi, ce matin à la radio, le propre collègue de la Garde des Sceaux, le haut commissaire gouvernemental à la pauvreté Martin Hirsch, a dit sa colère que la justice puisse ainsi vouloir «mettre à genoux», en les étranglant financièrement par des amendes, des associations caritatives qui, même si on ne partage pas toujours leurs modalités d’action, oeuvrent légitimement et inlassablement en faveur de la défense des plus pauvres.

 

sdf.jpg«Il y a une volonté de chasser les associations et les SDF des centres-villes», a diagnostiqué hier le DAL. Repousser la misère loin du regard. Jusque dans les forêts parisiennes, où l’on meurt à petit feu. Deux jours avant ce jugement condamnant les tentes de SDF à Paris, on apprenait la mort d’un SDF occupant un de ces campements de fortune du Bois de Vincennes où ils sont quelque 200 à survivre. En octobre dernier déjà, un autre SDF habitant (si l'on peut dire) ce bois était décédé. Ce décès-ci n’est «pas lié à la vague de froid», a précisé la préfecture, puisque «le corps était en état de décomposition avancé quand il a été retrouvé». Une précision bien macabre pour désamorcer une bien vilaine polémique, les associations s’alarmant que le Bois de Vincennes devienne «un mouroir» de SDF. Un mouroir? Les détails de la préfecture indiquent que c'est encore pire, qu’on est déjà passé au stade suivant, celui carrément de la morgue à ciel ouvert. Puisque, à deux pas des grands boulevards parisiens, un corps sans vie peut donc passer inaperçu pendant plusieurs jours.

 

Mais enfin, les pauvres de Paris et d’ailleurs se consoleront en pensant que le plus dur est passé et qu’ils n’ont plus qu’un hiver à tenir. En effet, dans six mois, la France bénéficiera d’une politique d’hébergement d’urgence digne de son nom. Oui, oui, c’est Nicolas Sarkozy en personne qui l’avait promis, pendant sa campagne. Promis, juré: deux ans après son accession à l’Elysée (en mai 2007), plus aucune personne en France ne serait forcée de dormir dans la rue faute de places dans les structures d’hébergement. Et le candidat UMP avait martelé le même slogan de meeting en meeting: «Moi, si je suis élu, je ne vous trahirai pas, je ne vous mentirai pas, je ne vous décevrai pas». Les SDF de Paris se réjouissent déjà, en mai prochain, de voir cela. 

24/11/2008

Un nombre

42. C’est donc, avant les recomptages et éventuelles corrections de ce lundi, le nombre de voix d’avance de Martine Aubry sur Ségolène Royal pour la direction du PS. Quelques heures à peine après l’achèvement du psychodrame de vendredi soir, cette référence historico-politique avait déjà été ajoutée à la rubrique consacrée à ce chiffre par Wikipédia. «L’encyclopédie libre» et participative du net a beau voir sa fiabilité régulièrement contestée, au moins donc sait-elle à l’occasion faire preuve d’une belle réactivité. En plus, si on la lit bien, cette notice encyclopédique sur le 42 renvoie à des tas de choses qui, par analogie, conviendraient bien à la situation au PS.

 

Ainsi, 42 est, à une centaine de mètres près, le nombre de kilomètres d’un marathon. Voilà qui ne pouvait mieux tomber, s’agissant au PS d'une interminable course de succession. C’est aussi «le numéro atomique du molybdène, un métal de transition». Mais après cela, elle ne va pas être facile la transition, dans ce parti. 42 est également «le nombre de types distincts de fromages requis dans le sketch de la fromagerie des Monty Python». D’un sketch comique à l’autre, cela méritait d’être rappelé. A moins qu’au PS, on ne soit pas en présence d’une comédie mais d’une tragédie? Auquel cas, il n’y a qu’à demander, Wiki fournit illico une référence: «Dans 'Roméo et Juliette', la potion que donne Frère Laurent à Juliette la maintient 42 heures dans un état de mort». Menacé à terme de mort, le PS a, depuis vendredi soir, le feu peu ou prou à tous ses étages. Normal: 42 est «le titre original et la durée approximative en minutes de l’épisode 'Brûle avec moi' de la série Doctor Who». C’est encore «le nombre d’années de mariage des noces de nacre». Mais de toute évidence, les aubrystes et les royalistes ne sont pas prêts de les célébrer, ces épousailles.

 

 

 

PS: Pour que nos lecteurs n’aient décidément pas perdu leur journée, signalons que 42 est également «le numéro de l’inode du répertoire root dans un système de fichier resiser4», le nom donné «par les chercheurs d’Umbrella à la plante gigantesque occupant le poste de garde dans le jeu 'Resident Evil'», ou «le nombre de portes protégeant 'Le grimoire des secrets' dans l'épisode 13 des 'reflets d’Acide'». Décidément, toutes ces sous-cultures et toutes les connaissances encyclopédiques auxquelles elles donnent lieu chez leurs initiés sont assez fascinantes.

21/11/2008

Une révélation

Il n’a pas tout perdu, Benoît Hamon: le candidat à la direction du PS qui, cette nuit, s’est fait évincer du second tour final au profit de Ségolène Royal et de Martine Aubry. Le jeune eurodéputé n’a pas tout perdu, puisque, à la faveur de cette course à la présidence, il a au moins acquis une notoriété. Aujourd’hui, si vous le googlisez, vous obtenez quasiment un demi-million de références. Certes, ce n’est rien par rapport à l’audience de ses deux rivales. Mais ce n’est tout de même pas mal pour quelqu’un qui était totalement inconnu du grand public il y a six mois à peine. Tous les ans, un prix décerné par des journalistes couronne la révélation politique de l’année. Pour 2008, le Besancenot du PS pourrait légitimement prétendre à cette distinction.

Par sa jeunesse, son style calme et cool, son look «boy next door», son talent télégénique et sans doute aussi par son discours – brut de décoffrage, les deux pieds bien sur terre, compréhensible, moins langue de bois que les autres –, Benoît Hamon n’est pas passé inaperçu sur le net non plus. Certains forums notamment ont amplement commenté sa plastique de jeune premier.

Signe d’une certaine popularité, le rugbyman amateur fait même déjà l’objet de parodies sur les sites de partage vidéo. Ainsi, ce mini-clip ci-dessous. C’est évidemment purement gratuit, les deux intéressés n’étant absolument pas liés. Par rapport aux enjeux de fond, c’est certainement très futile. Et les grincheux auront même quelques raisons de trouver cela carrément débile. Mais, on l’avoue, on a trouvé que le casting – le si avenant socialiste et la si glamour et talentueuse journaliste – était vraiment très réussi. Un couple tellement joli qu’à la vision de cette bluette imaginaire, on a trouvé ce duo charmant et on a souri.

 

20/11/2008

Un gag?

C'est annoncé pour demain soir dans le Marais, dans un lieu encore tenu secret mais proche de Bastille. C’est tellement curieux comme événement qu’à ce stade, on ne sait pas trop s’il aura vraiment lieu ou s’il ne s’agit que d’un gag propagé par le net,  voire d’une trouvaille de marketing et de promo à des fins donc bassement mercantiles. C’est une course à pied. Mais une course un peu spéciale. Réservée aux femmes, elle se court exclusivement… en escarpins.

 

Sur la ligne de départ, sont annoncées 32 équipes composées chacune de trois filles. Ces dames s’affronteront dans un relais de 3x60 mètres. Le règlement stipule qu’elles devront impérativement être chaussées d’escarpins dont les talons ont au moins 8 centimètres de haut. Les équipes engagées portent des noms aussi olé-olé que «Les follasses sur échasses», «Les Shoes Addiiiict», «Les piqueuses de talons» ou les «S.H.O.E.S», pour «Satyres hautement obsédées par les escarpins sophistiqués». Sur le site web de la course, des coaches recommandent aux participantes de s’entraîner en courant les magasins et les apéros mondains chaussées d'escarpins. «Cette course folle est avant tout un bon moyen de fuir la sinistrose ambiante», précisent les organisateurs.

 

A première vue, quand on a découvert l’existence de cette course à pied décidément pas comme les autres, on trouvait cela plutôt farce. Une touche de légèreté, de dérision et d’esprit ludique bienvenue dans un monde de la compétition sportive qui se prend si au sérieux. Une féminisation salutaire de l’univers souvent si péniblement macho qu’est le sport. Et puis, en y repensant, on n‘est plus trop sûr que ce genre d’événement (s’il ne s’agit pas d’un gag, encore une fois) grandirait vraiment l’image de la femme. On n’a jamais essayé cela, mais, en tant qu’adepte de la course à pied, on ne l’imagine que trop bien: rien que par la posture du corps, piquer un sprint en hauts talons ne peut que donner lieu à un spectacle hautement ridicule. Avec probablement à la clé de spectaculaires gadins – la Croix Rouge sera d’ailleurs présente à l'événement. Du coup, on frémit d’avance à l’idée de demoiselles chaussées sur des escarpins effilés qui se rétament en masse et misérablement sur le bitume, sous les rires bien gras d’un public évidemment majoritairement mâle.

 

Dans ce cas de figure, cette course à pied se rapprocherait des matchs de catch féminin et de leurs variations les plus glauques (combats de femmes dans la boue, etc.). Qui, avec leurs déclinaisons light estivales (genre, les concours miss tee-shirt mouillé),  constituent tout de même le sommet de la beauferie sexiste ordinaire.

11:40 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : femmes, sports, mode, paris

19/11/2008

Un gaspillage?

champs%20elysees.jpgCela se passe ce soir, vers 18 heures: c'est le coup d’envoi donné aux grandes illuminations de Noël des Champs-Elysées, en compagnie d’un aréopage d’officiels et de people – cet hiver, c’est l’actrice Marion Cotillard qui officiera en tant que maîtresse de cérémonie. Une fois encore, on imagine que la scénographie sera grandiose. Sur les 2,4 km de «la plus belle avenue du monde», de la Concorde à l’Arc de Triomphe, 400 arbres seront décorés d’un million de points lumineux. Leurs troncs seront parés de brillants de couleur bleue pour rappeler la présidence française de l'Union européenne, qui s'achève à la fin de l'année.

 

Comme chaque année, cette animation de Noël suscite la controverse. La mairie et les commerçants des Champs mettent en avant le recours aux ampoules à basse consommation, qui réduirait le coût énergétique de cette opération à la consommation moyenne d’électricité d’une famille de quatre personnes pendant un mois. Plusieurs associations de défense de l’environnement (le Réseau action climat, Sortir du nucléaire, etc.) n’en dénoncent pas moins «un grand gaspillage». Et avancent , elles, un bilan carbone de 600 à 700 grammes de CO2 par kilowattheure consommé. Au total, la surfacturation d’électricité générée par ce dispositif engloutirait à elle seule les économies découlant du passage à l’heure d’hiver. Ces opposants n’exigent pas l’arrêt des illuminations de Noël mais au moins leur limitation tant dans leur durée que dans leur ampleur.

 

Pendant les fêtes de fin d'année, les grands magasins parisiens – qui réalisent 25% de leur chiffre d’affaires annuel lors de cette seule période  –, déploient eux aussi la grosse artillerie lumineuse. Ainsi, au Printemps, rien que pour les décors extérieurs, ont été mobilisés «2500 boules jaunes noires pailletées argent ou encore à facettes, 85.760 diodes électroluminescentes, 5000 grosses ampoules led, 3000 ampoules flash reliées par 2800 mètres de câbles de fête foraine, 48 étoiles de 2 à 4 mètres, 2000 guirlandes lumineuses soit 100.000 points lumineux, 3,5 kilomètres de tube de lumière». A cela, il faut ajouter, pour les décors intérieurs, «50.000 mètres de guirlandes lumineuses soit 1.670.000 ampoules, 15.000 étoiles, 3750 m2 de moucharabiehs et 90.000 sequins». Sans oublier les vitrines animées, dont le montage prend à lui seul 200 heures de travail. 80 personnages animés et 1000 objets sont utilisés pour ce décor. Pendant la durée de leur exposition, soit deux mois, ces personnages animés «effectueront 5 millions de fois le même geste et parcourront l'équivalent d'un aller-retour Paris-Strasbourg».

 

printemps.jpgTrès joli tout cela, mais, ici aussi, très très énergivore, non? «Pas du tout!», assurait-on hier, avec un bel enthousiasme, à la direction du grand magasin. Le recours notamment aux ampoules led permettrait de «réduire au minimum les nuisances et l’impact sur l’environnement». L’enseigne se refuse toutefois à communiquer le moindre chiffre concernant le coût financier et énergétique de ce dispositif de Noël: «Vous comprenez: cela tuerait le rêve». On comprend.

 

Tiens, au fond, en cette période de crise économique mondiale, au moment où en France tant de ménages se désespèrent de leur pouvoir d’achat voire craignent pour leur logement ou pour leur emploi, toutes ces dépenses si somptuaires sont-elles vraiment à propos? Cette année, un peu plus de sobriété, un peu moins d’étalage donc, n’aurait-il pas été bienvenu, voire de bon goût? «Aucun client ne nous a jamais fait de remarque allant dans ce sens», assure-t-on au Printemps. «Ici, on est dans le rêve le plus absolu, dans la magie de Noël. Cela n’a rien d’indécent».

 

 

18/11/2008

Une réticence

Mauvaise période, décidément, pour le maire de Paris. Bertrand Delanoë vient de spectaculairement échouer dans la course à la direction du PS. Voilà à présent que, sur le terrain parisien, une de ses marottes urbanistiques est en train de prendre l’eau: les tours.

 

Les tours ou plutôt les «immeubles de grande hauteur», comme dit pudiquement le néologisme. Confronté à un problème d’espace dans la capitale, la mairie a commis six grands projets de tours, dont le plus connu, la pharaonique tour Triangle, est actuellement soumis à consultation – et fait d’ailleurs l’objet d’une mobilisation associative. Ce faisant, le maire a balayé d’un revers de la main l’avis majoritaire des Parisiens. Ceux-ci, dans une consultation en 2004, s’étaient opposés à plus de 60 % au retour des gratte-ciel dans la capitale. Sur ce point, Bertrand Delanoë a aussi fait exploser sa majorité, les Verts refusant de cautionner ses vues urbanistiques. Depuis, est survenue la grande crise économique et financière actuelle, qui va forcément ralentir les méga-programmes immobiliers. Dernière mauvaise nouvelle en date sur ce sujet pour le maire: un sondage publié hier a montré que sont également réticents aux tours leurs premiers occupants présumés (s’agissant majoritairement de projets de bureaux), à savoir les entreprises.

 

Selon cette enquête Médiamétrie, seules 17% des 979 entreprises parisiennes consultées se déclarent prêtes à s’installer dans un gratte-ciel à Paris. La mairie biaise en rétorquant que les entreprises sondées sont surtout des PME ; or ce sont les grandes sociétés qui sont les premiers clients visés par les promoteurs de tours. Il n’empêche, le rejet des gratte-ciel est massif. Les raisons pour lesquelles les entrepreneurs parisiens refusent les tours sont, dans l'ordre, leur taille inhumaine, leur proximité avec le périphérique, leur coût trop important (charges, etc.), leur non-conformité avec la physionomie traditionnelle du tissu parisien, et (malgré tous les progrès qu’on a accomplis dans ce domaine) le fait qu’une tour est toujours plus énergivore et donc moins écologique qu’un bâtiment de taille plus raisonnable.

 

«ll y a une grande dimension psychologique dans ce refus des tours», expliquait en substance un spécialiste de l’urbanisme, à la radio ce matin. «Quand une société veut que son siège soit à Paris, c’est beaucoup pour une question de prestige et d’image de marque. Elle va donc vouloir s’installer dans les beaux quartiers centraux. Et pas dans une tour, aussi belle soit elle, dont les occupants disposeront d’une vue imprenable… sur le périphérique et sur la banlieue». 

17/11/2008

Un pugilat

Cela a volé bas, samedi.  On ne parle pas des coups bas entre camarades socialistes réunis en congrès à Reims. Au moins ces affrontements-là ne furent-ils que verbaux – du moins si l’on excepte l’un ou l’autre gnon perdu dans les bousculades médiatiques. En revanche, à Paris le même jour, c’est carrément à coups de poings, de barres de fer, de battes de base-ball et de bombes de gaz lacrymogène que l’on s’est affrontés.

 

C’était en plein centre-ville, en fin de journée. Cela s’est passé au Forum des Halles – lieu que, décidément, on n’aime pas –, Porte Lescot précisément, sous les regards médusés de centaines de badauds. C’était deux bandes rivales qui s’affrontaient: l’une réunissant des gamins de la banlieue ouest de Paris, l’autre des gosses du même âge mais originaires eux de la banlieue nord de la capitale. Résultat? Un pugilat général dans lequel furent impliquées plus de 70 personnes, sans compter une trentaine de policiers débordés, des vitrines et du mobilier cassés, des blessés et une dizaine des jeunes interpellés, dont certains âgés à peine de seize ans. Avant de faire le coup de poing aux Halles, ces hurluberlus avaient déjà, il y a plusieurs mois, semé la panique dans le quartier de la gare du Nord et à Pigalle.

 

Coïncidence: c’est juste au lendemain de ce week-end houleux que le centre commercial des Halles inaugure, ce lundi, ses illuminations de fin d’année. Pour l’occasion, dès la nuit tombée et jusqu’à début janvier, le Forum s’illumine tout en rose, avec notamment un sapin de Noël de dix mètres de haut installé sur la place basse du mall. Les organisateurs promettent une «frénésie rose», qui transportera les usagers et visiteurs des Halles «dans un tourbillon de rêve et de lumières». Si au moins cette animation pouvait en calmer un peu quelques-uns, ce ne serait déjà pas mal.

 

Dans la foulée, puisque la culture, comme la musique, adoucit les moeurs, on ne peut que se réjouir de la réouverture aux Halles, début décembre, du "Forum des Images" entièrement rénové après trois années de travaux. Cette très belle réalisation – dont la déco intérieure fait elle aussi largement appel au magenta – proposera au public une bibliothèque du cinéma, un restaurant, un bar et cinq salles de projection différentes. On ne sait si, au vu des incidents de ce week-end, les programmateurs oseront ou non programmer «West Side Story».

14/11/2008

Une misère

pubsurcouf.jpgInformatique et technologie, suite. Mais côté pub cette fois, avec son cortège continuel de misères affligeantes. Ainsi, à Paris, la chaîne de grands magasins d’informatique Surcouf, repaire de geeks, devrait définitivement changer la boîte de pub avec laquelle elle est en contrat – ou, au choix, virer ses pubards maison. On se l’était déjà dit dans le métro cet été (ici). C’est devenu encore plus évident avec l’incident la concernant qui a eu lieu dernièrement.

 

Fin du mois dernier, pour promouvoir sa carte de fidélité, Surcouf avait produit une publicité particulièrement débile – et qui plus est, comme à son habitude, très moche sur la forme. Elle montrait un ado niais entouré de deux pin-ups peu habillées, le tout accompagné de la promesse d’une remise de 10% et du slogan «Résisterez-vous à autant d’avantages?» Dans le magasin, sur le site web et sur un dépliant, figuraient d'autres images de ces deux femmes, ou d'une seule, dans la même tenue, avec en travers du corps un identique pourcentage de rabais proposé au client. L’association féministe «La Meute-Les Chiennes de garde» a protesté contre cette énième chosification du corps féminin. Marchandisation à laquelle recourent habituellement les camelots, mais qui n’en demeure pas moins sexiste puisque les corps que ces pubards exhibent comme des accessoires de vente sont invariablement quasi toujours exclusivement féminins. Surcouf aurait-il jamais envisagé la même pub avec deux hommes très dénudés et aguicheurs entourant une adolescente elle habillée et surmontée du même slogan?

 

La direction de la chaîne a d’abord invoqué un regard «ludique» et «décalé». Sentant cette argumentation assez minable, elle a ensuite fait retirer illico tous les visuels de cette campagne pour éviter que le scandale se propage – et ce, avant même la tenue de la manifestation appelée par le mouvement féministe devant les magasins Surcouf. C’est dire la gêne que cette société devait éprouver elle aussi à l’égard de cette misère publicitaire.

13/11/2008

Une innovation

Paris est la capitale mondiale du shopping, avec une densité de boutiques exceptionnelle: 29 pour 1000 habitants, contre 18 à Londres ou 16 à Milan. Ce statut autorise toutes les audaces. Ainsi, dernière innovation en date, annoncée hier: les fashionistas parisiens auront bientôt à leur disposition… un GPS spécialement programmé pour les aider à faire flamber la carte bleue.

 

L’appareil les guidera dans la capitale française tout au long de «cinq parcours dédiés aux serial-shoppeurs». Un parcours «classique» (les grandes enseignes de luxe de l’avenue Montaigne, des Champs, de la Place Vendôme, etc.), un parcours «trendy» (Marais, Saint-Germain des Prés ou Etienne Marcel), un «bobo-chic» (Charonne et Canal Saint-Martin), un «créatif» (Abbesses ou Bir Hakeim) et un «FusionFashionWorld» (Belleville, Ledru-Rollin ou Opéra). Ce GPS «pour fashion geeks», comme d’autres initiatives (des bureaux d’accueil pour les touristes, un partenariat avec " Google map street view", etc.), fait partie de l’opération "Soldes by Paris" lancée hier. Cette énorme opération internationale de promotion du shopping dans la Ville lumière est l’œuvre de la Chambre de commerce et de l’Office du tourisme de Paris. Elle coïncidera avec le lancement de la période des soldes d’hiver, en janvier. Et sera dotée d’un budget d’une ampleur sans précédent: un million d'euros.

 

Contraste saisissant: hier, le jour même où était annoncée cette opération de promotion et de valorisation de la dépense chic et glamour dans les boutiques parisiennes, une étude confirmait que les Français, durement touchés par la crise, allaient se serrer la ceinture pour leurs achats à venir. Plus d’un Français sur deux (53%) prévoit d'acheter moins de cadeaux que l'an dernier. Le budget global qu’ils dépenseront pour les fêtes de fin d’année va baisser de 5%, à 527 euros: 291 euros pour les cadeaux, 159 euros pour la table et 77 euros pour les divertissements.

 

527 euros, cela dit, c’est tout de même un chiffre qui paraît énorme. Dans les faits et loin des savants calculs des experts du cabinet Deloitte, combien de ménages rattrapés par la crise ne pourront-ils dépenser un tel montant, qui équivaut à la moitié d’un salaire minimum? Dans ce contexte morose, évidemment, la futilité dérisoire de ce nouveau GPS «pour fashion geeks» n’en saute que plus aux yeux. A moins que, au contraire, cette pénible situation générale rende encore plus utile ce genre d’innovation. A Paris, «la plus grande boutique du monde à ciel ouvert», quand le client français trinque, il faut d’autant plus s’efforcer d’attirer le client étranger, pour compenser.  

12/11/2008

Une «inflation»

Lendemain de 11 novembre. La journée d’hier a été marquée en France par la controverse autour du rapport de l’historien André Kaspi, qui propose au gouvernement de mettre un terme à l’«inflation commémorative» qui frapperait la France. En gros, selon ses dires, l’Hexagone se complairait en permanence dans un exercice de repentance qui sacrifierait aux «intérêts communautaristes» et au «clientélisme mémoriel». L’historien suggère donc de ne garder désormais que trois grandes dates annuelles et nationales de commémoration: le 8 mai, le 14 juillet et le 11 novembre.

 

Gros, énorme même embarras au sein du gouvernement ainsi que dans les rangs de l’UMP. Et pour cause: faire le tri dans les cérémonies commémoratives est une tâche tout simplement impossible politiquement. Ainsi, comment par exemple faire admettre à la communauté juive la suppression du 16 juillet, jour de l’hommage national aux Justes? Comment faire un trait sur le 25 septembre, journée nationale d’hommage aux harkis, alors que, pendant des décennies, la France a fait une croix sur les souffrances de cette communauté? Comment les DOM-TOM pourraient-ils accepter la suppression du 10 mai, la journée où le pays se souvient de l’abolition de l’esclavage? Impossible.

 

Et pas forcément judicieux, comme idée? Ce 11 novembre 2008, en tout cas, a été très utile dans la mesure où il a montré à merveille, et doublement, combien l’on pouvait tirer des enseignements précieux de ces journées de commémoration.

 

Un enseignement sur le passé, d’abord: avec ce discours très inspiré de Nicolas Sarkozy, qui a historiquement élargi l’hommage de la Nation aux quelque 675 soldats français fusillés pour l’exemple pour insubordination, par des tribunaux militaires à l’issue de parodies de procès. Un enseignement sur le présent voire sur l’avenir, ensuite: avec l’absence si symbolique hier de la chancelière allemande sur les lieux même où François Mitterrand et Helmut Kohl marquèrent l’Histoire en se tenant par la main. Une absence qui en a dit long et mieux que tout discours sur l’état préoccupant du couple franco-allemand.

 

 

 

PS: C’est évidemment très secondaire par rapport au fond. On ne se prend pas pour Maître Capello. Et, habitué des coquilles et autres étourderies langagières, on ne se permettrait évidemment pas de donner des leçons de français à quiconque et encore moins aux collègues journalistes hexagonaux. Mais enfin, hier comme à chaque journée de commémoration, on n’a pu que constater que la langue de Molière avait été joyeusement martyrisée par les médias. Ainsi, ce mauvais usage de commémorer et célébrer. En bon français, on commémore un événement dont on célèbre l'anniversaire. Hier donc, on a commémoré l’armistice, ou célébré l’anniversaire de l’armistice de 1918. Et pas, comme on l’a entendu à longueur de journée à la radio ou à la télé, «commémoré l’anniversaire de l’armistice», «célébré l'armistice» ou autres «commémoré le souvenir de 1918» 

 

10/11/2008

Une évolution

champselysees.jpg«La plus belle avenue du monde»: c’est l’appellation habituellement donnée aux Champs-Elysées. Est-ce un cliché? En tout cas, la célèbre allée percée par Le Nôtre en 1667 évolue de jour en jour, et visiblement pas toujours en bien. Ainsi, une récente étude internationale menée sur les plus grandes avenues commerciales de la planète ne ménage pas les Champs. Les critères retenus étaient notamment l’accueil des clients, la propreté et la sécurité des lieux. Les Champs-Elysées n’arrivent qu’en seizième et dernière position de ce classement, précédés y compris par l’avenue Louise, à Bruxelles. Désagréables, froids, peu souriants et peu attentifs à la satisfaction du client: tels sont, selon les enquêteurs, les vendeurs des boutiques des Champs.

 

Des boutiques et des enseignes commerciales qui, cela dit, connaissent une forte rotation. Ces dernières années, l’UGC Triomphe, le Club Med et le Planet Hollywood ont fermé leurs portes.  Le voisin de ce dernier établissement, la boîte de nuit très paillettes VIP Room, a lui aussi déménagé, chassé par la flambée des loyers qui frappe la troisième rue commerciale la plus chère du monde. Une autre boîte fameuse, le Queen, et même le McDo du coin, sont donnés partants.

 

Ces dernières années, les nouveaux arrivés n’ont pas fait l’unanimité dans ce quartier huppé. Et pour cause: il s’agissait de marques moyen voire bas de gamme comme Promod, Celio, Gap, Zara ou Benetton, dont la clientèle détonne quelque peu par rapport à celle des Chanel et autres Fouquet’s. Ainsi, il fallut une saga juridique de plusieurs années avant que, fin septembre, H&M obtienne du Conseil d’Etat l’autorisation d’ouvrir une boutique de près de 3000 m2 de surface au n°90. Au grand dam des détracteurs de la marque suédoise, selon qui cette décision va contribuer à «transformer la plus belle avenue du monde en simple galerie commerciale».

 

abercrombie.jpgCes protestations, cependant, n’arrêtent pas le mouvement. Pour preuve, la dernière autorisation d’installation et d’ouverture en date accordée pour les Champs a, une nouvelle fois, profité à une multinationale du textile présente sur les cinq continents: Abercrombie & Fitch, la marque américaine mythique des années 80 et 90 qui, depuis, semble tout de même s’être un peu décotée (à moins que ce soit simplement nous qui ayons vieilli… ;-). A&F s’installera au numéro 23 de la prestigieuse avenue, à l’emplacement du siège de la compagnie américaine Thaï Airways. Ici encore, l’installation de cette enseigne a donné lieu à un véritable bras de fer, l’instance départementale de l’équipement commercial voyant son veto outrepassé par la commission nationale adhoc.

 

Selon les plus pessimistes, cette uniformisation des enseignes commerciales sur les Champs, en portant un coup fatal au cachet de cette avenue, menace à terme sa survie. Ainsi, aux yeux du maire du huitième arrondissement, «dans dix ou vingt ans, il n’y aura plus que des magasins de vêtements, qui sont les mêmes partout dans le monde, à la place de nos cinémas et de nos cafés, qui créent l’ambiance unique de ce lieu. Les Champs-Elysées, c’est mythique. Si les touristes y retrouvent les mêmes enseignes qu’à l’autre bout du monde, ils y viendront moins; c’est l’image de la France qui est en jeu».

07/11/2008

Un malaise

Cela ne s’arrange pas chez Vélib’. Certes, le système parisien de location de vélos en libre-service connaît un succès éclatant. Vient encore de le confirmer la dernière livraison de l’Observatoire des déplacements à Paris. Pendant le premier trimestre 2008, les déplacements à vélo dans la capitale française ont augmenté de 33% par rapport au premier trimestre 2007. Cette croissance est surtout due au Vélib’, un cycliste parisien sur trois ayant recours à ce dispositif. Ces jours-ci, néanmoins, le système connaît un double malaise.

 

Malaise social, d’abord. Hier, comme ils l’avaient déjà fait en avril dernier (relire ici), les «gilets jaunes»  – à savoir le personnel de maintenance de Vélib’, regroupé au sein de Cyclocity, une filiale du groupe JC Decaux  – ont fait grève pendant toute la journée. Ils réclament notamment un meilleur cadre de travail, eux qui bossent y compris de nuit dans des conditions difficiles, ainsi qu'une rémunération décente: au moins équivalente au salaire minimum. Le mouvement a fait tache d’huile chez des homologues de Vélib’ en province: Vélo’v (Lyon) et VéloToulouse (Toulouse).

 

Malaise sécuritaire, ensuite. Les cyclistes parisiens ne savent plus à quel saint se vouer sur la question de savoir s’ils peuvent ou non circuler dans les couloirs de bus. Les associations (ici, par exemple) réclament de longue date cet accès. Mais entre la mairie centrale, les mairies d’arrondissements et la préfecture de police, les autorités ne tergiversent pas rarement. Entre les autorisations de circulation implicites, les PV malgré tout distribués par les pandores pas toujours au courant, et les coups de klaxon fréquents des chauffeurs de bus, les cyclistes en perdent leur latin. Et les récents arrêtés pris par la mairie n’ont pas simplifié les choses. Ils ont ouvert aux vélos 26 des 58 derniers kilomètres de couloirs de bus qui ne leur étaient pas encore accessibles. Mais en l’absence d’une signalisation adéquate, plus personne ne s’y retrouve.

 

Pour résumer donc, et si on a bien compris, en gros restent interdits aux vélos les couloirs de bus qui sont en site propre, à savoir ceux qui sont protégés du reste de la circulation par des séparateurs au sol. Et pour cause: ces couloirs-là sont des pièges mortels pour les cyclistes. En effet, les chauffeurs de bus, qui y roulent souvent vite, peuvent plus difficilement faire un écart pour éviter des vélos aperçus au dernier moment.

 

Reste que ce serait tout de même plus simple et plus sécurisant pour tout le monde si Paris jouissait enfin d’un réseau cyclable digne de ce nom. Mais c’est évidemment plus compliqué, car plus cher. Raison pour laquelle la mairie ne se contente que de vagues et lointains engagements en la matière: 200 kilomètres de voies nouvelles promises d’ici à… 2013.

 

En attendant, le quidam à vélo dans Paris est prié de croire en sa bonne étoile. Et de redoubler de vigilance pour ne pas servir, à son corps défendant, de chair à statistiques. Statistiques qui sont mauvaises car à mesure que croît l’usage du vélo dans la capitale, augmente bien sûr le nombre de sinistres touchant des cyclistes: + 21% par rapport au premier trimestre 2007.

06/11/2008

Un effondrement

Alors, pour le coup, par rapport à la révolution planétaire qui a fait l’actualité d’hier, cela va évidemment paraître très terre-à-terre comme note, voire au ras des pâquerettes. Mais enfin, même donc si à première vue, c’est très anodin, on a pu constater hier, en y passant, que les gens ne parlent que de cela au Quartier Latin. De ce spectaculaire accident survenu mardi rue des Ecoles, pas loin de la Sorbonne. De ce qui aurait même pu tourner à la catastrophe. De… cet arbre qui, sans crier gare, s’est subitement effondré... sur la terrasse d’un café.

 

Deux personnes ont été blessées, dont une assez grièvement. L’arbre, un ailante vieux de 115 ans, mesurait plus de dix mètres. Sa chute impromptue sur la chaussée, en pleine heure d’affluence, a heureusement pu être amortie par une voiture. Inspecté récemment par les services municipaux, l’arbre avait été décrété comme étant en parfait état phytosanitaire. Comme le vent ne soufflait pas sur Paris à ce moment-là, son effondrement est probablement dû soit à des travaux de voirie effectués récemment et à proximité dans le sous-sol (qui auraient fragilisé son assise), soit à une pourriture non détectée de ses racines.

 

Du coup, rétrospectivement, on s’en veut un peu d’avoir si souvent pesté contre la mairie de Paris, si prudente qu’à la moindre petite bourrasque soufflant sur la capitale, elle ferme illico les squares et jardins pour éviter les chutes de branches voire d’arbres sur les passants. Vu les chiffres, en effet, le principe de précaution a de quoi être de mise.

 

La mairie gère 180.000 arbres (hors les deux bois: Boulogne et Vincennes) dont 100.000 en bordure de rues et 80.000 dans les parcs, jardins et cimetières. Cette végétation a beau être scrupuleusement contrôlée chaque année, son état de santé général souffre paraît-il beaucoup du mode de vie urbain, et notamment du stress infligé par les travaux de voirie et les vibrations souterraines. Cela explique pourquoi, à Paris (mais sans doute aussi dans les autres grandes capitales mondiales), les arbres plantés le long des rues ont une longévité souvent limitée à 60 ou 80 ans (*). Et cela oblige la mairie à abattre chaque année quelque 1.500 arbres trop vieux et/ou malades. Ce qu’elle ne fait qu’avec réticence car cela suscite souvent la controverse et la mobilisation des comités de quartier (relire ici).

 

La Ville se doit d’être d’autant plus prudente que, malgré leurs pieds d’argile, ces arbres sont souvent des géants, dès lors dotés d’une taille et d’un poids potentiellement très menaçants. Pour preuve, en plein centre de Paris, on en trouve qui dépassent allègrement les 30 mètres de haut. Dans les bois parisiens, où l’on dénombre 300.000 arbres, leurs dimensions sont encore plus impressionnantes. Pour l’anecdote, le Bois de Boulogne compte un séquoia géant (planté en 1872) qui fait… 6,55 mètres de circonférence. Tandis qu’au Bois de Vincennes, le plus grand des platanes (planté en 1860) va sur ses… 45 mètres de hauteur. La prochaine fois qu’on passera en dessous, on essayera de ne pas trop penser à l’effondrement de la rue des Ecoles.

 

 

(*) Sauf exceptions notoires, bien sûr. Ainsi, le célèbrissime robinier du Square René-Viviani: quai de Montebello, face à Notre-Dame, à côté de la belle petite église de St-Julien le Pauvre. Planté en 1601, c’est le plus vieil arbre de la capitale.

05/11/2008

Une récup'

robeobama.jpgEn France, un peu comme lors de la course à l’Elysée en 2007, mais évidemment à une moindre échelle, l’élection présidentielle américaine n’a pas laissé indifférent les camelots: opportunistes de la récup’, spécialistes du merchandising ou créateurs de tout poil avides de surfer sur les nouvelles tendances. Ainsi à Paris, l’une des capitales mondiales de la mode, cela s’est vu aussi bien dans le streetwear que chez les grands couturiers.

 

Ainsi, au Forum des Halles ces derniers temps, les tee-shirts à l’effigie de Barack Obama se sont, paraît-il, vendus comme des petits pains dans les boutiques de fringues pour jeunes, très fréquentées par les gamins de banlieue. On écrit «paraît-il» car on est bien incapable d’en témoigner personnellement. En effet, malgré ce succès de vente présumé, on doit bien admettre qu’on n’a jamais aperçu le moindre tee-shirt Obama porté dans les rues de Paris ces dernières semaines – ni dans le métro, ni même dans les environs de Châtelet. Peut-être est-ce parce qu’on fuit comme la peste le centre commercial des Halles et ses alentours: des endroits qu’on a toujours détestés…

 

Mode toujours mais côté bobo cette fois, la marque Zadig & Voltaire a revisité son classique tee-shirt tunisien à l`effigie du candidat démocrate et désormais Président élu. Le modèle, disponible uniquement sur internet, remporterait un tel succès qu’il y aurait une liste d'attente pour se le procurer. A 80 € le tee-shirt, pourtant, ce n’est pas donné.

 

robama2.jpgUn cran plus haut, rayon haute couture cette fois, lors de la dernière «Fashion Week» de Paris, en octobre, la figure de Barack Obama a été reprise par plusieurs créateurs français. Ainsi, dans le défilé de la collection printemps/été 2009 de Jean-Charles de Castelbajac, on a retrouvé le visage du Démocrate imprimé en grand sur une robe jaune et noir pailletée, arborant en son dos un de ses slogans emblématiques, repris de Martin Luther King.

Une autre spécialité française mondialement reconnue, la gastronomie, s’est mise à l’heure de l’élection américaine. Ainsi, jusqu’à hier soir au bar de l’hôtel “Concorde Lafayette”, près des Champs-Elysées, les clients avaient le choix entre l’“O’Burger” dédié à Obama et l’“Elephant Burger” façon McCain. Le burger démocrate, rappelant les origines hawaïennes du Président élu, était garni de gambas grillées, de tomate fraîche, de sauce curry, de carpaccio d’ananas et de poivrons. A déguster accompagné de chips poivrés et d’une salade de jeunes pousses de mesclun.Le burger républicain était lui nettement plus sudiste, voire un brin «redneck»: agneau grillé, concassé de tomates salsa et de sauce guacamole, assortiment de de nachos. Républicains ou démocrates, ces burgers du “Concorde Lafayette” se vendaient 22 €… soit trois fois le prix d’un burger au McDo. Il n’y a pas de petit profit.

burger.jpgPour arroser la victoire ou noyer le chagrin des défaites hier, Paris avait également tout prévu. Ainsi au “Harry’s bar”, le bistrot américain le plus connu de la capitale française, selon que vous affichiez votre soutien à John McCain ou à Barack Obama, vous sirotiez un cocktail différent: whisky soda, liqueur de figue et jus de citron pour le premier, whisky jus d’ananas et liqueur de cerise pour le second.

Même les alcooliers ont sorti le grand jeu pour cette élection. Ainsi, Pommery a profité du scrutin américain pour relooker son quart de bouteille de champagne “Pop”, très en vogue dans la jeune bourgeoisie dorée parisienne, et en sortir une série limitée aux couleurs de la bannière étoilée. 13€ le quart de champ’. A Paris quand on aime et/ou quand on veut être à la page, on ne compte pas.

04/11/2008

Un confort

On ne croyait pas si bien dire (si bien écrire, plutôt) hier. En effet, peu après la rédaction de cette note sur le premier SDF de l’hiver mort de froid à Paris, dans le Bois de Vincennes, tombait l’annonce du décès d’un deuxième sans-abri, toujours en région parisienne.

 

Cela s’est passé cette fois à Clichy-la-Garenne, en banlieue parisienne. Le clochard a été retrouvé «mort de froid dans l’herbe». Sur une place dénommée, cela ne s’invente pas, «Place des martyrs». Il n’avait que 50 ans. «Ce décès s’ajoute à la liste des 145 personnes de la rue décédées ces six derniers mois», a sobrement commenté le collectif «Les Morts de la Rue», qui tient chaque année le décompte macabre des victimes de la rue. Et veille à donner une sépulture décente à celles-ci.

 

Les médias français ont à peine parlé de ces deux morts. Elles sont pourtant survenues à deux pas des sièges des grandes rédactions nationales et des principaux studios de radio et de télévision. A peine une brève dans la rubrique locale, et encore en cherchant bien. En revanche, dans ces innombrables reportages consacrés à la situation sociale des Etats-Unis en campagne électorale, ont tourné en boucle les sujets sur l’extrême pauvreté et sur la misère sévissant dans les rues de ce pays après huit années de bushisme.

 

Ce n’est sans doute pas inintéressant. Mais c’est si confortable. 

03/11/2008

Une population

Entre 200 et 400. Ils sont entre 200 et 400, entendait-on à la radio ce matin. Qui donc? Les SDF qui vivent dans le Bois de Vincennes, qui borde tout Paris sur son flanc Est. L’un d’eux vient de mourir de froid. Il n’était âgé que de 47 ans. La mort l’a surpris en pleine nuit, alors qu’il dormait dans sa petite tente cachée dans les fourrés, loin des regards. C’est le premier SDF mort de froid cet hiver. Le premier dont les médias parlent, en tout cas. On est à peine au mois de novembre; cela promet pour le macabre bilan de la fin de saison.

 

Ces SDF du Bois de Vincennes, c’est vraiment la population la plus méconnue de Paris. Contrairement aux SDF du centre-ville, si visibles, eux se cachent, ne sollicitent pas les gens, ne mendient pas. Pour les apercevoir, il faut quitter les sentiers balisés de promenade, s’enfoncer dans le bois, ou alors s’y trouver en dehors des heures d’affluence. Quand, le calme revenu, ils sortent de leurs tentes.

 

On les a déjà fugacement vus plusieurs fois, ces «hommes des bois» –  pour le coup, l’expression est vraiment à prendre au sens strict. Comme sans doute nombre de pratiquants assidus de la course à pied qui s’entraînent à Vincennes. Aiment y courir toujours le plus loin possible, le plus possible en dehors des sentiers battus, par monts et par vaux, à grandes enjambées au-dessus des flaques d’eau et des petits ruisseaux. Juste du vert, du silence, de l’air. Pour ensuite se replonger avec encore plus de plaisir dans le tumulte de la ville.

 

Ce sont toujours des rencontres un peu étranges: si improbables, si peu communicantes, juste des croisements, juste des passages. Une fin de soirée d'été, on s’en souvient, on était tombé nez à nez avec un SDF complètement nu, en train de se laver à un point d’eau. Des deux, ce n’était pas lui le plus embarrassé. Une autre fois, on était passé à proximité d’un véritable campement de tentes. C’était l’heure du déjeuner. Cela sentait le feu de bois et la saucisse grillée. On s’était dit que ces habitants du bois étaient bien organisés.

 

Ce samedi après-midi encore, après s’être comme à chaque fois un peu perdu dans l’immense sous-bois, au détour d’un chemin, on a croisé un homme à capuche transportant tout son barda. «Allez! Allez! Marathon Man! Plus vite!», nous encouragea-t-il, goguenard. Puis il partit d’un énorme éclat de rire. Comme si, dans ce monde comme il va, vraiment, il était certes sympathique mais tout de même un brin absurde de prendre encore la peine de courir.